Lilies, un film de John Greyson

Fiche technique :
Avec : Ian D Clark, Marcel Sabourin, Aubert Pallascio, Jason Cadieux, Danny Gilmore, Matthew Ferguson, Brent Carver, Rémy Girard, Robert Lalonde, Gary Farmer, Alexander Chapman, John Dunn-hill, Paul-patrice Charbonneau, Michel Marc Bouchard, Khanh Hua, Benoît Lagrandeur, Pierre Leblanc, Jean Lévesque, Antoine Jobin, Alain Gendreau, Simon Simpson, Eddy Rios, Martin Stone.
Réalisateur : John Greyson. Scénario : Michel-Marc Bouchard, d'après sa propre pièce. Montage : André Corriveau. Photo : Daniel John. Musique : Mychael Danna. Directeur artistique : Marie-Carole de Beaumont.
Canada, 1996, Durée : 95 mn. Disponible en V0 et VOST.
Elle lui raconte l'éveil et les premières expériences homosexuelles de trois adolescents en 1912. Dès qu'il entend les noms des trois garçons: Vallier de Tilly (Danny Gilmore), Jean Bilodeau et Simon Doucet (Jason Cadieux), l'évêque reconnaît sa propre histoire et comprend que sa vie est en danger. À cette époque, au collège catholique de Roberval, Simon jouait une pièce évoquant le martyre de Saint-Sébastien dans une représentation scolaire avec son ami Vallier, dont il était éperdument amoureux. Vallier est le fils d'une excentrique comtesse française (Brent Carver) exilée dans ces lointaines contrées dans l’attente d’une hypothétique restauration de la monarchie dans son pays, seule condition pour qu’ elle puisse daigner y revenir... Bilodeau, qui essayait vainement de convaincre Simon d'aller au séminaire, était le spectateur jaloux des deux acteurs amoureux. Bilodeau, lui-même amoureux de Simon, brise leur union en provoquant un incendie qui cause la mort de Vallier. Même s'il se dit innocent, c'est Simon que la justice condamne...
Lilies noue un inextricable réseau d'intrigues, d'alliances, de trahisons et de jalousies, qui mettront à jour un secret vieux de 40 ans.

Baroque et bouleversant, romantique et rigoureux, Lilies joue sur plusieurs registres, et gagne en chacun d'eux. On y trouvera aussi bien une brûlante histoire d'amour qu’une remarquable métaphore sur la création. Ce qui aurait pu n'être qu'un Roméo et Juliette gay, devient, grâce à l'intelligence du scénario de Bouchard et à la mise en scène inspirée de John Greyson une histoire, universelle et intemporelle, sur l'amour fou, le prix du secret et l'art de la dissimulation.

Le film évoque une situation historique peu perceptible pour un non québécois : la continuité entre le Québec du début du XXe siècle et celui des années 50, toujours étouffé par l’obscurantisme catholique, alors que le règne de Maurice Duplessis ne soulevait pas encore suffisamment de contestation pour être renversé.
Si l’on veut trouver une filiation cinématographique à Lilies, c’est dans les œuvres les plus baroques de Fellini comme E la nave va, Amarcord ou Casanova qu’on la trouvera.
La réalisation très soignée a visiblement bénéficié de gros moyens. Daniel John, chef opérateur d’un autre très beau film gay, Handing garden, virtuose du clair-obscur, a du regarder longuement les œuvres du Caravage avant d’empoigner sa caméra. Il a bien fait,il en reste quelque chose dans ses magnifiques images où néanmoins parfois, il lui arrive de perdre le point ! D’autres séquences comme celle de la mort de la mère en forêt ou encore celle de la torride scène d’amour entre les deux garçons dans la baignoire sont directement inspirées de la peinture pré-raphaélite. La photographie possède une beauté visuelle qui donne une profondeur au sentiment de perte, d'espoir et de colère qui anime toute l'œuvre de Greyson.

Greyson convoque également la littérature. On peut voir dans le film une réminiscence de Genet dans son homo-érotisme élégiaque de la prison. Film culte dans les pays anglo-saxons Lilies n’a bizarrement jamais été distribué en France. Il a été récompensé par le prix "Génie du meilleur film", "Meilleur film 1997" au Festival du film international gay et lesbien de San Francisco, et le prix du "meilleur film canadien" au Festival des Films du Monde de Montréal.
Les éditions Home screen ont édité un dvd en Belgique avec des sous-titres français mais sans le moindre supplément.






