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humeur cinematographique

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NOTRE PARADIS, UN FILM DE GAEL MOREL

11 Août 2026, 06:40am

 

 

 

 

France, 100 mn, 2011

 

Réalisation: Gael Morel, scénario: Gael Morel, Photographie: Nicolas Dixmier, Musique: Camille Rocailleux, Montage : Catherine Schwartz

 

Avec: Stéphane Rideau, Béatrice Dalle, Dimitri Durdaine, Didier Flamand, Jean-Christophe Bouvet, Raymonde Bronstein, Malik Issolah, Mathis Morisset  

 

Résumé

Vassili (Stéphane Rideau), 33 ans est un prostitué aux pulsions criminelles qui voit son commerce décliner en raison de son âge avancé pour son activité. Une nuit il trouve un jeune homme inanimé, (Dimitri Durdaine) dans le Bois de Boulogne. Il vient de se faire tabasser. Vassili le recueille chez lui. Amnésique à son réveil, le jeune homme est rebaptisé Angelo par son protecteur. Les deux hommes, devenus complices et amants, se prostituent ensemble et volent leurs clients. Mais peu à peu, l’étau se resserre suite aux menaces de représailles; le couple doit fuir Paris précipitamment. La cavale commence…

 

L'avis critique

 

Gael Morel dans tous ses films montre des qualités rares dans le cinéma et en particulier dans le cinéma français, celle de la sincérité un don pour esthétiser les corps masculins et surtout celle de filmer avec réalisme et conviction les classes populaires. On peut penser que ce dernier don lui vient de ses origines. Ce qui fait que d'emblée on croit à l'existence des deux paumés qu'il met au centre de son récit. Mais la médaille a son revers, aussitôt qu'il s'éloigne de son milieu, le cinéaste empile les clichés.

Pour tous les cinéphiles, le nom de Gael Morel est associé à celui de Téchiné qui l'a fait découvrir en tant qu'acteur dans un de ses films les plus connus, "Les roseaux sauvage" et aussitôt que l'on ajoute au nom de Téchiné, le mot de prostitution, c'est le titre d'un autre film du réalisateur qui remonte du fond de notre mémoire, celui de "J'embrasse pas". L'atmosphère glauque de "notre paradis" qui n'est pas sans rappeler celle de "L'homme blessé" nous ramène aux années 80 où le seul horizon cinématographique possible de l'homosexualité semblait être la prostitution. Même les membres les plus revendicatifs de la mouvance gay devraient convenir que cela ne reflète guère la réalité d'aujourd'hui, surtout à Paris. Sur ce point le cinéaste dans une interview réfute cette critique, que je maintiens néanmoins: << Au cinéma et dans les séries (Plus belle la vie,Avocats & Associés), elle est vécue par des hommes qui travaillent, rentrent chez eux le soir, etc. Alors que, même si c’est le cas, leur réalité sexuelle, là où la télé ne peut jamais aller, est très différente : boîtes innombrables, lieux de drague. j'ai intention de proposer à un public homo de se reconnaître dans un personnage mauvais>>. On pense également au film de Claire Denis "J'ai pas sommeil", aussi peu psychologique que celui-ci.

La première scène, un numéro de cabotinage grandiose et pitoyable de Jean-Christophe Bouvet met d'emblée mal à l'aise. L'inconfort ne quittera plus le spectateur.

 

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Ne voulant, ou plutôt ne pouvant pas, donner d'épaisseur psychologique à ses personnages, Le passé et les motivations de Vassili ne sont jamais explicités, on peine à croire à l'amour fusionnel de Vassili et d'Angelo et encore plus que le premier puisse pousser le second vers le crime.

Le film est à la fois un film de serial killer (vous remarquerez qu'heureusement, on dénombre beaucoup plus de films sur les serial Killer que de serial killer), la peinture d'un amour fou entre deux garçons et la chronique sur la prostitution masculine qui est malheureusement filmé d'une façon naturaliste en regard de l'image peu crédible, car univoque, qu'il donne de la communauté homosexuelle.

Les meilleurs scènes du films sont celles sur l'intimité du couple. Je regrette que le cinéaste ne se soit pas contenté d'un quotidien épuré d'un romanesque bon marché. Il faudrait que les cinéastes comprennent, surtout lorsqu'ils savent bien filmer comme gael Morel, qu'il n'est pas nécessaire pour intéresser le spectateur de truffer leurs films de crimes ou de pyrotechnie, un Mike Leigh par exemple l'a compris... Sur le vieillissement d'un homosexuel, Jacques Nolot sans romanesque extravagant avec  AVANT QUE J’OUBLIE a réalisé un film beaucoup plus convaincant que celui de Morel.

 

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Le véritable problème de Gael Morel est qu'il a voulu tourner un scénario qu'il a écrit ce qu'il ne sait pas faire. Outre les multiples invraisemblances de cette histoire de nombreuse séquences semblent n'avoir pas grand chose à voir avec l'histoire principale comme cette visite à chez une ex-petite amie de Vassili, mère célibataire d'un enfant à problèmes qu'ils vont embarquer dans leur cavale, qui vient comme un cheveu sur la soupe.

En revanche une autre séquence est bien amené, celle de la visite chez le docteur, joué par Roland Copé , lorsque ce dernier ouvre son réfrigérateur, je me suis demandé si l'on allait pas bifurquer vers une histoire à la Poppy Z. Brite... 

 On retrouve dans "Notre paradis" un thème qui obsède le réalisateur, la perte de la jeunesse. Il est le centre caché du film. D'une manière plus ou moins ténu on peut le retrouver dans presque tous ses films comme dans "Après lui" par exemple. 

 

 

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Si comme le disait fort justement Paul Valery à propos de Degas pour un peintre dessiner c'est caresser, pour Gael Morel filmer le corps d'un garçon, c'est aussi le caresser.

Techniquement le film est soigné, montage nerveux, cadre soigné, souvent inventif avec quelques beaux contrejours, bien sûr sur le corps de Dimitri Durdaine, mais aussi lorsque le cinéaste filme la nature ou Paris (la leçon de Christophe Honoré?) , éclairage de même, avec des alternances réussies de séquences sombres suivie de lumineuse, bonne utilisation des décors.

