Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

La littérature et le mal de Georges Bataille

8 Août 2025, 06:35am

 

Cet essais est en fait une compilation d’articles parus dans la revue Esprit au cours des années 50; mais certains des textes ont été réécrits, améliorés et complétés pour être publiés en volume en 1957.

Georges Bataille y explore principalement la position du mal dans les oeuvres huit auteurs soit dans l’ordre: Emilie Bronte, Baudelaire, Michelet, William Blake, Sade, Proust, Kafka et Genet. Bataille consacre un chapitre par écrivain. Comme toujours dans ce genre d’ouvrages les textes sont à la fois de longueurs différentes et d’intérêts variables. L’ensemble est toutefois très roboratif et souvent très pertinent. Les chapitres sur Genet et Beaudelaire souffrent d’être les contrepieds des indigestes propos de Sartre sur ces écrivains, en particulier dans « saint Genet »; quant à celui sur Michelet  d’avoir pour base la préface de Bataille pour le livre « La sorcière » de l’historien. Les chapitres les plus remarquables sont ceux sur Bronte, sur William Blake et celui sur Kafka.

Dans la préface Bataille pose d’emblée la hauteur à laquelle il place la littérature et les prémices de sa thèse comme quoi la littérature se doit de se libérer de la morale, du carcan du bien et du mal: << La littérature est l’essentiel, ou n’est rien. Le mal, une forme aiguë du mal, dont elle est l’expression, à pour nous, je le crois, la valeur souveraine. Mais cette conception ne commande pas l’absence de morale, elle exige une hypermorale.>>.

Si le mal dans la littérature est le sujet récurrent de chaque chapitre, l’auteur ne se limite pas à cette problématique. Il pose la question fondamentale de la place de la morale en littérature: Doit on écrire en ayant toujours en tête ce qui est bien et ce qui est mal? Est-ce que l’on peut écrire pour dépasser la morale ou est-ce que l’on doit dépasser en écrivant dépasser la morale.

Sa réflexion dépasse souvent le cadre de la seule littérature pour s’interroger sur le sens de la vie: << L’humanité poursuit deux fins, dont l’une, négative, est de conserver la vie (d’éviter la mort), l’autre positive, d’en accroitre l’intensité.>>. Bataille identifie l’intensité à la valeur et la durée au bien. 

Pour Bataille la fin de l’enfance coïncide avec la découverte du bien et du mal; auparavant les actes des enfants ne peuvent pas être jugés à l’aune morale du bien et du mal. Pour Bataille seule la littérature peut mettre à nu le jeu de la transgressions de la loi sans laquelle elle n’aurait pas de fin indépendamment d’un ordre à créer.

Bataille conteste la justification morale des contes et des fables pour lui la littérature comme l’enfant est dans l’hypermorale qui est un dépassement du bien et du mal. Nous ne sommes pas dans l’hypermorale dans l’immoralité ni même dans l’amoralité mais dans le dépassement de ces contextes. Pour l’auteur la littérature est cet endroit qui devrait échapper aux lois, un lieu où le jugement moral n’a pas sa place. Ce qui met la littérature dans un espace hors du temps hors de l’éthique.

Selon Bataille la littérature serait un refuge pour le mal, mais un mal innocent sans les stigmates de la morale. La littérature serait ainsi le lieu où il serait possible de retrouver l’hypermorale de l’enfance.

L’idée de Bataille c’est de libérer la littérature de son ambition morale. C’est ainsi lui rendre toute sa richesse. Pour lui la morale bride la création alors que l’hypermorale la fait fructifier. Il prend comme exemple l’enfant qui avant sa découverte du bien et du mal est libre dans sa création. Pour Bataille transgresser la loi parentale est une source de plaisir.

Bataille fait le lien entre l’enfance et la littérature car pour lui ce qu’elles possèdent en commun c’est le rêve et donc la possibilité de générer de la fiction.

 

 

Commenter cet article