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HEI YAN QUAN (I DON'T WANT TO SLEEP ALONE) un film de Tsai Ming-Liang

7 Septembre 2025, 07:14am

HEI YAN QUAN (I DON'T WANT TO SLEEP ALONE) un film de Tsai Ming-Liang (réédition complétée)
     

 

Fiche technique :

 
Avec Lee Kang-Sheng, Chien Shiang-Chyi, Norman Atun et Pearly Chua.

 

Réalisation : Tsai Ming-Liang. Scénario : Tsai Ming-Liang. Images : Liao Pen-Jung. Lumières : Lee Long-Yu. Son : Tu Duu-Chih & Tang Shiang-Chu. Directeur artistique : Yip Kam-Tim. Montage : Chen Sheng-Chang. Décors : Lee Tian-Jue & Gan Siog-King.


Taiwan, 2006, Durée : 118 mn. Actuellement en salles en VO et VOST.

 

Résumé :
Malaisie, de nos jours, un chinois sans abri, Hsiao Kang (Lee Kang-Sheng) est tabassé et laissé pour mort par une bande de truands locaux. Des travailleurs bangladais le trouvent et le transportent, dans l’immeuble, laissé inachevé par la crise, où ils habitent. Ils ont également récupéré un matelas sur lequel ils déposent le blessé qui va être pris en charge par l'un d'eux, Rawang (Norman Atun) qui prend soin de lui en un mélange de dévotion et de désir. Il le panse, le lave, le fait manger et petit à petit le remet sur pied. On verra que le matelas sera le trait d’union entre les personnes qui gravitent autour de Hsiao Kang. Dans l’immeuble, on voit vivre Chyi (Chien Shiang-Chyi), jeune chinoise employée par la patronne d’un coffee shop (Pearlly Chua) pour prendre soin de son fils (Lee Kang-Sheng) qui est plongé dans un état catatonique. Sa situation se rapproche de celle de Hsiao Kang. Les deux hommes partagent également une ressemblance physique. Après avoir récupéré ses forces, Hsiao Kang rencontre Chyi par hasard, et à mesure qu’ils deviennent plus intimes, la jalousie de Rawang s’éveille. Rétabli, Hsiao Kang est l’objet des désirs de Rawang mais aussi de Chyi et de sa patronne...

 

L’avis critique

 
Comme à son habitude et comme dans tous ses opus, Tsai Ming-Liang, avec son huitième film de cinéma, nous donne des nouvelles de Lee Kang-Sheng qu'il considère comme son « matériau de départ à partir duquel il peut commencer à créer ». Grand admirateur de François Truffaut, Tsai Ming-Liang tient à suivre son exemple : « ...Si François Truffaut était encore en vie, il tournerait sans doute encore avec son acteur fétiche Jean-Pierre Léaud ! » a-t-il déclaré. Lee Kang-Sheng joue ici un double rôle : celui de Hsiao Kang et celui du fils dans le coma d’une patronne de bar. Je ne résiste pas à citer le malicieux et fort juste portrait qu’en fit, dans Le Monde du 6 juin 2007, Jacques Mandelbaum : « Acteur fétiche, Lee Kang-Sheng, jeune dandy énigmatique, médium impavide et solitaire, déambulant généralement en slip, et attirant à lui, comme le paratonnerre la foudre, toutes sortes de passions muettes, à prédominance sexuelle... » Le réalisateur s’explique sur la passivité (comme toujours) du personnage qu’il fait jouer à son égérie : « Je trouve que Hsiao Kang ressemble beaucoup à ce grand papillon qui vient se poser sur son épaule. Il représente une certaine idée qu’on a de la liberté, une idée qui n’a pas vraiment d’existence dans le monde réel. Sa passivité n’est qu’une apparence, puisqu’à son contact, chacun des autres personnages se trouve. En prenant soin de Hsiao Kang, Norman va se trouver une identité et un rôle dans la vie. Quant à Chyi c’est sa rencontre avec Hsiao et le désir qu’elle a pour lui qui lui fait prendre conscience de l’asservissement dans lequel elle vit. On a tous envie d’avoir quelqu’un à côté de soi quand on se couche... »
Habituellement le cinéaste transpose ses personnages d’un film à l’autre, mais ici les personnages joués par ses acteurs préférés Lee Kang-Sheng et Chen Shiang-Chyi, de tous les films de Tsai Ming-Liang depuis La Rivière, ne sont pas ceux que l’on a déjà vus. Cette fois, ils sont tout en bas de l’échelle sociale.
Pour sa nouvelle réalisation le cinéaste, alors qu’il vit à Taiwan, est revenu dans son pays natal, : la Malaisie. Il faut préciser qu’il est de parents chinois émigrés dans ce pays, comme l’est son héros. Il explique pourquoi : « Je suis né en Malaisie et y ai vécu pendant 20 ans avant de partir à Taiwan et d’y tourner mes films. Mais en 1998, lors de la sortie deThe Hole à Taiwan, la critique a été particulièrement virulente avec moi, très blessante. On m’a accusé de me servir d’une partie des fonds publics pour présenter Taiwan sous un mauvais jour, avec une dimension trop sombre de la société. À ce moment-là, je me suis senti comme un réel étranger et j’ai eu envie de repartir en Malaisie pour continuer mon travail. Mais je n’ai pas réussi à réunir les fonds suffisants pour tourner là-bas et j’ai abandonné mon projet, du moins jusqu’en 2005 où, dans le cadre du 250e anniversaire de Mozart, on m’a proposé de réaliser un film. C’est comme ça que I Don’t Want to Sleep Alone est né. »
On y retrouve pourtant la plupart des invariants de son cinéma : plans fixes hypnotiques où parfois rien ne se passe, mutisme des personnages (d’autant plus que le héros du film ne semble pas comprendre la langue du pays où il se trouve), recoins glauques (tout de même moins que dans Goodbye Dragon Inn), attentes, longueur des plans, exposition des corps, présence de la maladie... Il y a toujours de l’eau, ici une mare stagnante au centre de l’immeuble inachevé. On pisse toujours beaucoup chez Tsai Ming-Liang. Cet acte, ô combien utilitaire, nous vaut une des scènes les plus sensuelles, lorsque Rawan baisse le pantalon de Hsiao Kang pour l’aider à uriner, lui tient les hanches ; derrière le torse nu de Rawan, la caméra s’attarde sur les fesses crispées de Lee Kang-Sheng qui brillent dans un rai de lumière. Mais ce dépaysement apporte aussi son lot de nouveautés, dans son cinéma pour la première fois les êtres humains ne sont pas scrutés par un cinéaste entomologiste. L’empathie de Tsai Ming-Liang ici avec ses personnages tient que comme eux il a vécu et travaillé à l’étranger pendant plusieurs années. On sent que la tendresse qui s’exprime entre les personnages a contaminé le réalisateur. On retiendra la belle scène, traitée en plans longs à hauteur d’homme, où Rawang soigne Hsiao Kang avec tendresse, dévotion et amour. Cette relation n’est pas sans rappeler celle qu’entretenait l’infirmier dans Parle avec elle d’Almodovar avec sa patiente. Scène qui contraste avec les plans courts, pris par une caméra surplombant le corps, des soins déshumanisés à l’hôpital. Quelques séquences sont inoubliables comme celle où Tsai Ming-Liang montre une femme qui masse, savonne, talque et masturbe son fils inerte et paralysé. À mettre en parallèle avec celle de La Rivière où un père caresse son fils, joué par le même Lee Kang-Sheng, dans un sauna de rencontres homosexuelles. À l’omniprésence des fluides s’ajoute cette fois celle de la fumée provenant des continuels incendies de forêts (volontaires en Indonésie) qui enserrent Kuala Lumpur. Cette situation donne une scène fort drôle où l’on comprend alors qu’il ne sera pas facile de faire l’amour dans un monde pollué...

