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LES SOUVENIRS SONT AU COMPTOIR D'ANGELO RINALDI

5 Juin 2025, 06:40am

 

 

 

Le héros du roman, Conti se souvient, en passant devant un restaurant chic du Palais-Royal, du diner qui y fut donné, il y a vingt ou vingt quatre ans, pour les quarante ans de son ami et collègue Delozier. De la mémoire de Conti, banquier célibataire, fils de peu, arrivé à une situation enviable par son intelligence, une certaine abnégation et une grande force de travail, vont surgir tout un monde et demi monde, parisiens et provinciaux. Toute une vie défile. Souvenirs de la jeunesse corse de Conti, bien que, comme à son habitude dans ses romans, Rinaldi ne nomme pas son ile natale. Tout le récit s'inscrit dans les alentours immédiats du Palais-Royal, tout du moins pour son présent, mais l'ouvrage n'est qu'une suite de réminiscences qui font voyager le lecteur dans l'espace et surtout dans le temps.

A propos du temps, il me semble que Rinaldi s'emberlificote les pieds dans le tapis. Comme vous avez du le remarquer, si vous êtes un fidèle lecteur de mes billets sur mes lectures, une de mes marottes est de situer précisément dans le temps des romans que leur auteur s'ingénie à ne pas vouloir millésimer, sans quand on en sache bien la raison, comme c'est le cas pour ces souvenirs qui sont au comptoir (un assez mauvais titre, contrairement à ceux des autres romans de Rinaldi). Une hypothèse, j'en conviens un peu facile est de donner au narrateur, la date de naissance de l'auteur, soit pour Angelo Rinaldi 1940 et donc pour son héros Conti. Date qui collerait assez bien avec ce que l'on sait de la biographie de ce personnage de papier qui n'a que peu de souvenirs de son père, un résistant tué par l'occupant aux alentours de 1944 (le père dAngelo Rinaldi serait fils d'un militant communiste mort des suites de la déportation?). Mais des confidences faites à Conti, alors adolescent, par un compagnon de résistance de son géniteur inciterait plutôt à pencher pour le début 1943, ce qui rendrait les souvenirs du fils sur le père apocryphe... Conti a été élevé par une mère veuve de guerre. Une enfance semblable à celle de plusieurs narrateurs des romans précédents de l'auteur. Reste a déterminer qu'elle est le présent du livre, certainement pas aujourd'hui, Conti serait âgé de près de soixante dix ans et serait donc à la retraite, ce qui n'est pas le cas. A la page 83, on apprend que Delozier est l'ainé de deux ans de Conti. Il serait donc né en 1941. Ce qui situe le fameux diner en 1981 et les réminiscences de conti entre 2001 et 2005.

Mais un événement clé, ayant lieu lors du diner, dont la révélation ruinerait l'effet voulu par l'auteur et le plaisir du lecteur, ne peut que se passer au plus tôt qu'en 1984 et plus probablement en 85 ou 86, ce qui fait un « trou » chronologique d'au moins quatre ans...

Ces imperfections chronologiques n'aident pas à s'intéresser aux péripéties du livre et aux biographies des deux personnages principaux, Conti, celui par lequel nous découvrons cette histoire, et son ami Delozier. Leurs motivations existentielles sont aussi floues que la chronologie. Pourquoi ces deux hommes quittent leur travail à la banque pour devenir journaliste dans un hebdomadaire, quelles sont leurs véritables relations... Autant de questions qui restent sans véritables réponses.

Si Rinaldi connait bien cette grande presse hebdomadaire, il a tenu la rubrique littéraire de l'Express durant plus de vingt ans, il ne parvient pas à nous intéresser aux grenouillages qui entourent la vente du journal dans lequel les deux compères travaillent sans doute pour avoir voulu trop masquer ce petit monde qui se révèle assez interlope... Dans ces passages il aurait été bon que les clés soient plus évidentes car par ailleurs, sans affirmer que « Les souvenirs sont au comptoir » soit un roman à clés, il m'a semblé reconnaître sous des noms d'emprunt, Pierre Clémenti, qui aurait fusionné avec Marc Porel, Gaston d'Angelis, le comte de Ricaumont, élevé pour l'occasion au titre de marquis, Claude Mauriac et quelques autres... Mais l'auteur sait comme personnetranscrire les conversations de couloir ou celles que l'on tient avec des amis.

