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ROGER PEYREFITTE, LE SULFUREUX PAR ANTOINE DELÉRY

31 Juillet 2025, 06:35am

 

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Quelque soit les réticences qui vont suivre sur la biographie de Roger Peyrefitte par Antoine Delery, j'ai d'ailleurs plus de réserves sur l'objet étudié que sur l'étude elle même, on ne dira jamais assez combien ce livre est indispensable entre autres pour la mise en perspective de l'histoire de l'homosexualité en France depuis la dernière guerre et encore plus pour les « genders studies » (je ne trouve pas de termes français appropriés, ce qui en dit beaucoup).

 

 

 

 

         

 

 

 

 

         

 

  J'ai Lu, 1970 J'ai Lu, 1971    

 

 

J'ai Lu, 1973 J'ai lu, 1977     Le livre de poche 1978

 

La parution en 1945 des « Amitiés particulières » peut être considérée comme la première brèche dans le mur du silence qui entourait les amours entre garçons. Je sais bien que le premier roman de Roger Peyrefitte, et à mon avis le seul qui passera à la postérité, peut être pour de mauvaises raisons, n'était pas le premier à illustrer le sujet. Il y avait eu déjà quelques livres mais aux audiences très limitées, parlant de ces amours alors interdites, la première édition de Corydon date de 1930 et il y avait eu auparavant le chef d'oeuvre de Marcel Proust mais le premier fut un essai à la diffusion relativement confidentielle à sa parution, et le second n'avait pas que l'homosexualité masculine pour sujet et n'avait pas encore atteint en 1945 un très grand public qu'il a conquis petit à petit, contrairement à ce qui va se passer très rapidement pour « Les amitiés particulières » de Peyrefitte. J'explique le succès des « Amitiés particulières » par le fait que l'intrigue , l'amour entre deux jeunes garçons pensionnaires dans un collège catholique dans la province française, rappelait beaucoup de choses à un grand nombre de lecteurs qui n'avaient en 1945, aucun mal à s'identifier aux personnages ou à reconnaître des situations dont ils avaient été les témoins. La désaffection aujourd'hui pour le roman et pour toute l'oeuvre de Peyrefitte à la même cause que son succès d'hier. Les amitiés particulières paraît au XXI ème siècle nous parler d'un monde appartenant irrémédiablement au passé, sans résonance avec ce que peuvent vivre aujourd'hui des garçons de l'âge des protagonistes du roman. Vous pourriez me répondre qu'il en est de même pour « La recherche du temps perdu » sans parler de l'écart de talent qui existe entre Proust et Peyrefitte, la grande différence entre « La recherche du temps perdu » et « Les amitiés particulières » est que le grand oeuvre de Proust est solidement ancré dans l'Histoire, l'importance notamment dans celui-ci de l'affaire Dreyfus et de la Grande Guerre alors que le roman de Peyrefitte est un monde clos dans lequel la rumeur de l'extérieur ne pénètre jamais.

 

Les amitiés particulières ont par ailleurs, vérifié pour beaucoup l'affirmation de Merleau-Ponty: << L'être est ce qui exige de nous, création pour que nous en ayons l'expérience>>. Ceci dans le sens que l'homme a besoin de créateurs pour qu'il découvre certaines expériences de la vie qu'il n'a pas encore vêcu mais qu'a la découverte d'une oeuvre d'art, il s'aperçoit qu'il aspire à vivre une semblable expérience. Il ne faudrait pas par anachronisme méconnaitre quel ouvreur de chemins Peyrefitte a été avec son premier livre.

Un des principaux enseignements de cette biographie est de nous montrer un homme totalement autiste envers tout ce qui n'est ses petites affaires et totalement ignorant du monde dans lequel il vit et donc n'y comprenant rien. Son attitude à la fin de la guerre où il se rend tous les matins à son bureau des affaires étrangères alors que tous ses collègues ont fui, illustre bien cette incompréhension envers son époque. Il sera stupéfait ensuite de sa révocation par la nouvelle administration issue de la Libération en raison de ses accointances supposées avec le régime de Vichy; en réalité Deléry montre bien que la cause de ce renvoi est beaucoup plus une vengeance personnelle due à madame Bidault ( Le déchu se vengera envers cette dame dans « La fin des Ambassades » comme le note en octobre 1953, Cocteau dans son journal << Peyrefitte triomphe. La sottise de madame Bidault a fait vendre quarante mille exemplaires du livre en une semaine et coûté la présidence de la République à son époux.>>.) que le vichysme de Peyrefitte qui a traversé la guerre et l'occupation comme si elles n'existaient pas. Sa grande préoccupation durant cette période est l'écriture de son roman et accessoirement, mais beaucoup moins que Montherlant, les adolescents, pour lui le reste n'existe quasiment pas.

 

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illustration par Egermeier du Paysage des Olympique de Montherlant

 

A sa décharge, comme à celle de toutes les personnes qui ont vécu la débâcle de 40, dont on ne peut pas aujourd'hui mesurer quel traumatisme fut pour eux l'effondrement en une semaine de leur pays que la propagande disait doté de la meilleure armée du monde, le fameux « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts » de Paul Reynaud (encore un nabot en politique). Ce choc et un égocentrisme assez monstrueux expliquent probablement la cécité pour le restant de sa vie de Peyrefitte envers les événements historiques qu'il traversera.

 

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Peyrefitte, dans une lettre à Montherlant ( je remercie Antoine Deléry de m'avoir fait connaître ce texte ) décrit en quelques lignes magistrales le triste épisode de l'exode et son attitude envers cet écroulement << Quant à moi j'ai dû un beau jour quitter Paris avec le dernier train rapide sur injonction expresse. Quarante-huit heures après être arrivés dans la retraite ronsardienne... nous recevions l'ordre d'en partir, les Allemands ayant été presque aussi vite que nous... Et je suis resté seul de tout le Ministère, quelques dix autres ex (ou futurs) diplomates ont également gardé leur poste... Vivant ici au milieu des délices - de celles qui aident à vivre, mais privé de toutes nouvelles, de mes amis, de mes enfants, de mon chat, de mes livres... Dans l'impossibilité de bouger d'ici autrement qu'à bicyclette (ni train, ni auto) je me surprends à demander parfois moins de " jeunesse " et plus de journaux, moins de vérité et plus de mensonges ! Mais en réalité quelle reconnaissance je dois et je devrais à mes passions ! Ce sont elles - et elles uniquement - qui m'ont soutenu à travers ce que je puis appeler... tant d'épreuves. Ce sont elles qui m'ont fait prendre patience, pendant trois jours, dans des gares encombrées de foules gémissantes, dans des trains peuplés de loques humaines (agrémentées de l'impérissable de l'éclat de vives couleurs), et, pendant plus d'une semaine, permis de voir sans en être abattu, le lamentable défilé des réfugiés sur la route, pauvres gens qui fuyaient la mitraille et la trouvaient toujours un peu plus loin ! Le petit dieu, à jamais vainqueur, qui fait le prix de ma vie, est le même qui m'a fait oublier la guerre pendant tant de fois à Paris, qui m'a rendu indifférent à l'avance ennemie et m'a fait braver le bombardement sur les bords de la Loire, et, si j'ose l'écrire, qui me console de la défaite, et peut-être de la ruine. N'ayons pas honte de ce qui nous sauve du malheur et de la faiblesse ; tant pis, si nous sommes forts et restons heureux !...>>. On voit dans cette missive que la fréquentation des auteurs anciens peut être bien utile dans le tourment des jours...

Comme tous les biographes, Antoine Deléry est entré en empathie avec son modèle, attitude qui me parait indispensable pour un écrivain qui par la force des chose va être contraint de vivre un temps certain avec le dit modèle; ce qui fait que toutes les biographies sont plus ou moins hagiographiques même si les auteurs en général s'en défendent. Le biographe est victime d'une sorte de syndrome de Stockholm tant il est pris en otage, à son corps défendant par son sujet. Ce qui amène Antoine Deléry à surévaluer l'oeuvre et surtout l'homme Peyrefitte. Ce dernier contrairement à ce qu'il écrit n'a pas du tout fréquenté la meilleure société de son temps, ni si l'on prend ce terme dans le sens de bonne société aristocratique ou grande bourgeoise, Peyrefitte n'a pas fait partie longtemps de la "café sociéty" car si le succès des « Amitiés particulières » et l'admiration de Florence Gould lui en avait entrouvert les portes, son besoin de produire des écrits scandaleux, d'abord pour remplir ses caisses mais aussi par une sorte de haine de toute hypocrisie l'on vite fait devenir personna non grata dans ce club de riches oisifs tolérants mais soucieux de maintenir un ordre social et intellectuel qui les faisait prospérer. D'autres irrévérencieux ont eux été adoubés définitivement par ce club, même si c'était à ses marges, tel un Philippe Jullian dont le journal apprend qu'il connaissait bien Peyrefitte, dont il disait qu'il était le fils d'une chaisière toulousaine et d'un mauvais prêtre (il le définissait ainsi d'après ses livres et non au vu de son livret de famille); il en fait cette subtile description: << Roger Peyrefitte, l'homme de lettres français par excellence, intarissable causeur, brillant et pirouettant, content de soi. Grand lecteur de Casanova, il a le coeur sec des libertins. Charmante compagnie d'ailleurs. Il est en Italie que pour faire l'amour. Le détail de ses aventures et ses attendrissements font rire. C'est une cure, comme à Vichy. Les malades commentent l'effet de chaque verre et les symptômes de la maladie. Il s'habille mal, porte des flanelles, craint les courant d'air. Comme Montherlant, il ne quitte pas un imperméable, si commode pour les cinémas.>>; ou plus encore comme un Paul Morand (le plus homophobe des écrivains français mais dont les meilleurs amis étaient homosexuel! Ses relations avec Peyrefitte étaient très cordiales jusqu'à leur brouille à la fin de la vie de Morand à cause d'une mise en cause par Peyrefitte dans un de ses écrits d'un des amis de Morand, voir à ce sujet le journal de ce dernier); si on prend le terme comme synonyme d'élite intellectuelle (au sens large du terme) c'est pire encore. Peyrefitte a été complètement étranger à son époque. Bien sûr Peyrefitte a rencontré quelques célébrités de son époque. Deléry m'écrit: << ll voyait régulièrement Roland Laudenbach, Jacques Laurent (Peyrefitte apparait dans plusieurs de ses livres, comme "la bourgeoise"!), Roger Nimier (qui lui a consacré plusieurs chroniques) et les gens de la Table Ronde, ainsi que de nombreux intellectuels comme Jean-Louis Bory (témoignages nombreux, sur ce point, de Gérald Nanty qui les a réconciliés après une longue brouille), Navarre (qu'il a fait entrer chez Flammarion), Curtis (qui fait un très beau portrait de lui dans un de ses livres), Jouhandeau (ils se tutoyaient), Sagan (rencontrée de nombreuses fois grâce à Nanty)...>>. J'y ajouterais Jean Cocteau; dans son journal, il y a une dizaine d'entrées à Peyrefitte. Il raconte notamment dans celui de 1953 cette anecdote savoureuse: << … je pense aux nombreuses visites que Montherlant et Peyrefitte me firent ensemble, rue de Montpensier, à la Libération. Montherlant était malade d'inquiétude pour sa gloire. Ils étaient alors amis intimes. Chaque fois qu'un collège passait sous les arcades, ils se précipitaient à la fenêtre où je ne voyais plus que leurs derrières.>>. Je n'arrive pas à m'imaginer Peyrefitte avec Laudenbach que j'ai bien connu, mais il est vrai que je manque d'imagination.

