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MONUMENTA 2010, BOLTANSKI

22 Avril 2025, 06:50am

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Tout d'abord, on ne voit qu'un mur composé par plusieurs centaines de petits casiers rouillés et numérotés, au format d'une boite à chaussures, empilés les uns sur les autres.

 

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Après avoir contourné le mur obstacle, le regard du visiteur peut embrasser toute la nef. Il découvre que le sol, divisé en sections égales, est transformé en un vaste champ d'épandage de vieilles hardes.

 

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Il fait un froid intense dans la nef emplie du son d'un coeur géant. Le battement régulier et oppressant est mixé avec les bruits d'engins de chantier.

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Aussitôt j'imagine que ces hardes répandues là sont les reliques de vies anonymes brisées. Puis le regard se fixe sur une grande pyramide conique constituée par un entassement de vêtements. A intervalles réguliers, une grue qui ressemble, en beaucoup plus grand, à celles des foires à pinces téléguidées qui permettent de prélever le nounours convoité parmi ses semblables, emporte une pincée de frusques vers la verrière pour les lâcher ensuite. Elles retombent sans grâce sur le tas en une volute vaguement obscène.

 

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L'installation de Boltanski m'a immédiatement rappelé les images des monceaux de corps suppliciés des camps d'extermination que j'ai découvert, alors âgé d'une dizaine d'années, dans un album qui avait pour titre "La guerre de 1939-1945 en mille photographies et qui se sont imprimées pour toujours dans ma mémoire.

En sortant du Grand Palais, la vision de ces vêtements-cadavres se superposait sur le paysage des beaux quartiers qui entourent le lieu d'exposition.

 

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Mais, il n'est pas obligatoire de mettre en branle une telle machinerie pour que naisse l'émotion, pour que le souvenir se perpétue. Un crayon et un méchant bout de papier peuvent suffire, avec son poème Abraham Rosenzweig en dit tout autant que Boltanski et son installation.

 

Tout habillé, un sac sur l’épaule, une valise à la main,
Me voici dans une ruelle, dans quelque ville de France
Ma mère, à mes côtés, le visage sombre, courbée,
Ses yeux comme des étincelles de feu, pleure en secret
La chambre s’écroule, et nous assis, en solitaire
La ville, devant mes yeux, s’étend désolée, comme un désert
Les 
Juifs indifférents, avec mépris et sarcasme nous fixent
Se nomment eux-mêmes fils de France, Israélites !
En nous aussi s’est insinué le poison
Nous sommes pris au piège, terrible est notre situation
Ils nous oppriment, sans pitié
Assez de la vie ! De la souffrance, nous en avons assez
Je t’ai trouvé, mon bienfaiteur, comme une rose splendide
Plantée dans un cours d’eau, dans ce pays aride
Où nous reverrons-nous, mon ami ?
À Tel Aviv ou à Jérusalem ?
Ou peut-être même à Antwerpen ?
Peu importe, notre but est Eretz Israël !

Abraham Rosenzweig

 

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garçons rencontrés sur les bas-cotés des routes grecques

22 Avril 2025, 06:46am

garçons rencontrés sur les bas-cotés des routes grecques
garçons rencontrés sur les bas-cotés des routes grecques
garçons rencontrés sur les bas-cotés des routes grecques
garçons rencontrés sur les bas-cotés des routes grecques
garçons rencontrés sur les bas-cotés des routes grecques
Grèce, aout 1986

Grèce, aout 1986

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QUARTIER LOINTAIN, UN FILM DE SAM GARBARSKI

22 Avril 2025, 06:43am

 

A l'impossible nul n'est tenu, car c'était bien une folle gageure que d'adapter au cinéma le chef d'oeuvre de Taniguchi (le mangaka fait une apparition, en passager du train à la fin du film), le manga "Quartier lointain" et qui plus est de le transposer dans la France des années 60. Pour ceux qui ne connaitrait pas cette exceptionnelle bande dessinée, en voici l'argument: De nos jours Thomas, la cinquantaine, doté de femme et enfant est un dessinateur de bande dessinée en panne d'inspiration, se rendant au Salon de la B.D d'Angoulême, il se trompe de train. Il se retrouve dans celui qui le conduit à sa ville natale où il n'est pas revenu depuis plus de 20 ans. Il profite de sa bourde pour se rendre sur la tombe de sa mère. Là, il a un malaise, s'évanouit et se réveille âgé de 14 ans (mais ayant gardé sa mémoire d'adulte) au début des années 60, juste avant la date à laquelle sont père avait abandonné sa famille; il va tenter d'empêcher ce départ...

