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Pour se souvenir de SOUVENIRS D'UN GRATTEUR DE TÊTES DE BERNARD PIVOT AU THÉÂTRE DU ROND-POINT

21 Juillet 2025, 06:31am

 

Hier soir (11 avril 2012), j'étais chez Pivot, comme disaient les écrivains, il y a presque vingt cinq ans, enfin seulement spectateur parmi les cent cinquante qui étaient au Théâtre du Rond-point. Le véritable maitre des lieux, espérons encore pour longtemps tant sa programmation est libre, Jean-Pierre Ribes en préambule a dit tout le plaisir et l'honneur qu'il avait accueillir dans ses murs celui qui durant vingt ans fut le grand prescripteur des lectures des français. Tout timide il s'est avancé sur la scène que meublait un décor imitant celui de la toujours regrettée émission « Apostrophe », costume gris, impeccablement coupé sur chemise blanche, plus mince qu'en mon souvenir, la chevelure neigeuse et une jambe légèrement trainante. Je le voyais en vrai, celui dont j'essayais de ne jamais manquer ses rendez-vous du vendredi soir (d'autant qu'au début c'était avant le magnétoscope!). Durant une heure et quart Bernard Pivot, d'une voix plus fluette qu'à la télévision, va nous enchanter en lisant un choix d'extraits de ses livres, il s'est excusé d'en avoir écrit si peu. Il lit tantôt devant un pupitre, tantôt assis dans un des fauteuils dans lequel il s'asseyait sur le plateau d' »Apostrophe ». On avait l'impression d'être au coin d'un feu et d'avoir demandé à un ami écrivain de nous lire les morceaux les plus succulents de ses livres (il fait une seule infidélité à ses écrits en lisant une page succulente d'Antoine Blondin). Et puis sans doute de crainte de lasser son auditoire, il alterne ses subtiles et néanmoins légères considérations sur les mots avec ses souvenirs de jeunesses dans lesquels Bernard Pivot nous parle avec une sensuelle pudeur de son amour des femmes et ses admirations pour les grands écrivains comme Marguerite Yourcenar, Nabokov, Soljenitsyne... que longtemps il a côtoyé professionnellement. J'ai découvert derrière le généreux passeur de nos lettres un écrivain entre Claude Hagège, pour la passion des mots et Alexandre Vialatte pour la malice et la justesse de la chose vue et vécue. Quand la lumière est revenue après les applaudissements sous le charme, les spectateurs, comme Bernard Pivot ne savaient pas comment partir.

 

COMMENTAIRES Lors de la première édition de ce billet

Bonjour-Pour ma part, j'ai toujours trouvé Pivot supérieur à Chancel, comme "passeur" ( ceci dit, personne n'a jamais surpassé Serge Daney ;-) )
Merci pour vos billets
COMMENTAIRE N°1 POSTÉ PAR BRUNO IL Y A 4 JOURS À 14H40

Pivot a une humilité que n'a jamais eu Chancel qui comme la plupart des gens de média n'écoute pas vraiment la réponse à leurs questions et d'autre part il y a un amour de la littérature chez Pivot que ne possède pas Chancel. Quant à Daney que j'apprécie beaucoup s'il fut en effet un grand passeur, il avait néanmoins une sécheresse intellectuelle qui souvent me gène, due sans doute à un mal vivre que semble ignorer Bernard Pivot. 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS IL Y A 4 JOURS À 15H40

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POUR SE SOUVENIR D'UNE PUCE, ÉPARGNEZ-LA À LA COMÉDIE FRANÇAISE, THÉÂTRE ÉPHÉMÈRE

5 Juin 2025, 06:39am

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Ils sont rare les spectacles, comme « Une puce, épargnez-la », qui vous font soudainement rajeunir. Quel accueil triomphale au début des année soixante dix aurait eu cette pièce qui marque l'entrée de son auteure, Naomi Wallace, au répertoire de la prestigieuse maison, grâce à son brechtisme sans complexe. Est-ce à la soudaine gloire et probablement éphémère de monsieur Mélanchon que l'on doit ce retour de la lutte des classes sur nos tréteaux.

 

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Nous sommes à Londres en 1665 lors de la grande peste. Dans la maison d'un couple de très riches bourgeois (Guillaume Gallienne et Catherine Sauval), pour fuir la maladie deux miséreux s'y sont introduit subrepticement. Il y a un jeune marin (Félicien Juttner) et une très jeune fille (Julie Sicard) dont on s'apercevra bientôt qu'elle n'est pas celle qu'elle prétend. Pour éviter que la maladie se propage un gardien (Christian Gonon) obstrue les ouvertures et déclare la maison en quarantaine. Ses quatre occupants devront cohabiter de longs jours dans les deux seules pièces qui ne sont pas polluées.

 

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Le couple de riches est très méchant et frustré sexuellement. Le monsieur (parfait Guillaume Galienne) a des vues inconscientes sur le matelot qui par ailleurs raconte que son seul véritable amour a été un jeune mousse, matelot qui néanmoins excite beaucoup madame, tandis que la gamine tente par ses charmes acides de circonvenir le gardien. Ce dernier donne des nouvelles de plus en plus alarmantes de l'extérieur aux reclus.

