Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

RICCO WASSMER

29 Juin 2025, 07:14am

 


 
autoportrait, 1942.

Erich "Ricco" Wassmer est né dans une riche famille suisse. Il est le fils d'un propriétaire d'usines de ciment qui est en outre un mécène, Max Wassmer (1887-1970). Depuis l'âge de trois ans, il a grandi à Berne, entouré d'art et lde culture. Max et Tilli-Wassmer Zurlinden reçoivent des poètes, des peintres et des compositeurs tels que Hermann Hesse ,Louis Moilliet , Cuno Amiet , Paul Basilius Barth , et Othmar Schoeck . Hermann Hesse décrit l'atmosphère poétique de ces soirées dans son roman Journey to the East . Les festivals d'été sont des événements légendaires de la formation du jeune Erich. Sa famille encourage les talents artistiques et l'intérêt pour l'art, la littérature et la musique du garçon. Après que la succession de l'usine de ciment parentale soit attribuée à ses deux frères, Erich se sent libéré, il restera néanmoins jusqu'à son dernier jour actionaire de l'affaire . La fin de l'enfance est marquée par la prise d'un nouveau nom. A partir de 1937, il signe ses peintures "Ricco"; un nom qui est comme un mot magique, et remplace le nom du père, industriel prospère et philanthrope connu. Après ses études secondaire, en 1935 Ricco suit un semestre d'études d'histoire de l'art à l' Université de Munich et étudie le dessin auprès du professeur Julius Huether . De 1936 à 1939 il étudie à l'Académie libre "Ranson" à Paris. Au début de la Seconde Guerre mondiale, il retourne en Suisse. Il suit également l'enseignement de Max von Mühlenen. Et durant l'été 1942 il visite l'atelier de Cuno Amiet. Il semble que l'influence de ces différents enseignements soit resté faible. Durant 1946/47 il a vécu sur le lac Léman, où il possédait un voilier. Le lac a exercé une grande fascination pour Ricco, ainsi que le désir de paradis perdus et les pays inexplorés. Il s'est fait tatouer,une ancre et l'a ajouté à sa signature. En 1948/49 Ricco a passe neuf mois à Tahiti. En 1950, il s'installe et loue un château près de Vichy . En 1963, il est inquiété par la police française qui perquisitionne son atelier et y découvre des photos nues de garçons, qui ont servi comme base pour ses peintures. Un tribunal français le condamne, sans accusations formelles, pour violence sexuelle "exploitation" dejeunes garçons et violation de la moralité à d'une peine de prison de huit mois. De ce séjour en prison Ricco ne se remettra jamais complètement. Après sa libération, Ricco revient en Suisse. Il s'installe dans un manoir à Ropraz. Il décéde en 1972 à l'âge de 56 ans.

 

© Ricco Wassmer

 

 

Ricco (eigtl. Erich Wassmer) Der Gieu u d'Iffle, 1966 Öl auf Leinwand 162.0 x 130.0 cm Kunstmuseum Bern, Dauerleihgabe Ruedi Wassmer, Zürich -

 

 

Dans les années trente Ricco a peint des paysages et des intérieurs dans le style de la Nouvelle Objectivité . Son imagerie de cette période montre encore principalement des thèmes magiques et romantiques et la vie de château. Dans les années quarante, il élargit ses thèmes à la nature morte, aux paysages de ses voyages dans des contrées lointaines ainsi que des motifs marins. En particulier, de stimuler les jeunes hommes maigres des années cinquante scènes surréalistes. Les sujets se référent à l'enfance et la jeunesse appartiennent à la maturité de l'artiste. Dans les années soixante, Ricco a créé une vaste oeuvrel photographique. 

L'oeuvre de Ricco est très singulière, même s'il est difficile de ne pas penser à l'oeuvre de Balthus. Elle alterne entre photo-réalisme et la peinture naïve et exige beaucoup de histoire de l'art des connaissances sur les formes et les symboles qui Ricco empruntés à des positions plus ou moins connus de l'histoire pour comprendre.

article paru dans la presse suisse:
 
Dandy discret et aristocrate sulfureux, Erich Wassmer, dit Ricco, né en 1915 au château de Bremgarten près de Berne, arrive en 1963 à Ropraz, village de 300 âmes à l’orée des bois du Jorat. Il vient de passer huit mois en prison, en France, pour possession de photos de jeunes hommes nus. Dix ans plus tard, le 27 mars 1972, son cortège funéraire monte doucement la pente qui sépare le château de Ropraz du cimetière. Derrière le vieux corbillard tiré par des chevaux, suit une Rolls-Royce blanche, conduite par son majordome Mario, et la famille, à pied.
Sur la pierre tombale, à l’entrée du cimetière de Ropraz, est scellé un éphèbe de bronze signé Karl Geiser qu’il avait choisi comme gardien de son dernier sommeil. Nu, pensif et vigoureux, il se dresse toujours entre le lierre et les fougères. Il y a un an et demi, le Kunstmuseum de Berne vient photographier deux tableaux de Ricco à Ropraz: l’un trône dans le bureau du syndic, l’autre dans la famille d’Alain Gilliéron, patron de l’espace culturel l’Estrée –il représente Stéphane Gilliéron, frère d’Alain.
En pleine élaboration du catalogue raisonné des œuvres du peintre, sur mandat de Ruedi Wassmer, neveu et filleul de Ricco, le musée estime que plusieurs œuvres ont été vendues en Suisse romande, et espère retrouver leur trace. C’est l’occasion ou jamais: Alain Gilliéron décide d’accueillir Ricco à l’Estrée, à deux cents mètres de sa tombe. Jusqu’au 30 octobre, l’espace culturel expose une dizaine des dessins et autant des tableaux, et fait tourner le beau documentaire réalisé en 2002 par l’Américano-Tessinois Mike Wildbolz.
 