 

 

 
 

Et bien Sam Garbarski, cinéaste dont je n'avais jamais entendu parlé, "Quartier lointain est son deuxième film, se tire honorablement de son impossible entreprise. Pourtant cela commence bien mal avec un Pascal Gregory dans le rôle de Thomas adulte, qui a une tête du type auquel on vient de présenter la note de ses six derniers mois de consultation chez son psychanalyste, comme dit Eric Neuhoff pour une autre prestation du comédien aussi peu convaincante que celle-ci. Mais dés que le héros retombe en enfance, au sens strict du terme, et est joué par le jeune Léo Legrand, absolument parfait, cela va beaucoup mieux. Tout le casting est alors remarquable à commencer par les parents de Thomas; le père est joué par Jonathan Zaccai, déjà très bien dans "ÉLÈVE LIBRE)" et la mère par Alexandra Maria Lara. Laura Martin qui interprète Sylvie, l'amoureuse de Thomas ne démérite pas non plus. Autre point fort du film, la qualité bluffante de la reconstitution d'époque, aucun anachronisme à l'horizon.

 

 

  

 

Si le choix de Nantua comme ville de l'enfance de Thomas est assez judicieux, il faudra que l'on m'explique comment en voulant prendre un train pour Angoulême on peut se retrouver à Nantua!

Même si le flm est assez fidèle à la bande dessinée, qui est bien sûr à lire absolument, ce serait une erreur de vouloir la retrouver. Pour apprécier le film mieux vaut oublier son origine et alors on passe un agréable moment dans ce voyage sans faute mais non sans nostalgie dans la France provinciale des trente glorieuses dans laquelle la vie était plus douce qu'aujourd'hui. 


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LES ROSES DE PLINE D'ANGELO RINALDI

22 Avril 2025, 06:29am

 

 

 

Avec « Les roses de Pline », roman paru en 1987, Angelo Rinaldi ne déroge pas de son habituelle construction romanesque: Un narrateur qui dit je et dont la mémoire, réveillée par un incident, ici la lecture dans un journal de la notice nécrologique d'une adolescente dont la mère fut sa meilleure amie à son arrivée à Paris, est assaillie par les réminiscences, entre autres de ses souvenirs d'enfance et d'adolescence qui se sont passées dans « l'ile » où au décès de ses parents il a été élevée par une de ses cousines, Rose.

Mais, si souvent dans les romans de l'auteur, le je, double fantasmé de Rinaldi, est un (faux) modeste, un demi-raté, le je des « Roses de Pline » est un quarantenaire (l'âge de l'auteur lorsqu'il écrit ce roman) qui est né une cuillère d'argent dans la bouche. Orphelin il se retrouve maître de la Villa des Palmiers où fleurissent des roses semblables à celles décrites par Pline l'Ancien. Il a vécu une adolescence à la fois aisée, libre et solitaire sous la houlette de Rose et la férule bienveillante d'une sorte de précepteur, monsieur Tiberi. Ce dernier est un des personnages les plus intéressants du livre (j'y ai retrouvé un peu de Carcopino), ancien admirateur du Duce, qu'il a rencontré, il a été à la libération lourdement condamné, échappant de peu à la peine de mort. Ce répétiteur, Shéréhazade fasciste, entre deux souvenirs du Duce et de ses séides dispense lors de de l'adolescence du narrateur de précieux préceptes qui lui seront fort utiles lorsqu'il aura quitté « l'ile » pour s'installer à Paris où il exerce un métier aussi flou que rémunérateur; mais n'est il pas énoncé au tout début du livre que le narrateur a toujours eu de la chance. Son caractère est assez bien résumé page 145: << Un garçon aux désordres bien réglés et plutôt ordinaires, un étudiant qui ne caressait aucun projet d'avenir, n'avait de dispositions pour rien, était aussi catégorique dans ses refus que flottant dans ses désirs, consacrait son énergie à se défendre des affections, n'ouvrait la bouche que pour questionner et jamais pour briller, payait les femmes quant il n'aurait pas eu trop de peine à les séduire...>>

