Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

humeur cinematographique

EL CIELO DIVIDIDO (BROKEN SKY), UN FILM DE JULIAN HERNANDEZ

11 Juillet 2026, 06:59am

 

 

 

 

Mexique, 2006, 140 mn

 

Réalisation:  Julian Hernandez

 

avec: Miguel Ángel Hoppe, Fernando Arroyo, Alejandro Rojo, Ignacio Pereda, Klaudia Aragon, Clarissa Rendón, Pilar Ruiz, Ortos Soyuz, Andrés Damián, Claudia Goytia, Genaro Velázquez, Mónica Galván, Edith Maya, Javier Olguin, Héctor Negrón

 

Résumé:

 

Gerardo est amoureux de Jonas qu'il a rencontré sur le campus de son université. Un amour fusionel, joyeux entre ces très jeunes étudiants qui soudain se délite car Jonas a croisé dans une boite de nuit un garçon, Bruno, qui l'a envoûté. Il en est bouleversé. cela va bouleverser sa vie et sa relation avec Gerardo dont il va se détacher peu à peu. Quand Jonas est prêt à céder de nouveau à l'amour de Gerardo, c'est Bruno qu'il voit à la place de son ami. Il se refuse, ne veut plus l'embrasser. Gerardo en prend ombrage tout en restant fou amoureux de Jonas. Gerardo de son côté est poursuivi par Sergio, un garçon plus âgé qui est tombé amoureux de lui... Gerardo essaie de comprendre et reste le même, mais Jonas ne peut plus être comme avant et se détache de son ami.

 

 

 

L'avis de la critique

 

Le film suit le désamour entre les deux garçons, les liens qui se défont, la douleur de celui qui est délaissé. Certains moments sont violents et crus, ce qui rend certaines scènes pénibles pour le spectateur. Difficile de faire plus minimaliste pour le scénario de ce film qui dure tout de même 140 mn et qui est en outre presque sans dialogue. Ce sont ici les corps qui parlent... Pourtant ceux qui aiment les beaux garçons resisteront à l'ennui tant la photographie est belle, c'est le type même de film de chef-opérateur avec toutes ses qualités et surtout de tous ses défauts.

 

 

 

Ces garçons semblent ne se focaliser que sur leur amour, le reste n'existe pas. Le décor de ce drame amoureux ne semble être là que comme fond à la chorégraphie des corps, rien de naturaliste, ni de sociologique. Le spectateur assiste à une sorte de ballet amoureux. La beauté des image parvient à forcer l'émotion.

 

 

Malheureusement le cinéaste n'est pas parvenu à finir son film, il propose d'ailleurs plusieurs fins! La première est réaliste et assez logique alors que la seconde m'a laissé dubitatif, ce que l'on voit est-ce la réalité ou le rêve d'un des personnages? 

Julian Hernandez a réalisé ce film, après "A Thousand Clouds Of Peace" qui a reçu le Teddy Award.  

 

 

 
rta il passo è breve ma è quello che vogliono? 
i ameranno... 

Voir les commentaires

Je me souviens de A bigger splash de Jack Hazan

17 Juin 2026, 06:28am

 

 

Voir les commentaires

L'air de Paris un film de Marcel Carné

6 Juin 2026, 06:28am

563777

 

L’AIR DE PARIS, France, de Marcel Carné, 110 mn, 1954

Producteur: Robert Dorfmann, scénario: Jacques Viot, Marcel Carné et Jacques Sigurd, Directeur de la photographie: Roger Hubert, Décors: Paul Bertrand, Musique: Maurice Thiriet

avec: Jean Gabin, Arletty, Roland Lesaffre, Marie Daems, Jean Parédès, Maria Pia Casillo, Simone Paris, Ave Ninchi

 

 

Unknown

 

 

 Résumé

A Paris, en 1954, un ancien boxeur,Victor Le Garrec (Jean Gabin, prix de la meilleure interprétation masculine au Festival de Venise en 1954) qui eu une carrière très brêve, dirige une salle de boxe. Il rencontre un jeune homme, André Ménard (Roland Lesaffre) qui a fait un peu de boxe. Victor s’intéresse à lui. Il l’entraine pour en faire le champion qu’il n’a jamais été. Bientôt il l’installe chez lui. On ne s’explique pas l’attitude de Victor s’il n’est pas l’amant d’André. Carné s’est cru obligé d’ajouter une ridicule histoire d’amour entre le jeune boxeur et une non moins jeune...antiquaire. La femme de Victor, Blanche (Arletty) jalouse le jeune homme. Elle reproche à son mari son engouement pour André. Quant à Victor il reproche a André sa liaison avec la jeune antiquaire. La jeune femme ayant conscience qu’elle entrave la carrière d’André s’éloigne. Le jeune homme retrouve Victor et se consacre entièrement à la boxe.

L’avis du critique

 L’air de Paris n’est pas un film gay à proprement parlé, disons que c’est un film crypto gay. En politique, comme en dessin industriel il y a une vue de droite et une vue de gauche et bien je vais vous donner une vue ”de gay” d’Un air de Paris.

 

air_de_paris_02

 

Deux passionnés de boxe Marcel Carné et son scénariste Jacques Viot décident de traiter le sujet en mettant en évidance l’arrière plan social de ce sport. Jean Gabin est dès le début associé au projet. Dans son autobiographie, La vie à belles dents, Marcel Carné explique ses motivations: << Ce qui m’intéressait, en plus de l’atmosphère particulière du milieu, c’était d’évoquer l’existence courageuse des jeunes amateurs qui ayant à peine achevé le travail souvent pénible de la journée, se précipitent dans une salle d’entraînement pour ”mettre les gants” et combattre de tout leur coeur, dans le seul espoir de monter un jour sur le ring...>>. Plus prosaiquement on peut penser que la possibilité d’offrir un premier rôle à son jeune ami Roland Lessaffre n’a pas été pour rien dans le choix du sujet. Les deux hommes se sont rencontré par l’intermédiaire de Jean Gabin qui a présenté Roland Lesaffre en 1949 au cinéaste qui aussitôt le fait débuter dans La Marie du port.  Mais nous ne sommes plus au temps du Front Populaire, les producteurs se défilent les uns après les autres. Robert Dorfmann se laisse convaincre mais il amène avec lui comme financier principal, le très conservateur Cino Del Duca. Ce dernier alors spécialisé dans la presse du coeur et les romans à l’eau de rose, il publiera une novellisation du film encore trouvable chez les bons bouquinistes, veut une vraie histoire d’amour. Il pousse le cinéaste à développer une liaison entre Lesaffre et une jeune femme Corinne, ce qui renvoie Gabin dans son coin, et le film aux plus banales conventions. Jacques Viot se retire du projet. Jacques Sigurd le remplace et remanie l’histoire dans le sens demandé par Del Duca. Le nouveau traitement augmente l’importance du rôle de Lesaffre mais diminue celui de Gabin ce dernier ronchonne mais reste à bord.  L’air de Paris, tel qu’il était écrit avant que ces changements de dernière heure ne modifie l’histoire, etait centré sur le développement d’une relation affective profonde entre deux hommes et se rapprochait d’un contexte homosexuel. Carné doit subir une autre avanie. Il a destiné le personnage de Corinne à Agnes Delahaie à la ville madame Dofmann mais celle-ci se dispute avec l’ épouse du co-producteur italien, engagée elle aussi dans le film! Qui exige son remplacement. Carné engage ainsi Marie Daems à quelques jours du premier clap.

Le tournage a été houleux car si le scénario de Jacques Viot faisait la part belle à Gabin, les dialogues de Jacques Sigurd, sur la demande de Carné, mettent en évidence le rôle de Roland Lessafre, l’ami de coeur de Marcel Carné, ce que n’appréciait pas du tout Gabin. Lessaffre comédien médiocre est pourtant dans ici convaincant,  bien que trop agé pour le rôle, il a alors 27 ans, il est choisi entre autres parcequ’il a été lui même, boxeur amateur. Il y a aussi dans Lessaffre quelque chose du Gabin jeune de ses grands films d’avant guerre, Le jour se lève, Pépé le mocko... où il incarnait les fils du peuple.

En outre Gabin ne voulait pour rien au monde que l’on pense qu’il jouait un homosexuel, même refoulé, comme le confiait Marcel Carné à Jacques Grant (l’habituel directeur de casting de Téchiné) pour le défunt Masque: <<Gabin avait une peur terrible de ça. Quand à la fin du film, il venait retrouver le jeune boxeur, je lui dis: Tu lui passes la main autour du cou et tu l’emmènes: Pas question je ne veux pas avoir l’air d’un pédé. Il n’était pas content du tout.>>. En tout état de cause L’air de Paris marquera la rupture définitive entre Carné et Gabin.

 

 

Le film tombe dans le ridicule et l’incompréensible pour n’avoir pas voulu rendre explicite la liaison entre Victor et André. Pourtant l’image de Victor la main tendrement passée dans la ceinture de la culotte de son protégé au moment de la minute de repos entre deux rounds... Il est amusant, mais pas vraiment surprenant, tant l’homosexualité irrigue tout le cinéma de Melville, de retrouver la même scène, avec un cadrage presque identique, dans L’aîné des Ferchaux , Belmondo est le boxeur et Andrex remplace Gabin. Mais la scène la plus torride est celle dans laquelle le manager masse son poulain vêtu que d’un mini slip. La caméra s’attarde longuement sur le corp imberbe de Lesaffre, Marcel Carné n’avait pas toujours mauvais goût! 