 

 
Des dix années de Ricco à Ropraz, le village se souvient. A commencer par Alain Gilliéron lui-même. Si sur certains tableaux c’est son frère qui figure, sur d’autres, c’est lui. Fils du buraliste postal, Alain et Stéphane sont réquisitionnés par leur père pour tondre la pelouse du châtelain, qui les fait ensuite poser pour des photographies dont ses tableaux s’inspirent.
«Pour nous gamins, c’était extraordinaire. C’était un extraterrestre, excentrique et soigné, d’une douceur extrême, venant parfois au café ou à l’épicerie. En pénétrant dans le château, qui nous était a priori défendu, nous entrions dans une caverne d’Ali Baba: des collections de timbres, de papillons, de bateaux, d’armes, de tableaux. Il nous faisait poser avec une maquette de bateau, une roue de vélo, un cheval de bois ou une épée. C’était amusant. Nous devenions des marins, des chevaliers. Quelqu’un s’intéressait à nous…»
En 1966, les parents Gilliéron reçoivent pour Noël un grand tableau sobrement intitulé Stephan de la part du maître, toujours dans la famille. «Je ne sais pas ce que pensaient mes parents de Ricco. Pour nous, la nudité était naturelle. Il ne nous a jamais touchés. D’ailleurs, tous ses modèles ont le même type sur ses tableaux. Il nous faisait correspondre à son idéal. Sur certains tableaux, je ne sais pas si c’est mon frère ou moi qui ai posé. Il cherchait quelque chose à travers nous qui n’était pas nous.»
Fiancées pour beurre. C’est toute l’histoire de Ricco, né Erich Wassmer d’un père grand industriel et mécène, dont les amis de la famille étaient Herman Hesse ou le compositeur Othmar Schoeck. Après une enfance de rêve à Bremgarten, il étudie la peinture à Munich, à Paris, puis chez Cuno Amiet. Silencieux, aimable, beau, il a des amitiés amoureuses, emmène une fiancée à Venise, mais ne l’épouse jamais. Toute sa vie, il correspondra avec plusieurs femmes, mais finit toujours par rompre.
Au soir de sa vie, à Ropraz, malade, il demandera encore en mariage l’une d’elles. Pour rire, ou pas. Fasciné par la mer, il se fait tatouer une ancre. Dans les années 40, il achète un yacht, amarré à Morges, le revend, puis s’embarque pour Tahiti. Après quelques mois, il s’engage comme matelot sur les mers du Sud, Bombay, Hawaï, le Japon. De retour en Europe, dans les années 50, il s’installe au château de Bompré, près de Vichy. Homosexuel discret, il est arrêté et mis en prison pour conduite contraire aux bonnes mœurs.
Tinguely chez lui. Sa famille achète alors le château de Ropraz pour l’y loger. La rumeur veut que son père Max ait éloigné du fief de Berne ce fils vaguement indigne. Ropraz l’adopte. Il ne ferme pas son château à clé, aime les voitures. En 1964, lorsque Jean Tinguely construit sa machine pour l’Exposition nationale à Lausanne, il loge chez Ricco. Qui le peint.
L’écrivain Jacques Chessex, habitant de longue date de Ropraz, se souvient de ses «habits de toiles flottants, de sa démarche lente et chaloupante. On sentait quelqu’un qui avait largué les amarres. Je voyais les enfants Gilliéron qui allaient se faire photographier par le peintre. Je trouvais cela extraordinaire, que le peintre aristo prenne ses modèles parmi les enfants du pays, comme au XVIIIe siècle. C’était sa liberté.» Il a un majordome, Mario, ancien chauffeur de JeanXXIII, toujours en uniforme blanc. «C’était exotique, par ici.» Le village jase peu sur les mœurs de Ricco. «Ce n’était pas l’époque de l’obsession pédophile…»

