Pour se souvenir Madame Butterfly à l'Opéra Bastille
A l'Opéra Bastille le bonheur d'une mise en scène de Bob Wilson en parfait accord avec le livret de Madame Butterfly. Le zen des décors, l'économie des gestes mettent en relief le drame et la lâcheté de Pinkerton, officier de la marine américaine qui n'a épousé la jeune geisha que pour se divertir lors de son séjour à Nagasaki, alors que la jeune fille de 15 ans se donne à lui de tout son corps et de toute son âme allant jusqu'à renier ses dieux et ses ancêtres pour se vouer au dieu américain.
Débarrassé de toute la quincaillerie kitch qui souvent encombre l'opéra de Puccini, Bob wilson met à nu le sordide de cette histoire tout paradoxalement en le nichant dans un écrin aussi sobre qu'élégant. Les chanteurs glissent plus qu'ils ne marchent sur la scène qui, du premier balcon où je me trouvais, ressemblait à un tableau géant de Soulage sur lequel on aurait posé un immense étendard de planches. Ce traitement amène Madame Butterfly à devenir presque un opéra de chambre. La symbiose est telle, entre la musique et la mise en scène qu'on a le sentiment que c'est la gestuelle mesurée des chanteurs qui dirige l'orchestre en particulier lorsque l'enfant apparait, petit rat cambré d'une dizaine d'années, presque nu, dont les gestes mystérieux m'ont fasciné tout le dernier acte. Il est dommage que la distribution n'ait pas été complètement à l'unisson de cette perfection. L'ensemble des chanteurs est beaucoup plus comme souvent pour leur silhouette que pour leur voix. Si le consul, Sharpless, Michael Drulett, domine l'interprétation par sa belle prestance, je n'en dirais pas autant de Massimillano Pisapia dont le physique est loin d'être à la hauteur de son ramage. On comprend alors mal comment la belle Butterfly peut se mourir d'amour pour se nabot bedonnant. Il n'en reste pas moins, que grâce à la mise en scène de Bob Wison, Madame Butterfly est un spectacle à ne pas manquer.

