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LA BALLADE DE L'IMPOSSIBLE D'HARUKI MURAKAMI

16 Avril 2025, 15:05pm

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Dans un avion qui le fait revenir en Allemagne (on ne saura pas ce qu'il y fait) wanatabe en entendantla chanson des Beatles "Norvegian Woodse souvient de son entrée dans l'âge adulte il y a de cela une vingtaine d'années. Il se remémore des souvenirs qui l'ont profondément marqué. Le point de départ de cette suite d'évènements a été le suicide de Kizuki son seul ami, alors qu'ils avaient tous deux dix sept ans. S'en suit la relation qu'il a avec Naoko la petite amie de Kizuki après la mort de ce dernier. Watanabe nous raconte pendant deux ans son amour avec la fragile et cadenassée Naoko. Dans le même temps il poursuit une relation compliquée avec une autre jeune fille fantasque, Midori, tout le contraire de Naoko.

Wanatabe se présente comme un garçon sans qualité. Il ressemble en cela au narrateur de « La course au mouton sauvage » et de « Danse, danse, danse ». Comme le héros des deux derniers livres cités Wanatabé, bien que sans ambiguité sexuelle possède unesensibilité quasi féminine. Cette régurgitation des souvenirs, pour la plupart sombres, a pour toile de fond, la vie d'un étudiant modeste dans le Tokyo de la fin des années 60. C'est aussi une suite de portraits des personnes, moins ordinaires que lui, suivant son regard et ses critères, qu'il côtoie. Certaines de ces figures sont rattachées assez artificiellement (pour le plaisir du romancier? mais aussi souvent heureusement du lecteur) à la vie du héros qui ne semble attirer à lui que des « filles à problèmes ».

Tout le livre est fondé sur la réminiscence, c'est en cela qu'Haruki Murakami est un écrivain éminemment proustien, sinon par le style du moins par la démarche. N'a-t-il pas écrit: << Le monde est une lutte sans fin entre un souvenir et un autre souvenir qui lui est opposé.>>.

Wanatabe est passionné de lecture. Il reste étranger à l’agitation politique de l’université, alors en pleine agitation contestataire et s’efforce d’être original, en lisant les auteurs qui ne sont pas à la mode. Le Gatsby de Fiztgerald revient plus d’une fois dans le récit ( Murakami a traduit les oeuvres de Fitzgerald en japonais). Le jeune homme lit aussi Conrad, Faulkner, Hermann Hesse, Thomas Mann, John Updike, Raymond Chandler... Comme on peut le remarquer toutes les références sont occidentales. On peut d'autant s'en étonner que les parents d'Haruki Murakami étaient professeurs de littérature japonaise. Certes Oé et Mishima sont cités mais ne sont pas des lectures du héros que l'on peut considérer, au moins dans ce domaine, comme le porte parole de l'auteur. Dans le numéro d'aout 2012 du Magazine littéraire, Clémence Boulouque suggérait que la prédominance des influences étrangères venait du fait que le jeune Murakami avait été élevé à Kôbe la ville portuaire cosmopolite.

Comme on sait que Murakami a étudié le théâtre antique, tout comme Wanatabe et qu'à un an près il a le même age que son personnage, on ne peut que s'interroger sur la part autobiographique du roman.

On retrouve dans « La ballade de l'impossible », comme l'était la maison dans la forêt dans « Kafka sur le rivage » ou le chalet dans la montagne dans « La course au Mouton sauvage », un lieu hors du monde où les héros se ressourcent, ici une maison de repos dans les collines à proximité de Kyoto.

Comme à son habitude, Murakami aborde, par le biais des grands problèmes de société, dont l'un, s'il n'est pas spécifiquement japonais, est un souci récurrent dans l'archipel: le suicide des adolescents, sujet toujours d'actualité aujourd'hui (le livre a été écrit en 1987, c'est un des premiers romans de l'écrivain; il a paru en 2007 en français, traduit par Rose-Marie Makino-Fayolle) comme le prouve le récent et beau film « Color full ». A lire ce roman on a le sentimentque le suicide faisait (fait?) partie intégrante de la vie des jeunes au Japon.

