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Retour à Brideshead d'Evelyn Waugh

5 Septembre 2025, 06:33am

Retour à Brideshead d'Evelyn Waugh (réédition complétée)

moumoune-0001.JPG

mon volume présenté par mes Aloysius à moi

 

Il y a des livres mères à la façon des mères vinaigrières que l'on entretient précieusement pour qu'elles nous fournissent un vinaigre de vin maison et de qualité; pour cela mieux vaut la nourrir de bons crus plutôt que de piquettes. Il est difficilement contestable que nombre de romanciers britanniques ont versé leur talent, plus ou moins grand, sur « la mère » qu'est « Retour à Brideshead » (prononcer brailledzhède) d'Evelyn Waugh (1903-1966) pour produire leur roman. Je n'en citerais que deux (en raison de ma mémoire défaillante et de ma culture bien limitée en ce qui concerne les lettres anglaises modernes et contemporaines), récemment commentés sur ce même blog. Je veux parler de Graveney hall de Linda Newberyet L'enfant de l'étranger d'Alan Hollinghurst. Je ne condamne pas d'emblée cette forte influence, pour ne pas dire plus, sur certaines oeuvres, surtout lorsqu'elles sont supérieures à leur modèle. C'est le cas de L'enfant de l'étranger d'Alan Hollinghurst dont la construction par exemple est très supérieur avec le romande Waugh.

Tous ces livres ont de nombreux points communs; tout d'abord celui d'être plus ou moins centrés sur l'histoire d'amour entre deux jeunes hommes, d'avoir pour protagonistes des membres de la gentry anglaise et surtout d'être hantés par la présence d'une vaste demeure. On peut remarquer que les vénérables logis ont une grande importance dans la littérature anglaise que l'on pense par exemple à la saga des Forsyte de Galsworthydont un des tomes s'appelle « Le propriétaire »...

 

Il est également intéressant de noter que la posture du narrateur par rapport à la famille Flyte est assez comparable à celle d'un des personnages de « L'enfant de l'étranger », Paul Bryanvis à vis de la famille Valance et à celle du héros deLa ligne de beauté du même Alan Hollinghurst avec la famille qui l'accueille. Posture pas si éloignée de celle du narrateur dans "La recherche". D'ailleurs un des personnages du roman, l'efféminé et extravagant, Anthony compagnon d'étude et surtout de plaisir de Charles et Sebastian à Oxford, n'est pas sans rappeler Charlus (qui est cité par un autre protagoniste de l'histoire).Cet Anthony est ouvertement homosexuel. Il se révèlera le seul personnage lucide et vraiment sincère. On le suit lui aussi à travers les années . Cest le seul qui ne change pas vraiment et qui reste fidèle à lui-même. Il y a néanmoins de la part de Waught dans ce personnage, pourtant très réussi, une incohérence d'écriture qui le rend un peu improbable. Pendant toute la partie qui se déroule à Oxford on peut supposer, par les réaction des autres étudiants envers lui et les aventures cosmopolites véritables ou fantasmé qu'il est juif et puis bien des années après, lors d'une soirée (excellemment décrite) dans un bar interlope fréquenté par des gigolos et leurs michetons, Anthony se présente à Charles comme un métis d'indien, ce qui ruine l'image que l'on c'était faite jusque là de ce protagoniste.

 

Le point de départ du livre est le remémoration des souvenirs de Charles Ryder, 39 ans qui se souviens de sa jeunesse et de son amour pour Sebastien Flyte, lorsque le hasard de la guerre fait qu'il se retrouve en cantonnement, nous sommes en 1943 ou 44 et Ryder et ses camarades s'apprètent probablement à participer au débarquement en Normandie, même si ce n'est pas clairement précisé, aux abords de Brideshead le chateau de la famille deson ami, propriété qui l'avait ébloui lorsqu'il l'avait découverte en compagnie de Sebastian.

Même si le narrateur est Charles, les personnages les plus saillants de ce roman sont les membres de la famille Marchmain (Marchmain est le nom du lieu où est érigé le château, leur nom de famille est Flyte): les deux soeurs, Julia et Cordelia, les deux frères Sebastian et Bridey et leurs deux parents.

