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Bataille de chats d'Eduardo Mendoza

25 Avril 2025, 13:50pm

Bataille de chats d'Eduardo Mendoza

 

J'aime que l'on me raconte des histoires. Pour cette raison je fréquente peu la littérature française contemporaine car elle est pauvre en imaginaire. Je préfère voir ailleurs.

C'est une joie lorsque je découvre, comme ici avec Eduardo Mendoza, un vrai conteur. Au delà du livre que je suis en train de lire, j'espère avoir trouvé une source de romans qui m'entraineront loin dans l'espace et le temps. Dans « Bataille de chats » c'est à Madrid en 1936 à la veille de la guerre civile que le lecteur est projeté. Le chaudron politique qu'est le Madrid d'alors est vu par Anthony Whitelands, un expert en peinture espagnole, trentenaire aux amours en déshérence et dont la carrière piétine. Il débarque dans la capitale espagnole pour expertiser la collection de la famille du duc de La Igualada. Il y débusque un Velasquez inconnu. Cette découverte peut être la chance de sa vie. Ce qu'il ne sait pas, c'est que l'on fait pression sur le duc pour vendre le tableau pour financer une insurrection de la Phalange. Le gouvernement Républicain qui a eu vent de l'affaire veut empêcher cette vente, de même que les rouges instrumentalisés par Moscou. Certains militaires dont Franco regroupés autour du général Mola voudrait que la vente leur profite et non à la phalange. Quand au gouvernement anglais il verrait bien le tableau à la National Gallery... Si Antony est un expert en peinture classique espagnole, il ne comprend à un peu près rien à la politique du pays ou deux camps s'opposent absolument mais ces deux partis adverses sont eux mêmes divisés en factions antagonistes... Notre amoureux de Velasquez l'est aussi des dames, ce qui va compliquer considérablement sa situation déjà fort inconfortable. Le bel Anthony s'amourache de la fille du duc qui elle, est amoureuse de Primo de Rivera, le fondateur de la Phalange. Elle profite du coeur d'artichaut d'Anthony pour le manipuler, mais pas forcement dans la même direction que celle de son père, de sa mère ou de son frère, un proche de Primo de Rivera ce dernier trouvant l'anglais sympathique... Pour se simplifier encore la vie Whiteland a des sympathies pour une très jeune prostituée. Cette dernière le colle avec pugnacité espérant que ce gentleman l'emmènera en Angleterre. On apprendra que la jeune fille est en contact avec un agent soviétique qui ne veut pas du bien à Anthony... Je ne voudrais pas tout dévoiler des avanies déboires et calamités qui fondent sur le naïf britannique pour ne pas gâcher votre plaisir de lecture. Au fur et à mesure du récit Antony devient un peu moins naïf . Excédé d'être le jouet des uns et des autres, il décide de passer à l'action...

La grande originalité du roman, outre qu'il est passionnant (Anthony va-t-il se sortir du guêpier dans lequel il s'est précipité?) est de présenter différents protagonistes de la futur guerre d'Espagne sous un jour nouveau et sans manichéisme. Mendoza, comme par exemple Philip Kerr, parvient à faire parler ces personnages historiques d'une manière crédible. Ainsi passe, José Primo de Rivera (le fondateur de la phalange), Azana, le président de la République espagnole, le général Franco, le général Mola (qui fut le véritable préparateur du soulèvement), le général Sanjurjo et quelques autres*. Tous ces gens qui sont présentés ici ou là comme des imbéciles ou des monstres sanguinaires sont montrés ici plutôt comme des hommes de bonne volonté et intelligents mais incapables de trouver une solution au délitement de leur pays. Ils semblent résigner à se précipiter dans l'abime, prenant les plus mauvaises décisions aux pires moments. Il ne faut pas oublier que d'une part l'effondrement de la République espagnole trouve sa première cause dans le désir d'émancipation de la Catalogne et non plus que c'est le général Mola qui lui portera le coup de grâce en refusant la main tendu d'Azana, qui lui proposait rien de moins que le ministère de la guerre. Ce refus jettera la République espagnole dans les bras de l'extrême gauche. Le lecteur d'aujourd'hui connait la suite, une guerre civile qui fera des milliers de morts et ruinera le pays pour des années. La plupart des protagonistes que l'on rencontre dans le roman trouveront la mort dans cette guerre sanglante*.