Lorsqu'on lit le témoignage de Joseph Pollini, un ancien camarade d'école de l'écrivain, on voit combien l'enfance de Rinaldi a été différente de celle du narrateur des « Roses de Pline »: << J'ai connu Rinaldi, enfant lorsqu'il habitait encore Bastia, c'était autour des années 50-52 et nous avions le même âge.
Nous nous rencontrions le plus souvent dans la rue, devant mon domicile proche de la Librairie-Papeterie "Costa"( qui n'existe plus ), rue César Campinchi à Bastia.
Il n'a jamais été, me semble-t-il un élève brillant au lycée mais cela ne l'a pas empêché de savoir bien écrire en français. Je crois que c'est lui qui a dit, bien plus tard que le corse était une langue pour les bergers et les chiens, ou quelque chose d'équivalent. 
Je ne suis pas étonné de ce qui transparaît au travers de son oeuvre et de son besoin de régler des comptes avec son île natale ( qui est aussi la mienne ) et avec la petite bourgeoisie bastiaise. 
C'était un garçonnet réservé et craintif, poli et passionné de lecture; il m'a fait alors découvrir la science fiction et Jimmy Guieu ( je ne suis plus sûr de l'orthographe! ).
Je crois en effet qu'il a mal vécu son origine modeste, c'est aussi mon cas, mais pour ce qui me concerne j'en suis très fier; mais il est vrai que je n'ai manqué , en Corse, ni d'amour dans ma famille , ni d'amis fidèles et solides. Par la suite nos chemins se sont séparés, du fait de la poursuite de mes études et, pour lui, de ses débuts d'écrivain et de critique littéraire dans une bon hebdomadaire parisien!>>. Voilà qui montre que l'écriture du « je » n'est pas toujours autobiographique comme cette forme incite à le faire croire.

Le lecteur habitué à la faune romanesque rinaldienne retrouvera quelques uns des types de personnages qui passent de romans en romans en changeant d'identité et parfois même d'opinions mais pas d'emploi, au sens qu'au théâtre on donne à ce mot. Ainsi Tibéri, le vieux maitre du narrateur tout fasciste qu'il est n'est pas sans point commun avec le vétéran communiste chroniqueurs judiciaires qui servait de mentor au journaliste narrateur d' « Où fini le fleuve ». De même la vieille et riche aventurière russe tenant salon a bien des points communs avec la salonarde de « L'éducation de l'oubli ». On peut penser qu'elle est un mixte de Marie-Laure de Noaille et de Missia Sert avec probablement quelques emprunts à d'autres aventurières tenant le haut du pavé parisien pendant l'occupation. Rinaldi portraiture merveilleusement cette engeance, aujourd'hui complètement disparue, qu'étaient les tenancières de salons littéraires: <<... Juments bréhaignes caparaçonnée d'or, attirant par leurs hennissements des poulains en mal de sevrage, qui ne buvaient en réalité que du lait d'amertume à leurs mamelles souvent remodelées par la chirurgie.>>.

En revanche je n'ai pas trouvé les clés ouvrant le coffre de cet écrivain-professeur désigné dans le livre sous le sobriquet de la « Signature ». J'avancerais tout de même un peu imprudemment le nom de Marcel Schneider... Mais peut être que des lecteurs plus sagaces me proposeront d'autres identités possibles...

