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humeur cinematographique

SIMON WERNER A DISPARU DE FABRICE GOBERT

28 Avril 2025, 06:49am

 

 

Il ne manque que peu de chose à Fabrice Gobert pour être un très bon cinéaste, peut être juste de connaitre un peu mieux la géographie et de maitriser la carte et le territoire... Le défaut essentiel de son film, qui en a peu d'autres, est que l'on ne parvient pas a croire que tous les décors dans lesquels se meuvent ses personnages appartiennent au même univers et soient circonscrits dans le périmètre limité qu'exige son scénario. Le fait que d'après les remerciements du générique (vous pouvez constatez combien je suis un critique consciencieux) tout soit tourné dans la même commune, Bondoufle en l'occurrence, ne change rien à l'affaire. Certains lecteurs vont me trouver bien vétilleux mais en ce qui me concerne, ce genre de défaut et encore plus les anachronismes, me distraient de l'intrigue et ont tendance à me faire sortir du film, et même lorsque c'est vraiment grossier, ce n'est pas le cas ici, à m'empêcher d'y entrer. Et là je dois dire que ce défaut mineur n'a été qu'une gène passagère, mais néanmoins répétée.

 

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Le cinéaste a tourné un teen movie à la française, sans aucune vedette, autrement dit le film a du être très difficile à monter. Le cinéaste se référe clairement à Gus Van Sant et plus particulièrement à son film "Elephant". Ce qui est particulièrement couillu, pour ne pas dire suicidaire pour un premier film. Le résultat est qu'en cinéma pur, il a fait mieux que son modèle en évitant les faux raccords dont Gus Van Sant, qui n'est pas un mauvais, même si je persiste à penser que c'est un cinéaste surestimé, n'est pas avare.

 

 

Le point de départ de "Simon Werner a disparu" est le plus bateau qui soit. Il a généré moult série Z de terreur pour adolescents. Pour ses dix huit ans, le héros (Jules Pelissier) organise une fête. Deux des invités découvrent dans les bois alentours un cadavre. Qui est ce? la jolie blonde de la fête (Ana Girardot fille d'Hyppolite du même nom) disparait et bientôt c'est deux autres lycéens qui sont introuvables. Les mystères s'accumulent... 

Gobert n'a pas craint non plus d'utiliser des personnages archétypales de ce genre de film. On reconnaît ainsi les différents stéréotypes comme le sportif, la bombe du lycée, le marrant, la marginale ou encore la tête de turc. Mais une fois ces stéréotypes installés, il s'amuse à jouer avec, le sportif à la jambe cassée et se déplace difficilement, la bombe du lycée est trompée par son petit ami... 

 

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Cette histoire est vue successivement par les yeux de quatre de ses protagonistes d'où la référence explicite à Gus Van Sant. En outre le lycée de la région parisienne (un des personnages cite un journal de Versailles)  où se déroule la plus grande partie du film n'est pas sans rappeler celui qui sert de cadre au film de l'américain.  La principale difficulté technique dans ce genre d'exercice est qu'il ne faut pas se tromper dans les angles de caméra lorsque l'on utilise la vision subjective qu'à le personnage d'une scène. Sinon on embrouille complètement le spectateur qui ne sait plus qui voit quoi (c'est ce qui se passe à plusieurs reprises dans Elephant). L'autre embuche est d'ennuyer le spectateur en lui racontant plusieurs fois la même chose. Gobert déjoue habilement l'obstacle en nous en apprenant à chaque regard un peu plus sur son histoire.

Plus haut j'introduisais l'idée d'anachronisme encore faut-il pour parler d'anachronisme que l'intrigue ne se déroule pas de nos jours et soit située précisément dans le temps. C'est seulement après la projection, tant le scénario m'avait captivé, que je me suis aperçu que cette histoire ne se passait pas de nos jours. Pas de téléphones portables ni d'ordinateurs, les voitures que l'on aperçoit ne sont pas des modèles récents, sans pour cela être des pièces de musée; je les daterais de la fin des années 80 et pour écouter de la musique ces jeunes gens se servent encore de microsillons et semblent ignorer les C.D. J'ajouterais qu'ils parlent tous un français compréhensible et que le casting est entièrement gaulois. Le fait que l'on ne puisse pas situer exactement ni dans le temps ni dans l'espace, même si certains indices peuvent faire penser que nous sommes dans la grande banlieue parisienne, renforce l'étrangeté de l'ensemble.

Le casting est parfait. Au demeurant les acteurs qui sont tous des inconnus, pour moi tout au moins (sauf Serge Riaboukine très inquiétant et dense en prof à la mine patibulaire que l'on charge de tous les maux et Laurent Capelluto qui était la révélation d'un conte de noel de Desplechin, en entraineur de football peut être pervers) et qui composent la distribution sont tous excellents. Je pourrais seulement reprocher à Jules Pélissier de faire plus que ses dix huit ans et de d'être pas aussi beau que son rôle l'exigerait d'après ce que disent de lui ses camarades de classe. A Elephant je rajouterais comme référence "Les disparus de saint Agil" et même "Qui a tué Harry" pour l'habileté du scénario. Nous ne sommes pas loin non plus de "virgin suicide" en ce qui concerne la juste peinture des affres de l'adolescence. Parfois aussi le film est nimbé d'une atmosphère quasi linchienne.

L'incertitude de l'époque procure au film une distance de bon aloi par rapport au naturalisme qui encombre habituellement le cinéma français. Elle évite également le coté artificielle du langage qui était un peu le problème de cet autre film de lycéens qu'est "La belle personne" de Christophe Honoré, même si ce dernier avait pris soin de situer son intrigue dans les beaux quartier où l'on est censé encore parler, même chez les jeunes gens, un français presque châtié.

 

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A noter que la musique du film est signée Sonic youth, ce qui n'est pas rien. Sonic youth induirait que nous sommes plutôt dans les années 90, alors que les visuels m'incitaient à situer le scénario à la fin des années 80...

Pour ceux qui traquent l'homosexualité dans les films, il y a dans "Simon Werner a disparu" un furtif baiser entre deux garçons mais contrairement à ce qui se passe dans Elephant cette relation n'a pas vraiment un rôle important ici. 

Simon Werner a disparu est époustouflant de maitrise aussi bien dans la direction d'acteur que dans l'écriture du scénario et la propreté du filmage, très belle utilisation de la lumière artificielle, il faut dire que l'image est signée par l'immense Agnes Godard à mon sens le meilleur chef op du cinéma français. Ce coup d'essai dans les limite de sa modeste ambition n'est pas loin d'être un coup de maitre.

 

P.S. J'ai rectifié dans le texte ci-dessus ma bourde, l'attribution d'Elephant à Larry Clark alors que le film est bien sûr de Gus Van Sant mais j'ai tenu à maintenir les commentaires de mes lecteurs vigilants.

 

 

 

 

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commentaires lors de la première parution du billet:

 


Bibliothèque Gay a dit…

C'est peut-être le semblant de polémique actuelle sur l'expo Larry Clark qui vous a fait faire une faute de frappe. Il s'agit évidemment de Gus Van Sant

25 septembre 2010 06:25 

 

Anonyme a dit…

Mars 1992 dans une petite ville de la Région Parisienne. Lors d'une soirée bien arrosée, des adolescents découvrent dans la forêt un corps apparemment sans vie, enfoui dans les broussailles. (Cinemovies.fr)

25 septembre 2010 16:17 


psykokwak a dit…

 

Comment avez vous pu laisser passer ce lapsus concernant la référence non à Larry Clark ( Ken Park) mais Gus Van Sant pour Elephant... du coup j'ai failli sortir de la lecture de votre critique... C'est vrai que Ken Park fait jouer 4 histoires mais qui ne se recoupent pas comme c'est le cas ici.

Ceci dit au delà de l'histoire de ce pseudo thriller d'ados, le réalisateur pointe les mécanismes de la rumeur, des imaginations qui s'enflamment. A ce titre l'entraineur de foot garde une part d'ombre (que fait il avec le jeune garçon? que les filles accusent de pervers sans preuve...)

25 septembre 2010 21:58 

 

Anonyme a dit…

J'aurais plutôt attribué Elephant à Gus Van Sant.

27 septembre 2010 10:39 


bernard a a dit…

 

Réponse à Psykokwak et aux autres lecteurs qui ont remarqué mon lapsus.

Parfois je me félicite de mes bourdes car c'est dans ce seul cas que se manifeste mes lecteurs. Bien sur il fallait lire Gus van Sant, encore plus sur évalué que Larry Clark, et non le nom de ce dernier. Je réitère l'avis que ce Simon Werner a disparu est supérieur à Elephant. Il est en effet possible que ce soit la médiocre polémique sur l'exposition Larry Clark au musée d' Art Moderne, dont je ne tarderai pas à vous parler, qui a pu être à l'origine de mon lapsus.

J'avais bien lu la date de 1992 dans le dossier de presse, mais rien n'indique cette date dans le film. Certains détails contredisent cette date comme l'absence de CD ou de baladeurs par exemple. Dans mes critique je ne tiens jamais compte des dossiers de presse, si les informations qu'ils contiennent ne sont pas corroborés par ce que je vois à l'écran. Psykokwak vos remarques sont pertinentes et j'y adhère complètement.

