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En passant par la rue Mallet-Stevens

7 Juillet 2025, 06:25am

Paris, juillet 2025

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Sagan un film de Diane Kurys

7 Juillet 2025, 06:24am

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France, 2008, 1h 57mn

Réalisation: Diane Kurys, scénario: Diane Kurys, Martine Moriconi, Michel Abramowicz, Claire Maréchal, image: Dominique Levert, Guillaume Bouchateau, son: Christian Fontaine, montage: Sylvie Gadmer, direction artistique: Maxime Robiere, casting: Gérard Moulevrier, costume: Nathalie du Roscoat, décors: Alexandra Lassen, musique: Armand Amar

Avec: Sylvie Testud, Pierre Palmade, Lionel Abelanski, Jeanne Balibar, Denis Podalydès, Arielle Dombasle, Samuel Labarthe, Guillaume Gallienne, Bruno Wolkowitch, Gwendoline Hamon, Silvie Laguna, Alexis Michalik, Margot Abascal, Alexia Stresi, Chantal Neuwirth



Résumé

En 1954, Françoise Sagan a 18 ans. Son premier roman, “Bonjour tristesse” lui apporte richesse et célébrité. Elle mène une vie légère et tapageuse, entourée de sa bande d'amis : Chazot, Bernard Franck, Florence Malraux. Le 8 août 1958, au casino de Deauville, elle mise ses derniers jetons sur le 8 et rafle la somme de 8 millions de francs avec laquelle, quelques heures plus tard, elle achète la maison qu'elle a louée pour l'été près d'Honfleur. Sans l'avoir prémédité, elle devient propriétaire et jure que personne, jamais, ne viendra la déloger de cet endroit. 40 ans plus tard, elle n’est plus que l'invitée des lieux. Le film nous raconte comment la jeune prodige de la littérature a-t-elle traversé la vie, en mettant en lumière ses amours lesbiens et en particulier sa relation avec Peggy Roche qui semble avoir été l’amour de sa vie, pour se retrouver ruinée et seule.

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L’avis critique

"Sagan" a tout du film qui me fait courir. On me promettait une toile où l’on me parlerait whisky, jaguar et littérature, autant de choses qui me réjouissent. Il faut dire que j’en ai soupé du cinéma couscous misérabiliste. Je n’irais donc pas voir la dernière palme d’or, car pour tout vous dire, je me refuse à payer 10 € pour voir la jeune France métissée se chauffer aux radiateurs de l’éducation nationale avec ce guignol de Bégaudeau en professeur. Je revendique le droit d’être obtus.
Or donc, revenons à notre "Sagan", si l’ on me parla bien de whisky et de belles voitures, ce qui n’est déjà pas si mal, je ne vit dans le dernier opus de Kurys que bien peu de littérature. La voix off du film, Sylvie Testut, en double de sagan, transforme la fameuse petite musique de la romancière en un florilège de bons mots qui font plus penser à du Guitry qu’à la prose de Sagan.

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Je voudrais signaler en passant aux amateurs de belles tôles que si Françoise Sagan a bien un grave accident de voiture, c'était conduisant une Aston Martin et non une Facel Vega, comme on le voit dans le film. C’est Albert Camus qui trouva la mort, en 1960, dans la Facel Vega de son éditeur. Je ne veux pas croire à une erreur de la cinéaste, mais seulement à une économie sur les accessoires; une Facel-Vega étant indéniablement plus facile à trouver en France qu’une Aston Martin...
Je ne reviendrais pas sur la folle ambition qui consiste à résumer une vie et une oeuvre (mais ici l’oeuvre est passée à la trappe) en deux heures ou même en trois. “Sagan” était initialement un téléfilm en deux parties de quatre-vingt-dix minutes "Un charmant petit monstre" et "Des bleus à l'âme" réalisé pour France 2. “Sagan” sera diffusé par France 2  en septembre dans ce montage de trois heures.

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Le film aurait gagné en cursivité et en authenticité si Diane Kurys avait pris la peine (qui serait vite devenu une délectation) de lire ce chef d’oeuvre qu’est le journal de Matthieu Galey, le meilleur portraitiste de la littérature française de la seconde moitié du XX ème siècle, dans le droit fil d’un Léon Daudet. Voici comment il narre l’apparition de la romancière et sa rencontre avec elle: << Lu tout d’une traite le petit et délicieux roman de Mlle Sagan, “Bonjour tristesse. D’énormes qualités, mais attendons la suite: il faut qu’elle écrive son “Bal” avant de voir en elle un nouveau Radiguet... 3 juin 1954, Rendez vous avec Françoise Sagan aux Deux Magots. D’abord j’ai failli aborder une jeune fille qui n’était pas elle. Timide, j’hésitait, quand elle est arrivée; c’est elle qui m’a identifié. Petite brune, avec deux yeux rond, sombres, elle fait à peine ses dix huit ans. Pas de poudre, un peu de rouge à lèvres, des cheveux fous, en frange sur le front. Moins dure et pointue que son livre, mais elle y ressemble par sa grâce et son sérieux d’enfant. Voix sèche, rapide; elle parle presque “illisible”. Tout le contraire de sa langue, si fraîche et si claire. Elle se dit ulcérée de tout le bruit qu’on fait autour de son nom et trouve la gent littéraire “assommante et abrutie” à l’exception des auteurs véritables: Sartre par exemple, dont l’intelligence l’a conquise tout de suite; Camus à la rigueur (<<Mais vous savez je suis bonne>>), ainsi que Véraldi et surtout Abellio. Ses classiques? Proust, pour elle la base de toute psychologie, et Benjamin Constant; elle révère Adolphe... C’est une lymphatique, avec la tête sur les épaules. Très intelligente, elle devrait bien se débrouiller dans la vie, l’air ne ne pas y toucher. Somme toute, elle ne m’a point déçu.>> (Matthieu Galey, journal 1953-1973, page 58, édition Grasset)

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C’est un peu cruel de faire figurer ces lignes en regard du travail de Dyane Kurys, tant tout y est mieux et plus justement dit que dans les deux heures de ce long métrage. Il faut tout de même ajouter que si le film ne parvient jamais à nous camper l’écrivain, il réussit bien à nous montrer toutes les contradictions et les ambiguïtés de la femme; Sagan, passionnée et lâche, égoïste et généreuse, séductrice et introvertie,  imprévisible... La bonne idée de la réalisation est d’avoir instillé constamment de l’humour dans le film, notamment dans les scènes entre Sagan et Peggy Roche (Jeanne Balibar, remarquable) avec qui elle formait un couple et ici un duo irrésistiblement drôles. L'humour n’a jamais porté aussi bien son nom de "politesse du désespoir" dont Françoise Sagan semble être l'incarnation.

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Par contre Diane Kurys ne parvient jamais à inscrire son héroïne dans son siècle, dans un contexte, sauf au début de son film où elle capte bien l’atmosphère des années cinquante. A laisser la grande et petite histoire hors champ on a le sentiment que Françoise Sagan est le centre du monde et que rien n’existe hors sa petite bande, présentée ici comme un ramassis de médiocres pique assiettes. A propos de parasites je me demande si les assez mauvaises critiques obtenues par le film n’est pas du fait que nos plumitifs assermentés cinéma, se voyant si bien portraiturés, en ont eu quelques aigreurs?

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Le lit de Sagan était accueillant... Y sont passé, souvent pressé, Peggy Roche, Massimo Gargia, Ava Gardner, Bob Westhoff (le père de son fils), Juliette Gréco, Guy Schoeller, Annick Geille, Michel Déon, et tant d’autres encore... De la vie sentimentale de Sagan la cinéaste a mis en exergue surtout ses amours saphiques et en particulier sa liaison avec Peggy Roche, styliste, ex-mannequin et un temps rédactrice en chef du magazine “Elle”, qui fut sa compagne de 1976 jusqu’à sa disparition en 1991.
On peut à juste titre considérer que "Sagan" est un film lesbien. D’ailleurs le public du cinéma multi-salles dans lequel, lors d’une après midi pluvieuse dans ma chère station Balnéaire, j’ai découvert le film ne s’y était pas trompé. Je n’avais jamais vu autant de lesbiennes à La Baule que cette après midi là.

