LA MAUVAISE VIE DE FRÉDÉRIC MITTERRAND

On peut aborder ce livre de souvenirs, comme un recueil de nouvelles. La distance stylistique que prend l'auteur par rapport aux évènements nous y invite. Pour cela Frédéric Mitterrand s'est obligé au parti pris de ne jamais citer les noms des personnes réelles qui passent dans sa vie et donc dans le livre. Cet exercice un peu vain pour éviter un name dropping oscille entre le touchant et le ridicule tant certains de ces passants sont immédiatement reconnaissable comme par exemple Catherine Deneuve. Ainsi la personnalité de l'auteur s'en trouve évacuer rendant la lecture plus sereine. Nouvelles dont le « héros » unique serait le narrateur, extrapolation plus ou moins fidèle d'une existence qui se révèle malgré les nombreuses ellipses. Lu par ce prisme, les textes prennent une autre saveur. Frédéric Mitterrand semble vouloir nous dire que chacun à une histoire, une vocation qui se suffit à elle-même. Ces évocations d'un temps plus ou moins passé peuvent se lire séparément: chacune étant un petit roman se suffisant à lui-même. Comme toujours dans ces cas là, leur qualité est inégale. Le moins bon est tout de même remarquable, à l'aune des lettres françaises où la nouvelle n'est pas un genre très prisé. Comme chez Modiano, la nostalgie est le moteur du souvenir qui déclenche le processus de la mémoire. Chez Frédéric Mitterrand, en parfait masochiste qu'il est, c'est dans ses misères, petites ou grandes dans lesquelles il aime se replonger. En regard de bien des vies que j'ai pues côtoyer, le titre de ce bon livre m'agace et même me scandalise; c'est d'ailleurs le seul scandale que l'ouvrage devrait provoquer car mauvaise, la vie de Frédéric Mitterrand, telle qu'elle nous apparaît ici, l'est bien peu. Où plutôt elle l'est que parce que l'auteur, que l'on confondra définitivement avec le je narratif, veut retenir de son existence que les échecs et les malheurs qu'il a subit, lot de chaque humain, qui dans son cas ne me paraît pas terrible. Ce qui ne veut pas dire que sa vie ait été un chemin parsemé de roses, mais pour qui l'est-elle? On s'aperçoit, et il le reconnaît lui même avec une belle lucidité que ses échec sont surtout dus à une détestation de soi qu'il partage avec de nombreux homosexuels de sa génération et encore plus avec ceux de la précédente. Je dois dire que cette attitude m'est complètement incompréhensible tout autant que son attirance sexuelle, et même plus, ce qui aggrave son cas, pour les arabes.
La mauvaise vie fait parfois songer à « La promesse de l'aube » de Romain Gary en cela qu'elle est sont absolu négatif. Alors que dans son livre, Gary s'essaye à la posture du héros tandis que Frédéric Mitterrand use et abuse du fait qu'il veuille toujours se mettre dans la position du perdant. Si je rapproche les deux ouvrages c'est surtout que dans les deux livres leur auteur respectif tente en vain au centre de leur récit, place qui leur est toujours confisquée par les passants de leur vie.
Ce qui est rare c'est que Frédéric Mitterrand conjugue le peu d'estime qu'il a de sa personne, et je ne met pas en doute sa sincérité, avec un égocentrisme empreint de naïveté qui le fait souvent s'étonner qu'il n'est pas compté pour une personne autant que cette personne à compté pour lui. La bizarrerie de sa personnalité est encore augmenté d'un trait de caractère en général incompatible avec ceux déjà cités, une faculté d'empathie généreuse avec autrui. Ce très curieux mélange, s'il ne doit pas être facile à vivre, donne à l'ouvrage où se mêle impudeur et retenue, un ton totalement singulier
COMMENTAIRES LORS DE LA PREMIERE PARUTION DU BILLET
Merci pour vos billets
Je suis très content d'avoir un commentaire sur mes billets sur les livres qui sont ceux qui je crois m'importe le plus.
Le sympathique blog "Les toiles roses" est il définitivement en panne ? ce serait dommage.
Merci pour vos billets
Je n'ai pas rédigé de critique sur "Le festival de Cannes" pour la bonne raison que je ne l'ai pas lu. Ce sera peut être pour plus tard. Il faut dire que je lis lentement, y compris les bandes dessinées. Je suis souvent stupéfait devant la quantité de livres que peuvent ingurgiter certaines blogueuse (il n'y a plus guère que les femmes qui lisent) allez voir par exemple le site de cachou (dans mes sites à visiter).
En ce qui concerne "Les toiles roses" en effet je pense que c'est terminé son tenancier, un militant né devait pas trouver ça assez militant, moi je trouvais déjà que cela l'était beaucoup trop. Sur les diagonales je ne milite que pour moi et encore bien peu...
merci pour vos mercis
Je trouve que vous avez tendance à être bien trop louangeur. Frédéric Mitterrand a bien des qualités littéraires mais le qualifier de très grand auteur risque de faire penser que vous n'êtes pas un très grand lecteur. Un très grand auteur c'est en français Balzac ou Hugo, je crains que si on fait l'inventaire des auteurs français vivant, on n'en trouve guère...
Notre époque n'est ni meilleure ni pire qu'une autre, simplement nous y vivons. Lorsque je donne du temps à un livre, ce temps, le bien le plus précieux que l'on ne peut acheter, je ne me préoccupe guère de son actualité ou de sa légende mais seulement de mon plaisir qui ne peut être étranger à l'époque puisque, même si nous ne le voulons pas, nous y sommes immergé. Il est certain que nous manquons de recul pour juger une oeuvre contemporaine mais néanmoins en ce qui me concerne je me refuse à mettre tout sur le même plan. Il faut avoir le courage de ses goûts sans que ceux-ci nous anesthésient le sens critique (bon choix que Pierre Michon).