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Enfance de Nathalie Sarraute.

22 Avril 2025, 14:55pm

 

Si je n’avais qu’un mot pour définir ce livre, je dirais que c’est un livre probe. Mais l’art fait-il bon ménage avec la probité? je répondrai non. Nathalie Sarraute est une intellectuelle pas une artiste. Proust est un artiste. Il est difficile de ne pas faire le parallèle entre Enfance et le début de la Recherche.  Dans les deux oeuvres nous avons le ressenti d’un enfant sur son présent et cela à hauteur d’enfance. Les époques bien que différentes, une quarantaine d’années sépare l’enfance du petit Marcel de celle de Natacha, la future Nathalie, mais les mécanismes de la société, la française du moins, n’avaient guère changé en un demi siècle dans cette entre deux guerres, de la débâcle de 1870 à la Grande Guerre. Les deux milieux sont assez  similaires, celle de la moyenne bourgeoisie. Mais là où la rigueur de Sarraute l’empêche de combler les blancs de sa mémoire, Proust amalgame les sensations en un continuum inoubliable. Il réinvente, réorganise son enfance. Par exemple, il est peut probable que Swan ait rendu visite à ses parents un soir où la lampe dessinait des ramages inquiétants sur le papier peint de sa chambre, formes qui évoquent les dessins de la lanterne magique et que ce soit également ce même soir que sa mère ait oublié d’embrasser son fils; mais le génial Proust dans une langue inoubliable a fait un bouquet de tous ces moments; glissant d’un instant à un autre sans que l’on puisse en voir les coutures. Tandis que Nathalie Sarraute nous livre des fragments de temps. Ce qui oblige le lecteur d’Enfance à imaginer ce qu’il y a dans les interstices de ces flashs de mémoire. Cet exercice est très gratifiant pour le lecteur qui voit au fil des pages valider ses supputations, ou pas. Mais qu’importe le livre aura mis en branle son cerveau. Enfance exige une lecture participative. Ainsi au début, la narratrice à environ quatre ans et nous ne savons pas où nous sommes pas plus qu’elle. Un enfant de cet âge n’a pas conscience du pluriel des lieux. Il est là et c’est tout. Il est tout entier dans dans un endroit qu’il ne sait nommer et dans un temps qu’il ne sait pas situer. La première date apparaît à la page 232 presque à la fin du livre. C’est 1909. Assez vite au début de cette enfance, nous comprenons bien que nous sommes en Russie, puis alternativement à Paris et en Russie, puis définitivement à Paris. Mais par exemple on découvre seulement après avoir lu les 3/4 du livre que si le père de la narratrice est à Paris c’est parce qu’il s’oppose au tzar On suppute alors qu’il fut partie prenante dans la révolution ratée de 1905 et qu’il a fuit la Russie (et sa femme) pour recommencer sa vie à Paris. Autre exemple ce n’est qu’à la toute fin du livre que l’on apprend que le père de Natacha est juif. Là encore cela ouvre des horizons car avec ce que nous avons appris de son quotidien en Russie, nous sommes loin des pogromes et des shtetls qui étaient certes une réalité des juifs russes, mais pas la seule. Tout le long de l’ouvrage, on ne peut que procéder par déductions. Cela demande une lecture active. Je l’ai lu dans la première édition sans aucune note et je n’ai pas fait de recherches sur mon ordinateur ou ma bibliothèque. J’ai lu ce livre comme s’il émanait d’une inconnue et non d’une célébrité littéraire. En outre Enfance offre un nouvel éclairage sur le théâtre de Sarraute. A sa lecture nous pouvons comprendre que les personnages de ses pièces sont des doubles d’elle même… C’est un livre très original mais avant il y a tout de même eu L’âge d’homme de Leiris…

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