 


Une des très bonnes idées est d’avoir pris comme décor principal un immeuble inachevé qui, outre son intérêt graphique, nous parle de l’histoire récente de l’Asie. En 1997, une grave crise économique a frappé le continent. La conséquence fut l’interruption de la construction, qui était commencée, de grands immeubles de bureaux. Depuis, ils ont été laissés en l’état et offrent ce curieux spectacle de ruines modernes que le réalisateur exploite à merveille. Avant cette crise, le gouvernement malais a fait venir des milliers de travailleurs étrangers pour ces projets immobiliers, comme les tours jumelles Petronas qui furent un temps les plus hautes du monde. Du jour au lendemain, les travaux ont été stoppés et les travailleurs immigrés se sont retrouvés sans emploi et en situation illégale : c’est apparemment le cas des héros du film.
Si les acteurs, comme à l’accoutumée chez Tsai Ming-Liang, ont bien peu de dialogues à dire, le film n’est pas pour autant silencieux, étant envahi par la musique. On passe de La Flûte enchantée de Mozart à la musique populaire chinoise. De nombreux morceaux de musique retranscrivent les réactions des personnages. Il faut dire que le film est produit par le festival de Vienne 2006 en hommage à Mozart. Le film conserve de La Flûte enchantée l’argument initial : Tamino, mordu par un serpent, est recueilli par des fées qui chantent sa beauté durant son sommeil. Les sons triviaux sont également très présents, héritage direct de Godard.

Hei Yan Quan, le titre original chinois, est beaucoup plus politique que le titre international (I Don’t Want to Sleep Alone, « Je ne veux pas dormir seul »). Il signifie soit « les yeux cernés de noir », soit « les yeux au beurre noir ». C’est cette dernière proposition qu’il faut retenir. Le titre fait allusion à l’état dans lequel Rawang récupère Hsiao Kang, mais surtout à un scandale politique malais. En 1999, le vice Premier ministre et ministre des finances Anwar Ibrahim, qui faisait de l’ombre à l’inamovible Premier ministre Mahathir Mohamad, a été victime d’une cabale montée par ce dernier et s’est ainsi vu accuser de corruption et d’actes de sodomie, pratique fermement prohibée par l’Islam. Il a été finalement condamné à 6 ans de prison. Pendant son procès, Anwar Ibrahim est apparu les yeux pochés, résultat des brutalités policières. Une des pièces à conviction était un matelas souillé, que l’on retrouve dans le film The Hole flottant dans une cuve noire remplie d’eau.
Le réalisateur voulait donner le rôle de Rawang à un acteur indien ou bangladais, mais n’en ayant pas trouvé il a dû se rabattre sur un acteur malais. Néanmoins, l’homosexualité étant interdite dans ce pays musulman, il n’a pas pu tourner les scènes de sexe qu’il avait écrites entre Rawang et Hsiao Kang.

 

L’homosexualité, sous des formes multiples, irrigue – parfois discrètement – la plupart des films de Tsai Ming-Liang. Elle n’est jamais le point nodal de ses films, comme l’explicitait le cinéaste en 1997, lors de la sortie de La Rivière : « Il y a dans le monde actuel toutes sortes de gens qui vivent des sexualités différentes et je trouve cela parfaitement sainS’il est vrai que je me sens proche du monde homosexuel, j’ai beaucoup de mal à accepter que l’on classe mes films dans une prétendue catégorie “films homos”. En réalité, on ne sait jamais si Hsiao Kang est homosexuel, on ne peut pas honnêtement considérer que mes films traitent directement de ce sujet. Je cherche au contraire à montrer toutes les formes d’expression sentimentale de la façon la plus naturelle possible, en essayant de briser les différences qu’il y a entre les gens. Je ne fais pas des films sur les homosexuels et je n’irais même pas voir un film présenté comme traitant spécifiquement de ce sujet. »
Il est vrai que l’hétérosexualité n’est pas non plus négligée chez Tsai Ming-Liang, voir le pornographique et fruité La Saveur de la pastèque. Le lesbianisme affleure aussi dans I Don’t Want to Sleep Alone. Mais chez le cinéaste, la sexualité n’est pas qu’un sexe bandé ou humide, elle n’est souvent que cérébrale comme le désir informulé de l’ado desRebelles du Dieu Néon pour le voyou dont la liberté le fascine, très comparable à l’attirance impossible de l’immigré pakistanais de I Don’t Want to Sleep Alone pour le jeune homme victime d’une agression qu’il dorlote. Si dans ces films l’homosexualité est douloureuse à vivre, elle ne l’est pas plus que les autres formes de sexualité. Mais elle est bien toujours là. Dans Vive l’amour !, un jeune homme se dissimule sous un lit sur lequel le garçon dont il est amoureux fait l’amour avec une fille, et se branle au son des gémissements du couple. Dans La Rivière, qui concluait la trilogie commencée par Les Rebelles du Dieu Néon et poursuivie par Vive l’amour !, c’est un fils et un père qui se retrouvent dans la moiteur d’un sauna homo et qui font l’amour sans se reconnaître. DansGoodbye, Dragon Inn, sorte de Chatte à deux têtes Asiatique, c’est la drague homo avec ses inlassables chassés-croisés dans les coulisses d’un vieux cinéma décrépi qui s’apprête à fermer ses portes...
Pour terminer, je vais en revenir au scénario. Che(è)r(e) lecteur(trice), ne croyez pas que l’histoire que j’ai assez laborieusement établie dans le résumé ci-dessus vous apparaîtra claire comme de l’eau de roche à la vision du film. Pour parvenir à ce piètre résultat, j’ai dû lire attentivement le dossier de presse, regarder avec beaucoup de concentration le film, avoir une longue pratique de l’œuvre de Tsai Ming-Liang, posséder quelques lumières sur la géopolitique asiatique et enfin partager quelques fantasmes de l’auteur... Encore qu’avec ces mêmes atouts, vous seriez probablement arrivé(e) à un résumé différent. Mais le vrai plaisir devant I Don’t Want ne réside pas dans l’« histoire », pourtant très riche et profonde et ceci sans aucune pesanteur. C’est dans l’abandon devant les somptueuses images en plans larges, aux cadres savants et raffinés avec leur profondeur de champ vertigineuse qui exsudent la sensualité, que vous atteindrez le nirvana cinématographique.