4 octobre 2010 06:40 

 

 

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TATSUMI DE KHOO

27 Avril 2025, 06:39am

Tatsumi

 

Avec Tatsumi, le titre du film prend le nom du mangaka dont il est le portrait, il aurait pu être sous-titré une vie, une oeuvre, le cinéaste singapourien Eric Khoo, révélé à Cannes par deux films qui ont retenu l'attention, Be With Me (2005) beau film sur un trio amoureux adolescent, et My Magic (2008) et lui-même ancien dessinateur, "Tatsumi est sa première incursion dans le cinéma d'animation, de B.D rend hommage à l'un des maitres du manga par l'intermédiaire d'un film d'animation qui s'appuie sur la formidable autobiographie dessinée de Yoshihiro Tatsumi, « Une vie dans les marges ». La grande idée du cinéaste a été de faire alterner des épisodes de la vie de son modèle avec des adaptations de certaines ses oeuvres.

 

 

Il faut immédiatement dire que le film n'est pas du tout pour les enfants. Les oeuvres choisies par Khoo, avec l'aval de Tatsumi, qui est le récitant du film, sont très noires. Ce qui n'est pas une surprise puisque Tatsumi est l'inventeur au Japon en 1957 du gekiga, une bande dessinée pour adultes. Le genre a connu son apogée dans les années 60-70 grâce au magazine Garo avec les oeuvres de Tatsumi et aussi celles de Takao Saito, Yoshiharu Tsuge (L'homme sans talent), Hiroshi Hirata, Kazuo Koike... Yoshihiro Tatsumi est né en 1935. Il est de cette génération d'artistes japonais (Hayao Miyazaki, Nagisa Oshima...) dont l'enfance a été façonnée par la guerre.  C'est a Tatsumi que revient l'immense mérite de s'être aperçu que la bande dessinée était un médium qui offrait bien d'autres possibilités que de proposer des histoires gentillettes pour les enfants. A 22 ans, confronté à l’incompréhension qui monte au Japon envers les mangas, jugés vulgaires, Tatsumi prend conscience qu’il faut différencier le manga pour enfants de celui pour adultes. Ses premièrs récits noirs furent de véritables bombes qui déstabilisèrent tout le petit monde du manga, à commencer par son dieu, Tetsuka l'ancien mentor de Tatsumi auquel le film rend hommage dans la séquence d'ouverture. C'est sous l'impulsion de Tatsumi et des mangakas réunis autour de lui que Tetsuka, jalous de leur soudain succès, produisit dans les années 70, ses grandes séries de seinen, « Ayako », « Les trois Adolf »... pour lesquels il est désormais célèbre en occident.

 

Tatsumi nous montre, ce qui peut être sera une découverte pour beaucoup, un Japon pauvre subissant la dure occupation américaine, peinant malgré la vaillance de son peuple à se relever du désastre de la seconde guerre mondiale. Cette vaillance n'est pas le propos des récits de Tatsumi où transparaissent l'amertume et le désespoir d'hommes sans talent pour reprendre le titre célèbre de Tsuge qui s'applique parfaitement aux cinq nouvelles qui s'intercalent dans l'évocation de l'existence du dessinateur. Des faits historiques, grands ou petits, sont toujours mis en rapport avec avec la tranche de vie qui nous est racontée. Deux de ces courts-métrages en particulier sont bouleversants et inoubliables. Dans l' « L'enfer » un photographe, au lendemain de la bombe sur Hiroshima, croit avoir immortalisé sur un mur la trace d'un fils penché tendrement sur sa mère, bientôt il aura la révélation que la réalité est toute autre... Encore plus poignant est « Monkey mon amour » où un ouvrier invalide suite à un accident du travail, devenu trop pauvre est contraint de se séparer de son singe, le seul être qui lui donne de l'affection. Les fictions aussi courtes qu'elles sont fortes sont des témoignages des époques dont elles parlent. Elles sont traitées en noir et blanc alors que les morceaux de la vie du dessinateur sont dans des couleurs franches et vives. Autre contraste alors que les séquence mettant en scène le dessinateur sont traitées dans un style très ligne claire, les nouvelles sont dessinée avec des traits charbonneux et plus nerveux. Les planches d'origine sont transposées à l'écran avec un minimum de mouvements pour être le plus possible fidèle aux oeuvres dont s'inspire le film. Cette fidélité aux planches de Tatsumi est un juste retour des choses car le mangaka ne s'est jamais caché dans son découpage et dans ses images, avec leurs nombreuses contre-plongées devoir beaucoup au cinéma.

 

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Khoo a bien réussit a rendre l'insatisfaction perpétuelle qui a rongé toute sa vie Tatsumi, même une fois le succès pour ne pas dire la gloire, venu. Le triomphe ne semble pas avoir vaincu sa mélancolie... Les photos du dessinateur qui illustrent le générique de fin en apprennent beaucoup sur son état d'esprit; on a la surprise de découvrir un très beau jeune homme, qui a la chance de bien vieillir, alors que Tatsumi s'est représenté dans « Une vie dans les marges » sous des traits assez ingrats...

 

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Le seul défaut du film, qui passe comme un éclair, on est tout étonné en voyant arriver le générique de fin, est d'être trop court pour son ambition, raconter la vie d'un grand créateur en la replaçant dans son époque. Il a fallut 800 pages à Tatsumi et dix ans de travail pour dessiner sa vie dans  « Une vie dans les marges » qui est publié somptueusement en deux volumes reliés aux éditions Cornelius. Le livre a été très justement primé au dernier Festival d'Angoulême qui aurait pu en plus honorer Tatsumi de son grand prix...

 

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Contraint par le format du long métrage Khoo a du faire de nombreuses ellipses dans sa narration. Pour cette raison le spectateur qui aura lu le chef d'oeuvre qu'est Une vie dans les marges  prendra encore plus de plaisir en regardant « Tatsumi » qui lui même éclaire le livre. Il faut espérer que le film aidera a connaître en France cet immense artiste qui y est encore trop méconnu. Pourtant il fut un des premiers mangakas traduit dans notre pays au début des années 80 dans le journal précurseur que fut « Le cri qui tue ».

 

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Khoo et tatsumi

 

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MY LITTLE PRINCESS, UN FILM D'EVA IONESCO

26 Avril 2025, 06:44am

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Soyons clair ce n'est pas l'éventuelle qualité cinématographique de « My little princess » qui m'ont fait me précipiter à la première séance du film, à 10 heure du matin mais les thèmes qu'aborde le scénario. Une femme, Hannah, d'origine roumaine, devient une artiste à la mode en photographiant sa fille Violetta, âgée d'une dizaine d'années en des poses érotiques dans des atmosphères morbides. Débarrassons nous d'emblée de la critique des aspects techniques. La qualité du filmage, si elle n'est pas honteuse ne restera pas dans les annales de l'histoire du septième art.La chef-opératrice est Jeanne Lapoirie, fidèle de François Ozon.My little princess aurait pu être raccourci d'une dizaine de minutes quelques scènes font doublon. Les scénaristes ne sont pas parvenus à insuffler une progression dramatique à leur opus même si l'on voit bien néanmoins que le regard de la fille sur sa mère se décille petit à petit. Le film repose entièrement sur la confrontation entre la mère et la fille. Heureusement ces deux rôles sont remarquablement tenus; d'abord celui de la mère par Isabelle Hupert dont on attendait pas moins, même si elle est un peu trop âgée pour le rôle, mais on ne voit néanmoins personne d'autre pour interpréter la photographe, plus extraordinaire encore est la performance d'Anamaria Vartolomei en Lolita mal embouchée. L'action se déroule sur environ deux ans et l'on a l'impression de voir réellement Violetta viellir. Si les amateurs de Lolitas en seront un peu pour leur frais (quoique), les prises de vues de My little princess » sont beaucoup plus chastes que les photos d'Irina Ionesco, les amateurs de tenues féminines extravagantes seront eux comblés. A chaque scène la mère et la fille arborent des costumes différents. Ils sont dus àCatherine Baba, styliste photo pour qui fait de brillant début comme créatrice de costumes pour le cinéma.Par contre les rôles secondaires sont à la fois mal écrits, caricaturaux et pas toujours bien joués. Est-ce un clin d'oeil d'avoir fait ressemblé le professeur de l'enfant à Bernard Faucon?

 

 

Petite remarque à l'ingénieur du son un appareil photo chargé d'une pellicule lorsqu'on l'arme ne fait pas le même bruit qu'un appareil vide. Celui confié à Isabelle Hupert est vide de toute pellicule cela s'entend et nuit fortement à la crédibilité des scènes de prises de vues qui sont par ailleurs bien rendues.