Ceux qui ont lu mes autres chroniques sur les romans de Rinaldi savent que j'ai la marotte de faire le parallèle entre l'oeuvre de ce dernier et celle de Modiano (ce qui ne devrait faire plaisir ni à l'un ni à l'autre). Force est de constater que l'obsession du narrateur à vérifier les dires de monsieur Tiberi, sur l'occupation à Paris, son vieux maitre les ayant recueilli de ses compagnons de détention est toute modianesque. Et puis le café parisien où le narrateur fais l'apprentissage de la vie parisienne n'est pas sans rappeler celui du « Café de la jeunesse perdue » de Patrick Modiano.

C'est toujours avec plaisir que je retrouve de livre en livre chez Rinaldi ces constatations un peu amères sur la vie qui ne demandent qu'à devenir des aphorismes, à commencer par l'incipit particulièrement réussi cette fois: << J'ai eu bien des chances dans la vie, tant de chances même qu'elles me laissaient en propre que bien peu de mérites, mais s'il y en avait une que j'appréciais entre toutes c'était de ne pas avoir eu d'enfance...>>, ou comme celui-ci: << Et c'était encore une de mes chances que de n'avoir pas eu de ces amis d'enfance ou de jeunesse que l'on s'épuisait à trainer derrière soi; témoins gênants de l'inaccomplissement des rêves et des ambitions, qui vous confrontaient sans relâche à l'esquisse que vous aviez été, alors qu'eux-mêmes avaient tant changé et n'étaient plus que la caricature de ce qu'ils promettaient de devenir. >> (Dans ce court passage on peut mesurer avec quel soin le romancier choisit chaque mot pour obtenir une parfaite justesse de l'énoncé.), plus loin: << Je ne m'attribuais cependant pas comme des vertus des vices que je n'avais eu ni l'occasion, ni le goût, ni le courage de pratiquer.>>, et encore: << On n'aidait jamais personne; ou les gens se sauvaient eux-mêmes, ou l'on se noyait avec eux.>>, et enfin, page 316: << Les individus n'étaient que ce qu'ils étaient dans les rapports que l'on avait avec eux, chacun de nous ne rencontrait pas la même personne sous le même nom.>>.

Rebondissons sur le mot courage et nous voyons qu'en 1987, Rinaldi est bien pusillanime au sujet de l'homosexualité qui est néanmoins très présente dans l'ouvrage. Refusant à son double d'endosser le goût des hommes et le dotant d'une sorte d'asexualité, il le prive ainsi d'une part de crédibilité. A moins qu'il ne s'agisse moins de pusillanimité que de la crainte pour Rinaldi d'être catalogué comme auteur gay, catégorie qui émergeait dans ces années 80 après les prix littéraires attribués à Tony Duvert et surtout à Yves Navarre.

On a un peu de mal à suivre tous les nombreux personnages (trop) qui traversent l'esprit du narrateur. Les roses de Pline est l'un des romans les plus épais de Rinaldi qui aurait du plus resserrer sa narration en se focalisant sur moins de personnages.

Cette fois, contrairement à ce qu'il le réussit souvent, Angelo Rinaldi n'est pas parvenu à fermer le chapelet de souvenirs de son narrateur, parvenant néanmoins à terminer son roman par une phrase qui invite à la méditation: << Les morts sont des enfants qui nous viennent à mesure que nous vieillissons.>>.

 

 

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ON NE VEND JAMAIS UNE BIBLIOTHÈQUE

22 Avril 2025, 06:27am

 

On annonce à Drouot la vente de la bibliothèque Lucien Scheler.

Mais l’on ne vend jamais une bibliothèque ; tout au plus les livres qui la composaient, perdant ainsi l’essentiel : leur voisinage, leur jointure, tant dans l’espace que dans l’esprit. S’évanouit pour toujours, lors de ces bien nommées dispersions, le liquide interstitiel, la lymphe de toute bibliothèque ou collection : ce qui a présidé au choix de telle ou telle édition, au rejet de tel auteur, à l’assortiment d’une reliure, à l’indescriptible exaltation éprouvée face à un volume trouvé après des années de recherche et de déception, à la ténacité d’une quête entamée, sans qu’on sache très bien pourquoi, depuis l’adolescence, à l’illusion d’avoir (presque) complété le dessin de la tapisserie, d’avoir achevé une solide architecture, qui ne tarde pas à se révéler château de sable… Sur la couverture du catalogue, fantomatique cadastre de ce monument disparu, un damier d’éditions uniques, mais inertes sous une lumière étale, prive les précieux spécimens de tout ce qui avait fait leur aura.