Toujours un peu en contrebande l'auteur fait passer ses idées, comme son peu d'aménité pour les étudiants révolutionnaires en peau de lapin, presque toujours issus de la bourgeoisie, qui après avoir prôné la destruction des institutions, n'ont rien de plus urgent, une fois leurs études terminées, que de se caser dans une grande firme ou dans l'appareil d'état. On voit par là que le phénomène, que des casaniers auraient pu croire typiquement français, déborde largement nos frontières. Mais surtout il veut nous dire que la mort est en nous dès notre naissance et fait partie de la vie. Paradoxalement cette histoire quelque peu morbide, « Quelle que soit notre vérité, la tristesse d’avoir perdu quelqu’un qu’on aime est inconsolable. La vérité, la sincérité, la force, la douceur, rien ne peut calmer la douleur, et, en allant au bout de cette souffrance, on apprend quelque chose qui ne nous est d’aucune utilité pour la prochaine vague de tristesse qui nous surprendra. »veut également donner une leçon de vie: << S'apitoyer sur soi-même, c'est ce que font les imbéciles.>>.

Avec beaucoup d'acuité psychologique Murakami décrit des jeunes gens romantiquesen proie aux doutes, au spleen et aux rêves qui s'interrogent sur leur place dans la société et tentent de trouver une raison de continuer à vivre malgré des blessures profondes, des disparitions d’êtres chers, des amours impossibles. La ballade de l'impossible est le tableau saisissant des doutes de l'adolescence et parfois de sa vacuité. Encore une fois les personnages parlent et se racontent beaucoup; autre constance dans les romans de Murakami l'absence de jugement sur les faits et gestes des personnages que l'on retrouve ici.

Si ce roman est très agréable à lire, son écriture est particulièrement fluide, et émouvant, néanmoins lisant les passages dans lesquels Midori s'exprime, je me suis encore trouvé face à une interrogation qui me taraude de plus en plus, l'âge avançant, à propos des livres mais aussi des films, pourquoi passer autant de temps avec des êtres virtuels tels Midori, qui, s'ils étaient fait de chair et d'os je fuirais à toutes jambes? Car la dénommée Midori est une pouffe-conne-chaudasse de compétition ce qui rend assez incompréhensible la passivité bienveillante de wanatabe devant l'entreprise de vampirisation dont il est l'objet par la jeune donzelle d'autant qu'il se refuse à consommer la gourgandine qui pourtant ne demande que cela. On attend avec impatience le moment où Wanatabe, par une paire de giffle bien sentie se libérera, et libèrera le lecteur par la même occasion d'une telle emmerderesse; mais Wanatabe, sans conteste un des héros murakamiens les plus gentils, est trop bonne pâte pour cela.

Comme toujours chez Murakami la « bande son » du roman est importante. On y trouve Mile Davis, les Beatles, Les Doors, Bill Evans, Sarah Vaughan mais aussi Mozart et Bach...

Très différent d'autres romans du même auteur, c'est son premier gros succès de vente au Japon, ici le fantastique n'intervient presque pas (ce qui le rend plus facile à lire que d'autres opus de l'auteur), « La ballade de l'impossible » est un roman d'apprentissage et aussi une longue méditation nostalgique. C'est la minutieuse description du parcours initiatique qui entraîne Watanabe à la découverte de l'amour, de la mort et de la folie. Il est difficile en lisant ce livre, surtout si l'on est comme moi un presque exact contemporain de Wanatabe de ne pas penser à sa propre jeunesse. Par exemple lorsqu' il est question d'une date de l'année 1969, on essaye de se souvenir de ce que l'on faisait, où on était, avec qui... C'est d'autant plus facile de faire la comparaison avec ce que vit Wanatabe qu'il se présente comme un garçon sans qualité, ce qui nous aide à nous identifier à lui.

« La ballade impossible » délivre un message universel contenu dans cette extrait: << Je voudrais que tu te souviennes de moi. Je voudrais que tu n'oublies jamais que j'ai existé et que je me suis trouvée ainsi à tes côtés.>>. Voilà un beau et émouvant roman sur l'entrée dans l'age adulte, malgré une fin obscure qui ne finit rien.

 

Nota: La ballade de l'impossible (Norwegian Wood) a été adapté au cinéma par Trần Anh Hùng.

