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humeur cinematographique

WILD SIDE UN FILM DE SÉBASTIEN LIFSHITZ

8 Mai 2025, 06:45am


FRANCE, 2004, 93mn 
 
Réalisation: Sébastien Lifshitz, production: Gilles Sandoz, scénario: Stéphane Bouquet, Sébastien Lifshitz, image: Agnes Godard, son: Jocelyn Pook, décor: Elizabeth Mehu     
 

avec: Stéphanie Michelini (Stéphanie), Yasmine Belmadi (Djamel), Edouard Nikitine (Mikhail), Josiane Stoléru (Liliane), Carinos Corentin (Small Stone), Perrine Stevenard (Caroline), Benoît Verhaert (père de Pierre), Fabrice Rodriguez (Client au club), Amine Adjina (le frère de Djamel), Christophe Sermet (Nicolas), Loïc Pichon (Farmer), Veronika Pereverzera (Mère de Mikhail), Antony Hegarty (Singer café), Gilles Forgeas (Client), Pierre Nahori (Client), Ozgur Tosunoglu (Client), Réjane Kerdaffrec (Femmes de la saison), Pierre-Arnaud Jolard (postes clients), Vladislas Laskevich (Piotr), Sasha Yatchin (Ovguéni) 
 

 
 
Résumé
  
Stéphanie est un transexuel de 32 ans qui se prostitue. Stéphanie vit avec Mikhail et Djamel. Mikhail est un immigrant russe qui a déserté, traumatisé par la violence de la guerre en Tchétchénie. Djamel est un petit malfrat de trente ans, renié par sa famille. Lui aussi se prostitue. Mikhail et Djamel sont amoureux de Stéphanie. 
Lorsque Stéphanie reçoit un appel de l'hôpital qui lui apprend que Liliane, sa mère malade est en phase terminale, Stéphanie décide d'aller la rejoindre pour être avec elle dans ses derniers jours. Mikhail et Djamel l'accompagnement durant le voyage et une fois arrivé dans le nord de la France, tous les trois se rappellent leur passé, comment ils se sont rencontrés, et d'examinent leur  vie actuelle, qui est très différente de celle qu'ils espéraient. 

L'avis critique
  
Pour son titre Sébastien Lifshitz s'est inspiré d'une chanson célèbre de Lou Reed. Son projet était de faire un film sur des personnages sous l'emprise de  leur passé toujours présent. Pour le rôle principal de Stéphanie une transsexuelle, le cinéaste a eu l'audace de choisir (de trouver) un véritable transexuel Stéphanie Michelini.Ce choix donne un réalisme convaincant à l'histoire racontée. Le film fait un usage intensif des silences, et des flashbacks tout au long du récit, nous fournissant petit à petit des informations sur le passé des trois personnages principaux. Ces retour sur les passés Comprennent des scènes sexuelles sans érotisme, qui montre la crudité de la prostitution, mais en même temps ne cherche pas à cacher la complexité des relations entre le client et le (la) prostitué. 

Le casting est excellent, et Lifshitz fait un travail de direction d'acteurs digne de louange, surtout avec  Stéphanie Michelini, qui réussit à transmettre son angoisse d'une manière très convaincante. Le film réussit a une excellente combinaison entre la bande son et l'image. Cette image bénéficie du regard d'Agnes d'une des meilleures chefs opératrices d'aujourd'hui. La narration de Wild side est fidèle à la déconstruction du récit, théorie chère à Lifshitz aves en particulier l'inclusion des souvenirs du passé dans les actions du présent, et affectant les caractères. 
Le parti pris du misérabilisme ostentatoire rend la vision du film sur la longueur d'autant que le scénario ne parvient pas à expliquer l'attraction qu'éprouvent les personnages entre eux. L' unique chose qu'ils ont en commun étant un sentiment de perte. Est-ce suffisant pour expliquer ce besoin irrépressible de s'aglutiner? De mon point de vue non; surtout que les flashbacks pourtant nombreux ne nous montre pas comment ils se sont rencontrés. Ils n'explorent pas non plus les vrais sentiments de la mère Stéphanie sur le changement de se

xe de son fils. On ne sais pas plus sur le processus de transformation ni à qu'elle date il a commencé. Le film se termine sans que l'on puisse imaginer comment les membres du trio vont évoluer.
Le film a remporté plusieurs prix décernés au Festival Festival international du film de Berlin et à ceux de Gijón, Los Angeles et de Seattle.
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EN COLO DE PASCAL-ALEX VINCENT

7 Mai 2025, 16:12pm

 
En Colo (2009)
 
2009, France, 7'43" 
 
Réalisation : Pascal-Alex Vincent
 
Avec : Emylou Brunel, Laura Boujenah, Côme Levin, Axel Würsten, Paul Perles, Alexis Michalik 
 
Résumé

Lors d'une séance du jeu "Action ou vérité ?", deux jeunes garçons, Mathieu et Maxime, ont pour défi de s'embrasser. Le baiser va provoquer chez eux un certain émoi. A parti de ce moment, les ados, témoins de cette scène, font des allusions plus ou moins directes à l'éventuelle homosexualité de Maxime. Une révélation surprenante va alors déstabiliser le groupe, mais surtout le faire réfléchir.

 

L'avis critique
 
Pascal-Alex Vincent est un cinéaste intéressant dans la mesure que l'on ne sait jamais à quoi s'attendre avec lui quant à la qualité de ce que l'on va voir sinon que l'on trouvera coup sûr dans son film de jolis choupinets. Cela va du très médiocre à la petite perle comme cet En Colo qui réussit avec un point de départ bateau, le jeu Action-Vérité, déjà illustré par Ozon, et la contrainte du film militant, ce court métrage s'inscrit dans une série de courts-métrages, commandée par les pouvoirs publics pour combattre homophobie, le tour de force de parfaitement illustrer son sujet et de faire naitre beaucoup d'émotion chez le spectateur et sans doute quelques réminiscences chez nombre d'entre eux.
J'aurais bien aimé connaitre la suite de l'histoire et suivre plus longtemps les personnages attachant d'En colo.
Le film jouit d'un très bon timing, est bien éclairé et est surtout parfaitement joué.

 

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SON FRÈRE DE PATRICE CHÉREAU

6 Mai 2025, 06:32am



France, 2003, 1h 40mn

Réalisation : Patrice Chéreau, scénario : Patrice Chéreau, Anne-Louise Trividic d’après le roman de Philippe Besson, image : Eric Gautier, son : Guillaume Sciama, montage : François Gédigier, costume : Caroline de Vivaise

Avec : Bruno Todeschini, Éric Caravaca, Maurice Garrel, Catherine Ferran, Robinson Stévenin, Antoinette Moya, Fred Ulysse, Nathalie Boutefeu, Sylvain Jacques, Pascal Greggory

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Résumé
Alors qu’ils ne se voyaient plus depuis plusieurs années, Thomas, l’ainé rend une visite inopinée à son frère, Luc, pour lui demander de l’aider à affronter la grave maladie dont il est atteint. Le film nous fait vivre la rédemption de Thomas par la maladie et la découverte de l’amour fraternel par les deux hommes jusque là séparés par le favoritisme dont avait bénéficié l’ainé et l’homosexualité du cadet.

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L’avis critique
"Son frère" commence bien, par une audace cinématographique : un long monologue, face à la mer, pour être plus précis devant la côte sauvage du Croisic, dit par un des plus beaux veillardx du cinéma français, Maurice Garrel. Ce personnage dont on ne saura que peu de choses, reviendra plusieurs fois, apportant une aération à la relation étouffante entre les deux frères. Dans cette première scène, comme dans toute son œuvre, Chéreau revendique son héritage théâtrale pour en faire un objet éminemment cinématographique dans son film le plus naturaliste.

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Dans naturaliste il y a naturel, et ici les acteurs sont doublement nus, sans maquillage et  souvent montrant la nudité de leur corps. C’est avec évidence que le réalisateur montre le sexe de ses acteurs quand celui-ci n’est plus objet de désir, mais morceau oublié du corps souffrant. Pourtant dans ces abandons, dans cette douleur, l’érotisme est présent comme il l’est dans bien des descentes de croix des peintres de la renaissance... Il y a du Montegna dans le Chéreau de "Son frère" qui érotise avec tact les corps malades. Grand plaisir des yeux et des sens que de découvrir au coin d’un cadre, toujours très étudié, le torse tatoué du jeune voisin de chambre d’hopital de Thomas. Une des scènes les plus émouvantes et les plus sensuelles  est la rencontre, au détour d’un couloir de l'hopital entre Luc et un adolescent (Robinson Stévenin, troublante résurrection du jeune Pierre Clémenti) « ouvert comme un poisson » ce dernier montrant  à Luc sa couture avec la même volupté pudique que s’il lui faisait découvrir son sexe.