 

 



 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 
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La cathédrale de Chartres, l'extérieur (2)

7 Septembre 2025, 07:13am

La cathédrale de Chartres, l'extérieur (2)
La cathédrale de Chartres, l'extérieur (2)
La cathédrale de Chartres, l'extérieur (2)
La cathédrale de Chartres, l'extérieur (2)
La cathédrale de Chartres, l'extérieur (2)
La cathédrale de Chartres, l'extérieur (2)
La cathédrale de Chartres, l'extérieur (2)
La cathédrale de Chartres, l'extérieur (2)
La cathédrale de Chartres, l'extérieur (2)
Chartres, mars 2016

Chartres, mars 2016

Commentaire lors de la première édition du billet:

 

 

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Egermeier photographie Peta en octobre 1951 à Champigny

7 Septembre 2025, 07:11am

Egermeier photographie Peta en octobre 1951 à Champigny
Egermeier photographie Peta en octobre 1951 à Champigny
Egermeier photographie Peta en octobre 1951 à Champigny
Egermeier photographie Peta en octobre 1951 à Champigny
Egermeier photographie Peta en octobre 1951 à Champigny
Egermeier photographie Peta en octobre 1951 à Champigny
Egermeier photographie Peta en octobre 1951 à Champigny
Egermeier photographie Peta en octobre 1951 à Champigny
Egermeier photographie Peta en octobre 1951 à Champigny
Egermeier photographie Peta en octobre 1951 à Champigny

Cette fois les images ci-dessus sont issues d'un pellicule 24x36 répertoriée n° 102. Cette pellicule est rangée dans un "albums" (on trouve la photo de l'un d'eux dans l'essai de biographie de Karel Egermeier. Cet album porte le numéro 7 et contient les films 101 à 110 (malheureusement l'album est incomplet, certaines bandes en ont été retirées. Sur la couverture on peut lire de septembre 1951 à décembre 1951. 

Je réitère mon appel. Si vous avez des informations sur Karel Egermeier soyez assez aimable pour me les communiquer. Si vous vous reconnaissez ou si vous reconnaissez une personne de votre connaissance sur ces images, si vous avez une idée sur les lieux et la datation éventuelle des photos ci-dessus n'hésitez pas à m'en faire part. Si sur d''anciens journaux scout vous trouvez des photos signées Aiglon ou Egermeier pourriez vous les scaner et me les envoyer avec la date de parution de la revue. Merci d'avance 

Commentaires lors de la première édition du billet:

 

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c’est ici, oui, ici, que le Génie de l’Empire est

7 Septembre 2025, 07:10am

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 « Souvent, lorsque je suis à Paris et que l’air est doux, je vais m’asseoir sur un banc du square de Cluny qui, entre les ruines du palais et l’asphalte du boulevard Saint-Germain, forme un timide asile de verdure, et, fermant les yeux, je me dis : « Rentre en toi-même, Gabriel, et comprends que c’est ici, oui, ici, que le Génie de l’Empire est, en cette nuit mémorable, apparu à Julien. »

 

Gabriel Matzneff, Boulevard Saint-Germain

 

Commentaire lors de la première parution du billet

 

 

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Nikolai Petrovich Bogdanov-Belsky

6 Septembre 2025, 07:46am

Nikolai Petrovich Bogdanov-Belsky

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Ribera au Petit Palais (4 et fin)

6 Septembre 2025, 07:46am

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Paris, décembre 2024, photo B.A.

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La cathédrale de Chartres, l'extérieur

6 Septembre 2025, 07:45am

La cathédrale de Chartres, l'extérieur
La cathédrale de Chartres, l'extérieur
La cathédrale de Chartres, l'extérieur
La cathédrale de Chartres, l'extérieur
La cathédrale de Chartres, l'extérieur
La cathédrale de Chartres, l'extérieur
La cathédrale de Chartres, l'extérieur
La cathédrale de Chartres, l'extérieur
La cathédrale de Chartres, l'extérieur
La cathédrale de Chartres, l'extérieur
La cathédrale de Chartres, l'extérieur
La cathédrale de Chartres, l'extérieur
La cathédrale de Chartres, l'extérieur
Chartres, mars 2016

Chartres, mars 2016

Commentaire lors de la première édition de ce billet:

 

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Elève Libre, un film de Joachim Lafosse

6 Septembre 2025, 07:44am

Elève Libre, un film de Joachim Lafosse (réédition complétée)

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Fiche technique :

Avec Jonas Bloquet, Jonathan Zaccai, Yannick Renier, Claire Bodson, Pauline Etienne, Anne Coesens, Johan Leysen. Réalisation : Joachim Lafosse. Scénario : Joachim Lafosse et François Pirot. Directeur de la photographie : Hichame Alaouié. Décors : Anna Falguère. Costumes : Anne-Catherine Kunz. Montage : Sophie Vercruysse.

Belgique, 2007, Durée : 105 mn.

Résumé :

Jonas (Jonas Bloquet) est doté de parents évanescents, mère toujours absente et père tout juste bon à verser la pension alimentaire ; à cause de ses résultats médiocres, il est renvoyé de son lycée. Il avait tout misé sur le tennis espérant devenir professionnel, mais les résultats ne sont pas à la hauteur de ses espérances. Son entraîneur lui conseille de ne pas insister. Voilà cet adolescent naïf de seize ans désespéré devant ses rêves qui s'évanouissent. Le salut vient de trois adultes qui décident de le prendre en main et de lui faire passer l’examen de fin d’études secondaires en candidat libre. Petit à petit l’un d’eux, Pierre (Jonathan Zaccai), s’impose comme son unique mentor...

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L'avis critique

Élève libre démontre, si besoin était, que les classiques travaillent encore la société, tout du moins une infime partie de celle-ci, fut-elle belge, car le film (à l’ exception de sa fin) est sous l’égide des Liaisons dangereuses (on peut aussi convoquer pour le cinéma The ServantViolence et passion et pour la littérature La Dispute de Marivaux et Les Désarrois de l’élève Toerless entre autres). Ce n’est pas comme le très sous estimé Sexe intentionsune version moderne de l’œuvre de Laclos mais une variation sur ses thèmes et son climat. La bonne idée est d'y d’avoir remplacé la petite dinde (des Liaisons) par un veau.

Le film débute par le générique en caractères blancs qui défilent sur un fond noir. Simultanément on entend des ahanements qui pourraient être sexuels mais qu’en vieil habitué des courts j’ai reconnu comme étant ceux d’un joueur de tennis frappant la balle de toute sa force et sa hargne. Puis l’image rejoint le son. Apparaît Jonas, environ seize ans, au très joli minois, qui s'avèrera très vite être un lycéen calamiteux qui ne rêve que de devenir tennisman professionnel (on notera qu’une fois encore l’éveil de la sexualité est associé au sport comme dans Douches froides (Anthony Cordier, 2005) et Naissance des pieuvres (Céline Sciamma, 2007)). Mais malheureusement pour lui, si Jonas n’est pas mauvais dans le sport qu’il a choisi, il n’est néanmoins pas assez bon pour intégrer l’élite de son pays, la Belgique.

L’attention au son que révèle le traitement du générique ne se démentira pas jusqu’à la dernière image.

Jonas est renvoyé de son collège ; la directrice ne veut même pas qu’il redouble une nouvelle fois et elle l’aiguille vers une filière professionnelle. De son côté, son entraîneur de tennis ne lui laisse que peu d’espoir quant à faire une carrière dans ce sport.

Nous voilà donc en présence d’un raté que sa passagère fraîcheur garde encore à l’abri de l’abîme. C’est à n’en point douter cette accorte physionomie qui fait que trois adultes, entre trente et quarante ans, un couple, Didier joué par Yannick Renier (que l’on a vu dernièrement dans Nés en 68) et Nathalie interprétée par Claire Bodson, et un célibataire, Pierre, s’intéressent à son cas. En la quasi absence des parents, ils décident de le prendre en main, dans tous les sens du terme, pour faire son éducation intellectuelle, sociale, sentimentale et sexuelle.