Angelo Rinaldi de livre en livre, à la fois, dilate de plus en plus le temps, et si c'est avec raison qu'à propos de son style on cite Proust, je m'étonne qu'on accole pas à son nom celui de Raymond Roussel autre grand dilateur de temps, et restreint de plus en plus le périmètre dans lequel évoluent ses personnages... Le plaisir de se heurter à des phrases qui prennent leur temps, comme celle-ci: << Victime de l’encaustiquage de l’escalier, non moins périlleux par là que le parquet de l’appartement, d’un danger surmonté jusque là au pas prussien de ses bottes, l’un des brancardiers, dans un vacillement, faillit lâcher l’un des bras du dispositif, le cadavre du coup projeté dans le vide, tel celui du marin décédé à mi-chemin de la traversée et qu’enveloppé d’un linceul on balance par-dessus bord- mais puisque chacun, à terme, replonge dans l’anonymat quelle différence avec l’immensité de la mer ? >>. 

Je ne sais pas si "Les souvenirs sont au comptoir", sera le dernier roman d'Angelo Rinaldi, ce que je ne souhaite pas, tant c'est à chaque fois un bonheur renouvelé de retrouver sa prose méandreuse, mais il flotte sur tout le livre un parfum funèbre, comme celui qui s'échappe de l'encensoir lorsqu'une dernière fois on salut avec cet incongru ustensile un défunt, un parfum si entêtant et débilitant qu'il est difficile d'en lire de nombreuses pages d'affilé. D'autant que cette fois la magie de la réminiscence que sait si bien installer habituellement l'auteur prend que difficilement. Et cela pour plusieurs raison, en premier lieu parce que tous ces personnages sont de tristes sires poussez que par de bas intérêts ou l'argent et le sexe semblent indissociables et qu'il en espèce assez difficile d'entrer en empathie avec ces gens là... Le seul personnage positif est un vieux chroniqueur érudit mais trop caricatural dans la générosité pour que l'on y croit vraiment.

Il reste que Rinaldi est un maitre dans la caricature mais à condition qu'elle soit féroce qu'on se souvienne de son portrait dans La dernière fête de l'empire d'un sénateur de province: <<...vêtu, l'été, d'un pantalon de toile et d'une chemise Lacoste où le liseré de la Légion d'honneur était cousu à mi-distance entre le second bouton et le fameux crocodile. >>.

Comme toujours dans les roman d'Angelo Rinaldi, l'homosexualité y est au centre même si elle paraît n'être que périphérique. Elle est toujours marqué par la mélancolie et souvent par l'impossibilité: << … dans le cadre de l'amour au masculin il y a, en outre, le poids de la société qui donne à une chose, déjà pesante en soi, encore plus d'accablement. Il y a encore plus de difficulté à vivre cet amour singulier du fait de la société mais pas du fait de l'amour.>>. Dans cette déclaration Rinaldi est également fidèle à Proust quiparlait d'une "race sur qui pèse une malédiction et qui doit vivre dans le mensonge ".

La mort rode dans « Les souvenirs sont au comptoir », comme toujours dans les chapitres de Rinaldi; il en parle si bien: << J'ai le souvenir du sourire d'une jeune fille de seize ans rencontrée dans un train de l'adolescence, une fille aux cheveux roux dont le visage se découpait sur une vitre derrière laquelle il y avait un champ de neige. Cette fille disparaîtra avec moi. Le pathétique de la fin d'un homme c'est la disparition avec lui de tant de choses qui le valaient beaucoup plus.

Et puis et puis il y a les cinquante dernières pages, bien sûr j'avais senti dès la fin du premier tiers du livre vers quelle « révélation » voulait nous amener Rinaldi et c'est d'autant plus fort que bien que m'attendant au dénouement j'ai été ému aux larmes par ces dernières pages, à l'écriture beaucoup plus sèche, débarrassée de ses afféteries lors desquelles les deux amis abandonnent les masques du rôle qu'ils s'obligent à tenir à la ville. Angelo Rinaldi, grand critique, donne une mauvaises leçon aux futurs romanciers, celle qu'un dernier chapitre réussi peut sauver un livre raté.