Patrick Mauriès, Fragments d’une forêt.
Grasset, 2013.

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Street-art à Singapour

21 Avril 2025, 16:17pm

Singapour, mars 2025, photo B.A

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BEPPO, UN GARÇON DE NAPLES

21 Avril 2025, 16:02pm

 

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Naples, italie, aout 1985

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GILBERT & GEORGE, LONDRES PICTURES À LA GALERIE THADDAEUS ROPAC

21 Avril 2025, 16:00pm

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Si quelque chose a été clair pour ceux qui ont suivi le chemin de Gilbert & George au cours des quatre dernières décennies, c'est qu'il est impossible de dissocier leur production artistique de la ville de Londres.
Depuis que les deux hommes se rencontrèrent en 1967, ils était tout deux élèves de l'école d'art Saint-Martin, dont on trouve parmi les anciens élèves des talents comme Alexander McQueen ou John Galliano, la capitale britannique et, en particulier, l'East End, qui pour eux s'arrête à Liverpool Street et est «le centre de l'univers",  a toujours été une grande source d'inspiration.
C'est dans ce contexte urbain, "où l'économie locale devient universelle", que se développent leurs dernières œuvres, exposées jusqu'à la fin mai à la galerie Thaddaeus Ropac à Paris. Ainsi, la série "Londres Pictures" présente une sélection de 292 planches tirées de près de 4.000 une des journaux populaires   londoniens, qui illustrent les thèmes qui traversent la vie quotidienne de la ville et comment ils ont un impact sur ceux qui y vivent.
 
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Paris, mai 2012

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SIN DESTINO DE LEOPOLDO LABORDE

21 Avril 2025, 15:52pm

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Mexique, 1999/2002, 1H37.

réalisation: Leopoldo Laborde, scénario: Leopoldo Laborde, montage: Leopoldo Laborde, image: Bruno Cazarin

avec: Fransisco Rey (Fran), David Valdez (David), Roberto Cobo (Sebastian) Sylvia Vilchis (Perla) Mariana Gaja (Angelica) Roberto Trujillo (le Client) Malenski Ruiz (Fran, Enfant)
 
Résumé

Sin Destino est avant tout le portrait de Francisco/ Frank ( Fransisco Rey ) dont on suit la destinée. Francisco est un garçon très mignon de 15 ans qui vend son corps à des hommes dans les rues de Mexico depuis qu’il a eu sa première relation sexuelle lorsqu’il était âgé de neuf ans avec un pornographe âgé, Sebastian ( Roberto Cobo ). Celui-ci a attiré chez lui le garçon alors qu’il lavait les pare brise des automobiles stoppées à un feu rouge. Francisco se prostitue pour manger mais surtout pour s’acheter sa coke. Son dealer, David ( David Valdez ), qui tapine également, est aussi son meilleur ami. David voyant que Francisco est de plus en plus paumé et confus sexuellement, Francisco est hanté par les images de sa relation sexuelle avec Sebastian, l’incite à faire l’amour avec une femme. Il lui propose de lui “prêter” sa copine, Perla ( Sylvia Vilchis ), elle aussi prostituée. Mais pour la première fois Francisco ressent une attirance sexuelle pour une femme, une belle jeune fille blonde ( Mariana Gaja ) qu’il a aperçu lorsqu’elle étendait sur une terrasse voisine du squat qu’il habite. Concomitamment, Sebastian après six ans d’absence réapparaît dans la vie de Francisco...