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Très belle image sensuelle aussi que celle de luc et de son ami enlacé nus sur leur lit. On a un peu de mal à reconnaître dans cet ami Sylvain Jacques, le Tadzio brun de "Ceux qui m’aime prendront le train". Le temps l'a défait avec délicatesse...  Nous découvront son émouvante nudité, montrée avec évidence. Rarement la nudité dans le couple aura été montré avec autant de vérité et de simplicité. La caméra est presque toujours très près des acteurs, peu de plans larges, les suivant avec fluidité grâce au steadycam.
Le cinéaste définit ainsi le thème de son film : << Le sujet du film ce n’est pas la maladie; mais un homme qui découvre que toute sa vie était basée sur un mensonge, sur une force présumée, qui finalement n’est pas là. Il n’a pas la volonté de décider d’en finir, ni de se battre. C’est ce qui arrive quand une personne d’un narcissisme énorme est atteinte physiquement…C'est un film sur les corps et sur la manipulation d'un corps en particulier. C'est un film sur les peaux, sur la dégradation d'un corps qui était sans doute très actif et qui, là, est contraint de se laisser manipuler. Il devient passif et abandonné, on le regarde, on le compare aux autres corps, ceux qui sont en bonne santé.>>

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C’est un vrais tabou qu’aborde le cinéaste, le désir sexuel du malade, de celui qui se sait condamner, de la dernière fois et le regard de l’autre face à ce corps qu’il ne reconnaît plus et qui n’éprouve plus qu’un mélange de répulsion et de pitié à la place du désir d’hier. C’est tout cela qui passe dans le regard d’Alice (Nathalie Boutefeu) la compagne de Thomas.

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Si tous les comédiens sont admirables, Chéreau a convoqué sa troupe,  Pascal Gregorry fait une apparition la grande réussite du film doit beaucoup aux deux comédiens principaux, Eric Caravaca, terrien, un peu gauche à mille lieu du cliché du gay urbain, et Todechini, christique, pour qui la maladie rédemptrice lui fera découvrir l’autre.

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Il faut dire que que le scénario leur offre des personnages très riches. Luc souffre de la désaffection de ses proches à cause de son homosexualité, mais presque comme d’autres pourraient en souffrir pour d’autres raisons.

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On sort bouleversé de ce film aux images parfois très dures, comme celles de  la préparation pour l’opération, le  rasage du corp de Thomas en temps réel. Les scènes se déroulant à l’hopital sont traitées comme dans un documentaire alors que le moindre costume, cadrage sont choisis avec beaucoup de soin. C’est la grande force de Chéreau de nous faire croire que son cinéma est naturalisme, alors qu’il est le comble du construit, du concept; de cette confrontation il fait naitre l’émotion.

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Ce très grand film était au départ destiné à la chaine de télévision Arte. Chéreau s’est complètement approprié cette commande de l’adaptation du roman éponyme de Philippe Besson qui lui permet aussi de représenter également très finement l’homosexualité. Chéreau a modifié le livre dans lequel c’était le frère cadet, et le plus doué, qui mourrait. Autre différence importante, dans le livre il s’agissait de retrouvaille les frère s’était aimé avant de s’éloigner l’un de l’autre alors que dans le film ils ne se sont jamais aimé ce qui rend l’engagement de luc envers son frère beaucoup moins évident et plus fort. Philippe Besson, ravis de cette trahison déclara : << Chereau m’a trahi et je le félicite. Bien sûr, nous avons accompli la même démarche à travers une histoire de frère, de mort et d’amour. Mais dans le film, on retrouve les propres histoires de Patrice Chéreau hanté par la mort d’Hervé Guibert et de Bernard-Marie Koltes. Certaines scènes absentes du roman sont inspirées par des photos de Guibert. Il avait besoin de parler de ses fantômes et "Son frère" est bien son film.>>.

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LATE SUMMER DE DAVID OTTENHOUSE

4 Mai 2025, 07:13am

USA, 23 mn
Réalisation David Ottenhouse
Avec: Augustus Kelly, Charlie Day, Lucas Hall
Résumé
Un photographe se rappelle cet été spécial, d' il y a quelques années, alors qu'il sortait juste de l'enfance, qu'il a passé avec son cousin légèrement plus âgé que lui. Il se souvient des sentiments qui ont été réveillés cet été là et la tournure inattendue des évènements. Alors qu'il était affligé par la perte de son père. Il est recueilli par son oncle pour la fin de l'été. Il s'amourache d'Hunki son cousin plus âgé. Hunky l'initie aux plaisirs interdits du sexe et de la drogues. Il se souvient d'un bain, d'une fin de nuit avant que leurs vies changent pour toujours...
 
L'avis critique
Late Summer est un grand petit film, réminiscences d'un homme qui se souvient du jeune garçon qu'il fut.
Avec Late summer David Otterhouse a signé un chef d'oeuvre du court-métrage. La réalisation est à l'unisson du beau rapport entre un jeune garçon et son cousin d'adolescent que le film dépeint. Les acteurs sont d'une justesse de tous les plans. David Otterhouse a capturé un moment d'une innocence en réussissant à nous montrer ce que c'est d'avoir 17-18 ans vu à travers les yeux d'un garçon de 12 ans. L'atmosphère de cette quiète banlieue dans laquelle  est bien restituée. La réalisation est très propre, tout en sobriété. L'accent de Boston des protagonistes ajoute une touche d'authenticité à l'histoire.
Late summer est une belle représentation d'un amour vrai sans arrière plan sexuel. Magnifique.
 
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David Ottenhouse est originaire de Houston, au Texas, où il a passé son adolescence. Il est entréa à la Rice University, où il a obtenu un BS en Electrophysique. Il a aussi un baccalauréat en littérature.
 
GayHF.com

Il a eu le privilège de travailler comme assistant aux côtés du célèbre metteur en scène, Bob Wilson, à l'Opéra de Paris sur des productions comme "Madame Butterfly" et "La Flûte enchantée". Il a également travaillé avec Bob Wilson sur "Orlando", avec pour vedette Isabelle Hupert, au Théâtre de l'Odéon. Il a ensuite quitté la ville lumières pour la Cité des Anges et le programme d'études supérieures à l'UCLA Film Directing.

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Il a réalisé trois courts métrages. Parmi eux, Close To,projeté en première au Festival international du film de Toronto en 1997. Doing Time jetables un court métrage de 9 minutes qui est une exploration du désir et de l'intimité fond de sexe anonyme et de la menace de violence. Le film est sorti en salles aux Etats-Unis par dans le cadre de la compilation l'amour a réinventé. À l'UCLA, David a reçu le prestigieux Prix James Bridges pour Late summer.

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David Ottenhouse est revenu à Paris pour une année au cours de laquelle il a étudié la théorie cinématographique.

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Actuellement il produit et réalise des clips pour MCA Records.Il travaille conjointement sur une adaptation du roman de Joseph Hansen, Backtrack qu'il veut mettre en scène. Il développe également un long métrage, Samedi 2 heures du matin, avec le producteur Stephen Israël.
David vit heureux à West Hollywood avec son compagnon Andy Shipps, pour qui il a laissé les rues de Paris derrière lui.


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LETTRE À MOMO, UN FILM D'HIROYUKI OKIURA

3 Mai 2025, 06:57am

Lettre à Momo : Affiche

 

Pour toujours enfoncer le même clou, je vais redire que l'animation japonaise ce n'est pas Goldorak et que les longs métrages de l'animation japonaise qui ont la chance de sortir sur les écrans français sont supérieurs à tous les autres films distribués dans notre pays. Deuxième point qu'il faut rappeler également l'animation japonaise ne se résume pas à Miyasaki père, génie certes mais pas talent isolé. Il suffit de citer Ichii, feu Satoshi Kon, Mamoru Hosoda, Isao TakahataKeiichi Hara et bien d'autres. Si vous êtes courageux vous pourrez lire les quelques billets que j'ai consacrés à certains de leurs films...