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Ceci dit je ne suis pas d’accord avec Didier Roth Bettoni quand il avance que l’on a sciemment caché la bisexualité de la romancière: <<... L’exemple le plus frappant de ce qui est notre lot commun permanent, cette reconquête d’une mémoire si souvent passée par pertes et profits, se trouve dans le très médiocre film que Diane Kurys vient de consacrer à une des romancières françaises les plus populaires du siècle, Françoise Sagan. Si on dépasse les très évidentes limites de cette bio filmée, une chose saute aux yeux qu’on n’aurait jamais soupçonné : c’est que Sagan (incarnée ici par une excellente Sylvie Testud) était indubitablement lesbienne ! Pas juste le temps d’une aventure ou d’une expérience comme il était de bon ton dans les milieux intellectuels des folles années 60-70, mais vraiment fondamentalement lesbienne, toutes ses histoires d’amour véritables ayant eu des femmes pour objets. Or qui, à moins peut-être d’être un véritable spécialiste de Sagan (et encore…) avait cela ? Pas moi en tout cas, et pas la plupart des personnes cultivées à qui j’en ai parlé... Qu’est-ce que cela veut dire ? Que la vérité (une part d’entre elle en tout cas) sur la si célèbre auteure de Bonjour tristesse a été masquée, de son propre fait ou non d’ailleurs, parce que cette vérité-là aurait peut-être brouillé le mythe et la popularité de la romancière préférée des Français. Et qu’est-ce que cela signifie pour nous, homosexuels de tous les sexes ? Qu’un pan de notre histoire nous a été interdit...>>.

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Outre que Didier Roth Bettoni ne doit s’entretenir avec les bonnes personnes “cultivées”, il est victime du terrorisme de la transparence et de la paranoïa du complot. En quoi savoir que Sagan était plus homosexuelle qu’hétérosexuelle aurait aidé à la compréhension de son œuvre. Le drame de la romancière est que justement sa biographie à toujours fait écran entre le public et ses écrits, qu’elle soit elle-même grandement responsable de la chose ne change rien au résultat. Didier Roth Bettoni oublie le droit de toute personne à une vie privée. On retrouve ici la confusion, dont le communautarisme est grand pourvoyeur, entre public et privé qui fait tant de mal à la civilisation.
Voyons ce que dit sur le sujet Marie-Dominique Lelièvre dans son très bon “Sagan à toute allure”: << ... Si Françoise aime les femmes, elle cache ses liaisons qui restent clandestines. Pas d’images amoureuses avec celles qu’elle a aimées ou séduites... Au théâtre ou au casino, elle fait son entrée au bras d’un homme pour éviter d’être photographiée avec une amie de cœur. La vie amoureuse de Françoise Sagan se conforme au cahier des charges de sa légende et se coule dans les formes que lui impose le mythe... C’est pourtant avec une femme que Françoise est enterrée au cimetière de Cajarc, sappartenant enfin: Peggy Roche, un des êtres qui ont le plus compté pour elle. >>.

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Si la cinéaste a le bon goût de ne pas s’attarder sur les amants et amantes de passage de Françoise Sagan, il est tout de même assez ridicule de ne jamais montrer ne serait ce qu’un geste de tendresse de son héroïne envers l’élu (e) de son cœur d’un moment, si bien que Françoise Sagan parait plus asexuée que bisexuelle!
Il est toujours périlleux de faire jouer des personnage qui sont encore dans l’oeil d’une partie du public par des acteurs. Disons le d’emblée le casting ne démérite pas. On ne le redira jamais assez à quel point Sylvie Testu EST Françoise Sagan. Mention spéciale aussi à Jeanne Balibar très convaincante en Peggy Roche mais il est vrai que je ne savais pas à quoi ressemblait cette dernière. Si sur le plan du jeu Pierre Palmade m’a surpris en ami fidèle et désabusé et m’a étonné par sa justesse, cela se gâte quand on sait qu’il s’agit de Jacques Chazot qui ne l’oublions pas était certes une folle perdue (une des premières et des dernières à s’assumer comme telle!) mais avant tout un danseur, titre que la mollesse de Palmade ne peut jamais revendiquer. On se prend à songer alors que le choix de Palmade tient plus sans doute à sa possibilité de se faire inviter facilement dans les innombrables émissions de télévision de papotage promotionnelles qu’à son talent  de comédien. Itou pour Arielle Dombasle, beaucoup trop vieille pour le rôle, qui nous ressort son numéro de femme du demi-monde évaporée. Mais est ce une composition?

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Alors que dans “Sagan à toute vitesse” (édition Denoel) Marie-Dominique Lelièvre  avait à juste titre fait la part belle à  Bernard Frank  et à Florence Malraux , les deux plus fidèles amis de Françoise avec laquelle ils formaient une enfantine triade de la timidité. Diane Kuris fait de l’auteur “Des rats” un pale pique assiette et escamote Florence Malraux, aujourd’hui la seule survivante de la bande à Sagan. De Bernard Frank, Marie-Dominique Lelièvre écrit qu’il tenait du «nounours hirsute, de l’objet transitionnel, plus que de l’amant». Là encore pour ce personnage hors du commun la cinéaste aurait été bien inspiré de lire le portrait qu’en traçait Matthieu Galey dans son journal: << Bernard Frank, romain, puissant, épais, frisé. Une sorte de Murat. << Oui, dit il, mais à mon âge, il était déjà maréchal!>>. Il vient de terminer un essai sur Drieu, personnage qui le fascine; il y étudie ce qu’il appelle la “panoplie littéraire” de l’époque. Une parole pressée, bafouillante, assez incertaine, mais la pensée est lucide, d’une intelligente férocité.>>. Encore une fois devant le Bernard Frank du film, honnêtement interprété par Lionel Abelanski  avec néanmoins un déficit de charisme et de volume, on ne peut que constater que la littérature est absente; de ce fait on ne comprend rien à la relation entre Franck et Sagan, alors que le carburant de leur amitié était leur passion commune pour la littérature. Ce qu’ expliquait très bien l’émission de radio, “une vie une oeuvre” consacrée à Bernard Franck diffusée récemment sur France-Culture. Bernard Frank est l’auteur du terme Hussard, fausse école littéraire qui mené par l’épée de Nimier bataillait pour la légèreté contre la pesanteur du roman à thèse. Il est paradoxale que l’on ne rattache jamais Sagan à ce courant...

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Toujours pour continuer sur le casting, et la question de la ressemblance physique d’un acteur avec la personne ayant exister qu’il interprète, question que je ne crois pas dérisoire même si les intellectuels de la critique balaye celle-ci d’un revers de main méprisant; par exemple je suis étonné par le choix de Guillaume Gallienne pour le rôle de Jacques Quoirez, le frère de la romancière. Revenons au Journal de Matthieu Galey: << Quoirez, le frère de Sagan, à qui la vie a sculpté une gueule de vieux marin pêcheur épanoui, jouant l’esthète distancié s’amusant du spectacle du monde... (19 janvier 1980). Et que voit on à l’écran? un gros garçon un peu folasse au cœur tendre et à la tête sur les épaules qui m’a fait irrésistiblement penser à Dominique Besnehard jeune. Le talent de Galienne n’est pas en cause, il parvient à imposer son personnage dés sa première apparition. Mais sans ériger le psychomorphisme en règle d’or, l’aspect d’un être n’est tout de même pas sans incidence sur son comportement quotidien. Diane Kurys a néanmoins fait de nombreux bon choix. Podalydes est parfait en Guy Schoeller et Chantale Neuwirth poignante en femme de charges, vraiment à tout faire, de la romancière.