Il semble avoir ignoré à peu près les oeuvres de tous les écrivains de son temps et ne semblait s'intéresser ni à la musique ni aux arts plastiques, ni au cinéma et guère plus au théâtre. Il semble que le sport et les sciences ne firent pas non plus faire partie de son univers. A cette aune écrire qu'il était cultivé, au sens du XX ème siècle, me parait un contre sens total.

 

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Roger Peyrefitte, portrait en gloire comme grand maitre de l'ordre d'Alexandre

 

 

Ce qui ne veut pas dire que Peyrefitte fut un ignare. il lisait les classiques et grecs et latins avec constance. Dans les romanciers de son siècle il n'y a guère qu'Anatole France et Marcel Proust qui ont retenu son attention. Il lisait ce dernier assidument dès le début des années 30, ce qui n'était pas alors si fréquent. On peut ajouter qu'il était aussi familier de l'oeuvre de Gide, qu'il a rencontré par ailleurs deux fois, de la poésie de Valéry, et même de quelques auteurs étrangers comme Thomas Mann, et de nombreux italiens, qu'il connaissait d'ailleurs personnellement parlant et lisant couramment l'italien.

 

Il n'était certes donc pas inculte, mais il y dans sa pose de l'érudit et du Pic de La Mirandole de la grammaire quelque chose qui sent un peu trop son parvenu à mon gout. A lire l'ouvrage de Deléry on voit bien que l'auteur de « La mort d'une mère » ne sait jamais guéri de la modestie de ses origines. C'est aussi l'histoire d'un homme qui a eu la malchance de commencer sa carrière littéraire par un chef d'oeuvre et dont aucun des livres suivant n'a atteint ni la même qualité, ni le même succès. Il ne faudrait pas pour autant faire de Peyrefitte l'homme d'un seul livre et si je ne partage pas pour son oeuvre l'engouement de son biographe, je trouve l'oubli dans lequel il est tombé bien injuste et bien dommageable pour les lettres françaises.

Les postures prise par Peyrefitte lui ont joué de bien mauvais tour, l'isolant de plus en plus du monde littéraire. Pour ceux qui se souviennent de lui, il passe en amour pour un cynique et consommateurs de corps de jeunes éphèbes alors que le récit de sa vie, et quelques un de ses livres, si l'on en est un lecteur attentif, le montre surtout comme un amoureux transi et malheureux.

 

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Egermeier a photographié Roger Peyrefitte lors d'une séance de signatures lors de la parution de "Mort d'une mère, donc en 1950, si par le plus grand des hasards vous reconnaissez le joli tourneur de pages que l'on voit sur ces clichés derrière l'écrivain n'hésitez pas à me contacter, de même si vous reconnaissez les deux messieurs en conversation sur la dernière image.

 

Cette passionnante biographie met en lumière la difficulté de conduire une carrière. Je pense que la bibliographie de Peyrefitte aurait été toute différente si cela avait été Gallimard, et non les éditions Flammarion, qui ont poussé (il n'en fallait pas beaucoup) leur auteur sur la pente des écrits scandaleux, qui avait racheté le fond de Vigneau, son premier éditeur. Gaston Gallimard était intéressé par Roger Peyrefitte. Il fait figurer son nom sur une liste d'auteurs à « reprendre » (note de la fin des années 50 et reproduite page 330 du catalogue de l'exposition du centenaire des éditions Gallimard). L'équipe des éditions Gallimard aurait été bien meilleure conseillère pour notre turbulent écrivain que celle de Flammarion exclusivement soucieuse de gros tirages.

Je fais mien l'avis de Pierre de Boisdeffre, datant de 1969, dans sa précieuse « Littérature d'aujourd'hui » que je possède dans l'édition 10-18, lorsqu'il écrit: << A partir de 1950, Roger Peyrefitte changea de registre. Négligeant les investigations psychologiques, il entreprit une satire moins subtile et plus brutale des hommes et des institutions. (...) Depuis les ambassades Roger Peyrefitte a suivi la dangereuse pente du scandale. Les vrais amis de l'auteur étaient navrés de voir un écrivain de cette qualité ajouter le poids de son talent à cette somme d'attaques et d'infamies sous laquelle chancellent nos institutions (…) Depuis les Amitiés particulières, le romancier n'a pas trouvé de thèmes à la hauteur de son style (…) Sous le brio du style, sous l'éclat d'une carrière trop adroite, un homme existe qui peut encore se laisser émouvoir, et nous toucher. >>. Involontairement Antoine Delèry valide l'idée que la première partie de l'oeuvre de Peyrefitte, disons jusqu'à « L'exilé de Capri » est très supérieure à la seconde puisqu'il a consacré 200 page à la première pour 130 page à la seconde qui s'étale sur presque quarante ans et il escamote quelque peu les dernières années de l'écrivain, seulement 70 pages pour les trente dernières années.

 

Le jugement de Jacques Brenner dans son « Histoire de la littérature française de 1945 à nos jours (1978) est beaucoup plus sévère (et beaucoup moins lucide) que celui de Pierre de Boisdeffre voici ce qu'il écrit: << Ceux qui pensaient que Roger Peyrefitte resterait l'homme d'un seul roman ne se trompais pas. Tous les livres qu'il fit paraître ensuite sous l'appellation de romans relèvent d'un autre genre (…) en particulier de chroniques scandaleuses. La faiblesse de celles-ci vient de ce que l'auteur double le reportage ou l'enquête qui en font l'intérêt, d'une intrigue à laquelle on ne croit pas.>>. Je souscris totalement à cette dernière remarque; j'ajouterais que l'incrédulité du lecteur est nourri par la transparence des multiples doubles et masques dont Peyrefitte parsème certains de ses pseudo romans; le personnage de l'archéologue est l'archétype de ces êtres de papier auxquels on ne peut s'attacher.

Il me semble avant d'aller plus loin que le lecteur de ce billet, et surtout l'auteur du livre, qui m'a si obligeamment d'une part fait lire son manuscrit et d'autre part envoyé l'ouvrage dès sa parution avec une chaleureuse dédicace, doivent savoir « d'où je parle ». Je n'ai jamais rencontré Roger Peyrefitte alors qu'en lisant « Roger Peyrefitte, le sulfureux », je m'aperçois que je connaissais plusieurs de ses proches à commencer par Egermeier, de Ricaumont et Malagnac. Si les deux premiers cités étaient des hommes de coeur, j'ai toujours pensé que Malagnac était un triste gigolo. En revanche j'ai lu la plupart des livres que « le sulfureux » a écrit mais pour beaucoup il y a fort longtemps. Je n'ai pas lu ses quatre livres sur Voltaire, pas plus que « Le prince des neiges » (ce que j'aimerais bien) ni la soutane rouge pas plus que ces opuscules tirés sur grand papier. Pour le reste je crois avoir tout absorbé. J'ai commencé par « Les amitiés particulières », roman exploré lorsque j'avais quatorze ans, entre un Bob Morane et « Sur le fil du rasoir », ce livre plus qu'un révélateur fut pour moi la confirmation de mes gouts. Cette première lecture m'a donné l'envie de connaître les autres ouvrages de l'auteur. A partir de 1965, je lisais les nouveaux livres de Peyrefitte dès leur parution tout en essayant de me procurer ses titres plus anciens. Je n'avais souvent pas réouvert ces livres depuis, à l'exception de « L'exilé de Capri » et des « Amours singulières», romans que j'ai relus avec beaucoup de plaisir auxquels il faut ajouter « Du Vésuve à l'Etna » que j'ai repris, toujours avec bonheur à chaque fois avant de partir pour le sud de l'Italie. C'est le livre de Peyrefitte qui, en ce qui me concerne, demeure le plus vivant. « Roger Peyrefitte le sulfureux » m'a donné l'envie de découvrir « Retours en Sicile » dont je n'avais jamais entendu parler. Mes souvenirs de lectures sont contrastés si j'ai un souvenir ému de la découverte de Notre amour », livre tant aimé qu'aussitôt refermé je suis allé le porter chez le relieur pour le faire habiller de cuir, le volume a malheureusement disparu de ma bibliothèque, je me rappelle aussi le profond ennui à la lecture « Des fils de la lumière » et du « Chevalier de Malte ». Après avoir terminé le livre de Delèry et avant d'écrire ce billet, j'ai réouvert les ouvrages de Peyrefitte qui n'ont pas été mystérieusement boulottés par mes bibliothèques, sort subit apparemment par « Les français », « L'oracle » (ce que je regrette bien) ou Innominato. J'ai donc picoré dans « Les américain », « Les juifs », « Roy », « L'enfant de coeur », « Tableaux de chasse »... pour me rafraichir la mémoire.

« Roger Peyrefitte, le sulfureux » nous montre bien comment s'est construit l'homme et l'écrivain. Roger Peyrefitte dans ses jeunes années était un homme peu sur de lui. Inconsciemment il était à la recherche d'un maitre, c'est peu être ce trait de caractère qui a le plus séduit son biographe qui à son tour semble avoir pris Roger Peyrefitte comme ultime référence. La rencontre de l'encore jeune méridionale avec Montherlant sera décisive pour le jeune homme. Il s'est trouvé un nouveau père. Il se construira en imitation de celui-ci, il lui a appris son métier d'écrivain, mais aussi bientôt contre lui. Comme me l'écrit Antoine Deléry: << Peyrefitte est quelque part, le contraire d'un Montherlant (que j'aime néanmoins...) ou d'un Malraux (quelques belles pages, mais quel personnage agaçant), qu'il a poursuivi de ses sarcasmes, qui ont patiemment bâti leur légende, élevant une statue de plâtre dédié à un personnage rêvé qu'ils n'étaient pas...Faux héros de guerre (faux résistant!), faux aventuriers, faux voyageurs, faux hommes à femme, faux sportifs, véritables écrivains en pantoufles (vrai courtisan)...>>.

Il est indéniable par sa défense du droit à être homosexuel que Peyrefitte a fait preuve de courage. Mais je trouve que Delèry met trop en lumière le goût de la vérité de son modèle qu'il ne faut pas confondre avec une inclination pour l'espionnage et la délation. Peyrefitte fit preuve d'une indélicatesse flagrante lorsqu'il décida avec la complicité de Pierre Sipriot de publier sa correspondance avec Montherlant sans demander l'autorisation à l'ayant droit de l'académicien.

Le style de Deléry est à la fois précis (quoiqu'il faudra qu'il m'éclaire sur le terme de pédéraste mondain concept que je ne visualise pas bien) et limpide ce qui rend la lecture de cette biographie très agréable et il a bien du mérite car par essence en général il ne se passe pas grand chose dans la vie d'un écrivain si l'on excepte celle de Céline, Malraux ou Romain Gary. Il y a tout de même dans celle de Peyrefitte notamment les péripéties garçonnières en compagnie de Montherlant, narrées avec beaucoup de verve par le biographe, ce qui donnent les passages les plus drôle du livre, il faut dire que les deux compères ont tout des Pieds Nickelés chez les pédérastes...