 

Lettre à Momo : Photo

 

Or donc, actuellement, sur malheureusement bien peu d'écrans (j'ai du mal à comprendre la politique du distributeur de ce film qui a pris le soin d'en faire une version française en regard d'une distribution aussi chiche; mais on peut penser que c'est pour une prochaine édition en dvd et blue-ray, ce dernier support est toujours à privilégier pour les films d'animation, donc si vous avez raté ce film en salle vous pourrez sans trop tarder vous rattraper.) on peut voir la nouvelle merveille des animés nippons, « Lettre à Momo ».

 

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A bord du bateau qui emmène Momo avec sa mère sur l'ile de Shio (ile imaginaire mais précisément située dans la mer intérieure du Japon, mer de Seto, les lecteurs de Manabé Shima de Florent Chavouet ne seront pas dépaysés... Le réalisateur, enfant, y passait ses vacances d'été...) où elles vont désormais vivre. Momo, à l'orée de l'adolescence, déplie une feuille de papier où sont écrits ces seuls mots: << Chère Momo >>. Un flash-bach nous apprend bientôt qu'elle a trouvé cette lettre inachevée sur le bureau de son père qui vient de mourir, océanographe il a disparu en mer. La dernière fois que Momo a vu son père, elle s'est disputé avec lui. Hantée par ce souvenir, Momo à le coeur lourd. D'autant que l'ile où la conduit sa mère, qui y a passé son enfance, est pour Momo, qui vient de Tokyo, vécu comme un lieu d'exil. Shio est habitée par une population vieillissante vivant pour l'essentiel de cultures ancestrales élaborées à flanc de colline. Mais à peine arrivée dans la vieille maison qui sera désormais leur demeure, déboulent trois truculents et très encombrants yokais sortis du folklore japonais, que seule Momo voit. Ces trois créatures sont caractérisées à l'extrême. Il y a le râleur au nez en museau, le géant affamé qui ressemble au Bluto de Popeye et le chétif souffre douleur. Ils vont bouleverser la vie de Momo, et celle de toute l'ile. Maisvont se révéler bien autre chose que de navrants goinfres...

 

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Comme tous les grands dessins animés japonais, « Lettre à Momo » peut se lire à différents niveaux. S'il réjouira les enfants, disons à partir de sept ans, il captivera les adultes, d'abord par la beauté du dessin et surtout parce qu'il aborde des sujets qui peuvent toucher tout à chacun, comme celui de comment vivre un deuil et comment faire partager ou pas sa douleur. Le film intéressera également tous les passionnés de la culture japonaise avec cette nouvelle intrusion dans le monde moderne des yokais, un des symboles de la culture populaire ancestrale nippone. « Lettre à Momo » s'inscrit aussi dans les problématiques les plus actuelles de la politique japonaise, comme la désertification des campagnes; souvent dans l'archipel elles ne sont plus habitées que par des vieillards, et dans ces conditions, se pose à court terme, la survie de l'agriculture, à un moment où le gouvernement Abe veut réduire les aides aux agriculteurs et d'une manière assez contradictoire prône une plus grande auto-suffisance alimentaire pour le Japon.

 

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Lettre à Momo est très ancré dans l'histoire et la tradition japonaise. L'émouvante dernière séquence se réfère au festival de Miajima, tradition qui vise à apporter force et bonne santé aux plus jeunes habitants de l'île. Le principe étant de pousser un bateau de paille enflammé dans la mer afin qu'il se consume au milieu de l'eau. C'est une fête qui fait directement référence à la Seconde Guerre mondiale, les aînés souhaitant voir leurs enfants revenir sains et saufs de la guerre 

 

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Comme très souvent dans les animés japonais de qualité, le décor est très soigné mais aussi la typographie avec ses repères, une maison, un village, une ile, endroits à la fois immuables et changeants selon les saisons. Ces éléments prosaïques peuvent se muer en véhicules de la fantasmagorie...

Le public européen sera peut être dérouté par le mélange typiquement japonais de mélodrame et d'humour trivial, les yokais pètent pour repousser des sangliers ou effectuent une danse grotesquement lascive pour entrer en contact avec l'au-delà!

 

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On retrouve dans « Lettre à Momo » des constantes de l'animation japonaise (Certes vous pourrez me rétorquer bien des contre-exemples mais tout de même). Le voyage initiatique qui marque la fin de l'enfance et l'entrée dans l'adolescence comme dans le « Voyage de Chihiro), l'absence du père comme dans « Les enfants loups », le drame familiale comme dans « Les enfants loups, « Mon voisin Totoro », « Colorful », la fuite de la grande ville pour une campagne réparatrice des maux comme dans les « Enfant loup », « Mon voisin Totoro », « Arrietty », « Mai Mai Miracle », la nostalgie pour le Japon apaisé des petites villes et des vieilles demeures comme dans « Arriety », « La colline aux coquelicots», « La traversée du temps », « Summer wars », l'irruption de créatures surnaturels souvent issues des vieilles légendes comme dans « Mon voisin Totoro », « Pompoko » et surtout « Un été avec Coo » où un Yokai, un kappa, est au centre du film (le renouveau des yokais dans l'imaginaire nippon doit tout au mangaka Shigeru Mizuki, l'auteur de NonNonBâ. Tous ces points communs avec de nombreux animés japonais de grande qualité font de « Lettre à Momo » un film archétypal de l'animation japonaise; c'est peut-être là sa limite.

 

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Le cinéphile trouvera aussi grandement son compte dans cette « Lettre à Momo » passé l'effet de surprise qu'il constitue pour tous ceux qui attendaient, depuis 1999, après le chef d'oeuvre incontestable qu'est « Jin-Roh, la brigade des loups », fable uchronique violente, passionnante, sur le totalitarisme, quand il s'apercevra que le deuxième film d'Hiroyuki Okiura n'a rien à voir, sinon par sa qualité graphique, avec le premier opus du cinéaste. En regard de ce deuxième film on voit combien la patte d'Ichii, (Ghost in the shell) qui est un peu le mentor d'Hiroyuki Okiura, scénariste de Jin-Roh était présente dans ce dernier. Pour son deuxième film Hiroyuki Okiura en a cette fois écrit le scénario. Le spectateur habitué de l'animation japonaise repèrera plusieurs hommages du réalisateur à ses maitres et confrères. Plusieurs séquences sont quasiment des citations de Miyazaki, la rencontre des esprits sous la pluie, l'attaque des sangliers, l'apparition des esprits sous la forme de gouttes (« Princesse Mononoke) et les esprits font beaucoup penser à ceux du « Voyage de Chihiro ». Les trois yokais par leur truculence et leurs maladresses évoque les S.D.F de « Tokyo Godfather »...

 

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D'autre part Questionné à propos du réalisme apporté à son film d'animation, Hiroyuki Okiura avoue s'être inspiré de l'un des maîtres de l'animation japonaise, Isao Takahata et de son film Kié la petite peste : << C’est un film avec une forte composante burlesque et néanmoins chaque détail concernant les personnages est décrit avec le plus grand soin : leur personnalité, leurs gestes, leur manière de marcher ou de se retourner quand on les appelle, ils ressemblent tous à des personnes réelles. J’ai rarement vu de film d’animation qui prenait autant de soin pour détailler des gestes du quotidien >>.

 

Lettre à Momo : Photo

 

Le film s’étale sur deux heures. Pourtant on ne s’y ennuie pas, tant le rythme du film est maîtrisé de part en part, jusqu’à un final digne des moments les plus Shinto du grand Miyazaki. 

Le cinéaste s'est entouré d'une équipe chevronnée. Hiroyuki Okiura et le chef de l'animation Masashi Ando avaient déjà travaillé ensemble par le passé sur le film Paprika (2005) de Satoshi Kon. Masashi Ando était alors déjà superviseur de l'animation tandis que Hiroyuki Okiura était l'un des nombreux animateurs.

Techniquement le film a été réalisé par une méthode d'animation classique, animation en deux D avec du papier et des crayons; ce qui confère à l'ensemble un extrême réalisme que ce soit dans la fluidité des mouvements des personnages ou dans l'expression de leur visage aux traits pourtant assez simples. Le réalisateur a néanmoins eu recourt au travail par ordinateur pour quelques séquences, comme celle de la course poursuite. Les décors sont dus à Hiroshi Ono, responsable des déjà de ceux de « Kiki la petite sorcière » même si l'esthétique générale fait plutôt penser aux films de Mamoru Hosoda (La traversée du temps).