Sebastian est au centre de la narration, même s'il n'est plus présent après la première moitié du récit (ce qui fait que je préfère le début du livre lorsque Sebastian et Charles découvre la liberté d'exister dans l'ambiance bien particulière des collèges d'Oxford). Sebastian nous est décrit ainsi à la page 59: << Il était magnifiquement beau, de cette beauté épicène qui, dans l'extrême jeunesse, appelle à voix haute l'amour et se flétrit à la première bise (...) Je connaissais Sebastian de vue bien avant de le rencontrer. C’était inévitable car, dès la première semaine de son séjour, il apparut comme l’homme le plus remarquable de son année, en raison de sa beauté, qui saisissait, et des excentricités de sa conduite qui semblaient sans limites. Je l’aperçus pour la première fois sur le seuil de Germer ; ce jour-là, je fus frappé non tant par sa mine que par le fait qu’il portait un énorme ours en peluche.>>.

 

Je ne m'avance pas beaucoup en écrivant que si on lit aujourd'hui le roman de Waugh c'est essentiellement en raison du personnage de Julian qui reste gravé dans la mémoire de chaque lecteur en dépit du fait que l'auteur ait si peu utilisé le potentiel romanesque de son personnage. Il l'aurait du beaucoup plus inssisté sur sa première année à Oxford et le voyage à Venise avec Charles qui en a suivi. C'est ce qu'on très bien compris les scénaristes de la série télévisée adapté du roman

 

La religion catholique, qui était celle du romancier, occupe une place importante dans le roman. Elle semble influer considérablement sur la destinée des membres de la famille Marchmain, qui s’en éloignent ou s’en rapprochent tout au long du récit. Cette appartenance très minoritaire dans la gentry anglaise fait qu'ils vivent dans un tout petit monde, presque sectaire. On comprend qu'à travers ses personnages Evelyn Waugh règle ses comptes avec sa religion pour laquelle, il est peu amène montrant combien elle peut entraver la vie. Sur ce point on peut encore voir la similitude avec Graveney hall de Linda Newbery.Le rigorisme extrême par exemple de la mère de Sebastian et de Julia est en contradiction avec l'esprit de l'époque à laquelle se déroule la majeure partis des péripétie du roman, celui des années folles, donc avec une ambiance assez particulière, où l'art de vivre et les mœurs de l'aristocratie anglaise tentent de s'adapter sans y parvenir tout à fait.

Il est toujours un peu puéril, mais tentant, de chercher les clés de personnages de romans. Mais il est admis que c'est l'honorable Hugh Lygon, second fils de William Lygon, 7e comte Beauchamp qui fut le modèle de Sebastian Flyte, le catalyseur de "Retour à Brideshead". Le peintre William Bruce Ellis Ranken (1881-1941)fit le portrait du père et du fils, et comme ilne faut pas oublier que le narrateur du roman, Charles Ryder, est peintre, on peut subodorer qu'il pourrait emprunter certains de ses traits à Ranken.Dont quelques tableaux pourrais être signé Ryder d'après les descriptions des toiles du narrateur qu'en fait Evelyn Waugh. Ce dernier à croisé Hugh Lygon à Oxford. A. L. Rowse croit que les deux être amoureux), où tous deux étaient membres du Club des Hypocrites. Hugh Lygon fut tué par un homme ivre. Il mourut d'une fracture du crâne  alors qu'il assistait aux Jeux olympiques de Berlin en 1936 avec son ami, l'artiste Henry treuil, fils de Dame Newborough. On se croirait dans un roman de Philip Kerr! (mais il y a d'autres versions de la fin du jeune homme...).  La maison familiale de Lygon, Madresfield, a été appelée la Brideshead « réel>> Comme dans le roman le père d'Hugh a été contraint de quitté l'Angleterre non pour avoir une relation extraconjugale affichée mais parce qu'il était menacé d'être accusé de sodomie. Ce serait la cause pour laquelle, son fils aurait sombré dans l'alcoolisme.