L’avis critique
 
“Sin destino” appartient, ce qui est presque un sous genre du film gay, les films sur la prostitution masculine. Le film est avant tout le portrait d’un de de ces garçons, un peu comme l’est “John” mais d’une facture toute différence. Avec une grande différence par rapport aux films américains, c’est filmé heureusement sans aucune pudibonderie et l’on se régale de la plastique du jolie Fransisco Rey qui interprète avec beaucoup de naturel le rôle principal même si le réalisateur privilégie outrageusement les relations hétérosexuelles par rapport à celles homosexuelles.

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Le grand souci sur ce film c’est le parti pris de mise en scène qui aboutit à une esthétique assez proche du “Mala noche” de Gus Van Sant. Je dois dire que la prétention auteuriste du cinéaste m’agace particulièrement et vouloir expliquer qu’il a tourné en noir et blanc pour rendre hommage à Luis Buñuel car “Sin destino” s’inspire de Los Olvidados est à la vision de son film ridicule. L’ alibi du très petit budget ne tient pas plus. Il faut rappeler qu’aujourd’hui tourner en couleur n’est pas plus cher qu’en noir et blanc, bien au contraire (du moins en France, mais je serais surpris qu’il n’en soit pas de même au Mexique). Le film est tourné à la fois en 16 mm et en super VHS pour les séquences en couleurs. Je dois dire que d’emblée le choix du noir et blanc surtout quand celui-ci, comme c’est le cas ici est passablement pourri est une coquetterie qui m’irrite. Son noir et blanc souvent trop contrasté quand il n’est pas brûlé est charbonneux. Car c’est à la fois être poseur et ce procédé cri attention regardez moi, je fais de l’art et c’est aussi un peu faux cul par rapport au sujet et aux images que l’on voit. L’inévitable distance qu’instaure le noir et blanc veut aussi implicitement signifier moi je film le sexe d’adolescents filles et garçons (tous très jolis) mais je ne suis pas un voyeur, que non, je suis un artiste... néanmoins de nombreux plans débordent de sensualité... On sent que Laborde tout comme Larry Clark éprouve un réel plaisir à filmer les jeunes corps nus des protagonistes de son film.

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Leopoldo Laborde aggrave son cas en faisant des inserts couleur pour visualiser les rêves et les trips de cocaïne de son héros, (il doit sûrement confondre cocaïne et L.S.D.!). Le très instructif making of, lui filmé en couleur nous montre ce qu’aurait pu être le film en couleur et en voyant ces images on ne peut qu’avoir des regrets quant au choix du cinéaste. A ce propos il faut noter l’excellence de l’édition du dvd chez l’éditeur américain TLA. Le making of est remarquable et les scènes coupées (souvent pour des considérations techniques) commentées par le réalisateur sont éclairante sur les conditions de tournage et de post production ainsi que sur la personnalité du cinéaste.

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On regrette encore plus ce mauvais noir et blanc que la caméra, presque toujours portée, est maniée avec beaucoup de dextérité et surtout de fluidité impression encore renforcée par un montage habile. L’image est souvent bien composée. Si le réalisateur est parfois inventif, il a aussi souvent la main lourde lorsqu’il veut traduire en image ce qui se passe dans la tête malade de Francisco. Mais dans ce domaine le pire est le son subjectif sensé rendre l’état du garçon lorsqu’il se drogue. Le résultat est aussi ridicule qu’insuportable pour les oreilles.

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L’ hétérogénéité du film est très déstabilisante pour le spectateur. On passe, sans guère de transition, de scènes presque documentaires, ce sont les meilleures en particulier celles entre Francisco et David aux dialogues très juste et qui paraissent spontanées, à des séquences de pur mélodrame. Le jeux des acteurs sont eux même très hétérogène, si les jeunes jouent avec un naturel étonnant, Roberto Cobo dans le rôle de Sebastian, le pervertisseur, il jouait déjà dans Los Olivados, roule des quinquets comme on le faisait à l’apogée du cinéma muet expressionniste. Ce hiatus entre le jeux des jeunes acteurs et celui être sensé représenter la figure du corrupteur ne semble pas être une maladresse de direction d’acteur mais voulu et assumé. Le résultat est pour le moins curieux. Quant aux séquences oniriques, elles ont un petit coté David Hamilton sous acide...