L'auteur a délibérément choisi de nous épargner une biographie « à l'américaine » ces énormes pavés dans lesquels le lecteur n'échappe à aucune des maladies du sujet et qui sont généralement si ennuyeuse que l'on ne les lit pas dans leur continuité mais qu'on y pioche, grâce à l'indexe, les renseignements dont on a besoin. Il en est ainsi par exemple de la biographie de Jean Genet par Edmund White ou de celle de Cocteau par Claude Armand. Roger Peyrefitte, le sulfureux est néanmoins sérieuse et très bien documentée et ressemble plus aux biographies qu'écrivait jadis Maurois ou plus près de nous à celle que Daniel Garcia consacra à Bory. Néanmoins l'allégresse de l'écriture de Deléry et donc de la lecture, a son revers, il demeure quelques lacunes dans la vie de Peyrefitte et le curieux que je suis aurait aimé en savoir un peu plus sur certains personnages qui traversent la vie de notre grand écrivain comme sur ces deux frères, Doudou et Roger dont il partageait les faveurs avec Montherlant et qui auraient servi de modèles pour les jeune sportifs photographiés par Egermeier pour l'édition illustrée des Olympiques, ou encore sur Jacques de P. que Peyrefitte rencontre en 1939 alors qu'il n'a que quatorze ans et qui semble être son véritable premier amour d'adulte. Leur liaison durera plusieurs années. J'aurais aimé également en apprendre davantage sur des personnages moins affriolant que les garçons pré cités mais qui ont eu une grande importance dans la vie de l'écrivain comme ses secrétaires successifs et surtout sur Alexandre de Villiers son exécuteur testamentaire dont on ne connait ni l'âge ni les moyens d'existence hormis d'être le factotum de Peyrefitte.

Quelques notes en bas de page, trop rares et trop maigres, sont néanmoins les bienvenues pour éclairer le lecteur qui ne serait pas au fait de la vie littéraire du XX ème siècle. Mais qu'il faille une notule pour rappeler qui était Kléber Haedens me laisse songeur...

Le grand talent de Delèry biographe est d'avoir monté, au sens cinématographique du terme, avec fluidité les différents épisodes de la vie de son modèle

Je suis conscient que le critique parle à son aise, alors que je suppute que le collationnement de toutes ces informations sur le sulfureux n'a pas du être de la tarte... Quoiqu'il en soit si certains de ces personnages se reconnaissent ou qu'ils soient identifiés par des personnes les ayant connus que ceux là contactent le blog je leur serais grandement reconnaissant de même que j'en suis sûr Antoine Deléry qui pourrait ainsi enrichir son livre pour une future réédition.

L'actuelle édition a été faite un peu au minima. Il n'y a pas d'index mais le livre reste facilement consultable car il est découpé en nombreux chapitres courts au titre explicite. Les sources ne sont pas non plus mentionnées à chaque affirmation mais néanmoins les principales sont mentionnées en deux pages en fin du volume, précédant une bibliographie complète des volumes écrits par Peyrefitte. Plus inhabituel et gênant pour ce genre d'ouvrage on ne trouve pas non plus de cahier de photos, ce qui est toujours utile pour visualiser les personnage tels qu'ils sont au moment de tel ou tel épisode. J'aurais particulièrement apprécié de découvrir les appâts en collant du jeune Roger Montsoret, interprète de la pièce de Peyrefitte, « Le prince des neiges » (je mettrais ma main à couper que le garçon devait être alors l'amant en titre d'Hébertot...). J'aurais également été ravi de découvrir le tableau de Goor représentant Malagnac, grandeur nature, accompagné d'un lévrier (je n'ai pas repéré le dit Malagnac dans « Le banquet de Trimalcion » peint par ce même Goor; peut être est il le jeune homme qui serre de près le blond porteur d'amphore?).

 

 

Après la lecture de cette biographie, l'image que je me fais de Roger Peyrefitte est assez contrastée. Il s'y révèle un homme faible mais sensible, à la curiosité limitée assez borné pour tout dire mais pouvant se passionné pour des sujets, Alexandre et son époque, la Sicile, les monuments antiques en Grèce... qu'il explorera à fond, qui fera de lui, un des meilleurs spécialistes de son temps. Il paraît incapable de prendre de la hauteur tant dans sa vie que dans son oeuvre. Il s'intéresse toujours plus aux petites choses qu'aux grandes. C'est dans ses livres un miniaturiste, jamais un fresquiste. Cette manière de voir fait que certains de ses livres, comme « Les juifs », « Les français » ou « Les américains », déjà peu passionnants à leur parution, sont quasiment illisibles aujourd'hui car les minuscules péripéties et leurs acteurs ne disent plus rien à personne. Mais curieusement cette myopie littéraire peut faire tout l'intérêt d'autres ouvrages comme son Alexandre, objet littéraire totalement singulier et toujours passionnant actuellement sans doute en grande partie parce que sont parti pris narratif vient en complète opposition avec le sujet traité.

 

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Dessin de Michel Gourlier faisant partie de la collection de Roger Peyrefitte

 

L'utilisation de sa vie pour son oeuvre en fait un précurseur de l'auto-fiction.

On découvre que le moteur du courage indéniable de Roger Peyrefitte se nourrit de sa haine obsessionnelle de l'hypocrisie. Le meilleur exemple de cela est la philippique contre Mauriac véritable chef d'oeuvre que m'a fait découvrir « Peyrefitte le sulfureux ». Cette dénonciation des tendances homosexuelles de Mauriac, aujourd'hui reconnues, couta très chère à Peyrefitte au sens propre comme au sens figuré. Dans une récente biographie de Mauriac signée Jean-Luc Barré, François Mauriac, biographie intime, 1885-1940, publiée chez Fayard en mars 2009, Barré, fait une large place à l'homosexualité de « l'illustre écrivain catholique » ; il révèle même le nom d'un jeune homme qui aurait été « l'amant » de Mauriac ; Mauriac aurait en effet été amoureux fou de Bernard Barbey, chef de l'état-major particulier du général Guisan pendant la guerre de 1939 à 1945, qui était aussi romancier, lauréat du Grand Prix de l'Académie française et diplomate...

Si Peyrefitte était snob, il n'était ni arriviste ni intéressé par l'argent. On voit qu'avant sa ruine il fut généreux et après sa déconfiture dans un juste retour des choses il bénéficia de la relative générosité des autres.

On s'aperçoit que deux rencontres dans la vie de Peyrefitte ont été décisives. D'abord celle de Montherlant, sans laquelle il n'aurait probablement pas écrit et celle de Malagnac qui fut son mauvais ange qui le ruina et précipita sa déchéance littéraire.

 

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Roger Peyrefitte en compagnie de Salvador Dali, Malagnac et Amanda Lear

 

Je ne suis pas d'accord avec le biographe lorsqu'il écrit, c'est la dernière phrase de son livre que Roger Peyrefitte a été un homme heureux où alors il s'est beaucoup menti à lui même. En ce qui concerne le coeur, Il n'a connu que des amours en trompe l'oeil avec des médiocre, on ne constate pas autre chose en lisant « Le dernier des Sivry », « Notre amour » ou « L'enfant de coeur ». Pour l'esprit, il a connu la désaffection du public et l'oubli critique bien avant sa mort ce qui devait le faire douter de la pérennité de son oeuvre. Il reste les sens...

 

Tableau de Pierre Peyrolle représentant les membres fondateurs de l'ordre utopique d'Alexandre. On y voit sous le plafond du Panthéon derrière une grande statue d'Alexandre le grand, on voit de droite àgauche le peintre Pierre Fuchs, Salvador Dali, Arno Brecker, Joe Bodenstein, Roger Peyrefitte et Alexandre de Villiers. Le tableau est visible en Allemagne au château de Norvenich 

 

Antoine Delery résume parfaitement en quelques mots quelle fut l'essence de la vie de Roger Peyrefitte: << il s'est efforcé, sa vie durant, avec un certain succès d'être le personnage qu'il rêvait d'être...>>; j'ajouterais qu'au fil des ans le personnage a étouffé l'artiste chez Roger Peyrefitte... Et puis le livre d'Antoine Delèry donne envie de lire et de relire Peyrefitte, la plus grande qualité d'une biographie n'est elle pas de provoquer le désir de mieux connaître son objet.

 

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Roger Peyrefitte à la fin de sa vie photographié par D. Deville

 

Nota:

On peut lire un chapitre des ambassade, non retenu pour l'édition en volume mais paru dans le Crapouillot sur les homosexuels en aout 1955 à l'adresse suivante: http://culture-et-debats.over-blog.com/article-23868321.html.

 

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Tombe de Roger Peyrefitte à Alet les bains, Aude 

 

Antoine deléry, en biographe habité et passionné, n'est pas de ceux qui arrête leurs recherches une fois leur livre publié. Il continue sa quête d'informations sur le sulfureux et a la gentillesse de nous faire partager le fruit de ses recherches:

 

Les fidèles lecteurs de Roger Peyrefitte se sont peut être étonnés du peu de place tenue par son premier amour, Jacques de P., dans ses « Propos secrets », alors même que le nom de ce garçon revenait très souvent dans la correspondance de l’écrivain avec Henry de Montherlant, en partie publiée en 1983.

 

 La raison en est simple : le chapitre consacré à Jacques, qui devait être inséré dans le second tome des « Propos secrets » n’a finalement jamais été publié. Lors de mes recherches, j’ai pu lire ce texte resté inédit dans les archives de l’éditeur.

 Une mention manuscrite, qui n’est pas de la main de Roger Peyrefitte, indiquait sur la première page « A publier dans Propos secrets 3 ». Albin Michel avait semble t’il trouvé le texte trop long ou choisi de conserver ce morceau de bravoure pour ménager l’intérêt du tome suivant. Il est également possible que l’éditeur ou l’auteur ait préféré retirer ce texte susceptible de gêner Jacques, alors quinquagénaire au faîte de sa carrière, et éviter un éventuel procès.

 A son habitude, Roger Peyrefitte avait en effet donné dans ces pages des détails permettant aux lecteurs d’identifier Jacques.

 

 Né en novembre 1925 à Paris, Jacques était le fils d’un authentique aristocrate et d’une couturière d’origine juive. Lorsque Montherlant le repère à la kermesse Berlitz et le désigne à Peyrefitte, fin juin 1939, il n’a pas encore 14 ans. Il vit très modestement avec sa mère et une tante rue de Lisbonne, dans un quartier encore populaire du 8ème arrondissement. Montherlant ne s’est pas trompé : il est bien le genre de son ami, qui en tombe amoureux. Leur liaison durera jusqu’au printemps 1943. Elle sera transposée par l’écrivain dans « Le dernier des Sivry », roman contemporain des « Amitiés particulières » finalement publié en décembre 1993. Jacques, devenu Gérard, est « un assez grand garçon avenant et distingué. Ses cheveux bruns retombaient sur son front et semblaient prolongés par les cernes de ses yeux ». Bel adolescent, Jacques pose pour le photographe Egermeier chargé d’illustrer « Paysages des olympiques » de Montherlant. Peyrefitte apprécie sa parfaite éducation, sa distinction naturelle et sa particule. Il le fait venir auprès de lui en Touraine, où se sont repliées les Affaires étrangères, puis à Toulouse, où il vit les premières années de l’occupation. Leur relation, d’abord idyllique, tourne à l’orage : intelligent mais paresseux, Jacques se révèle dissimulateur. Peyrefitte, dévoré par la jalousie, le renvoie à Paris quand il s’aperçoit que son ami le trompe avec un jeune ouvrier. Ils ne devaient jamais se revoir.