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Diane Kurys n'a pas connu Françoise Sagan. Elles avaient pourtant failli travailler ensemble. La cinéaste avait proposé à l'écrivain d'écrire le scénario des “Enfants du siècle”, sachant qu'elle adorait la correspondance entre George Sand et Alfred de Musset. Mais cela ne s'est finalement pas fait.
<< J'ai toujours eu l'impression qu'elle faisait partie de ma vie >>, explique Diane Kurys. << En lisant les articles qui lui étaient consacrés (...) au moment de son décès, (...) j'ai vu à quel point sa vie avait été romanesque, intense, riche. (...) Je me suis mise à lire tout ce qu'on avait écrit sur elle, je me suis replongée dans ses romans, j'ai regardé ses interviews, et l'idée de faire un film sur sa vie ne m'a plus quittée. J'ai voulu la montrer dans son ambiguïté, à la fois proche, humaine et totalement imprévisible. Je n'ai pas cherché à la rendre meilleure qu'elle n'était, j'ai seulement voulu la rendre vraie, en essayant de m'approcher au plus près. Elle était généreuse, passionnée, passionnante et elle pouvait être un monstre d'égoïsme, elle était lâche aussi, parfois. Faire le portrait de quelqu'un, c'est aussi faire un portrait de soi-même."

Pour le tournage, Diane Kurys a tenu à rencontrer certaines personnalités de l'entourage de Françoise Sagan, dont Florence Malraux, Jean-Claude Brialy ou Régine. Elle a en outre demandé au fils de l'écrivain, Denis Westhoff, d'être le conseiller artistique du film. << C'est la première personne que j'ai appelée quand j'ai eu l'idée de faire ce film >>, explique-t-elle. << J'avais besoin de son approbation, de son regard, et de son aide. Il lui ressemble beaucoup, j'étais d'ailleurs très impressionnée à l'idée de le rencontrer.>>. Peut être aurait-elle mieux fait de lire les livres de Françoise Sagan. Mais les cinéaste français lisent-ils? On peut en douter.
Encore une fois le cinéma hexagonale ne parvient pas à filmer le travail, pas plus pour un écrivain que pour un plombier. Jamais on ne sent la romancière habitée par son oeuvre comme c’est par exemple le cas dans le “Capote” de Bennett Miller. Si bien que lorsque la romancière ne parvient plus à écrire, Diane Kurys ne parvient pas à nous faire partager l’angoisse de son héroïne.
Sylvie Testud raconte également avoir rencontré certains des amis de Françoise Sagan encore en vie, mais en fait ils lui ont compliqué la tâche. << Le premier la disait timide, le deuxième la qualifiait de séductrice, le troisième voyait en elle une introvertie...chacun se l'était appropriée.>>. Ce sont finalement les enregistrements et l'INA qui ont le plus aidé l'actrice.
L'idée de faire tenir le rôle de l'écrivain à Sylvie Testud s'est très vite imposée à la réalisatrice. Il faut dire qu’il faut être aveugle pour ne pas remarquer la ressemblance physique entre la comédienne et la romancière. Lors d'un déjeuner avec Thierry Taittinger qui revenait de l'enterrement de Françoise Sagan, celui-ci avait d'ailleurs dit à Diane Kurys que si un film se faisait, il faudrait prendre Sylvie Testud. Un choix que ne regrette absolument pas la cinéaste : <<Cela m'a paru une évidence, et c'est elle que j'avais en tête quand je me suis lancée dans l'aventure. C'est une femme intelligente et courageuse, comme Sagan, et elle écrit elle aussi... Elle a compris le challenge que représentait le rôle. Elle a aussi un côté "petit soldat" : elle entraîne son monde derrière elle, et c'était un vrai bonheur de voir son travail, sa concentration et la légèreté avec laquelle elle avait l'air de faire tout cela.>>
Sylvie Testud indique avoir été à la fois enchantée et paniquée quand Diane Kurys lui a offert le rôle : << Je ne voyais pas de rapport évident entre Sagan et moi"), elle s'est finalement rendu compte que toutes les deux étaient finalement assez proches. "En lisant des biographies, en l'écoutant, en la regardant, j'ai effectivement découvert beaucoup de points communs. Par exemple, comme elle, j'aime les belles voitures (...) Elle explique qu'elle ne boit pas de champagne et qu'elle est très déprimée dans les soirées qui n'offrent que du champagne : moi aussi.>>.
Elle réussit parfaitement à restituer le phrasé si particulier de Sagan, à la fois enfantin et « onomatopéesque ». Elle a appris la « langue » Sagan avec autant d’application que le Japonais pour “Stupeur et tremblements”. Les regard de l’actrice se font tour à tour boudeur, frondeur, évasif, souvent filtré par une mèche de cheveux qu’elle triture.  Après un début, très elliptique qui épouse le rythme de vie de la jeune Françoise Sagan, fait d’une profusion de plans brefs qui reflète bien la frénésie et l’urgence de vivre, le goût pour les fêtes, la vitesse, l’alcool déjà, le filmage se fait plus sage. La réalisation devient assez plate mais toujours propre. Le budget relativement modeste pour une telle entreprise interdit les plans larges dans les extérieurs urbains. La reconstitution est soignée et réussit à éviter les anachronismes.

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Ce que l’on ne perçoit pas dans le film de cinéma (il en sera peut être autrement avec celui de télévision) c’est ce qu’a très bien mis en lumière Dominique Lelièvre dans son livre, le point de basculement d’une vie qu’elle situe pour Françoise Sagan en 1973. Cette date correspond à celle du premier choc pétrolier et aussi à la remise en question du mensonge gaullo-communiste sur la période 1940-1945 en France, deux phénomène qui changera (lentement) la perception du grand public sur bien des choses et entre autres sur les livres de Françoise Sagan dont les romans perçus à la fois comme légers et dynamiques ne correspondent plus à l’air du temps qui est à la morosité... Les tirages des romans de Sagan commence à diminuer et l’on peut considérer qu’à partir de cette date la vie de la romancière ne sera qu’un long toboggan qui la fera glisser vers la morts.

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Dans le souvenir d’un film, je remarque que peu de spectateurs mentionnent l’heure, le lieu, les conditions dans lesquels ils l’ont découvert. Je ne parle pas des critiques qui, par pingrerie, se contentent des rances projections de presse. Pourtant le lieu de consommation a une grande importance dans le cheminement qu’une oeuvre fait vers (puis dans) le cœur et l’esprit d’un spectateur. En cela voir Sagan à La Baule était un choix parfait tant j’ai pu voir fleurir dans mon enfance les couvertures des romans de Françoise Sagan sur la plus belle plage d’Europe, comme les voitures qu’elle affectionnait, se garer le long de la défunte “Potinière”, même si c’était plus des Triumph TR3 que des Jaguars ou des Aston Martin...

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EGERMEIER ET SES SCOUTS

6 Juillet 2025, 07:32am

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Egermeier est l'adulte au dernier rang de sa troupe

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sur cette photo Egermeier est entouré par deux cheftaines

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LA LIGNE DE BEAUTÉ D'ALAN HOLLINGHURST

6 Juillet 2025, 07:31am

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Alan Hollinghurst a voulu écrire, avec sa “Ligne de beauté” (Le livre de poche n° 30881, ou Fayard) son “A la recherche du temps perdu". Une recherche britannique dont le narrateur serait Swann. Ici il se nomme Nick et il a une vingtaine d’années. Grâce à l’ acuité psychologique des observations de l’auteur et à sa posture devant la famille Fedden, le personnage de Nick fait beaucoup penser au Swann face aux Guermantes; mais lors des dîners, ce n’est pas à une Odette que pense Nick mais à un Léo qu’il enculerais dans le parc...

Lorsque commence le roman, Nick est un jeune étudiant en lettre, frais émoulu d’Oxford, où il s’est lié d’amitié (platonique, ce qui le ronge) avec Toby, le fils d’une riche famille aristocratique, les Fedden. Nick prépare un travail sur Henry James, le Maître, figure tutélaire de “La ligne de beauté”. Tout comme Swann, Nick n’appartient pas à la classe qu’il fréquente. Il n’est que le fils d’un petit antiquaire de province.

Les Fedden ont loué, pour une somme symbolique, une chambre à Nick dans leur vaste et somptueuse demeure londonienne. Très vite le jeune homme fait comme partie de la famille. Il sert un peu de chaperon à Catherine la jeune sœur de Toby qui est maniaco-dépressive. Les Fedden reçoivent beaucoup. Toute la maisonnée gravite autour du père, Gérald, au tournant de la quarantaine, ambitieux et récent député tory. Il a été élu lors du scrutin qui a juste suivi la guerre des Malouine. Scrutin qui a conforté le pouvoir de Margareth Thatcher. Cette dernière fascine toute une société hédoniste et égoïste de fils de famille, de politiciens ambitieux, d’affairistes cupides et de lady désœuvrées...