Toutes ces informations nous sont données au fur et à mesure de scènes denses et bien menées où tout est signifiant et néanmoins jamais asséné. Élève libre s’il est limpide, ce qui ne veut pas dire qu’il ne soit pas cérébral, demande au spectateur d’être attentif au moindre détail (visiblement jamais laissé au hasard) surtout s’il n’est pas au fait des arcanes du système éducatif belge, et à chaque dialogue, en particulier ceux des nombreuses scènes de repas dans lesquelles, entre la poire et le fromage, il est question de la part du trio d’initiateurs de jouissance clitoridienne, de spasmes de plaisir ou des différentes positions dans les relations sexuelles...

Nous sommes assez près des contes rohmériens. Le ludique et le concept intellectuel prennent vite le pas sur le naturalisme. Mais une fable rohmérienne où les jeux des regards auraient plus de place que les joutes verbales. Je parle d'autant plus de fable que d’une part on sent bien que ce qui intéresse en premier le cinéaste c’est la morale (fort ambiguë à mon sens) que le spectateur peut tirer de cette étrange aventure, et que d’autre part, la facilité avec laquelle le trio arrive si facilement à mettre sous leur coupe le garçon, sans qu’aucun obstacle ne se dresse en travers de leurs desseins, ce qui est assez improbable dans « la vraie vie ».

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Indéniablement, Joachim Lafosse est travaillé par la question de la transmission (c’était déjà le centre d’un de ses précédents films Nue propriété mais dans ce cas, il s’agissait de transmission matérielle). Dans Élève libre, le cinéaste explore la frontière entre transmission et transgression. Il confirme qu’il s'agit d'un des points de départ de son film : « Qu'est-ce qui fait qu'on peut basculer d'un côté ou de l'autre ? À partir de quand, dans l'éducation, passe-t-on de la transmission à la transgression ?.. Jonas est un adolescent curieux qui veut découvrir des tas de choses. Il rencontre des adultes qui lui font croire qu'ils ont les réponses à ses questions. Comme tout névrosé confronté au manque et à la souffrance, Jonas a envie d'un guide et Pierre se positionne exactement à cette place. Il se comporte comme le dépositaire du savoir avec Jonas. » Élève libre traite également de la perversion : « Sortir l'autre de son libre-arbitre tout en lui faisant croire que c'est sa propre démarche... C'est toujours en complimentant les gens qu'on les séduit. J'aimerais que le film donne envie au spectateur de se demander si cette situation est perverse ou pas, ce que c'est que la perversion... Je trouve que le mot "perversion" est galvaudé. Le pervers n'existe que dans le lien avec ses victimes. Il faut qu'il trouve quelqu'un qui accepte de rentrer dans son jeu... Être adulte, c'est être capable de dire : non. Mais il faut qu'on t'ait transmis la nécessité de penser les limites pour que tu puisses les mettre toi-même. Cette question des limites est au cœur de la pensée du psychanalyste André Green, dont j'aime beaucoup le travail. » Les déclarations du réalisateur révèlent un état d'esprit assez puritain, pudibond et politiquement correct. Elles contredisent en partie son film car la relation de Jonas et de Pierre n’est guère différente de celle qu’entretenait dans la Grèce antique l’éphèbe avec son éraste qui transmettait son savoir et son expérience lorsque le plus jeune lui procurait volupté et tendresse. Peut-on considérer cette forme d’échange comme perverse ou marchande ? Dans le cas de Pierre et de Jonas, ce qui gêne le plus c’est que Pierre n’a pas le courage de poser d’emblée les règles de l’échange.

Tout cela nous est asséné sans préambule, sans dialogue ni explication superflus. Ce que l’on apprend, on le sait par l’intermédiaire d’une grammaire cinématographique parfaitement maîtrisée.

La principale question que l’on se pose, dans la première moitié du film, est « quelle est la véritable nature des intentions du trio ? », car on ne comprend pas bien quel est le but de cette sollicitude, sinon de mettre le beau Jonas dans leurs lits. Mais alors on se dit que le stratagème est bien compliqué et chronophage pour nos trentenaires et qu’il n’était peut-être pas nécessaire de déployer autant d’efforts pour arriver à ce but. Le spectateur est surpris de voir ces trois beaux esprits s’évertuer à faire surgir une étincelle de cette jolie bûche et ne pas s’apercevoir qu’il est vain d’attendre de leur élève plus que de médiocres galipettes en leurs couches. Car en plus, le pauvre garçon semble peu doué pour la chose comme le prouve ses fiascos sexuels avec sa copine qui n’est ni une lumière ni une beauté et encore moins une bombe sexuelle ; chez elle pas de salut hormis la position du missionnaire !

Jonas est bien représentatif des nombreuses créatures qui encombrent, de leur certes belle apparence, les bancs des lycées, et pas seulement outre Quiévrain.

On va un moment supposer que Pierre s’est donné ce challenge, c’est lui-même qui emploie cette expression, d’éduquer Jonas pour combler le vide de sa propre vie ou à moins même que ce soit un pur jeu intellectuel pour moderniser le mythe de Pygmalion. À moins encore que cela relève chez lui du plaisir que provoque chez certains le pouvoir qu’ils exercent sur une autre personne. Mais là encore… que de talent pour dominer une pauvre chose qui sera bientôt obsolète. La médiocrité de Jonas fait que l’on reporte notre intérêt sur ces intrigants adultes et, bien vite, surtout sur Pierre qui s’institue le mentor du garçon, éclipsant le couple.

Car le quatuor glisse progressivement vers un duo entre Jonas et Pierre. Dans cette deuxième partie, le film perd un peu du rythme impeccable qu’il avait depuis le début tout en se tendant vers un insoutenable suspense : Pierre va-t-il sauter Jonas ? Mon mauvais esprit ne voit toujours pas alors pourquoi ce puits de science de Pierre (dont on ne sait pas exactement, mais il en va de même pour les autres personnages, ce qui l’occupe professionnellement ni d’où il tire sa confortable aisance) peut se passionner pour ce jeune con sinon pour lui titiller le fion et lui astiquer le chibre ! Ne comptez pas sur moi pour vous vendre la mèche, tant je vous conseille d’y aller voir par vous-même.

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Insensiblement le sentiment du spectateur vis à vis des deux personnages se modifie ; jusqu’ici la bêtise de Jonas et la perversité qui semblait dicter les actes de Pierre empêchaient toute empathie envers eux. Même si pour l’un on était subjugué par sa beauté et pour l’autre passionné par ses manigances. Cependant, confronté à cette histoire le spectateur se sent obligé de se positionner. Et puis petit à petit on s’aperçoit que l’enseignement de Pierre a transformé Jonas et qu’il n’est plus la proie niaise du début tandis que Pierre, comme par un curieux effet de vase communiquant, se révèle plus fragile et qu’il est en fait plus un amoureux qu’un cynique libertin.