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STREET ART PARISIEN, SEPTEMBRE 2012

16 Avril 2025, 15:00pm

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Paris, septembre 2012, photo B.A

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RICHARD SERRA AU MUSÉE GUGGENHEIM DE BILBAO

16 Avril 2025, 13:49pm

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Bilbao, Espagne, septembre 2012

 

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Troca 87, équilibre sur bicyclette

16 Avril 2025, 13:44pm

Troca 87, équilibre sur bicyclette
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Troca 87, équilibre sur bicyclette
Paris, aout 1987

Paris, aout 1987

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Casa Batllo

16 Avril 2025, 13:40pm

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La casa Battlo à Barcelone serait un peu la demeure rêvée qu'aurait fait édifier  le capitaine Nemo une fois posé son sac à terre, tant la mer en a inspiré chaque forme. Pourquoi n'aurait-il pas choisi Barcelone? D'ailleurs son sous-marin est "garé" à quelques rues de là. Mais fi de ses élucubrations, ce palais chantourné fut construit par le génial Gaudi pour un riche industriel Catalan au début du vingtième siècle. Un très beau et bon petit livre en français entre autres existe  sur cette surprenante construction aux éditions Dos de Arte.
Cette série d'images prises lors de ma visite en ces lieux le mois dernier, me permet de vous conseiller d'en faire de même et avant cela, j'engage tous les mateurs de nouilles, les amoureux de l'architecture contorsionniste, les fondus du balcon ouvragé et de la cariatide épileptique à se rendre sur un site épatant qui semble avoir pour but de traquer l'art nouveau dans le moindre coin de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs. Les textes sont à la fois érudits et chaleureux mais jamais pédants; on y trouve même des adresses pour déjeuner dans un cadre art nouveau! Les photos sont très belles. Une mine d'idées pour de belles promenades vouées à l'architecture et à la décoration (les meubles et bibelots ne sont pas oubliés) de la belle époque.

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Barcelone, mai, 2008.

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TANGER 54 DE MONA THOMAS

16 Avril 2025, 13:13pm

Tanger 54

Tout commence lorsque le comédien Gérard Desarthe, chine dans une brocante de Normandie, le portrait d'un jeune maure au regard triste, tracé sur un papier grossier. Outre qu'il trouve le travail splendide, il remarque que celui-ci est signé Burroughs, le célèbre écrivain de la beat génération, et daté Tanger 54. Il montre sa trouvaille à une amie « critique d'art », Mona Thomas qui s'entiche à son tour de l'oeuvre mais met en doute son attribution à Buroughs. Mona Thomas se lance dans une enquête pour découvrir le véritable auteur du portrait, c'est la narration de ses démarches et hypothèses sur le nom du peintre qui est l'objet du livre.

Le portrait est reproduit au début de l'ouvrage, il est ici en fin de l'article. Pour ma part je l'aurais acheté uniquement en raison de la signature ayant assez peu de gout pour les maures... Avant d'entamer la lecture du livre j'y suis allé de ma supposition qu'en à l'identité du créateur du dessin. Tout comme l'auteur de Tanger 54, le nom du lieu et la signature supposée apposés sur la feuille m'ont immédiatement aiguillé vers un artiste anglo-saxon. L'influence de Picasso que j'y ai décelée m'a fait pencher vers Keith Vaughan (1912-1977)... Allons voir si la quête de Mona Thomas corrobore mon intuition.

 

 

Jack Kerouac, Peter Orlovsky & William Burroughs à Tanger en 1957

 

Par une sorte d'illumination Mona Thomas décrète immédiatement que le modèle du portrait ne peut être que Yacoubi un des nombreux amant gigolo arabe de Paul Bowles, ce qui est probable mais pas certain car un autre amant de Bowles, Mohamed Choukri, l'auteur du "Pain nu" pourrait bien être aussi un client sérieus. Il suffit pour s'en convaincre de lire son livre, "Paul Bowles, le prisonnier de Tanger. De son amitié avec Paul Bowles, Mohamed Choukri a tiré ce témoignage à charge contre Paul Bowles où il révèle le coté sombre de l'américain ses relations compliquées avecWilliam Burroughs, Allen Ginsberg Truman Capote ... et le mystère qui entoure le couple étrange qu'il forme avec son épouse Jane. L'auteur en vient à avouer: «Dans mon livre sur Paul Bowles, j'ai tué mon second père." 