My little princess semble surtout un règlement de compte familiale. Eva Ionesco y transpose son histoire celle d'une enfant que sa mère Irina Ionesco a photographié durant dix ans dans des poses érotiques. Après l'auto-fiction littéraire voici l'auto-fiction cinématographique. Pour éviter sans doute quelques procès et surtout pour se faciliter le tournage Eva Ionesco a affublé ses personnages de masques transparents ou en a fait des fantoches. Irina Ionesco n'a pas que portraiturer sa fille, elle a également réalisé d'étonnants clichés de yakuzas que l'on peut voir à cette adresse: http://www.artsgb.com/artists/Irina_Ionesco/Irina-Ionesco-Yakuza/index.html

Une des chances du film est le masochisme d'Eva Ionesco le fait de faire de son double une petite allumeuse soudain pris de bouffées de pudeur empêche tout empathie du spectateur avec cette odieuse pimbêche et ne peut le faire adhérer avec la lourde thèse du film de l'enfance volée par une mère folle d'égocentrisme.

 

 

Il se trouve que j'ai assez bien connu le milieu de la photographie d'art dans la fin des années 70. A ce propos on ne peut situer l'époque exacte à laquelle se déroule « My little princess » seulement à la fin du film lorsque l'on peut lire sur le tableau de la classe de Violetta la date de 1979. Jusque là la réalisation avait été incapable de nous suggérer quand exactement se passait cette histoire. Cette modeste connaissance m'a immédiatement trouvé une scène ridicule celle du vernissage de la première exposition de la photographe, à croire qu'Eva Ionesco souffre d'amnésie l'ayant croisé en de tels lieux. Il y a toujours une gène lorsque l'on découvre sur un écran une personne que l'on a réellement rencontrée dans la vraie vie. J'ai quelque fois croisé Irina Ionesco, la dernière fois, il y a presque une dizaine d'années, non loin des lieux principaux du tournage, les abords du zoo de Vincennes, elle était accompagnée de sa fille. Je l'ai dès ma première rencontre avec elle trouvée passablement piquée mais elle ne m'a jamais paru écervelé comme le montre le film qui en fait une détestable conne.

 

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photo d'Irina Ionesco

 

Le scénario présente la photographe comme une novatrice absolu du fait de photographier d'une manière impudique de jeunes personne. Hannah semble ne reconnaître comme maitre que Lewis Carrol et est présenté comme seule à faire ce genre de photos à son époque. C'est montrer une méconnaissance totale de l'histoire de la photographie. C'est oublier Hamilton et ses nymphettes embuées, Bourboulon qui n'hésitait pas dans ces années là a faire des clichés osés de très jeunes filles et l'on commençait à découvrir les images de Jock Sturges. En ce qui concerne les garçons on connaissait déjà les nus de Gérard Marot, de Nègrepont et de quelques autres... Et bien sûr il y avait Bernard Faucon. Quand à l'inspiration morbide des image d'Irina Ionesco elle doit beaucoup à l'oeuvre de Molinier...

L'ennui avec ce cinéma d'auto-fiction c'est que l'on ne sait jamais où commence la fiction. Un excellent article paru dans Lbération (http://www.liberation.fr/culture/0101648217-eva-ionesco-tombee-des-nus) nous éclaire un peu sur ce point.

 

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Par ailleurs le peintre, joué par Denis Lavant que l'on est bien content de retrouver, qui est à l'origine de la carrière photographique d'Hannah puisqu'il lui offre son premier appareil photo est dans la vraie vieCorneille qui aurait offert à Irina Ionesco, son ami d'alors pour Noël 1964 le Nikon par lequel tout à commencer. J'aimerais bien savoir qui est dans la réalité le jeune lord rocker.

Le film pose de nombreuses questions auxquelles il n'est pas facile de répondre: Hannah, la mère, est-elle un génie jusqu'au-boutiste ou bien une folle à enfermer ? Où commence, où se termine la liberté de l'artiste ? Dans quelle mesure une photographie appartient elle au photographe et non au modèle qui y figure?

Espérons que « My little princess » donne l'idée à des cinéastes talentueux de prendre pour sujet une certaine école artistique des années 70, qu'il ne faudrait pas idéaliser en la comparant avec l'obscurantisme de nos jours car on peut se demander dans quelle mesure les dérives d'un certain milieu artistique, nourri d'une certaine littérature, versé dans le New Age, où sexe et art fusionnaient dans une équation amoureuse, et auquel appartenait Irina Ionesco, ont pu amener la société bien-pensante et moralisatrice d'aujourd'hui.

 

 













 


 


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Commentaires lors de la première édition de ce billet

Je vous remercie pour ces informations . J'ai vus aussi que vous cherchiez plus de détail sur l'acteur du Jeune Lord . Et bien d'après mes courses il ce nomme Hugo Vuillard mais je n'en n'es pas la certitude.Si vous trouvez d'autres informations à son sujet faite moi signe .
Merci encore.

Marie le16/11/2011 

 

Bonsoir.
J'aurais une question mais d'après certaine personne,impossible de répondre . Je me demandais où avait été tourné les passages(dans qu'elle région) où Hannah et Violetta sont en Angleterre?
Merci

Marie le16/11/2011 

Réponse

 

Malheureusement je ne peux pas vous apporter de réponse et le cinéma est un grand menteur, cela peut donc être dans la campagne française, la Normandie par exemple comme le sud de l'Angleterre comme dans le Kent.

B.A.

 

 

Lorsque j'ai vu les trailers de ce film, cela ne m'a pas donné envie de le voir. Je n'ai jamais aimé cette femme qui a usé de sa fille en tant que modèle mais j'en ressentais une sorte de gêne. Pourtant, j'ai beaucoup apprécié certains portraits en noir et blanc de Violetta qui était réellement très belle. L'entreprise de cette enfant devenue femme a quelque chose d'un règlement de comptes. Peut-on le lui reprocher ? Avait-elle conscience que l'on exploitait son image ? Pas sûr. Mais, au final,je ne suis pas interessé par ce film qui ne concerne que la mère et la fille. Je n'ai envie d'être voyeur même si cela est proposé par l'une des concernées.
COMMENTAIRE N°1 POSTÉ PAR WHYNOT21 LE 09/04/2012 À 21H09

Les photos d'Irina Ionesco que j'ai rencontré, ont été un jalon dans la photographie, même si elles dénotent de curieuses idées fixe. S'il y a indéniablement du réglement de compte dans ce film, il y a aussi bien d'autres choses, le parfum d'une époque

 
 

 

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EL DEPUTADO

26 Avril 2025, 06:32am

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Espagne, 1978, 108 mn

Réalisation: Eloy de la Iglesia, scénario: Eloy de la Iglesia et Gonzalo Goicoechea, Directeur de la photographie: Antonio Cuevas, Montage : Julio Peña

Avec: Jose Sacristan, María Luisa San José — Carmen Maria Luisa San José , Ángel Pardo, José Luis Alonso, Agustín González, Enrique Vivó , Queta Claver, Ángel Pardo, Juan Antonio Bardem, Antonio Gonzalo, Fernando Marín, Aldo Grilo, Ramón Reparaz, Fabián Conde, Alejo Loren, Ramón Centenero

Résumé:

En Espagne dans les derniers temps du franquisme, Roberto Orbéa est un membre actif d'un parti de gauche. Il est mis en prison où il fait la connaissance de Nes, et cède à ses penchants homosexuel. La mort du dictateur le fait sortir de prison. Son parti accède au pouvoir, et il devient un homme politique très reconnu. L'homosexualité étant très taboue à l'époque, il tente de reprendre une vie « normale » avec sa femme. Mais Nes lui présente un jeune homme dont il tombe éperdument amoureux. Sa femme finit par le découvrir, et lui propose de vivre leur histoire à trois. Roberto connaît une courte période de bonheur, mais l'extrême droite, qui a appris son homosexualité, intrigue pour le faire chuter. Il prend conscience, en tombant amoureux d’un jeune prostitué issu du lumpenprolétariat, qu’il doit absolument faire son coming out s’il veut être en accord avec ses principes politiques...

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L’avis critique:

Inspiré par des événements vrais, l'EL Diputado est le premier film ouvertement gay espagnol. Tourné dans la période de l’immédiat post-franquisme. Alors que la plupart des français qui ne sont pas féru de films d’horreur, il est l’auteur de Cannibal man, n’ont jamais entendu parler d'Eloy de la Iglesia il a pourtant gagné quelque chose comme une réputation de cinéaste culte dans le monde entier pour être l’un des premiers cinéastes à traiter d’une manière explicite l'homosexualité. De la Iglesia a par le passé appartenu au parti communiste espagnol. El Diputado rassemble ses prédilections politiques et sexuelles dans un mélange passionné et passionnant. Curieusement le film a connu un certain succès commercial aux États-Unis et en Amérique du sud. C’est aussi le film techniquement le plus ambitieux de sa filmographie. Le film est constitué par de nombreux retours en arrière. Roberto Orbea (Jose Sacristan) , le héros, se souvient de ses dernières années. En dépit de nombreuses d'années à dissimuler ses convictions politique, il est socialiste. Pour cela Roberto Orbea est emprisonné. Dans la promiscuité de la prison il réalise qu’il est homosexuel en dépit des efforts qu’il fait pour réprimer ses pulsion. En tant qu’ avocat et ancien militant clandestin il émerge, dès la fin de l'ère Franquiste, en tant qu’un des principaux dirigeant du parti socialiste espagnol. Il cache son homosexualité à son parti, et à sa femme (Maria Luisa San Jose) qui partage son engagement politique. Mais Roberto ne résistent pas à un beau jeunes garçons, un joli adolescent appelé Juanito (Jose L. Alonso). Ce dernier est manipulé par des membres d’un parti de droite qui s’oppose au socialiste et pensent déconsidérer leur adversaire en faisant éclater un scandale de moeurs impliquant une personnalité socialiste de premier plan. De Iglesia fait le parallèle entre la clandestinité politique de Roberto à l’époque du franquisme avec celle qu’il vit sur le plan sexuel alors qu’il est un des leaders politiques du nouveau régime démocratique espagnol. L'appartement qui a servi jadis passé pour héberger des camarades recherchés par la police franquiste devient un endroit pour les rendez-vous amoureux de Roberto et de Juanito. Sur des affiches, Marx et Lénine regardent sévèrement les ébats sexuels des deux hommes... A ce propos, El deputado est une bonne occasion d'observer les contradictions entre l'esprit libertaire du film et le "dogmatisme" avec une touche d'hypocrisie du parti communiste sur le sujet de l’homosexualité...