 

Lettre à Momo : Photo

 

L'une des particularités des auteurs japonais de films d'animation, c'est de ne pas craindre d'aborder les sujets les plus difficiles comme la destruction de Tokyo par un tremblement de terre dans Tokyo magnitude 8, le suicide des adolescents dans Colorful, la mort d'innocents durant les guerres dans Le tombeau des lucioles... et de le faire, en règle générale, avec beaucoup de sensibilité et de justesse. « Lettre à Momo » en est un bel exemple. 

 

 

Lettre à Momo : Photo

 

 

 

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J’AI TUÉ MA MÈRE DE XAVIER DOLAN

3 Mai 2025, 06:48am

 
Canada, 2009, 1h 50
Réalisation: Xavier Dolan, scénario: Xavier Dolan, directeur de la photographie: Stéphanie Anne Weber Biron et Nicolas Canniccioni, musique: Nicholas Savard-L'Herbier
Avec: Xavier Dolan, Anne Dorval, François Arnaud, Suzanne Clément, Niels Schneider, Patricia Tulasne, Monique Spaziani, Pierre Chagnon, Niels Schneider
 
Résumé

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Hubert (Xavier Dolan), un jeune gay de 16 ans du coté de Montréal, n'aime pas sa mère ( Anne Dorval ). Il la juge avec mépris, ne voit que ses défaut, alors qu'elle se sacrifie pour lui et l'aime de tout son coeur mais maladroitement. Ce qui ne l'empêche pas d'être manipulatrice cherchant à culpabiliser son fils qui est parfois une parfaite tête à claque. Hubert est rendu Confus par cette relation qui l'obsède de plus en plus. Il est nostalgique d'une enfance heureuse, et cherche, également maladroitement, à reconquérir sa mère, jaloux de la relation qu'entretient son amant, Antonin (François Arnaud), avec la sienne. Il est concomitamment troublé par Julie (Suzanne Clément), une enseignante qui ressent une attirance pour lui. Chaque initiative d'Hubert ou de sa mère pour se montrer leur amour ne fait que confirmer l'existence du gouffre qui les sépare. Hubert est une adolescent à la fois marginal et typique : découvertes artistiques, expériences illicites, ouverture à l'amitié, sexe et ostracisme...

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L’avis critique:


 
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On peut situer "J'ai tué ma mère auquel on peut juxtaposer bien des qualicatifs comme dérangeant, drôle, impitoyable, cruel , cruet j'en oublie beaucoup, premier film d’un cinéaste de 20 ans,Xavier Dolan , entre “Crazy” et “Tarnation” tout en étant bien supérieur à ces deux films. La première chose qui s’impose aux spectateurs est la parfaite maîtrise de la grammaire cinématographique du jeune réalisateur qui est en plus le formidable acteur principal de son film. Cette qualité est d'autant plus méritoire que Dolan n' bénéficié que d'un étroit budjet de 800 OOO $ dont 175 000 de sa poche pour tourner son film. On peut juste reprocher au scénario, également de Dolan, quelque répétitions; la coupure de ces redite allégerait le film et renforcerait encore son impact. Il faut signaler que pour toutes personnes sensibles certaines scènes mettent très mal à l'aise.
Il faut saluer la maestria avec laquelle le cinéaste et son chef opérateur réussissent à dynamiser les scènes d’affrontement entre la mère et le fils, par de fréquents changements d’angle et même par l’intrusion d’effets spéciaux presque tous convaincants.

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Les dialogues sont si justes que l’on se demande parfois si l’on a pas à faire à du cinéma vérité obtenu grâce à des caméras cachées, ce que contredisent bien sûr la densité des échanges verbaux et la parfaite qualité des images.
Xavier Dolan parvient à faire exister tous les personnages secondaires qui démontre d'une profonde compréhension de la nature humaine de la part du cinéaste qui définit son film par ces mots: «C'est un drame aéré par l'humour. C'est un cri primal, un cri du cœur. Je dirais aussi que c'est une forme de catharsis. Il y a une très belle scène onirique où je poursuis ma mère dans la forêt...».




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Tous les rôles sont très bien interprétés même lorsque ceux-ci n’ont qu’une scène pour s’affirmer. La psychologie des personnages est impeccablement traduite par un excellent scénario.
Le scénario a le courage de soulever des questions qui restent tabous dans notre société telles que les enfants sont ils condamnés à devoir aimer leurs parent et symétriquement les géniteur doivent ils éprouver un amour incommensurable pour le fruit de leur copulation plus du au hasard qu’à la nécessité? Dans le cas du film, il ne s’agit pas de désamour mais plutôt d’une maladresse à aimer tant de la mère que du fils.




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Le traitement de l’homosexualité dans ce film devrait rendre les gays optimistes. Jamais l’homosexualité du héros est dans son quotidien un problème seulement un trait de son caractère qui semble aller de soi, sans ostentation et qu’il doit gérer comme le reste au mieux. Cette déculpabilisation nous évite l’obligée scène de coming out qui devrait heureusement bientôt être rangée au rayon des antiquités scénaristiques.
A sujet de l'homosexualité d'Hubert, le réalisateur déclare: << Mon personnage, gay ou pas, a une histoire: il hait sa mère, dit-il. Son orientation sexuelle est purement accessoire, c'est un trait de personnalité et non sa raison de ne pas aimer sa mère. C'est un film sur la haine infantile, l'incompatibilité.>>.
Ce qui est tout à fait unique dans le film de Xavier Dolan c’est que l’on partage les réactions et les sentiments d’un adolescent sans le filtre du temps puisque le réalisateur est lui même à peine sortie de l’adolescence, il a 19 ans lorsqu’il tourne le film et 17 lorsqu’il en jette les prémisses sur le papier. Cela se sent et donne une authenticité incomparable au film. La rédaction du scénario était pour lui, d’après ses déclarations, une sorte de thérapie pour combler le vide créé par l’abandon de ses études.


 
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Ce qui est remarquable c'est que pour son âge son premier opus, qui espérons le , sera suivi de nombreux autres ne croule pas sous les références. Et s'il se réclame d'Haneke et de Cocteau, il est de plus mauvais maitres, il a une phrase du poète tatouée au dessus du genou! Jamais il ne songe pourtant à singer "l'oiseleur".. Quand à moi je vois plus chez ce jeune du Truffaut mâtiné d'Ozon...
 
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A propos des projets de Xavier Dolan, voici ce qu'il envisage pour son prochain film, Laurence Anyways, qui devrait se tourner à l'automne 2009, cela donne envie: << Il s'agit d'une ode à l'amour impossible. Un homme et une femme filent le parfait amour, quand lui décide de devenir une femme. Et elle décide de le suivre. Leur histoire dure 20 ans. Ils se trouvent, se perdent, se réinventent, prennent la fuite, se quittent, se retrouvent, se tuent, se font du bien...

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Autre atout de ce premier long métrage de son réalisateur la parfaite troupe qui lui donne vie, composée par des acteurs confirmés, à commencer par Xavier Dolan, acteur qui joue son propre rôle(?), on ne sait pas si l’on est dans l’autobiographie ou l’autofiction, (d'après la passionnante interview que l'on peut trouver ici , il semble bien que nous soyons plutôt dans l'autofiction) mais qu’importe, se révèle être un acteur remarquable et en plus il est loin d’être désagréable à regarder, comme d’ailleurs le sont aucun des acteurs qu’il a choisi. L'actrice, épatante Anne Dorval, qui interprète le rôle de la mère d'Hubert n’est en rien un laideron repoussant. En évitant la caricature, il donne beaucoup d’opacité au personnage de la mère qui ne se révèle vraiment que dans la formidable scène avec le directeur de l’institution où elle a exilé son fils.
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Les ruptures de ton et de style aèrent les scènes d’affrontement entre la mère et le fils. Dolan manie subtilement l’humour ce qui lui permet d’avoir du recule sur ses personnages y compris le sien.

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Xavier Dolan sur le tournage de J'ai tué ma mère
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Sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes 2009 curieusement "J'ai tué ma mère" n'a pas obtenu la caméra d'or. Il a néanmoins été récompensé par Le Prix SACD, le Prix Regards Jeunes et lePrix Art Cinéma Award.
 