Arletty, qui avec L’air de Paris retrouvait Gabin quinze ans après Le jour se lève), dans les années 80 voyait très lucidement la faiblesse du film: << Il aurait fallu aller très loin dans le film. Je pense que Gabin ne voulait pas passer pour un homo; au fond en réalité, il aurait dû se taper Lessaffre ouvertement, l’aimer d’amour. Tandis que là, c’est pas dit, c’est pas fait. Fallait faire L’escalier, des mecs qui sortent ensemble. Je crois que ça enlève beaucoup.>>.

Carné qui n’était pas le courage même au sujet de ses moeurs, c’est un euphémisme. Le film a aussi un intérêt historique pour le spectateur gay d’aujourd’hui. Le petit rôle caricatural joué par Jean Paredes illustre bien comment le cinéma français d’alors voyait l’homosexualité masculine. Que le rôle soit tenu par le délicieux Jean Parédes ne change rien à l’affaire. Il refera son numéro de folle de contrebande dans Fanfan la tulipe. Il faut lire l’émouvant portait de ce comédien qu’en dressent Olivier Barrot et Raymond Chirat dans leur indispensable Noir & blanc, 250 acteurs du cinéma  français 1930-1950 (ed. Flammarion).

On peut également voir une touche de lesbianisme dans la relation entre Corinne et sa protectrice Chantal (exellente Simone Paris) paralléle pas assez développé avec le duo Gabin – Lessaffre.

Techniquement le film est parfait. Carné a soigné particulièrement l’aspect documentaire, pour cela il a engagé trois boxeurs: Séraphin Ferrer, Legendre et Streicher, l’entraineur Roger Michelot ainsi que les speakers et les soigneurs du Central Sporting Club de Paris. On doit se régaler du beau noir et blanc qui balaye toute la gamme des gris et des cadrages soignés qui échappaient alors à la dictature actuelle et de la caméra portée et de son trops fréquent corollaire: le bord du cadre tremblotant. La lourdeur des caméras de 1954 n’avait pas que des inconvénients. Admirons les décors d’une parfaite justesse tant pour la salle de boxe que pour l’appartement petit bourgeois du couple Aletty – Gabin sans oublier l’intérieur bien dans le goût de l’époque de l’antiquaire.

 

s,725-4a516e

 

 

Curieusement Carné, cinéaste de plateau par exellence, a utilisé des images complémentaires tournées par André Dumaitre pour rendre l’atmosphère de Paris, celle-ci est très documentaire de première partie dans le style Plaisir de France.

Si on replace le film dans l’histoire du cinéma français on peut y voir les derniers feux du néo populisme d’après guerre où pointe déjà le psychologisme qui triomphera avec Claude Sautet.

 

air-paris-large2

 

 

Mais ne cherchons pas Carné où il n'est pas : dans le le lieu clos factice où un ouvrier soudeur marqué par le destin attend que le jour se lève, ou parmi les masques en liesse du Boulevard du Crime. Face à la vulgate il est urgent de le situer à sa vraie place un petit maître des faubourgs, une sorte d’Utrillo de la caméra, entraîné à son corps défendant dans des entreprises trop grandes pour lui dont on le crédite abusivement. C'est le moment de reposer la vieille question : qui est le véritable auteur d'un film ? 

 

air-paris-large1

 

 

L’air de Paris est le type même du film d’un réalisateur qui n’a jamais eu le courage et la lucidité de sortir son homosexualité de la clandestinité. Cette attitude timorée explique en partie le naufrage du deuxième volet de la carrière de Marcel Carné, après sa brouille avec Prévert. Elle explique aussi peut être l’abandon de La fleur de l’age, son projet sur la révolte du bagne de jeunes de l’ile de Ré. Le tournage sera abandonné au bout d’une semaine. On retrouvera ce thème dans le beau téléfilm Alcyon de Fabrice Cazeneuve...

Un air de Paris est édité en DVD par Studio Canal dans une bonne copie mais avec seulement pour bonus les filmographie sélective de certains protagonistes du film.

 

     

affiche_airdeparis

 

 

51-JjT2zUWL


Voir les commentaires

Lilies, un film de John Greyson

20 Mai 2026, 06:40am

Lilies, un film de John Greyson
 
 
 
 

 

Fiche technique :

 
Avec : Ian D Clark, Marcel Sabourin, Aubert Pallascio, Jason Cadieux, Danny Gilmore, Matthew Ferguson, Brent Carver, Rémy Girard, Robert Lalonde, Gary Farmer, Alexander Chapman, John Dunn-hill, Paul-patrice Charbonneau, Michel Marc Bouchard, Khanh Hua, Benoît Lagrandeur, Pierre Leblanc, Jean Lévesque, Antoine Jobin, Alain Gendreau, Simon Simpson, Eddy Rios, Martin Stone. 

 

Réalisateur : John Greyson. Scénario : Michel-Marc Bouchard, d'après sa propre pièce. Montage : André Corriveau. Photo : Daniel John. Musique : Mychael Danna. Directeur artistique : Marie-Carole de Beaumont.

 
Canada, 1996, Durée : 95 mn. Disponible en V0 et VOST.

 

Résumé :
 
Québec, 1952, un évêque, monseigneur Bilodeau (Marcel Sabourin) est envoyé dans une prison afin de confesser un ancien camarade de collège, Simon Doucet (Aubert Pallascio), prisonnier et malade. Il a été condamné à perpétuité, il y a quarante ans pour un meurtre. Mais le prisonnier ne se confesse pas. Avec la complicité de ses codétenus, Simon Doucet parvient à séquestrer l'évêque dans la chapelle, où il l'oblige à regarder une pièce jouée par les prisonniers dans laquelle ils reproduisent des événements vieux de quarante ans.
Elle lui raconte l'éveil et les premières expériences homosexuelles de trois adolescents en 1912. Dès qu'il entend les noms des trois garçons: Vallier de Tilly (Danny Gilmore), Jean Bilodeau et Simon Doucet (Jason Cadieux), l'évêque reconnaît sa propre histoire et comprend que sa vie est en danger. À cette époque, au collège catholique de Roberval, Simon jouait une pièce évoquant le martyre de Saint-Sébastien dans une représentation scolaire avec son ami Vallier, dont il était éperdument amoureux. Vallier est le fils d'une excentrique comtesse française (Brent Carver) exilée dans ces lointaines contrées dans l’attente d’une hypothétique restauration de la monarchie dans son pays, seule condition pour qu’ elle puisse daigner y revenir... Bilodeau, qui essayait vainement de convaincre Simon d'aller au séminaire, était le spectateur jaloux des deux acteurs amoureux. Bilodeau, lui-même amoureux de Simon, brise leur union en provoquant un incendie qui cause la mort de Vallier. Même s'il se dit innocent, c'est Simon que la justice condamne...
Lilies noue un inextricable réseau d'intrigues, d'alliances, de trahisons et de jalousies, qui mettront à jour un secret vieux de 40 ans.
 
 
 
 
 
L’avis critique
 
 
Peu de films nécessitent autant de patience. On met longtemps à se laisser envoûter par ses superbes images et pour entrer dans la complexité du dispositif narratif, mais raressont ceux qui offrent une si belle  récompense aux pugnaces et aux patients. Bientôt l’émotion finira par les submerger.
Baroque et bouleversant, romantique et rigoureux, Lilies joue sur plusieurs registres, et gagne en chacun d'eux. On y trouvera aussi bien une brûlante histoire d'amour qu’une remarquable métaphore sur la création. Ce qui aurait pu n'être qu'un Roméo et Juliette gay, devient, grâce à l'intelligence du scénario de Bouchard et à la mise en scène inspirée de John Greyson une histoire, universelle et intemporelle, sur l'amour fou, le prix du secret et l'art de la dissimulation.
Le nœud du drame, la représentation du Martyre de saint Sébastien nous ramène à l’âge d’or des collèges classiques, où l’on montait régulièrement des pièces du répertoire et où les rôles de femmes étaient tenus par des garçons. Parabole du film, le Martyre de saint Sébastien métaphorise l’amour. Le scénario, qui passe du récit de prison au drame historique, offre une structure de mise en abîme : l’évêque est spectateur de sa vie qui est transformée en une pièce de théâtre alors que le déclenchement du drame qui bouleversa son existence était justement la représentation d’une pièce ; le tout est filmé et vu in finepar nous, les spectateurs d’aujourd’hui. Cette construction en strates, l'histoire à l'intérieur d'histoires, du scénario de Michel-Marc Bouchard, dramaturge célèbre au Québec qui a adapté sa propre pièce Les feluettes , convient parfaitement à la propre démarche du réalisateur, grand amateur de dispositifs gigognes et d’aller et retour entre le passé et le présent.
 

Ecran Rose, le cin�-zine gay de vos nuits blanches
 
 
 
Petit aparté linguistique qui me parait indispensable. Le sous-titre du film, Feluette, vient d’une déformation de l’adjectif fluet, aujourd’hui en joual (langue majoritairement parlée au Québec), il a acquis une connotation péjorative pour désigner les homosexuels.
Le film évoque une situation historique peu perceptible pour un non québécois : la continuité entre le Québec du début du XXe siècle et celui des années 50, toujours étouffé par l’obscurantisme catholique, alors que le règne de Maurice Duplessis ne soulevait pas encore suffisamment de contestation pour être renversé.
 