Eloy de la Iglesia est tout à fait brillant à nous faire ressentir l'appel de la chair que ressent Roberto, homme entre deux âge, pour ce jeunes garçons. De même qu’est finement évoqué, en quelques scènes, le rapport entre Roberto et sa belle épouse Carmen. Leur rapport est ancré dans l'amour véritable l'un pour l'autre. Carmen est déterminé pour explorer n'importe quelle voie qui permettra à leur mariage de survivre. Sous la tutelle de Roberto et de Carmen, Juanito se transforme de gigolo en un garçon assidu des librairies, un admirateur d'art moderne et un mélomane averti... Tout cela est fortement improbable et relève plus du fantasme de micheton que de la réalité et c’est la seule vraie faiblesse du scénario quant à sa crédibilité. En même temps sa conscience politique augmente. pour initialiser. Il se rend compte qu'il a été manipulé et que son amour pour Roberto est devenu sincère. Il rejette ses anciennes opinions. La scène paroxystique du film voit Roberto, Juanito et Carmen dans un baiser à trois symbolisant leur libération et leur réconciliation.
Le film a soulevé un tollé de protestation lors de sa sortie en salle en raison surtout de sa description explicite des actes homosexuels et aussi pour opinions politiques pro-Marxiste. Le film a également gagné en notoriété parce qu'il semble raconter l'histoire de plusieurs figures bien connues dans la société politique espagnole. Nombre de spectateurs l’on alors vu comme un film à clés et se sont perdus en moult supputations.

Eloy de la Iglesia était un membre du parti communiste espagnol ; ses films de cette période reflétaient ses opinions politique et ont souvent porté sur les formes violentes de protestation sociale.
Dans El deputado on le voit s’éloigner du PCE pour rallier le socialisme. Le film est un formidable tableau de l’ effervescence politique qu’il régnait alors dans un pays où la démocratie pouvait encore paraître fragile. El deputado a également pris note de l'introduction des nouvelles théories soutenues par les socialistes sur le rôle du terrorisme dans le nouveau contexte européen. Ce n'est pas pour rien qu’ Orbea est présenté comme un avocat qui a défendu l'ETA durant le fameux procès de Burgos. Toutefois, après l'avènement de la démocratie, les motivations de l'ETA ont été disqualifiés. L’organisation devient ”suspects gauchistes" et leurs actes de violence sont dénoncés comme "crimes contre la vie" en conformité avec le rejet de l’Europe entière de ces pratiques après l'assassinat d'Aldo Moro en Italie.

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Eloy de la Iglesia est un cinéaste , en marge des principaux courants et des tendances esthétiques dominantes, il a pu mener à bien une œuvre personnelle et prolifique, à cheval entre cinéma d’auteur et cinéma populaire, intégrée dans l’industrie cinématographique mais traitant toujours de sujets tabous ou polémiques. Il est titulaire d’un Master of Arts de l'Université Complutense de Madrid, et il a également étudié à l'Institut des Hautes Etudes Cinématographiques de Paris. Il a fait ses premiers pas comme scénariste pour des émissions pour enfants pour la télévision. C’est cet environnement qui lui a permis de faire son premier film à 22 ans, en 1966 avec Fantasía 3, adaptation d’ un roman de L. Frank Baum. Mais le réalisateur connaît une plus grande liberté d'expression lors de la transition démocratique espagnole qui va de 1975, l’année de la mort de Franco, à 1982, date de la victoire du PSOE aux élections législatives. Cette période faisait évidemment grand cas de la sexualité, ouvrant les écrans, en passant, à une représentation de corps , quoiqu’essentiellement féminins, inédite dans ce pays. Bien des films mettant en scène soit des homosexuels, soit des bisexuels, soit des transsexuels, soit des travestis, eurent du succès dans l’Espagne de la Transition, même si tous n’étaient pas des parangons de modernité. Alors que “El diputado”, qui eut un succès considérable, propose, lui, un regard politique sur le corps masculin, mais un regard non exempt de désir. On peut considérer Eloy de la Iglesia comme le cinéaste emblématique de cette période pendant laquelle il réalise pas moins de dix films dont plusieurs traitent principalement de l'homosexualité, comme “Los placeres occultos” (1976) ou “El diputado” (1978). Les sujets préférées du cinéaste ont été ceux touchant les relations de classe et l'oppression sociale par l'état. Mais il semble que petit à petit une sorte d’obsession sexuelle à éclipsé les opinions politiques du cinéaste A partir du milieu des années 70 les films de la Iglesia se sont de plus en plus concentrés sur l'homosexualité et les problèmes sociaux tels que la délinquance juvénile et la toxicomanie.
La marginalité sous toutes ses formes est une thématique au cœur de sa réflexion sur les rapports entre l’individu et une société répressive. Cette interrogation sur l’identité de l’homme au sein de la société le conduit également à réfléchir sur la place de l’individu au sein de groupes sociaux plus restreints, comme le couple et la famille. Dans tous les films d’Eloy de la Iglesia, on trouve des personnages qui transgressent les règles sociales ou morales imposées ou communément admises par la majorité. S’écarter de la norme, la remettre en cause, est une façon de proclamer sa liberté individuelle.

Eloy De La Iglesia frente a la boca de Metro de Chueca (Madrid)
Eloy De La Iglesia frente a la boca de Metro de Chueca (Madrid)

Il obtient un succès en 1983 avec, El Pico qui traite de la drogue. À 57 ans Eloy de la Iglesia adapte Caligula d’Albert Camus qu'il compare à son personnage majeur de son film Navajeros (1980). On lui doit aussi De la Iglesia a fait face à la toxicomanie lui-même dans les années 80 et a même cessé de faire des films pendant un certain temps. Mais son accoutumance au cinéma devait être plus forte que celle pour les drogues, puisque par la suite il s’est sevré des drogues et a repris sa carrière. En 2003, après 16 ans d'absence, au cinéma il revient avec “L'Amant bulgare”, adapté de l'oeuvre romanesque d'Eduardo Mendicutti. Ce sera le dernier film d'Eloy de la Iglesia qui meut en 2006. Sa filmographie est riche de 22 longs métrages. Le Festival du Film de San Sebastian lui a consacré un hommage et une rétrospective en 1996 ce qui a été très important pour sa reconnaissance. En 2003, à Paris, le festival de l’étrange a consacré, en sa présence, également une rétrospective à ce cinéaste qui ne peut être comparé qu’à Fassbinder....

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POUR UN SOLDAT PERDU DE ROELAND KERBOSCH

24 Avril 2025, 15:15pm



Hollande, 92 mn, 1992
Andrew Kelly, Elsje de Wijn, Freark Smink, Gees Linnebank, Jeroen Krabbé, Maarten Smit, Moniek Kramer, Rients Gratama et Valerie Valentine.
 
Réalisé par Roeland Kerbosch. Scénario : Roeland Kerbosch, d’après le scénario original de Don Bloch. Directeur de la photographie : Nils Post. Copisiteur : Joop Stokkermans. 
Disponible en VO et VOST.
 
Avec: Andrew Kelly, Elsje de Wijn, Freark Smink, Gees Linnebank, Jeroen Krabbé, Maarten Smit, Moniek Kramer, Rients Gratama, Valerie Valentine.
 
 
Résumé : 
 
La rencontre amoureuse de Jeroen, jeune hollandais de 12 ans, et d’un soldat canadien un peu perdu, en pleine guerre mondiale.
 
L’avis critique
 
A l’automne 1944, les troupes alliées délivrent la Belgique et le sud des Pays-Bas, mais le nord du pays reste encore aux mains des allemands. Les cheminots hollandais se mettent en grève, en représailles, les nazis coupent les vivres et le fuel dans la partie du pays qu’ils occupent encore. Cet hiver sera nommé ”hunger winter”: l’hiver de la faim. Les allemands restaient, eux, bien nourris et chauffés. Les rafles des juifs pour les camps de la mort se poursuivaient (50 000 pour la seule Amsterdam). Beaucoup d’amsterdamois moururent de faim et de froid, d’autant que ce dernier hiver de guerre fut exceptionnellement rigoureux. Les parents qui le purent envoyèrent leurs enfants à la campagne, où la nourriture manquait moins, dans les familles d’accueil. Voilà le substrat historique sur lequel se déroule cette histoire.
 