 

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Il y a un autre don que possède Gael Morel et que j'ai ommis de mentionner dans le chapeau de ma critique, c'est l'excellence de sa direction d'acteur, si les qualités de comédien de Stéphane Rideau ne sont plus à démontrer, je conseille à ceux qui pensent que l'acteur n'est convaincant que dans les rôles de jeunes prolos, de voir le téléfilm dans lequel il incarne Georges Brassens; il est sensationnel! En revanche ce que le cinéaste parvient à faire faire au débutant Dimitri Durdaine est époustouflant. Le jeune acteur est la révélation du film, espérons que le cinéma français, si frileux envers les acteurs atypiques saura l'utiliser. Le choix de Dimitri Durdaine ne doit pas être étranger à la présence sur le film de Jacques Grant, grand directeur de casting, pour Téchiné notamment, que j'ai reconnu en client suceur et pingre.

 

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Si ce film est en grande partie raté, uniquement à cause de son scénario et ce ne sont pas les dialogues qui l'améliorent, il n'en reste pas moins qu'il est heureux qu'existe encore, pour combien de temps (?) de tels films dans le paysage formaté (principalement par les télévisions, aucune télévision a accompagné son film) du cinéma français. Le film a été interdit au moins de seize ans.

Il est dommage qu'à une histoire de pacotille, à laquelle on ne croit pas, Gael Morel n'est pas préférer filmer le quotidien d'un prostitué vieillissant. Il y a la matière de faire un film autrement plus vrai et touchant que ce paradis frelaté, surtout lorsque l'on a sous la main un acteur de la trempe de Stéphane Rideau.

 

Nota: Je voudrais remercier, Alain, un de mes rares commentateurs qui m'a remis en mémoire ce film que j'avais raté en salle en raison de son passage éclair sur les écrans.

 

 

 



















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Mathew Modine dans Birdy, 1984

19 Juillet 2026, 07:16am

 

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Patrick Dewaere

18 Juillet 2026, 06:59am

 A 17 ans dans le feuilleton "Vive la vie" (1964) sous le nom Patrick Maurin

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EL CIELO DIVIDIDO (BROKEN SKY), UN FILM DE JULIAN HERNANDEZ

11 Juillet 2026, 06:59am

 

 

 

 

Mexique, 2006, 140 mn

 

Réalisation:  Julian Hernandez

 

avec: Miguel Ángel Hoppe, Fernando Arroyo, Alejandro Rojo, Ignacio Pereda, Klaudia Aragon, Clarissa Rendón, Pilar Ruiz, Ortos Soyuz, Andrés Damián, Claudia Goytia, Genaro Velázquez, Mónica Galván, Edith Maya, Javier Olguin, Héctor Negrón

 

Résumé:

 

Gerardo est amoureux de Jonas qu'il a rencontré sur le campus de son université. Un amour fusionel, joyeux entre ces très jeunes étudiants qui soudain se délite car Jonas a croisé dans une boite de nuit un garçon, Bruno, qui l'a envoûté. Il en est bouleversé. cela va bouleverser sa vie et sa relation avec Gerardo dont il va se détacher peu à peu. Quand Jonas est prêt à céder de nouveau à l'amour de Gerardo, c'est Bruno qu'il voit à la place de son ami. Il se refuse, ne veut plus l'embrasser. Gerardo en prend ombrage tout en restant fou amoureux de Jonas. Gerardo de son côté est poursuivi par Sergio, un garçon plus âgé qui est tombé amoureux de lui... Gerardo essaie de comprendre et reste le même, mais Jonas ne peut plus être comme avant et se détache de son ami.

 

 

 

L'avis de la critique

 

Le film suit le désamour entre les deux garçons, les liens qui se défont, la douleur de celui qui est délaissé. Certains moments sont violents et crus, ce qui rend certaines scènes pénibles pour le spectateur. Difficile de faire plus minimaliste pour le scénario de ce film qui dure tout de même 140 mn et qui est en outre presque sans dialogue. Ce sont ici les corps qui parlent... Pourtant ceux qui aiment les beaux garçons resisteront à l'ennui tant la photographie est belle, c'est le type même de film de chef-opérateur avec toutes ses qualités et surtout de tous ses défauts.

 

 

 

Ces garçons semblent ne se focaliser que sur leur amour, le reste n'existe pas. Le décor de ce drame amoureux ne semble être là que comme fond à la chorégraphie des corps, rien de naturaliste, ni de sociologique. Le spectateur assiste à une sorte de ballet amoureux. La beauté des image parvient à forcer l'émotion.

 

 

Malheureusement le cinéaste n'est pas parvenu à finir son film, il propose d'ailleurs plusieurs fins! La première est réaliste et assez logique alors que la seconde m'a laissé dubitatif, ce que l'on voit est-ce la réalité ou le rêve d'un des personnages? 

Julian Hernandez a réalisé ce film, après "A Thousand Clouds Of Peace" qui a reçu le Teddy Award.  

 

 

 
rta il passo è breve ma è quello che vogliono? 
i ameranno... 

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Je me souviens de A bigger splash de Jack Hazan

17 Juin 2026, 06:28am

 

 

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L'air de Paris un film de Marcel Carné

6 Juin 2026, 06:28am

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L’AIR DE PARIS, France, de Marcel Carné, 110 mn, 1954

Producteur: Robert Dorfmann, scénario: Jacques Viot, Marcel Carné et Jacques Sigurd, Directeur de la photographie: Roger Hubert, Décors: Paul Bertrand, Musique: Maurice Thiriet

avec: Jean Gabin, Arletty, Roland Lesaffre, Marie Daems, Jean Parédès, Maria Pia Casillo, Simone Paris, Ave Ninchi

 

 

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 Résumé

A Paris, en 1954, un ancien boxeur,Victor Le Garrec (Jean Gabin, prix de la meilleure interprétation masculine au Festival de Venise en 1954) qui eu une carrière très brêve, dirige une salle de boxe. Il rencontre un jeune homme, André Ménard (Roland Lesaffre) qui a fait un peu de boxe. Victor s’intéresse à lui. Il l’entraine pour en faire le champion qu’il n’a jamais été. Bientôt il l’installe chez lui. On ne s’explique pas l’attitude de Victor s’il n’est pas l’amant d’André. Carné s’est cru obligé d’ajouter une ridicule histoire d’amour entre le jeune boxeur et une non moins jeune...antiquaire. La femme de Victor, Blanche (Arletty) jalouse le jeune homme. Elle reproche à son mari son engouement pour André. Quant à Victor il reproche a André sa liaison avec la jeune antiquaire. La jeune femme ayant conscience qu’elle entrave la carrière d’André s’éloigne. Le jeune homme retrouve Victor et se consacre entièrement à la boxe.