 

 

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POUR SE SOUVENIR D'UNE PUCE, ÉPARGNEZ-LA À LA COMÉDIE FRANÇAISE, THÉÂTRE ÉPHÉMÈRE

5 Juin 2025, 06:39am

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Ils sont rare les spectacles, comme « Une puce, épargnez-la », qui vous font soudainement rajeunir. Quel accueil triomphale au début des année soixante dix aurait eu cette pièce qui marque l'entrée de son auteure, Naomi Wallace, au répertoire de la prestigieuse maison, grâce à son brechtisme sans complexe. Est-ce à la soudaine gloire et probablement éphémère de monsieur Mélanchon que l'on doit ce retour de la lutte des classes sur nos tréteaux.

 

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Nous sommes à Londres en 1665 lors de la grande peste. Dans la maison d'un couple de très riches bourgeois (Guillaume Gallienne et Catherine Sauval), pour fuir la maladie deux miséreux s'y sont introduit subrepticement. Il y a un jeune marin (Félicien Juttner) et une très jeune fille (Julie Sicard) dont on s'apercevra bientôt qu'elle n'est pas celle qu'elle prétend. Pour éviter que la maladie se propage un gardien (Christian Gonon) obstrue les ouvertures et déclare la maison en quarantaine. Ses quatre occupants devront cohabiter de longs jours dans les deux seules pièces qui ne sont pas polluées.

 

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Le couple de riches est très méchant et frustré sexuellement. Le monsieur (parfait Guillaume Galienne) a des vues inconscientes sur le matelot qui par ailleurs raconte que son seul véritable amour a été un jeune mousse, matelot qui néanmoins excite beaucoup madame, tandis que la gamine tente par ses charmes acides de circonvenir le gardien. Ce dernier donne des nouvelles de plus en plus alarmantes de l'extérieur aux reclus.

 

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La pièce est découpée en scénettes cursives. La mise en scène d'Anne-Laure Liégeois, que l'on ne félicitera pas, les interrompt par un noir brusque et un éclairage violent de la rampe destiné à éblouir les spectateurs, ce qu'il réussit trop bien à faire, pour que l'on ne voit pas les préparatifs de la scène suivante. Outre que nous sommes éblouis, nous sommes également assourdis par un air de clavecin récurrent dont le martellement cesse tout aussi brusquement dès que la pièce reprend.

Le manichéisme des personnages et la relative faiblesse de l'évolution de l'action sont heureusement compensés par le brillant des répliques et l'intérêt documentaire que l'on porte à la description de la peste et de ses conséquences, Naomi Wallace est grandement redevable sur ce point à Daniel Defoe...

Le décor très sobre et élégant dans les gris est à l'unisson de l'esprit du texte et fait aussi penser à ceux que l'on voyait vers 1970, toutefois je ne m'explique pas pourquoi le plateau est petit à petit envahi par d'intempestifs volatils empaillés.

Le gardien et madame dans des rôles assez faciles font bien ce qu'ils ont à faire. Catherine Sauval à le plumage de l'emploi de gamine, au vingtième rang où je me trouvais, sa petite taille et son absence de poitrine faisaient penser que l'on avait réellement à faire à une gamine de douze ans. Malheureusement le ramage, avec quelques criailleries superflues et une diction pas toujours parfaitement audible n'est pas à la hauteur de la silhouette. A propos de diction, il y a bien des reproches également à faire à Félicien Juttner qui en outre n'est pas physiquement assez séduisant pour le rôle. Et puis il y a l'immense Guillaume Gallienne que j'aimerais revoir bientôt dans un vrai méchant car ici, son Snelgrave est surtout un médiocre aveuglé et corseté par ses préjugés.

 

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Même si je ne suis pas certain que la pièce méritait d'entrer au répertoire du Français, la soirée est enrichissante, et puis ce théâtre somme toute de forme classique est devenu tellement rare que l'on est devenu indulgent pour cette grande forme. J'ai parfois eu le sentiment d'assister aux bonnes de Genet réécrit par Brecht avec un zeste de Montherlant, le tout transplanté dans le Londres du XVII ème siècle très curieux pour une américaine qui se réclame de James Baldwin.