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Autre rupture, cette fois de point de vue, dans le regard du réalisateur sur Sebastian. Au début du film il nous est présenté comme la caricature du vieux vicelard, ce qui d’après le cinéaste dans l’interview du making of n’a pas été sans conséquence en ce qui concerne l’accueil du public gay de “Sin destino”, alors que plus tard lors de ses retrouvailles avec Francisco au hasard des trottoirs de Mexico, il nous apparaît comme réellement amoureux du garçon. Ce qui est d'autant plus troublant que dans leFlashbacks nous montrant la rencontre entre Francisco enfant et le pornographe on peut comprendre que Sebastian a fait pendant un certain temps de l'enfant une sorte d'esclave sexuel, avant que le garçon puisse s'enfuir. Rien est dit dans le film sur la famille de Francisco qui semble sorti du bitume des rues de Mexico! L’ambiguité des personnages principaux, David, Francisco, Sebastian est d'ailleurs une des richesses du film.

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Leopoldo Laborde (photo ci-dessous) est né en 1970 au Mexique. Cet autodidacte du cinéma est aussi un véritable athlète du 7 ème art à la fois metteur en scène, scénariste et monteur. Il a tourné son premier film amateur dés 11 ans. De 1988 à 1995, il a tourné 4 longs métrages avec une caméra vidéo non professionnel. En 1997 il réalise son premier film en 35 mm, Angeluz, une sorte de film fantastique de série Z qui est devenu par la suite un film culte au Mexique. Sin destino est tourné en 1999 mais sera véritablement terminé qu’en 2002. Depuis il a poursuivi sa carrière avec deux autres films, en 2005, “Enemigo” et en 2007 “Moradas”. Dans ces deux films on retrouve devant la caméra Roberto Cobo.
 




Je voudrais revenir sur les déclarations du cinéaste dans l’excellent making of du dvd, non moins, je le répète, excellent. Ce qui frappe d’abord c’est la naïveté de Leopoldo Laborde qui s’étonne de l’accueil parfois négatif qu’a reçu son film et cela d’horizons divers. Il n’est pourtant pas difficile d’imaginer qu’un film présentant la prostitution d’adolescents à Mexico comme à la fois endémique et la seule solution pour ces garçons pour survivre n’enchante pas les autorités mexicaine. Normal aussi qu’un film d’une facture aussi underground ne draine pas d’emblée un large public. Pas plus surprenant non plus qu’une partie de la communauté gay perçoive Sin destino comme un film anti homosexuel. Puisque on nous fait comprendre que si Francisco est devenu ce qu’il est devenu (et je ne peux pas en dire plus sans déflorer le scénario) c’est parce qu’il a été abusé sexuellement lorsqu’il était encore qu’un enfant par Sebastian. Autre idée sous jacente qui provoque le malaise, Sebastian, le pervers, même si c’est beaucoup plus ambiguë que cela dans le film et cette constante ambiguïté de tous les protagonistes n’est pas sans augmenter la gène que l’on ressent à la vision de Sin destino, est clairement identifié comme l’espagnol. On peut comprendre que seul un étranger et qui plus est un blanc peut corrompre le mexicain métisse, les deux charmants garçons que sont Francisco et David sont assez brun de peau...


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Sin destino, très librement inspiré de “Los olivados de Luis Bunuel est un essai original et dérangeant à plus d’un titre, pour traiter des sujets aussi difficiles que la pédophilie et la prostitution masculine avec des parties pris cinématographiques radicaux. Cet aspect formel underground n’ annihile pas complètement heureusement ni la sensualité des corps ni l’émotion que l’on éprouve pour Francisco malgré une fin proche du ridicule.

 

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Le jardin des orchidées dans le jardin botanique de Singapour (2)

21 Avril 2025, 07:42am

Singapour, mars 2025, photo B.A

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