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Rudi van Dantzig fut l’un de ces enfants. Il vivra, jusqu’à peu après la fin de l’occupation, printemps 45, au nord de la province de la Frize, dans une famille de pêcheur. En 1986, il tire un récit autobiographique romancé de cette expérience, une émouvante nouvelle intitulée: ”Veer een verboren soldaat”. Elle traite pour une large part de l’amitié sensuelle qu’il développa avec un soldat de l’armée canadienne.
Van Dantzig fut longtemps célèbre à Amsterdam en tant que danseur étoile du ballet des Pays-Bas, puis encore plus reconnu comme chorégraphe. La nouvelle devint aussitôt un best-seller. Traduite en anglais et publiée à Londres par Bodley Head en 1990 sous le titre: ”For a lost soldier”. En 1992, Roeland Kerbosch tourne le film librement inspiré du livre, et portant le même titre. Le film reçut un accueil tiède tant de la part de la critique que du public hollandais. Au printemps 1993, le film tourne en Amérique du nord, d’abord dans les festivals, puis dans le circuit commercial.
Les critiques hollandais trouvèrent le film trop joli, trop gentil comparé à la noirceur de la nouvelle; mais le grief principal fut le traitement de l’histoire d’amour trop explicite selon la critique alors que la nouvelle laisse planer l’ambiguité sur les relations exactes entre le garçon et le soldat. Ces mauvaises critiques, et surtout le sujet sulfureux, expulsa rapidement le film des grandes salles vers un petit cinéma de l’ouest d’Amsterdam, fréquenté par un public mélangé: survivants de l’hiver de la faim et amateurs de garçons. Le bouche à oreille fut bon, et le film connu un relatif succès durant l’été 1992.
 
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Si le film n’est pas un parfait chef-d’oeuvre, c’est à cause de la séquence initiale où l’on voit Rudi van Dantzig adulte, joué par l’américano-hollandais Jeroen Krabbe (l’acteur fétiche des débuts de Paul Verhoeven), chorégraphe faisant répéter par de jeunes danseurs, absolument splendides dans leur collant brillant, un ballet commémoratif de la libération. Cette entrée en matière n’est pas complètement convaincante et surtout ne s’intègre pas avec le reste du film. Mais aussitôt que “Pour un soldat perdu” revient quarante ans en arrière, il devient beaucoup plus vivant. Nous découvrons le garçon de douze ans fourré dans un camion, à l’aube, avec d’autres enfants, inquiets d’être séparés de leurs parents. Puis nous le voyons s’adapter lentement à sa nouvelle famille, à la fois simple et profondément religieuse, comprendre et apprendre peu à peu la langue frisonne. Les canadiens libèrent la Frise. Le garçon attire l’attention d’un soldat de cette armée; flirter avec lui, en tomber amoureux, devenir son amant, et avec angoisse, le perdre quand partent les troupes. Le jeune interprète, Maarten Smit est parfait. Son visage est non seulement beau, mais surtout remarquablement expressif, le rôle demande une grande variété d’humeurs. Lors d’une interview télévisée en 1992, il a alors quatorze ans, il déclara que pleurer ne lui posa aucun problème, il n’avait qu’à imaginer sa mère en train de mourir, rire lui fut plus difficile, il pensait que son rire était faux et que cela le faisait trembler à chaque fois. Autocritique injustifiée, le garçon est toujours très naturel dans la peau de son personnage.
 
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Andrea Kelby est convaincant dans le rôle charismatique et quelque peu énigmatique du soldat canadien, caché derrière ses lunettes noires, qui au milieu des incertitudes de la guerre, est capable de s’abandonner émotionellement au garçon, comme Jeroen s’abandonne au soldat. Andrea Kelby forme un excellent contraste avec la fraîcheur du jeune Smit à la présence magnétique.
La grande qualité du film est son authenticité. Il fut tourné dans le même village frison où van Dantzig a passé ces mois de guerre. Le réalisateur, Roeland Kerbosh a lui aussi été envoyé dans un village de la Frise durant l’hiver de la faim. Le travail de la caméra est sobre, sans mouvement inutile. Mais c’est grâce au tact et à l’honnêtetè de la mise en scène de la relation sentimentale et physique entre l’homme et le garçon qui fait que ce film n’a aucun égal dans le cinéma pour la franchise et le charme. Par exemple la scène dans laquelle le garçon et le soldat font connaissance... Le soldat conduit une jeep. Le garçon marche sur la route, rentrant à la maison. La voiture le dépasse. Le soldat lui demande de monter. Le garçon tourne les talons et repart en sens inverse. La jeep fait demi-tour, repasse devant Jeroen, tête haute, un léger sourire taquin aux lèvres. Quand la voiture fait à nouveau demi-tour, le garçon arborant maintenant un large sourire se retourne et se met au milieu de la route, barrant le passage au véhicule. Smit et Kelby interprètent parfaitement cette petite scène qui sera à jamais gravée dans la mémoire du spectateur.
Les deux ”amoureux” s’adonnent à des jeux brutaux et fougueux. Cette étrange intimité entre ces deux corps est filmée sans gêne ni complexe. Nous voyons l’homme et Jeroen s’embrasser, se mettre nus, chahuter sous les couvertures, tout cela filmé avec un grand naturel. Le rapport physique est condensé par un long gros plan sur le visage du garçon lors de l’acte sexuel. Nous les découvrons plus tard étendus sur le lit en une étreinte relâchée. Toutes ces scènes qui pourraient être graveleuses sont tournées avec beaucoup de tact et de pudeur qui, paradoxalement en renforce l’audace. Le dialogue minimum, Jeroen parle peu d’anglais et le soldat pas du tout de néerlandais, ajoute à l’intensité de leur relation. Le film est dialogué en trois langues: le frison, le néerlandais et l’anglais, langues quelque fois incomprises par l’un ou l’autre des personnages.
 
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“Pour un soldat perdu” magnifiquement joué et réalisé célèbre la découverte de l’amour. Avec optimisme, ce film ne dit rien d’autre que la découverte de l’amour physique, même à treize ans, peut-être une belle chose. Le fait que les deux protagonistes soient du même sexe et d’age différent ne semble pas être le plus important, mais que l’essentiel est dans la simplicité d’âme du soldat et du garçon. ”Pour un soldat perdu” est un film lumineux.
En France,contrairement aux magasins Virgin, la FNAC à refusé de vendre la VHS du film.
Puisque j’avais été l’éditeur de ce film en VHS en 1995, je pensais qu’il serait possible de le sortir en dvd; mais mon distributeur me dit alors (en 2003) qu’il refusait de le distribuer...
 
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Les propos du réalisateur
 
 
Ils essayent chacun de définir leur sexualité. Ce sont des personnages seuls et solitaires. L’environnement où ils sont ne leur convient pas, et c’est une raison pour pour laquelle ils sont attirés l’un par l’autre. Ils ne parlent pas la même langue. Quand Jeroen arrive d’Amsterdam il ne comprend pas le dialecte frison, quand au soldat il ne parle que l’anglais. Ce sont des circonstances qui les rapprochent. Ils sont environ une semaine ensemble, pas plus. Cela ne pouvait pas être plus qu’une aventure. Le soldat devait suivre son régiment et quelques semaines plus tard la mère du garçon allait le ramener à Amsterdam. J’ai voulu montrer que ces relations doivent être considérées individuellement. Notre culture n’encourage pas la reconnaissance de la sexualité des enfants. Je suis surpris du nombre d’hommes, et pas seulement des gays qui ont eu ce genre d’expérience dans leur jeunesse. Beaucoup de gens sont venu me voir, me dire qu’ils ont eu une aventure similaire et que le film les les avait d’autant plus ému. Je ne m’étais pas rendu compte que cela arrivait si souvent et bien sur, pas seulement pour les garçons mais aussi pour les filles.
Le soldat dit: ”Dès que je t’ai vu j’ai su que tu étais mon genre de mec”. Ce n’est pas une approche sexuelle. Parles moi de toi, est le sens de la scène. Au départ la scène était beaucoup plus longue. Le soldat racontait sa vie au Canada, Jeroen, marchant à ses cotés, écoutant d’une oreille distraite. Nous avons coupé au montage pour ne pas ralentir le film. De la peut-être quand Walt demande quel genre de mec es-tu? cela parait plus intéressé, mais ce n’est pas une invitation.
 
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Lors du tournage le garçon qui joue Jeroen avait treize ans. C’est un garçon vif et intelligent cela n’a pas posé un problème intellectuel, la communication a été très facile. Je crois que durant le tournage il a beaucoup appris grâce à l’excellent contact qu’il a eu avec les autres acteurs. Je crois que ce film a été pour lui un très bon moyen de découvrir sa propre sexualité. Le jeune homme qui interprète le fils du fermier est dans la vie un proche ami de Marten Smit, et est gay. Il a renseigné le garçon sur l’homosexualité pour préparer le tournage.
La seule scène qui a gêné les acteurs est celle où le garçon mord le doigt du soldat. La scène de rapport sexuel a été assez difficile. C’était gênant car tout le monde savait ce que cela signifiait. Le garçon aussi, bien qu’il n’est jamais eu cette expérience. Le jour de tournage a été très dur. Nous étions tous très fatigués et l’acteur qui joue le soldat était tendu et de mauvaise humeur. Le même jour nous avions tourné la scène d’adieu du soldat, quand il rentre avec Jeroen et parle à son père adoptif. Ce soir la l’acteur qui jouait le soldat rentrait en voiture à Amsterdam, le jour suivant il m’a dit au téléphone qu’il avait pleuré en chemin car pour lui c’était un véritable adieu aux scènes les plus importantes du film. Il m’a dit j’ai pleuré car j’ai réellement dit adieu au garçon alors que nous avions une formidable relation. Il restait encore quelques jours de tournage, mais c’était des scènes beaucoup plus faciles moins intimes.
 