 

 

 


Shukri Mohamed est né en 1935 à Beni Chiker, un village du Rif marocain (il est mort à Rabat en 2003). Élevé dans une famille pauvre, la violence de son père l'obligea à fuir à seulement onze ans. Il va à  Tanger où il se prostitue. C'est alors que probablement il rencontrera Paul Bowles qui sera son mentor mais plus tard au début des années 60. Shukri a en quelque sorte pris la suite de Yacoubi mais Paul Bowles a probablement connu Shukri avant Yacoubi.

 Ce livre est une sorte de repère historique dans la production d'essais (je ne sais pas comment désigner ce texte autrement que par ce mot. L'ouvrage mêle récits et considérations sur l'art); en effet visiblement Mona Thomas a fait toutes ses recherches pour trouver l'auteur du dessin en ne levant jamais ses fesses de sa chaise de bureau, tout ce qu'elle a appris semble lui être venu par internet, apparemment elle n'a fait aucune recherche en bibliothèque ni visite sur place (une visite de Tanger n'est pourtant pas désagréable même s'il n'a plus beaucoup de rapport avec le Tanger d'il y a soixante ans et celle à Londres me parait indispensable aux vues de la direction que prend les hypothèses de Mona Thomas). Je la soupçonne même de n'avoir lu que les deux livres qu'elle fait figurer dans la « bibliographie ». Il faut tout de même oser faire une bibliographie de deux titres dont celui de Farson, intéressant récit sur la vie de Bacon, presque aussi mal rédigé que ce « Tanger 54 ». Le reste des informations ont donc été collectées sur la toile sans que jamais ne soit cité les noms des auteurs des sites auxquels Mona Thomas empreinte des passages entiers qu'elle recopie ou dont elle s'inspire, j'ai ainsi eu la surprise de reconnaître des bribes du texte que j'ai écrit sur l'infortuné JOHN MINTON!

 

 

 

 

   

                 Elephant Fording A River 1952 Francis Bacon
 

 

 

Certaines pages sont si mal écrites que leur compréhension en est difficile. Mais il est très intéressant que Mona Thomas pose des questions, pas si souvent soulevées, essentielles sur l'art et son marché, comme qu'est ce qui fait la pérennité d'une oeuvre d'art, qu'est ce qui justifie le prix d'un tableau? qu'est ce qui permet de l'authentifier ? qui détermine son attribution... 

Un livre c'est d'abord une écriture, j'aime me fendre sporadiquement de tels truismes, or donc le quatrième de couverture de l'ouvrage indique que Mona Thomas est écrivain, à la lire, je subodore que ma poissonnière itou. J'ai eu l'impression que « Tanger 54 » était la transcription d'un long coup de téléphone qu'une dame un peu snob, le livre a un coté name dropping, car elle n'omet jamais de citer une célébrité ou même un clampin vaguement connu lorsque celui-ci intervient dans son histoire, passerait à une de ses copines, lui racontant par le menue, comment elle a trouvé l'auteur d'un dessin qu'un de ses amis, Gérard Desarthe, tout de même, a acheté 20 € dans un vide grenier normand.

 

 

                                    Denis Wirth-Miller with Francis Bacon

 

Malgré, son absence de qualité littéraire, le livre est très intéressant pour quiconque étudie, ou a un penchant, pour les marges interlopes de la production littéraires et artistiques des années 50. En ce temps là, Tanger était le rendez-vous de tous les artistes homosexuels de la planète, en particulier des anglo-saxons, et de quelques autres... La plupart y venait faire de ce que l'on appelait pas encore du tourisme sexuel profitant de la proliférante prostitution des adolescents. Pour ne pas faire d'anachronismes moralisateurs, je rappellerais qu'à l'époque des relations homosexuelles entre adultes consentants étaient passibles des tribunaux en Angleterre. La figure centrale de cette communauté était l'écrivain américain Paul Bowles (très curieusement décrit dans le livre comme « un radieux biquet blond »!) qui lui demeurait à Tanger alors que les autre n'étaient que des résidents de passage. On y rencontrait pour de plus ou moins longs séjours, Francis Bacon et son tumultueux amant d'alors Peter Lacy ainsi que les peintres Robert Rauschenberg, Minton, Denis Wirth-Miller (influence souvent occultée de Francis Bacon) sans oublier Yacoubi, le gigolo préféré de Bowles, peintre à ses heures et peut-être le modèle du portrait, les écrivains Cyril Connolly, Burroughs, Tennessee Williams, voilà pour les premiers rôles. On y croisait aussi plus fugitivement Lucian Freud, Ian Fleming, Allen Ginsberg, Truman Capote, Jack Kérouac...