Pour continuer à filer la comparaison avec le monument proustien, la révolution conservatrice reagano-thatchérienne est un peu l’affaire Dreyfus de “La ligne de beauté”. Elle en est la rumeur, comme l'est « l'Affaire » dans « La recherche ».

Si Nick a réussi si bien à s’incruster chez les Fedden, c’est peut être encore plus grâce à l’amitié de Rachel, la mère, qu’à celle du fils. Rachel voit en Nick un succédané de son fils qui s’ apprête à quitter le foyer familial pour convoler avec une jeune actrice prometteuse, elle aussi issue d’un milieu fortuné.

 

Dans la première partie du roman, “Accord d’amour, 1983”, Nick est un de ces héros miroirs qui ne vivent que par le reflet des autres mais qui absorbent la lumière plus qu’ils ne la réfléchissent; ce qui est un type assez courant d’homosexuels.

Nick, par petites annonces (on voit par ce détail combien le livre, publié en 2004 en Angleterre, s’inscrit dans une époque bien précise, pas si lointaine, mais déjà totalement révolue) s’est trouvé un petit ami en la personne de Léo, un noir d’un milieu modeste, d’une dizaine d’années de plus que lui.

Avec cette relation Nick est écartelé entre son snobisme de fréquenter une famille beaucoup plus huppée que celle dont il vient et ce que je nommerais l’appel de la bitte en l’ occurrence du sphincter, Nick étant l’actif du couple; il est aussi typique de ces gays qui ne sont attirés que, ce qu’il y a entre le caramel et le chocolat... Je parle de la couleur de peau, bien entendu...

Dans la deuxième partie de l’ouvrage, nous retrouvons notre héros narrateur après un saut de trois années. Nous passons en 1987, en tournant une page. 

Le lecteur abordant cette seconde époque, à peu près d’une égale longueur à la première, est légèrement désorienté, tant il a du mal à reconnaître Nick, qui d’étudiant timoré a tourné quelque peu gigolpince. Il est à la fois l’amant et l’employé, dans une maison de production de films, plus virtuels que réel, d’un de ses anciens camarades d’Oxford, Wani que l’on avait fugitivement croisé au début de l’ouvrage. Ce dernier est le rejeton d’un richissime homme d’affaire libanais qui chassé par la guerre dans son pays a fait fortune en Grande-Bretagne dans les... supérettes! On le voit Nick est toujours attiré par la sombritude... Cette famille libanaise donne l’occasion à Alan Hollinghurst de nous prouver son brio dans l’art du portrait psychologique. Wani est le type même du fils à papa dont l’intelligence est étouffée par la fainéantise et la veulerie. Tandis que son père est la figure archétypale du boutiquier enrichi qui tente sous le parfum de l’or de dissimuler vainement les remugles du bazar d’où il vient.

Cette deuxième époque est elle même divisée en deux parties. La première se déroule dans le manoir que les Fedden possèdent dans le sud de la France. Alors que la deuxième est la description de la fête que Gérald donne dans sa demeure londonienne en l’honneur du premier ministre qui est croqué avec une verve plus admirative que sarcastique. Nick parviendra même à danser avec elle! Ce qui ne l’empêchera pas, quelques minutes plus tard, de sodomiser un serveur mulâtre... Dans ce dernier passage, Hollinghurst retrouve  une crudité descriptive dans les scènes de sexe qui étaient fréquentes dans “La piscine bibliothèque” mais qui jusqu’à ce passage était absente de “La ligne de beauté”.

La troisième et dernière partie est la plus courte, une centaine de pages, elle nous propulse en 1987 soit un an après les fastes et flonflons de la fête pour la Dame comme la désigne les personnages du roman. Le nom de Margareth Thatcher n’est jamais cité.

C’est curieusement dans ce relativement mince chapitre que l’auteur fait entrer le romanesque, malheureusement un peu prévisible, dans son ouvrage qui était jusqu’alors surtout descriptif. En quelques scènes et une nette rupture de ton, il réussit à insuffler de l’émotion dans son roman qui n’était jusqu’ici que brillant et qui se transforme ainsi en un grand livre.

Lors de la sortie du livre de Tristan Garcia, “La meilleure part des hommes” (éditions Gallimard) on a présenté ce livre comme le roman des années 80 vu “de gay”, « lieu » que l’auteur, tout n’étant pas de “la famille” jugeait être la meilleure hune pour observer la société de ces années là. La comparaison du livre de Garcia avec celui d’ Hollinghurst est écrasante pour le français. L’anglais a écrit un chef d’oeuvre qui fait revivre toute une époque, alors que Garcia, à cette aune, apparaît comme un opportuniste laborieux.

Hollinghurst, avec “la ligne de beauté”, apporte talentueusement son tribu à un genre très britannique, la peinture corrosive des classes dirigeantes. Mais contrairement à un Coe par exemple, on ne sent jamais chez lui une acrimonie fielleuse envers les puissants. En un mot le romancier n’écrit pas, comme la quasi totalité de ses confrères, un roman de travailliste de gauche (qui n’est pas le blairisme). On  trouve chez l’auteur ni mépris, ni jugement condescendent envers ses personnages, pas même un reproche, seulement une distance, juste un peu navrée. Son rapport avec ses créatures fait plus penser à celui qu’entretient Galsworthy avec ses Forsyte qu’à la posture que prenne les romanciers contemporains avec leurs héros. A propos d’Hollinghurst on peut également convoquer ses compatriotes Evelyn Waugh et Oscar Wilde ou encore Will Self , pour “Dorian” (éditions Point seuil) sa version moderne du “Portrait de Dorian Gray”. 

“La ligne de beauté a remporté le Booker Prize 2004, et on comprend pourquoi malgré quelques défauts de construction, des longueurs dans les deux premières parties et une fin un peu attendue et légèrement escamotée : c’est un ouvrage magnifique et émouvant ! C’est la première fois que ce prix récompense un roman ouvertement homosexuel, et comme l’ont expliqué les jurés, il ne faut pas réduire l’intrigue à cette seule dimension, mais y voir également une vision intéressante de l’époque où la Grande-Bretagne était gouvernée par la Dame de fer. La ligne de beauté a été adapté pour la télévision britannique ...

 

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Certains livres vivent en moi bien longtemps après leur lecture, sans doute les bons. J'y repense, je les remâche, y réfléchis. Tel est le cas de "La ligne de beauté".

Il me semble que ce livre est d'autant plus proustien qu'il n'y a pas chez Nick une absolue continuité psychologique, à tel point qu'à l'entame du deuxième chapitre on a  de la difficulté à reconnaitre  en lui le héros de la première partie. Mais comme pour le narrateur de "La recherche" on a le sentiment d'une réinvention du moi profond de Nick à chaque chapitre du roman qui correspond à trois phases de la vie du personnage.

 

Nota:Alan Hollinghurst est le fils unique d'un banquier. Il est né le 26 mai 1954 à Stroud dans le Gloucestershire. Étudiant à Oxford, il eut comme colocataire le poète Andrew Motion et fut récompensé par le Newdigate Prize, prix attribué à la poésie. Il a collaboré au Times Literary Supplément. On peut donc supposer que la “La ligne de beauté” a été écrit de “l’ intérieur”... Son premier roman, “la Piscine-bibliothèque” (éditions Christian Bourgois) dont l’écriture est plus précieuse que celle de “La ligne de beauté”, fait très rapidement de Hollinghurst l'un des plus célèbres écrivains gays contemporains (même s'il n'aime guère l'étiquette, à ses yeux trop limitative, d'écrivain gay).