Pour la première fois avec Lilies, John Greyson ne filmait pas un de ses scénarios. Il a réussi à adapter pour l'écran une pièce qui reposait davantage sur l'évocation que sur l'illustration, sans pour autant la trahir ou diluer sa charge romantique. Il a décloisonné le huis clos d'origine en le transposant dans un lieu géographique imaginaire dans lequel des hommes, codétenus du héros, tiennent tous les rôles. Un artifice qui se fait vite oublier pour orienter les spectateurs vers l'essentiel du récit axé sur les jeux de miroirs et les faux-semblants. Greyson a privilégié les images au symbolisme appuyé, en harmonie avec la photographie aux tons chauds.
 
Jouant sur le réalisme, le symbolisme et l'onirisme, ce film superbe, qui allie la magie du cinéma à celle du théâtre, montre à quel point la vérité se cache derrière des masques.
Si l’on veut trouver une filiation cinématographique à Lilies, c’est dans les œuvres les plus baroques de Fellini comme E la nave va, Amarcord ou Casanova qu’on la trouvera.
La réalisation très soignée a visiblement bénéficié de gros moyens. Daniel John, chef opérateur d’un autre très beau film gay, Handing garden, virtuose du clair-obscur, a du regarder longuement les œuvres du Caravage avant d’empoigner sa caméra. Il a bien fait,il en reste quelque chose dans ses magnifiques images où néanmoins parfois, il lui arrive de perdre le point ! D’autres séquences comme celle de la mort de la mère en forêt ou encore celle de la torride scène d’amour entre les deux garçons dans la baignoire sont directement inspirées de la peinture pré-raphaélite. La photographie possède une beauté visuelle qui donne une profondeur au sentiment de perte, d'espoir et de colère qui anime toute l'œuvre de Greyson.
Nous sommes continuellement surpris par ces scènes où la toile peinte d’une représentation de patronage se transforme soudain en un cossu décor victorien tout droit sorti d’un film de James Ivory ou bien en une rue d’un village canadien du début du XXe siècle. L’inventivité du montage fait constamment douter le spectateur de l’époque qu’il découvre sur l’écran. Le lieu, même, est remis en question par le fait que les acteurs s’expriment en anglais alors que l’action est clairement située chez les canadiens français, licence habituelle au cinéma maisd’autant plus perturbante cette fois que certains comédiens parlent l’anglais avec un fort accent français
 
La direction d'acteurs est irréprochable. Brent Carver campe une aristocrate déchue avec beaucoup de finesse. Quant aux deux acteurs jouant les adolescents amoureux, non seulement ils sont bons, comme toute la distribution, mais ils sont aussi sublimes. Pour une fois, de manière pas trop subliminale, on peut admirer les fesses de Danny Gilmore qui nous offre leur succulent pommé, mis en valeur par la délicate cambrure des reins. L’un des plus beaux fessiers qu’il m’ait été donné de pouvoir admirer au cinéma !
Greyson convoque également la littérature. On peut voir dans le film une réminiscence de Genet dans son homo-érotisme élégiaque de la prison. Film culte dans les pays anglo-saxons Lilies n’a bizarrement jamais été distribué en France. Il a été récompensé par le prix "Génie du meilleur film", "Meilleur film 1997" au Festival du film international gay et lesbien de San Francisco, et le prix du "meilleur film canadien" au Festival des Films du Monde de Montréal.
 

L'image “http://www.medienbuero-oldenburg.de/lilies.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.
 
 
Cette flamboyante adaptation de la pièce Les Feluettes, de Michel-Marc Bouchard, Lilies de John Greyson prouve avec éclat que le théâtre d'auteur a sa place au cinéma.
Les éditions Home screen ont édité un dvd en Belgique avec des sous-titres français mais sans le moindre supplément.
 
 
Lilies, un film
 
 
 
Lilies 1
 
Lilies 5
 
Lilies, 4
 
Lilies, 3
 
 
Lilies, 2

 

 

 

Voir les commentaires

Aux sources de LA CORDE (THE ROPE), le film d'Alfred Hitchcock

17 Mai 2026, 06:58am

 

23011110_p

  

Le célèbre film d’Alfred Hitchcock a pour origine un fait divers particulièrement sordide dont deux gays furent les tristes héros.
 

23012159_p

Nathan Leopold

Nathan Leopold est né le 19 novembre 1904 et mort en 1971. Richard A. Loeb et Nathan Freudenthal Leopold, Jr., généralement connus sous le nom de Leopold et Loeb, étaient deux étudiants aisés de l'université de Chicago qui ont assassiné en 1924 un garçon de 14 ans. Leur crime, immédiatement très médiatisé, était en grande partie motivé par un besoin apparent que le duo avait de se prouver que leurs intellects élevés les rendaient capables de commettre un crime parfait. Leur crime a eu également un rôle dans l'histoire de l’imaginaire et de la justice américaine. Il est à l’origine de la modification de l’application de la peine capitale aux USA. Léopold était âgé de 19 ans au moment du meurtre, et Loeb de 18 ans. En 1924, ils étaient considérés comme mineurs et à l’époque, dans la plupart des états, la peine de mort ne pouvait leur être appliquée.
Les deux garçons étaient persuadés d’être des surhommes, influencés par leur lecture de Nietzsche. Il est indéniable que les deux amis étaient exceptionnellement intelligents. Leopold avait déjà accompli un beau parcours à l'université et allait à l'école de droit à l'université de Chicago. Il parlait cinq langues et était déjà un expert en ornithologie, alors que Loeb était le plus jeune étudiant dans l'histoire de l'université du Michigan. Leopold projetait d’intégrer l'école de droit de Harvard en septembre, après un voyage en Europe. Loeb, quant à lui, devait entrer à l'université de droit de Chicago.
Leopold et Loeb vivaient à Chicago dans le quartier de Kenwood, peuplé principalement par des Juifs aisés. Le père de Loeb, Albert, a commencé sa carrière en tant qu'avocat puis est devenu le vice-président d’un grand cabinet. Il possédait un manoir impressionnant dans Kenwood, à deux blocs de la maison de Leopold. La famille de Loeb avait également un domaine d'été à Charlevoix dans le Michigan.
La paire d’amis avait, avant le crime, commis quelques petits larcins pour démontrer que leur intelligence les rendait invincibles. Le mercredi 21 mai 1924, ils ont mis en branle leur plan machiavélique en attirant un jeune voisin par un leurre. Dans une voiture de location, Loeb a frappé le garçon le premier avec un burin. Puis Leopold et Loeb l’ont étouffé. Ils ont ensuite caché le corps sous un petit pont d’une voie de chemin de fer de la banlieue de Chicago. Ils avaient au préalable brûlé le corps avec de l'acide pour rendre l'identification plus difficile.
Ils ont voulu faire croire à un kidnapping en demandant 10 000 $ de rançon aux parents du garçon ; la famille de la victime avait assez d'argent pour que cette somme soit plausible. Mais avant que ceux-ci aient pu payer la rançon, le corps avait été retrouvé ! Les enquêteurs virent immédiatement que le crime ne pouvait découler seulement d’un kidnapping, puisqu'il n'y aurait eu aucune raison pour qu'un kidnappeur tue le garçon. Les policiers découvrirent près du corps une paire de lunettes qui, par la suite, s’est avérée appartenir à Nathan Leopold. Ils trouvèrent que la demande de rançon avait été dactylographiée sur une machine à écrire que Leopold avait utilisée avec son groupe d'étude de son école de droit. La police interrogea Leopold et Loeb sur leurs alibis. Ils se décomposèrent et chacun admis sa participation au crime. Bien que leurs confessions s'accordent au sujet de la plupart des faits principaux, chacun accusa l'autre d’avoir tué de ses mains la victime.
 

23012264_p

 
Ils avaient passé des mois à préméditer le crime, réfléchissant à la meilleure manière d'obtenir l'argent de la rançon sans être démasqués. Ils avaient pensé que le corps serait découvert longtemps après qu’ils aient touché la rançon. Mais l’argent n'était pas leur but principal, leur famille leur donnant tout l'argent dont ils avaient besoin. En fait, ils ont admis avoir été conduits au meurtre par désir de puissance et par l’excitation que l’acte de tuer devait leur produire.
Comme satisfaits de leur soudaine notoriété, ils régalèrent les journalistes à plusieurs reprises avec des détails sinistres du crime.
Le meurtre atteignit bientôt une “célébrité” mondiale. Une partie de la fascination qu’il provoqua était causée par le fait qu’il était perçu comme crime “juif”. En 1924, Chicago était principalement peuplé par des émigrants de fraîche date ou des enfants d’immigrés. La politique locale se basait beaucoup sur les étiquettes ethniques. Paradoxalement, ni l'un ni l'autre des meurtriers n'étaient juifs, leurs mères ne l'étant pas... Si le père de Loeb était bien juif, son fils était un catholique pratiquant. La famille de Leopold, bien qu'éthniquement juive, s'était convertie au christianisme.
Leopold et Loeb admirent sous la pression avoir eu entre eux un rapport sexuel, ce qui à l’époque, pour beaucoup, augmentait considérablement l’aspect sinistre de leur forfait.
Le procès était déjà présenté par les médias comme un spectacle et le procès du siècle.
 

23011162_p

Clarence Darrow en 1925

La famille de Loeb chargea Clarence Darrow, célèbre avocat, âgé alors de 67 ans de la défense des deux garçons. Darrow augmenta encore sa célébrité l’année suivante pour avoir représenté John Thomas Scopes dans le fameux « procès du singe » face au célèbre procureur William Jennings Bryan. Il y défendit les thèses évolutionnistes avec succès contre les créationnistes. Il reste connu pour son esprit, sa compassion et son agnosticisme qui ont fait de lui l'un des plus célèbres avocats américains.
 