L’avis du critique

 L’air de Paris n’est pas un film gay à proprement parlé, disons que c’est un film crypto gay. En politique, comme en dessin industriel il y a une vue de droite et une vue de gauche et bien je vais vous donner une vue ”de gay” d’Un air de Paris.

 

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Deux passionnés de boxe Marcel Carné et son scénariste Jacques Viot décident de traiter le sujet en mettant en évidance l’arrière plan social de ce sport. Jean Gabin est dès le début associé au projet. Dans son autobiographie, La vie à belles dents, Marcel Carné explique ses motivations: << Ce qui m’intéressait, en plus de l’atmosphère particulière du milieu, c’était d’évoquer l’existence courageuse des jeunes amateurs qui ayant à peine achevé le travail souvent pénible de la journée, se précipitent dans une salle d’entraînement pour ”mettre les gants” et combattre de tout leur coeur, dans le seul espoir de monter un jour sur le ring...>>. Plus prosaiquement on peut penser que la possibilité d’offrir un premier rôle à son jeune ami Roland Lessaffre n’a pas été pour rien dans le choix du sujet. Les deux hommes se sont rencontré par l’intermédiaire de Jean Gabin qui a présenté Roland Lesaffre en 1949 au cinéaste qui aussitôt le fait débuter dans La Marie du port.  Mais nous ne sommes plus au temps du Front Populaire, les producteurs se défilent les uns après les autres. Robert Dorfmann se laisse convaincre mais il amène avec lui comme financier principal, le très conservateur Cino Del Duca. Ce dernier alors spécialisé dans la presse du coeur et les romans à l’eau de rose, il publiera une novellisation du film encore trouvable chez les bons bouquinistes, veut une vraie histoire d’amour. Il pousse le cinéaste à développer une liaison entre Lesaffre et une jeune femme Corinne, ce qui renvoie Gabin dans son coin, et le film aux plus banales conventions. Jacques Viot se retire du projet. Jacques Sigurd le remplace et remanie l’histoire dans le sens demandé par Del Duca. Le nouveau traitement augmente l’importance du rôle de Lesaffre mais diminue celui de Gabin ce dernier ronchonne mais reste à bord.  L’air de Paris, tel qu’il était écrit avant que ces changements de dernière heure ne modifie l’histoire, etait centré sur le développement d’une relation affective profonde entre deux hommes et se rapprochait d’un contexte homosexuel. Carné doit subir une autre avanie. Il a destiné le personnage de Corinne à Agnes Delahaie à la ville madame Dofmann mais celle-ci se dispute avec l’ épouse du co-producteur italien, engagée elle aussi dans le film! Qui exige son remplacement. Carné engage ainsi Marie Daems à quelques jours du premier clap.

Le tournage a été houleux car si le scénario de Jacques Viot faisait la part belle à Gabin, les dialogues de Jacques Sigurd, sur la demande de Carné, mettent en évidence le rôle de Roland Lessafre, l’ami de coeur de Marcel Carné, ce que n’appréciait pas du tout Gabin. Lessaffre comédien médiocre est pourtant dans ici convaincant,  bien que trop agé pour le rôle, il a alors 27 ans, il est choisi entre autres parcequ’il a été lui même, boxeur amateur. Il y a aussi dans Lessaffre quelque chose du Gabin jeune de ses grands films d’avant guerre, Le jour se lève, Pépé le mocko... où il incarnait les fils du peuple.

En outre Gabin ne voulait pour rien au monde que l’on pense qu’il jouait un homosexuel, même refoulé, comme le confiait Marcel Carné à Jacques Grant (l’habituel directeur de casting de Téchiné) pour le défunt Masque: <<Gabin avait une peur terrible de ça. Quand à la fin du film, il venait retrouver le jeune boxeur, je lui dis: Tu lui passes la main autour du cou et tu l’emmènes: Pas question je ne veux pas avoir l’air d’un pédé. Il n’était pas content du tout.>>. En tout état de cause L’air de Paris marquera la rupture définitive entre Carné et Gabin.

 

 

Le film tombe dans le ridicule et l’incompréensible pour n’avoir pas voulu rendre explicite la liaison entre Victor et André. Pourtant l’image de Victor la main tendrement passée dans la ceinture de la culotte de son protégé au moment de la minute de repos entre deux rounds... Il est amusant, mais pas vraiment surprenant, tant l’homosexualité irrigue tout le cinéma de Melville, de retrouver la même scène, avec un cadrage presque identique, dans L’aîné des Ferchaux , Belmondo est le boxeur et Andrex remplace Gabin. Mais la scène la plus torride est celle dans laquelle le manager masse son poulain vêtu que d’un mini slip. La caméra s’attarde longuement sur le corp imberbe de Lesaffre, Marcel Carné n’avait pas toujours mauvais goût! 

Arletty, qui avec L’air de Paris retrouvait Gabin quinze ans après Le jour se lève), dans les années 80 voyait très lucidement la faiblesse du film: << Il aurait fallu aller très loin dans le film. Je pense que Gabin ne voulait pas passer pour un homo; au fond en réalité, il aurait dû se taper Lessaffre ouvertement, l’aimer d’amour. Tandis que là, c’est pas dit, c’est pas fait. Fallait faire L’escalier, des mecs qui sortent ensemble. Je crois que ça enlève beaucoup.>>.

Carné qui n’était pas le courage même au sujet de ses moeurs, c’est un euphémisme. Le film a aussi un intérêt historique pour le spectateur gay d’aujourd’hui. Le petit rôle caricatural joué par Jean Paredes illustre bien comment le cinéma français d’alors voyait l’homosexualité masculine. Que le rôle soit tenu par le délicieux Jean Parédes ne change rien à l’affaire. Il refera son numéro de folle de contrebande dans Fanfan la tulipe. Il faut lire l’émouvant portait de ce comédien qu’en dressent Olivier Barrot et Raymond Chirat dans leur indispensable Noir & blanc, 250 acteurs du cinéma  français 1930-1950 (ed. Flammarion).

On peut également voir une touche de lesbianisme dans la relation entre Corinne et sa protectrice Chantal (exellente Simone Paris) paralléle pas assez développé avec le duo Gabin – Lessaffre.

Techniquement le film est parfait. Carné a soigné particulièrement l’aspect documentaire, pour cela il a engagé trois boxeurs: Séraphin Ferrer, Legendre et Streicher, l’entraineur Roger Michelot ainsi que les speakers et les soigneurs du Central Sporting Club de Paris. On doit se régaler du beau noir et blanc qui balaye toute la gamme des gris et des cadrages soignés qui échappaient alors à la dictature actuelle et de la caméra portée et de son trops fréquent corollaire: le bord du cadre tremblotant. La lourdeur des caméras de 1954 n’avait pas que des inconvénients. Admirons les décors d’une parfaite justesse tant pour la salle de boxe que pour l’appartement petit bourgeois du couple Aletty – Gabin sans oublier l’intérieur bien dans le goût de l’époque de l’antiquaire.