 

 

penrose-stairs: dear-sebastian: William Bruce Ellis Ranken: painter, traveler, and all-around dish.   Wonderfully HD examples of his work might be found here.  I’ve seen many of his paintings sold on auction sites under the name “William Rankin” for some reason.
Ranken et ses dessins représentant Hugh Lygon

 

Dans sa biographie de Waugh parue en 2009 - Mad World : Evelyn Waugh et les Secrets de Brideshead - Paula Byrne affirme qu'elle a mis au jour des preuves concluantes que Waugh a eu une relation physique avec Hugh Lygon, y compris une lettre écrite à Oxford. Waugh a ouvertement reconnu qu'il avait eu plus d'une relation homosexuelle à Oxford...

Le contexte de l'écriture de ce roman n'est pas anodin. Il a été composé en sixmois entre décembre 1944 et juin 1945alors qu'Evelyn Waugh, s'était fracturé le péroné lors d'un entraînement de parachutisme. Il profita de sa convalescence pour écrire ce qu'il appelait son magnum opus. Cependant, en 1950, il écrivit à Graham Greene: << J'ai relu Brideshead Revisited et suis horrifiée >>.Rédigé en pleine guerre, en un temps de privation, on sent constamment dans le livre, la nostalgie pour un temps où il était facile de s'amuser et de vivre en esthète désenchanté comme le fait le père de Julia et de Sébastian et surtout pour une époque qui ne connaissait les restrictions alimentaires. Il y a de nombreuses scènes de repas dans lesquelles on sert des mets fins accompagnés de grands vins dans « retour à Brideshead ». Il est certain que l'auteur en écrivant ses passages essayait de se consoler de la frugalité de ses menus du moment. Mais à part ce sentiment de regret d'un temps révolu, il y a curieusement peu d'allusions aux événement de l'époque sinon dans les quatre vingt dernières pages. On voit bien que Rex (Rex comme rexisme?) emprunte certains traits à Oswald Mosley, le chef des fascistes anglais, mais sur ce sujet c'est beaucoup moins convaincant que dans « Contrepoint » d'Aldous Huxley... D'autant qu'à la fin de l'histoire Rex a complètement changé de bord...

 

dear-sebastian: On today’s installment of The Lissome And The Dead: Hugh Lygon. Called “the lascivious Mr. Lygon” by Evelyn Waugh, Hugh is remembered as being an endearingly dim bulb who was never on time, who rarely responded to letters, and who “drifted around Oxford like a lost boy, a Peter Pan who refused to grow up.”  After his father, threatened with charges of sodomy, was forced to leave Britain, Hugh began a not-so-slow descent into alcoholism, and died at age thirty-two from head injuries sustained while on a motoring tour.  Waugh was magnificently successful in destroying all correspondence between himself and Lygon, leaving the precise nature of their relationship as a topic of rather half-hearted debate.  It is certain that Waugh and Lygon became close after meeting through the most flamboyant institution on campus (the Hypocrites’ Club.)  A. L. Rowse, Nancy Mitford, and Waugh himself have all intimated, with varying degrees of coyness, that the two slept together.  Most tellingly, of course, is the matter of Waugh’s intensely homoerotic novel, whose homoerotic focal point is unambiguously derived from Lygon.  So while it is crude to boil a man’s life down to a game of “did they didn’t they,” I personally consider this debate to be exceptionally settled.   All week, I’ve been trying and failing to find more Lygonny sources, and have consequently decided that, if no letters from Hugh are recovered before I die, I’ll just have to convert and personally punch Evelyn Waugh on his ectoplasmic nose.

 

 

A l'époque à laquelle a été rédigé le livre, il était quasiment impossible de mettre en scène d'une manière frontale l'homosexualité si bien que les rapports entre Sebastian et Charles paraissent étranges, mais c'est justement la description de ces chastes rapports amoureux (bien qu'on puisse les imaginer autre) qui font en partie le charme des premiers chapitres dans lesquels on ne peut, comme tous ceux qui l'approchent, qu'aimer Sebastian qui promène partout son grand ours en peluche, nommé Aloysius avec lequel il des conversations des plus sérieuses. Une de mes grandes angoisses une fois arrivé à la fin du roman, est que l'on ne sait pas ce qu'est devenu Aloysius...