COMMENTAIRES lors de la premiere parution du billet

La première partie de votre compte-rendu me fait penser au film de Woody Allen, Point Break : l'arrivisme par la beauté, la séduction homoérotique, l'alliance forcée avec la soeur, l'amante fantasque et actrice... Évidemment revu par Woody.
COMMENTAIRE N°1 POSTÉ PAR ARGOUL IL Y A 4 JOURS À 12H05

La ligne de beauté est un livre moins léger que le film de Woody Allen, qui est un de mes cinéastes de prédilection, j'ai beaucoup aimé son dernier film qui tombait bien à Paris, l'automne dernier avec la superbe exposition sur les Stein au Grand Palais. Le roman se veut et réussit à être une peinture d'époque, sa force est de n'avoir pas fait de son personnage principal un arriviste mais plutôt un indécis qui se laisse porter (et peut être détruit ) par les hasard de la vie 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS IL Y A 4 JOURS À 17H33
effectivement, "la piscine bibliothèque" et "la ligne de beauté" sont également des livres très importants pour moi. j'espère voir rapidement traduit en français, "the stranger child", le dernier opus de hollinghurst... sinon, je finirai par le lire en anglais (ce qui ne me pose aucun problème si ce n'est que ça me provoque une flemme immense). :o)
sinon, je ne sais plus si vous connaissez le (télé)film, plutôt réussi me semble-t-il, de "la ligne..."
COMMENTAIRE N°2 POSTÉ PAR PÉPITO IL Y A 3 JOURS À 00H34

Le succès de "stranger child" en Angleterre ne devrait pas trop nous faire attendre quant à sa traduction en français que j'attend comme vous. En ce qui concerne La ligne de beauté, lors d'un salon du livre j'avais demandé à Christian Bourgois s'il comptait le publier après nous avoir fait découvrir l'auteur avec La piscine bibliothèque, ce pourtant excellent éditeur m'avait répondu que c'était trop mauvais pour cela. Il arrive aux meilleurs de se tromper. Ceci dit Hollinghurst n'a pas eu avec Laligne de beauté beaucoup d"échos en France. 

Je connais l'adaptation en téléfilm di livre qui est bonne et à voir. Elle est sous la forme de deux fois 1h30 et disponible en dvd en Angleterre (sans sous titres français ou autres). J'ai même fait un billet sur ce film mais il est passé à la trappe lors du naufrage de mon précédent blog. Et je ne parviens plus à mettre la main sur ce texte mais il va peut être néanmoins réapparaitre... 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS IL Y A 3 JOURS À 06H43
même si mon exemplaire est britannique et sans sous-titres, le dvd a bien été édité en France :

http://www.amazon.fr/La-ligne-beaut%C3%A9-Edition-DVD/dp/B000OCXNWQ/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1331448361&sr=8-1
COMMENTAIRE N°3 POSTÉ PAR PÉPITO IL Y A 3 JOURS À 07H47

Je ne pense pas qu'il soit édité en France au sens strict mais importé car il aurait été interdit d'éditer une oeuvre en France sans sous titres ou V.F. Enfin peu importe l'important est qu'on puisse voir ce film 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS IL Y A 3 JOURS À 09H39
 

 

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MA VRAIE VIE A ROUEN, UN FILM D'OLIVIER DUCASTEL ET JACQUES MARTINEAU

6 Juillet 2025, 07:30am

France, 100mn, 2003

 

Réalisation: Olivier Ducastel et Jacques Martineau, scénario: Olivier Ducastel et Jacques Martineau, Image Matthieu Poirot Delpech et Pierre Millon, Son : Régis Muller, Musique : Philippe Miller, Montage: Sabine Mamou  

 

avec: Ariane Ascaride, Jimmy Tavares, Jonathan Zaccai, Hélène Surgère, Frédéric Gorny, Lucas Bonnifait 

 

 

Résumé

 

 

Etienne vit avec sa mère Caroline, à Rouen

Pour son anniversairede ses seize ans sa grand mère lui offre un caméscope. Il filme son entourage, notamment sa mère Caroline et son prof d'histoire qu'il verrait bien ensemble.

 

Filmer sa vie, quelle idée ? Etienne cherche des indices qui peuvent l’aider à s’accomplir. Le sport est en cela, avec sa mère, son seul repère. Mais aucun des deux ne résout l’équation essentielle de son existence : qui aimer?

 

 

 

L'avis critique

 

Olivier Ducastel et Jacques Martineau, les deux réalisateurs, sont partis d’un principe original. Placer une caméra numérique dans les mains d’un adolescent de seize ans : Etienne interprété par Jimmy Tavares, pour la première fois à l’écran. A la différence de la caméra subjective, comme dans LA DAME DU LAC de Robert Montgomery, où l'appareil était "le" personnage, la caméra est ici "un" personnage à part entière, voire un appendice, en tout cas le témoin de la vie d'Etienne.

 

 

Epatant. Tel est l’adjectif qui caractérise cette trouvaille narrative, même si le parti pris amuse, puis irrite quelque peu avant de devenir naturel pour le spectateur. La caméra n’est pas subjective mais devient un personnage à part entière, prolongement de la conscience de ce jeune ado. Avec une grande dextérité, les réalisateurs ont réussi à l’imposer comme un véritable personnage influent sur autrui et sur Etienne lui-même. Ma vraie vie à Rouen réussit le pari d'être un film en adéquation singulière avec son personnage central.

 

 

MA VRAIE VIE A ROUEN est un film intime, tourné en numérique. C'est bien au portrait d'un être de fiction (ce n'est en rien comme on pourrait le croire au premier degré, une auto-fiction) que le spectateur a affaire, même si le titre ne contient pas son prénom, à la différence des deux premiers opus des cinéastes. MA VRAIE VIE A ROUEN réussit à rendre sensible cette succession de moments de la vie d'Etienne, grâce à un dosage convaincant entre scènes drôles et émouvantes, grâce au montage, léger et équilibré. Grâce aussi au fait que Ducastel et Martineau arrivent à capter l'essence de l'adolescence, et que bon nombre de spectateurs peuvent projeter ici ou là des souvenirs.

 

 

Complice ou intruse ? Complice dans les moments personnels (le patinage artistique, la découverte sexuelle), intruse dans les moments intimes des autres.

Vérité ou mensonge ? La caméra induit systématiquement un jeu. D’ailleurs, l’ami d’Etienne (Ludovic) l’utilise comme un véritable outil théâtral. Dans le cas contraire, il se retrouve dans une position inconfortable où le mensonge est bien plus facile. Jeu, également, lorsqu’Etienne multiplie les prises de sa mère soufflant ses bougies d’anniversaire ou quand la famille découvre, faussement surprise, le sapin de Noël. Le procédé exige que les comédiens reproduisent les réactions de personnes qui n’ont pas l’habitude d’être filmées en temps normal, aussi la caméra est-elle omniprésente dans les conversations des personnages. Cela signifie, entre autres, que lorsque l’on franchit une certaine barrière de l’intime, on est obligé de couper, une difficulté narrative pour le scénariste.

 

 

L’essentiel du film se trouve donc dans le hors champ. Cela a pour effet de paradoxalement mettre en exergue le non-dit avec une grande justesse. Ainsi les sentiments amoureux du jeune homme pour son professeur, qu’il espionne à travers la ville, sont-ils beaucoup plus explicites exprimés par ces images volées récurrentes, qu’ils ne l’auraient été dans le cadre d’une mise en scène classique. A ce propos, on peut regretter que le concept de voyeurisme ne soit pas plus exploité. Il ne faudrait pas réduire Ma Vraie vie à Rouen à un simple exercice de style. Les personnages existent fortement. La sensation qu’on vient de partager un moment avec eux est beaucoup plus présente que dans une fiction traditionnelle. Un mélodrame classique montrerait tout le hors champ mais serait incapable de refléter l’état d’esprit des personnages aussi intimement et d'en faire un film aussi touchant.

 

MA VRAIE VIE A ROUEN, en alliant décors naturels et la maniabilité du numérique, réussit son pari. Son originalité narrative et le jeu sur mesure des acteurs, Ariane Ascaride toujours juste, font oublier quelques longueurs d’un scénario léger et une fin presque escamotée (la découverte de son homosexualité par Etienne). Le film presque clandestinement met en évidence la difficulté d'appréhender son corps et ses désirs pour les adolescents. Les scènes de contemplation, ou d’auto contemplation, sont à ce titre très intéressantes : les plans isolés où le jeune homme filme des parties de son corps participent d’une visualisation de son inconscient où il semble prendre connaissance de son pouvoir de séduction physique, sans pouvoir l’exprimer ou la partager avec un autre. Il le partage donc avec son caméscope, un " autre " mystérieux sur lequel il peut fixer tous ses désirs. La caméra comme point de vue sur soi, comme rapport à l’intime, à ce que l’on peut montrer, sont autant de thèmes qui découlent de ces images.