La facture du film change en même temps qu’il se recentre sur Pierre et Jonas. Le réalisateur resserre ses cadrages sur le couple. Le procédé transcrit bien l’atmosphère du film qui se fait de plus en plus étouffante à mesure que la relation entre Pierre et Jonas se tend. On ne voit plus l’extérieur qu’à travers la baie vitrée de l’appartement de Pierre. Joachim Lafosse crée une bulle un peu irréelle, une sorte de cocon intemporel. La réalisation s’est ingéniée à gommer ce qui daterait expressément le film. Dès la première image, la tenue de tennis de Jonas n’est pas vraiment du dernier cri, mais assez neutre. Dans un film où l’on parle sans arrêt de sexe, il n’est jamais question du sida ou de préservatif. Les personnages eux-mêmes avec la posture pseudo libertaire du trio et la naïveté de Jonas semblent plus appartenir au début des années 80 qu’au XXIe siècle. Le spectateur attentif remarquera pourtant, par la fenêtre de l’appartement de Pierre, le drapeau belge pendu au balcon de ses voisins, signe que cette séquence a été tournée en automne 2007, époque où les partisans de l’unité de la Belgique affichaient leurs convictions de cette manière.

Pierre est à la fois le mentor et la mère nourricière de Jonas qui désormais vit chez lui. Ce sentiment de protection est en vérité un leurre. L'emprise de Pierre sur l’adolescent s'accroît, à mesure que les tabous tombent un à un. L'intelligence de Pierre est de n'avoir pas agi contre la famille de Jonas mais imperceptiblement de la remplacer peu à peu.

Une des originalités techniques du film est qu’il a été tourné en scope, alors qu’il y a très peu d’extérieurs et pas d’avantage de grands espaces. Mais le scope permet au réalisateur de faire “vivre” dans son cadre au moins trois personnages à la fois. Il est par exemple bien utile pour les scènes de repas. On y voit tout le monde à table sur le même plan, cela évite le champ/contrechamp.

Durant tout le film le réalisateur et son chef opérateur, mariant parfaitement la forme et le fond, adaptent leur technique pour servir le mieux possible le propos des différentes scènes. Le cadre est très souvent serré sur le visage d’un personnage et lorsqu’il s’élargit, la profondeur de champ minimale que donnent les focales longues isole l’acteur par sa netteté sur le flou du décor. Mais parfois les plans sont larges, nets du premier plan à l'infini, comme pour perdre les comédiens dans le champ, ou pour renforcer le contraste entre les intérieurs cossus et feutrés et les propos des plus crus lors notamment des scènes de repas, traitées en plans séquences. Dans celles-ci, les répliques sont parfois cocasses et incongrues. Comme ce toast : « On boit à la quéquette de Jonas. »

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La seule faiblesse du film est d’ordre scénaristique. Si l’on comprend bien que Joachim Lafosse n’a pas envie de donner toutes les clefs de ses personnages, on regrette néanmoins que les personnages secondaires ne soient pas plus développés tant ils possèdent tous un fort potentiel romanesque que laisse entrevoir leur brillante esquisse. On aurait bien passé encore trente minutes en leur intrigante compagnie, ce qui aurait amené Élève libre à 2h15, ce qui n’aurait pas été de trop pour percer leurs mystères. La solution alternative à cette rallonge aurait été de faire exister certains personnages que dans les propos des autres comme c'était le cas dans le premier tiers du film. Son incarnation n'ajoute rien à l'intrigue ni à la construction du personnage de Jonas. Il en va de même pour le frère de Jonas qui n'a pas assez de scènes pour véritablement exister à l'écran. Le couple de Didier et Nathalie est trop sacrifié. On ne sait pas quel est leur rôle et les rapports qu'ils entretiennent avec Pierre. Ne serait-il que le rabatteur de Pierre ? À côté de ces manques, Élève libre est un film parfois un peu trop appuyé comme ces incessantes références à Camus.

On peut discuter de la trop grande pudeur des scènes de sexe qui ne sont pas ce qu’il y a de meilleur dans Élève libre. Le cinéaste explique son choix : « Je voulais montrer les dangers de la pornographie sans utiliser sa forme. D’où l’idée du hors champ. Ne rien montrer (ce n’est pas tout à fait vrai ! Note de Bernard). Quand on laisse le spectateur à son imagination, il réagit avec davantage de violence. Il découvre ses refus et ses acceptations... Dans le film on a laissé de la place aux fantasmes, tout en montrant ce que le passage à l’acte a de dramatique. On montre les conséquences du fantasme, mais on le montre dans la fiction. Ce qui laisse de l’espace pour une interrogation. » Sans doute faut-il voir là l’explication de la dédicace placée au commencement : « À nos limites ». Comme on le constate, le cinéaste n’est pas moins manipulateur que ses personnages. À la lecture de ce propos, on peut s'étonner de choix du visuel de l'affiche où il n'est pas très difficile de comprendre que le garçon s'apprête à subir une fellation...

Le spectateur pourra tout de même se consoler de ne pas plus découvrir le corps de Jonas avec les nombreuses images du garçon torse nu baignant dans une douce lumière dorée qui met bien en évidence ses pointes de sein agressives et ses lèvres sensuellement ourlées.

Les acteurs sont impeccables avec une mention spéciale à Jonathan Zaccai qui parvient à rendre son personnage de plus en plus opaque, mais Jonas Bloquet est parfait aussi pour son premier rôle ! Espérons que nous le reverrons.

Le soin avec lequel Lafosse a choisi le costume de Pierre illustre bien son sérieux et la richesse informative qui se niche dans chaque détail au service de la profondeur du film. Il n’est pas anodin que Pierre porte toujours la même tenue, composée d’un pantalon bleu marine, d’une chemise bleu clair ouverte d’un seul bouton sur un tee-shirt blanc ras du cou. Le corps du comédien restera toujours dissimulé. Ce quasi uniforme monastique apporte au personnage un côté austère en contradiction avec certains de ses propos presque libidineux. Ce rempart vestimentaire favorise l’abandon de Jonas à son précepteur providentiel.

Le réalisateur retrouve une partie de l’équipe de Nue propriété, en particulier Yannick Renier. « Il me semblait parfait pour incarner le petit soldat de Pierre, le type qui va provoquer les passages à l'acte. Et comme je voulais que l'on sente tout de suite la désinhibition entre Didier et sa copine, j'ai proposé à Claire Bodson, la petite amie de Yannick, qui est aussi comédienne, de jouer le rôle de Nathalie. Je l'avais vue au théâtre, j'aime beaucoup son travail. »

Élève libre est le quatrième long métrage de Joachim Lafosse, âgé de 33 ans, qui a également réalisé des courts-métrages. Il a également participé à l’émission de télévisionStriptease.

Élève libre a été présenté à la Quinzaine des réalisateurs dans le cadre du Festival de Cannes 2008.

Le film est passionnant pour l’observation clinique qu’il fait des deux protagonistes principaux et le glissement d’empathie que le spectateur éprouve progressivement de Jonas vers Pierre. Tout à la fin de l’histoire, on ne sait plus quel est le salaud entre les deux. Peut-être le sont-ils un peu tous les deux, mais Pierre et Jonas sont surtout deux pauvres types, comme nous tous, qui essayent de se débrouiller avec la vie, avec de pauvres ruses, en se mentant beaucoup à eux-mêmes. Les autres protagonistes de ce récit sont tout compte fait encore plus lâches qu’eux. Le trio est beaucoup plus que des pervers, des jeunes bourgeois cultivés qui justifient la satisfaction de leurs désirs par l'alibi d'une pensée émancipée de toute contrainte morale. Cette vision s'explique probablement par le fait que Lafosse soit né en 1975 à l'ombre de Mai 68.

