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Le barman du Ritz de Philippe Collin

15 Octobre 2026, 06:28am

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Publié par bernar

 

Le barman du Ritz de Philippe Collin

 

« Le barman du Ritz », est un très très mauvais roman historique qui se propose de mettre en exergue la figure de Frank Meier, célèbre en son temps barman du Ritz, qui bien que juif a humecté pendant quatre ans tous les gosiers des huiles de l’occupation et de la collaboration. « Le barman du Ritz » c’est l’occupation à Paris pour les nuls. Dans mon choix de lecture, j’ai été égaré par ma passion coupable pour la mixologie! Si je perd mon temps à en écrire une notule, c’est que ce roman a connu un grand succès et qu’il est représentatif de toute une production qui encombre les librairies et rend le grand public encore plus niais chaque jour qu’il l’est (c’est le tonneau des Danaïdes).

Ce livre n’aurait jamais pu être édité dans l’état, si Philippe Collin n’était pas un producteur de radio et de télévision parait-il chevronné. Ne regardant sur ma télévision que des films et des rencontres de tennis, je n’en avais toutefois jamais entendu parler. Ce monsieur, d’après sa fiche wiki, aurait certes fait des études d’Histoire (maitrise sur l’épuration en 45); il connait donc son sujet, l’occupation, une des passions françaises. Ce qui le fait se livrer à un name dropping de tous les collabos de Paris, qui auraient eu au moins un point commun: celui d’avoir la dalle en pente… Dans son souci d’oublier personne, la délation rétrospective, est devenu un sport national, Collin arrive à mettre en scène des situations absurdes, comme cette conversation dans le bar huppé du Ritz, entre Laffont et Benoist-Méchin que j’ai eu la chance de rencontrer dans mes jeunes années. Comment peut on imaginer le diplomate gourmé converser avec un gibier de potence, tel Laffont!

Mais hélas Philippe Collin n’est pas un artiste et un romancier doit être un artiste. Il est incapable de faire vivre dans son récit un personnage de fiction. Les deux seuls qui semblent être de sa création, le jeune ami du barman avec lequel ce dernier entretien une relation trouble, et le gérant de l’hôtel, ne sachant pas quoi en faire, Collin les abandonne au 2/3 du récit! S’il ne parvient pas à inventer des personnage, il n’est pas plus à l’aise dans la construction de son roman. Dans voue quelques chapitre au journal intime de son barman, pour bien vite négliger cette piste narrative.

Il y a néanmoins deux points de vue un peu intéressants dans cette languide histoire. C’est premièrement que le romancier réhabilite Sacha Guitry, qui n’est pas l’écervelé mondain dans cette période, tel qu’il est présenté souvent,  en cela il suit le grand Pascal Ory, qui en avait déjà, dans plusieurs articles tracé un portrait bien plus complexe, cela bien avant Philippe Collin, et deuxièmement l’auteur présente la figure d’Ernst Junger d’une façon inhabituelle (mais qui a lu son extraordinaire et passionnant journal de guerre de l’allemand, arrive, sans peine, aux mêmes constats que notre plumitif).

L’histoire de ce barman juif, abreuvant de ses cocktails les grosses légumes de la collaboration et les officiers supérieurs de l’armée d’occupation, pourrait être, en elle même, très intéressante et aurait fait un très bon supplément vacance pour le Monde ou Le Figaro. J’en ai lu d’excellents cet été par exemple, pour rester à la même époque, sur le théâtre durant l’occupation. Un journaliste, pas plus qu’un historien, est un romancier. Que chacun reste à sa place. C’est ce qui manque à la France d’aujourd’hui: une verticalité des valeurs.

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