Dès le début par le ton de ces mémoires de Charles Ryder on sent que cette histoire finira mal mais on veut néanmoins espérer, lorsque tout va bien entre Charles et Julia, que cela va durer, même si les personnages eux mêmes ont le sentiment que leur bonheur sera éphémère... Charles est hanté par le passé, sa nostalgie tourne à la mélancolie: << Ces souvenirs, qui sont toute ma vie, car nous ne possédons rien de certain, à part le passé-, étaient toujours avec moi.>>.

L'écriture de Waugh, bien traduit par Georges Belmont est fluide tout en réservant de grands plaisirs de lecture. L'auteur fait évoluer la personnalité de ses personnages. C'est particulièrement le cas avec celle du narrateur, heureusement pour l'intérêt du livre car il aurait été difficile de rester en empathie avec Charles, ce qu'on parvient parfaitement à faire, s'il était resté le benêt du début du récit. Malheureusement les variations des caractères de certains autres acteurs paraissent assez peu crédibles. C'est le cas notamment de celui de Julia dont les revirements sont assez inexplicables et surtout de celui de son père, lord Marchmain qui passe soudainement d'esthète libertin à vieillard atrabilaire.

Le magazine Timea classé ce livre parmi les 100 meilleurs romans de tous les temps. Cela aurait pu être vrai si la première moitié du roman avait tenu dans sa seconde partie les espoirs que l'on pouvait mettre en elle.

 

Nota:

1- Le livre a fait l'objet en 1981 d'une adaptation en mini série TV de 11 épisodes (interprétée, entre autres, par Jeremy Irons) qui a connu un grand succès en Angleterre. Cette mini série, renommée en français, « Retour au Château »a la bonne idée d'insister sur la joyeuse première année de Charles et de Sebastian à Oxford et surtout de développer leur voyage à Venise chez le père de Sebastian. Elle globalement très bien jouée et fidèle au roman. En 2008 Julian Jarrolda adapté le roman pour le cinéma en un film d'un peu plus de deux heures avec Emma Thompson, Matthew Goode et Ben Whishaw entre autres. Initialement le film devait être mis en scène par David Yates. Le réalisateur anglais a finalement dû se désengager du projet pour réaliser Harry Potter et l'Ordre du Phénix. C'est alors Julian Jarrold qui a prit sa place à la tête du film. On ne retrouve pas du tout l'esprit du livre dans ce film qui met en scène une sorte de ménage à trois entre Charles, Julia et Sebastian et montre qu'il y a inceste entre Sebastian et Julia; ce qui n'est absolument pas dans le livre, même si on peut envisager que la faute qu'évoque Julia lors d'une soirée capitale avec Charles pourrait être celle là...

 Je conseillerais, comme presque toujours, de lire le roman avant de regarder les adaptations qui en ont été faites. (vous pouvez télécharger le film ci-dessous)

 

Retour au château, langueur et décadence

une image de la série avec à gauche Jeremy Iron

 

Brideshead Revisited, le film

 

Brideshead Revisited 1

 

Brideshead Revisited 7

 

Brideshead Revisited, 2
 
Brideshead Revisited, 3

 

Brideshead Revisited, 8

 

Brideshead Revisited 5

 

Brideshead Revisited, 6

 

Brideshead Revisited, 4

 