Élève libre est une magistrale réalisation sur une relation intergénérationnelle entre deux personnes de même sexe, relation qui n’avait pas été décrite avec autant de justesse depuis Les Amis de Gérard Blain. Comme toutes les histoires d’amour, celles-ci sont difficiles et finissent généralement mal, quoique...

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Jonas Bloquet

 
L' entrevue ci-dessous qui vous donnera un avant goût du beau bonus du dvd est parue sur Cinergie.be
Cinergie : Au tout début du tournage, j’ai remarqué que tu faisais un travelling, ce que je ne t’ai jamais vu faire jusqu’ici. Qu’est-ce qui tout à coup t’a donné l’idée de changer de méthode
 

Joachim LafossePour la simple et bonne raison que je pense que le fond nécessite une autre forme sur ce film-ci. Pour moi, être cinéaste, c’est toujours faire rejoindre le fond et la forme. Ce que j’ai à raconter cette fois, nécessite une forme différente de celle que j’ai donnée àFolie Privée, à Ça rend heureux ou à Nue Propriété. Je n’aime pas l’idée de fixer les choses. Elève libreest un film louvoyant sur une problématique qu’on n’arrive pas à déceler; on ne comprend pas d’où viennent le mal et le problème. J’avais envie de quelque chose de plus fluide et, en effet, j’ai fait mon premier travelling sur ce tournage.
C. : Est-ce que tu pourrais nous parler du fond d’Elève libre ?
J.L. : Oui. J'essaie de répondre à deux questions : à partir de quand passe-t-on de la transmission à la transgression, et à partir de quel moment une relation devient-elle transgressive ? J’essaye de parler de ça à travers la relation entre un adolescent en décrochage scolaire et un adulte qui veut le sauver. Un des sujets du film est d’aborder les limites dans les relations et surtout dans l’éducation.

C. : Ces limites, familiales et éducatives, n’étaient-elles pas déjà traitées dansNue Propriété ?

J.L. : Tout à fait. J’ai traité des limites du cercle familial. Maintenant, j’essaye de parler un peu des limites qui sont au-delà de la famille c’est-à-dire l’école, les amis… Mais au moment où je termine Elève libre, j’ai l’impression qu’il y a quelque chose qui apparaît et qui n’est pas conscient. Cette idée me plaît beaucoup et me surprend : je sens que du film, sortira quelque chose qui est au-delà de moi et qui ressemble en même temps beaucoup aux deux films précédents. J’aimerais vraiment qu’il y ait une vraie réflexion et une discussion qui se créent autour du film. J’ai souvent dit que ce qui m’avait donné envie de faire du cinéma, c’était que lorsque j’étais petit, à la maison, on ne parlait pas beaucoup, sauf au moment de « L’Ecran Témoin ». Le film qu’on voyait le lundi soir nous permettait de parler de ce qui se passait à la maison mais sans dire que c’était de nous qu’il s’agissait. Je serais très heureux si Elève libre provoquait une discussion entre les gens qui l’ont vu. Je vais même m’avancer : si à la fin de la vision d’Elève libre, les spectateurs s’interrogent sur la nécessité de penser les limites aujourd’hui et la signification exacte de l’éducation (que veut-on transmettre à des adolescents ou à des futurs jeunes adultes ?), alors j’aurai gagné mon pari.

C. : Tu n’as pas le sentiment d’avoir déjà essayé de poser ces questions à travers tes films précédents ?
J.L. : Oui, dans les précédents aussi, mais avec celui-ci, je ne suis pas sûr que je pourrais aller plus loin. Je pourrais continuer à explorer cette question-là, mais je ne crois pas que je pourrais en dire plus que dans celui-ci. Sur ce film, je suis tout le temps confronté à des questions : qu’est-ce qu’on peut filmer et qu’est-ce qu’on ne peut pas filmer ? Qu’est-ce ce qu’on peut montrer et qu’est-ce qu’on ne peut pas montrer ? Qu’est-ce qui est hors champ et qu’est-ce qui ne l’est pas ? J’ai une vraie envie de savoir comment les gens vont réagir devant des plans, des scènes entières.
Il y a quelque chose qui me surprend sur ce film-ci. Beaucoup de gens l'ont refusé à la lecture sous prétexte que c’était trop gros. Et tout d’un coup, j’ai eu des retours différents de gens qui l’ont vu mis en scène et incarné par des acteurs. Ils disaient « je l’avais lu mais maintenant que tu me le montres, c’est vrai que c’est crédible ». C'était comme si quelque part, la réalité ou l’incarnation de la réalité allait plus loin que la lecture. Il y a là quelque chose sur la puissance du cinéma et de l’incarnation. Ce n’est pas la première fois qu’on me dit ça sur un film. Les gens trouvent qu’il est trop bavard et puis, quand ils voient les scènes, ils disent : « mais non, en fait, ça marche ». C’est assez curieux…
C. : À la lecture, il y aurait vraisemblablement un fantasme…
 