C'est avec beaucoup de pédagogie que Mendoza parvient à nous présenter l'inextricable situation de l'Espagne au début de l'année 1936 et cela sans jamais alourdir son roman qui est paradoxalement en regard des temps tragiques qu'il décrit parfois très drôle. Les scènes très réussies de vaudeville ne manquent pas.

Avec la même légèreté que Mendoza nous explique l'inextricable imbroglio politique ibère, il réussit à immiscé dans son récit un véritable exposé sur la vie et l'oeuvre de Vélasquez.

J'ai déjà écrit plusieurs fois que je divisais les romanciers en deux catégories: les historiens ou les géographes. Mendoza parvient à être les deux à la fois. Car si l'auteur nous brosse un tableau historique très convaincant, il nous promène également dans le Madrid des années 30 et l'on peut suivre aisément les pérégrination du héros sur carte de la ville. Le Madrid que nous décrit le romancier est une ville où il fait frisquet et ou il neige (il est vrai que la dernière fois que je suis allé à Madrid, c'était en février et il y faisait un froid de gueux. Les churros trempés dans le chocolat chaud chez san Gines étaient les bienvenus.). Peut être une pique malicieuse contre la capitale espagnole du barcelonais Mendoza...

Le mélange d'humour d'Histoire et d'espionnage ainsi que la naïveté du héros font penser à d'autres livres comme « Le tailleur de Panama » de John Le Carré, à « Notre agent à La Havane » de Graham Greene ou encore « L'innocent » de Ian Mc Ewan.

 

 

* José Primo de Rivera sera fusillé par les républicains, les généraux Mola et Sanjurjo mourront chacun en 1937 dans des accidents d'avion. Azana décédera en exil en France en 1940

 

Commentaires lors de la première parution de ce billet

 

ismau28/03/2015 15:18

Juan Marsé m'a été vanté à de nombreuses reprises par une amie grande spécialiste de la littérature hispanique ( c'est elle également qui m'avait fait découvrir Mendoza ) . De Marsé, je ne connais que « Boulevard du Guinardo », qui se passe comme ses autres romans dans les bas-fonds de Barcelone où il a passé son enfance . On y retrouve également une évocation intéressante de la période franquiste, et des particularités politiques de la Catalogne … avec ce qu'il faut d'ironie - ex. dans cet autre livre : http://www.babelio.com/livres/Marse-Lamant-bilingue/54621
Marsé a eu plusieurs prix littéraires en Espagne .

lesdiagonalesdutemps28/03/2015 17:48

Merci voilà qui va augmenter ma liste de livres à me procurer.

ismau24/03/2015 18:42

Je ne connais pas Zafon, et bêtement de Maspero juste la petite bibliothèque … encore des lacunes que je me ferai un plaisir de combler si je trouve le temps, ou la capacité de lire plus vite !
Mais je connais un peu Juan Marsé - compatriote barcelonais de Mendoza - écrivain de grande valeur, également à découvrir .

lesdiagonalesdutemps24/03/2015 21:55

C'est à mon tour de confesser mon ignorance, le nom de Juan Marsé ne m'évoque rien pourriez vous m'en dire un peu plus.

