JEUNES BAIGNEURS NAPOLITAINS
Napoli, Italie, aout 1985
un regard sur les arts et les lettres
Napoli, Italie, aout 1985
Tout comme le Louisiana aux alentours de Copenhague (sur ce dernier voir mes billets Le Louisiana, près de Copenhague, le jardin de sculptures et Le Louisiana (2), près de Copenhague, l'intérieur ), le musée d'art moderne de Stockholm (Le Moderna Museet) est un musée pour l'été, d'abord parce que ces deux établissements sont situés dans des lieux splendides et que seul le beau temps permet de bien les apprécier mais surtout parce qu'une partie importante de leur collection se trouve à l'extérieur. Le musée de Stockholm se trouve dans une des iles de la ville l'ile de Skeppsholmen . Celle-ci était auparavant occupée par l'armée. Elle est dorénavant dévolue à la culture. Son pourtour sert de conservatoire aux vieux gréments, véritable musée de la marine à ciel ouvert. La ville offre l'anneau d'hivernage à condition que les propriétaires des bateaux les entretiennent, certains même y habitent. Il est donc conseillé de faire le tour de la petite ile avant de visiter le musée.
On découvre les premières oeuvres gratuitement puisqu'elles égayent les environs du modeste et discret bâtiment du musée. Il y a sur les pelouses un beau et joyeux rassemblement de sculptures de Calder, Niki de Saint-Phalle et Tinguely.





Dés l'entrée nous sommes accueilli par un joli préposé à la vente des billets puis c'est un couloir vache signé Andy Warhol qui nous conduit aux collections.
Au premier plan, une oeuvre de l'artiste britannique Yinka Shonibare est un clin d'oeil à la ville puisqu'elle s'intitule "Le Vasa en bouteille"...

Le musée largement ouvert sur l'extérieur sait faire dialoguer les oeuvre avec la mer et la nature.

Les oeuvres relativement peu nombreuses sont présentées d'une manière aérées et toujours très représentatives de l'artiste exposé comme ce Rosenquist, au titre savoureux: "Je t'aime avec ma Ford de 1961. Outre les quelques pièces photographiées, on en trouve d'autres de Bacon (un très rare double portrait de 1964), Klee, Picasso, Richter, Mondrian, Kapoor... Toutes de première qualité.
J'aurais intitulé cette toile, qui m'a profondément ému, la mort d'un garçon sensible... Elle est de Nils von Dardel (1888-1943) et s'appelle en réalité "le dandy mourant". Il existe une autre version où tous les personnages entourant l'infortuné sont masculins...

Le musée est riche de rencontres inattendues et heureuses comme celle ci-dessus entre une sculpture de Arp et ce très célèbre tableau, "L'enigme de Guillaume Tell (1933) de Salvadore Dali.


Au sous-sol se trouve une riche collection de photographies où l'on reconnait celles sinées Duane Michual ou Larry Clark...