Chessex devient familier du château après la mort de Ricco, lorsque son frère Hans, le colonel Wassmer, y installe sa résidence. Beaucoup des objets personnels de Ricco sont restés, objets polynésiens ou photos de jeunes marins. «Les Wassmer avaient le génie de l’hospitalité élégante. Il y avait des paons sur les pelouses et, l’hiver, nous buvions du champagne en regardant tomber la neige sur les tulipiers où les paons s’installaient.» Sa peinture? «Je la mets à côté de Balthus et Max Ernst. Je connais peu de peintures contemporaines qui soient en même temps aussi denses, nourries du point de vue de la peinture, et aussi douces au regard, comme moirées par l’œil tellement l’art en est consommé. Ce qui me fascine, c’est l’alliance, rare dans la peinture d’aujourd’hui, de la matière et du rêve. Et peu ont peint le désir des jeunes corps masculins, de l’ordre d’un désir très matériel et très sublimé à la fois.»
Collectionneurs avertis. Ricco laisse quelques cinq cent œuvres, tableaux, dessins et photos. La plupart sont dans des collections privées de la famille ou d’amis. La ville de Berne, le Kunstmuseum de Berne ainsi que le Musée des beaux-arts d’Aarau en possèdent. En 1988, une première exposition à Aarau, justement, sort Ricco du relatif oubli dans lequel il est tombé. En 2002, le Kunstmuseum de Berne organise une rétrospective. Et s’est fixé pour objectif, d’ici à 2010, de terminer le catalogue raisonné de ses œuvres. «Il y a beaucoup à découvrir encore, explique Marc-Joachim Wassmer, responsable du catalogue Wassmer au Kunstmuseum de Berne. Nous découvrons régulièrement de nouveaux documents, œuvres ou carnets de notes. C’est un travail de longue haleine et de confiance avec la famille.»
 

 

 


Individualiste, Ricco a choisi un chemin peu balisé. Après-guerre, l’art se tourne vers l’abstraction, Jasper Jones ou Pollock en tête. «Ricco a toujours été décalé. Il ne faisait pas partie de l’avant-garde, mais intégrait ses éléments. Son style est très personnel, et a évolué d’une peinture naïve vers un réalisme magique très intéressant, une sorte de vérisme à l’ancienne mâtiné de surréalisme, de symbolisme, et d’humour. On y voit l’influence de Dali ou d’Ernst, dans une combinaison de natures mortes et d’êtres humains fascinante.»
Dans sa mythologie personnelle, en plus des éphèbes –bruns et secs, le regard absent–, on retrouve dans ses tableaux des bateaux, des horloges, un écorché, des squelettes, une main, une poupée cassée, des cigarettes. «Ce sont ses leitmotiv, sa mythologie personnelle. Il s’inscrit avec force dans la culture européenne existentialiste. L’Estrée mérite une médaille pour son exposition!» Le prix de ses œuvres est étrangement monté lors des rares récentes ventes aux enchères. Estimées à 16000 francs, certaines sont parties à plus de 45000 francs. «C’est un marché bizarre, qui ne correspond pas à la valeur réelle de ses tableaux. Les collectionneurs de Ricco sont prêts à tout pour en avoir… La récurrence des jeunes garçons dans son œuvre a pu et peut toujours poser problème. Balthus peignait des jeunes femmes, c’est plus acceptable aux yeux de la société.»
 

Le Grand Meaulnes. Il disait de lui-même qu’il était un « bâtard, quelque part entre un écrivain et un peintre.» Il adorait les voitures, possédait une Thunderbird. Il ne couchait pas avec ses modèles, ses muses. Avec les autres, les marins, les gens des fermes, oui. Il appartenait aux privilégiés, mais n’a pas eu la vie facile. Il allait de château en château, prisonnier volontaire d’un monde enchanté. «Le héros de sa peinture est un homme dont l’enfance a été trop belle», explique Beat Wissmer, directeur du musée d’Aarau. Le Grand Meaulnes était son livre de chevet. Les hanches fines des garçons de ses tableaux sont tournées vers un ailleurs inaccessible, des temps enfuis ou un futur désenchanté, rempli de mers, de chevaliers et de squelettes hilares.
 

A la mort de Ricco, sa sœur et sa mère se précipitent au château de Ropraz. La sœur met de l’ordre dans les papiers, «efface l’aspect homosexuel», comme elle l’explique platement à Mike Wildbolz. La mère s’y installe, veut ouvrir un musée. Elle meurt trois mois après, se fait enterrer à côté de son fils. Hans, le frère colonel, meurt en 1984. En 1988, la famille vend le château.
Stéphane Gilliéron: «J’étais très gai, gamin. Mais je ne souris sur aucun des tableaux de Ricco. C’est bizarre.» En héritage, il a reçu un pistolet, Alain un cheval de bois de manège. De jolis jouets.
 

 

Le Palais des Merveilles, 1954


 

vive la marine, 1952
 




Pour faire voir, 1956

 




Les mains, 1962

 

 

le cheval de bois,1962

 

le cerf volant, 1957

 

Le beau cheval, 1966

 

Erich Wassmer - Herrscherpaar

 
 

     Nota: je cherche toutes information complémentaire sur la vie et l'oeuvre de Ricco Wassmer ainsi que des reproductions de ses autres dessins et tableaux, merci d'avance de me les envoyer.    

 

 

 

Commenter cet article