 

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Ducastel et Martineau nous ont montrés comment naît le désir. Ce qu’est ce désir (ici masculin, et même homosexuel, mais ça n’a aucune importance). C’est à dire l’envie du toucher, du baiser, des mots pour le dire, l’envie de voir et de se montrer, de partager la sexualité, le corps. On aurait préféré qu'Etienne réponde un peu moins aux clichés du jeune gay: absence du père, complexe oedipien et en plus patineur artistique, Etienne n’est pas gay par hasard. Ce qui rend triste ce garçon, c'est que personne ne voit son désir et que personne ne lui renvoie les questions qu’il pose aux autres plutôt que de se les poser à lui même. Comme Félix dans leur précédent film, Etienne cherche la voie sur laquelle s’engager, sans forcément comprendre ce qui le fait avancer.

 

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MA VRAIE VIE A ROUEN est le troisième long métrage d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau, après JEANNE ET LE GARÇON FORMIDABLE (1998) et DROLE DE FELIX (2000). Ils retrouvent Ariane Ascaride, déjà présente dans DROLE DE FELIX, et Frédéric Gorny ( surtout connu pour avoir joué le gay à la télévision dans Avocats et associés), au générique de JEANNE ET LE GARCON FORMIDABLE. Jonathan Zaccaï s'était déjà fait remarquer dans PETITE CHERIE d'Anne Villacèque, REINES D'UN JOUR de Marion Vernoux et BORD DE MER de Julie Lopes-Curval. Il n'avait alors pas encore joué ÉLÈVE LIBRE où il est exceptionnel. Mais le film doit beaucoup au jeune et très agréable à regarder Jimmy Tavares (j'aimerais bien savoir ce qu'il est devenu). Ce garçon plein d'élan qui ne sait où s'élancer, toujours solitaire sur la glace, Ducastel et Martineau savent le regarder, le révéler, le rendre émouvant. Il ne faudrait pas oublier Hélène Surgère très émouvante dans le rôle de sa grand mère.

 

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Dans une interview faite lors de la sortie en salle du film, les réalisateur s'expliquaient sur le mode opératoire de leur tournage: << On s'est autorisé à couper beaucoup, à faire plus de prises, à commencer à filmer très vite, pratiquement dès les répétitions, et à mettre en place les choses pour que techniquement il n'y ait pas de problèmes. C'est surtout avec le son que les choses sont plus compliquées, sur la captation des répétitions. Il faut cadrer l'improvisation, sachant que c'est valable pour les acteurs et les techniciens. On essayait toujours de se mettre à la place du personnage, à l'écriture, au tournage et au montage. Se demander pourquoi il allume la caméra, comment il l'éteint, s'il a rembobiné. Sans oublier que le personnage ne montait pas, qu'il avait juste une caméra, la télécommande, le retardateur. Il fallait faire confiance à l'imagination du spectateur qui allait remplir les ellipses. Comme on a tourné-monté au fur et à mesure, il n'y a pas de montage à l'intérieur des séquences, ça nous a permis de vérifier et de nous rendre compte que ça fonctionnait parfois encore mieux si c'était plus elliptique. On a quasiment tourné dans l'ordre chronologique, par blocs narratifs, car on a dû jongler avec les conditions météo. C'était très amusant de travailler comme ça. On n'y serait peut-être pas directement venus par la pellicule, qui coûte cher, par peur de gaspiller. Tout ça n'est ni dans JEANNE, ni dans FELIX, qui sont des films plus cadrés et répétés. >>.

 

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Sous l'apparence de la spontanéité, leur mise en scène est un exercice de sensibilité, de précision. Il en faut beaucoup pour parler aussi justement d'un moment aussi délicat de la vie, qu'est l'adolescence et raconter, mieux que jamais, l'histoire qu'ils retrouvent à chaque film. Comment chacun trouve sa place parmi les autres, rencontre sa chacune, ou son chacun.

 

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Le tour de force du scénario et du filmage est de rendre compte en 100 mn de l'évolution de leur personnage en une année scolaire ( la qualité du film tient beaucoup au fait qu'il a été tourné sur huit mois et quatre saisons ), on le voit passer de l’insouciance adolescente à une prise de conscience de l’avenir. Etonnement pudique, et même humble, la mise en scène ne laisse passer aucun détail : tous les plans dirigent notre regard vers les pensées secrètes du garçon. Etienne attend son garçon formidable. Sa vraie vie, alors, se passera probablement ailleurs qu'à Rouen.

Filmer sa vraie vie à Rouen avec une simple caméra numérique, quelle bonne idée !

 

 

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Maximilien Luce au Musée de Montmartre (4 et fin)

4 Juillet 2025, 15:23pm

Paris, juin 2025, photo B.A

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La revue Planète par Clotilde Cornut

4 Juillet 2025, 08:00am

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Ma dette envers la revue Planète est immense et pourrait se résumer en une seule formule, la découverte de la diagonale. Une ligne qui relie science et littérature, réalisme et fantastique, minuscule et majuscule. Planète dans cette France qui venait de rétrécir et qui s’ennuyait, décloisonnait les savoirs pour mettre en exergue leurs convergences. Elle mêlait l’optimisme pour l’avenir et la révérence envers un certain passé, comme le synthétisait fort bien Louis Pauwels en une belle phrase: << Il n’y a de nouveau que ce qui était oublié.>>.
Je suis souvent outré par la condescendance, quand ce n’est pas du mépris, avec laquelle les gens de ma génération évoquent la revue, alors qu’ils en sont tous plus ou moins les débiteurs. Loin d’être reconnaissant de tout ce qu’ils lui doivent. Ils rejettent en bloc cet héritage, alors que rapidement on s’aperçoit que des pans de leur culture ont été nourri par la revue.


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En ce qui me concerne elle m’a appris à regarder comme si c’était toujours la première fois et à privilégier le plaisir dans une indifférenciation joyeuse des sources du savoir.
C’est donc avec une joie non dissimulée avec laquelle j’ai découvert , dans la belle librairie du Centre Pompidou, l’essai de Clotilde Cornut sur la revue, intitulé sobrement “La revue Planète”. L’éditeur a eu l’excellente idée de publier ce texte sous la même belle forme, extérieur et intérieur, que paraissait jadis la revue. Au sujet de la forme et de la typographie de cette parution, la remarquable émission de France-Culture, "La fabrique de l'histoire", à consacré en 2008, une émission au phénomène Planète qui comportait une interview de François Richaudeau, la cheville ouvrière de la fabrication de la revue.

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Clotilde Cornut avec une grande clarté dans une langue simple fait une recension sérieuse du contenu de la revue et des membres de sa rédaction. En essayant de mettre les articles constituant le corpus de Planète dans une perspective historique de l’histoire des idées. Rien est oublié dans ce panorama. L’essayiste passe en revue les grandes rubriques de Planète, la science, les religions, les arts, la littérature... sans rien omettre.
Si ce travail est sérieux, on peut regretter d'une part que l'essais n'est pas été réactualisé depuis son écriture, car par exemple certaines personnes mentionnées sont décédées depuis sa rédaction, ce qui n'est pas signalé, et d'autre part, sa forme, par trop universitaire par le style, souvent assez plat et peu à l’unisson de celui enflammé d’un Louis Pauwels. L'essais malheureusement ne possède pas un appareil référentiel qu’aurait mérité le sujet et qu'appelle justement un travail universitaire. Edgar Morin et Michel Winock c’est bien mais c’est un peu court. A ce propos Michel Winock dans son dictionnaire des intellectuels français (Le seuil), écrit avec Jacques Julliard, ne consacre pas d’ entrée à la revue Planète mais seulement une à Louis Pauwels (page 1059) où l’on peut lire: << L’antimarxisme, l’anti-égalitarisme, l’antichristianisme rapprochent l’écrivain de la Nouvelle Droite, qui lui semble l’héritière des recherches de Planète.>>. Voilà qui est clairement dit, beaucoup plus que dans l’essais de Clotilde Cornu que l’on sent tergiverser pour ne pas arriver à cette conclusion. Il aurait été à la fois courageux et exacte d’admettre plutôt que de suggérer que Planète s’inscrit dans un vaste mouvement métapolitique  en réaction au crypto marxisme, encore dominant dans ces années là, il exerçait un véritable terrorisme intellectuel, et que l’on sent d’ailleurs encore prêt à sortir de sa tanière où il se tapit. Contrairement à ce que dit Clotilde Cornut, l'allégeance de Pauwels à la nouvelle droite, puis son engagement dans la création du Figaro magazine, qui dans ses premiers temps n'était pas la revue des pince fesses de l'avenue Mozart qu'il est devenu, n'est pas pour Pauwels un retournement (la Nouvelle Droite par rapport à Planète) mais une continuité. On peut ajouter que Remy Chauvin s’il fut un fidèle de Planète, le fut aussi de Nouvelle Ecole, la revue de la Nouvelle Droite.
Clotilde Cornut oublit de dire que la grande différence entre la Nouvelle Droite et l'esprit de la revue Planète est sa position envers l'Amérique. L'anti américanisme est un des piliers de la Nouvelle Droite, à ce propos je pense cette division de l'occident est la principale raison de son échec, alors qu'un certain philoaméricanisme est patent dans la revue.

