Mathew Modine dans Birdy, 1984
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un regard sur les arts et les lettres
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Mexique, 2006, 140 mn
Réalisation: Julian Hernandez
avec: Miguel Ángel Hoppe, Fernando Arroyo, Alejandro Rojo, Ignacio Pereda, Klaudia Aragon, Clarissa Rendón, Pilar Ruiz, Ortos Soyuz, Andrés Damián, Claudia Goytia, Genaro Velázquez, Mónica Galván, Edith Maya, Javier Olguin, Héctor Negrón
Résumé:
Gerardo est amoureux de Jonas qu'il a rencontré sur le campus de son université. Un amour fusionel, joyeux entre ces très jeunes étudiants qui soudain se délite car Jonas a croisé dans une boite de nuit un garçon, Bruno, qui l'a envoûté. Il en est bouleversé. cela va bouleverser sa vie et sa relation avec Gerardo dont il va se détacher peu à peu. Quand Jonas est prêt à céder de nouveau à l'amour de Gerardo, c'est Bruno qu'il voit à la place de son ami. Il se refuse, ne veut plus l'embrasser. Gerardo en prend ombrage tout en restant fou amoureux de Jonas. Gerardo de son côté est poursuivi par Sergio, un garçon plus âgé qui est tombé amoureux de lui... Gerardo essaie de comprendre et reste le même, mais Jonas ne peut plus être comme avant et se détache de son ami.

L'avis de la critique
Le film suit le désamour entre les deux garçons, les liens qui se défont, la douleur de celui qui est délaissé. Certains moments sont violents et crus, ce qui rend certaines scènes pénibles pour le spectateur. Difficile de faire plus minimaliste pour le scénario de ce film qui dure tout de même 140 mn et qui est en outre presque sans dialogue. Ce sont ici les corps qui parlent... Pourtant ceux qui aiment les beaux garçons resisteront à l'ennui tant la photographie est belle, c'est le type même de film de chef-opérateur avec toutes ses qualités et surtout de tous ses défauts.

Ces garçons semblent ne se focaliser que sur leur amour, le reste n'existe pas. Le décor de ce drame amoureux ne semble être là que comme fond à la chorégraphie des corps, rien de naturaliste, ni de sociologique. Le spectateur assiste à une sorte de ballet amoureux. La beauté des image parvient à forcer l'émotion.

Malheureusement le cinéaste n'est pas parvenu à finir son film, il propose d'ailleurs plusieurs fins! La première est réaliste et assez logique alors que la seconde m'a laissé dubitatif, ce que l'on voit est-ce la réalité ou le rêve d'un des personnages?
Julian Hernandez a réalisé ce film, après "A Thousand Clouds Of Peace" qui a reçu le Teddy Award.
L’AIR DE PARIS, France, de Marcel Carné, 110 mn, 1954
Producteur: Robert Dorfmann, scénario: Jacques Viot, Marcel Carné et Jacques Sigurd, Directeur de la photographie: Roger Hubert, Décors: Paul Bertrand, Musique: Maurice Thiriet
avec: Jean Gabin, Arletty, Roland Lesaffre, Marie Daems, Jean Parédès, Maria Pia Casillo, Simone Paris, Ave Ninchi
Résumé
A Paris, en 1954, un ancien boxeur,Victor Le Garrec (Jean Gabin, prix de la meilleure interprétation masculine au Festival de Venise en 1954) qui eu une carrière très brêve, dirige une salle de boxe. Il rencontre un jeune homme, André Ménard (Roland Lesaffre) qui a fait un peu de boxe. Victor s’intéresse à lui. Il l’entraine pour en faire le champion qu’il n’a jamais été. Bientôt il l’installe chez lui. On ne s’explique pas l’attitude de Victor s’il n’est pas l’amant d’André. Carné s’est cru obligé d’ajouter une ridicule histoire d’amour entre le jeune boxeur et une non moins jeune...antiquaire. La femme de Victor, Blanche (Arletty) jalouse le jeune homme. Elle reproche à son mari son engouement pour André. Quant à Victor il reproche a André sa liaison avec la jeune antiquaire. La jeune femme ayant conscience qu’elle entrave la carrière d’André s’éloigne. Le jeune homme retrouve Victor et se consacre entièrement à la boxe.