23011220_p

Clarence Darrow et Loeb

Tandis que tous les médias s'attendaient à ce qu'ils plaident non coupable, pour cause de folie, Darrow étonna en demandant à ses clients de plaider coupable. Désamorçant ainsi l’explosion de haine qu’aurait provoqué la non reconnaissance de leur faute par les deux jeunes hommes.
Darrow plaida durant douze heures. Il a ensuite dit que c’était la meilleure plaidoirie de sa carrière. On peut penser que Darrow a accepté de défendre les deux criminels parce qu’il savait que son discours serait imprimé dans de nombreux journaux de par le monde et que cela allait lui offrir une tribune extraordinaire pour plaider l’abolition de la peine de mort, donnant une publicité inespérée à sa thèse comme quoi il ne fallait pas exécuter des meurtriers qui se repentaient de leurs crimes.
 

23011269_p

Darrow lors du procès

En fin de compte, la stratégie de Darrow réussit. Le juge condamna Leopold et Loeb à la prison à vie pour le meurtre et à 99 ans chacun pour le kidnapping. Dans la prison de l’état de l'Illinois, Leopold et Loeb utilisèrent leur instruction pour la bonne cause en devenant professeurs dans l'école de leur prison. En 1944, Leopold a participé à une étude sur la malaria dans la prison de Stateville où il s’est porté volontaire pour se faire inoculer la maladie.
 

23011353_p

Darrow et les accusés

Au début de 1958, après 33 ans en prison, Leopold obtint une libération conditionnelle. Libre, il a écrit son autobiographie qu’il a intitulé La vie plus quatre-vingt-dix neuf ans. Il se fixa à Porto Rico pour éviter l'attention des médias. Il y a enseigné les mathématiques et a travaillé dans les hôpitaux et dans les missions catholiques. Il a aussi écrit un livre qui fait autorité sur les oiseaux de l’île. Dans une interview en 1960, il déclara qu’il était toujours profondément amoureux de Richard Loeb. En dépit de cela, il se maria avec une veuve de son âge. Il est mort d'une crise cardiaque le 30 août 1971 à l'âge de 66 ans. Le matin suivant, ses cornées ont été enlevées. Une a été donnée à un homme, l’autre à une femme...
Richard Loeb fut moins ”chanceux”. Il a été assassiné par un codétenu, en 1936, à l'âge de 30 ans. En janvier 1936, Loeb a été attaqué par James Day, un de ses codétenus, dans les douches de la prison, il était armé d’un rasoir. Day lui infligea de nombreuses blessures qui entraînèrent sa mort peu après. Leopold se précipita à l'hôpital de la prison pour être au chevet de son vieil ami pendant son agonie. James Day argua que Loeb avait essayé de l’assaillir sexuellement et qu’il n’avait fait que se défendre. Les autorités pénitentiaires acceptèrent cette version. Day a été acquitté par un jury... 
L'histoire de Leopold et de Loeb s’est enracinée dans la culture populaire. Le crime a donc inspiré le film The Rope (La Corde, 1948) d'Alfred Hitchcock qui en a complètement gommé la judéité de l’histoire, se focalisant sur le complexe de supériorité des deux garçons. Hitchcock a très habilement suggéré l’homosexualité des deux personnages, renforcée par le fait que la victime a l’âge de ses assassins. On peut supputer entre ces jeunes gens rivalités et jalousies sexuelles... Une vision du crime que résume parfaitement Bill Krohn dans son petit livre sur Hitchcock (éditions Cahier du cinéma) : « La troisième absence qui structure La Corde, sans cesse signalée sans être jamais mentionnée, comme la guerre dans L'Ombre d'un doute, est l'homosexualité refoulée. Elle est le mobile du crime, subrogation de l'acte sexuel, bien qu'eux le considère comme une œuvre d'art, puisque commis sans raison. » Contrairement à un premier montage où l’on voyait la future victime avec sa fiancée, Hitchcock a choisit, en coupant cette scène, de ne pas montrer la physionomie du sacrifié, renforçant la possibilité d’identification du spectateur avec le malheureux.
 

23011421_p

 

En 1992, Tom Kalin tourne Swoon, beaucoup plus proche de l’histoire originelle de Loeb et Leopold. Les deux assassins dans le film de Kalin sont clairement juifs et homosexuels. Le réalisateur a ancré le fait divers dans les années trente, choisissant de faire de la victime un enfant que l’on ne fait qu’apercevoir... Craig Chester, qui interprète le rôle de Leopold, apparaîtra dans plusieurs films gays et réalisera Adam et Steve...
 

23011467_p


À la lumière du fait divers qui l’inspira, on peut lire La Corde comme une métaphore de l’avènement du nazisme et de ses conséquences. On peut voir dans le personnage interprété par James Stewart le truchement de ces penseurs, au-delà de Nietzsche, de la « Révolution conservatrice allemande » ou comme Baeumler, Spengler et Junger qui donnèrent, presque toujours à leur corps défendant et au grand désespoir des deux derniers, des fondements intellectuels et culturels au nazisme. Leurs idées ayant été déformées par Rosenberg « le penseur » du régime nazi.
 

23012004_p

Voir les commentaires

BASKETBALL DIARIES un film de Scott Kalvert

15 Mai 2026, 06:28am

BASKETBALL DIARIES un film de Scott Kalvert (réédition augmentée)

basketdicaprio8.jpg

 

230165vb.png

 

USA, 100 mn, 1995

Réalisation: Scott Kalvert, scénario: Jim Caroll & Bryan Goluloff, image: David Phillips, montage: Dana Congdon, musique: Graeme Revell

avec: Leonardo Di Caprio, Mark Wahlberg, Lorraine Brasco, Juliette Lewis, Jim Caroll

 

basket.jpg

 

Résumé

Jim (Léonardo Di Caprio) et sa bande de copains (dont l’un d’eux est joué par Mark Wahlberg, la future vedette que l’on connaît ) suivent une scolarité rigide dans une école catho et traînent leur mal de vivre dans les rues de New York. Le basket, qu’ils pratiquent à un haut niveau, est leur seule passion. De dérapages en désillusions, ils vont préférer la seringue au ballon. Jim écrit son journal intime, celui d’une descente aux enfers...

 

basketleointub.jpg 

 

L’avis critique

Le film, le premier du metteur en scène (en 2002 Kalvert réalisera un autre film gay "Young rebels"), est l’adaptation d’un livre autobiographique célèbre aux USA de Jim Carroll, l’un des chefs de file de l’avant-garde new-yorkaise des années 70, proche d’Andy Warh de Lou Reed et du Velvet Underground. Ce garçon précoce publie son premier recueil de poèmes à 22 ans, Living at the movies, pour lequel il est pressenti pour le prix Pulitzer. Il publie The Basketball diaries en 1978, à l’age de 28 ans, dans lequel il racontait au jour le jour son expérience d’ado paumé, drogué, clochardisé, prostitué... Cette prostitution homosexuelle est discrètement présente dans le film dans une scène où l’on perçoit un relent d’homophobie. Ce livre, publié en France par les éditions 10/18 (n°2644), sera le livre-culte d’une partie de la jeunesse américaine; il sidérera Jack Kerouac et marquera cette jeunesse comme l’avait fait avant lui le fameux Attrape-coeur de Salinger. On peut le comparer à ce que fut en France au début des années 80 Flash (Le Livre de Poche). Pourtant le film connaîtra un échec commercial aux USA... Caroll a également commis plusieurs disques, dont Catholic Boy en 91, et on entend certaines de ses chanso√ns dans la bande originale d’E.T. A noter que Caroll a suivi le tournage du film et a même joué le rôle d’un vieux junkie dans une scène avec Di Caprio. Ce dernier, comme pour le rôle de Rimbaud, fait preuve d’un grand talent d’interprète à la tête d’une distribution homogène et talentueuse. Il donne une dimension époustouflante à ce personnage d’adolescent désespéré qui ne rêve que de devenir pur. Il faut être courageux pour accepter un tel rôle à l’aube d’une carrière; il est vrai que Basketball diaries fut tourné avant son succès titanesque... Le film n’a dû sa sortie en France,  trois ans après son tournage, qu’en raison du succès de Titanic, et c’est une chance, car il aurait été dommage de se priver de ce film bien écrit et bien joué, maisassez mollement filmé, sauf dans les scènes où intervient la musique dans lesquelles Kalvert se souvient qu’il est un bon réalisateur de clips.

Dans la lignée d’”Outsiders” de Coppola,

 

Agendas, le film
 
 
Agendas, 3
 
Diaries 2
 
Agendas 1
 
Agendas, 6
 
 
Agendas, 4
 
Agendas 5
 
 
Agendas 7
 
 






 
 
 

 

Voir les commentaires

LES LUNETTES D’OR un film de Giulano Montaldo (1987)

13 Mai 2026, 06:31am

lunettesa2

 

 

Fiche technique :
Avec Philippe Noiret, Rupert Everett, Valeria Golino, Nicola Farron, Roberto Herlitzka.

Réalisation : Giuliano Montaldo. Scénario : Nicola Badalucco. Directeur de la photographie : Armando Nannuzzi. Monteur : Alfredo Muschietti. Compositeur : Ennio Morricone.
Durée : 103 mn. Disponible en VO et VF.