Stockholm, juillet 2009
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Il n'est pas inutile, en préambule, de préciser que ce roman est un des premiers de Murakami et qu'il a été publié au Japon en en 1982 au Japon et a été traduit en français en 1990. Il est le premier véritable succès de l’auteur, qui avait déjà écrit deux romans alors.
Le narrateur (dont on n’apprend pas plus le nom dans ce livre que dans Danse danse qui reprend le même narrateur, d'ailleurs dans ce roman aucun personnage n'a de nom mais parfois des surnoms ou est désigné par son activité) est publicitaire à Tokyo. Il a du mal à s’engager et à donner du sens à sa vie banale. Jusqu’au jour où il est approché par un mystérieux homme à cause d'une photographie qui lui a été envoyé par un ami qu'il a perdu de vue depuis plusieurs années, photo qu'il a publiée dans le cadre de son travail. Sur cette photographie figure un paysage montagneux occupé par des moutons. Mais à y regarder de plus près, on y découvre un mouton différent des autres. Il a une étoile sur le dos. Ce mouton aurait jadis investi l'esprit du « Maitre », patron de l'homme mystérieux et lui aurait permis d'atteindre une grande puissance. Le Maître, dirige une puissante organisation occulte d’extrême droite (enfin d'extrême droite, c'est ce qui est écrit, mais je ne vois pas en quoi elle mérite cette appellation. Il faut dire que l'extrême droite au Japon est un épouvantail que l'on agite encore plus qu'en France, on y agite également, mais avec moins de vigueur celui de l'extrême gauche. Ces entités politiques sont la-bas moins fantasmagoriques qu'ici...). Cette organisation a la mainmise sur la politique, l'économie et la presse, par là même sur leur destinée. Le narrateur, décontenancé, se voit forcé de partir à la recherche de ce mouton ! Il n'a guère la possibilité de refuser car le messager de l'organisation le menace de graves sévices s'il refusait cette mission.
La chose la plus extraordinaire c'est que le lecteur va finir par trouver cette histoire extravagante presque normale et ce n'est pas le moindre talent de Murakami mais auparavant il aura eu néanmoins quelques obstacle à franchir. Tout d'abord un début languissant et de prime abord un manque d'intérêt pour le personnage principal. Une des difficulté à rentrer dans le livre est la médiocrité du héros. J'ai l'intuition que la lecture réveille dans le lecteur la mégalomanie qui ne sommeille que d'un oeil chez bien des hommes; car si le lecteur est tout prêt à s'identifier à un empereur romain, à un chef de gang, à un génie quelconque, il a beaucoup plus de mal à rentrer dans la peau d'un trentenaire japonais dont la plus grande qualité est l'indécision... Mais à mesure que son indécision se guérit, le héros devient de plus en plus attachant... Ce qui est heureux pour les vente futures de l'auteur puisque la fin relativement ouverte de « La course au mouton sauvage » lui permet de faire venir notre publicitaire à l’hôtel du Dauphin (lieu crucial du roman) cinq ans plus tard dans Danse Danse Danse, car le narrateur ressent le besoin de revoir les gens qu’il a croisés lors de sa quête de l'animal à poil laineux.
Autre tour de force de l'auteur, et qui aide à la crédibilité de cette pourtant incroyable aventure, celui de l'inscrire dans l'Histoire du Japon. Le romancier aborde par exemple l'épopée de l'occupation d'Hokkaido, qui fut un peu le Far-west japonais; occupation qui ne commença vraiment qu'à partir de la seconde moitié du XIX ème siècle (ce que n'ignorent pas les lecteurs du magnifique livre de Nicolas Bouvier, « Chronique japonaise »).
Le roman commence un peu comme un roman de Modiano, (Dans le café de la jeunesse perdue) mais dans ce chapitre la comparaison stylistique avec Modiano n'est pas à l'avantage du japonais... Le narrateur nous parle à la première personne du singulier, d'une fille facile qui attend tous les jours, dans un café d'étudiants, le garçon qui règlera la note de ses consommations de la journée, contre quoi elle fera l'amour avec lui. Nous sommes en 1970 et celui qui parle à vingt et un ans et à connu cette fille l'année précédente. Ces dix premières pages n'auront aucune incidence sur la suite du récit. Nous avons droit ensuite aux déboires conjugaux du monsieur, cette fois nous sommes en 1978 et nous n'en bougerons plus. Notre jeune homme se console bien vite de l'abandon de sa femme avec une jeune femme qui l'a subjugué par la beauté de ses oreilles et qu'il va entrainé dans son enquête sur le mystérieux quadrupède frisé. Si le lecteur a été pugnace il sera arrivé déjà à la page 56 que l'on peut considérer comme le véritable début du roman qui va encore aller doucement jusqu'à la pages 126 avec la rencontre entre notre terne, jeune homme (il vient juste d'avoir trente ans) et « un homme étrange aux propos étranges ». Le roman décolle enfin et devient délicieusement mystérieux. L’intention de l’auteur est probablement jusque là de nous faire ressentir dans un style naturaliste et terne la vacuité de la vie du narrateur.
Le style de Murakami est à la fois plat et fluide mais heureusement ses phrases souvent anodines contiennent parfois des trouvailles imagées épatante comme: << De temps à autre, quelqu'un toussait en faisant un bruit sec comme si l'on frappait la tête d'une momie avec des pincettes.»ou «J'imaginais les moutons fixant chacun de leurs yeux bleus leur portion de silence.» et plus loin << "Son visage n'avait pas la moindre expression. Il me rappela cette photo d'une ville engloutie sous la mer que j'avais vue un jour>>. Ces trouvailles langagières qu'on hésite à qualifier de poètiques en regard des l'objets sur lesquelles elles reposent m'ont fait penser à la collision improbable d'une page de Bret Easton Ellis avec une de Raymond Queneau...