 

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La pièce est découpée en scénettes cursives. La mise en scène d'Anne-Laure Liégeois, que l'on ne félicitera pas, les interrompt par un noir brusque et un éclairage violent de la rampe destiné à éblouir les spectateurs, ce qu'il réussit trop bien à faire, pour que l'on ne voit pas les préparatifs de la scène suivante. Outre que nous sommes éblouis, nous sommes également assourdis par un air de clavecin récurrent dont le martellement cesse tout aussi brusquement dès que la pièce reprend.

Le manichéisme des personnages et la relative faiblesse de l'évolution de l'action sont heureusement compensés par le brillant des répliques et l'intérêt documentaire que l'on porte à la description de la peste et de ses conséquences, Naomi Wallace est grandement redevable sur ce point à Daniel Defoe...

Le décor très sobre et élégant dans les gris est à l'unisson de l'esprit du texte et fait aussi penser à ceux que l'on voyait vers 1970, toutefois je ne m'explique pas pourquoi le plateau est petit à petit envahi par d'intempestifs volatils empaillés.

Le gardien et madame dans des rôles assez faciles font bien ce qu'ils ont à faire. Catherine Sauval à le plumage de l'emploi de gamine, au vingtième rang où je me trouvais, sa petite taille et son absence de poitrine faisaient penser que l'on avait réellement à faire à une gamine de douze ans. Malheureusement le ramage, avec quelques criailleries superflues et une diction pas toujours parfaitement audible n'est pas à la hauteur de la silhouette. A propos de diction, il y a bien des reproches également à faire à Félicien Juttner qui en outre n'est pas physiquement assez séduisant pour le rôle. Et puis il y a l'immense Guillaume Gallienne que j'aimerais revoir bientôt dans un vrai méchant car ici, son Snelgrave est surtout un médiocre aveuglé et corseté par ses préjugés.

 

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Même si je ne suis pas certain que la pièce méritait d'entrer au répertoire du Français, la soirée est enrichissante, et puis ce théâtre somme toute de forme classique est devenu tellement rare que l'on est devenu indulgent pour cette grande forme. J'ai parfois eu le sentiment d'assister aux bonnes de Genet réécrit par Brecht avec un zeste de Montherlant, le tout transplanté dans le Londres du XVII ème siècle très curieux pour une américaine qui se réclame de James Baldwin.

 

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Je dois avouer que la pièce n'était pas la seule raison pour que je me rende au théâtre éphémère car j'avais très envie de voir le bâtiment lui même, et cela sans trop tarder puisqu'il est éphémère. Après l'avoir vu et avoir assisté à une représentation dans ces lieux qui sentent encore bon le bois, mon seul regret est qu'il soit éphémère. On y est mieux assis que dans la vénérable salle de la Comédie Française, la température y est parfaite et la vision, grâce à la déclivité des sièges est optimum. Sa situation est judicieuse ne masquant ni les colonnes de Buren ni les jardins du Palais Royal, qui ne sont certes actuellement accessible que du coté opposé aux colonnes de Buren, mais occupant un lieu entre les deux habituellement de peu d'intérêt. Pourquoi ne pas prolonger la vie de cette salle donnant une scène supplémentaire aux comédiens de la Comédie Française.

 

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Paris, mai 2012

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Pour se souvenir Madame Butterfly à l'Opéra Bastille

4 Juin 2025, 08:47am

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A l'Opéra Bastille le bonheur d'une mise en scène de Bob Wilson en parfait accord avec le livret de Madame Butterfly. Le zen des décors, l'économie des gestes mettent en relief le drame et la lâcheté de Pinkerton, officier de la marine américaine qui n'a épousé la jeune geisha que pour se divertir lors de son séjour à Nagasaki, alors que la jeune fille de 15 ans se donne à lui de tout son corps et de toute son âme allant jusqu'à renier ses dieux et ses ancêtres pour se vouer au dieu américain.
Débarrassé de toute la quincaillerie kitch qui souvent encombre l'opéra de Puccini, Bob wilson met à nu le sordide de cette histoire tout paradoxalement en le nichant dans un écrin aussi sobre qu'élégant. Les chanteurs glissent plus qu'ils ne marchent sur la scène qui, du premier balcon où je me trouvais, ressemblait à un tableau géant de Soulage sur lequel on aurait posé un immense étendard de planches. Ce traitement amène Madame Butterfly à devenir presque un opéra de chambre. La symbiose est telle, entre la musique et la mise en scène qu'on a le sentiment que c'est la gestuelle mesurée des chanteurs qui dirige l'orchestre en particulier lorsque l'enfant apparait, petit rat cambré d'une dizaine d'années, presque nu, dont les gestes mystérieux m'ont fasciné tout le dernier acte. Il est dommage que la distribution n'ait pas été complètement à l'unisson de cette perfection. L'ensemble des chanteurs est beaucoup plus comme souvent pour leur silhouette que pour leur voix. Si le consul, Sharpless, Michael Drulett, domine l'interprétation par sa belle prestance, je n'en dirais pas autant de Massimillano Pisapia dont le physique est loin d'être à la hauteur de son ramage. On comprend alors mal comment la belle Butterfly peut se mourir d'amour pour se nabot bedonnant. Il n'en reste pas moins, que grâce à la mise en scène de Bob Wison, Madame Butterfly est un spectacle à ne pas manquer.

 

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