Résumé :
1938 : un respectable médecin de Ferrare est insensiblement amené à se suicider pour son amitié dite coupable pour un jeune homme d'origine juive. Ce que l'on appelle la bonne société, cruelle, hypocrite et timorée, sera l'instigatrice de ce geste subversif. Ce film est adapté d'un roman de Giorgio Bassani, originaire de Ferrare, qui s'inspira pour cette réflexion sur la solitude d'un fait réel.

 

lunettesa2


L’avis critique
Italie, 1936. Le docteur Fadigati tombe amoureux d'un boxeur. Scandale dans la bonne société de sa ville, Ferrare. David, un jeune Juif, comprend que le destin du docteur rejoint celui de sa race. Bientôt, Mussolini fera déporter les juifs et les homosexuels.
Riccione, une petite ville balnéaire de l'Italie en 1936. Dans les jardins d'un luxueux hôtel, une bande de jeunes gens plutôt aisés discutent d'un grand jeu d'équipe auquel ils vont participer. Au fond du jardin apparaît soudain une superbe Alfa Roméo rouge vif, conduite par un garçon beau comme un dieu grec.

 

lunettesp1

 

 

La voiture stoppe. Le garçon descend, aussitôt fêté par les jeunes filles de la bande, devant lesquelles il parade un moment. Il y a du soleil, la mer est bleue, toute proche. On pourrait croire que l'ambiance est à la détente, à la joie de vivre... Pourtant, parmi les jeunes gens, il en est un qui est resté sombre. C'est David (Rupert Everett), le narrateur des Lunettes d'or. Une nouvelle de Giorgio Bassani  qui date de 1958, que Giuliano Montaldo a adaptée pour le cinéma.

 

101548

 


Dans les salons de l'hôtel, derrière les rideaux de la fenêtre, un homme d'une cinquantaine d'années (Philippe Noiret) regarde la scène avec nostalgie. C'est lui qui a offert cette voiture au beau Deliliers (Nicolas Farron). Sur son visage, on peut lire tout le désenchantement, toute la tristesse des gens qui savent qu'on ne les aimera jamais vraiment pour eux-mêmes. Cet homme, c'est le docteur Fadigati. Il est installé à Ferrare, où il jouit de la meilleure réputation. Intelligent, fin, cultivé, amateur de belles lettres et d'opéra, une seule question plane sur son passage : pourquoi ne s'est-il jamais marié ? Pourquoi voit-on parfois scintiller ses célèbres lunettes montures dorées dans l'obscurité de certains endroits louches ?

 

 

les-lunettes-d-or

 

 

Et un jour, la vérité éclate : Fadigati est homosexuel. Dans le train qu'il prend chaque jour pour Bologne, il doit alors faire face aux réflexions à double sens d'une bande de jeunes qui font le trajet avec lui. Parmi eux, David, jeune juif de Ferrare. Et Deliliers, un boxeur ambitieux dont la beauté fait des ravages dans toute la région. Quelques mois plus tard, Fadigati provoque un véritable scandale : le beau Deliliers, a compris tout le parti qu'il pourrait tirer d'une liaison avec ce riche docteur. Il est devenu son amant. Les deux hommes, en vacances à Riccione, s'affichent publiquement sur la plage et à l'hôtel. Pour tous les Ferrarais en villégiature dans le coin, ils deviennent les "tourtereaux". La fin de l'histoire sera tristement classique. Deliliers dépouillera son protecteur de sa fortune, et Fadigati perdra sa clientèle. Il se retrouvera seul et pauvre, dans un petit appartement, et finira par se suicider en se jetant dans le Pô.

 

 

Unknown

 

 

Drame de l'homosexualité, penserez-vous. Le déclin du bon docteur ferrarais sur fond d'images estivales va-t-il ressembler à la marche vers la mort d'un certain Aschenbach, poursuivant l'image de la beauté dans les ruelles de Venise ? Je n'ai pas vu ce film ainsi. Plus qu'un film sur l'homosexualité, Les Lunettes d'or, c'est la rencontre de deux solitudes. Celle de Fadigati, et celle de David, le narrateur.
Nous sommes en 1936, au sein de la communauté juive de Ferrare. David est très jeune, mais il a compris que des événements graves se préparent. Les premières lois raciales vont être votées en Italie. Beaucoup de Juifs de Ferrare se font encore des illusions sur Mussolini. On pense qu'il ne suivra pas Hitler jusqu'au bout. Pourtant, on commence déjà à arrêter des professeurs parce qu'ils sont juifs... À la fin du film, David se retrouve abandonné par sa maîtresse Nora (Valeria Golino), qui se convertit au catholicisme par peur du racisme. C'est le moment où Fadigati est abandonné par Deliliers. Malgré leur différence d'âge, les deux hommes se rencontrent un instant...

 

unnamed

 

 

Philippe Noiret dans le rôle du docteur Fadigati incarne un homosexuel "banalisé", à peine un peu trop soigné, sans manières efféminées.
On voit aussi poindre un autre personnage important de l’œuvre : la ville de Ferrare. Bassini est l'écrivain de Ferrare. Presque toutes ses nouvelles font le portrait de ces petits provinciaux conformistes, ligotés par la peur du scandale, et dont l'irresponsabilité amènera les fascistes au pouvoir. Ferrare où on n'échappe pas au regard des autres, Ferrare et sa communauté juive. Autre douloureux chapitre de cette période.
Pour incarner David, l'étudiant juif qui jette un regard inquiet sur les événements, Giuliano Montaldo a choisi Rupert Everett : son rôle est plutôt passif. Il ne fait rien. Il sert surtout à faire réagir les personnages. Un rôle où tout est intérieur.

 

 

lunettes-d'or

 

Le personnage de Deliliers a été légèrement modifié par rapport à la nouvelle de Bassani. Dans le livre, il est très cynique. Dans le film, on sent à plusieurs reprises qu'il estime vraiment Fadigati. Comme s'il se cherchait un père. C'est un peu un exhibitionniste. Il veut ressembler aux riches, avec une belle voiture, être le plus élégant de Ferrare. Il a une revanche à prendre. C'est peut-être pour ça qu'il fait de la boxe.
Les personnages de Bassani ont bien existé. Parfois, ils ont plusieurs modèles. Le vrai Fadigati ne s'est pas suicidé. Il a été assassiné par des partisans parce qu'il était tombé amoureux d'un jeune fasciste.

Dans le livre de Bassani, il y a encore un autre personnage important, la signora Lavezzoli (jouée par Stefania Sandrelli). C'est une femme stupide et écervelée qui, par ses propos, symbolise bien le manque de clairvoyance de la bourgeoisie ferraraise.

Ce film nous montre qu'à un moment de l'histoire, la destinée d'un homosexuel a pu coïncider avec celle de toute la communauté juive, condamnée à disparaître par une société "bien-pensante".

 



 

 

Voir les commentaires

Call me by your name un film de Luca Guadagnino

8 Mai 2026, 09:18am

 

Call-me-by-your-name-affiche

 

 

Nous sommes en 1983. Comme chaque été une famille passe l'été dans leur belle maison du nord de l'Italie. Le père est un érudit, je n'ai pas bien compris à quoi il applique exactement son savoir, la mère quant à elle est une traductrice polyglotte, comme le film dans lequel on entend de l'anglais, de l'italien du français et même un peu d'allemand. Entre deux cogitations, ils ont réussi à faire un fils, Elio un bel adolescent qui comme il se doit pour un rejeton de telles sommités est aussi intelligent que ses parents. Le garçon s'est donné comme programme estival de retranscrire au piano ou à la guitare des morceaux de Bach, de lire quelques livres et de flirter avec une jeune beauté locale de son âge. Tout se passe pour le mieux jusqu'à l'arrivée d'Oliver un accort doctorant américain de 25 ans venu aider le père d'Elio dans ses travaux... Contrairement à ce que pourrait faire penser ma lacunaire présentation nous ne serons pas dans un remake de Théorème car le bel Oliver ne va s'intéresser véritablement qu'à Elio auquel il va offrir son premier frisson d'amour...

 

Unknown

 

 

Je me plains régulièrement que nombre de films et de livres mettent en scènes des pauvresses, tant sur le plan matériel qu'intellectuel. Personnages auxquelles il m'est difficile de m'attacher en raison de leur indigence question matière grise. Ce n'est pas le cas ici, on est même surpris que des gens aussi intelligents puissent tomber amoureux...

 

callmebyyournamesite

Le film de Luca Guadagnino est scénarisé par James Ivory, dont on retrouve par caméra interposée l'élégance, d'après le roman d'André Anciman (que je n'ai pas encore lu lorsque j'écris ce billet)*.

Techniquement le film n'est pas loin de la perfection. La photographie est due à Mukdeeprom, formidable chef op d'Apichatpong Weerasethakul. Son travail relèvent parfois, en dépit de sa discrétion, de la prouesse comme ce plan séquence qui commence par être net au premier plan et flou sur le plan arrière qui soudain devient net alors que le premier plan lui devient flou pour qu'ensuite l'image redevienne à son état d'origine.

Le film est à la fois lent, surtout dans sa première partie, mais comment pourrait-il en être autrement puisqu'il s'agit d'un cache cache amoureux et composé de nombreuses séquences courtes situées presque toujours dans de beaux lieux ce qui induit un savant travail de montage et de repérage. Que cette Italie est belle... Cette lenteur de la narration va paradoxalement de paire avec de nombreuses ellipses scénaristiques. L'évolution des sentiments, l'écoulement du temps, le contexte social ou politique nous sont suggérés par des images significatives, parfois un peu trop, et fugitives. Ainsi ce film qui pourrait paraître limpide demande une grande attention de la part du spectateur.