Peut-être influencé par le souvenir d’Egermeier ou de la passion de Peyrefitte pour la photographie, Jacques entre à la prestigieuse école de photographie de la rue de Vaugirard, dont il sort diplômé en 1945. Il devient reporter-photographe dans un grand hebdomadaire. Professionnel reconnu, il est blessé en couvrant le conflit indochinois et reçoit la croix de guerre. Il s’impose comme l’un des photographes de presse les plus en vue des années 50 et 60, réalisant des clichés de nombreuses célébrités. Marié, père d’un fils, il est décédé à Paris en avril 2006.

Antoine Delèry a fait, par le biais d'un mail, une réponse éclairante à mon billet. Après avoir demandé son autorisation, j'ajoute cette réponse à ma critique de son livre.

 

Bonjour Bernard,
 
Votre texte me parait très bien: fouillé, complet, précis...Il donne une bonne image de Roger Peyrefitte, ombres et lumières, en mettant en balance vos réticences et mes arguments.
(cela confirme ce que je savais: vous savez lire et vous le montrez bien...)
 
Concernant son absence à son temps, son peu d'intérêt pour les sciences et les arts, il faudrait quand même signaler son goût sûr en matière de peinture et son intérêt pour l'art monumental et l'architecture moderne.
 
Il a été un grand collectionneur de maîtres et de petits-maîtres français et anglais du XVIIIème siècle. Il a eu des relations suivi avec de nombreux peintres de premier plan: Georges Matthieu, Pierre Peyrolles, Dali, Brayer...Ce qui l'a conduit à préfacer le livre "Nous les abstraits"(1960) caricaturant les excès de l'art contemporain, qu'il connaissait bien... 
 
En ce qui concerne l'art monumental et l'architecture, il était un esprit ouvert et curieux. On se rappelle qu'il a pris, presque seul, la défense des colonnes de Buren , en pleine polémique, dans "le Figaro". Dans une belle introduction au livre de Doucet sur Paris (éditions Sun), il défend le Paris moderne: Beaubourg, Buren et la pyramide du Louvre...
 
Enfin, il a été un mécène (cf le témoignage de Pierre Peyrolles) et pas seulement pour des artistes d'inspiration pédérastique (Gourlier, Goor...).
 
A t-il été un homme heureux...Oui, et de cela je suis sûr, non seulement par ses écrits mais aussi par des témoignages irréfutables. Dans ses épreuves des dernières années, il a fait preuve d'un optimiste, d'un allant, d'un dynamisme peu communs..."Caractère faible", écrivez-vous; vraiment ?
 
Enfin, votre conclusion me fait chaud au coeur: si le livre donne envie de lire et relire Peyrefitte, le but est pleinement atteint...
 
Bien à vous,
 
A.
 

PS: je ne sais pas encore si le livre se vend bien; mais il se lit bien, si j'en crois les lettres et messages reçus, touchants et sympathiques, et c'est l'essentiel... 

 
 

COMMENTAIRES

Le 21/08/2011
Monsieur,
Lu le long commentaire que vous faites de cette biographie consacrée à Roger Peyrefitte (19O7-2000). Etant d'une génération pour qui le nom de cet écrivain, très célèbre de son vivant (pour de bonnes et de mauvaises raisons), dit quelque chose, et surtout pour avoir lu nombre de ses livres, je vous remercie de m'apprendre l'existence de cette biographie, que je n'ai pas vue sur des présentoirs de librairies que je puis fréquenter, dans une grande ville de province. Je crains que "l'omerta" jeté sur le nom de Roger Peyrefitte ne nuise à la bonne distribution du livre de son biographe. Biographie que je lirai donc. Je souhaite surtout qu'elle s'intéresse aux oeuvres de Peyrefitte, plutôt qu'elle ne se contente de rapporter des anecdotes plus ou moins controuvées. Pour avoir eu l'honneur, il y a déjà plusieurs années, de m'entretenir avec M. de Villiers, lui-même alors avait le projet d'écrire une biographie "exhaustive" de Peyrefitte(ne sais si ce projet aboutira quelque jour) qui eût rétabli (selon lui) la vérité sur des épisodes ayant prêté à commentaires défavorables (et surtout contradictoires): je pense ainsi à sa première éviction du Quai d'Orsay, à sa réintégration grâce à l'intervention de Pierre Laval; enfin à son éviction définitive. Situation que Roger Peyrefitte jugea blessante, et surtout "injuste". Je pense personnellement que cette "injustice" (en tout cas vécue comme telle par lui) aura été, pour une bonne part, dans sa lutte contre les impostures (bien réelles) d'une certaine société contemporaine. Ce n'est pas le moindre des paradoxes que cet écrivain jugé "anecdotique", "superficiel", etc., dans sa chronique satirique de la société contemporaine, ait été pris très au sérieux par les puissances bien réelles auxquelles il s'est attaqué (le Quai d'Orsay, l'église catholique romaine en tant qu'institution, le monde de l'édition et des lettres, le marché de l'art, les Juifs (et pour ce dernier, quoi qu'on en ait dit, ce livre n'est pas antisémite; l'avis mériterait d'être nuancé), etc.), puisqu'il connaît aujourd'hui la situation éditoriale qui est la sienne :ne pas voir ses livres réédités, à l'exception des "Amitiés particulières". A croire que les éditeurs français actuels se soient donné la consigne!
Je suis pleinement d'accord avec la remarque de Jacques Brenner, que vous citez fort à propos, et qui renvoie à tous les livres que Peyrefitte a consacrés à la société de son temps et ses impostures (des chroniques plutôt que des "romans", bien que se présentant comme tels); il n'empêche que ces "chroniques-faux romans" visent le plus souvent juste, sont pleines de détails vérifiables, provoquent un sourire, voire un rire libérateur (Peyrefitte nous rappelle que "les rois sont toujours nus", qu'il suffit d'avoir l'oeil exercé!), voire peuvent susciter chez le lecteur des impressions contradictoires (ex.: un livre comme "Les Clés de saint Pierre" peut être perçu, à juste titre, comme une violente attaque de ce qu'il y avait alors de plus sclérosé au Vatican, mais fourmille aussi de précisions passionnantes sur le rituel catholique, pour quelqu'un de non croyant); les livres même satiriques de Peyrefitte ne produisent pas une impression univoque. De ce point de vue, c'est un "conservateur" autant qu'un "démolisseur". Il y aurait lieu d'insister sur ce point. En tout cas, dans une époque aussi timorée que la nôtre, celle du "penser correct" (c'est-à-dire du "ne penser rien du tout"), une figure d'écrivain bretteur comme Roger Peyrefitte peut donner de la nostalgie. Comme celle de Jean-Edern Hallier, dans un autre genre.
Je me rends compte que mon commentaire prend des proportions monstrueuses; cela veut surtout dire qu'un écrivain comme Roger Peyrefitte demande à être abordé avec un maximum de nuances (en tant qu'homme et en tant qu'écrivain). On a parlé de la "méchanceté" de Peyrefitte: ce point mériterait d'être commenté. Il est exact que lorsqu'il veut régler des comptes, il tend son arc au maximum et que la flèche traverse de part en part. La fameuse Lettre à François Mauriac en est un exemple. Pour admirer Mauriac comme romancier, mémorialiste et essayiste politique, je ne me retiens pas cependant de considérer que Roger Peyrefitte (si l'on pousse l'empathie le plus loin, si l'on se place de son point de vue)avait quelque légitimité dans son attaque. Mauriac avait une vie intérieure torturée au point que l'hypocrisie lui était sans doute nécessaire (c'est ce que je veux retenir de ma lecture de l'essai de M. Jean-Luc Barré), mais ayant à la fois attaqué Cocteau (au moment de la mort de celui-ci), et le film de Delannoy, tiré des "Amitiés particulières", Mauriac avait en quelque sorte lui-même allumé la bombe qui lui explosa alors au visage. Mauriac ne pouvait ignorer que Peyrefitte ne se contenterait pas à son endroit d'un "silence poli".
Mais c'est le même Peyrefitte (plutôt une "autre partie de lui-même") qui est capable d'écrire ce chef-d'oeuvre qu'est "La mort d'une mère", le livre le plus lucide qu'on ait écrit sur l'amour qu'on peut porter à une mère, en même temps que sur la nécessité d'affronter sa propre vie, quand vous en êtes séparé à jamais. La fin du livre que d'aucuns ont voulu juger scandaleuse, du moins en 1950, n'est pas plus, mais pas moins, que l'expression de la Vie contre la Mort.
Peyrefitte "concierge", se délectant des potins les plus nauséeux...C'est un point de vue, mais qui demanderait encore à être nuancé. Un ex.: dans "Propos secrets" (le premier volume, publié en 1977), les pages consacrées à Henry de Montherlant ont choqué certains lecteurs de l'auteur des "Jeunes Filles" et des "Garçons", mais étaient-ce de si bons lecteurs que cela? J'en doute: les pages que Roger Peyrefitte consacre à Montherlant redonnent à celui-ci toute une épaisseur humaine, nous font mesurer les dangers que sa sexualité particulière (sur laquelle je ne veux pas prononcer de jugement moral, bien qu'elle me soit étrangère) pouvait, ou avait pu lui faire courir, etc. Du coup, de cette dimension humaine restituée se renforçaient des romans aussi admirables que "Le Chaos et la Nuit" (Marguerite Yourcenar, dans ses entretiens avec Matthieu Galey, dit que c'est là un des chefs-d'oeuvre du roman français du XXe siècle) et "Un assassin est mon maître", dont on saisissait mieux le côté nihiliste et pessimiste, à la mesure de la solitude humaine de l'auteur (bien que ce nihilisme et ce pessimisme ne représentassent pas complètement Montherlant; il a été aussi un peintre du bonheur, du bonheur de la jouissance).
Qu'il y ait eu en Peyrefitte un mélange de sentimentalité et de méchanté, cela serait, à la limite, l'illustration d'un mélange assez banal chez un bon nombre d'écrivains. "Méchant", Peyrefitte ne l'est pas plus, peut-être moins même, que les Goncourt (dans leur fameux "Journal").
Pour la partie la plus directement autobiographique de l'oeuvre de Peyrefitte (pour la différencier de la partie satirique de son oeuvre, sous forme d'une chronique scandaleuse de la seconde partie du XXe siècle), vous faites observer fort justement qu'elle se place sous le signe de la lucidité et de l'insatisfaction (la lucidité ne peut rendre le plaisir charnel complètement satisfaisant); un livre comme "Notre amour", mais plus encore "Jeunes proies" (qui renvoie à la bisexualité de l'auteur), un livre plus révélateur encore. Seuls émergent les paysages et les objets (l'importance du paysage et des antiquités romaines et grecques dans "Notre amour"). Je veux espérer que le biographe aura fait un sort au grand collectionneur (et bibliophile) que fut Roger Peyrefitte; sa collection fut une oeuvre à part entière; si "Un musée de l'amour" (le titre est emprunté à l'un de ses poètes préférés: Baudelaire) n'est consacré qu'à ses érotiques, Peyrefitte eût pu écrire "La Maison de l'artiste" d'Edmond de Goncourt, tant ses différentes demeures ont appartenu à la tradition des écrivains-esthètes (espèce disparue?).
Tout à fait d'accord avec vous sur son peu de goût de la littérature moderne, mais le biographe aura, je le souhaite, insister sur sa passion pour la littérature du XVIIIe siècle (Voltaire en tête) et les littératures antiques (grecque et romaine). De ce point de vue, il est un des derniers écrivains célèbres auprès du grand public à avoir bénéficié de cette tradition. Ainsi que sa connaissance des conteurs italiens du XVIe siècle; L'Arétin, entre autres, avec qui il a quelques ressemblances.
Roger Peyrefitte mérite d'être traité avec un maximum de nuances (quel que soit l'avis général qu'on porte sur son oeuvre).
Pardon d'avoir été aussi long. Je vous donne ainsi quelques impressions en vrac.
Thierry FLEURANCE-AVERTY
Professeur. Docteur ès lettres.
P.-S.: Au risque de paraître très "pion". Votre article a laissé passer des fautes d'orthographe grossières, à commencer par la formule d'ouverture. Il est trop passionnant pour que subsistent de telles scories! 
COMMENTAIRE N°1 POSTÉ PAR THIERRY FLEURANCE-AVERTY LE 21/08/2011 À 12H05

réponse à Thierry Fleurance-Averty 

Merci pour votre long commentaire. Je pense à la lecture de celui-ci que la biographie d'Antoine Deléry vous intéressera. Si vous ne la connaissiez pas encore, ce qui m'étonnerait à la lecture de votre texte je vous conseille les deux tomes de la biographie de Montherlant par Pierre Sipriot (aux éditions Robert Laffont qui va beaucoup plus loin que "Les propos secrets.  