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LA VIE D'ADÈLE UN FILM D'ABDELLATIF KECHICHE

2 Mai 2025, 06:32am

 

 

On parle couramment de tranches de vie à propos d'un film ou d'un roman, il faudrait plutôt parler ici de pain de vie, tant le cinéaste nous fait sentir, sans aucun artifice de maquillage, à peine un changement de coiffure, le temps qui passe et qui corrode l'amour. Cette histoire d'amour entre Adèle et Emma se déroule sur une période de cinq à six ans; alors que le tournage aurait duré cinq mois. Lorsque Adèle rencontre Emma, elle n'est encore qu'une lycéenne de 17 ans (Emma doit avoir quatre à cinq ans de plus) et à la dernière image on vois Adèle devenue une femme cramée d'avoir connu le grand amour. On sait en la voyant s'éloigner seule, dans une rue de Lille, que quoi qu'il arrive désormais dans sa vie, elle ne connaitra plus un amour d'une telle intensité. Celui qu'elle a connu avec Emma elle l'écrira toujours avec un A majuscule.

Le but d'un cinéaste est-il de faire que le spectateur oublie qu'il est au cinéma et que ce qu'il regarde n'est pas joué mais qu'il observe un morceau de vie. Si c'est le cas Kéchiche y a parfaitement réussi et devient avec « La vie d'Adèle » un maitre. Le maitre du cinéma naturaliste, façon Pialat. Il y parvient si bien que l'on entre complètement en empathie avec Adèle au détriment d'Emma à laquelle on ne peut qu'en vouloir d'avoir casser le charme (hypnotique pour le spectateur) de son amour pour Adèle.

Je sais gré à Kéchiche d'avoir si bien montrer la jouissance au cinéma. C'est beau l'orgasme. Et puis pour qui n'est pas lesbienne c'est instructif, surtout pour un pédé, est-ce ainsi que les femmes jouissent? Je met un point d'interrogation car à la sortie de la salle j'entendais deux lesbiennes (c'est moi qui le subodore à l'écoute involontaire de leur conversation) qui disaient que c'était là l'amour lesbien filmé par un hétéro. Ah entendant cela j'ai compris la limite de ma critique, du moins sur ce point précis, n'étant ni lesbienne, ni hétéro, nul n'est parfait... Mais néanmoins je ne crois pas qu'il faille être homo pour pouvoir filmer les homos. Et puis je me doute que les lesbiennes ne jouissent pas toutes de la même manière, pas plus que les pédés aient les mêmes pratiques sexuelles ou que les hétéros fassent l'amour tous de la même façon...

 

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Une chose me paraît certaine, il y a désormais pour la représentation à l'écran de l'amour physique un avant et un après « La vie d'Adèle », où plus exactement il m'a semblé que pour la première fois on voyait le plaisir sexuel au cinéma, mais également le plaisir de manger, le plaisir de voir (belle scène au musée de Tourcoing) et le plaisir d'apprendre et de transmettre. Les scènes de classe sont remarquables. En un mot La vie d'Adèle est d'abord un film hédoniste.

Jamais auparavant devant une scène de sexe à l'écran je n'avais fait l'amour dans ma tête, comme je l'ai fait aujourd'hui, non avec un des acteurs (ou les deux) du film, mais avec un de mes anciens amants. C'est une expérience troublante, une sorte de dédoublement du temps et de la personnalité que j'ai subi durant ces longues scènes de sexe du film.

 

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J'ai été très impressionné par la beauté de ces corps de femmes emmêlés que le plaisir transfigure.

Ce qu'il y a de plus magique dans « La vie d'Adèle » c'est de nous faire le témoin de la transformation d'Adèle qui dans les premières séquence est une lycéenne quelconque et après sa rencontre avec Emma, épanouie par l'amour et comblé par le plaisir physique s'est métamorphosée en une belle jeune fille désirable et donc désirée.

Mais peut être encore plus impressionnant que le filmage du plaisir sexuel est celui du temps qui passe sur l'amour. La vie d'Adèle m'a enfin fait comprendre pourquoi on vieillit rarement avec son grand amour. Même si c'est une question encore beaucoup plus tabou que le représentation de la communion sexuelle dans une relation homosexuelle (et hétérosexuelle)...

 

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Je pense qu'il ne faut évacuer la notion d'homosexualité dans cet amour. Je ne crois pas que le film aurait été semblable si Adèle s'était éprise d'un jeune homme. L'image de l'hétérosexualité et surtout du couple hétérosexuel que donne « La vie d'Adèle » est très négatif. C'est celui d'un terne enfermement convenu que vivent les parents respectifs des deux filles.

Si on ne peut que louer l'abnégation des deux actrices principales, Léa Seydoux (que j'ai découverte dans La belle personne, le film de Christophe Honoré ) et surtout Adèle Exarchopoulos qui est dans chaque scène et presque dans tous les plans, quelle trouvaille de la part de Kéchiche, il ne faudrait pas oublier celle de leurs faire-valoir. Car tous les autres personnages, joués tous à la perfection, ne sont que des clichés de médiocres qui mettent d'autant en lumière la qualité des deux jeunes femmes. C'est à mon sens un des seuls défauts du film d'avoir fait des personnes qui gravitent autour du couple des caricatures, surtout dans la deuxième partie; si bien que l'on ne comprend pas comment Emma et Adèle peuvent accorder la moindre estime à de tels ringards. C'est un tour de force des comédiens que de rendre crédible ces navrants personnages. Je pense en particulier à Aurélien Recoing qui en une scène campe d'une manière magistrale le père bas de plafond, comme un ciel de Lille, d'Adèle et à Salim Kéchiouche parfait en dragueur maladroit qui en deux scènes fait exister la personnalité indigente de son personnage. Certes chaque personnage sonne juste, mais leur juxtaposition en fait une caricature de la société française de 2013.

 

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Je crains que les scènes époustouflantes de sexe occulte bien des choses que dit le film, sur la société française (et sur le cinéaste). Première remarque Kechiche n'est pas tendre avec ses coreligionnaires, les deux figure « d'arabe » ne sont guère valorisante, il y a d'abord la copine d'Adèle, véritable harpie homophobe puis Samir, interprété par Salim Kéchiouche, dragueur macho pas méchant mais particulièrement bête, mais « les gaulois » ne sont pas gâtés non plus... Le regard acerbe de Kéchiche traverse toutes les classes de la société, le père prolo d'Adèle est tout aussi regrettable que le pérorant directeur de la galerie dans laquelle expose Emma.

 

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Ce que montre le film au delà de la médiocrité de l'entourage est un la fois une totale impudeur, lorsque les copines de classe d'Adèle lui font subir un véritable interrogatoire sur ses pratiques sexuelles et amoureuses et un formidable égoïsme et manque total de civilité lorsque les parents bourgeois d'Emma pour recevoir l'amie de leur fille concocte un repas composer de fruits de mer sans s'enquérir des goûts d'Adèle. Deux situations qui étaient impensables au temps lointain où j'avais l'âge des deux amoureuses. Cela en dit beaucoup sur la dérive sociétale de la France. Mais qui le verra.

 

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Seul semblent être sauvé au yeux du cinéaste les jeunes du moins certains, d'abord les camarades de classe d'Adèle et surtout dans la deuxième partie du film, les enfants dont s'occupe Adèle, devenue institutrice, sont regardés avec bienveillance par Kéchiche. Mais qu'ils sont laids ces moutards! Avec les séquences d'Adèle en classe lorsqu'elle est lycéenne puis la même, quelques années plus tard, toujours dans une classe, mais cette fois institutrice de cour préparatoire apprenant aux enfants à lire, peu de film m'aura fait voir que contrairement aux apparences je n'habite plus le pays dans lequel je suis né... J'ai remarqué que la classe du lycée est plus calme de celle du cour préparatoire où les enfants semblent incapable de se concentrer.

 

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Les deux séquences scolaires, chacune dans une partie du film sont filmées en miroir. Cette construction se retrouve plusieurs fois par exemple à la première discussion en été, entre les deux filles sous le magnifique magnifique platane du parc public, répond l'endormissement mélancolique sous le même arbre en une après midi automnale, à la fête chez Adèle et Emma, lorsqu'elles sont heureuses en couple fait écho celle du vernissage qui clôt le film. Mais est-ce vraiment la fin, le sous titre de « La vie d'Adèle », partie 1, partie 2 peut faire penser que le cinéaste envisage de tourner une partie 3, une partie 4...