 

Unknown-1

 

 

Le tournage a été réalisé dans une vrai maison et non en studio, ce qui aide à donner une âme aux images. A l'heure où je vous écrit, elle est à vendre pour 1,7 million d'euros... C'est d'autre part le village de Moscazzan dans la province de Crémone en Lombardie, au sud-est de Milan qui sert de décor au film. Moscazzan est à mi chemin sur la route qui mène de Milan à Crémone. 

Si le corps d'Elio sensuellement caressé durant tout le film par la caméra de Mukdeeprom m'a ensorcelé durant toute la projection, la courbe du ventre d'Elio devrait habiter mes rêves quelques temps, je lui préfère néanmoins le garçon de « Brooklyn village » d'Ira Sach qui découvrait son homosexualité d'une façon plus secrète qu'Elio...

 

images

 

 

Il demeure que « Call me by your name » est merveilleux portrait d'un adolescent que je suis sûr beaucoup rêveraient d'avoir connu. Le film est parfaitement servit par tout ses acteurs, à commencer par Timothée Chalamet qui mériterait bien un oscar d'interprétation. Le talentueux garçon est de tout les plans et l'on n'ignore rien de son physique sauf, film américain oblige, sa « frontal nudity ». Ce qui est dommage pas seulement parce que cette absence fruste le voyeur que je suis, mais celle-ci nous révèlerait si, effectivement, comme il est dit dans le film, la famille d'Elio est juive avec discrétion...

 

unnamed

La force du film est dans la justesse des réactions d'Elio aux diverses situations qu'il rencontre car si Elio est un garçon exceptionnel, comme l'acteur qui l'interprète, son attitude envers les jeux de l'amour et les personnes de son entourage est typique de l'adolescence et en cela fait que son histoire à une portée universelle.

Il est réconfortant dans une période ou le puritanisme est roi de voir un film qui décrit comme une belle et positive histoire l'amour entre un jeune homme et un adolescent.

Même si je n'aspire jamais à une illusoire objectivité dans mes recensions pour celle ci encore moins qu'une autre, pour la raison très particulière que dans ce même été 1983 j'ai connu une histoire assez similaire à celle d'Elio et d'Oliver mais qui a duré beaucoup plus longtemps que pour eux et qui s'est transportée deux ans plus tard en... Italie. J'ai pu à la lumière de mon expérience constater combien les états d'âme et les réactions d'Elio étaient juste de même que les dialogues. Par exemple comme Elio mon petit ami saignait du nez lorsqu'il était contrarié

images-1

 

La vision de Call me by your name m'a confirmé dans mon impression d'exil d'un pays dans lequel il est impossible de revenir, celui des années 80. Dans cette Italie où sur les mur on voyait des affiches du Parti Communiste italien et du Parti socialiste italien mené par Craxi qui sera bientôt chef du gouvernement et ensuite devra, accusé de malversation, prendre le chemin de l'exil pour y mourir sans avoir revu son pays...

C'était un temps avant le sida, un temps où il existait des parents permissifs qui parfois encourageaient, comme je l'ai connu la relation de leur fils avec un ainé; un tout autre temps vous dis-je...

 
 


 

 

Voir les commentaires

Les amis un film de Gérard Blain

6 Mai 2026, 06:33am

 
 
 

  

Fiche technique :


Avec Philippe March, Yann Favre, Jean Claude Dauphin, Nathalie Fontaine et Liliane Valais.

  

Réalisation : Gérard Blain. Scénario : Gérard Blain et André de Baecque. Images : Jacques Robin. Musique originale : François de Roubaix. Son : Raymond Saint-Martin. Montage : Bob Wade.


France, 1971, Durée : 100 mn. Disponible en VF.


Résumé :


Paul (Yann Favre), un adolescent instable de quinze ans, issu d’une famille modeste et désunie est livré à lui-même. Il souffre de la médiocrité de son milieu. Il fait la connaissance de Philippe (Philippe March), la quarantaine, un riche industriel marié sans enfant qui possède des usines en province, mais ses affaires l’obligent à monter régulièrement à Paris. Une amitié réciproque s’instaure entre eux. Bientôt, ils deviennent amants. Philippe se passionne pour la fougue instinctive de Paul, pour cette intelligence vive qui ne demande qu’à s’exprimer. Il le guide, le conseille, l’aide à devenir un homme. Il devient la source d’épanouissement qui manquait au garçon. Tout d’abord Paul continue à vivre chez sa mère, tout en voyant Philippe, de plus en plus fréquemment. Ils font des projets, échangent des confidences parfois intimes. Paul voudrait faire du cinéma. Comme ils l’avaient décidé, Philippe et Paul se rendent à Deauville. Paul y fréquente la jeunesse dorée locale. Il joue un mauvais rôle d’adolescent vantard. Il s’amourache de Marie-Laure, une jeune fille qui appartient à ce groupe. Mais cet amour n’est pas réciproque. Paul revient vers Philippe. Il s’inscrit à un cours de comédie où il fait des progrès rapides. Mais bientôt c’est le drame. Philippe se tue dans un accident de voiture. Aussi la mort accidentelle de Philippe laisse Paul un moment désemparé mais il a suffisamment évolué pour pouvoir affronter la vie.

 

 

 

les-amis-gerard-blain-01-660x388

 


L’avis critique


Il est toujours difficile de parler d’une œuvre réalisée par un ami que l’on a connu un quart de siècle, d’autant plus que ce film a été comme une sorte d’homologation de ce que je ressentais au plus profond de moi. Je pressentais que ma future vie emprunterait des chemins qui auraient quelque chose à voir avec ceux parcouru par Paul et Philippe.
Gérard Blain a du révéler à bon nombre que le schéma éraste/éromène n’était pas qu’une figure de l’antiquité grecque mais que nous pouvions la vivre ici et maintenant.
Bien des fois le cinéaste a répété qu’avec Les Amis, pour la première fois dans le cinéma français, il avait présenté l’homosexualité d’une façon positive. C’est l’histoire d’une éducation, sentimentale et sociale tout à la fois, d’un adolescent par un homme mûr.
Bien que tourné avant, ce film est en quelque sorte la suite d’Un Enfant dans la foule dont il reprend le personnage principal. Ces deux films sont largement autobiographiques.
Gérard Blain a dû batailler quatre ans pour monter le projet. Lorsqu’il le présenta à la commission de contrôle, on lui répondit ceci le 7 août 1970 : « Les expériences masculines du jeune héros qui sont le sujet du film, l’aspect tout à fait normal et même bénéfique de ces expériences, que le film souligne, constituent de toute évidence un sujet cinématographique scabreux et, selon l’acceptation courante, contraire aux bonnes mœurs, au sujet duquel je ne peux, au stade actuel de la procédure, qu’émettre un avis défavorable. » Voilà où on en était en 1970, en est-on beaucoup plus loin aujourd’hui ?
Curieusement, dans un premier temps, Gérard Blain voulait confier la réalisation de son scénario à François Leterrier, un proche de Bresson dont il avait été l’interprète dans le téléfilm La guêpeet qui ne fut que son conseiller technique sur le film.
Gérard Blain parlait si bien et si franchement de ses films qu’il ne faut que lui laisser la parole et presque tout est dit : « J’ai voulu raconter une histoire simple. Une sorte de plaidoyer en faveur de l’affection et de la tendresse. Paul a 15 ans. Il est issu d’un milieu social modeste. Philippe a 45 ans. Il est imprimeur en province. Pas milliardaire mais assez fortuné pour s’offrir quelques week-ends à Deauville. La différence de milieux est très importante pour moi. Tous deux sont en rupture d’affection. Rupture d’affection familiale chez l’un, conjugale chez l’autre. Ce n’est pas un film sur les amitiés particulières. Qu’est-ce que cela veut dire –particulières ? Sans doute mon film n’escamote pas la liaison de Paul et de Philippe. Mais le propos sexuel me parait secondaire par rapport au propos affectif.
Je ne suis pas un intellectuel. Je crois être un instinctif. Un moment j’ai pensé faire de Philippe un intellectuel qui prendrait en charge l’éducation psychologique de Paul. Mais cela aurait été une caricature banale de Pygmalion. Certainement Paul et Philippe ne s’aiment pas de la même façon. Mais ils ont besoin l’un de l’autre. Lorsque Philippe se tue en voiture, n’y voyez pas je ne sais quel relent de moralisme chrétien. C’est simplement le destin, rien de plus. Cela permet en tout cas à Paul de prendre conscience de sa solitude. "J’aurais préféré perdre mon père et ma mère" avoue-t-il. C’est l’aboutissement du transfert. Dans le film ; il n’est question que d’amour. Le scandaleux ne m’intéresse pas.
J’ai besoin de parler de problèmes qui m’obsèdent. C’est-à-dire le besoin d’affection d’une part, d’autre part le rôle de l’argent dans le monde moderne... Je ne sais si 
Les Amis est un film de moraliste. Mais c’est certainement un film moral. Pour moi, est moral ce qui ne contrecarre pas l’épanouissement de l’amour. Paul, dans mon film, ne cherche qu’à aimer et à être aimé. Est-ce de sa faute si sa mère, puis cette jeune fille de bonne famille lui refusent le leur ?
Le cinéma ne doit pas être une copie de la vie, il doit être plus vrai. Je filme les êtres de la manière la plus directe, la plus droite possible sans faire de vagues inutiles autour d’eux, pour mieux tenter d’approcher leur mystère. »