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 21/08/2011 À 18H15
Merci merci pour cette article, je suis un jeune homme de 25 ans qui a découvert Peyrefitte à 18 ans et depuis ce jour où j'ai lu les amitiés particulières je dévore ses livres et je l'ai collectionne ainsi que tous les articles notamment dans la revue Arcadie et le Crapouillot. Merci encore
Cordialement Florent
COMMENTAIRE N°2 POSTÉ PAR FLORENT LE 13/05/2012 À 15H04

Les anciens numéros d'Arcadie ne doivent pas être facile à se procurer. Je serais curieux de connaitre, en quelques lignes, ce qui vous attire chez Roger Peyrefitte dont l'oeuvre ne me semble peu en communion avec notre époque. 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 13/05/2012 À 21H27
Il est vrai que l'oeuvre de Roger Peyrefitte ne soit pas proprement dite en communion avec notre époque mais je pense que beaucoup d'auteurs sont tomber dans l'oubli tel que henry de Montherland par exemple que j'admire, il y a dans l'écriture de ces deux hommes malgré leurs distances, une écriture poétique, une écriture qui représente exactement l'amour entre garçon, les sentiments, les premiers émois, la découverte l'exilé de Capri en est un bon exemple. J'aime Peyrefitte pour son talent et pour l'homme pour sa franchise, son honnêteté. Il reflète l'homme que je voudrai être mais que ne pourrait être par l'omertà des amours si tendres à Peyrefitte. Je m'intéresse à tous ces hommes qui s'y intéresse comme Joubert, ou alors Pasolini il y en a encore d'autres mais je ne répondrai à votre question.
COMMENTAIRE N°3 POSTÉ PAR FLORENT LE 14/05/2012 À 21H17

Je suis partiellement d'accord avec vous, mais je crois qu'en littérature, comme en peinture, il faut aller au delà du sujet. Il ne faut pas à mon sens faire un amalgame entre des auteurs parce qu'ils ont des gouts ou des opinions communes (voir ce qui se passe avec les écrivains collaborateurs Céline et Brasillach par exemple stylistiquement ont aucun point commun) est une erreur. L'oubli de Montherlant est heureusement que relatif. Il faut bien dire que c'est un auteur d'une importance bien plus grande que Peyrefitte, son journal est à la hauteur de l'oeuvre de Cioran et puis il y a son théâtre pas assez joué mais toujours présent tout de même. L'oubi frappe de nombreux auteurs français contemporains aux deux homme je citerais par exemple Jean Louis Curtis ou Pierre Boulle . Dans la même sensibilité je vous conseille de lire François Rivière dont la production actuelle, mins frontale que celle de Peyrefitte et Montherlant est plus large que celle du premier et d'un style plus moderne que celle du second. Je vous conseille en ce qui concerne vos lectures (et autres) de ne pas vous enfermer dans une thématique et aussi de pas se limiter à la littérature française, les écrivains du monde offrent bien des découvertes et des plaisirs. 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 15/05/2012 À 07H17
J'ai bien aimé la biographie de Antoine DELERY qui m'a rendu Roger Peyrefitte encore plus antiphatique. Au sujet de Peyrefiite, je recommande la lecture d'un petit ouvrage paru en 1979 : "ROGER PEYREFITTE OU LA POSTIERE DE CASTRES" de Maurice Périsset dans lequel tout est dit sur cet écrivain mineur et méprisable et qui était conscient de l'être !!!
COMMENTAIRE N°4 POSTÉ PAR ALAIN DUPONT LE 16/05/2012 À 13H54

Le fait qu'un écrivain soit sympathique ou antipathique n'a que peu d'intérêt d'où l'intérèt relatif des biographies en particulier lorsque la vie de l'écrivain a peu de rapport avec son oeuvre, comme Conan Doyle ou Simenon ou encore un Vigny (quoique). Ce qui compte c'est ce qu'il a écrit. En ce qui concerne Peyrefitte que je trouve en effet comme vous antipathique, mais Aragon ou Breton par exemple ne le sont pas plus. Peyrefitte n'est pas un écrivain capital contrairement aux deux cités préalablement. Il reste néanmoins que "Les amitiés particulières" reste un livre qui a marqué l'Histoire de la littérature française du XX ème siècle. Et qu'il reste deux ou trois autres livres lisibles et même à lire mais je suis surpris par exemple quand un commentateur âgé de 25 ans m'écrit que Peyrefitte est pour lui l'auteur capital; je crois que beaucoup en ce qui concerne Peyrefitte sont aveuglés par leurs penchants sexuels. 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 17/05/2012 À 07H55
Laissez donc les jeunes gens sensibles à ce pauvre Roger, abandonné de tous, l'aimer, en dépit de l'époque ! ne me dites pas que vous regardez comme une référence notre époque, cher B.A. ! Et comment faire tout à fait abstraction, surtout dans la jeunesse, des "sujets" qui inspirent un auteur (et nous, nous passionnent) pour ne regarder leur style... Peyrefitte est complexe, en effet, comme dit le professeur ; et certes Montherlant est bien plus grand que lui (à mon avis, un auteur "éternel" ce dernier, comme on disait encore naguère) (et moi je crois à ces "naïvetés" d'antan plus qu'à celles d'aujourd'hui divinisant sans mémoire ni culture les pacotilles du jour... mais ça n'est déjà plus notre sujet !)
COMMENTAIRE N°5 POSTÉ PAR XRISTOPHE LE 18/05/2012 À 01H49

Que les jours fourmillent de pacotilles littéraires (et autres) je ne vous contredirais pas sur ce sujet, mais pour lire de bons livres il faut savoir regarder vers le passé et surtout bien au delà de nos frontières et ne pas se limiter à un seul sujet. Je maintiens que les jeunes gens d'aujourd'hui, on en priorité d'autres ouvrages à découvrir que l'oeuvre de Peyrefitte, même si un livre de lui assez méconnu comme Notre amour reste un livre à relire, mais pas d'ailleurs pour les jeunes. Dans la thématique gay, lire l'oeuvre au Noir par exemple de Marguerite Yourcenar offre un plaisir plus consistant que Les amitiés particulières. 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 18/05/2012 À 07H33
Bien sûr ; je n'ai pas dit non plus que R. Peyrefitte fût un grand auteur à mes yeux ; ce qui plutôt m'agaça presque dans votre réponse au "jeune homme", c'est la surprise que vous manifestez (je n'ai plus votre texte sous les yeux) de voir qu'un jeune homme d'aujourd'hui s'attarde encore sur un auteur "passé" (sinon - DU passé, du grand passé - je vous entends pour ce qui est de celui-ci) ; un auteur "démodé" en somme : ni un classique ni un contemporain ; et je souffre à la vérité pour les auteurs aujourd'hui "démodés" (qui d'ailleurs l'étaient déjà du temps de ma propre jeunesse folle, comme le superbe Montherlant, ou Gide, que l'on disait toujours "au Purgatoire" !!!) (Ceci se passait autour des années, of course, 1968, qui accouchèrent de tellement de bêtises pour, en échange, juste un petit vent frais assez quelconque, surtout vu d'aujourd'hui. Pour la "thématique gay" enchantée par l'inspirée Yourcenar, moi je préfère de beaucoup Hadrien - lu plusieurs fois, mais c'est peut-être que cela "remonte" à ma jeunesse et que j'ai un faible (montherlantien !) pour les amours romaines (qui n'étaient pas encore griffées "gay" à la mode un peu trop pimpante à mon goût américaine !)
COMMENTAIRE N°6 POSTÉ PAR XRISTOPHE LE 18/05/2012 À 22H33

Ayant dans ma jeunesse suivi les dernieres leçon en auditeur libre grâce à un passe droit que je devais à Maurice Bardèche, du grand Cacopino, j'ai moi aussi une grande attirance pour la Rome antique (plutôt pour le césarisme que pour les "amours romaines moins formatrices que les grecques), ce n'est pas difficile à s'en apercevoir en parcourant le blog, je ne peux qu'être admiratif d'Hadrien, cependant je trouve l'oeuvre au noir supérieur par sa construction littéraire. Encore une fois le thème ne doit pas estomper l'esprit critique. 

Il n'est pas dans mon esprit question de mode, il me semble puisque vous parlez de Gide que "Les faux monayeurs ou Les caves du Vatican" peuvent encore parler à un lecteur d'aujourd'hui, idem pour "La ville dont le prince est un enfant (dont je suis l'éditeur en dvd) beaucoup plus que les "Amitiés" qui croule sous une bondieuserie louche et décorative que la pièce de Montherlanr a su mette hors champ et c'est cette réduction à l'os, ne laissant que l'exacerbation des passions humaines ce qui fait de "La ville" un classique au même titre que Phèdre ou que le Becket d'Anouiih...  

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 19/05/2012 À 07H19
Je sursaute (de joie !) lisant que vous êtes, de "La Ville...", l'éditeur d'un dvd ! S'agirait-il (et je n'en saurais rien ! ?) de la version de 67 et 68 (avant le cataclysme dérisoire des marioles du pavé) au théâtre Michel avec Paul Guers sublime, le Didier Haudepin des "Amitiés" (ayant perdu hélas la fraîche magie de ses douze ans)(au fait, moi j'ai un faible pour le film : "Les Amitiés..." pour moi, c'est le film d'abord, j'avoue), le piquant Philippe Paulino... Ce chef-d'oeuvre aurait-il échappé au néant, un dvd existerait, etc etc... (Arrêtez mon tournis derviche, en me disant que je ne rêve pas...)
COMMENTAIRE N°7 POSTÉ PAR XRISTOPHE LE 20/05/2012 À 02H30

Le dvd en question est la version tournée par Christophe Malavoy. Il n'y a pas eu de captation de la version avec Paul Guers que j'ai vu à la création au théâtre Michel. En revanche sur ce dvd qui comporte un dvd de bonus il y a la version audio d'après un disque avec le très jeune alors Jacques Perrin.  