 

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Je dois avouer que la pièce n'était pas la seule raison pour que je me rende au théâtre éphémère car j'avais très envie de voir le bâtiment lui même, et cela sans trop tarder puisqu'il est éphémère. Après l'avoir vu et avoir assisté à une représentation dans ces lieux qui sentent encore bon le bois, mon seul regret est qu'il soit éphémère. On y est mieux assis que dans la vénérable salle de la Comédie Française, la température y est parfaite et la vision, grâce à la déclivité des sièges est optimum. Sa situation est judicieuse ne masquant ni les colonnes de Buren ni les jardins du Palais Royal, qui ne sont certes actuellement accessible que du coté opposé aux colonnes de Buren, mais occupant un lieu entre les deux habituellement de peu d'intérêt. Pourquoi ne pas prolonger la vie de cette salle donnant une scène supplémentaire aux comédiens de la Comédie Française.

 

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Paris, mai 2012

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LA DOUCHE DE DAVID

5 Juin 2025, 06:38am

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La Varenne, avril 1984

 

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LES BÉBÉS DE LA CONSIGNE AUTOMATIQUE DE RYU MURAKAMI

4 Juin 2025, 15:16pm

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Kiku et Hashi ont été abandonnés tous deux chacun dans une consigne automatique de Yokohama durant l'été 1972. Ils ont miraculeusement survécu. Ils ont été recueillis dans orphelinat tenu par des soeurs qui ont réussi à guérir leurs troubles psychiques. Vers cinq ans, ils ont été adoptés par un couple d'une quarantaine d'années vivant sur une ile à demie déserte depuis la fermeture de la mine de charbon qui constituait sa principale ressource. Kiku et Hashi, malgré l'interdiction de leurs nouveaux parents jouent fréquemment dans les installations et la ville minières abandonnées...

A l'adolescence, obsédé par la recherche de sa mère biologique Hashi fugue à Tokyo pour la retrouver. Kiku part à sa recherche. Il retrouve Hachi qui se prostitue en travesti dans le quartier interdit (dès l'enfance d'Hachi, j'avais subodoré qu'il serait un garçon délicat... J'arrête là ma tentative de résumer pour ne pas déflorer le récit. Délicatesse que ne possède pas la traductrice Corinne Atlan qui dans une préface parfaitement inutile révèle la fin, assez incohérente, du livre.

Jusqu'à la page 70 on a à faire à un roman presque naturaliste décrivant d'une écriture rapide, l'enfance des deux garçons, mais à partir de cette page, on fait la connaissance d'Anémone, une jeune fille de 17 ans, sa beauté lui permet une vie indépendante en tournant des publicités. Elle a la particularisé d'avoir comme animal de compagnie... un alligator. Si ce chapitre est de la même tonalité que ce que l'on a lu précédemment, un détail éveil la curiosité du lecteur attentif. Dans l'histoire nous sommes alors en 1987 alors que le roman a été écrit en 1980! Nous sommes donc dans une légère anticipation, ce qui explique l'existence, au centre de Tokyo d'un quartier interdit à cause du sur pollution au chlore. Ce quartier est devenu une sorte de cour des miracles fréquenté que par les rebuts de la société. Au fil des pages « Les bébés de la consigne automatique » s'apparente de plus en plus au roman picaresque et rappelle par ses outrances certains romans sud-américains du merveilleux fantastique, sauf qu'ici, il s'agit plutôt du glauque fantastique. A un autre passages celle de la description de la bagarre dans le quartier interdit m'a fait songer à du Céline mais qui ne serait pas transcendé par les inventions langagière du grand écrivain français. Ailleurs j'ai trouvé une phrase à rendre jalous Raymond Roussel: << J'ai basé la longueur des silences sur le râle amoureux de l'hippopotame nain d'Afrique de l'ouest.>>. Il est dommage que Ryu Murakami ne se laisse pas plus aller et ne quitte pas plus souvent le masque du cynique car page 174 (dans mon édition de poche du livre aux éditions J'ai lu) il a écrit une des plus belles pages écrites que je connaisse sur le renoncement à l'enfance.