 

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Curieusement Carné, cinéaste de plateau par exellence, a utilisé des images complémentaires tournées par André Dumaitre pour rendre l’atmosphère de Paris, celle-ci est très documentaire de première partie dans le style Plaisir de France.

Si on replace le film dans l’histoire du cinéma français on peut y voir les derniers feux du néo populisme d’après guerre où pointe déjà le psychologisme qui triomphera avec Claude Sautet.

 

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Mais ne cherchons pas Carné où il n'est pas : dans le le lieu clos factice où un ouvrier soudeur marqué par le destin attend que le jour se lève, ou parmi les masques en liesse du Boulevard du Crime. Face à la vulgate il est urgent de le situer à sa vraie place un petit maître des faubourgs, une sorte d’Utrillo de la caméra, entraîné à son corps défendant dans des entreprises trop grandes pour lui dont on le crédite abusivement. C'est le moment de reposer la vieille question : qui est le véritable auteur d'un film ? 

 

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L’air de Paris est le type même du film d’un réalisateur qui n’a jamais eu le courage et la lucidité de sortir son homosexualité de la clandestinité. Cette attitude timorée explique en partie le naufrage du deuxième volet de la carrière de Marcel Carné, après sa brouille avec Prévert. Elle explique aussi peut être l’abandon de La fleur de l’age, son projet sur la révolte du bagne de jeunes de l’ile de Ré. Le tournage sera abandonné au bout d’une semaine. On retrouvera ce thème dans le beau téléfilm Alcyon de Fabrice Cazeneuve...

Un air de Paris est édité en DVD par Studio Canal dans une bonne copie mais avec seulement pour bonus les filmographie sélective de certains protagonistes du film.

 

     

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Lilies, un film de John Greyson

20 Mai 2026, 06:40am

Lilies, un film de John Greyson
 
 
 
 

 

Fiche technique :

 
Avec : Ian D Clark, Marcel Sabourin, Aubert Pallascio, Jason Cadieux, Danny Gilmore, Matthew Ferguson, Brent Carver, Rémy Girard, Robert Lalonde, Gary Farmer, Alexander Chapman, John Dunn-hill, Paul-patrice Charbonneau, Michel Marc Bouchard, Khanh Hua, Benoît Lagrandeur, Pierre Leblanc, Jean Lévesque, Antoine Jobin, Alain Gendreau, Simon Simpson, Eddy Rios, Martin Stone. 

 

Réalisateur : John Greyson. Scénario : Michel-Marc Bouchard, d'après sa propre pièce. Montage : André Corriveau. Photo : Daniel John. Musique : Mychael Danna. Directeur artistique : Marie-Carole de Beaumont.

 
Canada, 1996, Durée : 95 mn. Disponible en V0 et VOST.

 

Résumé :
 
Québec, 1952, un évêque, monseigneur Bilodeau (Marcel Sabourin) est envoyé dans une prison afin de confesser un ancien camarade de collège, Simon Doucet (Aubert Pallascio), prisonnier et malade. Il a été condamné à perpétuité, il y a quarante ans pour un meurtre. Mais le prisonnier ne se confesse pas. Avec la complicité de ses codétenus, Simon Doucet parvient à séquestrer l'évêque dans la chapelle, où il l'oblige à regarder une pièce jouée par les prisonniers dans laquelle ils reproduisent des événements vieux de quarante ans.
Elle lui raconte l'éveil et les premières expériences homosexuelles de trois adolescents en 1912. Dès qu'il entend les noms des trois garçons: Vallier de Tilly (Danny Gilmore), Jean Bilodeau et Simon Doucet (Jason Cadieux), l'évêque reconnaît sa propre histoire et comprend que sa vie est en danger. À cette époque, au collège catholique de Roberval, Simon jouait une pièce évoquant le martyre de Saint-Sébastien dans une représentation scolaire avec son ami Vallier, dont il était éperdument amoureux. Vallier est le fils d'une excentrique comtesse française (Brent Carver) exilée dans ces lointaines contrées dans l’attente d’une hypothétique restauration de la monarchie dans son pays, seule condition pour qu’ elle puisse daigner y revenir... Bilodeau, qui essayait vainement de convaincre Simon d'aller au séminaire, était le spectateur jaloux des deux acteurs amoureux. Bilodeau, lui-même amoureux de Simon, brise leur union en provoquant un incendie qui cause la mort de Vallier. Même s'il se dit innocent, c'est Simon que la justice condamne...
Lilies noue un inextricable réseau d'intrigues, d'alliances, de trahisons et de jalousies, qui mettront à jour un secret vieux de 40 ans.
 
 
 
 
 
L’avis critique
 
 
Peu de films nécessitent autant de patience. On met longtemps à se laisser envoûter par ses superbes images et pour entrer dans la complexité du dispositif narratif, mais raressont ceux qui offrent une si belle  récompense aux pugnaces et aux patients. Bientôt l’émotion finira par les submerger.
Baroque et bouleversant, romantique et rigoureux, Lilies joue sur plusieurs registres, et gagne en chacun d'eux. On y trouvera aussi bien une brûlante histoire d'amour qu’une remarquable métaphore sur la création. Ce qui aurait pu n'être qu'un Roméo et Juliette gay, devient, grâce à l'intelligence du scénario de Bouchard et à la mise en scène inspirée de John Greyson une histoire, universelle et intemporelle, sur l'amour fou, le prix du secret et l'art de la dissimulation.
Le nœud du drame, la représentation du Martyre de saint Sébastien nous ramène à l’âge d’or des collèges classiques, où l’on montait régulièrement des pièces du répertoire et où les rôles de femmes étaient tenus par des garçons. Parabole du film, le Martyre de saint Sébastien métaphorise l’amour. Le scénario, qui passe du récit de prison au drame historique, offre une structure de mise en abîme : l’évêque est spectateur de sa vie qui est transformée en une pièce de théâtre alors que le déclenchement du drame qui bouleversa son existence était justement la représentation d’une pièce ; le tout est filmé et vu in finepar nous, les spectateurs d’aujourd’hui. Cette construction en strates, l'histoire à l'intérieur d'histoires, du scénario de Michel-Marc Bouchard, dramaturge célèbre au Québec qui a adapté sa propre pièce Les feluettes , convient parfaitement à la propre démarche du réalisateur, grand amateur de dispositifs gigognes et d’aller et retour entre le passé et le présent.
 