Ben Whishaw
 

2- Aime t-on les livres que l'on lit toujours pour de bonnes raisons? (Ou autrement dit nos misérables contingences influent elles sur notre jugement littéraire ) Sans doute pas et je pense que c'est mieux ainsi... J'aime Retour à Brideshead pour des raisons qui seront irrecevables pour beaucoup... Lorsqu'en passant les grilles de mon jardin, j'eusse aimer écrire celle du parc mais ma demeure est bien plus modeste que celle des Flyte, je suis confronté à des faciès peu ragoutants d'indigènes venus d'une planète ignorée du temps de mon enfance, il m'est donc agréable de fréquenter durant 600 pages des membres de la gentry anglaise dont certains possèdent cette carnation du visage d'un rose nacré qui n'appartient qu'à eux et que rehausse le cendré des cheveux dont souvent une mèche ombre leur front... L'inconvénient avec les résidents et les passants de Brideshead est qu'Evelyn Waugh les fait agir souvent comme des imbécile qu'il ne sont pas. Cette incohérence est a rajouter à d'autres qui troublent le portrait psychologique que ce fait le lecteur des protagonistes. Là encore me vient une réflexion essentiellement dictée par mon début de sénilité: Quand l'âge venant, vous vous apercevez que vous avez côtoyer durant l'essentiel de votre vie une majorité de bas de plafond (et encore regardant autour de moi (et en arrière) je n'ai pas trop à me plaindre) et vous avez encore plus tendance qu'en votre jeunesse à chercher entre les pages des romans des êtres d'une hauteur de vue que vous n'auriez que peu de chance de croiser dans votre marigot quotidien. En cela « Retour à Brideshead » ne m'a pas complètement comblé... En revanche j'ai eu l'émotion d'y découvrir que j'avais eu mon Sebastian. Il est même présent sur ce blog puisque je l'ai photographié à plusieurs reprises. Je vous laisse à vos supputations à propos de son identité. Inutile de m'interroger, je ne vous donnerai pas la réponse...

Commentaires lors de la première édition de ce billet:

 

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Les images répertoriées "qu" d'Egermeier

5 Septembre 2025, 06:31am

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qu741 Le journal montré par le scout (le garçon qui montre la revue est-il celui de la photographie en couverture) date clairement la photo: 1942

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Je réitère mon appel. Si vous avez des informations sur Karel Egermeier soyez assez aimable pour me les communiquer. Si vous vous reconnaissez ou si vous reconnaissez une personne de votre connaissance sur ces images, si vous avez une idée sur les lieux et la datation éventuelle des photos ci-dessus n'hésitez pas à m'en faire part. Si sur d''anciens journaux scout vous trouvez des photos signées Aiglon ou Egermeier pourriez vous les scaner et me les envoyer avec la date de parution de la revue. Merci d'avance 

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Quand on a 17 ans un film de Téchiné

5 Septembre 2025, 06:30am

Quand on a 17 ans un film de Téchiné
Quand on a 17 ans un film de Téchiné

 

 

Téchiné a de la chance, les critiques français méconnaissent le cinéma américain, dit indépendant, en réalité formaté pour le festival de Sundance, et ignorent à peu près tout du cinéma gay, si l'on excepte Didier Roth-Bettoni, l'auteur de l'indispensable « L'homosexualité au cinéma » qui depuis ce livre, malheureusement ,ne donne plus beaucoup de ses nouvelles. Si ce n'était pas le cas, les dits critiques ne crieraient pas à l'originalité à propos de ce film, mais remarqueraient que l'argument de « Quand on a 17 ans » est des plus éculés: Deux garçons, en dernière année du lycée, commencent par s'affronter pour bientôt tomber follement amoureux l'un de l'autre. Je ne vous infligerais pas la liste des films qui ont le même pitch tant elle est longue. Le cinéaste a même poussé le mimétisme des américains jusqu'à prendre deux acteurs pour jouer les deux adolescents qui sont plus vieux ou font plus que leur âge.

 