ismau24/03/2015 16:20

J'ai lu de Mendoza un petit livre extrêmement drôle et très bien écrit «  Sans nouvelle de Gurb » paru en français en 94 . C'est histoire d'un extraterrestre parti sous diverses apparences aussi discrètes qu'inattendues, à la recherche de son coéquipier disparu dans Barcelone ( lui simplement dissimulé sous les traits de Madonna ) Il découvre notre monde et tient un journal de toutes ses observations, prétexte à une satire délirante – réjouissante ! - de notre modernité … Voilà qui m'avait donné envie de lire un autre Mendoza . Votre billet relance mon projet, d'autant que « Bataille de chats » semble avoir l'avantage supplémentaire d'apporter des connaissances historiques fort intéressantes .

lesdiagonalesdutemps24/03/2015 16:33

C'est en effet un livre fort intéressant et agréable à lire. J'ajouterais à mon billet que Mendoza d'après ce livre, j'ai envi d'en lire d'autres dont celui dont vous me parlez, a des points communs avec son compatriote Zafon même sens du suspense mais aussi les défaut d'avoir des personnages secondaire un peu stéréotypés et de brusquer la conclusion de son ouvrage en revanche comme zafon il bénéficie de la traduction de François Maspéro et ce n'est pas rien (avez vous lu Le sourire du chat de Maspero, où il n'y a pas plus de chats que chez Mendoza mais qui est une merveille).

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Le jardin des orchidées dans le jardin botanique de Singapour (5 et fin)

25 Avril 2025, 12:34pm

Singapour, mars 2025, photo B.A.

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RESSASSER?

25 Avril 2025, 06:36am

 

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Paris, printemps 1986

 

 

 

Même dans un mauvais livre tel que « L'homme de peine » de Claire Gallois on peut trouver une phrase qui justifie et illustre parfaitement une de vos actions; ainsi si je publie sur ce blog des photos où parmi elles se trouvent certains de mes anciens amis c'est comme l'écrit Claire Gallois que l' << on a un devoir de mémoire envers les gens qui vous on été proches et, par la même occasion, envers soi. >> et non comme m'écrit un des trop rares commentateurs de ce blog (qu'il soit remercié pour ses interventions) pour ressasser le passé. Il me semble que pour qu'il y ait ressassement du passé, il faudrait que mon présent soit vide et que je demande aux souvenirs de combler cette béance. Force est de constater, et dans une certaine mesure le blog en témoigne, que ce n'est pas le cas. Outre le devoir de mémoire que j'évoque précédemment, il y a moult raisons pour que je publie des images des garçons (entres autres) qui ont traversé ma vie, certains quelques secondes et d'autres plusieurs années. D'abord (ou enfin) ces images sont un peu comme des bouteilles à la mer. J'espère un peu follement que l'intéressé, par delà l'abîme des ans, se reconnaitra (cela est arrivé une fois) ou qu'un proche du modèle, se souvenant de lui me contactera, pour me donner de ses nouvelles. Ce cas s'est produit pour deux personnes.

Je crois que j'ai toujours photographié en ayant l'idée absurde, qu'en figeant un être dans une fraction de seconde de sa vie, si possible un moment heureux, j'arrêtais le temps et en quelque sorte pérennisais son bonheur...

J'ai toujours d'autre part considéré les passants de mon existence, comme des romans que les hasards et les circonstances m'avait empêché de lire jusqu'au bout. Je voudrais tant connaître les chapitres suivants de chaque être; surtout lorsque ma maladresse m'a fait refermer le livre brusquement. Alors j'espère toujours que ces images sur la toile me permettront d'ouvrir de nouveau ces livres dont je n'ai pas toujours su bien lire les incipits.

Mon presque grand âge m'a peut être conduit vers l'altruisme par des chemins bien tortueux ainsi j'aime aussi faire partager les beaux visages et les beaux corps que j'ai eu la chance d'admirer et parfois ne pas savoir bien voir ni bien aimer. Par devoir envers eux, mes billets sont un sursaut naïf contre l'oubli.