Il n'est pas surprenant que Ryu Murakami soit un des écrivains préférés d'Oliver Stone. Certaines pages du roman rappellent des scènes de « Tueur né » le film le plus détestable du cinéaste. Le roman sue la haine pour notre monde matérialiste. Pour Ryu Murakami, fasciné par la morbidité, nous sommes tous des enfants abandonnés, prisonniers d’un monde déshumanisé, consumériste et hyper médiatisé: « Rien n’a changé depuis l’époque où on hurlait enfermés dans nos casiers de consigne, maintenant c’est une consigne de luxe, avec piscine, plantes vertes, animaux de compagnie, beautés nues, musique, et même musées, cinémas et hôpitaux psychiatriques, mais c’est toujours une boite même si elle est énorme, et on finit toujours par se heurter à un mur, même en écartant les obstacles et en suivant ses propres désirs, et si on essaie de grimper ce mur pour sauter de l’autre côté, il y a des types en train de ricaner tout en haut qui nous renvoient en bas à coups de pied. ». Il semble que la seule solution que propose Murakami pour sortir de cette aliénation soit la violence.

Le procédé narratif de Murakami est simple et vite repérable. On pourrait le qualifier de narration à tiroirs. Il consiste a faire rencontrer à son héros un personnage dont il raconte l'histoire. Le nouveau venu à son tour rencontre un tiers dont l'auteur nous narre les péripéties ou alors il lit un livre ou un article dont il nous fait partager le contenu. Si ce procédé d'histoires gigognes permet à l'écrivain de déployer toute son imagination son systématisme devient vite lassant. L'homonyme de Ryu Hariku, emploie également cette manière de raconter ses histoires mais avec plus de légèreté. Le maitre de procédé est David Mitchell qui l'a emprunté aux japonais. Autre point commun entre Ryu et Hariku, l'utilisation de références occidentales dans le cours de leur récit. Elles sont moins fréquentes chez Ryu que chez Hariku. Ils ont en commun celle de Scott Fitzgerald mais celles de Ryu sont pour quelques unes beaucoup plus surprenantes que celles chères à Hariku, puisque l'on trouve pour le cinéma Bob Hope et pour la musique, la tournée au Danemark en 1963 de Johnny Halliday, dont la notoriété au japon me surprend un peu à moins que ce soit une facétie de la traductrice...

A propos de l'imagination de Ryu Murakami si elle est indéniable, je relèverais néanmoins une non moins indéniable ressemblance sur un point cruciale de l'intrigue entre le gaz tueur du manga MW de Tezuka (paru aux éditions Tonkam en France) et le « Datura » des « Bébés de la consigne automatique ». On pense d'autant au manga très noir de Tezuka que son héros Yuki à bien des points communs avec Hashi. MW a été publié au Japon de septembre 1976 à 1978 dans la revue Big Comic puis dans la foulée en albums. Il est difficile de croire que Ryu Murakami ait ignoré le manga de Tezuka avant d'écrire son roman. MW partage aussi avec le roman de Ryu Murakami son absence totale de vision positive de l'homme.

La juxtaposition des morceaux de bravoure nuit à la qualité du roman. Elle occulte la psychologie des personnages empêchant une hypothétique empathie du lecteur avec les héros. Davantage de sociologie et de psychologie auraient rendu l'histoire plus plausible mais ici, rien n'est vraiment justifié. La décadence semble gratuite, absurde.

A partir de la mi-parcours, on Perd la curiosité de connaître l'avenir de Hashi et Kiku, trop de maladie mentale et de surenchère dans la bizarrerie. On décroche d'autant que l'on devine le dénouement du récit.

Le talent d'écriture de Murakami ne réside donc pas dans la construction, assez peu maitrisée, de son ouvrage mais dans ce qu'elle est incroyablement visuelle, faisant avec des mots surgir des images incongrues d'une précision diabolique qui pourrait fournir une inspiration à un peintre surréaliste, mélange de Jérôme Bosh et de Clovis Trouille.