Mais a bien y réfléchir, il n'a pas autant de chance que cela, car les dits critiques assermentés, de leur dense inculture, ne s'apercevrons pas que de cet argument d'une affligeante banalité, Téchiné a réussi à faire un film formidable, en y insufflant son romanesque habituel, toujours sur le fil du rasoir, toujours prêt de verser dans le mélo et réussissant cette fois à n'y jamais tomber, peut être que parce que dans chaque plan du film surgit de l'inattendu pourtant toujours juste. Sans doute Téchine doit cette justesse à sa co-scénariste, Celine Sciamma (scénariste entre autres de Tomboy) qui a su canaliser le trop plein de romanesque du cinéaste. La principale raison pour laquelle on est à chaque instant suspendu au romanesque de l'intrigue est que pour une fois Téchiné est parvenu à l'ancrer dans un tissu sociologique crédible. Car chez ce cinéaste si tous ses films sont intéressants, avant celui-ci aucun était complètement réussi, souvent à cause d'un contexte sociologique peu crédible, parfois en raison aussi d'une erreur de casting. Ici tous les rôles sont remarquables tenus à commencer par ceux des deux jeunes acteurs. Corentin Fila est Tom, le fil métis adopté par un couple petit fermier de montagne. Kacey Mottet-Klein (déjà très bien dans « L'enfant d'en-haut, déjà une histoire de montagne...) est Damien le fils d'une famille plus bourgeoise de la vallée, la mère (Sandrine Kiberlain) est médecin, tandis que le père est militaire. Pourtant lorsqu'ils apparaissent à l'écran, ils ne paraissent pas évident dans leur emploi; mais bien vite ils s'imposent comme les seuls possibles. Et puis il y a bien sûr Sandrine Kiberlain dont de film en film, on cherche le superlatif que l'on pourrait appliquer à son jeu. Le soin dans le choix de tous les petits rôles est également un grand atout du film comme le sont les paysages de montagne de l'Ariège et de Haute Garonne filmés principalement l'hiver; vous remarquerez combien il est rare qu'un film soit situé en hiver, principalement à cause des contraintes climatiques. Téchiné a augmenté la difficulté en multipliant les scènes tournées sur un sol enneigé, exercice très périlleux en raison des traces que peuvent laisser l'équipe à chaque prise. La localisation de l'intrigue m'a fait penser à « Perthus », la belle pièce de Jean-Marie Besset, elle aussi, une histoire d'amour entre deux garçons à la fin de l'adolescence dans les Pyrénées. Il aura fallu attendre son vingt et unième film pour avoir la révélation que Téchiné peut être aussi un grand paysagiste. Merveilleux paysages aussi sont les plans sur les deux garçons nus, apaisés après avoir fait l'amour. La scène de sexe est si belle que l'acte en paraît réinventé. Contrairement à bien des films gay l'obstacle à leur amour ne vient pas à l'extérieur mais ce trouve à l'intérieur d'eux-même. Mais si le film est réussi ce n'est pas seulement grâce à l'excellence des comédiens et la beauté des paysages, c'est surtout parce que ce n'est pas le dialogue qui dessine l'opposition puis la fusion des deux garçons mais la mise en scène. 

Le plus enthousiasmant dans ce film c'est sans doute que l'on est sûr que ces personnages si plein d'énergie auront l'avenir qu'ils auront décidé d'avoir.   

Quand on a 17 ans un film de Téchiné
 
Commentaires lors de la première parution du billet:

 

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Hervé Guibert photographe

4 Septembre 2025, 06:38am

Hervé Guibert
Hervé Guibert
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

Commentaire lors de la première édition du billet:

 

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Ernest Procter - Sur la plage.

4 Septembre 2025, 06:37am

Ernest Procter - Sur la plage.

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La cathédrale, une aventure de Jhen dessinées par Jean Pleyers sur un scénario de Jacques Martin

4 Septembre 2025, 06:36am

La cathédrale, une aventure de Jhen dessinées par Jean Pleyers sur un scénario de Jacques Martin

Une double expérience récente, d'abord la découverte de la cathédrale de Strasbourg, puis la visite d'une exposition autour de l'oeuvre de Jacques Martin dans une galerie parisienne m'a fait explorer ma bibliothèque pour en exhumer un album de bandes dessinée intitulé La cathédrale. Il est dessiné par Jean Pleyers sur un scénario de Jacques Martin. Cette aventure de Jhen se passe principalement dans et aux alentours de la cathédrale de Strasbourg. 

Pour ceux qui ne connaitraient pas Jhen, un petit rappel: Jhen" (appelé "Xan" dans les deux premiers volumes de la saga qui lui est cosacrée), est un jeune architecte italien (selon Jean Players, il a 25 ans en 1431 lorsque Jeanne meurt sur le bucher). Il vit donc en plein  Moyen Age européen. La série déjà plus d'une quinzaine d'albums, avec une majorité dessinée par Pleyers.