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Dans le livre les scènes de sexe sont beaucoup plus explicites, plus crues. Le déroulement de la relation est plus long. Dans un film il est interdit de montrer un pénis en érection. Bien que je trouve cela ridicule, c’est un fait. Si vous cherchez une audience il faut faire quelques concessions. Cependant je n’ai pas l’impression d’avoir fait des restrictions significatives. Mon intention était de rendre plus chaleureuse la relation entre le garçon et le soldat que dans le livre où elle est assez froide et plus sexuelle que romantique contrairement au film.
Il y a vingt ans on n’aurait  pas pu faire un tel film et le montrer aussi librement. Je savais que dans un premier temps le public touché serait d’abord le milieu gay; mais le bouche à oreille fonctionnant le public intéressé dépasse largement le strict milieu gay. Je pense que ce film peut toucher tout les publics.>>.
 

Commentaires lors de la première parution du billet

 
Salut Bernard
Ai reçu hier une copie sous titrée en anglais du film POUR UN SOLDAT PERDU achetée sur EBay.Je l'ai visionné hier soir.C'est un très beau film..plein de tendresse...Par contre j'ai noté une erreur factuelle...le drapeau du Canada montré dans les festivités de la Libération ne date que de la fin des années 1960 ou début de 1970???
Merci pour cette découverte
Yves
 
Posté par Yves, 05 février 2008 à 17:36
 
Le réalisateur veut nous faire croire qu'il est "interdit" de montrer une scène de sexe frontale, or ça n'est pa vrai du tout, d'ailleurs il ajoute que c'est lié à la recherche d'un certain public. Par conséquent, pas de public, pas de fonds, pas de film. Pourtant, le refus des concessions, c'est possible. Manifestement un film beaucoup plus lisse (par rapport au livre).
Posté par jef, 25 juin 2008 à 15:10
 
J'ai adoré ce film. Mais je n'ai pas trouvé le livre, sauf en version pdf.
 
Bien sur, il y a beaucoup de différences entre le livre et le film. Ce sont peut-être des différences sans importance. Mais alors, pourquoi modifier ainsi le livre?
 
Dans le fond, je préfère le film au livre. Car dans le livre, il me semble évident que le soldat abuse le garcon. Je dirais même qu'il le viole. Le garcon a mal. Mais il l'accepte, parce qu'il aime le sodlat.
 
Le plus émouvant, c'est sa prière impie: mon Dieu, faites que le soldat soit toujours mon ami, et faites que personne ne le sache...
 
Dans le livre, ce qui m'étonne, c'est l'habileté avec laquelle Rudi peut raconter son histoire, avec l'esprit d'un enfant. Le plus touchant, c'est que Jeroen avoue ne rien comprendre aux agissements du soldat. Il ne fait pas le lien entre les caresses et le plaisir sexuel, qu'il n'éprouve pas encore. Son affection pour le soldat est donc tout à fait sincère. Et la peine qu'il éprouve après son départ, est véritablement une peine d'amour.
 
Mais je dois dire que l'attitude du soldat me choque beaucoup. Dans le livre, il est dur, avec le garcon, et il ne s'inquiète pas de le blesser. De plus, il n'a jamais essayé de retrouver le jeune garcon, alors que, des années plus tard, Jeroen le cherche encore.
 
 
Pour un fois qu'on voit un soldat canadien dans un film européen, je regrette beaucoup qu'on lui donne le mauvais role. Si j'avais eu la chance de ce soldat, j'aurais abandonné la guerre et l'armée, et je me serais installé dans le Friesland avec Jeroen.
 
 
Moi aussi, j'ai adoré cette scène, où le soldat essai de faire monter le garcon dans sa jeep.
 
 
Malgré la difficulté que ca représente, je suggère aux amateurs d'essayer de se procurer le livre. Les réflexions du jeune garcon y sont fantastiques. Et si personne ne se décide à la faire, je pense bien traduire ce livre en français.
 
Enfin, je ne pense pas qu'on puisse présenter ce film aux États-Unis. Je n'en suis pas certain, mais il me semble qu'on y brule encore les sorcières... Aussi, oser raconter une histoire d'amour entre deux garcons, pire encore, entre un jeune homme et un enfant, je pense que ca choquerait l'ensemble du pays. Et bien sur, ces pauvres hypocrites seraient obligés de visionner le film em chachette.
 
Posté par Yvon Verrier, 22 juin 2010 à 08:09
 

 

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QUARTIER LOINTAIN, UN FILM DE SAM GARBARSKI

22 Avril 2025, 06:43am

 

A l'impossible nul n'est tenu, car c'était bien une folle gageure que d'adapter au cinéma le chef d'oeuvre de Taniguchi (le mangaka fait une apparition, en passager du train à la fin du film), le manga "Quartier lointain" et qui plus est de le transposer dans la France des années 60. Pour ceux qui ne connaitrait pas cette exceptionnelle bande dessinée, en voici l'argument: De nos jours Thomas, la cinquantaine, doté de femme et enfant est un dessinateur de bande dessinée en panne d'inspiration, se rendant au Salon de la B.D d'Angoulême, il se trompe de train. Il se retrouve dans celui qui le conduit à sa ville natale où il n'est pas revenu depuis plus de 20 ans. Il profite de sa bourde pour se rendre sur la tombe de sa mère. Là, il a un malaise, s'évanouit et se réveille âgé de 14 ans (mais ayant gardé sa mémoire d'adulte) au début des années 60, juste avant la date à laquelle sont père avait abandonné sa famille; il va tenter d'empêcher ce départ...

 

 

 
 

Et bien Sam Garbarski, cinéaste dont je n'avais jamais entendu parlé, "Quartier lointain est son deuxième film, se tire honorablement de son impossible entreprise. Pourtant cela commence bien mal avec un Pascal Gregory dans le rôle de Thomas adulte, qui a une tête du type auquel on vient de présenter la note de ses six derniers mois de consultation chez son psychanalyste, comme dit Eric Neuhoff pour une autre prestation du comédien aussi peu convaincante que celle-ci. Mais dés que le héros retombe en enfance, au sens strict du terme, et est joué par le jeune Léo Legrand, absolument parfait, cela va beaucoup mieux. Tout le casting est alors remarquable à commencer par les parents de Thomas; le père est joué par Jonathan Zaccai, déjà très bien dans "ÉLÈVE LIBRE)" et la mère par Alexandra Maria Lara. Laura Martin qui interprète Sylvie, l'amoureuse de Thomas ne démérite pas non plus. Autre point fort du film, la qualité bluffante de la reconstitution d'époque, aucun anachronisme à l'horizon.

 

 

  

 

Si le choix de Nantua comme ville de l'enfance de Thomas est assez judicieux, il faudra que l'on m'explique comment en voulant prendre un train pour Angoulême on peut se retrouver à Nantua!

Même si le flm est assez fidèle à la bande dessinée, qui est bien sûr à lire absolument, ce serait une erreur de vouloir la retrouver. Pour apprécier le film mieux vaut oublier son origine et alors on passe un agréable moment dans ce voyage sans faute mais non sans nostalgie dans la France provinciale des trente glorieuses dans laquelle la vie était plus douce qu'aujourd'hui. 


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SIN DESTINO DE LEOPOLDO LABORDE

21 Avril 2025, 15:52pm

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Mexique, 1999/2002, 1H37.

réalisation: Leopoldo Laborde, scénario: Leopoldo Laborde, montage: Leopoldo Laborde, image: Bruno Cazarin

avec: Fransisco Rey (Fran), David Valdez (David), Roberto Cobo (Sebastian) Sylvia Vilchis (Perla) Mariana Gaja (Angelica) Roberto Trujillo (le Client) Malenski Ruiz (Fran, Enfant)
 
Résumé

Sin Destino est avant tout le portrait de Francisco/ Frank ( Fransisco Rey ) dont on suit la destinée. Francisco est un garçon très mignon de 15 ans qui vend son corps à des hommes dans les rues de Mexico depuis qu’il a eu sa première relation sexuelle lorsqu’il était âgé de neuf ans avec un pornographe âgé, Sebastian ( Roberto Cobo ). Celui-ci a attiré chez lui le garçon alors qu’il lavait les pare brise des automobiles stoppées à un feu rouge. Francisco se prostitue pour manger mais surtout pour s’acheter sa coke. Son dealer, David ( David Valdez ), qui tapine également, est aussi son meilleur ami. David voyant que Francisco est de plus en plus paumé et confus sexuellement, Francisco est hanté par les images de sa relation sexuelle avec Sebastian, l’incite à faire l’amour avec une femme. Il lui propose de lui “prêter” sa copine, Perla ( Sylvia Vilchis ), elle aussi prostituée. Mais pour la première fois Francisco ressent une attirance sexuelle pour une femme, une belle jeune fille blonde ( Mariana Gaja ) qu’il a aperçu lorsqu’elle étendait sur une terrasse voisine du squat qu’il habite. Concomitamment, Sebastian après six ans d’absence réapparaît dans la vie de Francisco...