Si on replace le livre dans son époque, je rappelle qu'il date de 1980, Murakami a fait preuve de visions étrangement prophétiques sur les média, la publicité, la mode et surtout le terrorisme. Ne pourrait on pas penser que la fin de son roman aurait pu inspirer l'attaque au gaz sarin dans le métro de Tokyo.

L'origine des malheurs d'Hashi et de Kiku est la quête pour connaître leur mère biologique. Il faudrait espérer que les lecteur en ces temps de frénésie identitaire et de recherche effrénée d'ancêtre, une fois terminé le roman se souviennent et soient persuadé que le plus important n'est pas de savoir d'où l'on vient mais où l'on va.

 

Ryu Murakami est né en 1952 à Sasebo, au sud-ouest du Japon près de Nagasaki. Il poursuit des études à l’université d’art de Tokyo puis se dirige vers l’écriture. Son premier roman Bleu presque transparent donne le ton de ses écrits : " sexe, drogues et rock’n roll ". Le roman a un succès énorme avec 1 million d’exemplaires vendu en six mois. Il obtient l’Akutagawa qui correspond au Goncourt en France. Très prolixe, en la matière et aussi dans ses thèmes et opinions, on peut le comparer au cinéaste Miike qui a, et ce n'est pas un hasard, a adapté l'un de ses romans sous le titre Audition, film sorti en France en mars 2002.Murakami est d'ailleurs également metteur en scène. Il est le réalisateur de « Tokyo Decadence ». L’auteur verra une douzaine de ses romans traduits en français pour la plupart aux éditions Picquier.

 
 

COMMENTAIRES lors de la premiere edition du billet

J'ai envie de le relire, un livre qui m'a profondément marqué. Je viens de relire "Rush hour" de Yu Miri et j'ai pensé à vous, l'histoire de quelques mois d'un adolescent de 14 ans et de ses marasme de gosse de riche dans la ville de Yokohama... si vous ne l'avez pas encore lu, je ne peux que vous le conseillez. Bien à vous.
COMMENTAIRE N°1 POSTÉ PAR JEAN AVANT-HIER À 08H43

Je ne connais pas du tout ni le livre ni l'auteur mais je suis tout près à suivre votre conseil quel est l'éditeur de ce livre en français que je me mette à sa recherche. 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS AVANT-HIER À 10H35
Pardon "Gold Rush" voilà le titre du roman de Yu Miri.
COMMENTAIRE N°2 POSTÉ PAR JEAN AVANT-HIER À 08H51
mon édition datant de sa sortie en 2001 est chez Piquier, je ne sais pas si ils ont eu la bonne idée de le publier en poche mais comme vous êtes à Paris j'imagine que vous n'aurez aucune peine à vous le procurer. Je me suis permis de vous faire cette suggestion car vous êtes un inconditionnel du Japon et de l'adolescence Et surtout que c'est un très bon roman à mon humble avis. Bien à vous.
COMMENTAIRE N°3 POSTÉ PAR JEAN AVANT-HIER À 10H45

Je vous remercie beaucoup de cette information. Je vais mettre ce livre dans ma liste de mes prochains achats. Je me doutais qu'il était paru chez Picquier qui est le grand éditeur des lettres japonaises. 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS AVANT-HIER À 16H43
chez Picquier Philippe voilà la maison d'édition justement orthographiée je crois...
COMMENTAIRE N°4 POSTÉ PAR JEAN AVANT-HIER À 10H51
 

 

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PROMENADE ROMAINE

4 Juin 2025, 09:50am

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Rome, avril 2012

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GILBERT & GEORGE, LONDRES PICTURES À LA GALERIE THADDAEUS ROPAC

4 Juin 2025, 09:46am

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Si quelque chose a été clair pour ceux qui ont suivi le chemin de Gilbert & George au cours des quatre dernières décennies, c'est qu'il est impossible de dissocier leur production artistique de la ville de Londres.
Depuis que les deux hommes se rencontrèrent en 1967, ils était tout deux élèves de l'école d'art Saint-Martin, dont on trouve parmi les anciens élèves des talents comme Alexander McQueen ou John Galliano, la capitale britannique et, en particulier, l'East End, qui pour eux s'arrête à Liverpool Street et est «le centre de l'univers",  a toujours été une grande source d'inspiration.
C'est dans ce contexte urbain, "où l'économie locale devient universelle", que se développent leurs dernières œuvres, exposées jusqu'à la fin mai à la galerie Thaddaeus Ropac à Paris. Ainsi, la série "Londres Pictures" présente une sélection de 292 planches tirées de près de 4.000 une des journaux populaires   londoniens, qui illustrent les thèmes qui traversent la vie quotidienne de la ville et comment ils ont un impact sur ceux qui y vivent.
 