 

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Certaines scènes sont d'une très grande maîtrise, notamment dans cette façon presque gênante de ne jamais lâcher le regard des personnages, de transiter de l'un à l'autre, de coller au plus près des visages pour déceler une vérité profonde. Ce qui fait queLe cinéma de Kechiche n'est pas agréable ou confortable dans son regard sur l'autre.

 

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Ce que l'on voit à l'écran se sont des séquences dont certaines sont étirées jusqu'au malaise (encore Pialat), mais ce qui est aussi important c'est ce qui n'est pas sur l'écran. Kéchiche pratique aussi l'ellipse sauvage. Si on ne voit plus les parents d'Adèle dans la deuxième partie du film, on se doute que c'est parce qu'il y a eu rupture avec leur fille. Mais contrairement à la bande dessinée dont le film est vaguement inspiré (Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh), le cinéaste a choisi de ne pas montrer cette scène. Autre ellipse qui a provoqué mon interrogation, celle où l'on passe d'Adèle dévastée après sa rupture avec Emma à Adèle lors de la fête de fin d'année de l'école où elle est institutrice. Comment a-t-elle terminée sa nuit de cauchemard après avoir été jetée par Emma, comment s'est-elle réorganisée alors que visiblement elle a coupé les ponts avec ses parents? Autant de questions que le spectateur, qui colle depuis le début du film à Adèle, ne peut que ce poser. Petite frustration pour le gay que je suis de ne pas voir plus développer le personnage du meilleur ami d'Adèle, très bien joué par Sandor Funtek que l'on suppose gay. Certainement à cause de scènes coupées au montage, on n'est mis face à la proximité des deux adolescents sans préambule explicatif.

 

 

 

Le brillant chef opérateur, Sofian El Fani filme constamment caméra à l'épaule, mais avec relativement peu de mouvements des caméras, avec peu de plans larges mais en restant souvent très prés des acteurs d'où un grand nombre de plans moyens, pour les scènes de sexe et de gros plans pour toutes les scènes d'intimité. La plupart des scènes ont été tournées en deux caméras. Sofian El Fani a privilégié les couleurs chaudes. Le cadre est soigné. Petite critique pourquoi avoir laissé quelques reflets parasites à l'image alors qu'aujourd'hui il est facile de les éliminer numériquement.

Depuis longtemps on avait pas vu un film ayant une palme d'or cannoise aussi riche, profond et novateur. 

 

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VIOLETTE, UN FILM DE MARTIN PROVOST

30 Avril 2025, 06:55am

Violette : Affiche

  

Je vais de moins en moins au cinéma, probablement parce que la plupart des histoires qu'on y raconte ne m'intéressent plus beaucoup. Mais "Violette" m'a fait sortir de ma tanière. La littérature m'a toujours passionné, de même que la vie des écrivains. En cela je suis plus du coté de Sainte-Beuve que de celui de Proust. Et puis les lectures des livres de Violette Leduc ont été de celles qui ont accompagné mon adolescence. En se remémorant ces lectures lointaines et en les confrontant avec les plus récentes d'Annie Ernaux, je m'aperçois combien cette dernière s'est inscrit dans l'héritage de Violette Leduc. A ce propos comme pour Annie Ernaux, cela aurait été le moment judicieux pour les éditions Gallimard, mais il me semble qu'ils gèrent de moins en moins bien leur fabuleux fond, de consacrer, comme ils l'ont fait justement pour Annie Ernaux, un quarto à Violette Leduc. J'ai donc immédiatement pensée qu'un film racontant les tumultueuses relations entre Simone de Beauvoir (Sandrine Kiberlain) et Violette Leduc (Emmanuelle Devos). Le réalisateur, Martin Provost a coécrit le scénario avec un autre écrivain, René de Ceccaty. 

 

Violette : Photo Emmanuelle Devos

 

Comme à chaque fois que je connais l'image du personnage dont le film va retracer un épisode de la vie, je me heurte à son incarnation par un acteur. Si Sandrine Kiberlain à la même sécheresse physique que Simone de Beauvoir, Emmanuelle Devos n'a en rien la silhouette de Violette Leduc dont il est vrai on connait surtout la physionomie à la fin de sa vie. Seul point commun entre les deux femmes leur gros pif! Mais Emmanuelle Devos est beaucoup plus belle que son modèle, ce qui n'est pas très difficile. Cette relative beauté de la comédienne fausse la perception que l'on peut avoir de la vie de Violette Leduc qui souffrait autant de sa laideur que de sa bâtardise. Le talent d'Emmanuelle Devos fait qu'à la fin du film on ne peut absolument pas imaginer une autre actrice dans le rôle. On peut dire la même chose de Sandrine Kiberlain qui est une Simone de Beauvoir très convaincante. C'est d'autant plus remarquable que lui échoit une partition moins flamboyante que celle proposée à Emmanuelle Devos, mais qui est sans doute plus difficile, son personnage étant beaucoup plus intériorisé que celui de sa partenaire. Puisque je traite de l'interprétation restons y, pour louer l'excellence de la distribution (et de la direction d'acteur) jusqu'au moindre petit rôle (comme celui de Nathalie Richard qui est Hermine, l'ex de Violette), sauf pour un, sur lequel je reviendrai. Le mimétisme par exemple entre Genet et Jacques Bonnafé est prodigieux. Il faut aussi noter la performance d'Olivier Gourmet qui interprète Jacques Guérin (1902-2000), le riche patron des parfums d'Orsay qui fut un des bienfaiteurs de Violette Leduc. Pour ma part j'aimerai en savoir davantage sur ce très curieux personnage d'homosexuel mécène. Vous me direz que le travail du réalisateur a été facilité par ces acteurs fort réputés qui sont habitués à la perfection; comme c'est le cas de Catherine Hiégel in fine émouvante dans le rôle de la mère de Violette Leduc. Ce casting serait un sans faute si Martin Provostn'avait pas eu la fâcheuse idée de confier le rôle de Maurice Sachs à Olivier Py qui comme à son habitude est mauvais. La notoriété de ce monsieur ne cesse de m'étonner, doté d'un physique des plus quelconque, affublé d'une voix maniérée de fausset qui ferait passer celle de feu Jean Marais pour un organe de bronze, toujours mauvais dans tous les rôles dans lesquels je l'ai aperçu, ce qui ne l'empêche pas de se répandre en tribunes et déclarations dans lesquelles il étale une mégalomanie maladive, le voilà à la tête du Festival d'Avignon...

Un peu d'Histoire littéraire pour bien appréhender l'existence hors norme de Violette Leduc. Le film commence en 1942 (petite incise: Le film couvre une période de 1962 à 1964 et comme cela est la tendance actuelle dans les films qui se déroulent sur de longues années, on ne voit aucun vieillissement des personnages tout au long du film). La première scène la voit faire du marché noir. Elle a alors trente cinq ans et n'a encore rien écrit. Elle est né à Arras en 1907. Sa mère, Berthe, était bonne chez des bourgeois de Valencienne. Elle se fait engrosser, dans la grande tradition, par le fils de la famille qui en plus était tuberculeux. Berthe fuit accoucher à Arras. Violette a une enfance miséreuse. Au collège elle connait deux grands amours, d'abord avec une compagne de dortoir (Elle romancera cette idylle dans « Thérèse et Isabelle » qui sera adapté au cinéma.), puis avec une surveillante avec qui elle vivra plusieurs années. En 1938, elle a un petit emploi aux éditions Plon, elle rencontre de nombreux écrivains dont Maurice Sachs dont elle tombe amoureux mais il est homosexuel! Elle se marie avec un photographe. Elle tombe enceinte mais avorte et quitte son mari. Au début du film elle est réfugiée en Normandie avec Maurice Sachs, joué par Olivier Py.

Le coeur du film est la rencontre de la bâtarde avec Simone de Beauvoir (Sandrine Kiberlain) dans les années d'après-guerre à Saint-Germain-des-Prés. commence une relation intense entre les deux femmes qui va durer toute leur vie, relation basée sur la quête de la liberté par l'écriture pour Violette et la conviction pour Simone d'avoir entre les mains le destin d'un écrivain de grand talent qui en outre peut faire avancer la cause de l'émancipation des femmes.