L’avis critique
 
“Sin destino” appartient, ce qui est presque un sous genre du film gay, les films sur la prostitution masculine. Le film est avant tout le portrait d’un de de ces garçons, un peu comme l’est “John” mais d’une facture toute différence. Avec une grande différence par rapport aux films américains, c’est filmé heureusement sans aucune pudibonderie et l’on se régale de la plastique du jolie Fransisco Rey qui interprète avec beaucoup de naturel le rôle principal même si le réalisateur privilégie outrageusement les relations hétérosexuelles par rapport à celles homosexuelles.

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Le grand souci sur ce film c’est le parti pris de mise en scène qui aboutit à une esthétique assez proche du “Mala noche” de Gus Van Sant. Je dois dire que la prétention auteuriste du cinéaste m’agace particulièrement et vouloir expliquer qu’il a tourné en noir et blanc pour rendre hommage à Luis Buñuel car “Sin destino” s’inspire de Los Olvidados est à la vision de son film ridicule. L’ alibi du très petit budget ne tient pas plus. Il faut rappeler qu’aujourd’hui tourner en couleur n’est pas plus cher qu’en noir et blanc, bien au contraire (du moins en France, mais je serais surpris qu’il n’en soit pas de même au Mexique). Le film est tourné à la fois en 16 mm et en super VHS pour les séquences en couleurs. Je dois dire que d’emblée le choix du noir et blanc surtout quand celui-ci, comme c’est le cas ici est passablement pourri est une coquetterie qui m’irrite. Son noir et blanc souvent trop contrasté quand il n’est pas brûlé est charbonneux. Car c’est à la fois être poseur et ce procédé cri attention regardez moi, je fais de l’art et c’est aussi un peu faux cul par rapport au sujet et aux images que l’on voit. L’inévitable distance qu’instaure le noir et blanc veut aussi implicitement signifier moi je film le sexe d’adolescents filles et garçons (tous très jolis) mais je ne suis pas un voyeur, que non, je suis un artiste... néanmoins de nombreux plans débordent de sensualité... On sent que Laborde tout comme Larry Clark éprouve un réel plaisir à filmer les jeunes corps nus des protagonistes de son film.

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Leopoldo Laborde aggrave son cas en faisant des inserts couleur pour visualiser les rêves et les trips de cocaïne de son héros, (il doit sûrement confondre cocaïne et L.S.D.!). Le très instructif making of, lui filmé en couleur nous montre ce qu’aurait pu être le film en couleur et en voyant ces images on ne peut qu’avoir des regrets quant au choix du cinéaste. A ce propos il faut noter l’excellence de l’édition du dvd chez l’éditeur américain TLA. Le making of est remarquable et les scènes coupées (souvent pour des considérations techniques) commentées par le réalisateur sont éclairante sur les conditions de tournage et de post production ainsi que sur la personnalité du cinéaste.

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On regrette encore plus ce mauvais noir et blanc que la caméra, presque toujours portée, est maniée avec beaucoup de dextérité et surtout de fluidité impression encore renforcée par un montage habile. L’image est souvent bien composée. Si le réalisateur est parfois inventif, il a aussi souvent la main lourde lorsqu’il veut traduire en image ce qui se passe dans la tête malade de Francisco. Mais dans ce domaine le pire est le son subjectif sensé rendre l’état du garçon lorsqu’il se drogue. Le résultat est aussi ridicule qu’insuportable pour les oreilles.

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L’ hétérogénéité du film est très déstabilisante pour le spectateur. On passe, sans guère de transition, de scènes presque documentaires, ce sont les meilleures en particulier celles entre Francisco et David aux dialogues très juste et qui paraissent spontanées, à des séquences de pur mélodrame. Le jeux des acteurs sont eux même très hétérogène, si les jeunes jouent avec un naturel étonnant, Roberto Cobo dans le rôle de Sebastian, le pervertisseur, il jouait déjà dans Los Olivados, roule des quinquets comme on le faisait à l’apogée du cinéma muet expressionniste. Ce hiatus entre le jeux des jeunes acteurs et celui être sensé représenter la figure du corrupteur ne semble pas être une maladresse de direction d’acteur mais voulu et assumé. Le résultat est pour le moins curieux. Quant aux séquences oniriques, elles ont un petit coté David Hamilton sous acide...

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Autre rupture, cette fois de point de vue, dans le regard du réalisateur sur Sebastian. Au début du film il nous est présenté comme la caricature du vieux vicelard, ce qui d’après le cinéaste dans l’interview du making of n’a pas été sans conséquence en ce qui concerne l’accueil du public gay de “Sin destino”, alors que plus tard lors de ses retrouvailles avec Francisco au hasard des trottoirs de Mexico, il nous apparaît comme réellement amoureux du garçon. Ce qui est d'autant plus troublant que dans leFlashbacks nous montrant la rencontre entre Francisco enfant et le pornographe on peut comprendre que Sebastian a fait pendant un certain temps de l'enfant une sorte d'esclave sexuel, avant que le garçon puisse s'enfuir. Rien est dit dans le film sur la famille de Francisco qui semble sorti du bitume des rues de Mexico! L’ambiguité des personnages principaux, David, Francisco, Sebastian est d'ailleurs une des richesses du film.

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Leopoldo Laborde (photo ci-dessous) est né en 1970 au Mexique. Cet autodidacte du cinéma est aussi un véritable athlète du 7 ème art à la fois metteur en scène, scénariste et monteur. Il a tourné son premier film amateur dés 11 ans. De 1988 à 1995, il a tourné 4 longs métrages avec une caméra vidéo non professionnel. En 1997 il réalise son premier film en 35 mm, Angeluz, une sorte de film fantastique de série Z qui est devenu par la suite un film culte au Mexique. Sin destino est tourné en 1999 mais sera véritablement terminé qu’en 2002. Depuis il a poursuivi sa carrière avec deux autres films, en 2005, “Enemigo” et en 2007 “Moradas”. Dans ces deux films on retrouve devant la caméra Roberto Cobo.
 




Je voudrais revenir sur les déclarations du cinéaste dans l’excellent making of du dvd, non moins, je le répète, excellent. Ce qui frappe d’abord c’est la naïveté de Leopoldo Laborde qui s’étonne de l’accueil parfois négatif qu’a reçu son film et cela d’horizons divers. Il n’est pourtant pas difficile d’imaginer qu’un film présentant la prostitution d’adolescents à Mexico comme à la fois endémique et la seule solution pour ces garçons pour survivre n’enchante pas les autorités mexicaine. Normal aussi qu’un film d’une facture aussi underground ne draine pas d’emblée un large public. Pas plus surprenant non plus qu’une partie de la communauté gay perçoive Sin destino comme un film anti homosexuel. Puisque on nous fait comprendre que si Francisco est devenu ce qu’il est devenu (et je ne peux pas en dire plus sans déflorer le scénario) c’est parce qu’il a été abusé sexuellement lorsqu’il était encore qu’un enfant par Sebastian. Autre idée sous jacente qui provoque le malaise, Sebastian, le pervers, même si c’est beaucoup plus ambiguë que cela dans le film et cette constante ambiguïté de tous les protagonistes n’est pas sans augmenter la gène que l’on ressent à la vision de Sin destino, est clairement identifié comme l’espagnol. On peut comprendre que seul un étranger et qui plus est un blanc peut corrompre le mexicain métisse, les deux charmants garçons que sont Francisco et David sont assez brun de peau...


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Sin destino, très librement inspiré de “Los olivados de Luis Bunuel est un essai original et dérangeant à plus d’un titre, pour traiter des sujets aussi difficiles que la pédophilie et la prostitution masculine avec des parties pris cinématographiques radicaux. Cet aspect formel underground n’ annihile pas complètement heureusement ni la sensualité des corps ni l’émotion que l’on éprouve pour Francisco malgré une fin proche du ridicule.