J'ai pu aussi constater en faisant défiler les images de garçons que j'ai prises (vous n'en connaissez qu'une petite partie, pour la raison principale, mais pas la seule, que beaucoup d'entre elles n'ont pas été encore numérisées) qu'au fil des années j'ai emmagasiné tout un corpus d'images qui montre les changements dans leur aspect et leur environnement des adolescents d'ici et d'ailleurs. Sans pour cela, avoir jamais eu comme but une quelconque exhaustivité sociologique dans ma démarche, choisissant mes modèles que d'après mes goûts du moment.

Je m'aperçois aussi, avec le recul, que ces photos ( je parle de celles de garçons) et toutes les autres étaient une manière de documenter ma vie. Si le numérique avait existé; j'aurais fait beaucoup plus d'images; d'une part parce que l'argentique était beaucoup moins souple d'utilisation que le numérique, les appareils étaient plus gros (donc moins discret) et la prise de vue nécessitait plus de lumière et, que d'autre part, pour les photos intimes elles étaient soumises au regard des développeurs et tireurs...

Et puis pour en revenir au partage en un temps où il m'est impossible d'exposer mes images en France dans une galerie (Si vous avez des cimaises et êtes un peu suicidaire pensez à moi), la rubrique "images volées des temps enfuis" est une manière d'exposer mes photographies.   

 

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Bonheur et volupté

25 Avril 2025, 06:31am

 
(...) et qu'est la volupté elle-même, 
sinon un moment d'attention passionnée du corps ?
Tout bonheur est un chef-d’œuvre : la moindre erreur le fausse, 
la moindre hésitation l'altère, la moindre lourdeur le dépare, 
la moindre sottise l'abêtit.
Marguerite Yourcenar - Mémoires d'Hadrien
 

 

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Herbin au Musée de Montmartre

25 Avril 2025, 06:29am

Paris, mars 2024

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Museo Egizio de Turin

25 Avril 2025, 06:27am

Le Museo Egisio de Turin est peut être le plus beau musée au monde consacré à l'Egypte pharaonique.

Turin, novembre 2023

 

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Un mardi à Roland Garros sous la pluie

25 Avril 2025, 06:23am

Machac

Borges

Interruption de la rencontre par la pluie

Victoire de Machac en 3 sets

Paris, mai 2024

 

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Roland Garros aux couleurs de l'olympisme

24 Avril 2025, 15:29pm

Roland Garros aux couleurs de l'olympisme (1)

Bublik et Nedovyesov

Bublik

Le double brésilien

Belle victoire des brésiliens

Rencontre historique pour le tennis probablement la dernière confrontation, la soixantième entre Nadal et Djoko.

Djoko

un jeune spectateur fatigué

facile victoire de Djoko

Paul - Fritz contre

Raonic-Augier Alliassime

Fritz

Fritz face à Raonic

Augier Aliassime

Victoire de Paul et Fritz potentiels vainqueur du tournoi de double.

Paris, lundi 29 juillet 2024

 

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JEUNES BAIGNEURS NAPOLITAINS (4)

24 Avril 2025, 15:22pm

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Naples, Italie, aout 1985

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POUR UN SOLDAT PERDU DE ROELAND KERBOSCH

24 Avril 2025, 15:15pm



Hollande, 92 mn, 1992
Andrew Kelly, Elsje de Wijn, Freark Smink, Gees Linnebank, Jeroen Krabbé, Maarten Smit, Moniek Kramer, Rients Gratama et Valerie Valentine.
 
Réalisé par Roeland Kerbosch. Scénario : Roeland Kerbosch, d’après le scénario original de Don Bloch. Directeur de la photographie : Nils Post. Copisiteur : Joop Stokkermans. 
Disponible en VO et VOST.
 
Avec: Andrew Kelly, Elsje de Wijn, Freark Smink, Gees Linnebank, Jeroen Krabbé, Maarten Smit, Moniek Kramer, Rients Gratama, Valerie Valentine.
 
