Dédales de Charles Burns
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Les scénario de Charles Burns sont toujours opaques. Je dirais même plus, ils le sont de plus en plus. En cela, la série Dédale ne déroge pas par rapport au reste de son oeuvre. Elle porte bien son nom. Nous sommes comme toujours entre songe rêve et réalité. Essayons de suivre le fil dans ce dédale. Brian 17, 18 ans avec son copain Jimmy tourne depuis leur enfance des petits films horrifiques. Ils ont le projet un peu plus ambitieux de tourner un film montrant l’invasion de la terre par des extraterrestres prédateurs. Jimmy pour le rôle principale a recruté une belle jeune fille rousse, Laurie. Le courant passe immédiatement entre Brian et Laurie. Brian invite Laurie à aller au cinéma voir « Invasion of the body snatchers » de Don Siegel (1956)… Dans ce film les êtres humain sont remplacés par des extra-terrestre qui prennent possession de leur corps, alors les nouvelles créatures n’éprouvent plus aucune émotion. Ce qui peut renvoyer au caractère de Brian, dont l’attitude est parfois, et de façon totalement imprévisible, bizarrement détachée de ce et de ceux qui l’entourent.
Alors que le premier tome était centré sur la rencontre entre Brian,dans le deuxième tome nous assistons au tournage du film et ainsi nous découvrons de nouveaux personnages . Le site choisi est la montagne. La petite équipe de tournage vit dans un confortable chalet isolé. La grande idée de Burns est de présenter les rapports entre ses adolescents ou jeunes adulte d’une façon très naturaliste alors qu’il tourne une histoire fantastique.
Brian est le geek type façon années 70, période pendant laquelle semble se situer l’histoire mais ni les dates ni les lieux, nous sommes bien sûr en Amérique, sont indiqués. C’est un garçon très introverti et quelque peu perturbé, contrairement à Laurie, qui est peut être un peu plus âgés que lui et qui est plutôt extravertie et équilibrée. Le passe-temps de Brian est le dessin. Passionné par le cinéma d’horreur, c’est un dessinateur compulsif, dont les oeuvres représentent souvent des formes organiques inquiétante… Au point de vue rationnel de Laurie Burns oppose les pensées, les rêves ou les idées de films de Brian dont l’imaginaire est torturé.
Nous voyons tantôt cette histoire à travers les yeux de Brian, tantôt à travers ceux de Laurie. Le changement de « je » se fait sans transition. Si dans la plupart des cas, comme classiquement dans la bande dessinée nous voyons les personnages agir dans d’autres cases nous somme en « caméra subjective » nous est proposé ce que voit un personnage. A ces types de cases Burns mêle des images des dessins de Brian, des films que Jimmy et Brian ont tourné et des transcriptions des plans d’« Invasion of the body snatchers » (le cinéma revient comme un leitmotiv dans Dédales). Pourtant si le lecteur est loin de comprendre tout, il ne se perd pourtant pas dans ce dédales.
Alors que son dessin est très personnel, reconnaissable au premier coup d’oeil, avec ses ombres franches d’un noir profond, Charles Burns est certainement le dessinateur américain le plus influencé par la bande-dessinée franco-belge et en particulier par la ligne claire d’Hergé même si son univers est bien différent de celui de Tintin. On peut déceler néanmoins chez lui d’autres influences, celle du manga japonais pour sa lenteur à présenter les rapports entre les êtres et le comics américain, celui des années 60 et 70 par son choix de couleurs franches mais plutôt douces. Une des particularité du dessin de Burns réside dans les cadrages de ses personnage souvent en gros plan. Il y a peu de représentations en pieds des personnages qui paraissent statiques, un peu comme chez Jacobs.
Les planches sont peu découpées, le plus souvent en trois bandes horizontales ne contenant qu’une ou deux cases. Il y a aussi quelques belles pleines pages.
Comme toujours chez Cornélius les album sont soignés avec leur dos toilé. L’éditeur français est le premier éditeur au monde à publier cette œuvre de l’un des maîtres de la bande dessinée alternative américaine. Quatre ou cinq volumes seraient prévus.