La figure de Simone de Beauvoir apparaît dans le film beaucoup plus sympathique qu'ailleurs, en particulier sur un point précis, il semble que ce soit elle et Sartre qui, sur leurs deniers auraient versé durant près de quinze ans une pension à Violette Leduc, ce qui lui permettait de vivre modestement en ne se consacrant qu'à l'écriture. Gaston Gallimard n'aurait été qu'un intermédiaire. Alors que par exemple Edmund White dans son Genet indique que l'argent venait des éditions Gallimard et de personne d'autre.

Le réalisateur a divisé son film en chapitres. Un carton portant le titre du chapitre apparaît au début de chaque segment. Défilent ainsi de façon chronologique les grandes étape du calvaire qui mènera, plus que douloureusement, Violette Leduc à la gloire littéraire que lui procurera la parution de « La bâtarde ».

Le métier de cinéaste est bien difficile car pour faire un bon film il faut être complet et malheureusement si Martin Provost a le sens du casting, il n'a pas celui de la mise en scène. Que de scènes inutiles qui, coupées amélioreraient le film comme celle où le mari de Berthe la besogne ou celle de l'apparition de Maurice Sachs, dix ans après sa mort. Et pourquoi montrer le dit Sachs mort alors que l'on ne sait pas comment il a disparu! Que de plans attendus et lourdingues telle cette montée de caméra vers le plafond fissuré du galetas de Violette pour bien signifier sa misère... En revanche bonne idée d'avoir laissé Sartre hors champ...

Je n'ai pas pu satisfaire un de mes grands vices impunis: trouver un anachronisme. Je n'en ai pas vu. Mais tout est trop propret. Comme à l'habitude au cinéma toutes les voitures viennent d'être lavées. Classiquement tous les acteurs portent des vêtements pimpants et neufs, même s'ils sont dans la dèche. Je me souviens que lors d'une interview, François Maistre m'avait dit que lorsqu'il touchait son costume de scène la première chose qu'il faisait après l'avoir mis, était de se rouler par terre pour le vieillir (je ne suis pas certain que cette méthode radicale l'ait aidé à trouver des rôles...). Mais le plus gênant est ce que j'appellerait le retour de l'esthétique Butte Chaumont avec des scènes de rue sans perspective, dotées d'une figuration étique mais d'un sol d'une propreté de salle de dissection, pas un papier, ni un mégot dans les caniveaux, pas une crotte de chien sur les trottoirs (le cinéma fera un grand progrès vers l'authenticité à l'apparition de la première crotte de chien. Cher lecteur n'oubliez pas de me la signaler!).

Le dialogue n'est pas non plus d'une grande légèreté. Simone de Beauvoir était-elle aussi sentencieuse, même en privé?

Je suis ressorti du film avec mauvaise conscience. Pourquoi abandonne-t-on les écrivains que l'on a aimés. Ainsi sans que je sache pourquoi, cela fait plus de trente ans que je n'ai pas ouvert un livre de Violette Leduc. Je vais relire « La bâtarde ». Je suis sûr que ce film donnera à de nombreux spectateur l'envie de lire ou de relire Violette Leduc; ce qui n'est déjà pas rien...

Le film passionnera tous les gens qui s'intéressent à l'Histoire de la littérature du XX ème siècle. Il comblera moins les cinéphiles. 

 

 

Violette : Photo Emmanuelle Devos

 

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Hard un film de John Huckert

29 Avril 2025, 06:45am

 

 

Fiche technique :

Réalisation : John Huckert. Scénario : John Huckert & John Matkowsky. Musique : John Huckert & Phil Settle. Montage : John Huckert. Réalisation : John Huckert. Scénario : John Huckert & John Matkowsky. Musique : John Huckert & Phil Settle. Montage : John Huckert.
USA, 1998, Durée : 100 mn. Disponible en VO et VOST.

Avec Noel Palomaria, Charles Lanyer, Malcolm Moorman, Michael Waite et Mitchell Grobeson.


Résumé :

 

Jack (Malcolm Moorman) est un beau mec, super macho, mais c’est surtout un serial killer gay qui sévit à Los Angeles. Il s’attaque aux jeunes prostitués et autres auto-stoppeurs qui ont le malheur de croiser sa route. Il ne stocke pas, comme un de ses célébrissimes confrères, les morceaux des corps de ses victimes dans son réfrigérateur en prévision de festins cannibalistiques savoureux. Les quelques victimes qu’il n’étrangle pas et ne châtre pas, immédiatement après les avoir torturées et sodomisées, sont transportées dans le sous-sol caverneux d'un théâtre abandonné où elles sont bâillonnées et ficelées comme des rôtis dans l’attente de davantage de sévices et de l’exécution libératrice. 
Raymond Vates (Noel Palomaria), un jeune inspecteur fraîchement promu, enquête sur cette série de meurtres. Il se trouve que Raymond est gay mais profondément enfoui dans le placard. La nuit venue, Raymond redevient Ramon, un hispano-américain homosexuel draguant dans les bars et accumulant les aventures sans lendemain… Ses deux grandes peurs sont que ses collègues découvrent qu’il est gay et que les mecs qu’il lève s’aperçoivent qu’il est flic. Un soir de drague dans son bar préféré, Raymond branche Jack qu’il emmène chez lui pour faire l’amour. Si Jack est un psychopathe froidement persuasif, il est aussi habile pour la séduction que pour les homicides. Mais quand le détective se réveille au matin, il se retrouve menotté à son lit. Au lieu de libérer Raymond, Jack le défie en lui avouant qu’il est le tueur. Un implacable jeu du chat et de la souris s’engage... 


L' avis critique 

 

Le film de John Huckert vérifie la maxime de William Carlos Williams : «  La terreur tout comme la joie agrandit son objet.
Une fois que l’on a reconnu ce que doit Hard au Cruising de Friedkin et aussi aux films traitant du fonctionnement de la police américaine comme Serpico et à ceux qui s’intéressent aux serial killer tel Seven , il faut reconnaître qu’avec ses moyens minuscules Hard en dit plus et mieux que les films cités sur les tueurs en série, la police et la perception de l’homosexualité par la société américaine. Contrairement à Cruising qui était un peu le cuir gay expliqué aux hétéros, Hard n’est jamais démonstratif. Ne barguignons pas : Hard est plus intéressant que la plupart des films chroniqués ici, d’abord parce qu’il résulte d’un vrai projet nourri par une urgence – celle de dénoncer l’incurie de la police devant les meurtres perpétrés sur de jeunes prostitués homosexuels. La police classait ces affaires sans même faire d’enquête. Ce qui ne veut pas dire que le film soit sans défaut.


 

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Une des scènes les plus originales et les plus vraies du film est celle où Raymond, après avoir baisé avec un amant de passage, va dans sa salle de bain enlever la capote de son sexe qui bande encore et examine prosaïquement sa queue pour voir si tout va bien de ce coté-là. Une scène d’une parfaite banalité, pourtant je ne l’avais jamais vue au cinéma. En revanche nous avons tous vu, des centaines de fois, une tête éclatée par un gros calibre ou par une batte de base-ball. J’aimerais que vous vous posiez cette simple question : est-ce normal ? Un des intérêts du film est son aspect documentaire sur la police. Il nous renseigne sur son attitude envers les gays et plus particulièrement envers les policiers gays. Une partie du scénario s’attache à décrire les avanies que subit Raymond, l’archétype du gay clandestin divorcé et père d’un enfant, de la part de ses collègues homophobes après qu’ils l’aient outé. Ces épisodes sont tirés de ce qu’a vécu le premier policier gay de Los Angeles à avoir révélé son homosexualité, Mitchell Grobeson qui, clin d’œil, interprète un petit rôle de flic qui profite de ses vacances pour devenir l’amant d’un soir de Vates. Mitchell Grobeson a été surtout l’un des conseillers techniques du film pour tout ce qui avait trait au quotidien des policiers.John Huckert, toujours par souci de réalisme, s’est inspiré de la vie de Jeffrey Dahmer pour créer le personnage de Jack. Dahmer a avoué avoir assassiné dix-sept jeunes hommes entre 1978 et 1991. Il ne tuait pas pour le plaisir de tuer ou de voir souffrir mais pour assouvir ses fantasmes nécrophiles. Son but était d'avoir un contrôle total sur le corps de ses victimes. Dans notre cas Jack mélange bondage, torture et mutilations en tous genres. Il aime la mise en scène ainsi que d’espionner les forces de police lorsqu’elles s’activent autour de la scène du crime. Le film met en parallèle la vie du policier et celle du tueur. D’une certaine façon, ils essaient de se sauver l’un l’autre sans jamais y parvenir. Leur relation est un mélange d’attirance et de répulsion. Une lutte d’influences, mêlée de désir, de soumission, de violence et de tendresse se développe entre eux. Elle se matérialise dans la scène d’amour entre les deux hommes qui se déroule sur une chanson de Georges Michael !

