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L’homme de trop de Dominique Fernandez

27 Juillet 2025, 07:34am

 

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« L’homme de trop » est ce que l’on peut appeler un roman à idées ou à thèse. Cette dernière étant que les homosexuels en acquérant différents droits et en particulier celui de se marier et aussi une plus grande visibilité dans la société auraient de ce fait perdu leur regard critique et leur esprit de révolte vis à vis du monde qui les entoure. Le titre vient de ce que Jadis "homme de trop" parce qu'il faisait partie de la minorité exclue, il reste "homme de trop" par son refus d'abolir ce qui faisait sa différence, de se banaliser, de se fondre dans le conformisme ambiant. Pour transmettre à ses lecteurs cette hypothèse à mon avis un peu grossière mais pas complètement fausse, Dominique Fernandez àa choisi le mode du dialogue, lointainement inspiré du dialogue platonicien, entre deux hommes, Lucas, le héros du livre, l’homosexuel ancienne manière, il est né en 1949, qui est plus ou moins le porte parole de l’auteur, et Gael jeune trentenaire personnifiant le gay d’aujourd’hui; le présent du roman se situant en 2015. Ce dialogue ne commence véritablement qu’à la moitié du livre. Auparavant Dominique Fernandez nous narre la vie de Lucas. Vie qui est à peu près plausible et qui n’est pas extraordinaire, sinon sa brève et tragique histoire d’amour avec le jeune Sacha, même si l’on sent que l’auteur a rapetassé différents pans de vie de plusieurs personnes pour en faire une. Est-ce pour cela que l’on ne parvient pas a entrer en communion avec Lucas et puis il y a quelques incohérences de détail dans le parcours et la biographie du personnage. Tout d’abord Fernandez en a fait un reporter photographe d’agence mais visiblement notre auteur ignore tout de la photo et du fonctionnement d’une agence photo. Le statut de Lucas tel qu’il nous le montre aurait été crédible jusqu’au milieu des années 60, mais certainement pas au delà, ce qui est paradoxale puisque Fernandez a partagé durant quinze ans la vie d'un photographe, et puis les réactions de Lucas et son itinéraire paraissent légèrement anachronique pour un homme de son âge et corresponde plus à celui d’une personne ayant l’âge de Dominique Fernandez, quatre vingt douze ans aux prunes comme l’aurait écrit ce bon docteur Destouches.

On retrouve chez Lucas les deux tropismes géographiques de l’auteur: l’Italie et la Russie. Le politiquement ultra correct de Fernandez tourne parfois au ridicule comme d’insister sur le fait que Lucas ne se permet pas de toucher à Sacha parce qu’il n’a que dix sept ans et pas dix huit! Comme on voit la révolte de notre homosexuel contre la société a bien des limites… Les parents indignes qui jettent leur fils à la rue parce qu’il est homosexuel sont bien sur des bourgeois ou des intégristes chrétiens, alors que l’on sait qu’aujourd’hui l’homophobie émane principalement des milieux populaire et des musulmans installé en France (certes pas que). Encore plus ridicule, les clients des gigolos regardent l’entrejambe des statues de garçon et s’habillent d’un grand imperméable et d’un large chapeau mou un peu comme le héros du regretté Pétillon!

Le personnage de Gael n’existe pas et n’est qu’un ramassis de clichés sur les gay d’aujourd’hui, ce qui déséquilibre le livre; mais comme à la fin du volume on découvre « Fin du premier volume », peut être que l’infatigable Fernandez rétablira l’équilibre dans un second volume car ce roman est le premier volume du diptyque « L'homme de trop », sous-titré L'arc-en ciel interdit. La construction du roman est bancale avec en outre la curiosité totalement incongrue dans le récit de deux chapitres très documenté sur le cochon dans la littérature sous le mince prétexte que Sacha s’identifie à cet animal. Cette partie du livre doit beaucoup à Pastoureau qui est d’ailleurs honnêtement cité

Ces nombreux défauts n’excluent pas que certains morceaux du roman sont bien venus comme la relation de Lucas avec Sacha puis avec ses deux autres jeunes amants. Il reste que cette quasi suite de « L’étoile rose » (même s’il ne s’agit pas des mêmes personnages) ne me parait pas indispensable dans la bibliothèque.

 

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