Aventures de Jhen (scénario Jacques Martin et dessin Jean Pleyers, jusqu’au N° 9)

1. L'Or de la Mort (1984) 
2. Jehanne de France (1985) 
3. Barbe bleue (1984) 
4. Les écorcheurs (1984) 
5. La cathédrale (1985) 
6. Le lys et l'ogre (1986) 
7. L'Alchimiste (1989) 
8. Le secret des Templiers (1990) 
9. L'archange (2000) 
10. Les sorcières (dessins Thierry Cayman, scénario Hugues Payen d'après un synopsis de J. Martin) (2008) 
11. La sérénissime (dessin Pleyers, scénario Payen, d'après un synopsis de J. Martin) (2009)
12. Le Grand Duc d’Occident (dessin Cayman, scénario Payen) (2011)
13. L’ombre des Cathares (dessin Pleyers, scénario Payen) (février 2012)
14. Draculea (dessin Pleyers, scénario Cornette et Frissen) (octobre 2013)

15. Les Portes de Fer, scénario Cornette et Frissen. dessin Paul Teng (2015)

3. Voyages de Jhen

1. Les Baux de Provence (Yves Plateau et Benoît Fauviaux) (2005) 
2. Paris - Notre-Dame (Yves Plateau) (2006) 
3. Carcassonne (Nicolas Van De Walle) (2006) 
4. Le Haut-Koenigsbourg (Yves Plateau) (2006) 
5. Venise (Enrico Sallustio) (2007) 
6. Strasbourg (texte Jacques Martin et Roland Oberlé, dessin Muriel Chacon) (2008) 
7. Les Templiers (Marco Venanzi) (2008) 
8. Gilles de Rais (Jean Pleyers) (2008) 
9. Paris, ville fortifiée (volume 2) (Yves Plateau) (2009)
10. L'abbaye de Villers-la-Ville (Yves Plateau) (2010)
11. Bruxelles (Nicolas Van de Walle) (janvier 2011)
12. Bruges (Ferry) (mai 2011)
13. Le Mont-Saint-Michel (Yves Plateau) (mars 2012)

En outre Jacques Martin au cours de différentes interview a évoqué les scénarios suivants:

- « Le Boyard Fou » : une poursuite de Moscou à Venise
- « Le Diable Baron » : un tournant dans les relations qu’entretiennent Jhen et Gilles de Rais (de plus en plus soumis à des influences démoniaques)
- « Le Campeador » : les horreurs des guerres religieuses dans le sud de l’Espagne
- « le Condotierre » : intrigues au Vatican

La cathédrale de Strasbourg
 

Si la cathédrale joue un rôle important. Elle représente surtout un somptueux décor. Malheureusement le livre ne s'intéresse pas trop à sa construction même si Jhen y travaille comme architecte. Pleyers ne la dessine d'ailleurs pas en entier et préfère nous montrer sa façade ou sa pointe inachevée, en utilisant souvent des plans dynamiques (plongées acrobatiques, contre plongées vertigineuses etc ...) 

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Le véritable sujet du livre, ce sont les deux châteaux d'Ottrot, près du Mont Sainte Odile. Le récit se passe en fait près d'Obernai et Jacques Martin s'intéresse à l'histoire des lieux de son enfance. Deux familles rivales vivent dans des châteaux voisins, séparés par environ 500 mètres et l'intrigue se concentre sur l'amour impossible de deux adolescents issus des clans ennemis (un remake de Roméo et Juliette). Il nous raconte aussi les manoeuvres louches de l'évêque de Strasbourg qui essaie de vendre ces forteresses à l'Empire Romain Germanique.







 

L'intrigue n'est pas réellement passionnante. Le début de l'histoire expose un mystère que Jhen arrivera facilement à résoudre et on n'y trouve pas cette tension qui existe dans les autres albums. Gilles de Rais est absent et il cela modifie l'ambiance de la série. L'album est assez contemplatif mais on a du plaisir à découvrir ce monde médiéval. Pleyers dessine avec finesse les rues de Strasbourg ou l'intérieur de la cathédrale.