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En revanche Clotilde Cornut met justement le doigt sur la juste obsession de la revue, la surpopulation. Elle ne va pas jusqu'à prononcer le mot tabou entre tous d'eugénisme, mais enfin... En lisant ce passage, je me suis dit, une fois de plus, que Planète nous manquait bien. Où voit on aujourd'hui que par exemple une des solutions possibles à la pollution n'est pas seulement la diminution de la consommation mais aussi une diminution draconienne de la population mondiale. Il me vient à l'esprit que la frontière entre la droite et la gauche passe par la reconnaissance de la bonne idée qu'est le malthusianisme, la gauche pensant bien sûr que c'est une mauvaise idée, force est de constater qu'il n'y a plus de droite...
Si l’auteur n’ommet pas de souligner le rôle d’accoucheur de Planète, elle ne le fait pas assez franchement à mon goût. Une enquête auprès d’intellectuels et de décideurs dans la tranche d’âge 50, 70 ans, leur demandant ce qu’ils devaient à la revue, aurait complété agréablement son exposé et l’aurait fait sortir du carcan universitaire où il se complait un peu trop c'est d'ailleurs ce que lui suggère Jacques Mousseau, l'un des grands auteurs de la revue, dans l'entretien qu'il a accordé à Clotilde Cornut et qui est placé en fin de volume.
Une étude sur une revue abordant autant de sujets aussi différents est une véritable gageure, car elle demanderait d’être aussi bien spécialiste en art qu’en science qu’en littérature qu’en recherche spatiale. Clotilde Cornut s’en tire avec les honneur même si par la force des choses les articles consacrés à tel ou tel aspect de Planète sont souvent un peu superficiel.

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Celui qui a le plus retenu mon attention, sans doute aussi parce que c’est le sujrt que je connais le moins mal, est le chapitre sur les arts dans Planète. Il est particulièrement éclairant et je n’y ai relevé aucune erreur.
Si l’essai se développe sur 182 pages qui restituent la belle présentation de la revue, on a l’impression d’avoir un numéro de celle-ci entre les mains, il est suivi d’un complément bibliographique de 100 pages. Ce dernier, établi par Joseph Alteirac, est très précieux car il contient notamment tous les sommaires détaillés de tous les numéros de la revue, un grand bravo pour ce travail de Bénédictin.
Si l’entreprise n’est pas parfaite, le livre de Clotilde Cornut est un indispensable outil pour mieux comprendre une des aventures intellectuelles les plus stimulantes de la deuxième partie du vingtième siècle.

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P.S. 1 Le net est vraiment merveilleux en tapant Grégory Gutierez sur votre moteur de recherche préféré vous pourrez télécharger gratuitement le mémoire qu’il a consacré à la revue et sur lequel je reviendrais ultérieurement.

P.S. 2 Je recherche des numéros de Planète si vous en avez à vendre ou à donner, contactez moi...

P.S. 3 Les toiles illustrant cet article sont de Carel Willing  peintre que la revue Planète essaya de lancer, malheureusement avec un succès mitigé, mais l’artiste est fort connu dans son pays la Hollande.

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BASKETBALL DIARIES

4 Juillet 2025, 07:57am

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USA, 100 mn, 1995

Réalisation: Scott Kalvert, scénario: Jim Caroll & Bryan Goluloff, image: David Phillips, montage: Dana Congdon, musique: Graeme Revell

avec: Leonardo Di Caprio, Mark Wahlberg, Lorraine Brasco, Juliette Lewis, Jim Caroll

Résumé

Jim (Léonardo Di Caprio) et sa bande de copains (dont l’un d’eux est joué par Mark Wahlberg, la future vedette que l’on connaît ) suivent une scolarité rigide dans une école catho et traînent leur mal de vivre dans les rues de New York. Le basket, qu’ils pratiquent à un haut niveau, est leur seule passion. De dérapages en désillusions, ils vont préférer la seringue au ballon. Jim écrit son journal intime, celui d’une descente aux enfers...

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L’avis critique
Le film, le premier du metteur en scène, est l’adaptation d’un livre autobiographique célèbre aux USA de Jim Carroll, l’un des chefs de file de l’avant-garde new-yorkaise des années 70, proche d’Andy Warhol, de Lou Reed et du Velvet Underground. Ce garçon précoce publie son premier recueil de poèmes à 22 ans, Living at the movies, pour lequel il est pressenti pour le prix Pulitzer. Il publie The Basketball diaries en 1978, à l’age de 28 ans, dans lequel il racontait au jour le jour son expérience d’ado paumé, drogué, clochardisé, prostitué... Cette prostitution homosexuelle est discrètement présente dans le film dans une scène où l’on perçoit un relent d’homophobie. Ce livre, publié en France par les éditions 10/18 (n°2644), sera le livre-culte d’une partie de la jeunesse américaine; il sidérera Jack Kerouac et marquera cette jeunesse comme l’avait fait avant lui le fameux Attrape-coeur de Salinger. On peut le comparer à ce que fut en France au début des années 80, "Flash" (Le Livre de Poche). Pourtant le film connaîtra un échec commercial aux USA... Caroll a également commis plusieurs disques, dont Catholic Boy en 91, et on entend certaines de ses chansons dans la bande originale d’E.T.

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A noter que Caroll a suivi le tournage du film et a même joué le rôle d’un vieux junkie dans une scène avec Di Caprio. Ce dernier, comme pour le rôle de Rimbaud, fait preuve d’un grand talent d’interprète à la tête d’une distribution homogène et talentueuse. Il donne une dimension époustouflante à ce personnage d’adolescent désespéré qui ne rêve que de devenir pur. Il faut être courageux pour accepter un tel rôle à l’aube d’une carrière; il est vrai que Basketball diaries fut tourné avant son succès titanesque...

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Le film n’a dû sa sortie en France,  trois ans après son tournage, qu’en raison du succès de Titanic, et c’est une chance, car il aurait été dommage de se priver de ce film bien écrit et bien joué, mais assez mollement filmé, sauf dans les scènes où intervient la musique dans lesquelles Kalvert se souvient qu’il est un bon réalisateur de clips. Dans la lignée d’”Outsiders” de Coppola, “Basketball diaries” est un mélo crépusculaire presque exclusivement interprété par une ribambelle de garçons, souvent dénudés. A signaler, à ce titre, quelques scènes particulièrement intéressantes comme celle où les jeunes gens improvisent une partie de basket-streaptease la nuit sous la pluie diluvienne, ou celle où le beau Léonardo se fait fouetter devant tous ses camarades de classe par un prêtre-professeur. On voit DiCaprio jouer au basket à moitié nu avec beaucoup de gros plans impudiques, dont un sur ses fesses nues, il est patent que la réalisation n’est pas insensible aux beautés garçonnières juvéniles. Mais on le voit surtout se battre dans des rues sombres, faire le plein d’héro, vomir et pleurer beaucoup. Le film installe une vision sans fioritures de la toxicomanie, on dira que c’est un peu Drugstore schoolboy.