 
Résumé : 
 
La rencontre amoureuse de Jeroen, jeune hollandais de 12 ans, et d’un soldat canadien un peu perdu, en pleine guerre mondiale.
 
L’avis critique
 
A l’automne 1944, les troupes alliées délivrent la Belgique et le sud des Pays-Bas, mais le nord du pays reste encore aux mains des allemands. Les cheminots hollandais se mettent en grève, en représailles, les nazis coupent les vivres et le fuel dans la partie du pays qu’ils occupent encore. Cet hiver sera nommé ”hunger winter”: l’hiver de la faim. Les allemands restaient, eux, bien nourris et chauffés. Les rafles des juifs pour les camps de la mort se poursuivaient (50 000 pour la seule Amsterdam). Beaucoup d’amsterdamois moururent de faim et de froid, d’autant que ce dernier hiver de guerre fut exceptionnellement rigoureux. Les parents qui le purent envoyèrent leurs enfants à la campagne, où la nourriture manquait moins, dans les familles d’accueil. Voilà le substrat historique sur lequel se déroule cette histoire.
 
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Rudi van Dantzig fut l’un de ces enfants. Il vivra, jusqu’à peu après la fin de l’occupation, printemps 45, au nord de la province de la Frize, dans une famille de pêcheur. En 1986, il tire un récit autobiographique romancé de cette expérience, une émouvante nouvelle intitulée: ”Veer een verboren soldaat”. Elle traite pour une large part de l’amitié sensuelle qu’il développa avec un soldat de l’armée canadienne.
Van Dantzig fut longtemps célèbre à Amsterdam en tant que danseur étoile du ballet des Pays-Bas, puis encore plus reconnu comme chorégraphe. La nouvelle devint aussitôt un best-seller. Traduite en anglais et publiée à Londres par Bodley Head en 1990 sous le titre: ”For a lost soldier”. En 1992, Roeland Kerbosch tourne le film librement inspiré du livre, et portant le même titre. Le film reçut un accueil tiède tant de la part de la critique que du public hollandais. Au printemps 1993, le film tourne en Amérique du nord, d’abord dans les festivals, puis dans le circuit commercial.
Les critiques hollandais trouvèrent le film trop joli, trop gentil comparé à la noirceur de la nouvelle; mais le grief principal fut le traitement de l’histoire d’amour trop explicite selon la critique alors que la nouvelle laisse planer l’ambiguité sur les relations exactes entre le garçon et le soldat. Ces mauvaises critiques, et surtout le sujet sulfureux, expulsa rapidement le film des grandes salles vers un petit cinéma de l’ouest d’Amsterdam, fréquenté par un public mélangé: survivants de l’hiver de la faim et amateurs de garçons. Le bouche à oreille fut bon, et le film connu un relatif succès durant l’été 1992.
 
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Si le film n’est pas un parfait chef-d’oeuvre, c’est à cause de la séquence initiale où l’on voit Rudi van Dantzig adulte, joué par l’américano-hollandais Jeroen Krabbe (l’acteur fétiche des débuts de Paul Verhoeven), chorégraphe faisant répéter par de jeunes danseurs, absolument splendides dans leur collant brillant, un ballet commémoratif de la libération. Cette entrée en matière n’est pas complètement convaincante et surtout ne s’intègre pas avec le reste du film. Mais aussitôt que “Pour un soldat perdu” revient quarante ans en arrière, il devient beaucoup plus vivant. Nous découvrons le garçon de douze ans fourré dans un camion, à l’aube, avec d’autres enfants, inquiets d’être séparés de leurs parents. Puis nous le voyons s’adapter lentement à sa nouvelle famille, à la fois simple et profondément religieuse, comprendre et apprendre peu à peu la langue frisonne. Les canadiens libèrent la Frise. Le garçon attire l’attention d’un soldat de cette armée; flirter avec lui, en tomber amoureux, devenir son amant, et avec angoisse, le perdre quand partent les troupes. Le jeune interprète, Maarten Smit est parfait. Son visage est non seulement beau, mais surtout remarquablement expressif, le rôle demande une grande variété d’humeurs. Lors d’une interview télévisée en 1992, il a alors quatorze ans, il déclara que pleurer ne lui posa aucun problème, il n’avait qu’à imaginer sa mère en train de mourir, rire lui fut plus difficile, il pensait que son rire était faux et que cela le faisait trembler à chaque fois. Autocritique injustifiée, le garçon est toujours très naturel dans la peau de son personnage.
 