 

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Le réalisateur a eu l’habileté d’enrichir la trame principale d’intrigues secondaires, comme celle de la relation amicale qui se tisse entre Raymond et son partenaire Ellis (Charles Lanyer), un vétéran de la police qui au début rabroue le jeune inspecteur mais qui au final sera son unique soutien. Faisant miroir à cette amitié, dans un bel équilibre scénaristique, nous suivons aussi le rapport qu’entretient Jack avec Andy, un homme marié (Michael Waite). Leur rencontre nous vaut une des séquences les plus réussies du film, lorsque Jack aborde franco ce qui nous apparaît comme un hétéro de base, pas particulièrement appétissant, et ne tarde pas à lui demander : « T’aimes la bite ? » On s’attend à ce qu’il prenne un sévère pain mais l’autre d’une petite voix lui réplique : « J’ai un endroit... » C’est ainsi que Jack parvient à se faire héberger au domicile conjugal d’Andy en tant qu'invité. Il ne tarde pas à peloter, puis menacer le jeune fils de son hôte. Après quelque temps, il s’arrange pour que la femme d’Andy le surprenne en pleine relation sexuelle avec son mari... Le film est rythmé par les découvertes des meurtres des jeunes victimes. Le choix de celles-ci, genre crevettes larguées, rend le film beaucoup plus crédible qu’un Cruising dans lequel le tueur s’attaquait à des cuirs mastards. Le dernier des gîtons a la vie sauve, c’est moral car c’est le plus agréable à regarder et la mise en scène ne nous cache rien de son anatomie. À ce propos, la réalisation n’est pas plus pudibonde que voyeuriste. Les assassinats se déroulent hors champ, ce qui stimule l’imagination.
 

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Il est dommage que le film ne garde pas sa rigueur scénaristique jusqu’au bout. La fin verse dans le grand guignol surenchérissant sur le Seven de David Fincher.Hard a été tourné à l’arrache avec un budget misérable, pour un long métrage, de 100 000 $. Ce manque d’argent ne transparaît pas à l’écran grâce notamment à la multiplicité des lieux de tournage et à l’abondante figuration. C’est d’autant plus méritoire que la production s’est heurtée pendant tout le tournage à l’homophobie. Elle a culminé quand deux des principaux laboratoires californiens refusèrent de développer le film. Ils se dirent choqués, non par les scènes de crime mais de voir que des hommes s’y embrassaient ! Le tournage a été bouclé en 32 jours pendant lesquels toute l’équipe a du se montrer polyvalente. Le réalisateur, lui-même, joue un petit rôle d’inspecteur.La première scène, autant solaire que le reste du film est sombre, par ses beaux plans et son travail sur le cadre est bien représentative de la qualité d’ensemble de la mise en scène qui est souvent directe, brutale et frontale, au diapason d’un scénario riche en thèmes et en ressorts dramatiques qui ne juge pas ses personnages, laissant ce soin aux spectateurs. L’alternance de séquences filmées caméra à l’épaule, celles de la découverte des meurtres par exemple, avec d’autres posées, aux cadrages soignés, renforce le côté documentaire et dynamise la narration. Les éclairages mettent en évidence la brutalité, par des lumières blafardes pour les extérieurs, qui sont souvent légèrement surexposées et qui contrastent avec la violence des rouges et bleus dans les scènes nocturnes.


 

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Les acteurs sont incroyablement motivés et impliqués et cela se sent. Ils n’ont pas été rémunérés. Le tournage du film s’effectua dans la quasi clandestinité en ce qui concerne les séquences urbaines.John Huckert a non seulement mis en scène et écrit le scénario mais il a aussi produit et monté son film. Il est même le coauteur de la musique !

 

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On ne peut que féliciter les Éditions du Chat qui Fume (!!?) d’avoir exhumé ce film enfoui malgré une certaine renommée après sa tournée des festivals gays. Si la jaquette est assez moche, l’habillage du DVD est bien dans la tonalité de l’œuvre. Le contenu est aussi complet que passionnant. S’il est dommage que l’éditeur français n’ait pas reconduit les commentaires audios du réalisateur et de son acteur principal, présent sur le DVD américain – sans doute en raison du coût de leur traduction, il les a néanmoins remplacés par ceux, très pertinents, du critique Francis Barbier. Mais le bonus le plus intéressant sont les interviews du public filmées (mal) lors de la présentation du film dans différents festivals gays. À ne pas manquer celle de Mitchell Grobeson racontant ses expériences de flic gay, ni les réactions très « politiquement correct » du public des festivals gays choqué par le film, qui est bien sûr proposé en version intégrale. Il en existe une censurée pour les télévisions américaines, dans laquelle la scène de la capote et celle de sexe entre Jack et Ramon/Raymond ont été coupées ! Hard est un film gay d’une étonnante authenticité avec des scènes crues mais jamais gratuites, mises en images avec un tact et un talent évidents et jouées avec beaucoup de conviction. Il n’en est pas moins avant tout un thriller implacable. 

 

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THERMÆ ROMÆ, UN FILM D'HIDEKI TAKEUCHI

29 Avril 2025, 06:35am

 

 

 

Japon, 2012, 108 mn

 

Réalisation: Hideki Takeuchi, scenario d'après le manga éponyme deMari Yamazak : Shōgo Mutō

 

Avec: Aya Ueto, Kai Shishido, Masachika Ichimura et Kazuki Kitamura,Matsuo Satoru, Morishita Yoshiyuki, Sasano Takashi, Kimura Midoriko

 

 

 

Lucius Modestus est un architecte romain alors qu'Hadrien est empereur. Il se retrouve projeté dans le futur par le biais d'une source thermale. Avec l'aide de Mami, une apprentie mangaka (dont le rôle est confié à Aya Ueto), Lucius découvre les technologies contemporaines et voyage entre les époques pour rapporter à l'empereur les améliorations de l'art du bain. C'est « Les visiteurs » entre garum et saké!

 

Il s'agit d'une adaptation du manga signé Mari Yamazaki. C’est donc un film en costume, avec la toge et tout et très bizarrement, dans la Rome Antique on parlait japonais. Le manga jouait sur l'étrangeté d'un romain projeté au Japon, mais comme le dit romain est joué par un acteur japonais ainsi que tous les autres y compris l'empereur Hadrien, c'est Antinous qui aurait été surpris, l'effet de décalage entre Lucius et les japonais qu'il rencontre est inexistant, vous me direz avec raison qu'il y a d'autres décalage dans ce film. De ses voyages dans le temps et dans l'espace (il lui suffit de plonger dans une piscine et il se retrouve au Japon, j'ai essayé mais cela n'a pas fonctionné mais je ne me décourage pas, voilà bientôt un an que j'essaye et toujours sans résultat!) ramène des inventions géniales comme la visière de bain qui permet de se laver les cheveux sans s’en mettre plein les yeux (en bas à droite de l'affiche du film, Il y avait cette sorte d'auréole en plastique dans la salle de bain de ma chambre d'hôtel et n'étant pas très intelligent je me suis bien demandé à quoi ce truc pouvait servir. En lisant le manga j'ai eu enfin la réponse.), des pommes de douche, les fresques dans les bains ou une sorte d’aquarium avec des méduses… ainsi que les bains à remous (avec des esclaves qui soufflent dans des tubes) mais uniquement pour l’empereur !!!

 

Thermae Romae

 

Le film, même au Japon, est une comédie; pour un occidental possédant quelques connaissances sur l'antiquité romaine hilarité garantie. Le plus extravaguant est que la réalisation a été soucieuce d'exactitudes historiques. Le film a été tournée dans les décors de la série Rome. Le seul gros hiatus est que tous les romains sont joués et pas avec légèreté par des japonais. Ne vous privez pas de ce plaisir coupable. Le film au Japon est sorti en salle en 2012 et a été un énorme succès (la suite est sorti au japon en avril 2014!). Il y a aussi une série télévisée animée qui suit à la page le manga.

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