J.L. : Exactement. Peut-être que sur ce quoi j’écris paraît énorme à la lecture, que des gens s’en font des images énormes, n’y croient pas alors qu’en fait, c’est l’inverse : je mets en image ce qui paraît énorme et puis, tout d’un coup, ça devient plus lisible. Comme quoi, la puissance du fantasme, ça peut être très destructeur…
C. : Je voudrais te poser une question sur la manière dont tu diriges tes comédiens. Il y a un travail préalable au tournage pendant lequel tu les fais répéter et participer à la réécriture du scénario. Est-ce que par après, tu leur laisses une grande liberté d’improvisation ?
J.L. : Je délimite un terrain : c’est vrai qu’avant le tournage, je lis le scénario et que je réécris avec eux. De plus en plus, je me rends compte que c’est le travail qu’on fait avant le plateau qui, s'il est bien abouti, laisse une liberté qui se situe dans quelque chose de très structuré. En fait, j’improvise peu. C’est aussi très agréable d’entendre les comédiens dire : « la séquence fonctionne. Il n’y a pas lieu d’improviser. On va la faire ». Et puis, eux, ils apportent autre chose que l’improvisation : ils donnent vie à la séquence.
C. : Est-ce que la liberté se joue aussi au moment du montage ? Est-ce qu’à ce stade, le film peut encore complètement changer ou faut-il qu’il s’adapte au scénario ?
J.L. : Ah non, à chaque fois, on oublie le reste. Un film devient juste quand on le fait avec la matière qu’on a et pas avec celle qu’on rêvait d’avoir. Le scénario permet aux acteurs de donner quelque chose qu’on enregistre. Une fois qu’on a enregistré ça, il n’y a plus moyen d’avoir autre chose. Et le montage me permet d’écrire encore autre chose que ce qui avait été écrit au scénario. En général, je me débarrasse du scénario et je fais avec ce qui est là parce que sinon, c’est trop douloureux. Ce que j’aime dans le montage, c’est que ce soit de la réalité et pas du fantasme. C’est dangereux quand on commence à rêver le film et à se dire : « je voudrais qu’il soit comme ça » : à un moment, on ne voit même plus la matière réelle et on fait un film par défaut. Mais dès qu’avec la monteuse, on regarde avec lucidité la matière en notre possession et qu’on se dit : « qu’est-ce qu’on fait avec ça ?», alors là, on devient juste et ça devient émouvant pour elle, pour moi et pour le film.
C. : Il y a deux verbes qui ne s’appliquent pas qu’au montage mais qui correspondent à cette idée : choisir et renoncer.
J.L. : Oui. Mais on peut aller plus loin. C’est d’ailleurs le sujet du film que je ferai après sans doute. J’ai beaucoup parlé des problématiques familiales et maintenant, je commence à avoir un petit peu envie de parler de l’amour. C’est ça que j’ai appris avec le montage et avec le cinéma : aimer, c’est choisir. Choisir, c’est renoncer. Mais c’est aussi dans ce renoncement que quelque chose apparaît. Ça vaut pour le cinéma mais pour la vie aussi.
En faisant Elève libre, il y a une idée à laquelle je pense beaucoup : c’est la distinction entre la jouissance, le plaisir et le désir. Aujourd’hui, on mélange plaisir et pulsion. Manger du pop-corn tout de suite, ce n’est pas du plaisir mais de la jouissance, de la pulsion. Pour moi, la jouissance, c’est quelque chose qui est court, qui s’arrête, qui se vit et qui se fait seul. C’est assez triste en soi. Le plaisir, ça se partage, ça se fait ensemble et ça peut durer. Voilà, le cinéma peut être un vrai outil de plaisir à partager ensemble. Là, j’espère que je suis en train de faire un film qui va permettre ça. En tout cas, le tournage était plutôt tranquille mais peut-être que le montage sera très éprouvant et tendu.
C. : Transmission et transgression commencent par les mêmes lettres mais s’opposent. Ce film parle de tabous, d’abus. As-tu senti que des idées de vie et de cinéma se rejoignaient avant de te lancer comme pour tes films précédents ?
J.L. : Effectivement, je vois des choses qui se passent dans la vie et je me dis : « est-ce que ça ne ferait pas un sujet de film, est-ce que ça ne servirait pas à proposer une réflexion au spectateur ? ». Quand je sens que quelque chose me touche et a touché quelques personnes autour de moi, je me dis : « tiens, ça nous parle intimement ». Une des raisons pour lesquelles j’ai voulu faire ce film, c’est que je trouvais que le rapport qu’on a eu à la question de l’abus dans l’affaire Dutroux a débouché sur une réflexion un peu simpliste sur l’abus. Des abus, il y en a partout, tous les jours. Il y a des gens abusés qui n’osent pas dire non, mais on ne parle pas d’eux.
J’espère qu'Elève libre sera bien perçu comme un film sur la transmission et l’éducation. Le prétendu éducateur de Jonas est un homme qui n’aime pas la transmission mais qui aime le pouvoir. Il va jouir du pouvoir qu’il a sur l’adolescent mais est-ce que cet adolescent est simplement une victime ?
 
C. : Est-ce que tu a pris des précautions particulières à l’égard de Jonas ?
J.L. : Ici, en l’occurrence, on est tellement dans un film qui parle des limites de l’éducation et de la transmission que je me vois mal faire faire des choses qu’on ne fait pas faire à un adolescent de 15 ans sans être bienveillant, adulte et lucide. Je dois essayer d’avoir une hyper lucidité avec lui et avec l’équipe pour que ça ne déborde pas. C’est très agréable de mettre des limites, de constater qu’il y a une distinction entre la fiction et la réalité et de voir qu’il s’en sort bien. Pour un tas de raisons, ça me fait plaisir de voir qu’il a pu jouer cette fiction-là et que ça ne l’a pas troublé.
C. : Tu essayes de t’entourer de gens que tu connais mais il y a d’autres comédiens dans Elève libre avec lesquels tu n’as jamais travaillé. Tu peux nous parler notamment du choix de Jonathan Zaccaï ?
J.L. : À chaque fois, ce sont des aventures. Je cherchais quelqu’un de multiple pour jouer le rôle de l’adulte dans Elève libre. Je voulais quelqu’un qui soit séduisant et, en même temps, qui ne le soit pas. Je trouvais que Jonathan pouvait jouer ça en sachant très bien que lorsqu'il allait arriver sur le plateau, pendant la préparation, j’allais lui demander d’être un ogre, d’être donc un peu moins charmant que ce qu’il est d’habitude. Ça n’a pas été simple pour lui, et ça continue à ne pas l’être. Mais franchement, le personnage qu’on fait vivre là est le personnage le plus complexe que j'ai jamais traité au cinéma. On verra ce que ça donne, mais c’est d’une complexité incroyable. Jonathan s’est montré assez généreux. Il était dans la réflexion de ce qui allait se passer, la façon dont il fallait aborder ce personnage. C’est très bénéfique parce qu’aujourd’hui, au moins, on ne se mord pas les doigts : on n’a pas été trop loin. Je pense qu’on a été subtils.
C. : Vous avez mis des limites…
J.L. : Oui, voilà. Il y a une petite phrase au début du scénario que je vais remettre dans le film : « À nos limites ». Je pense qu’elle va encore mieux àElève libre qu’au précédent. En fait, c’est un film sur lequel on a tous tout le temps été en train de se demander : « est-ce qu’on n’a pas dépassé là ? ». J’aime bien cette notion parce que ça fait de nous des gens responsables. Qui,aujourd’hui, se se pose encore cette question : est-ce qu’on ne va pas au-delà de nos limites ?
C. : Vous ne pouvez pas prendre le risque de les dépasser, ces limites ?
J.L. : La fiction le permet. On peut dépasser les limites fantasmatiquement et avec la fiction mais dans la vie, on ne le peut pas. Forcément, dès que tu poses la question des limites en faisant de la fiction, tu dois filmer quelque chose. Donc les questions de savoir comment tu filmes, jusqu’où tu vas et qu’est-ce que tu peux demander aux acteurs sont intégrées. Est-ce que je montre le sexe de Jonas ou pas ? Si je fais un film qui questionne les limites des mœurs et jusqu’où on peut aller dans l’éducation, qu’est-ce que moi, je décide de montrer dans ce film ? Voilà, la fiction permet toutes les réflexions mais on ne peut pas tout filmer, je crois. En l’occurrence, pour ce film-ci, j’ai décidé : tout est hors champ.
C. : Anne Coesens joue également dans le film. Elle a un petit rôle complexe lui aussi parce qu’elle doit se positionner comme la mère de l’adolescent abusé. Vraisemblablement, tu lui as donné l’exemple de Isabelle Huppert dans Nue Propriété pour la guider…
J.L. : Non, je ne lui ai pas donné l’exemple d’Isabelle Huppert mais le personnage de la mère dans Nue Propriété. Lui dire : « joue comme Isabelle Huppert ou sois Isabelle Huppert », ce serait un peu maladroit. Et puis, surtout, elle a son identité qui est tout aussi charmante et tout aussi énigmatique. Anne joue dans sept ou huit séquences le rôle de la mère de l’adolescent. C'est un personnage très important. Je pense qu’on s’est très vite compris avec Anne. Avec ce personnage-là, la question abordée est celle de la culpabilité et de responsabilité.
C. : Une question beaucoup plus théorique. Est-ce que depuis la première interview, il y a trois ou quatre ans, tu as découvert d’autres réalisateurs qui t’impressionnent autant que Maurice Pialat ?
J.L. : C’est vrai que je suis toujours passionné par Pialat, surtout dans son rapport aux acteurs, sa manière d’aborder un sujet et la franchise avec laquelle il va le traiter. Mais je m’intéresse à plein d’autres cinéastes et j’ai vraiment envie de savoir ce qu’ils vont devenir. La Palme d’Or de cette année par exemple, j’ai trouvé ça très fort. Mais sinon, je garde les mêmes passions.
La photo me fascine de plus en plus. Mon père est photographe et je pense qu’il m’a transmis quelque chose... D'ailleurs, ma compagne est également photographe. J’ai compris pourquoi on faisait des films et des photos. C’est une façon de garder quelque chose, une trace. On perd tout le temps, on doit l’accepter alors peut-être qu’on fait un peu de cinéma et un peu de photo pour ne pas tout perdre.
C. : Donc, le cinéma et la photo, c’est se battre pour l’éternité.
J.L. : Voilà. C’est essayer de ne pas mourir même si on sait que c’est perdu d’avance. C’est incroyable de revoir Mathias qui jouait dans Folie Privée etqui aujourd’hui est un adolescent. Moi, je me dis : « C’est génial, il existe un film en DVD avec lui : une histoire horrible dans laquelle il fait des blagues. » La preuve que mes parents ont été ensemble et qu’ils se sont aimés, ce sont les photos romantiques que mon père a faites de ma mère. Je ne doute pas de l’amour qu’ils ont pu avoir mais c’est plus dû aux photos qu’au quotidien.
 