Ecran Rose, le cin�-zine gay de vos nuits blanches
 
 
 
Petit aparté linguistique qui me parait indispensable. Le sous-titre du film, Feluette, vient d’une déformation de l’adjectif fluet, aujourd’hui en joual (langue majoritairement parlée au Québec), il a acquis une connotation péjorative pour désigner les homosexuels.
Le film évoque une situation historique peu perceptible pour un non québécois : la continuité entre le Québec du début du XXe siècle et celui des années 50, toujours étouffé par l’obscurantisme catholique, alors que le règne de Maurice Duplessis ne soulevait pas encore suffisamment de contestation pour être renversé.
 
Pour la première fois avec Lilies, John Greyson ne filmait pas un de ses scénarios. Il a réussi à adapter pour l'écran une pièce qui reposait davantage sur l'évocation que sur l'illustration, sans pour autant la trahir ou diluer sa charge romantique. Il a décloisonné le huis clos d'origine en le transposant dans un lieu géographique imaginaire dans lequel des hommes, codétenus du héros, tiennent tous les rôles. Un artifice qui se fait vite oublier pour orienter les spectateurs vers l'essentiel du récit axé sur les jeux de miroirs et les faux-semblants. Greyson a privilégié les images au symbolisme appuyé, en harmonie avec la photographie aux tons chauds.
 
Jouant sur le réalisme, le symbolisme et l'onirisme, ce film superbe, qui allie la magie du cinéma à celle du théâtre, montre à quel point la vérité se cache derrière des masques.
Si l’on veut trouver une filiation cinématographique à Lilies, c’est dans les œuvres les plus baroques de Fellini comme E la nave va, Amarcord ou Casanova qu’on la trouvera.
La réalisation très soignée a visiblement bénéficié de gros moyens. Daniel John, chef opérateur d’un autre très beau film gay, Handing garden, virtuose du clair-obscur, a du regarder longuement les œuvres du Caravage avant d’empoigner sa caméra. Il a bien fait,il en reste quelque chose dans ses magnifiques images où néanmoins parfois, il lui arrive de perdre le point ! D’autres séquences comme celle de la mort de la mère en forêt ou encore celle de la torride scène d’amour entre les deux garçons dans la baignoire sont directement inspirées de la peinture pré-raphaélite. La photographie possède une beauté visuelle qui donne une profondeur au sentiment de perte, d'espoir et de colère qui anime toute l'œuvre de Greyson.
Nous sommes continuellement surpris par ces scènes où la toile peinte d’une représentation de patronage se transforme soudain en un cossu décor victorien tout droit sorti d’un film de James Ivory ou bien en une rue d’un village canadien du début du XXe siècle. L’inventivité du montage fait constamment douter le spectateur de l’époque qu’il découvre sur l’écran. Le lieu, même, est remis en question par le fait que les acteurs s’expriment en anglais alors que l’action est clairement située chez les canadiens français, licence habituelle au cinéma maisd’autant plus perturbante cette fois que certains comédiens parlent l’anglais avec un fort accent français
 
La direction d'acteurs est irréprochable. Brent Carver campe une aristocrate déchue avec beaucoup de finesse. Quant aux deux acteurs jouant les adolescents amoureux, non seulement ils sont bons, comme toute la distribution, mais ils sont aussi sublimes. Pour une fois, de manière pas trop subliminale, on peut admirer les fesses de Danny Gilmore qui nous offre leur succulent pommé, mis en valeur par la délicate cambrure des reins. L’un des plus beaux fessiers qu’il m’ait été donné de pouvoir admirer au cinéma !
Greyson convoque également la littérature. On peut voir dans le film une réminiscence de Genet dans son homo-érotisme élégiaque de la prison. Film culte dans les pays anglo-saxons Lilies n’a bizarrement jamais été distribué en France. Il a été récompensé par le prix "Génie du meilleur film", "Meilleur film 1997" au Festival du film international gay et lesbien de San Francisco, et le prix du "meilleur film canadien" au Festival des Films du Monde de Montréal.
 

L'image “http://www.medienbuero-oldenburg.de/lilies.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.
 
 
Cette flamboyante adaptation de la pièce Les Feluettes, de Michel-Marc Bouchard, Lilies de John Greyson prouve avec éclat que le théâtre d'auteur a sa place au cinéma.
Les éditions Home screen ont édité un dvd en Belgique avec des sous-titres français mais sans le moindre supplément.
 
 
Lilies, un film
 
 
 
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Aux sources de LA CORDE (THE ROPE), le film d'Alfred Hitchcock

17 Mai 2026, 06:58am

 

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Le célèbre film d’Alfred Hitchcock a pour origine un fait divers particulièrement sordide dont deux gays furent les tristes héros.
 