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Andrea Kelby est convaincant dans le rôle charismatique et quelque peu énigmatique du soldat canadien, caché derrière ses lunettes noires, qui au milieu des incertitudes de la guerre, est capable de s’abandonner émotionellement au garçon, comme Jeroen s’abandonne au soldat. Andrea Kelby forme un excellent contraste avec la fraîcheur du jeune Smit à la présence magnétique.
La grande qualité du film est son authenticité. Il fut tourné dans le même village frison où van Dantzig a passé ces mois de guerre. Le réalisateur, Roeland Kerbosh a lui aussi été envoyé dans un village de la Frise durant l’hiver de la faim. Le travail de la caméra est sobre, sans mouvement inutile. Mais c’est grâce au tact et à l’honnêtetè de la mise en scène de la relation sentimentale et physique entre l’homme et le garçon qui fait que ce film n’a aucun égal dans le cinéma pour la franchise et le charme. Par exemple la scène dans laquelle le garçon et le soldat font connaissance... Le soldat conduit une jeep. Le garçon marche sur la route, rentrant à la maison. La voiture le dépasse. Le soldat lui demande de monter. Le garçon tourne les talons et repart en sens inverse. La jeep fait demi-tour, repasse devant Jeroen, tête haute, un léger sourire taquin aux lèvres. Quand la voiture fait à nouveau demi-tour, le garçon arborant maintenant un large sourire se retourne et se met au milieu de la route, barrant le passage au véhicule. Smit et Kelby interprètent parfaitement cette petite scène qui sera à jamais gravée dans la mémoire du spectateur.
Les deux ”amoureux” s’adonnent à des jeux brutaux et fougueux. Cette étrange intimité entre ces deux corps est filmée sans gêne ni complexe. Nous voyons l’homme et Jeroen s’embrasser, se mettre nus, chahuter sous les couvertures, tout cela filmé avec un grand naturel. Le rapport physique est condensé par un long gros plan sur le visage du garçon lors de l’acte sexuel. Nous les découvrons plus tard étendus sur le lit en une étreinte relâchée. Toutes ces scènes qui pourraient être graveleuses sont tournées avec beaucoup de tact et de pudeur qui, paradoxalement en renforce l’audace. Le dialogue minimum, Jeroen parle peu d’anglais et le soldat pas du tout de néerlandais, ajoute à l’intensité de leur relation. Le film est dialogué en trois langues: le frison, le néerlandais et l’anglais, langues quelque fois incomprises par l’un ou l’autre des personnages.
 
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“Pour un soldat perdu” magnifiquement joué et réalisé célèbre la découverte de l’amour. Avec optimisme, ce film ne dit rien d’autre que la découverte de l’amour physique, même à treize ans, peut-être une belle chose. Le fait que les deux protagonistes soient du même sexe et d’age différent ne semble pas être le plus important, mais que l’essentiel est dans la simplicité d’âme du soldat et du garçon. ”Pour un soldat perdu” est un film lumineux.
En France,contrairement aux magasins Virgin, la FNAC à refusé de vendre la VHS du film.
Puisque j’avais été l’éditeur de ce film en VHS en 1995, je pensais qu’il serait possible de le sortir en dvd; mais mon distributeur me dit alors (en 2003) qu’il refusait de le distribuer...
 
