un regard sur les arts et les lettres
citation
polythéisme et art
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... précisément de cette inavouée concession au polythéisme qu'à pu naitre toute l'efflorescence de l'art - refusé au monothéisme absolu des arabes (et des juifs et des protestants) (...) ce n'est que dans la mesure où le catholicisme se paganise (si j'ose dire) où il consent et cède à la diversité humaine, qu'il favorise l'art - et la civilisation.
André Gide, journal
En 1924, le 'Corydon' de Gide contre le baron Charlus de Proust
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De gauche à droite Maurice Sachs, Jean-Loup Simian, Louis Emié
et Max Jacob.
« J’ai dîné, un soir de 1924, chez les H***, protestants alliés à toutes les bonnes familles du Havre.
Dans ce milieu gai des Havrais de Paris, où l’on attache quand même plus de prix aux sports d’hiver qu’aux ballets russes et à un canapé neuf qu’à un livre, la parution de Corydon a causé une sensation profonde, plus profonde encore qu’ils ne le savent. Et premier symptôme, on a parlé à table de l’homosexualité, calmement, froidement, comme d’un cas clinique assez répandu. Cela semblera peut-être tout naturel dans dix ans. C’est incroyable aujourd’hui et d’autant plus que les enfants étaient à table (des enfants majeurs, mais la chose en est à peine moins curieuse).
C’est un sujet qu’on n’aurait peut-être jamais abordé dans une salle à manger bourgeoise et protestante si André Gide n’avait été lui-même un bourgeois protestant à l’aise, un homme par conséquent qu’on ne soupçonne d’aucune vilenie. La publication des ouvrages de Proust n’avait pas du tout fait le même effet. Les bourgeois les plus osés, pour ce livre-là, se contentaient de chuchoter d’un air entendu (et était-ce assez odieux) : « Proust… ma chère », en se donnant sur le menton un coup de doigt léger. Gide l’emporte. Ce n’est du reste pas certains parents seulement que ce livre libère. On m’a dit que beaucoup de jeunes gens qui osaient à peine (ou pas du tout) s’avouer la singularité de leurs inclinations se sont tout à coup reconnus, et qu’ils ont pris le parti d’un goût dont la pratique est peut-être nécessaire à leur équilibre. »
Maurice Sachs, Au temps du Boeuf sur le toit, Paris : Les Cahiers rouges, Grasset, 1987 (1ère édition, 1939).
madame Bérenge
Extrait :
« Hier à huit heures Mme Bérenge, la concierge, est morte. Une grande tempête s’élève de la nuit. Tout en haut, où nous sommes, la maison tremble. C’était une douce et gentille et fidèle amie. Demain on l’enterre rue des Saules(1).elle était vraiment vieille, tout au bout de la vieeilese.je lui ai dit dés le premier jour quand elle a toussé : » Ne vous allongez surtout pas !... Restez assise dans votre lit ! » Je me méfiais. Et puis voilà.. et puis tant pis.. Je vais leur écrire qu’elle est mort Mme Bérenge à ceux qui l’ont connu, qui l’ont connue.. Où sont-ils ?..
Je voudrais bien que la tempête fasse encore plus de boucan, que les toits s’écroulent, que le printemps ne revienne plus, que notre maison disparaisse.
Elle savait Mme Bérenge que tous les chagrins viennent dans les lettres. Je ne sais plus à qui écrire. Tous ces gens sont loin.. Ils ont changé d’âme pour mieux trahir, mieux oublier, parler toujours d’autre chose..
Vielle Mme Bérenge, son chien qui louche on le prendra, on l’emmènera...
Tout le chagrin des lettres, depuis vingt ans bientôt s’est arrêté chez elle. Il est là dans l’odeur de la mort récente, l’incroyable aigre gout…Il vient d’éclore..Il est là..il rôde..Il nous connait, nous le connaissons à présent.il s’en ira pus jamais.il faut éteindre le feu dans la loge.
A qui vais-je écrire ? je n’ai plus personne. plus un être pour recueillir doucement l’esprit gentil des morts..pour parler après ça plus doucement aux choses..courage pour soi tout seul !
Sur la fin ma vieille bignolle, elle ne pouvait plus rien dire. Elle étouffait elle me retenait par la main...Le facteur est entré.Il l’a vue mourir. Un petit hoquet. C’est tout. Bien des gens sont venus chez elle autrefois pour me demander.Ils sont repartis loin, très loin dans l’oubli, se chercher une âme. Le facteur a ôté son képi ».
Céline, mort à crédit (Pléiade page 512)
Une des pages les plus émouvantes de la littérature française, un méchant homme Céline, allons donc...
INSOUMISSION DE L'ENFANT
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Il est absolument impossible d’obtenir d’un enfant qui entre dans ce désir de poésie, d’art, qu’il se soumette déjà. C’est une activité qui apprend l’insoumission, vraiment.
Pierre Guyotat – Explications
Bonheur et volupté
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polythéisme et art
ON NE VEND JAMAIS UNE BIBLIOTHÈQUE
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On annonce à Drouot la vente de la bibliothèque Lucien Scheler.
Mais l’on ne vend jamais une bibliothèque ; tout au plus les livres qui la composaient, perdant ainsi l’essentiel : leur voisinage, leur jointure, tant dans l’espace que dans l’esprit. S’évanouit pour toujours, lors de ces bien nommées dispersions, le liquide interstitiel, la lymphe de toute bibliothèque ou collection : ce qui a présidé au choix de telle ou telle édition, au rejet de tel auteur, à l’assortiment d’une reliure, à l’indescriptible exaltation éprouvée face à un volume trouvé après des années de recherche et de déception, à la ténacité d’une quête entamée, sans qu’on sache très bien pourquoi, depuis l’adolescence, à l’illusion d’avoir (presque) complété le dessin de la tapisserie, d’avoir achevé une solide architecture, qui ne tarde pas à se révéler château de sable… Sur la couverture du catalogue, fantomatique cadastre de ce monument disparu, un damier d’éditions uniques, mais inertes sous une lumière étale, prive les précieux spécimens de tout ce qui avait fait leur aura.
Patrick Mauriès, Fragments d’une forêt.
Grasset, 2013.
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