 

 

 

 

les-amis-gerard-blain-02


Il ne faut donc pas chercher un quelconque naturalisme dans ce film qui refuse toute complaisance romanesque. Même si Gérard Blain était à la longue agacé que l’on s’y réfère à chaque fois que l’on parlait de son cinéma, on ne peut s’empêcher de penser en voyant Les Amis, au niveau de la forme, aux films de Robert Bresson. On y retrouve l’emploi d’interprètes amateurs, la prise de vue frontale, la rigueur du cadre presque toujours immobile et l’emploi autant que possible d’un seul objectif ne sont que les traces extérieures d’un cinéma placé sous le signe de l’évidence des êtres et des choses, ennemi de tout artifice pathétique. Cette manière de rester en retrait des sentiments fait la force des Amis.
Jamais Gérard Blain ne retrouvera un acteur comme Philippe March, un acteur aussi en phase avec sa mise en scène, pas même l’acteur Gérard Blain. Les Amis constitue l’un des deux seuls premiers rôles dans la carrière de Philippe March, avec celui du joueur, en 1963, dans La Baie des anges de Jacques Demy. Philippe March, grâce en partie à sa voix, à la fois blanche, monocorde, métallique, quelque peu nasillarde et gourmée, au service d’une diction qui parfois semble buter sur son texte puis s’accélère pour mieux traîner ensuite, donne à son personnage, très complexe, une présence inoubliable. Son aspect un peu trop élégant et sa distinction naturelle font de Philippe March l’image cliché que la société hétérosexuelle se faisait de l’homosexuel dans les années 60, forcément aisé, forcément dissimulé, forcément cultivé. Il promenait déjà semblable silhouette en 1966 dans Le Deuxième souffle de Jean-Pierre Melville, en mauvais garçon précieux que l’on devinait ou plutôt que l’on devine aujourd’hui homosexuel.
La sobriété du jeu des acteurs, ajouté à la rigueur du scénario, élagué de toutes anecdotes non signifiantes, et à une mise en scène épurée font des Amis un film à la charge émotionnelle puissante.

 

 

 

les-amis-gerard-blain-03


Trop souvent Gérard Blain, cinéaste, a joué à l’artiste incompris, ce qui a grandement nuit à sa carrière, pour ne pas montrer que pourtant dès son premier film il avait été reconnu par ses pairs. Voici ce qu’écrivait François Truffaut à la sortie du film : « Le premier film de Gérard Blain est une œuvre intelligente, naturelle et d’une totale justesse de ton. Il a la franchise non d’une confession, mais d’un récit vécu. Gérard Blain a eu le courage de se priver de toutes précautions oratoires ; par exemple ce n’est pas à cause de la guerre d’Indochine que son jeune héros vit une aventure homosexuelle, mais simplement parce que son aîné lui apporte la sécurité, le confort, l’attention dont il a besoin. Avec Les Amis, Gérard Blain se révèle un cinéaste puissant, c’est-à-dire logique. La logique – logique du propos, du style, logique de l’exécution par rapport aux intentions – constitue, à mon avis, le seul point commun entre les bons cinéastes... Tout le film se déroule ainsi sous le signe de la simplicité et de la logique : pas d’enjolivures, rien de décoratif, pas un plan inutile et, à ce propos, j’attire votre attention sur l’accident de voiture, selon moi, le meilleur jamais filmé. »
Cette reconnaissance dépassait le monde du cinéma. Pour Les Amis, François Nourissier dansL’Express prit la posture du critique de cinéma : « Notre société offre peu de moyens, à des jeunes gens d’origine modeste, d’échapper à la médiocrité qu’à tort ou à raison ils redoutent. Le vedettariat (chanson), la prouesse sportive (cyclisme, boxe) sont de ces moyens. Et le brave travail quotidien, bien sûr mais qui croirait qu’il va bouleverser un destin ? Dans les faits, il existe une autre issue, difficile à prendre avec délicatesse : la prise en charge d’un adolescent par un adulte plus raffiné, plus riche, qui lui apprendra à se vêtir, à parler, à oser nommer ses dégoûts et ses désirs, en échange de quoi il l’introduira dans la complicité de sa singularité sexuelle. On peut s’en offusquer, cette sorte de relation existe. Elle est à l’origine de carrières accomplies et d’existences – assumées... Simples, discrets, par instant presque naïfs. Blain est parvenu à suggérer des tragédies très fragiles, que la moindre vulgarité réduirait à la chiennerie... On pourra considérer que Deauville, le luxe, les privilégiés sont filmés avec une candeur excessive. Mais n’est-ce pas ainsi que les voit, fasciné, le gosse à qui l’on offre soudain ce petit monde faisandé, parfumé ? Tout, dans Les Amis, est en demi-silences, en équivoques. C’est pourquoi la narration devait être d’une parfaite pudeur. Aidé par Philippe March et Yann Favre, Gérard Blain a réussi un difficile premier film. Un peu l’équivalent, sur le versant clandestin des sentiments, de ce que sont les Contes moraux de Rohmer sur leur versant orthodoxe. »
Les Amis ont reçu en 1971 le Léopard d’or au Festival de Locarno.
La très belle bande originale due à François de Roubaix connu un certain succès. Elle fut éditée sur un super 45 tours (4 airs) comme l’on disait alors.
Les Amis existe en vidéo chez René Château.

  


 

 

 

 

 

Voir les commentaires

VRATA RAJA ou GATES TO PARADISE (LA CROISADE MAUDITE), un film d'Andrzej Wajda

3 Mai 2026, 06:56am

VRATA RAJA ou GATES TO PARADISE (LA CROISADE MAUDITE)
 
 
 
VRATA RAJA ou GATES TO PARADISE (LA CROISADE MAUDITE)
 
 
 
VRATA RAJA ou GATES TO PARADISE (LA CROISADE MAUDITE)


Fiche technique :

 
Avec John Fordyce, Ferdy Mayne, Matthieu Carrière, Lionel Stander, Pauline Challoner, Denis Gilmore, Jenny Agutter et les enfants de l’école primaire Savo Pejanovic de Titograd.

 

Réalisateur : Andrzej Wajda. Scenario : Jerzy Andrezewski & Donald Kravanth. Images : Meczyslaw Jahod. Son : Pierre Pamier & Kevin Connor. Directeur artistique : Miomir Denic. Musique : Waro Swingle.


Pologne- Grande Bretagne, 1967, Durée 78 mn. 

 
Résumé :

 
En 1212, un jeune berger, Jacques de Cloys (John Fordyce, d’une beauté et d’une blondeur à damner un saint. Né en 1950, il n’aurait tourné que ce film) au charisme indéniable, prêche une nouvelle croisade sur la foi d’une vision qu’il prétend avoir eue. Il décide que, là où les croisades précédentes ont échoué, une autre menée avec l’innocence et la pureté des enfants réussirait. Des milliers d’enfants et d’adolescents quittent leurs villages en entendant l’appel de Jacques et partent pour libérer le tombeau du Christ du joug des infidèles. Un moine franciscain, ancien chevalier croisé (Lionel Stander), est chargé de la direction spirituelle des enfants qu’il entend en confession le long de la route. Le monologue du moine alterne avec les confessions des enfants qui lui apprennent que la vraie nature de leur enthousiasme est homosexuelle. Très vite, il lui sera aussi révélé que l’inspiration de Jacques vient d’un homme dont il a été amoureux, le comte Ludovic (Ferdy Mayne, 1916-1998, un pilier de la Hammer qui a tourné une multitude de films tant pour le cinéma que pour la télévision), un seigneur homosexuel qui a abusé de la naïveté de Jacques. En fait, si les enfants suivent Jacques, c’est plus pour des raisons amoureuses que religieuses. Ils prennent au pied de la lettre la fameuse phrase : « Aimez-vous les uns les autres ». Bientôt le comte Ludovic est très épris d’Alexis (Matthieu Carrière), l’un des adolescents de la croisade, qu’il a recueilli et dont il a fait son fils et son amant... Le moine tente désespérément d’arrêter la marche des enfants. En vain, c’est la mort et l’esclavage qui les attendent.