Dans une interview, Jacques Martin avoue qu'il avait eu surtout du plaisir à reconstituer la ville de Strasbourg telle qu'elle était au Moyen Age. Ce gros travail n'apparait toutefois que dans quelques cases disséminées et il n'y a pas de case qui nous montre l'ensemble de la ville. Il y a seulement quelques illustrations comme celle immédiatement ci-dessous.



Par certains côtés, on peut rapprocher cet album de "L'arme absolue". il y a dans les deux cas un aller-retour entre le château (Chillon ou Otrott) et la ville (Strasbourg ou Sion). Il y a aussi cet intérêt pour une histoire bien enracinée dans une région (l'Alsace, le Valais) et richement documentée en faits authentiques. Les villes et les châteaux de l'époque sont magnifiquement dessinés. Jacques Martin se promène sur les lieux de son enfance et imagine une histoire, mais le charme de la reconstitution est plus important que le suspense du récit. Ce voyage dans le passé fait aussi un peu penser à l'histoire des "Sorcières". C'est un album un peu à part dans l'oeuvre de Jacques Martin c'est un de ceux où l'on trouve le plus de sensibilité avec cette histoire d'amour impossible rappelant Roméo et Juliette.

Il faut remarquer qu'il y a pas mal de scènes assez lestes dans les histoires de Jhen (voir la séquence immédiatement ci-dessous). Est-ce que cela tient à la personnalité de Pleyers? Car Jacques Martin introduit peu ce genre de scène dans ses autres séries.

Mais il ne faut pas oublier que Jacques Martin fut obligé pendant la plus grande partie de sa carrière de subir une censure implacable sur le sujet (presse enfantine oblige).
Jhen est né bien après la révolution des moeurs 
Jacques Martin à évoqué ce sujet et a expliqué sa position, notamment à propos de Malua dans "Les proies du volcan", où il avait du tricher tout au long de l'album pour masquer la nudité naturelle de la jeune sauvageonne, et l'astuce qu'il a prise pour sortir les dernières planches de cet album, faites telles qu'il les voulaient .

 

 

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Ribera au Petit Palais (3)

4 Septembre 2025, 06:36am

 

 

 

 

 

 

Paris, décembre 2024

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Art Paris 2016 (2)

4 Septembre 2025, 06:35am

Art Paris 2016 (2)
Art Paris 2016 (2)
Art Paris 2016 (2)
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Shozo Shimamoto

Shozo Shimamoto

Di Rosa

Di Rosa

Di Rosa

Di Rosa

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Geneviève Claisse

Geneviève Claisse

Geneviève Claisse

Geneviève Claisse

Konrad

Konrad

Erro

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Art Paris 2016 (2)
Art Paris 2016 (2)
Art Paris 2016 (2)
Paris, avril 2016

Paris, avril 2016

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quelques photos d'Egermeier

3 Septembre 2025, 06:37am

Une plongée dans les archives d'Egermeier
Une plongée dans les archives d'Egermeier
Une plongée dans les archives d'Egermeier
Une plongée dans les archives d'Egermeier
Une plongée dans les archives d'Egermeier
Une plongée dans les archives d'Egermeier
Une plongée dans les archives d'Egermeier
Une plongée dans les archives d'Egermeier
Une plongée dans les archives d'Egermeier
Une plongée dans les archives d'Egermeier
Une plongée dans les archives d'Egermeier
Une plongée dans les archives d'Egermeier
Une plongée dans les archives d'Egermeier
Une plongée dans les archives d'Egermeier

Je réitère mon appel. Si vous avez des informations sur Karel Egermeier soyez assez aimable pour me les communiquer. Si vous avez une idée sur les lieux et la datation éventuelle des photos ci-dessus n'hésitez pas à m'en faire part.

 

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L'art brut au Grand Palais (2 et fin)

3 Septembre 2025, 06:36am

 

 

Darger

Darger

Darger

Darger

 

 

 

 

Darger

 

 

Paris, aout 2025, photo B.A

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