L’avis du critique
L’air de Paris n’est pas un film gay à proprement parlé, disons que c’est un film crypto gay. En politique, comme en dessin industriel il y a une vue de droite et une vue de gauche et bien je vais vous donner une vue ”de gay” d’Un air de Paris.
Deux passionnés de boxe Marcel Carné et son scénariste Jacques Viot décident de traiter le sujet en mettant en évidance l’arrière plan social de ce sport. Jean Gabin est dès le début associé au projet. Dans son autobiographie, La vie à belles dents, Marcel Carné explique ses motivations: << Ce qui m’intéressait, en plus de l’atmosphère particulière du milieu, c’était d’évoquer l’existence courageuse des jeunes amateurs qui ayant à peine achevé le travail souvent pénible de la journée, se précipitent dans une salle d’entraînement pour ”mettre les gants” et combattre de tout leur coeur, dans le seul espoir de monter un jour sur le ring...>>. Plus prosaiquement on peut penser que la possibilité d’offrir un premier rôle à son jeune ami Roland Lessaffre n’a pas été pour rien dans le choix du sujet. Les deux hommes se sont rencontré par l’intermédiaire de Jean Gabin qui a présenté Roland Lesaffre en 1949 au cinéaste qui aussitôt le fait débuter dans La Marie du port. Mais nous ne sommes plus au temps du Front Populaire, les producteurs se défilent les uns après les autres. Robert Dorfmann se laisse convaincre mais il amène avec lui comme financier principal, le très conservateur Cino Del Duca. Ce dernier alors spécialisé dans la presse du coeur et les romans à l’eau de rose, il publiera une novellisation du film encore trouvable chez les bons bouquinistes, veut une vraie histoire d’amour. Il pousse le cinéaste à développer une liaison entre Lesaffre et une jeune femme Corinne, ce qui renvoie Gabin dans son coin, et le film aux plus banales conventions. Jacques Viot se retire du projet. Jacques Sigurd le remplace et remanie l’histoire dans le sens demandé par Del Duca. Le nouveau traitement augmente l’importance du rôle de Lesaffre mais diminue celui de Gabin ce dernier ronchonne mais reste à bord. L’air de Paris, tel qu’il était écrit avant que ces changements de dernière heure ne modifie l’histoire, etait centré sur le développement d’une relation affective profonde entre deux hommes et se rapprochait d’un contexte homosexuel. Carné doit subir une autre avanie. Il a destiné le personnage de Corinne à Agnes Delahaie à la ville madame Dofmann mais celle-ci se dispute avec l’ épouse du co-producteur italien, engagée elle aussi dans le film! Qui exige son remplacement. Carné engage ainsi Marie Daems à quelques jours du premier clap.
Le tournage a été houleux car si le scénario de Jacques Viot faisait la part belle à Gabin, les dialogues de Jacques Sigurd, sur la demande de Carné, mettent en évidence le rôle de Roland Lessafre, l’ami de coeur de Marcel Carné, ce que n’appréciait pas du tout Gabin. Lessaffre comédien médiocre est pourtant dans ici convaincant, bien que trop agé pour le rôle, il a alors 27 ans, il est choisi entre autres parcequ’il a été lui même, boxeur amateur. Il y a aussi dans Lessaffre quelque chose du Gabin jeune de ses grands films d’avant guerre, Le jour se lève, Pépé le mocko... où il incarnait les fils du peuple.
En outre Gabin ne voulait pour rien au monde que l’on pense qu’il jouait un homosexuel, même refoulé, comme le confiait Marcel Carné à Jacques Grant (l’habituel directeur de casting de Téchiné) pour le défunt Masque: <<Gabin avait une peur terrible de ça. Quand à la fin du film, il venait retrouver le jeune boxeur, je lui dis: Tu lui passes la main autour du cou et tu l’emmènes: Pas question je ne veux pas avoir l’air d’un pédé. Il n’était pas content du tout.>>. En tout état de cause L’air de Paris marquera la rupture définitive entre Carné et Gabin.