 

Radio Tanger International
Radio Tanger International ©

 

 

 

Si je me suis précipité sur cet ouvrage dès sa parution, ce n'est pas en souvenir du Tanger que j'ai visité dans les années 70, mais parce que j'ai entendu parler de la ville dans sa grande époque par mon ami et peintre Jean-Claude Farjas qui a travaillé de 1952 à 1955, à radio Tanger international. Il y fréquentait beaucoup alors Paul Bowles. Si Jean-Claude Farjas était encore de ce monde je me précipiterais chez lui pour qu'il me montre les pages de son journal intime relatif à ces années là, journal qui serait à publier ne serait-ce que sur la toile. Les passages de "Tanger 54" sur Paul Bowles corrobore complètement ce que me racontait Jean-Claude Farjas sur cet écrivain... (sur Jean-Claude Farjas on peut voir mes billets: pour de souvenir de l'hommage à Jean-Claude Farjas à la mairie du VI ème   Il y a dix ans disparaissait Jean-Claude Farjas).

La quête de Mona Thomas pour trouver l'auteur du mystérieux dessin est bientôt éclipsée par le tableau qu'elle fait de la relation sado-masochiste qu'entretient Bacon et son amant, Peter Lacy. On en vient à se demander si l'enquête pour l'attribution du dessin n'est pas en réalité un prétexte pour brosser le paysage à la fois mondain, crapuleux et intellectuel de l'enclave international de Tanger à la fin de la domination française; où, pour 500 pesetas (20€), on préférait s’offrir un garçon plutôt qu’un tableau de Bacon, mais c'est sans doute prêter une intention murement réfléchi à l'auteur qui a plus probablement écrit son livre au fil de la plume oubliant sa première intention. Elle parvient tout de même dans ce texte cahotant à forcer à la fin l'émotion. Il n'en reste pas moins que l'on en vient à s'interroger sur la véracité de l'histoire du dessin trouvé miraculeusement dans une brocante normande...

Tanger 54, s'il ne révèlera rien de nouveau en ce qui concerne la vie de Bacon, celle-ci indissociable de son oeuvre, a le mérite de la mettre en perspective, certains pans de celles-ci. Bien que Mona Thomas n'aille pas au bout de ces supputation, on peut comprendre que Bacon est indirectement responsable du suicide de son ami Minton et que Bacon a reproduit avec Dyer, qui prendra dans le coeur de Bacon, la suite de Lacy, en l'inversant celle qu'il avait avec Peter Lacy ce qui conduira au suicide Dyer

 

 

 

  

deux tableaux peint en 1956 par Francis Bacon

 

 

Si Mona Thomas ne sait pas écrire, elle sait au moins voir, ce qui n'est paradoxalement pas aussi courant pour une critique d'art. Son regard sur les tableaux de Bacon donne envie de les revoir, ce qui n'est déjà pas si mal.

J'ajouterais que des passages entiers de la relation entre Bacon et Lacy sont très largement « inspirés » par un article de John Richardson, historien d’art et ami de longue date de Francis Bacon, publié dans un numéro du New York Review of Books, où John Richardson, connu pour être un des biographes de Pablo Picasso, relate plusieurs anecdotes personnelles sur Francis Bacon et sa vie amoureuse.

J'ai rêvé de ce qu'aurait pu être un tel ouvrage, qui reste à lire pour ceux qui s'intéresse à l'art moderne, écrit par Didier Blonde, grand et talentueux rêveur sur les traces du passé et illustré par Pierre Le Tan éternel nostalgique du Tanger de cette époque. 