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Paris, mai 2012

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DANS LES ÉGLISES DE ROME

4 Juin 2025, 09:37am


 

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le Père éternel par Guido Reni

 

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fresques de la coupole (1624-1627) par Lanfranco 

 

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évangéliste par Dominiquin

 

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S Andrea della Valle

 

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le martyre de saint Mathieu, Le Caravage

 

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saint Mathieu et l'ange, Le Caravage

 

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la vocation de saint Mathieu, Le Caravage, le jeune garçon coiffé d'un chapeau à plume est souvent présent dans les tableaux du Caravage

 

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Saint-Louis-des-français

 

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la madone des pélerins de Caravage

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la madone del Parto, 1521 de Jacopo Sansovino

S Agostino

 

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La crucifixion de Saint Pierre

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La conversion de Saint Paul, du Caravage 

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Chapelle Basso Della Rovere

 

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Les mosaiques ont été exécutées au V ème siècle. elles sont les exemples les plus anciens de mosaiques chrétiennes à Rome. Ces oeuvres témoignent d'un art qui a retrouvé le gout de la narration. Les scènes traitées sont extraites de l'Ancien testament.

 

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Basilica di S. Maria Maggiore

 

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portes et tête de l'artiste contemporain Mitoraj

 

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Rome, avril 2012

 

S. Maria degli Angeli

construite dans les thermes de Diocletien

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STREET ART PARISIEN

4 Juin 2025, 09:31am

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Paris, mai 2012

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Pour se souvenir Madame Butterfly à l'Opéra Bastille

4 Juin 2025, 08:47am

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A l'Opéra Bastille le bonheur d'une mise en scène de Bob Wilson en parfait accord avec le livret de Madame Butterfly. Le zen des décors, l'économie des gestes mettent en relief le drame et la lâcheté de Pinkerton, officier de la marine américaine qui n'a épousé la jeune geisha que pour se divertir lors de son séjour à Nagasaki, alors que la jeune fille de 15 ans se donne à lui de tout son corps et de toute son âme allant jusqu'à renier ses dieux et ses ancêtres pour se vouer au dieu américain.
Débarrassé de toute la quincaillerie kitch qui souvent encombre l'opéra de Puccini, Bob wilson met à nu le sordide de cette histoire tout paradoxalement en le nichant dans un écrin aussi sobre qu'élégant. Les chanteurs glissent plus qu'ils ne marchent sur la scène qui, du premier balcon où je me trouvais, ressemblait à un tableau géant de Soulage sur lequel on aurait posé un immense étendard de planches. Ce traitement amène Madame Butterfly à devenir presque un opéra de chambre. La symbiose est telle, entre la musique et la mise en scène qu'on a le sentiment que c'est la gestuelle mesurée des chanteurs qui dirige l'orchestre en particulier lorsque l'enfant apparait, petit rat cambré d'une dizaine d'années, presque nu, dont les gestes mystérieux m'ont fasciné tout le dernier acte. Il est dommage que la distribution n'ait pas été complètement à l'unisson de cette perfection. L'ensemble des chanteurs est beaucoup plus comme souvent pour leur silhouette que pour leur voix. Si le consul, Sharpless, Michael Drulett, domine l'interprétation par sa belle prestance, je n'en dirais pas autant de Massimillano Pisapia dont le physique est loin d'être à la hauteur de son ramage. On comprend alors mal comment la belle Butterfly peut se mourir d'amour pour se nabot bedonnant. Il n'en reste pas moins, que grâce à la mise en scène de Bob Wison, Madame Butterfly est un spectacle à ne pas manquer.

 

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