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Le film tombe dans le ridicule et l’incompréensible pour n’avoir pas voulu rendre explicite la liaison entre Victor et André. Pourtant l’image de Victor la main tendrement passée dans la ceinture de la culotte de son protégé au moment de la minute de repos entre deux rounds... Il est amusant, mais pas vraiment surprenant, tant l’homosexualité irrigue tout le cinéma de Melville, de retrouver la même scène, avec un cadrage presque identique, dans L’aîné des Ferchaux , Belmondo est le boxeur et Andrex remplace Gabin. Mais la scène la plus torride est celle dans laquelle le manager masse son poulain vêtu que d’un mini slip. La caméra s’attarde longuement sur le corp imberbe de Lesaffre, Marcel Carné n’avait pas toujours mauvais goût!
Arletty, qui avec L’air de Paris retrouvait Gabin quinze ans après Le jour se lève), dans les années 80 voyait très lucidement la faiblesse du film: << Il aurait fallu aller très loin dans le film. Je pense que Gabin ne voulait pas passer pour un homo; au fond en réalité, il aurait dû se taper Lessaffre ouvertement, l’aimer d’amour. Tandis que là, c’est pas dit, c’est pas fait. Fallait faire L’escalier, des mecs qui sortent ensemble. Je crois que ça enlève beaucoup.>>.
Carné qui n’était pas le courage même au sujet de ses moeurs, c’est un euphémisme. Le film a aussi un intérêt historique pour le spectateur gay d’aujourd’hui. Le petit rôle caricatural joué par Jean Paredes illustre bien comment le cinéma français d’alors voyait l’homosexualité masculine. Que le rôle soit tenu par le délicieux Jean Parédes ne change rien à l’affaire. Il refera son numéro de folle de contrebande dans Fanfan la tulipe. Il faut lire l’émouvant portait de ce comédien qu’en dressent Olivier Barrot et Raymond Chirat dans leur indispensable Noir & blanc, 250 acteurs du cinéma français 1930-1950 (ed. Flammarion).
On peut également voir une touche de lesbianisme dans la relation entre Corinne et sa protectrice Chantal (exellente Simone Paris) paralléle pas assez développé avec le duo Gabin – Lessaffre.
Techniquement le film est parfait. Carné a soigné particulièrement l’aspect documentaire, pour cela il a engagé trois boxeurs: Séraphin Ferrer, Legendre et Streicher, l’entraineur Roger Michelot ainsi que les speakers et les soigneurs du Central Sporting Club de Paris. On doit se régaler du beau noir et blanc qui balaye toute la gamme des gris et des cadrages soignés qui échappaient alors à la dictature actuelle et de la caméra portée et de son trops fréquent corollaire: le bord du cadre tremblotant. La lourdeur des caméras de 1954 n’avait pas que des inconvénients. Admirons les décors d’une parfaite justesse tant pour la salle de boxe que pour l’appartement petit bourgeois du couple Aletty – Gabin sans oublier l’intérieur bien dans le goût de l’époque de l’antiquaire.
Curieusement Carné, cinéaste de plateau par exellence, a utilisé des images complémentaires tournées par André Dumaitre pour rendre l’atmosphère de Paris, celle-ci est très documentaire de première partie dans le style Plaisir de France.
Si on replace le film dans l’histoire du cinéma français on peut y voir les derniers feux du néo populisme d’après guerre où pointe déjà le psychologisme qui triomphera avec Claude Sautet.
Mais ne cherchons pas Carné où il n'est pas : dans le le lieu clos factice où un ouvrier soudeur marqué par le destin attend que le jour se lève, ou parmi les masques en liesse du Boulevard du Crime. Face à la vulgate il est urgent de le situer à sa vraie place un petit maître des faubourgs, une sorte d’Utrillo de la caméra, entraîné à son corps défendant dans des entreprises trop grandes pour lui dont on le crédite abusivement. C'est le moment de reposer la vieille question : qui est le véritable auteur d'un film ?
L’air de Paris est le type même du film d’un réalisateur qui n’a jamais eu le courage et la lucidité de sortir son homosexualité de la clandestinité. Cette attitude timorée explique en partie le naufrage du deuxième volet de la carrière de Marcel Carné, après sa brouille avec Prévert. Elle explique aussi peut être l’abandon de La fleur de l’age, son projet sur la révolte du bagne de jeunes de l’ile de Ré. Le tournage sera abandonné au bout d’une semaine. On retrouvera ce thème dans le beau téléfilm Alcyon de Fabrice Cazeneuve...