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 20/05/2012 À 06H50
Hélas, hélas, je le craignais... Quelle injustice - pour des raisons techniques, sociales, etc, que ces merveilles d'antan et même de naguère "incaptées" - soient à jamais perdues (alors que l'aujourd'hui suréquipé enregistre tout "et n'importe quoi" et le diffuse en masse à peine pondu.) J'ai vu bien sûr le Malavoy que je n'ai guère aimé (mais vous n'y êtes pour rien) ; le texte de la pièce lui-même étant tronqué etc. Je savais qu'il existait deux disques de DVD. N'y a-t-il pas tout de même un petit extrait de MA version de référence du Théâtre Michel, là-dedans ? Il me le semble... (et c'est sûrement dans votre blog tellement "documenté" que je l'ai lu) Merci encore pour vos réponses.
COMMENTAIRE N°8 POSTÉ PAR XRISTOPHE LE 20/05/2012 À 13H58

Il y a beaucoup de choses dans le dvd bonus puisque je l'ai entièrement conçu dont une interview très agréable de Michel Aumont et beaucoup de texte et photos mais rien sur la mise en scène de la pièce par Jean Meyer car tout extrait très difficile d'ailleurs à récupérer m'était interdit sur le dvd par la productrice de l'adaptation de Malavoy que je trouve très bonne et qui n'est pas un filmage de la pièce mais un "mixage" de celle ci avec des morceaux du roman "Les garçons". Un responsable de l'I.N.A. m'avait fait miroiter qu'il y avait une version filmée de la pièce avec Haudepin, mais ce monsieur étant un escroc, il a été révoqué de l'INA pour avoir vendu à des éditeurs des programmes qui n'existaient pas, je suis très dubitatif, en revanche il doit bien exister une captation amateur d'autres versions, car la pièce a été plusieurs fois reprises et pas plus tard que l'année dernière en Belgique... J'espère que vous avez mon dvd car il est vraiment magnifique . C'est le plus beau de la trentaine que j'ai édité. 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 20/05/2012 À 14H21
Je vais l'acheter au plus vite ! ne serait-ce que pour l'estime que m'inspire votre travail (ce que j'en connais). Je n'ai pas trouvé la version Malavoy détestable, du reste : j'ai surtout des réserves sur les garçons... (entre autre la manière un poil trop "viriliste" dont est jouée leur amitié) ; les acteurs adultes sont superbes, surtout Michel Aumont, mais le sympathique Malavoy n'a pas le dixième de l'intensité du sublime Guers/abbé de Pradts. (C'est vrai, je me souviens du mélange avec "Les garçons", maintenant que vous me le dites). Bien sûr, vous "nous" tiendriez au courant, si un incunable amateur faisait surface, même piètre techniquement, de LA version Michel! (Peut-être faut-il demander à Didier Haudepin ???) (le grand amour rêvé de mes seize ans !)
COMMENTAIRE N°9 POSTÉ PAR XRISTOPHE LE 20/05/2012 À 14H47

Je peux vous procurer ce dvd qui aujourd'hui doit être difficile à se procurer. Difficile de comparer les deux interprétations mais sur scène Malavoy mettait beaucoup d'intensité, dans le film les natures différente du théâtre et du cinéma changent le jeu des acteurs (heureusement). Didier Haudepin n'a jamais répondu à mes lettres ni à mes téléphonage à sa maison de production, pas plus quand je lui ai envoyé le dvd, idem pour Paul Guers qui est retiré depuis des années dans le midi et qui vivrait m'a t on dit comme un solitaire, il ne jouirait pas d'un équilibre mental parfait. Ces informations datent de l'élaboration (un travail de romain) du dvd soit neuf ans maintenant. Pour ma part je crois que n'a été filmé qu'un petit extrait de la pièce pour l'émission sur le théâtre que diffusait la seule chaine de télévision d'alors et dont l'un des deux producteurs était Max Favalelli...  

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 20/05/2012 À 18H14
Dans "Jeunes proies", (titre que j'estime racoleur et maladroit) Peyrefitte évoque un Philippe de M. (s'étant suicidé, si je me souviens bien) et cite Saint-Simon "Il était moins que rien, du pays de Liège"

Si l'on lit Saint-Simon (ou si l'on google) on apprend que le nom de Philippe est "de Marchin"
COMMENTAIRE N°10 POSTÉ PAR LUC AVANT-HIER À 08H51

merci pour votre attentive lecture de Peyrefitte et Saint-Simon 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS AVANT-HIER À 12H19
 
Merci pour cet article . Mais comment se fait-il que vos liens de bas de page ne fonctionnent point ? Tant pour Peyrefitte que pour Egermeier ?

Francois
COMMENTAIRE N°1 POSTÉ PAR FRANCOIS LE 13/12/2011 À 06H59

ce disfonctionnement est curieux car sur mon ordinateur, un mac cela fonctionne. 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 13/12/2011 À 07H05
Merci de votre réponse . Moi je tombe sur une page qui me demande de m'identifier...
peu importe , je suis comme vous un grand admirateur de Roger P. et j'ai pu consulter les photos grace à une recher sur Google
Merci pour votre blog qui est très intéressant
bien cordialement

Francois
COMMENTAIRE N°2 POSTÉ PAR FRANCOIS LE 13/12/2011 À 10H57
Bonjour,

juste pour préciser que j'ai également constaté que les liens situés en bas de vos messages sont souvent inaccessibles (à moi, à nous lecteurs :-)

Je ne saurais vous guider, ne connaissant pas la plateforme over-blog et la façon dont vous les insérez, mais quand ils font appel à l'interface d'administration (tel par exemple ici, le premier lien qui commence par "http://srv04.admin.over-blog.com"), ils ne fonctionnent que pour l'administrateur du site.
COMMENTAIRE N°3 POSTÉ PAR VINCENT LE 18/12/2011 À 00H46
Je suis également ravi de découvrir votre blogue, par une recherche sur Peyrefitte, que j'ai commencé à lire il y a... très longtemps.

Moi aussi je comprends que les liens indiqués le sont uniquement pour l'administrateur du blogue.
COMMENTAIRE N°4 POSTÉ PAR ALCIB LE 21/12/2011 À 14H26

J'espère que vous reviendrez souvent sur mon blog. 

J'ai modifié les liens. J'espère que cette fois ils fonctionnent. 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 21/12/2011 À 16H16
Oui, tout fonctionne très bien maintenant.

Je reviendrai certainement (quand je serai un peu moins bousculé). Merci encore.
COMMENTAIRE N°5 POSTÉ PAR ALCIB LE 21/12/2011 À 16H36

merci pour votre réponse et pour cette bonne nouvelle 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 21/12/2011 À 17H06
Bonjour,

Remarquable blog ! Merci de nous rappeler que Roger Peyrefitte, bien oublié, fut l'un des plus grands écrivains français du siècle passé.

Une chose m'étonne. Le portrait que fait M. Duléry du fameux "Jacques de" dont parle tant Peyrefitte dans sa correspondance avec Montherlant, et ailleurs, correspond à celui de Jacques de Potier, beaucoup de gens l'auront reconnu.

Or, dans "Nouvelles minutes d'un libertin" (éditions Le Promeneur, 2000), François Sentein évoque, à la page 370, une rencontre qu'il fit avec Peyrefitte en 1943. Je le cite : "il nous raconte, sans de toute une heure quitter la parole, quels tours lui joua, pendant deux ans, le petit Jacques de Vallauris (...)" Plus loin, Sentein nous précise que ce petit Jacques a posé pour l'album de Montherlant et Egermeier, "Paysages des Olympiques".

Pas de doute, il s'agit bien du "Jacques de", évoqué par Peyrefitte.

Jacques de Potier et Jacques de Vallauris sont-ils une seule et même personne ?
COMMENTAIRE N°6 POSTÉ PAR LORANDE AVANT-HIER À 16H36

Je vous remercie de ce très intéressant commentaire mais je ne suis pas compétent pour vous répondre, je vais m'enquérir auprès de de Delry de cette question. 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS AVANT-HIER À 16H57
Jacques de Potier est bien le nom du garçon dont parle Sentein et Peyrefitte.

 

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ASAKUSA, TOKYO, JAPON

31 Juillet 2025, 06:32am

 

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Le quartier d'Asakusa est surtout grâce au temple Senso-ji et à sa porte Kaminarimon littéralement, la porte du tonnerre. Ce temple, qui serait le plus ancien de Tokyo, en ce qui concerne l'ancienneté au Japon il faut toujours utiliser le conditionnel, tant les temples ont été détruits et reconstruits, possède une gigantesque porte au centre de laquelle pend une non moins gigantesque lanterne. Sous cette dernière gaijins et nippons se font photographier à la queue leu leu. La lanterne est gardée de part et d'autre par deux cerbères, le dieu du vent et celui de la foudre.  

 

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Le temple est dédié à la déesse Kanon. Près de ce haut lieu touristique de jolis tireurs de pousse-pousse font l'article pour appâter le client. Ils sont chaussés de la traditionnelle et populaire jikatabi, des chaussures où le pouce est séparé des autres doigts de pieds et qui donnent un peu l'impression que l'on est pieds nus lorsqu'on les porte. Les jikatabi sont avant tout des chaussures pour les ouvriers.  

 

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Une fois passer la porte Kaminarimon, pour arriver au temple Senso-ji, on chemine dans une rue piétonne bordée des deux cotés par une multitude d'échoppes qui proposent nourriture et souvenirs de toutes sortes, masques, tissus (les fameux furoshiki ces pièces d'étoffes qui servent à envelopper tout et n'importe quoi, cadeaux, déjeuners, bouteilles...), jouets, vaisselle, estampes...       

 

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Du temple, on voit la Sky tree, la plus haute tour de Tokyo qui n'est pas encore tout à fait terminée à l'automne 2011.

 

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Typiquement japonais les petites pancartes nous informant d'une manière humoristique d'un éventuel désagrement.

 

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Tokyo, Japon, octobre 2011

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FRÉDÉRIC sur mon balcon

31 Juillet 2025, 06:30am

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La varenne, octobre 1983

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LES POLAROIDS "JOINERS" DE DAVID HOCKNEY

31 Juillet 2025, 06:29am

Voilà des oeuvres de David Hockney que vous ne verrez pas dans la belle exposition que la Fondation Vuitton consacre à David Hockney dont les joiners sont absents.

Pearblossom Highway, 1986, photographic collage © David Hockney

 

 

Au début des années 1980, David Hockney commence à réaliser des photomontages - « joiners » - constitués de multiples Polaroïds formant des mosaïques.The Grand Canyon, constitué de 60 tableaux, sera conçu en 1986 à partir d’un photomontage de 1982.

La photographie c’est très bien si cela ne vous ennuie pas de regarder le monde du point de vue d’un cyclope paralysé – pendant une fraction de seconde… 

David Hockney admet ses frustrations profondes vis à vis de la photographie: une photo ne peux retenir son attention pendant plus de trente secondes, quel que soit le sujet. C’est seulement lorsqu’il commence à travailler avec les Polaroïds qu’il pressent que l’image fixe peux montrer une notion de temps qui passe.

J’ai immédiatement réalisé que j’avais résolu mon problème lié au temps dans la photographie..Les « joiners » avaient plus de présence que des photographies ordinaires. Avec cinq photos, par exemple, vous étiez forcé de regarder cinq fois. Extrait des conversations de David Hockney avec Lawrence Weschler. 