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Les propos du réalisateur
 
 
Ils essayent chacun de définir leur sexualité. Ce sont des personnages seuls et solitaires. L’environnement où ils sont ne leur convient pas, et c’est une raison pour pour laquelle ils sont attirés l’un par l’autre. Ils ne parlent pas la même langue. Quand Jeroen arrive d’Amsterdam il ne comprend pas le dialecte frison, quand au soldat il ne parle que l’anglais. Ce sont des circonstances qui les rapprochent. Ils sont environ une semaine ensemble, pas plus. Cela ne pouvait pas être plus qu’une aventure. Le soldat devait suivre son régiment et quelques semaines plus tard la mère du garçon allait le ramener à Amsterdam. J’ai voulu montrer que ces relations doivent être considérées individuellement. Notre culture n’encourage pas la reconnaissance de la sexualité des enfants. Je suis surpris du nombre d’hommes, et pas seulement des gays qui ont eu ce genre d’expérience dans leur jeunesse. Beaucoup de gens sont venu me voir, me dire qu’ils ont eu une aventure similaire et que le film les les avait d’autant plus ému. Je ne m’étais pas rendu compte que cela arrivait si souvent et bien sur, pas seulement pour les garçons mais aussi pour les filles.
Le soldat dit: ”Dès que je t’ai vu j’ai su que tu étais mon genre de mec”. Ce n’est pas une approche sexuelle. Parles moi de toi, est le sens de la scène. Au départ la scène était beaucoup plus longue. Le soldat racontait sa vie au Canada, Jeroen, marchant à ses cotés, écoutant d’une oreille distraite. Nous avons coupé au montage pour ne pas ralentir le film. De la peut-être quand Walt demande quel genre de mec es-tu? cela parait plus intéressé, mais ce n’est pas une invitation.
 
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Lors du tournage le garçon qui joue Jeroen avait treize ans. C’est un garçon vif et intelligent cela n’a pas posé un problème intellectuel, la communication a été très facile. Je crois que durant le tournage il a beaucoup appris grâce à l’excellent contact qu’il a eu avec les autres acteurs. Je crois que ce film a été pour lui un très bon moyen de découvrir sa propre sexualité. Le jeune homme qui interprète le fils du fermier est dans la vie un proche ami de Marten Smit, et est gay. Il a renseigné le garçon sur l’homosexualité pour préparer le tournage.
La seule scène qui a gêné les acteurs est celle où le garçon mord le doigt du soldat. La scène de rapport sexuel a été assez difficile. C’était gênant car tout le monde savait ce que cela signifiait. Le garçon aussi, bien qu’il n’est jamais eu cette expérience. Le jour de tournage a été très dur. Nous étions tous très fatigués et l’acteur qui joue le soldat était tendu et de mauvaise humeur. Le même jour nous avions tourné la scène d’adieu du soldat, quand il rentre avec Jeroen et parle à son père adoptif. Ce soir la l’acteur qui jouait le soldat rentrait en voiture à Amsterdam, le jour suivant il m’a dit au téléphone qu’il avait pleuré en chemin car pour lui c’était un véritable adieu aux scènes les plus importantes du film. Il m’a dit j’ai pleuré car j’ai réellement dit adieu au garçon alors que nous avions une formidable relation. Il restait encore quelques jours de tournage, mais c’était des scènes beaucoup plus faciles moins intimes.
 
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Dans le livre les scènes de sexe sont beaucoup plus explicites, plus crues. Le déroulement de la relation est plus long. Dans un film il est interdit de montrer un pénis en érection. Bien que je trouve cela ridicule, c’est un fait. Si vous cherchez une audience il faut faire quelques concessions. Cependant je n’ai pas l’impression d’avoir fait des restrictions significatives. Mon intention était de rendre plus chaleureuse la relation entre le garçon et le soldat que dans le livre où elle est assez froide et plus sexuelle que romantique contrairement au film.
Il y a vingt ans on n’aurait  pas pu faire un tel film et le montrer aussi librement. Je savais que dans un premier temps le public touché serait d’abord le milieu gay; mais le bouche à oreille fonctionnant le public intéressé dépasse largement le strict milieu gay. Je pense que ce film peut toucher tout les publics.>>.
 