Un air de Paris est édité en DVD par Studio Canal dans une bonne copie mais avec seulement pour bonus les filmographie sélective de certains protagonistes du film.

Fiche technique :
Avec : Ian D Clark, Marcel Sabourin, Aubert Pallascio, Jason Cadieux, Danny Gilmore, Matthew Ferguson, Brent Carver, Rémy Girard, Robert Lalonde, Gary Farmer, Alexander Chapman, John Dunn-hill, Paul-patrice Charbonneau, Michel Marc Bouchard, Khanh Hua, Benoît Lagrandeur, Pierre Leblanc, Jean Lévesque, Antoine Jobin, Alain Gendreau, Simon Simpson, Eddy Rios, Martin Stone.
Réalisateur : John Greyson. Scénario : Michel-Marc Bouchard, d'après sa propre pièce. Montage : André Corriveau. Photo : Daniel John. Musique : Mychael Danna. Directeur artistique : Marie-Carole de Beaumont.
Canada, 1996, Durée : 95 mn. Disponible en V0 et VOST.




USA, 100 mn, 1995
Réalisation: Scott Kalvert, scénario: Jim Caroll & Bryan Goluloff, image: David Phillips, montage: Dana Congdon, musique: Graeme Revell
avec: Leonardo Di Caprio, Mark Wahlberg, Lorraine Brasco, Juliette Lewis, Jim Caroll

Résumé
Jim (Léonardo Di Caprio) et sa bande de copains (dont l’un d’eux est joué par Mark Wahlberg, la future vedette que l’on connaît ) suivent une scolarité rigide dans une école catho et traînent leur mal de vivre dans les rues de New York. Le basket, qu’ils pratiquent à un haut niveau, est leur seule passion. De dérapages en désillusions, ils vont préférer la seringue au ballon. Jim écrit son journal intime, celui d’une descente aux enfers...
L’avis critique
Le film, le premier du metteur en scène (en 2002 Kalvert réalisera un autre film gay "Young rebels"), est l’adaptation d’un livre autobiographique célèbre aux USA de Jim Carroll, l’un des chefs de file de l’avant-garde new-yorkaise des années 70, proche d’Andy Warh de Lou Reed et du Velvet Underground. Ce garçon précoce publie son premier recueil de poèmes à 22 ans, Living at the movies, pour lequel il est pressenti pour le prix Pulitzer. Il publie The Basketball diaries en 1978, à l’age de 28 ans, dans lequel il racontait au jour le jour son expérience d’ado paumé, drogué, clochardisé, prostitué... Cette prostitution homosexuelle est discrètement présente dans le film dans une scène où l’on perçoit un relent d’homophobie. Ce livre, publié en France par les éditions 10/18 (n°2644), sera le livre-culte d’une partie de la jeunesse américaine; il sidérera Jack Kerouac et marquera cette jeunesse comme l’avait fait avant lui le fameux Attrape-coeur de Salinger. On peut le comparer à ce que fut en France au début des années 80 Flash (Le Livre de Poche). Pourtant le film connaîtra un échec commercial aux USA... Caroll a également commis plusieurs disques, dont Catholic Boy en 91, et on entend certaines de ses chanso√ns dans la bande originale d’E.T. A noter que Caroll a suivi le tournage du film et a même joué le rôle d’un vieux junkie dans une scène avec Di Caprio. Ce dernier, comme pour le rôle de Rimbaud, fait preuve d’un grand talent d’interprète à la tête d’une distribution homogène et talentueuse. Il donne une dimension époustouflante à ce personnage d’adolescent désespéré qui ne rêve que de devenir pur. Il faut être courageux pour accepter un tel rôle à l’aube d’une carrière; il est vrai que Basketball diaries fut tourné avant son succès titanesque... Le film n’a dû sa sortie en France, trois ans après son tournage, qu’en raison du succès de Titanic, et c’est une chance, car il aurait été dommage de se priver de ce film bien écrit et bien joué, maisassez mollement filmé, sauf dans les scènes où intervient la musique dans lesquelles Kalvert se souvient qu’il est un bon réalisateur de clips.
Dans la lignée d’”Outsiders” de Coppola,








Fiche technique :
Avec Philippe Noiret, Rupert Everett, Valeria Golino, Nicola Farron, Roberto Herlitzka.