 

 

Mother, Yorkshire Moors, August 1985, photographic collage © David Hockney

Don and Christopher, Los Angeles, 6th March 1982, polaroid collage © David Hockney

Arnold, David, Peter, Elsa & Little Diana, March 20, 1982 © David Hockney

© David Hockney

© David Hockney

Sun On The Pool, 1982 © David Hockney

© David Hockney

Mother, Bradford Yorkshire, 1982 © David Hockney

Patrick Procktor, Pembroke Studios, London 1982 © David Hockney


Nicholas Wilder Studying Picasso, 1982 © David Hockney

© David Hockney

Imogen & Hermione, Pembroke Studios, London, 30th July © David Hockney

David Hockney, Celia

Still Life Blue Guitar, 1982 © David Hockney

© David Hockney

Brian, Los Angeles © David Hockney

Celia’s Children Albert & George Clark, 1982 © David Hockney

The Grand Canyon with Ledge, Arizona Oct. 1982 - Collage #2 made in 1986

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LES GARÇONS DU MÉTRO ET DU RER en 2011

31 Juillet 2025, 06:28am

 

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Paris, banlieue, janvier-décembre 2011

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David Hockney à la Fondation Vuitton (3)

30 Juillet 2025, 09:14am

Paris, juillet 2025, photo B.A.

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>. Le Vincent..." href="https://vudelahune.over.blog/2025/07/autour-d-herve-guibert-un-dejeuner-avec-vincent-9.html"> Autour d'Hervé Guibert, un déjeuner avec Vincent

30 Juillet 2025, 06:45am

J'avais trouvé le billet, qui occupe la plus grande partie de cet envoi, sur un site signé "Soleil" qui aujourd'hui semble avoir disparu. Le texte issu de ce blog defunt commence à : << Vincent est un des plus proches intimes d'Hervé Guibert.>>. Le Vincent en question est peu ou prou celui de "Voyage avec deux enfants" et de "fou de Vincent", ce dernier livre commençant ainsi:

« Dans la nuit du 25 au 26 novembre, Vincent tombait d'un troisième étage en jouant au parachute avec un peignoir de bain. Il a bu un litre de téquila, fumé une herbe congolaise, sniffé de la cocaïne. Le retrouvant inanimé, ses camarades appellent les pompiers. Vincent se redressa brusquement, marcha jusqu'à sa voiture, démarra. Les pompiers le coursent, s'engouffrent dans son immeuble, montent avec lui dans l'ascenseur, pénètrent dans sa chambre, Vincent les injurie. Il dit “ Laissez-moi me reposer ”, eux : “ Andouille, tu risques de ne jamais te réveiller. ” Dans la chambre d'à côté, ses parents continuent de dormir. Vincent a foutu les pompiers dehors. Il s'est endormi comme un charme. À neuf heures moins le quart, sa mère le secoue pour l'envoyer au travail, il ne peut plus bouger d'un pouce, elle le transporte à l'hôpital. Le 27 novembre, prévenu par Pierre, je rendis visite à Vincent à Notre-Dame-du-Perpétuel-secours. Deux jours plus tard il mourait des suites d'un éclatement de la rate. » 

Fou de Vincent, comme son nom l'indique, est l'histoire d'une folie. D'une folie pour un garçon aimé, disparu accidentellement en novembre 1988. S'appuyant sur les notes de son journal et sur ces souvenirs, Guibert tente de faire le récit de cette relation singulière. Remontant la chronologie, il appelle à lui tous ses souvenirs, du décès de Vincent à l'automne 88, jusqu'à leur première rencontre en 82. Six années parcourues à rebours, à contre-courant ; le récit commence par la mort, pour s'achever sur la rencontre. 

Selon Arnaud Genon, qui lui a consacré une étude, et cocréateur du site herveguibert.net, Hervé Guibert «a toujours eu le projet de se dévoiler [...] même si les dispositifs purement autofictionnels n’apparaissent qu’à partir de « À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie ». » L’écrivain de confirmer, tout en précisant le travail de narration et d’écriture de son livre :
 
Pour moi tout est vrai dans ce livre, rien ne pouvait être faux dans ce livre là donc, mais en même temps, je trouve que c’est un roman, parce qu’il il y a une construction, il y a un suspense qui est mis en place dès la première page et qui est mené jusqu’au bout.

Mais il ne faut pas oublier que les oeuvres d'Hervé Guibert sont des autofictions; dans ce mot que le plus important est à mon sens fiction. D'ailleurs les lecteurs attentifs de Guibert savait que Vincent n'était pas mort des suites de sa chute puisqu'il réapparaissait dans "Le protocole compationnel". En effet le "vrai" Vincent que j'avais croisé à l'occasion de quelques vernissages chez Agathe Gaillard, est mort il y a quelques mois, époque, où en faisant des recherche sur ce garçon disparu de mon horizon depuis longtemps, je suis tombé sur ce texte signé Soleil; trouvant dommage qu'il ne soit plus accessible, je le réédite aujourd'hui, en espérant que sont auteur, s'il me lit ne s'en trouve pas offusqué ou peiné.

 

 

 

 

Vincent est l’un des plus proches intimes d’Hervé Guibert. Il a partagé quelques-uns de ses plus beaux moments, et donné corps à un personnage de son auto-fiction, dans Fou de Vincent, un des plus beaux textes de l’écrivain, un des plus douloureux aussi, paru chez Minuit en 1989.

 

Je retrouve Vincent le 2 décembre 2001, au Père Tranquille, dans le quartier des Halles. Il a relu Fou de Vincent, que je lui ai envoyé parce qu’il ne l’avait plus, et Christine vient de lui adresser un exemplaire à peine sorti des presses de Le Mausolée des amants, le journal de l’écrivain de 1976 à 1991. Le jeune homme arrive avec des fantômes dans les yeux. L’une de ses paupières est à moitié fermée. Un mauvais coup ? Il porte quelques traces de cicatrices au visage. Il annonce sans ambages qu’il a fumé un joint avant de venir, que c’est pour ça qu’il est en retard. Il est sorti la veille. Il n’est donc pas tout à fait dans son assiette.

 

 

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Vincent commande un thé. Le serveur lui apporte une théière en inox. Le sachet est attaché au couvercle. Vincent verse l’eau chaude avant d’avoir fait infusé le thé. Il appelle le serveur : « Vous êtes sûr que c’est du thé ? » Le serveur lui explique qu’il faut d’abord plonger le sachet dans l’eau. « Vous ne voulez pas me le faire ? » demande le jeune homme.

 

Vincent saute d’un sujet à l’autre. Il évoque Guibert. Il a commencé de lire Le Mausolée, et il paraît touché : «J’ai lu les premières pages et ça ne me faisait pas grand-chose. Et puis, tout à coup, j’ai entendu sa voix dans mes oreilles, comme si c’était lui qui me disait son texte, et là, j’avais l’impression de le retrouver. Je comprenais mieux ce qu’il voulait dire, ce qu’il y avait derrière ses mots.» Du coup, Vincent revient en arrière sur son histoire. «Ce qu’il a aimé en moi, c’est que j’étais un mec bizarre. Je lui ai fait faire des trucs qu’il n’a pas fait avec d’autres. Mais à la lecture, je me rends compte que je suis un mec parmi plein d’autres. Je ne savais pas que c’était à ce point. En fait, je ne connais pas Hervé Guibert. Tu le connais sans doute mieux que moi. Je n’en ai vu qu’une petite partie. Ce qui est clair, c’est qu’il écrivait son journal en sachant qu’il serait lu. Pour moi, Hervé reste un grand gamin. Il cherchait toujours à m’étonner. »

 

 

Vincent, main torse, 1985-1986 © Hervé Guibert, Christine Guibert/Courtesy les Douches la Galerie

 

Puis, sans raison apparente, un peu du coq à l’âne, Vincent se met à parler de lui. Pierre Reimer, qui connaît bien Agnès B., lui a trouvé un job chez la styliste. Il est chargé de mettre de l’ordre dans les stocks, et de dispatcher les objets publicitaires dans les différentes boutiques. « C’est un job intéressant. Enfin, on me donne des responsabilités. Bon, je ne gagne pas grand-chose, mais c’est un début. Je m’en sors à peu près… » Il parle de l’appartement de Courbevoie, que ses parents lui ont offert, « une avance sur l’héritage. Mais je n’ai droit qu’à 600 000 F, et il vaut plus, alors je vais devoir le revendre pour libérer un peu d’argent. » Avec le bénéfice de cette vente, il compte ouvrir une boutique de location vidéo dans le quartier République.

 

Vincent a faim. Il a envie de viande. Nous sortons dans l’air froid de cette fin d’automne. Il fait gris sur Paris. Nous trouvons refuge à L’Entrecôte, qui est à deux pas. La serveuse regarde le jeune homme d’un drôle d’air. Toujours cette tête qui déjà, à l’époque où Hervé Guibert vivait, était capable de rebuter un commandant de bord au point qu’il lui refuse l’accès à son avion.

 

Vincent appelle un serveur pour protester. Les enceintes grésillent. Le son est de mauvaise qualité. On ne s’entend pas. Le serveur n’a pas l’air très content, mais il obtempère. Vincent réclame un cendrier. La maison n’en a plus. Le serveur apporte un petit plat en argent. Vincent sourit. Il revient sur Hervé Guibert. « Parfois, il pouvait faire peur. Il avait de brusques envies. Il pouvait m’entraîner sous un porche, me serrer dans ses bras. J’étais un gamin. Physiquement il était plus puissant que moi. C’étaient des moments que je craignais. Je ne pouvais pas lui échapper. Il y avait une sorte de violence en lui, profondément enfouie.

 

« Je me souviens d’une anecdote qui s’est passée en 1983 à la Feria de Nîmes. Hervé était venu avec un ami allemand qui avait plus de 150 000 francs en poche. Hervé lui-même devait avoir cinq ou six mille francs. A un moment, je les laisse aller se promener dans le parc. Ils étaient habillés de manière très parisienne. Ce que devait arriver est arrivé : ils ont été braqués par une dizaine de jeunes. Tout leur argent y est passé.»

 

Vincent revient à lui. Il me parle de cet ami allemand, d’un âge déjà avancé, fin lettré, admirateur d’Hervé Guibert un peu fétichiste, qui l’invite régulièrement au restaurant et insiste pour lui donner 2000,00 F à chaque fois. « Au début, je ne voulais pas. Je trouvais que ce n’était pas correct. Mais Pierre m’a dit que je devais accepter, que sinon je risquais de le fâcher, et que sans doute cela lui fait plaisir de m’offrir cet argent. Il est vrai que cela m’arrange aussi. C’est lui qui m’a offert ces chaussures, ce blouson de cuir. Pour le remercier, j’ai volé pour lui, pendant que la vendeuse emballait le blouson, une ceinture et des boutons de manchette. Dans la rue, je lui ai dit que j’avais aussi un cadeau pour lui, et j’ai sorti ces objets de ma culotte. Il a ri. Cela l’amuse. Parfois, il voudrait faire comme moi, piquer des trucs dans des magasins. C’est pour m’impressionner. Mais je l’arrête. S’il vole quelque chose, tout le monde va le voir. Il manque de naturel. Cela s’apprend. »

 

L’ami allemand de Vincent voulait posséder un peu de l’écriture d’Hervé. Vincent lui a donné une des rares enveloppes qui lui restent. « Je n’ai pas gardé les courriers d’Hervé. A quoi bon ? » La jolie lampe bleue dont Guibert parle dans Fou de Vincent, le jeune homme l’a prêtée à son ami. « Il voulait l’avoir chez lui. Il m’a donné de l’argent pour pouvoir la garder. Je lui ai fait signer un papier pour qu’elle me revienne à sa mort. C’est un cadeau d’Hervé. »

 

Vincent connaît bien le milieu des pickpockets de Paris, les bandes qui opèrent dans le métro. Il admire ceux qui font un travail « propre », c’est-à-dire qui opèrent sans violence, sur des touristes apparemment fortunés. « J’en ai vu un l’autre jour qui subtilisait un appareil photo numérique à un japonais. Je suis sûr que le type ne s’en est rendu compte que le soir. Du grand art. » Mais il est capable de prendre fait et cause pour la veuve et l’orphelin. Il s’est battu pour défendre une vieille dame à qui des loubards venaient de faucher son sac. « Personne n’a bougé dans le métro. Ils m’ont laissé faire tout seul. Les voleurs étaient trois. J’étais tout seul. Je n’ai pas pu les retenir. Après, j’ai insulté un gros mec baraqué qui avait regardé la scène sans faire le moindre geste. Il devait faire un mètre de plus que moi, mais je m’en fichais. J’étais en colère. »

 

Dans Fou de Vincent, Hervé fait passer Vincent par la fenêtre dès la première page. Le jeune homme meurt des suites de l’accident. «En fait, l’histoire est à moitié vraie. On sortait du restaurant Le Petit Congo, un ami nous invite à prendre un verre et à fumer chez lui. Il habitait au premier étage, pas au troisième. Par la fenêtre, je vois passer deux filles que je connais : «Vincent, tu viens avec nous ?» Je saute en comptant me récupérer à la barrière de la fenêtre. Mais il pleut, mes mains glissent, et je me retrouve sur le trottoir avec le scafoïde cassé et trois côtes brisées. Hervé est venu me voir à Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours. Il a croisé mes parents. Ils se sont fait des salamalecs. Mes parents avaient pourtant lu Voyage. Ils savaient qui était Hervé.»