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LA MAUVAISE VIE DE FRÉDÉRIC MITTERRAND

4 Juillet 2025, 07:55am

 

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On peut aborder ce livre de souvenirs, comme un recueil de nouvelles. La distance stylistique que prend l'auteur par rapport aux évènements nous y invite. Pour cela Frédéric Mitterrand s'est obligé au parti pris de ne jamais citer les noms des personnes réelles qui passent dans sa vie et donc dans le livre. Cet exercice un peu vain pour éviter un name dropping oscille entre le touchant et le ridicule tant certains de ces passants sont immédiatement reconnaissable comme par exemple Catherine Deneuve. Ainsi la personnalité de l'auteur s'en trouve évacuer rendant la lecture plus sereine. Nouvelles dont le « héros » unique serait le narrateur, extrapolation plus ou moins fidèle d'une existence qui se révèle malgré les nombreuses ellipses. Lu par ce prisme, les textes prennent une autre saveur. Frédéric Mitterrand semble vouloir nous dire que chacun à une histoire, une vocation qui se suffit à elle-même. Ces évocations d'un temps plus ou moins passé peuvent se lire séparément: chacune étant un petit roman se suffisant à lui-même. Comme toujours dans ces cas là, leur qualité est inégale. Le moins bon est tout de même remarquable, à l'aune des lettres françaises où la nouvelle n'est pas un genre très prisé. Comme chez Modiano, la nostalgie est le moteur du souvenir qui déclenche le processus de la mémoire. Chez Frédéric Mitterrand, en parfait masochiste qu'il est, c'est dans ses misères, petites ou grandes dans lesquelles il aime se replonger. En regard de bien des vies que j'ai pues côtoyer, le titre de ce bon livre m'agace et même me scandalise; c'est d'ailleurs le seul scandale que l'ouvrage devrait provoquer car mauvaise, la vie de Frédéric Mitterrand, telle qu'elle nous apparaît ici, l'est bien peu. Où plutôt elle l'est que parce que l'auteur, que l'on confondra définitivement avec le je narratif, veut retenir de son existence que les échecs et les malheurs qu'il a subit, lot de chaque humain, qui dans son cas ne me paraît pas terrible. Ce qui ne veut pas dire que sa vie ait été un chemin parsemé de roses, mais pour qui l'est-elle? On s'aperçoit, et il le reconnaît lui même avec une belle lucidité que ses échec sont surtout dus à une détestation de soi qu'il partage avec de nombreux homosexuels de sa génération et encore plus avec ceux de la précédente. Je dois dire que cette attitude m'est complètement incompréhensible tout autant que son attirance sexuelle, et même plus, ce qui aggrave son cas, pour les arabes.

La mauvaise vie fait parfois songer à « La promesse de l'aube » de Romain Gary en cela qu'elle est sont absolu négatif. Alors que dans son livre, Gary s'essaye à la posture du héros tandis que Frédéric Mitterrand use et abuse du fait qu'il veuille toujours se mettre dans la position du perdant. Si je rapproche les deux ouvrages c'est surtout que dans les deux livres leur auteur respectif tente en vain au centre de leur récit, place qui leur est toujours confisquée par les passants de leur vie.

Ce qui est rare c'est que Frédéric Mitterrand conjugue le peu d'estime qu'il a de sa personne, et je ne met pas en doute sa sincérité, avec un égocentrisme empreint de naïveté qui le fait souvent s'étonner qu'il n'est pas compté pour une personne autant que cette personne à compté pour lui. La bizarrerie de sa personnalité est encore augmenté d'un trait de caractère en général incompatible avec ceux déjà cités, une faculté d'empathie généreuse avec autrui. Ce très curieux mélange, s'il ne doit pas être facile à vivre, donne à l'ouvrage où se mêle impudeur et retenue, un ton totalement singulier    

COMMENTAIRES LORS DE LA PREMIERE PARUTION DU BILLET 

Belle écriture, en tout cas; j'avais bien aimé les "séquences" Quentin et Brookner
Merci pour vos billets
COMMENTAIRE N°1 POSTÉ PAR BRUNO LE 14/03/2012 À 16H18

Je suis très content d'avoir un commentaire sur mes billets sur les livres qui sont ceux qui je crois m'importe le plus. 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 14/03/2012 À 18H56
Bonjour-Dans "Le Festival de Cannes" (R.Laffont 2007), Fred Mitterrand déploie la même nostalgie mais en centrant son propos autour du monde du cinéma, qui, je crois, vous est familier. En avez vous fait une critique ici ou là ?
Le sympathique blog "Les toiles roses" est il définitivement en panne ? ce serait dommage.
Merci pour vos billets
COMMENTAIRE N°2 POSTÉ PAR BRUNO LE 19/03/2012 À 18H37

Je n'ai pas rédigé de critique sur "Le festival de Cannes" pour la bonne raison que je ne l'ai pas lu. Ce sera peut être pour plus tard. Il faut dire que je lis lentement, y compris les bandes dessinées. Je suis souvent stupéfait devant la quantité de livres que peuvent ingurgiter certaines blogueuse (il n'y a plus guère que les femmes qui lisent) allez voir par exemple le site de cachou (dans mes sites à visiter). 

En ce qui concerne "Les toiles roses" en effet je pense que c'est terminé son tenancier, un militant né devait pas trouver ça assez militant, moi je trouvais déjà que cela l'était beaucoup trop. Sur les diagonales je ne milite que pour moi et encore bien peu... 

merci pour vos mercis 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 19/03/2012 À 18H45
Moi j'admire la cursivité de vos commentaires littéraires du genre de celui-ci sur ce très grand auteur à mon avis Frédéric Mitterrand : elle vous permet d'attraper au passages des choses très justes çà et là, et j'aime bien sûr que le ton général en soit flatteur ; mais il faudrait travailler plus quand on écrit sur de beaux livres qu'on lit lentement (ça c'est bien, également !) ; pour être un peu plus digne d'eux et donc, "lâchement", ici et maintenant (un jour peut-être !)je n'en dirai pas plus sur le très merveilleux Frédéric Mitterrand !
COMMENTAIRE N°3 POSTÉ PAR XRISTOPHE AVANT-HIER À 02H03

Je trouve que vous avez tendance à être bien trop louangeur. Frédéric Mitterrand a bien des qualités littéraires mais le qualifier de très grand auteur risque de faire penser que vous n'êtes pas un très grand lecteur. Un très grand auteur c'est en français Balzac ou Hugo, je crains que si on fait l'inventaire des auteurs français vivant, on n'en trouve guère... 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS AVANT-HIER À 07H25
Je ne veux pas voir les choses de si haut - quoique ce soit un parti qu'on puisse prendre ; (c'est le vôtre) ; si je parle d'un grand auteur contemporain, comme Frédéric ou Pierre Michon, je ne sais le jauger à la même aune, déjà, qu'un grand auteur du XXème siècle comme Montherlant ou Gide, et moins encore le comparer à un déjà quasiment mythique romantique comme Balzac ou Hugo... Je ne saurais que faire des idées qui me viendraient d'une pareille, et pour moi si bizarre opération... Maintenant si je pense "peu de bien de l'époque" (la nôtre), comme je vous le disais ailleurs, hier soir, nonobstant tout le monde ne passe pas dans cette triste petite moulinette perso, bien au contraire : il y a des élus pour moi qui sont des gens très bien ! (c'est la moyenne - dont le niveau baisse). Merci de votre réponse (pour une fois !)
COMMENTAIRE N°4 POSTÉ PAR XRISTOPHE AVANT-HIER À 22H03

Notre époque n'est ni meilleure ni pire qu'une autre, simplement nous y vivons. Lorsque je donne du temps à un livre, ce temps, le bien le plus précieux que l'on ne peut acheter, je ne me préoccupe guère de son actualité ou de sa légende mais seulement de mon plaisir qui ne peut être étranger à l'époque puisque, même si nous ne le voulons pas, nous y sommes immergé. Il est certain que nous manquons de recul pour juger une oeuvre contemporaine mais néanmoins en ce qui me concerne je me refuse à mettre tout sur le même plan. Il faut avoir le courage de ses goûts sans que ceux-ci nous anesthésient le sens critique (bon choix que Pierre Michon). 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS HIER À 07H28
 

 

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