Réalisation : Giuliano Montaldo. Scénario : Nicola Badalucco. Directeur de la photographie : Armando Nannuzzi. Monteur : Alfredo Muschietti. Compositeur : Ennio Morricone.
Durée : 103 mn. Disponible en VO et VF.
Résumé :
1938 : un respectable médecin de Ferrare est insensiblement amené à se suicider pour son amitié dite coupable pour un jeune homme d'origine juive. Ce que l'on appelle la bonne société, cruelle, hypocrite et timorée, sera l'instigatrice de ce geste subversif. Ce film est adapté d'un roman de Giorgio Bassani, originaire de Ferrare, qui s'inspira pour cette réflexion sur la solitude d'un fait réel.
L’avis critique
Italie, 1936. Le docteur Fadigati tombe amoureux d'un boxeur. Scandale dans la bonne société de sa ville, Ferrare. David, un jeune Juif, comprend que le destin du docteur rejoint celui de sa race. Bientôt, Mussolini fera déporter les juifs et les homosexuels.
Riccione, une petite ville balnéaire de l'Italie en 1936. Dans les jardins d'un luxueux hôtel, une bande de jeunes gens plutôt aisés discutent d'un grand jeu d'équipe auquel ils vont participer. Au fond du jardin apparaît soudain une superbe Alfa Roméo rouge vif, conduite par un garçon beau comme un dieu grec.
La voiture stoppe. Le garçon descend, aussitôt fêté par les jeunes filles de la bande, devant lesquelles il parade un moment. Il y a du soleil, la mer est bleue, toute proche. On pourrait croire que l'ambiance est à la détente, à la joie de vivre... Pourtant, parmi les jeunes gens, il en est un qui est resté sombre. C'est David (Rupert Everett), le narrateur des Lunettes d'or. Une nouvelle de Giorgio Bassani qui date de 1958, que Giuliano Montaldo a adaptée pour le cinéma.
Dans les salons de l'hôtel, derrière les rideaux de la fenêtre, un homme d'une cinquantaine d'années (Philippe Noiret) regarde la scène avec nostalgie. C'est lui qui a offert cette voiture au beau Deliliers (Nicolas Farron). Sur son visage, on peut lire tout le désenchantement, toute la tristesse des gens qui savent qu'on ne les aimera jamais vraiment pour eux-mêmes. Cet homme, c'est le docteur Fadigati. Il est installé à Ferrare, où il jouit de la meilleure réputation. Intelligent, fin, cultivé, amateur de belles lettres et d'opéra, une seule question plane sur son passage : pourquoi ne s'est-il jamais marié ? Pourquoi voit-on parfois scintiller ses célèbres lunettes montures dorées dans l'obscurité de certains endroits louches ?
Et un jour, la vérité éclate : Fadigati est homosexuel. Dans le train qu'il prend chaque jour pour Bologne, il doit alors faire face aux réflexions à double sens d'une bande de jeunes qui font le trajet avec lui. Parmi eux, David, jeune juif de Ferrare. Et Deliliers, un boxeur ambitieux dont la beauté fait des ravages dans toute la région. Quelques mois plus tard, Fadigati provoque un véritable scandale : le beau Deliliers, a compris tout le parti qu'il pourrait tirer d'une liaison avec ce riche docteur. Il est devenu son amant. Les deux hommes, en vacances à Riccione, s'affichent publiquement sur la plage et à l'hôtel. Pour tous les Ferrarais en villégiature dans le coin, ils deviennent les "tourtereaux". La fin de l'histoire sera tristement classique. Deliliers dépouillera son protecteur de sa fortune, et Fadigati perdra sa clientèle. Il se retrouvera seul et pauvre, dans un petit appartement, et finira par se suicider en se jetant dans le Pô.
Drame de l'homosexualité, penserez-vous. Le déclin du bon docteur ferrarais sur fond d'images estivales va-t-il ressembler à la marche vers la mort d'un certain Aschenbach, poursuivant l'image de la beauté dans les ruelles de Venise ? Je n'ai pas vu ce film ainsi. Plus qu'un film sur l'homosexualité, Les Lunettes d'or, c'est la rencontre de deux solitudes. Celle de Fadigati, et celle de David, le narrateur.