       

 

«William Burroughs, Tanger 54» (David Boeno)

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GERHARD RICHTER, PANORAMA, AU CENTRE POMPIDOU

16 Avril 2025, 13:00pm

 

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Malgré les critiques d'art qui parviennent à trouver de la cohérence dans n'importe quelle oeuvre, cette recherche me paraît pour Richter vaine. L'artiste allemand a constamment cherché sa voie, ce qui l'a amené parfois à mon avis dans des impasses, mais cette quête est tout à son honneur, c'est la démarche naguère de Picasso et aujourd'hui de David Hockney. Il n'en reste pas moins qu'il a été fortement marqué par le contexte historique dans lequel il est né et ensuite a travaillé. Il est difficile qu'il en soit autrement lorsque l'on est né à Dresde en 1932, un an avant l'arrivée au pouvoir des nazis et que son oncle est mort au front durant la guerre et que sa tante souffrant de troubles mentaux a été éliminée par le Troisième Reich; à treize ans il voit sa ville natale détruite par les bombardement anglo-américain. Il a vécu toute sa jeunesse en Allemagne de l'Est sous le joug soviétique qu'il parvient à fuir en 1961, date à laquelle il s'installe à Dusseldorf.

 

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Ce qui est surprenant chez Richter c'est qu'il peut produire dans le même temps une toile abstraite et une toile figurative.

Je diviserais sa production en quatre grands groupes dont les chronologies interfèrent tout d'abord une peinture plus ou moins objective où je rassemblerais les toiles peintes d'après photos, comme l'escadrille de Mustang datant de 1964, elles sont alors le plus souvent en noir et blanc, et des peinture plus récente en couleur comme Betty, proche de l'hyper réalisme, cette fois en couleur. Ces images sont parfois directement autobiographiques. Ensuite viennent les toiles pour lesquelles il est sans doute le plus célèbre. Elles consistent, le plus souvent en des portraits, parfois en pied, peints toujours d'après photo d'une manière hyper réaliste mais avant que la peinture soit sèche le peintre parcourt toute la surface de la toile avec une brosse sèche donnant un effet de flou. Cette technique, peu utilisée, mais Richter n'est néanmoins pas le seul à utiliser ce procédé, donne des oeuvre souvent plaisantes au regard (comme Ema, nu sur un escalier) mais leur multiplicité fait que le procédé devient plus présent que l'image elle même ou que le discourt qu'elle est censée véhiculer. Autre direction des recherches de Richter, une sorte de réactualisation de Duchamp, ce qui me paraît parfaitement sans intérêt, tant Duchamp a rendu inopérant toutes tentatives pour ressusciter le ready made. Mais il ne faut pas oublier à la décharge de Richter que lorsqu'en 1961 à son arrivée à l'ouest toutes la production moderne et contemporaine « capitaliste » fut pour Richter un grand choc esthétique.

 

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en référence avec le nu descendant l'escalier de Duchamp

 

J'en vient maintenant à ce qui a retenu mon attention et pour lequel je me suis déplacé au Centre Pompidou, l'oeuvre abstraite de Richter pour lequel, une fois que les anecdotes de ses autres tableaux auront fané, restera dans l'histoire de l'art un grand peintre. Devant ces toiles on se dit en admirant la subtilité des couches de peintures, les première réapparaissant par endroit grâce aux grattage méticuleux de l'artiste, la plupart de ces toiles demandent une élaboration de plusieurs mois, que Richter est l'égal de Pollock. Quelques autres toiles abstraites également très réussies appartiennent au courant de l'abstraction lyrique.

 

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Parmi ses autres investigations plastiques, je retiens la série nages qui par des moyens différents de ceux de Rothko conduit le spectateur au même vertige que lorsqu'il est devant une panneau de l'américain.

 

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Le Centre Pompidou fait des progrès en ce qui concerne l'accrochage de ses expositions, celui ci est clair et esthétique et mérite parfaitement sont titre de panorama, citons donc le (ou la) commissaire qui se nomme Camille Morineau. Petit plus pour une fois les photos sont autorisées sauf pour les oeuvres provenant de la National Gallery d'Ottawa!       

 

 

 

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Paris, juillet 2012    

 
 

 

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