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Nathan Leopold

Nathan Leopold est né le 19 novembre 1904 et mort en 1971. Richard A. Loeb et Nathan Freudenthal Leopold, Jr., généralement connus sous le nom de Leopold et Loeb, étaient deux étudiants aisés de l'université de Chicago qui ont assassiné en 1924 un garçon de 14 ans. Leur crime, immédiatement très médiatisé, était en grande partie motivé par un besoin apparent que le duo avait de se prouver que leurs intellects élevés les rendaient capables de commettre un crime parfait. Leur crime a eu également un rôle dans l'histoire de l’imaginaire et de la justice américaine. Il est à l’origine de la modification de l’application de la peine capitale aux USA. Léopold était âgé de 19 ans au moment du meurtre, et Loeb de 18 ans. En 1924, ils étaient considérés comme mineurs et à l’époque, dans la plupart des états, la peine de mort ne pouvait leur être appliquée.
Les deux garçons étaient persuadés d’être des surhommes, influencés par leur lecture de Nietzsche. Il est indéniable que les deux amis étaient exceptionnellement intelligents. Leopold avait déjà accompli un beau parcours à l'université et allait à l'école de droit à l'université de Chicago. Il parlait cinq langues et était déjà un expert en ornithologie, alors que Loeb était le plus jeune étudiant dans l'histoire de l'université du Michigan. Leopold projetait d’intégrer l'école de droit de Harvard en septembre, après un voyage en Europe. Loeb, quant à lui, devait entrer à l'université de droit de Chicago.
Leopold et Loeb vivaient à Chicago dans le quartier de Kenwood, peuplé principalement par des Juifs aisés. Le père de Loeb, Albert, a commencé sa carrière en tant qu'avocat puis est devenu le vice-président d’un grand cabinet. Il possédait un manoir impressionnant dans Kenwood, à deux blocs de la maison de Leopold. La famille de Loeb avait également un domaine d'été à Charlevoix dans le Michigan.
La paire d’amis avait, avant le crime, commis quelques petits larcins pour démontrer que leur intelligence les rendait invincibles. Le mercredi 21 mai 1924, ils ont mis en branle leur plan machiavélique en attirant un jeune voisin par un leurre. Dans une voiture de location, Loeb a frappé le garçon le premier avec un burin. Puis Leopold et Loeb l’ont étouffé. Ils ont ensuite caché le corps sous un petit pont d’une voie de chemin de fer de la banlieue de Chicago. Ils avaient au préalable brûlé le corps avec de l'acide pour rendre l'identification plus difficile.
Ils ont voulu faire croire à un kidnapping en demandant 10 000 $ de rançon aux parents du garçon ; la famille de la victime avait assez d'argent pour que cette somme soit plausible. Mais avant que ceux-ci aient pu payer la rançon, le corps avait été retrouvé ! Les enquêteurs virent immédiatement que le crime ne pouvait découler seulement d’un kidnapping, puisqu'il n'y aurait eu aucune raison pour qu'un kidnappeur tue le garçon. Les policiers découvrirent près du corps une paire de lunettes qui, par la suite, s’est avérée appartenir à Nathan Leopold. Ils trouvèrent que la demande de rançon avait été dactylographiée sur une machine à écrire que Leopold avait utilisée avec son groupe d'étude de son école de droit. La police interrogea Leopold et Loeb sur leurs alibis. Ils se décomposèrent et chacun admis sa participation au crime. Bien que leurs confessions s'accordent au sujet de la plupart des faits principaux, chacun accusa l'autre d’avoir tué de ses mains la victime.
 

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Ils avaient passé des mois à préméditer le crime, réfléchissant à la meilleure manière d'obtenir l'argent de la rançon sans être démasqués. Ils avaient pensé que le corps serait découvert longtemps après qu’ils aient touché la rançon. Mais l’argent n'était pas leur but principal, leur famille leur donnant tout l'argent dont ils avaient besoin. En fait, ils ont admis avoir été conduits au meurtre par désir de puissance et par l’excitation que l’acte de tuer devait leur produire.
Comme satisfaits de leur soudaine notoriété, ils régalèrent les journalistes à plusieurs reprises avec des détails sinistres du crime.
Le meurtre atteignit bientôt une “célébrité” mondiale. Une partie de la fascination qu’il provoqua était causée par le fait qu’il était perçu comme crime “juif”. En 1924, Chicago était principalement peuplé par des émigrants de fraîche date ou des enfants d’immigrés. La politique locale se basait beaucoup sur les étiquettes ethniques. Paradoxalement, ni l'un ni l'autre des meurtriers n'étaient juifs, leurs mères ne l'étant pas... Si le père de Loeb était bien juif, son fils était un catholique pratiquant. La famille de Leopold, bien qu'éthniquement juive, s'était convertie au christianisme.
Leopold et Loeb admirent sous la pression avoir eu entre eux un rapport sexuel, ce qui à l’époque, pour beaucoup, augmentait considérablement l’aspect sinistre de leur forfait.
Le procès était déjà présenté par les médias comme un spectacle et le procès du siècle.
 

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Clarence Darrow en 1925

La famille de Loeb chargea Clarence Darrow, célèbre avocat, âgé alors de 67 ans de la défense des deux garçons. Darrow augmenta encore sa célébrité l’année suivante pour avoir représenté John Thomas Scopes dans le fameux « procès du singe » face au célèbre procureur William Jennings Bryan. Il y défendit les thèses évolutionnistes avec succès contre les créationnistes. Il reste connu pour son esprit, sa compassion et son agnosticisme qui ont fait de lui l'un des plus célèbres avocats américains.
 

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Clarence Darrow et Loeb

Tandis que tous les médias s'attendaient à ce qu'ils plaident non coupable, pour cause de folie, Darrow étonna en demandant à ses clients de plaider coupable. Désamorçant ainsi l’explosion de haine qu’aurait provoqué la non reconnaissance de leur faute par les deux jeunes hommes.
Darrow plaida durant douze heures. Il a ensuite dit que c’était la meilleure plaidoirie de sa carrière. On peut penser que Darrow a accepté de défendre les deux criminels parce qu’il savait que son discours serait imprimé dans de nombreux journaux de par le monde et que cela allait lui offrir une tribune extraordinaire pour plaider l’abolition de la peine de mort, donnant une publicité inespérée à sa thèse comme quoi il ne fallait pas exécuter des meurtriers qui se repentaient de leurs crimes.
 

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Darrow lors du procès

En fin de compte, la stratégie de Darrow réussit. Le juge condamna Leopold et Loeb à la prison à vie pour le meurtre et à 99 ans chacun pour le kidnapping. Dans la prison de l’état de l'Illinois, Leopold et Loeb utilisèrent leur instruction pour la bonne cause en devenant professeurs dans l'école de leur prison. En 1944, Leopold a participé à une étude sur la malaria dans la prison de Stateville où il s’est porté volontaire pour se faire inoculer la maladie.
 