C. : Pourtant, on dit d’une photo que c’est à la fois un instantané et un cliché.
J.L. : Oui… Mais bon, tant que je sens que je vis, je fais des films.
C. : Lorsque tu es occupé par un projet, tu es souvent en train de penser déjà au suivant. Tu sais à quoi est due cette obsession de cinéma ?
J.L. : Non, c’est possible qu’à un moment, je tournerai un peu moins, mais pour le moment, il y a des choses que j’ai envie de filmer et de partager avec les gens. Il se fait que je trouve que c’est vraiment un métier où on apprend en faisant. Comme un peintre doit s’exercer pour obtenir une bonne peinture, un cinéaste doit tourner pour apprendre son métier. Même si c’est vrai qu’en peu de temps, j’ai fait pas mal de films, j’apprends : je suis à mon premier travelling. Quand on voit l’œuvre des cinéastes que j’apprécie vraiment, ils ont fait 20-30 films. Voilà, on parle d’un cinéaste au sixième, septième film et pas au troisième ou au quatrième. Je me rends compte de plus en plus que ce qui compte dans l’existence, c’est d’être sur le chemin et de chercher : c’est en cherchant et en faisant qu’on trouve.

Propos recueillis par Katia Bayer et Jean-Michel Vlaeminckx, retranscrits et mis en forme par Katia Bayer.

 

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Je ne voulais pas être moi de Claude Arnaud

6 Septembre 2025, 07:42am

Je ne voulais pas être moi de Claude Arnaud

 

Je suis reconnaissant à Claude Arnaud de nous avoir donné de ses nouvelles par le biais de « Je ne voulais pas être moi », même si ces dernières nouvelles sont moins gays et gais que dans ces deux précédentes missives. L'écriture de ce troisième tome, de ce que l'on pourrait appeler des mémoires, certes des mémoires d'un caméléon, mais des mémoires tout de même, est toujours aussi fluide et précise. On n'y retrouve moins qu'auparavant les échos d'une époque mais c'est parce que les années 90 sont moins riches que les deux décennies qui les ont précédées et que surtout le narrateur s'y sent comme un exilé. Et puis la quarantaine venant vis à vis des garçons qu'il désire et rêve d'aimer pour le plus longtemps possible bien qu'il les trouve vite trop différents de ceux qu'il a aimé jadis, il n'incarne plus un objet de désir pour ces jeunes gens formatés et pressés: << Le moule d'où sortait les garçons qu'à vingt ans je désirais s'est brisé en emportant mes ressorts érotiques: Je ne retrouverais plus jamais les bouches pulpeuses, les chevelures abondantes et les regards insolents qui m'électrisaient chez les héros du Satyricon fellinien. Les professionnel du muscle et les androïdes huilés du XXI ème siècle approchant ne me disaient pas plus que les chauves mutiques dont chaque tendon fait valoir le travail de la fonte. Ségrégué pour raison d'âge, j'invective l'uniformité de ces corps usinés (…) La dernière bizarrerie de ce monde est d'avoir encore besoin d'un ghetto pour s'épanouir, de reproduire le cadre de son exclusion passée pour entretenir le fantôme de sa singularité.>>. Rarement on aura aussi bien décrit l'exil intérieur que vivent aujourd'hui les homosexuels qui ont eu 20 ans dans les années 70.

La perte du désir qu'il ne voit plus dans le désir de l'autre, la mort de son frère qui n'a pu se résoudre à son in-adaptabilité envers la trivialité du quotidien (portrait juste et terrible de beaucoup d'hommes qui aiment les jeunes adolescents et ne voit pas d'issus à leur vie), le décès de son père, sont autant de causes de la dépression dans laquelle tombe le narrateur (dans quelle mesure le narrateur est Claude Arnaud, quelle est l'importance du pas de coté de l'histoire qui nous est racontée par rapport à la réalité?). Qui l'eut cru mais le narrateur a toujours décidément un avatar inattendu qui surgit, c'est une femme et une ile, Haiti qui vont le tirer du marasme.

La découverte d'un nouveau pays fait d'Arnaud un très bel écrivain géographe. L'amoureux des hommes est surprit la quarantaine venu de découvrir l'hétérosexualité sans rien renier de ses gouts passé. S'il juge les année 90 avec sévérité, il n'idéalise pas pour autant mai 68 et ses prolongements. Claude Arnaud est sans remord ni regret seulement lucide et irrémédiablement blessé par ses deuils, mais ses blessures ne sont plus mortelles. En une phrase il résume ses drames et sa chance: << De l'inceste latent qui travailla notre fratrie, l'homosexualité m'avait semblé la perpétuation la moins trompeuse, à l'âge adulte. Quand je n'ai plus mérité l'amour des hommes, je me suis retourné vers cette forme antérieure d'affection qu'incarnait ma mère.>>. 

Claude Arnaud quelques fois avec emphase souvent d'une manière elliptique, toujours avec coeur nous raconte dans un style fluide les méandres de son existence. Pour reprendre le beau titre du roman de Constantin-weyer qu'on ne doit plus beaucoup lire « Un homme se penche sur son passé », Je ne voulais pas être moi » est un peu « Un homme se penche sur son passé » nomenclaturant avec émotion ses vies multiples...

 

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En montant au clocher de la cathédrale de Chartres

5 Septembre 2025, 06:33am

En montant au clocher de la cathédrale de Chartres
En montant au clocher de la cathédrale de Chartres
En montant au clocher de la cathédrale de Chartres
En montant au clocher de la cathédrale de Chartres
En montant au clocher de la cathédrale de Chartres
En montant au clocher de la cathédrale de Chartres
En montant au clocher de la cathédrale de Chartres
En montant au clocher de la cathédrale de Chartres
En montant au clocher de la cathédrale de Chartres
En montant au clocher de la cathédrale de Chartres
En montant au clocher de la cathédrale de Chartres
En montant au clocher de la cathédrale de Chartres
En montant au clocher de la cathédrale de Chartres
En montant au clocher de la cathédrale de Chartres
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Chartres, mars 2016

Chartres, mars 2016

 

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