 

Quelques pages plus loin, Guibert raconte le départ manqué de Vincent, qui doit quitter Rome en avion -- à l’époque où l’écrivain vit à la Villa Médicis -- mais ce dernier est overbooké, et le pilote a refusé de le prendre dans la cabine «quand il a vu sa tête» : «J’ai une tête bizarre, un peu à la Klaus Kinski. C’est une impression que je donne toujours.» Hector Bianciotti, qui débarquer Vincent à la sortie d’un concert de Rameau à Saint-Louis-les-Français, où il était avec Hervé, demande à ce dernier : «Mais c’est qui ?» Guibert répond : «C’est Vincent.» Hector s’étonne : «C’est lui, Vincent ?» Mais Guibert traduit : «C’est ça, Vincent ?»[1]

 

Vincent veut sodomiser Hervé, ce dernier sort une capote rose qu’il veut lui enfiler. L’exercice apparaît quelque peu laborieux à la page douze de Fou de Vincent. «C’est très exagéré. On a fait des câlins. Mais de là à mettre une capote rose ! Ce n’était pas du Walt Disney, quand même ! Pour moi, Hervé était comme un grand frère.»

 

Pierre Reimer écrit à Vincent chez Hervé Guibert. Hervé avoue dans son livre qu’il n’a pas tenu. La curiosité était trop forte. Il a ouvert la lettre pour la lire. Il s’en excuse auprès de Vincent, qui lui répond : «Maintenant, je sais que tu es bizarre.»

 

 

«Cela s’est vraiment passé ainsi, souligne Vincent. Je lui disais tout le temps d’arrêter de se faire des films. Il se racontait des histoires, et il y croyait. C’était son moteur.» Vincent confirme un autre remarque du livre : «Détenir une petite quantité de drogue, écrit Guibert, quand je passe une soirée avec Vincent, même si je ne m’en sers pas, c’est me munir d’un balancier pour aller jusqu’au bout du fil lui ravir son corps.»

 

«Il m’est arrivé, avec Hervé, souligne Vincent, de jouer l’assistante sociale. Il m’offrait toujours des flacons de parfum. Tous ses lecteurs amoureux de lui en envoyaient. Il me racontait que son père lui massait les pieds avec du parfum, quand il était jeune, et que sa mère était couchée. Il voulait me masser le torse avec du parfum, et que je le fasse aussi. J’acceptais par pure complaisance...

 

«Quand je relis ce qu’il a pu écrire sur moi, je trouve souvent cela vexant. Si je l’avais en face, je lui dirais que ce n’est pas bien. Il m’agace, mais il me fait rire. Je connais toutes ses attitudes. Il essaye de jouer les grands adultes, mais ce n’est qu’un gros poupon !» Vincent ne réalise pas qu’il vient de parler d’Hervé au présent.

 

Il revient sur son travail chez Agnès B. « Si tu veux t’acheter des fringues dans une boutique, appelle-moi, je te donnerai mon numéro de carte. J’ai 50 %. C’est vachement intéressant. »

 

Je relève quelques anecdotes dans Le Mausolée des amants, par exemple ce passage où Guibert note : «Hier soir Vincent s’est cassé un verre contre le front, a injurié les serveurs de la Coupole, m’appelait ma biche, puis en larmes s’est agenouillé devant moi pour baiser mon gland.»[2]

 

«Ce doit être vrai,» murmure Vincent avec un sourire d’enfant qui a fait une bêtise.

 

Parfois, Hervé n’a changé qu’un détail de l’anecdote du réel. Quand, à la fin de Fou de Vincent, il explique que le tout jeune homme lui a chipé sa plaquette pornographique Les chiens, ce n’est pas tout à fait vrai, suggère Vincent : c’était un autre livre. En revanche, il est «bien possible» que le jeune Vincent ait déclaré un jour à Hervé Guibert : «J’avais décidé de ne plus aimer les hommes, mais toi tu m’as plu,» comme l’écrivain l’indique à la fin de son livre. «Mais ça n’a pas d’importance,» conclut Vincent.

 

Nota

Ce billet doit beaucoup au site suivant: http://notesgaydethomas.over-blog.com/article-12710557.html; 

 

 

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Une visite au Musée Whitney (1)

30 Juillet 2025, 06:28am

Le cirque de Calder

New-York, septembre 2022, photo B.A.

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L'élève un film d'Olivier Schatzky

30 Juillet 2025, 06:26am

 

 

 

Fiche technique :
Avec Vincent Cassel, Caroline Cellier, Jean-Pierre Marielle, Caspar Salmon, Sabine Destailleur, Sandrine Le Berre, Alain Gandy, Luciana Castellucci, Angelo Aybar et Maggy Dussauchoy.

 

Réalisation : Olivier Schatzky. Scénario : Éve Deboise et Olivier Schatzky, d’après la nouvelle d’Henry James. Directeur de la photographie : Carlo Varini. Ingénieur du son : Dominique Levert. Musique : Romano Musumarra. Décorateur: Jacques Bufnoir. Monteur : Jean-François Naudon.
France, 1996, Durée : 92 mn. Disponible en VF.

 

 

Résumé :
À la fin du XIXe siècle, un jeune instituteur de 25 ans, Julien (Vincent Cassel) est engagé par un couple d’aristocrates (Caroline Cellier et Jean-Pierre Marielle), vivant dans une grande propriété du midi de la France, pour veiller à l’éducation de leur fils, Morgan (Caspar Salmon). Le garçon est à la fois surdoué, tourmenté et farouche. Il dort la nuit les yeux ouverts. Parfois il chante d’une belle voix claire, la nuit, sur le toit de la grande maison. Morgan déclare n’avoir pas d’amis car les enfants de son âge ne l’aiment pas. Julien découvre, au fil des jours, la réalité totalement factice du train de vie de ses employeurs. Ils sont complètement ruinés et ils ne peuvent lui payer ses gages. Ils ne lui versent que de minables acomptes. Morgan n’est pas dupe de cette situation que Julien essaye pourtant de lui cacher pour ne pas lui avouer (?) le sentiment qu’il éprouve pour lui. Le garçon sent que si Julien ne cherche pas une autre place, c’est qu’il est déjà lié à lui par une indéfectible amitié et qu’il est prêt à le suivre au gré du nomadisme de ses parents, qui bientôt ne peuvent plus cacher leur dèche, due au gaspillage effréné du père, j’m’en-foutiste hédoniste. Julien en vient tout de même à dire son fait au père et à la mère, les qualifiant d’aventuriers fabulateurs et de snobs abjects. En rien déstabilisés, ses interlocuteurs lui dénient tout droit à leur réclamer son dû car il devrait s’estimer payé par le simple privilège de côtoyer chaque jour un tel enfant ! Le père a machiavéliquement compris qu’il tient Julien par le sentiment qu’il éprouve pour Morgan. C’est même eux qui, peu après, viennent solliciter Julien pour qu’il leur prête de l’argent. Leur intention réelle est de transférer sur Julien toute responsabilité envers Morgan que l’on amène chez le médecin alors qu’il est présenté comme menacé par une maladie fatale.
Quelque temps après Noël alors qu’ils sont à Cracovie, dans la résidence prêtée par une amie du couple, la comtesse Jesenska, Julien reçoit par télégramme la proposition d’un emploi à Lyon. Il accepte et part. Un jour, il reçoit un courrier de la mère, lui reprochant d’avoir abandonné Morgan qui est au plus mal. Julien se rend aussitôt à Paris où il retrouve la famille échouée dans un misérable galetas. Il emporte dans ses bras le garçon inconscient...

 

 

 

L’avis critique

 
L’Élève est, après Fortune express, en 1991, le deuxième film d’Olivier Schatzky. Il a été auparavant scénariste pour le réalisateur Pierre Jolivet : Le Complexe du kangourouForce majeure et pour Diane Kurys, Un Homme amoureux.
L’Élève est une adaptation assez fidèle d’une longue nouvelle d’Henry James, The Pupil. Ce film donne l’étrange impression d’être incomplet, des séquences entières semblent avoir été oubliées au montage. Sa structure lacunaire en fait un parfait véhicule à fantasmes car les scènes tournées sont convaincantes, du moins les intimistes car les reconstitutions historiques deviennent une France et une Pologne hors du temps que l’on peut situer certes à la fin du XIXe siècle, bien qu’elles ne contiennent aucune connotation politique ou sociale.
Les parties en extérieur, malgré la nombreuse figuration et le cinémascope, font néanmoins un peu fauchées et rappellent fâcheusement le plus mauvais style « Buttes-Chaumont ». Cette fresque intimiste est tournée principalement en plans-séquences.

 


La sensibilité de la direction d'acteurs joue surtout, dans une merveilleuse harmonie, avec la rencontre des regards. L'incomparable intensité de celui de Caspar Salmon, aux yeux bleus transparents, habite l’écran. Il est bouleversant quand naît un sourire fugitif entre ses lèvres serrées. Découvert dans Le Voleur d’enfants de Christian de Chalonge, il était déjà prodigieux dans Le Roi des aulnes où il était presque la seule raison de voir le film. Malheureusement depuis L’Élève, il ne nous a pas donné de nouvelles cinématographiques. Jean-Pierre Marielle est truculent dans le rôle du père, cet égoïste suicidaire. Vincent Cassel joue une partition tout en subtilité à laquelle il nous a peu habitué.
Malgré ses défauts, il n’en reste pas moins que le film demeure gravé dans la mémoire du spectateur, surtout grâce à la poignante dernière séquence, lorsque Julien serre et emporte dans ses bras Morgan dont on ne saura pas si, il est mort ou vivant. Il est stupéfiant qu’aucun critique, à la sortie de L’Élève, ne se soit aperçu que cette histoire est avant tout une histoire d’amour-passion entre un homme et un garçon de treize ans.

 

 

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LE JARDIN NATIONAL SHINJUKU-GYOEN, TOKYO, JAPON

30 Juillet 2025, 06:25am

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Tokyo, Japon, octobre 2011

 

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