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Darrow et les accusés

Au début de 1958, après 33 ans en prison, Leopold obtint une libération conditionnelle. Libre, il a écrit son autobiographie qu’il a intitulé La vie plus quatre-vingt-dix neuf ans. Il se fixa à Porto Rico pour éviter l'attention des médias. Il y a enseigné les mathématiques et a travaillé dans les hôpitaux et dans les missions catholiques. Il a aussi écrit un livre qui fait autorité sur les oiseaux de l’île. Dans une interview en 1960, il déclara qu’il était toujours profondément amoureux de Richard Loeb. En dépit de cela, il se maria avec une veuve de son âge. Il est mort d'une crise cardiaque le 30 août 1971 à l'âge de 66 ans. Le matin suivant, ses cornées ont été enlevées. Une a été donnée à un homme, l’autre à une femme...
Richard Loeb fut moins ”chanceux”. Il a été assassiné par un codétenu, en 1936, à l'âge de 30 ans. En janvier 1936, Loeb a été attaqué par James Day, un de ses codétenus, dans les douches de la prison, il était armé d’un rasoir. Day lui infligea de nombreuses blessures qui entraînèrent sa mort peu après. Leopold se précipita à l'hôpital de la prison pour être au chevet de son vieil ami pendant son agonie. James Day argua que Loeb avait essayé de l’assaillir sexuellement et qu’il n’avait fait que se défendre. Les autorités pénitentiaires acceptèrent cette version. Day a été acquitté par un jury... 
L'histoire de Leopold et de Loeb s’est enracinée dans la culture populaire. Le crime a donc inspiré le film The Rope (La Corde, 1948) d'Alfred Hitchcock qui en a complètement gommé la judéité de l’histoire, se focalisant sur le complexe de supériorité des deux garçons. Hitchcock a très habilement suggéré l’homosexualité des deux personnages, renforcée par le fait que la victime a l’âge de ses assassins. On peut supputer entre ces jeunes gens rivalités et jalousies sexuelles... Une vision du crime que résume parfaitement Bill Krohn dans son petit livre sur Hitchcock (éditions Cahier du cinéma) : « La troisième absence qui structure La Corde, sans cesse signalée sans être jamais mentionnée, comme la guerre dans L'Ombre d'un doute, est l'homosexualité refoulée. Elle est le mobile du crime, subrogation de l'acte sexuel, bien qu'eux le considère comme une œuvre d'art, puisque commis sans raison. » Contrairement à un premier montage où l’on voyait la future victime avec sa fiancée, Hitchcock a choisit, en coupant cette scène, de ne pas montrer la physionomie du sacrifié, renforçant la possibilité d’identification du spectateur avec le malheureux.
 

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En 1992, Tom Kalin tourne Swoon, beaucoup plus proche de l’histoire originelle de Loeb et Leopold. Les deux assassins dans le film de Kalin sont clairement juifs et homosexuels. Le réalisateur a ancré le fait divers dans les années trente, choisissant de faire de la victime un enfant que l’on ne fait qu’apercevoir... Craig Chester, qui interprète le rôle de Leopold, apparaîtra dans plusieurs films gays et réalisera Adam et Steve...
 

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Swoon (1992) // dir. Tom Kalin

 

À la lumière du fait divers qui l’inspira, on peut lire La Corde comme une métaphore de l’avènement du nazisme et de ses conséquences. On peut voir dans le personnage interprété par James Stewart le truchement de ces penseurs, au-delà de Nietzsche, de la « Révolution conservatrice allemande » ou comme Baeumler, Spengler et Junger qui donnèrent, presque toujours à leur corps défendant et au grand désespoir des deux derniers, des fondements intellectuels et culturels au nazisme. Leurs idées ayant été déformées par Rosenberg « le penseur » du régime nazi.

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BASKETBALL DIARIES un film de Scott Kalvert

15 Mai 2026, 06:28am

BASKETBALL DIARIES un film de Scott Kalvert (réédition augmentée)

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USA, 100 mn, 1995

Réalisation: Scott Kalvert, scénario: Jim Caroll & Bryan Goluloff, image: David Phillips, montage: Dana Congdon, musique: Graeme Revell

avec: Leonardo Di Caprio, Mark Wahlberg, Lorraine Brasco, Juliette Lewis, Jim Caroll

 

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Résumé

Jim (Léonardo Di Caprio) et sa bande de copains (dont l’un d’eux est joué par Mark Wahlberg, la future vedette que l’on connaît ) suivent une scolarité rigide dans une école catho et traînent leur mal de vivre dans les rues de New York. Le basket, qu’ils pratiquent à un haut niveau, est leur seule passion. De dérapages en désillusions, ils vont préférer la seringue au ballon. Jim écrit son journal intime, celui d’une descente aux enfers...

 

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L’avis critique

Le film, le premier du metteur en scène (en 2002 Kalvert réalisera un autre film gay "Young rebels"), est l’adaptation d’un livre autobiographique célèbre aux USA de Jim Carroll, l’un des chefs de file de l’avant-garde new-yorkaise des années 70, proche d’Andy Warh de Lou Reed et du Velvet Underground. Ce garçon précoce publie son premier recueil de poèmes à 22 ans, Living at the movies, pour lequel il est pressenti pour le prix Pulitzer. Il publie The Basketball diaries en 1978, à l’age de 28 ans, dans lequel il racontait au jour le jour son expérience d’ado paumé, drogué, clochardisé, prostitué... Cette prostitution homosexuelle est discrètement présente dans le film dans une scène où l’on perçoit un relent d’homophobie. Ce livre, publié en France par les éditions 10/18 (n°2644), sera le livre-culte d’une partie de la jeunesse américaine; il sidérera Jack Kerouac et marquera cette jeunesse comme l’avait fait avant lui le fameux Attrape-coeur de Salinger. On peut le comparer à ce que fut en France au début des années 80 Flash (Le Livre de Poche). Pourtant le film connaîtra un échec commercial aux USA... Caroll a également commis plusieurs disques, dont Catholic Boy en 91, et on entend certaines de ses chanso√ns dans la bande originale d’E.T. A noter que Caroll a suivi le tournage du film et a même joué le rôle d’un vieux junkie dans une scène avec Di Caprio. Ce dernier, comme pour le rôle de Rimbaud, fait preuve d’un grand talent d’interprète à la tête d’une distribution homogène et talentueuse. Il donne une dimension époustouflante à ce personnage d’adolescent désespéré qui ne rêve que de devenir pur. Il faut être courageux pour accepter un tel rôle à l’aube d’une carrière; il est vrai que Basketball diaries fut tourné avant son succès titanesque... Le film n’a dû sa sortie en France,  trois ans après son tournage, qu’en raison du succès de Titanic, et c’est une chance, car il aurait été dommage de se priver de ce film bien écrit et bien joué, maisassez mollement filmé, sauf dans les scènes où intervient la musique dans lesquelles Kalvert se souvient qu’il est un bon réalisateur de clips.

Dans la lignée d’”Outsiders” de Coppola,

 

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LES LUNETTES D’OR un film de Giulano Montaldo (1987)

13 Mai 2026, 06:31am

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Fiche technique :
Avec Philippe Noiret, Rupert Everett, Valeria Golino, Nicola Farron, Roberto Herlitzka.

Réalisation : Giuliano Montaldo. Scénario : Nicola Badalucco. Directeur de la photographie : Armando Nannuzzi. Monteur : Alfredo Muschietti. Compositeur : Ennio Morricone.
Durée : 103 mn. Disponible en VO et VF.