 

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LA RONDE DE NUIT, UN FILM DE PETER GREENAWAY

21 Avril 2025, 06:44am

Gaff1298989984On retrouve avec plaisir le cinéma de Peter Greenaway après une trop longue absence avec les même défauts et les mêmes qualités que lors de notre dernière rencontre. Il y a toujours cet intellectualisme un peu cuistre que transfigure un regard d'esthète qui peut devenir de temps à autre  légèrement salace, cet amour des intrigues de pouvoir compliquées dans un microcosme.
Le sujet du film, une spéculation sur le sens caché du plus célèbre tableau de Rembrandt, La ronde de nuit. Le tableau serait, crypté, et dénoncerait un crime et désignerait le coupable; la révélation d'un crime, rappelle beaucoup celui de "Meurtre dans un jardin anglais"; mais les personnages de "La ronde de nuit sont beaucoup moins policés que ceux du premier opus de Greenaway.
On apprend que c'est sur l’insistance de Saskia, son épouse enceinte, que Rembrandt, alors au sommet de son art et de sa gloire, accepte, avec réticence, une commande, un portrait de groupe de la milice civile d’Amsterdam ce qui donnera l'immortel "Ronde de nuit". Saskia lui donne un fils Titus qui mourra en 1668, un an avant son père. Saskia ne se remet pas de ses couches mais vivra assez longtemps pour voir le tableau. Le peintre découvre par hasard un horrible assassinat. Déterminé à faire éclater la vérité, il bâtit méthodiquement son accusation à travers la peinture qui lui a été commandée. Il compte ainsi révéler le visage aussi sordide qu’hypocrite de la société hollandaise...
Le réalisateur suggère que c'est la vengeance des notables d'Amsterdam qui aurait conduit Rembrandt à la ruine et non comme c'est communément admis les dépenses somptuaire de sa maîtresse et le changement de mode.
Les scènes de sexe des plus crues ne manquent pas dans le film et Martin Freeman, un parfait Rembrandt véritable sosie du peintre de nous cache rien de ses avantages qui, n'étant pas du calibre de son talent de comédien, il eut peut être été préférable de ne pas sur exposer.
Plus intéressant que le mac gufin que constitue le mystère, quasi policier, du tableau où la peinture un peu trop à charge de la bourgeoisie amsterdamoise, est le portrait de Rembrandt que nous propose Greenaway, tantôt candide, tantôt calculateur, tantôt faible, tantôt courageux, souvent paillard, parfois fleur bleue et surtout dominé par son amour des femmes.
Le film qui se regarde sans ennui malgrè sa longueur, vaut néanmoins surtout pour le magnifique travail du directeur de la photo, un maître du clair obscur qui fait défiler devant le spectateur une suite ininterrompue de "Rembrandt" et cela sans jamais tomber dans le statisme où sont tombé de nombreux films ayant pour sujet un peintre. Je conseille au futur spectateur du film de réviser son rembrandt avant pour se mettre les toiles du peintre "dans l'oeil".
Greenaway nous fait voir la "Ronde de nuit" un peu différemment lorsqu'il met en évidence l'ombre « très démonstrative », selon le cinéaste, de la main d'un personnage qui s'étale sur le ventre d'un autre. Est-ce une provocation d'ordre sexuel ?, s'interroge Greenaway.

 

 

Le cinéaste dynamise son film par des artifices un peu clinquant comme l'adresse du comédien à la caméra ou bien encore le galop d'un cheval dont on a l'impression  qu'il va finir  contre notre fauteuil.  Pourtant ces subterfuges qui pourraient être grossiers donnent un peu d'air au film grâce à l'excellence des décors et la grande qualité des comédiens. Les quelques extérieurs sont judicieusement distribués tout au long du film et réussissent à nous faire oublier ce que la scénographie de Greenaway à de trop théâtrale avec ce lit qui tient du char à banc et du radeau sur lequel se déroule une grande partie du film. Le réalisateur a l'intelligence de ne jamais montrer Rembrandt peindre...
La ronde de nuit est une extravagance historique qui n'est pas sans rappeler celles de Ken Russell, cinéaste qu'il serait temps de réévaluer.







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AGORA, FILM D'AMENABAR

19 Avril 2025, 07:14am

 

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Alexandrie au quatrième siècle de notre ère, l'empire Romain se délite. Les fanatiques chrétiens sont en passe de faire régner l'intolérance et la terreur. Une femme philosophe et ses disciples s'interrogent sur le cosmos, dernières lumières de la raison avant les temps obscurs.

Voilà cinquante ans, que le grand amateur du péplum que je suis, se voyait présenté les chrétiens comme des agneaux et meilleur met des lions. Divine surprise! nous vient d'Espagne, enfin le réalisateur Amenabar est espagnol car la production est internationale, « Agora » qui nous les montre tels qu'ils étaient ( et qu'ils sont restés ) de sanguinaires obscurantistes. Ce n'est d'ailleurs pas que les païens ou les juifs soient meilleurs, plus éclairés ou plus doux, non, dans cette Alexandrie du quatrième siècle, ils se trouvent qu'ils ont la malchance de devenir minoritaires, passant ainsi, du jour au lendemain, de la situation de bourreaux à celles de victimes. Vieille histoire qui se répète probablement depuis des millénaires et qui semble avoir un bel avenir devant elle. D'ailleurs j'ai un délicieux petit tapis de prière, dans un de mes placards. Je le sortirais à bon escient lorsque les ignares mahométans seront majoritaires dans notre contrée, ce qui ne saurait tarder. Alors nombre de benêts pourrons dire, comme dans le film, cet adorateur d'Osiris se penchant sur la foule grouillante et hostile qui l'assiège: << Depuis quand sont-ils aussi nombreux?>>…

 

 

Le film fait un parallèle constant et pesant entre ces chrétiens d'hier et les islamistes d'aujourd'hui. Pour être sûr que le spectateur comprenne bien, chaque idée est assénée de nombreuse fois. Et pour appuyer encore un peu plus le propos de son scénaristeMateo Gil, le réalisateur a donné au chef des catéchumènes une gueule de repoussant ayatollah.

Les amoureux des reconstitutions antiques, dessinées par Jacques Martin, Chaillet et autres Dufaux et Delaby trouveront leur compte avec celles d'Agora somptueuses grâce à l'indiscernable aide numérique.

La distribution, très internationale, dans laquelle il n'y a pas de célébrité, excepté Michael Lonsdale que j'avais quitté dans "Banc public" acheteur de paillasson et que je retrouve avec plaisir, toujours aussi patelin, en toge, se tire très bien de l'exercice toujours difficile qu'est l'incarnation de personnages antiques. A noter que le jeune et bel esclave, Davus qui est amoureux d'Hypatia est interprété par le fils de feu Anthony Minghella, Max Minghella. 

Le film est, à travers sa seule figure positive, d'Hypatia, une belle et fière philosophe, qui m'a évoqué en féminin celle du Zénon de Margueritte Yourcenar, une ode à l'athéisme et à la raison. Annoncerait il le grand retour d'Auguste Comte (première manière car sur sa fin le chantre du positivisme s'est fourvoyé dans un ersatz scientiste de religion). Plus que par la dénonciation des intolérances et de la bêtise des religions, ce qui n'est tout de même pas inutile de rappeler en ce moment, je m'étonne que cela nous vienne d'Espagne où la religion catholique est encore prégnante , mais c'est peut être la raison de la vindicte d'Amenabar, c'est par la peinture du petit groupe de lettrés qu'il nous propose qu'Agora m'a intéressé. A une époque ou l'anti intellectualisme se porte bien on ne peut que saluer un film qui met en son centre le savoir.

 

 






 

 

Le mythe féminin d'Hypatie a eu de multiples interprétations comme nous le rappelle le philosophe américain John Thorp:
 
 
 

« Hypatie est l'héroïne idéale. Elle était charismatique ; elle mourut horriblement ; elle fut au centre d'un jeu compliqué de tensions politiques et religieuses ; et – la qualification la plus importante pour le statut de héros – en fin de compte nous savons très peu sur elle de façon claire et certaine. Une étoile qui brille, certes, mais vue à travers les brumes du temps et de l'oubli. Nos incertitudes invitent la construction d'une héroïne. L'un des principaux thèmes des études récentes sur Hypatie est précisément la diversité des interprétations de son histoire. Un livre italien, d'Elena Gajeri, portant le titre Ipazia, un mito letterario – « Hypatie, un mythe littéraire » suggère qu'Hypatie, telle que nous la connaissons, est une construction de l'imaginaire plutôt qu'une réalité de l'histoire. »

« Déjà dans l'antiquité tardive elle était une héroïne païenne pour avoir été massacrée par les chrétiens, ou encore une héroïne des ariens pour avoir été massacrée par les orthodoxes, ou encore une héroïne des chrétiens de Constantinople pour avoir été massacrée par les chrétiens intempérants d'Alexandrie. Plus récemment elle s'est vue traiter d’héroïne anticléricale, victime de la hiérarchie ; héroïne protestante, victime de l'église catholique ; héroïne du romantisme hellénisant, victime de l'abandon par l'Occident de sa culture hellénique ; héroïne du positivisme, victime de la conquête de la science par la religion ; et, tout dernièrement, héroïne du féminisme, victime de la misogynie chrétienne. Femme polyvalente ! »


« Vous avez donc, chez Hypatie, tous les éléments idéaux pour une histoire captivante : il y a le fait exotique, dans l'antiquité, d'une femme mathématicienne et philosophe ; il y a son charisme indéniable ; il y a l'élément érotique fourni par sa beauté et par sa virginité ; il y a le jeu imprévisible des forces politiques et religieuses dans une ville qui a toujours connu la violence ; il y a la cruauté extraordinaire de son assassinat ; et, en arrière-plan, le sentiment profond d'un changement inexorable d'ère historique. De plus il y a notre manque d'informations claires et précises sur elle, ce qui permet aux fabricants de légendes de remplir les lacunes comme ils veulent »



 

 

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