Call me by your name un film de Luca Guadagnino
Nous sommes en 1983. Comme chaque été une famille passe l'été dans leur belle maison du nord de l'Italie. Le père est un érudit, je n'ai pas bien compris à quoi il applique exactement son savoir, la mère quant à elle est une traductrice polyglotte, comme le film dans lequel on entend de l'anglais, de l'italien du français et même un peu d'allemand. Entre deux cogitations, ils ont réussi à faire un fils, Elio un bel adolescent qui comme il se doit pour un rejeton de telles sommités est aussi intelligent que ses parents. Le garçon s'est donné comme programme estival de retranscrire au piano ou à la guitare des morceaux de Bach, de lire quelques livres et de flirter avec une jeune beauté locale de son âge. Tout se passe pour le mieux jusqu'à l'arrivée d'Oliver un accort doctorant américain de 25 ans venu aider le père d'Elio dans ses travaux... Contrairement à ce que pourrait faire penser ma lacunaire présentation nous ne serons pas dans un remake de Théorème car le bel Oliver ne va s'intéresser véritablement qu'à Elio auquel il va offrir son premier frisson d'amour...
Je me plains régulièrement que nombre de films et de livres mettent en scènes des pauvresses, tant sur le plan matériel qu'intellectuel. Personnages auxquelles il m'est difficile de m'attacher en raison de leur indigence question matière grise. Ce n'est pas le cas ici, on est même surpris que des gens aussi intelligents puissent tomber amoureux...
Le film de Luca Guadagnino est scénarisé par James Ivory, dont on retrouve par caméra interposée l'élégance, d'après le roman d'André Anciman (que je n'ai pas encore lu lorsque j'écris ce billet)*.
Techniquement le film n'est pas loin de la perfection. La photographie est due à Mukdeeprom, formidable chef op d'Apichatpong Weerasethakul. Son travail relèvent parfois, en dépit de sa discrétion, de la prouesse comme ce plan séquence qui commence par être net au premier plan et flou sur le plan arrière qui soudain devient net alors que le premier plan lui devient flou pour qu'ensuite l'image redevienne à son état d'origine.
Le film est à la fois lent, surtout dans sa première partie, mais comment pourrait-il en être autrement puisqu'il s'agit d'un cache cache amoureux et composé de nombreuses séquences courtes situées presque toujours dans de beaux lieux ce qui induit un savant travail de montage et de repérage. Que cette Italie est belle... Cette lenteur de la narration va paradoxalement de paire avec de nombreuses ellipses scénaristiques. L'évolution des sentiments, l'écoulement du temps, le contexte social ou politique nous sont suggérés par des images significatives, parfois un peu trop, et fugitives. Ainsi ce film qui pourrait paraître limpide demande une grande attention de la part du spectateur.
Le tournage a été réalisé dans une vrai maison et non en studio, ce qui aide à donner une âme aux images. A l'heure où je vous écrit, elle est à vendre pour 1,7 million d'euros... C'est d'autre part le village de Moscazzan dans la province de Crémone en Lombardie, au sud-est de Milan qui sert de décor au film. Moscazzan est à mi chemin sur la route qui mène de Milan à Crémone.
Si le corps d'Elio sensuellement caressé durant tout le film par la caméra de Mukdeeprom m'a ensorcelé durant toute la projection, la courbe du ventre d'Elio devrait habiter mes rêves quelques temps, je lui préfère néanmoins le garçon de « Brooklyn village » d'Ira Sach qui découvrait son homosexualité d'une façon plus secrète qu'Elio...
Il demeure que « Call me by your name » est merveilleux portrait d'un adolescent que je suis sûr beaucoup rêveraient d'avoir connu. Le film est parfaitement servit par tout ses acteurs, à commencer par Timothée Chalamet qui mériterait bien un oscar d'interprétation. Le talentueux garçon est de tout les plans et l'on n'ignore rien de son physique sauf, film américain oblige, sa « frontal nudity ». Ce qui est dommage pas seulement parce que cette absence fruste le voyeur que je suis, mais celle-ci nous révèlerait si, effectivement, comme il est dit dans le film, la famille d'Elio est juive avec discrétion...
La force du film est dans la justesse des réactions d'Elio aux diverses situations qu'il rencontre car si Elio est un garçon exceptionnel, comme l'acteur qui l'interprète, son attitude envers les jeux de l'amour et les personnes de son entourage est typique de l'adolescence et en cela fait que son histoire à une portée universelle.
Il est réconfortant dans une période ou le puritanisme est roi de voir un film qui décrit comme une belle et positive histoire l'amour entre un jeune homme et un adolescent.
Même si je n'aspire jamais à une illusoire objectivité dans mes recensions pour celle ci encore moins qu'une autre, pour la raison très particulière que dans ce même été 1983 j'ai connu une histoire assez similaire à celle d'Elio et d'Oliver mais qui a duré beaucoup plus longtemps que pour eux et qui s'est transportée deux ans plus tard en... Italie. J'ai pu à la lumière de mon expérience constater combien les états d'âme et les réactions d'Elio étaient juste de même que les dialogues. Par exemple comme Elio mon petit ami saignait du nez lorsqu'il était contrarié
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La vision de Call me by your name m'a confirmé dans mon impression d'exil d'un pays dans lequel il est impossible de revenir, celui des années 80. Dans cette Italie où sur les mur on voyait des affiches du Parti Communiste italien et du Parti socialiste italien mené par Craxi qui sera bientôt chef du gouvernement et ensuite devra, accusé de malversation, prendre le chemin de l'exil pour y mourir sans avoir revu son pays...
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C'était un temps avant le sida, un temps où il existait des parents permissifs qui parfois encourageaient, comme je l'ai connu la relation de leur fils avec un ainé; un tout autre temps vous dis-je...