Résumé :
1938 : un respectable médecin de Ferrare est insensiblement amené à se suicider pour son amitié dite coupable pour un jeune homme d'origine juive. Ce que l'on appelle la bonne société, cruelle, hypocrite et timorée, sera l'instigatrice de ce geste subversif. Ce film est adapté d'un roman de Giorgio Bassani, originaire de Ferrare, qui s'inspira pour cette réflexion sur la solitude d'un fait réel.

 

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L’avis critique
Italie, 1936. Le docteur Fadigati tombe amoureux d'un boxeur. Scandale dans la bonne société de sa ville, Ferrare. David, un jeune Juif, comprend que le destin du docteur rejoint celui de sa race. Bientôt, Mussolini fera déporter les juifs et les homosexuels.
Riccione, une petite ville balnéaire de l'Italie en 1936. Dans les jardins d'un luxueux hôtel, une bande de jeunes gens plutôt aisés discutent d'un grand jeu d'équipe auquel ils vont participer. Au fond du jardin apparaît soudain une superbe Alfa Roméo rouge vif, conduite par un garçon beau comme un dieu grec.

 

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La voiture stoppe. Le garçon descend, aussitôt fêté par les jeunes filles de la bande, devant lesquelles il parade un moment. Il y a du soleil, la mer est bleue, toute proche. On pourrait croire que l'ambiance est à la détente, à la joie de vivre... Pourtant, parmi les jeunes gens, il en est un qui est resté sombre. C'est David (Rupert Everett), le narrateur des Lunettes d'or. Une nouvelle de Giorgio Bassani  qui date de 1958, que Giuliano Montaldo a adaptée pour le cinéma.

 

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Dans les salons de l'hôtel, derrière les rideaux de la fenêtre, un homme d'une cinquantaine d'années (Philippe Noiret) regarde la scène avec nostalgie. C'est lui qui a offert cette voiture au beau Deliliers (Nicolas Farron). Sur son visage, on peut lire tout le désenchantement, toute la tristesse des gens qui savent qu'on ne les aimera jamais vraiment pour eux-mêmes. Cet homme, c'est le docteur Fadigati. Il est installé à Ferrare, où il jouit de la meilleure réputation. Intelligent, fin, cultivé, amateur de belles lettres et d'opéra, une seule question plane sur son passage : pourquoi ne s'est-il jamais marié ? Pourquoi voit-on parfois scintiller ses célèbres lunettes montures dorées dans l'obscurité de certains endroits louches ?

 

 

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Et un jour, la vérité éclate : Fadigati est homosexuel. Dans le train qu'il prend chaque jour pour Bologne, il doit alors faire face aux réflexions à double sens d'une bande de jeunes qui font le trajet avec lui. Parmi eux, David, jeune juif de Ferrare. Et Deliliers, un boxeur ambitieux dont la beauté fait des ravages dans toute la région. Quelques mois plus tard, Fadigati provoque un véritable scandale : le beau Deliliers, a compris tout le parti qu'il pourrait tirer d'une liaison avec ce riche docteur. Il est devenu son amant. Les deux hommes, en vacances à Riccione, s'affichent publiquement sur la plage et à l'hôtel. Pour tous les Ferrarais en villégiature dans le coin, ils deviennent les "tourtereaux". La fin de l'histoire sera tristement classique. Deliliers dépouillera son protecteur de sa fortune, et Fadigati perdra sa clientèle. Il se retrouvera seul et pauvre, dans un petit appartement, et finira par se suicider en se jetant dans le Pô.

 

 

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Drame de l'homosexualité, penserez-vous. Le déclin du bon docteur ferrarais sur fond d'images estivales va-t-il ressembler à la marche vers la mort d'un certain Aschenbach, poursuivant l'image de la beauté dans les ruelles de Venise ? Je n'ai pas vu ce film ainsi. Plus qu'un film sur l'homosexualité, Les Lunettes d'or, c'est la rencontre de deux solitudes. Celle de Fadigati, et celle de David, le narrateur.
Nous sommes en 1936, au sein de la communauté juive de Ferrare. David est très jeune, mais il a compris que des événements graves se préparent. Les premières lois raciales vont être votées en Italie. Beaucoup de Juifs de Ferrare se font encore des illusions sur Mussolini. On pense qu'il ne suivra pas Hitler jusqu'au bout. Pourtant, on commence déjà à arrêter des professeurs parce qu'ils sont juifs... À la fin du film, David se retrouve abandonné par sa maîtresse Nora (Valeria Golino), qui se convertit au catholicisme par peur du racisme. C'est le moment où Fadigati est abandonné par Deliliers. Malgré leur différence d'âge, les deux hommes se rencontrent un instant...

 

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Philippe Noiret dans le rôle du docteur Fadigati incarne un homosexuel "banalisé", à peine un peu trop soigné, sans manières efféminées.
On voit aussi poindre un autre personnage important de l’œuvre : la ville de Ferrare. Bassini est l'écrivain de Ferrare. Presque toutes ses nouvelles font le portrait de ces petits provinciaux conformistes, ligotés par la peur du scandale, et dont l'irresponsabilité amènera les fascistes au pouvoir. Ferrare où on n'échappe pas au regard des autres, Ferrare et sa communauté juive. Autre douloureux chapitre de cette période.
Pour incarner David, l'étudiant juif qui jette un regard inquiet sur les événements, Giuliano Montaldo a choisi Rupert Everett : son rôle est plutôt passif. Il ne fait rien. Il sert surtout à faire réagir les personnages. Un rôle où tout est intérieur.

 

 

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Le personnage de Deliliers a été légèrement modifié par rapport à la nouvelle de Bassani. Dans le livre, il est très cynique. Dans le film, on sent à plusieurs reprises qu'il estime vraiment Fadigati. Comme s'il se cherchait un père. C'est un peu un exhibitionniste. Il veut ressembler aux riches, avec une belle voiture, être le plus élégant de Ferrare. Il a une revanche à prendre. C'est peut-être pour ça qu'il fait de la boxe.
Les personnages de Bassani ont bien existé. Parfois, ils ont plusieurs modèles. Le vrai Fadigati ne s'est pas suicidé. Il a été assassiné par des partisans parce qu'il était tombé amoureux d'un jeune fasciste.

Dans le livre de Bassani, il y a encore un autre personnage important, la signora Lavezzoli (jouée par Stefania Sandrelli). C'est une femme stupide et écervelée qui, par ses propos, symbolise bien le manque de clairvoyance de la bourgeoisie ferraraise.

Ce film nous montre qu'à un moment de l'histoire, la destinée d'un homosexuel a pu coïncider avec celle de toute la communauté juive, condamnée à disparaître par une société "bien-pensante".

 



 

 

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