 

 


L’avis critique

 
Le film est l’adaptation assez fidèle du roman de Jerzy Andrezewski, Les Portes du paradis,paru en France en 1961 aux éditions Gallimard. Jerzy Andrezewski qui a participé à l’adaptation de son livre, est un écrivain catholique homosexuel qui s’est rallié au régime communiste, puis est passé à la dissidence après l’intervention des troupes du Pacte de Varsovie à Prague, en août 1968. Il devient un ardent défenseur des droits de l’homme. Le roman est inspiré de faits historiques, c’est d’ailleurs plus un poème d’une centaine de pages qu’un roman.
À l’image du roman, le film est d’un seul mouvement, la marche des jeunes croisés vers Jérusalem. De longs et incessants travellings décrivent et accompagnent la marche des enfants. L’utilisation systématique de ces travellings en plan large, où le blanc domine dans un Technicolor souvent surexposé, procure une sorte d’hypnose dont le spectateur est périodiquement sorti par des gros plans sur de sublimes visages. Le montage fait alterner la foule, un peu chiche tout de même pour figurer cette levée en masse de la jeunesse d’occident, en plan très large et quelques groupes en plan moyen qui ainsi, s’en distinguent. Quatre adolescents s’en détachent. Chacun racontera son histoire par le truchement de la confession au moine qui accompagne la croisade, pas toujours joué dans la finesse par Lionel Stander, vieux routier des plateaux américains. Ces confessions rendent le film très bavard et paradoxalement assez théâtral alors qu’il est tourné presque exclusivement en extérieur. Quatre récits traités en plan-séquence, coupés et illustrés à l’aide de retours en arrière qui ne parviennent néanmoins pas à rompre complètement la monotonie du film ; il faut d’ailleurs attendre la trentième minute pour que ceux-ci arrivent. Si le décor est superbe, une vaste plaine rocailleuse bordée de montagnes violines, le réalisateur n’en change pratiquement pas, d’où l’impression que nos croisés font du surplace un peu à la manière des deux zigotos (Jean Rochefort et Bernard Fresson) du film très recommandable de Fabio Carpi, Les Chiens de Jérusalem, qui avaient décidé qu’il était tout aussi profitable pour leur âme de faire le tour de leur château pendant un an plutôt que d’entreprendre le voyage fort périlleux vers la terre sainte. Pourtant, habilement, Wajda varie les optiques avec une prédilection pour les longues focales qui isolent les protagonistes lors de leurs dialogues, réduisant les figurants à des silhouettes floues. Des recoupements d’images permettent aux récits successifs de s’emboîter sans pour autant se recouvrir. Et finalement, sur le plan de l’espace comme sur celui du temps, de s’assembler, de se souder comme les élément d’un puzzle.
Wajda a cherché des équivalences au texte poétique, d’une part en entrelaçant le présent de la croisade avec les souvenirs des jeunes garçons, ces séquences sont plus poétiques que narratives ; d’autre part en balayant la pérégrination des adolescents par ces longs et lents travellings, images très picturales proches de celles que faisaient à la même époque Miklos Jancso dans Rouges et blancs (DVD édité par Clavis) par exemple. Beauté des adolescents, beauté aussi de leurs vêtements conçus sans le moindre souci historique, des hardes qui ne sont pas vraiment des loques, mais plutôt des costumes assez simplifiés comme des costumes de théâtre avec le souci qu’ils soient signifiants, dans des tons clairs et lumineux pour les jeunes, sombres pour les adultes.

 

(c)  Renata Pajchel
 

La mine des deux garçons tenant les rôles principaux convoque immanquablement l’iconographie adolescente tant ils sont proches des modèles de prédilection de deux des plus grands dessinateurs friands du sujet. Avec son cou flexueux et son corps à la fois gracile et noueux, Matthieu est un pur Mac Avoy. Tandis que John Fordyce avec son visage à l’ovale parfait et sa frange blonde semble tout droit sorti d’un Signe de piste illustré par Pierre Joubert qui a d'ailleurs illustré un roman pour la jeunesse, "La neuvième croisade" sur ce thème.
 
 
 
Capture-d-ecran-2012-08-10-a-15.59.35.jpg
 
 

La lente progression des garçons se fait dans un paysage de rocailles à la blancheur crayeuse. À l’opposé du dépouillement de ce décor Wajda, soudain, nous propose un monument de « kitcherie » homo avec le château du comte et sa piscine aux paons dans laquelle s’ébattent les adolescents !
Le film, loin de tout naturalisme, s’apparente au conte… un conte noir qui rappelle celui dans lequel les enfants de la cité de Hamelin sont entraînés dans la mort par le pipeau du chasseur de rat.

 

Capture_d__cran_2020_03_09___10

 
 

La vraie question qui se pose à la vision de ce film est : quelle a été l’idée directrice qui a présidé à la réalisation de La Croisade maudite ? À cette question, qui devrait être celle que l’on se pose après avoir vu chaque film, on est bien en mal d’y répondre tant le film peut être interprété de façons contradictoires : l’innocence d’enfants et adolescents crédules et naïfs, trop aisément manipulés ; mais aussi leur cruauté naturelle, leur homosexualité comme perversion et péché ou comme une tendance profonde les portant à se dépasser ? L’absurdité de leur aventure mais aussi la force d’une passion et d’un amour qui bousculent le rationnel et les conduisent à la transcendance, au mysticisme ? On peut aussi lire le film comme une charge contre toutes croyances en quelque chose de supérieur à l’animal humain. N’oublions pas que Wajda œuvre dans la Pologne marxiste. Partant d’un fait historique qui confine à la légende, il peut nous montrer que l’homme est une créature infiniment complexe qui ne saurait sublimer totalement ses pulsions les plus instinctives et que la foi mystique qui peut dicter ses actions, en apparence les plus désincarnées et les plus pures, ne lui vient pas de la part de divin qu’il recèlerait mais au contraire de ce qu’il y a de plus fragile et de plus charnel dans sa nature. L’innocence que certains veulent voir dans l’enfance, appelée à vaincre les forces du mal, n’existe pas. Ce n’est pas l’appel de Dieu qui se fait entendre des enfants, c’est bien plus prosaïquement celui de leur dieu. Et ce dieu est un des leurs. Un garçon blond sorti d’un livre d’images dont le charme physique exerce sur eux un attrait irrépressible. Les motivations de leur guerre sainte ne sont pas plus divines que celles, colonisatrices, de leurs aînés. Tout un peuple de chérubins se met en marche à l’appel d’un dieu de chair qui ne sait pas mieux que lui résister aux tentations et qui s’est laissé soumettre par l’amour d’un homme.
Si il n’y a pas – semble-t-il – de morale claire à ce film, on peut tout de même discerner que le souci principal de Wajda a été de gratter les apparences pour découvrir l’essentiel.
La métaphore politique est elle aussi fort ambiguë : critique de toute foi aveugle, du stalinisme (?), de la soumission à la parole d’un maître, d’un chef ? Comme est ambiguë cette phrase dite au début puis à la fin du film : « Ce ne sont pas les mensonges mais la vérité qui tue l’espoir. »
L’attirance qu’exerce Jacques sur les êtres de tout sexe met au premier plan l’histoire d’amour entre Ludovic et Alexi. Wajda n’a pas tergiversé sur l’homo érotisme du film qui s’ouvre par une scène où l’on voit un homme dévêtu par d’autres hommes habillés de robes ! Le cinéaste réitérera l’exercice en faisant commencer Danton de la même façon.
Historiquement, les croisades des enfants se constituent de deux cortèges qui partent, dans l’euphorie des croisades, indépendamment l’un de l’autre, de l’Allemagne et de la France. Elles se situent entre la quatrième et la cinquième croisade, dans l’année 1212. Elles ne sont pas en réalité constituées que d’enfants mais d’« enfants de dieu », principalement des paysans pauvres. Elles ne sont pas couronnées de succès : l’une échoue dans les villes d’Italie et l’autre à Marseille. Ce site fait le point sur la question.
La Légende de la Croisade des enfants, est relatée dans le petit livre de Marcel Schwob, La Croisade des enfants (1896). Mais le plus beau roman sur les croisades, La Joie des pauvres (éditions Gallimard) est signé Zoé Oldenbourg.
Pour en revenir au cinéma, Serge Moati en 1988 a consacré un téléfilm beaucoup plus sage que La Croisade maudite à la croisade des enfants.
Si la lecture des génériques, qui ont tendance à devenir de plus en plus pléthoriques, est fastidieuse, elle révèle parfois de savoureuses surprises. Ainsi dans celui de La Croisade maudite, nous découvrons le nom de Pierre Kalfon en tant que coproducteur. Cette présence explique peut-être la scène particulièrement gratinée de fouettage sado-masochiste d’Alexis par le comte. Scène qui n’est pas sans en rappeler une d’un film réalisé par ce même Pierre Kalfon, La Cravache, dans laquelle on voit un père cravacher avec un plaisir non dissimulé le fessier très tentant de son grand fils.
 

Capture_d__cran_2020_03_09___10

 
 

La Croisade maudite fit scandale en Pologne où il fut critiqué tant par le pouvoir marxiste que par l’Église et où il n’eut qu’une brève carrière. Il ne sortit qu’en catimini dans le reste du monde alors que c’est un film européen « type » : production britannique, réalisateur polonais, tournage des extérieurs en Yougoslavie (aux alentours de Titograd), acteurs anglais et allemands, figuration yougoslave. En 1972, le réalisateur battait déjà sa coulpe : « J’ai suivi le script trop aveuglément. Je pensais que l’amoralité de la liaison entre le jeune homme et le comte pouvait être l’écho retentissant du drame véritable. J’avais tort. En même temps, ce que j’avais cherché dans le sujet, la cruauté de l’image des enfants tentant d’accomplir la tâche des adultes en rétablissant l’ordre dans le monde, n’est pas apparu dans le film. Les enjeux moraux y sont à peine évoqués... J’ai eu de la chance de faire un film sur la contestation avant la lettre, sur des événements qui, peu après l’achèvement de La Croisade maudite allaient occuper le devant de la scène. » par un plan d’un jeune garçon nu faisant sa toilette dans un baquet, une scène qui ne semble pourtant pas indispensable à la progression dramatique du film.
Aujourd’hui Wajda, devenu beaucoup plus consensuel, récuse le film et ne le fait pas figurer dans les rétrospectives qui lui sont consacrées. Il est devenu très difficilement visible.
 

Capture_d__cran_2020_03_09___10

 

 

Matthieu Carrière (Alexis Melissen) et Ferdy Mayne (Comte Ludovic de Vendôme)

 

 
 

 

.
 
John Fordyce est Jacques de Cloyes, le berger à l'origine de cette "croisade des enfants".

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>