Nous sommes en 1936, au sein de la communauté juive de Ferrare. David est très jeune, mais il a compris que des événements graves se préparent. Les premières lois raciales vont être votées en Italie. Beaucoup de Juifs de Ferrare se font encore des illusions sur Mussolini. On pense qu'il ne suivra pas Hitler jusqu'au bout. Pourtant, on commence déjà à arrêter des professeurs parce qu'ils sont juifs... À la fin du film, David se retrouve abandonné par sa maîtresse Nora (Valeria Golino), qui se convertit au catholicisme par peur du racisme. C'est le moment où Fadigati est abandonné par Deliliers. Malgré leur différence d'âge, les deux hommes se rencontrent un instant...
Philippe Noiret dans le rôle du docteur Fadigati incarne un homosexuel "banalisé", à peine un peu trop soigné, sans manières efféminées.
On voit aussi poindre un autre personnage important de l’œuvre : la ville de Ferrare. Bassini est l'écrivain de Ferrare. Presque toutes ses nouvelles font le portrait de ces petits provinciaux conformistes, ligotés par la peur du scandale, et dont l'irresponsabilité amènera les fascistes au pouvoir. Ferrare où on n'échappe pas au regard des autres, Ferrare et sa communauté juive. Autre douloureux chapitre de cette période.
Pour incarner David, l'étudiant juif qui jette un regard inquiet sur les événements, Giuliano Montaldo a choisi Rupert Everett : son rôle est plutôt passif. Il ne fait rien. Il sert surtout à faire réagir les personnages. Un rôle où tout est intérieur.
Le personnage de Deliliers a été légèrement modifié par rapport à la nouvelle de Bassani. Dans le livre, il est très cynique. Dans le film, on sent à plusieurs reprises qu'il estime vraiment Fadigati. Comme s'il se cherchait un père. C'est un peu un exhibitionniste. Il veut ressembler aux riches, avec une belle voiture, être le plus élégant de Ferrare. Il a une revanche à prendre. C'est peut-être pour ça qu'il fait de la boxe.
Les personnages de Bassani ont bien existé. Parfois, ils ont plusieurs modèles. Le vrai Fadigati ne s'est pas suicidé. Il a été assassiné par des partisans parce qu'il était tombé amoureux d'un jeune fasciste.
Dans le livre de Bassani, il y a encore un autre personnage important, la signora Lavezzoli (jouée par Stefania Sandrelli). C'est une femme stupide et écervelée qui, par ses propos, symbolise bien le manque de clairvoyance de la bourgeoisie ferraraise.
Ce film nous montre qu'à un moment de l'histoire, la destinée d'un homosexuel a pu coïncider avec celle de toute la communauté juive, condamnée à disparaître par une société "bien-pensante".
Nous sommes en 1983. Comme chaque été une famille passe l'été dans leur belle maison du nord de l'Italie. Le père est un érudit, je n'ai pas bien compris à quoi il applique exactement son savoir, la mère quant à elle est une traductrice polyglotte, comme le film dans lequel on entend de l'anglais, de l'italien du français et même un peu d'allemand. Entre deux cogitations, ils ont réussi à faire un fils, Elio un bel adolescent qui comme il se doit pour un rejeton de telles sommités est aussi intelligent que ses parents. Le garçon s'est donné comme programme estival de retranscrire au piano ou à la guitare des morceaux de Bach, de lire quelques livres et de flirter avec une jeune beauté locale de son âge. Tout se passe pour le mieux jusqu'à l'arrivée d'Oliver un accort doctorant américain de 25 ans venu aider le père d'Elio dans ses travaux... Contrairement à ce que pourrait faire penser ma lacunaire présentation nous ne serons pas dans un remake de Théorème car le bel Oliver ne va s'intéresser véritablement qu'à Elio auquel il va offrir son premier frisson d'amour...
Je me plains régulièrement que nombre de films et de livres mettent en scènes des pauvresses, tant sur le plan matériel qu'intellectuel. Personnages auxquelles il m'est difficile de m'attacher en raison de leur indigence question matière grise. Ce n'est pas le cas ici, on est même surpris que des gens aussi intelligents puissent tomber amoureux...