Commentaires lors de la première parution du billet

 
Salut Bernard
Ai reçu hier une copie sous titrée en anglais du film POUR UN SOLDAT PERDU achetée sur EBay.Je l'ai visionné hier soir.C'est un très beau film..plein de tendresse...Par contre j'ai noté une erreur factuelle...le drapeau du Canada montré dans les festivités de la Libération ne date que de la fin des années 1960 ou début de 1970???
Merci pour cette découverte
Yves
 
Posté par Yves, 05 février 2008 à 17:36
 
Le réalisateur veut nous faire croire qu'il est "interdit" de montrer une scène de sexe frontale, or ça n'est pa vrai du tout, d'ailleurs il ajoute que c'est lié à la recherche d'un certain public. Par conséquent, pas de public, pas de fonds, pas de film. Pourtant, le refus des concessions, c'est possible. Manifestement un film beaucoup plus lisse (par rapport au livre).
Posté par jef, 25 juin 2008 à 15:10
 
J'ai adoré ce film. Mais je n'ai pas trouvé le livre, sauf en version pdf.
 
Bien sur, il y a beaucoup de différences entre le livre et le film. Ce sont peut-être des différences sans importance. Mais alors, pourquoi modifier ainsi le livre?
 
Dans le fond, je préfère le film au livre. Car dans le livre, il me semble évident que le soldat abuse le garcon. Je dirais même qu'il le viole. Le garcon a mal. Mais il l'accepte, parce qu'il aime le sodlat.
 
Le plus émouvant, c'est sa prière impie: mon Dieu, faites que le soldat soit toujours mon ami, et faites que personne ne le sache...
 
Dans le livre, ce qui m'étonne, c'est l'habileté avec laquelle Rudi peut raconter son histoire, avec l'esprit d'un enfant. Le plus touchant, c'est que Jeroen avoue ne rien comprendre aux agissements du soldat. Il ne fait pas le lien entre les caresses et le plaisir sexuel, qu'il n'éprouve pas encore. Son affection pour le soldat est donc tout à fait sincère. Et la peine qu'il éprouve après son départ, est véritablement une peine d'amour.
 
Mais je dois dire que l'attitude du soldat me choque beaucoup. Dans le livre, il est dur, avec le garcon, et il ne s'inquiète pas de le blesser. De plus, il n'a jamais essayé de retrouver le jeune garcon, alors que, des années plus tard, Jeroen le cherche encore.
 
 
Pour un fois qu'on voit un soldat canadien dans un film européen, je regrette beaucoup qu'on lui donne le mauvais role. Si j'avais eu la chance de ce soldat, j'aurais abandonné la guerre et l'armée, et je me serais installé dans le Friesland avec Jeroen.
 
 
Moi aussi, j'ai adoré cette scène, où le soldat essai de faire monter le garcon dans sa jeep.
 
 
Malgré la difficulté que ca représente, je suggère aux amateurs d'essayer de se procurer le livre. Les réflexions du jeune garcon y sont fantastiques. Et si personne ne se décide à la faire, je pense bien traduire ce livre en français.
 
Enfin, je ne pense pas qu'on puisse présenter ce film aux États-Unis. Je n'en suis pas certain, mais il me semble qu'on y brule encore les sorcières... Aussi, oser raconter une histoire d'amour entre deux garcons, pire encore, entre un jeune homme et un enfant, je pense que ca choquerait l'ensemble du pays. Et bien sur, ces pauvres hypocrites seraient obligés de visionner le film em chachette.
 
Posté par Yvon Verrier, 22 juin 2010 à 08:09
 

 

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