L'écriture de Murakami est principalement une écriture de l'action et du dialogue, une écriture où la description n'a que peu de place surtout celles des paysages qui sont assez rares et peu convaincantes ce qui est assez paradoxale, car la nature tient un grand rôle dans le livre et probablement chez Murakami comme chez beaucoup de japonais.
Ce qui est amusant est que le héros, tout comme le lecteur ne se comprend jamais totalement ce qui se passe, il doit fréquemment s'expliquer à lui même la moindre chose. L'avantage du procédé est que l'on ne se perd jamais dans cette histoire extravagante, l'inconvénient sont les fréquentes redites.
« La course au mouton sauvage » est un voyage dans l’absurde et la réalité en forme de métaphore. C'est également un voyage géographique, le roman tout comme « Kafka sur le rivage » est aussi road movie mais alors que le héros de Kafka sur le rivage met le cap au sud de l'archipel nippon celui de l'ouvrage présent va lui au nord dans la froide ile d'Hokkaido. Le problème une métaphore de quoi? Durant toute ma lecture j'ai cherché un sens caché à cette histoire absurde d'ovin. Ce mouton qui vampirise des hommes-hôtes , que symbolise-t-il ? Il est responsable de la naissance d'un parti d'extrême droite. Les rhinocéros de Ionesco et la peste de Camus reflètent la montée des idées fascistes, ce mouton ne lorgnerait-il pas vers une métaphore similaire. N'y a-t-il pas une historique, voir politique ce roman? Ne serait-il pas une justification de la théorie du complot; Murakami dénonce un parti conservateur japonais, au pouvoir, phagocyté par l'extrême droite et l'affairisme... On peut envisager que a quête du mouton étoilé s’apparente aussi à l’attente de Godot, mais un Godot démiurge, peut-être maléfique... Mon âmes réjouissante y a même vu une apologie du suicide.
Autre probable métaphore celle que dissimule le pseudonyme du rat, celui de l'ami du narrateur qui lui envoie la fameuse photo; tout comme le mouton, le rat est une figure du calendrier chinois; l'intrigue Murakamienne tourne autour du rat, qui est quasi absent. Seul le rat semble libre de ses actions alors que les autres personnages semblent tous un peu des automates. Les questions existentielles ne sont pas absentes du livre, je suis sur que vous vous êtes toujours demandépourquoi les bus n'ont pas de nom contrairement aux bateau? Cette grave interrogation est amené par le fait que le chat du narrateur n'a pas de nom; matou dont les flatulences à bord d'une luxueuse limousine m'ont fait rire, mais c'est je crois la seule note d'humour de l'ouvrage.
Même si je connais le vieil adage que comparaison n'est pas raison, ceux qui ont l'habitude de me lire (il ne doivent pas être très nombreux, d'autant qu'en cette période estivale la fréquentation fléchit. La plupart se contentant de regarder les images du blog, en imaginant des polissonneries...) savent que je ne peut m'empêcher de chercher sources et parentèles de l'auteur que je viens de lire avec d'autres que j'ai lu jadis ou naguère. Dans « La course au mouton sauvage » si l'on remplace le mouton par une baleine on pourrait penser à Melville, pour rester dans les lettres américaines j'évoquerais aussi John Irving où comme chez le nippon le loufoque fait parfois irruption dans la quotidienneté la plus grise, mais fi de plaisanteries,Murakami est un écrivain fantastique à la manière d'un Maupassant ou d'un Buzzati chez lesquels, comme ici, le fantastique naît de l'intrusion dans notre monde de forces extérieures, inhumaines et incompréhensibles pour les infortunés héros et le lecteur que je suis.
Une phrase du roman résume parfaitement ce que le lecteur a envie de dire à l'écrivain lorsqu'il a terminé la lecture de "La course au mouton sauvage": << Toute votre histoire est à dormir debout, tant elle est absurde, mais à l'entendre de votre bouche elle a comme un goût de vrai.>>.
Naples, aout 1985
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Il n'est pas rare à Singapour de voir une famille de loutres traverser un boulevard puis le fleuve.
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Singapour, mars 2025, photo B.A

A une exception près, j'ai vu tous les films de Tim Burton et je les ai aimés presque tous. Mais à la cinémathèque française ce n'est pas principalement le cinéaste qui est exposé mais le dessinateur. Le dessin était le premier mode d'expression de Tim Burton et je pense que ce sera une grande découverte pour bien des visiteurs.
Grâce à de valeureux complices, certaines créatures imaginées par Tim Burton prenent du volume...
Pour un européen les dessins de Tim Burton font beaucoup penser à ceux de Ronald Searle, et ce n'est pas un mince compliment. A quand une grande rétrospective Ronald Seale en France où il a habité une partie de sa longue et talentueuse vie. Autre parenté en particulier pour les êtres inquiétants sortis du crayon de Tim Burton, celle avec Franquin et de ses "idées noires".

Si beaucoup de dessins se suffisent à eux même. On en découvre d'autres tout aussi savoureux qui ont servi à la préparation des films que Tim Burton à mis en scène.





On voit que Tim Burton est un véritable graphomane. Il dessine sur tous les supports comme le démontre ces serviettes de restanrant encadrés.

Paris, juillet 2012