Le film de Luca Guadagnino est scénarisé par James Ivory, dont on retrouve par caméra interposée l'élégance, d'après le roman d'André Anciman (que je n'ai pas encore lu lorsque j'écris ce billet)*.
Techniquement le film n'est pas loin de la perfection. La photographie est due à Mukdeeprom, formidable chef op d'Apichatpong Weerasethakul. Son travail relèvent parfois, en dépit de sa discrétion, de la prouesse comme ce plan séquence qui commence par être net au premier plan et flou sur le plan arrière qui soudain devient net alors que le premier plan lui devient flou pour qu'ensuite l'image redevienne à son état d'origine.
Le film est à la fois lent, surtout dans sa première partie, mais comment pourrait-il en être autrement puisqu'il s'agit d'un cache cache amoureux et composé de nombreuses séquences courtes situées presque toujours dans de beaux lieux ce qui induit un savant travail de montage et de repérage. Que cette Italie est belle... Cette lenteur de la narration va paradoxalement de paire avec de nombreuses ellipses scénaristiques. L'évolution des sentiments, l'écoulement du temps, le contexte social ou politique nous sont suggérés par des images significatives, parfois un peu trop, et fugitives. Ainsi ce film qui pourrait paraître limpide demande une grande attention de la part du spectateur.
Le tournage a été réalisé dans une vrai maison et non en studio, ce qui aide à donner une âme aux images. A l'heure où je vous écrit, elle est à vendre pour 1,7 million d'euros... C'est d'autre part le village de Moscazzan dans la province de Crémone en Lombardie, au sud-est de Milan qui sert de décor au film. Moscazzan est à mi chemin sur la route qui mène de Milan à Crémone.
Si le corps d'Elio sensuellement caressé durant tout le film par la caméra de Mukdeeprom m'a ensorcelé durant toute la projection, la courbe du ventre d'Elio devrait habiter mes rêves quelques temps, je lui préfère néanmoins le garçon de « Brooklyn village » d'Ira Sach qui découvrait son homosexualité d'une façon plus secrète qu'Elio...
Il demeure que « Call me by your name » est merveilleux portrait d'un adolescent que je suis sûr beaucoup rêveraient d'avoir connu. Le film est parfaitement servit par tout ses acteurs, à commencer par Timothée Chalamet qui mériterait bien un oscar d'interprétation. Le talentueux garçon est de tout les plans et l'on n'ignore rien de son physique sauf, film américain oblige, sa « frontal nudity ». Ce qui est dommage pas seulement parce que cette absence fruste le voyeur que je suis, mais celle-ci nous révèlerait si, effectivement, comme il est dit dans le film, la famille d'Elio est juive avec discrétion...
La force du film est dans la justesse des réactions d'Elio aux diverses situations qu'il rencontre car si Elio est un garçon exceptionnel, comme l'acteur qui l'interprète, son attitude envers les jeux de l'amour et les personnes de son entourage est typique de l'adolescence et en cela fait que son histoire à une portée universelle.
Il est réconfortant dans une période ou le puritanisme est roi de voir un film qui décrit comme une belle et positive histoire l'amour entre un jeune homme et un adolescent.
Même si je n'aspire jamais à une illusoire objectivité dans mes recensions pour celle ci encore moins qu'une autre, pour la raison très particulière que dans ce même été 1983 j'ai connu une histoire assez similaire à celle d'Elio et d'Oliver mais qui a duré beaucoup plus longtemps que pour eux et qui s'est transportée deux ans plus tard en... Italie. J'ai pu à la lumière de mon expérience constater combien les états d'âme et les réactions d'Elio étaient juste de même que les dialogues. Par exemple comme Elio mon petit ami saignait du nez lorsqu'il était contrarié
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La vision de Call me by your name m'a confirmé dans mon impression d'exil d'un pays dans lequel il est impossible de revenir, celui des années 80. Dans cette Italie où sur les mur on voyait des affiches du Parti Communiste italien et du Parti socialiste italien mené par Craxi qui sera bientôt chef du gouvernement et ensuite devra, accusé de malversation, prendre le chemin de l'exil pour y mourir sans avoir revu son pays...
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C'était un temps avant le sida, un temps où il existait des parents permissifs qui parfois encourageaient, comme je l'ai connu la relation de leur fils avec un ainé; un tout autre temps vous dis-je...