PAESTUM, ITALIE
Paestum, Italie, aout 1985
un regard sur les arts et les lettres
Paestum, Italie, aout 1985
Le testament de William S. est le 24ème titre des aventures de Blake et Mortimer (11 du vivant de Jacobs et 13 par différents repreneurs, dont 6 par le duo Sente/Juillard) les voit se pencher sur l’énigme identitaire liée à William Shakespeare, disparu il y a tout juste 400 ans. Sans trahir le scénario on peut dire que Shakespeare (et son œuvre) est l’objet de toutes les convoitises, et l’histoire prend des allures de chasse au trésor, au cours de laquelle on retrouve avec plaisir le sens du suspense qu’affectionnait Jacobs. Entre Angleterre et Italie, Mortimer et Elizabeth, la fille de Sarah Summertown (dont on avait fait connaissance dans " Les Sarcophages du 6e Continent "), résolvent des énigmes plus ardues les unes que les autres. Pendant ce temps Blake doit faire face à bande organisée de jeunes voyous terrorise Hyde Park. On se doute bien que tous ces évènements sont liés. C’est une course contre la montre qui s’engage au fil d’énigmes tendues depuis des siècles…
J'avais lu, comme beaucoup, la prépublication de ce 24ème opus dans le "Figaro Magazine" cet été. J'avoue que la lecture de cette histoire m'avait déçue. Il faut dire qu'elle succédait au "Bâton de Plutarque", belle préquel du "secret de l'Espadon", signée des mêmes Juillard et Sente. La lecture de l'album m'a fait réévaluer la chose. Le soin avec lequel l'ensemble est réalisé apparait beaucoup mieux dans ce volume bien imprimé. Il reste néanmoins que l'intrigue des teddys (référence aux affrontements qui ont réellement eu lieu entre gangs à Nothing Hill en 1958)*, du coté anglais est bien légère et vite éventée.
Je crains que ce dernier album, qui devrait être le dernier dessiné par Juillard déçoive un peu les fans de la première heure de nos deux gentlemen car il s'écarte un peu des canons jacobsien. En effet dans un Blake et Mortimer dont Jacobs était le seul créateur, dès les premières planches, le lecteur est dans l’histoire et sait à quel thème il va avoir droit : historique, science-fiction, policier… Blake et Mortimer enquêtent, sauvent le Monde, se heurtent à Olrik avant de prendre le dessus. Le scénario est soutenu, il n’y a pas de superflu. L’histoire monte en intensité au fil des pages… et dans les dernières pages, le dénouement final. Dans, "Le testament de William S", il n’y a rien de tout cela. Blake et Mortimer ne sauvent plus le Monde, ils vont tranquillement au théâtre ! Il n’y a jamais la sensation d’aventure. Dès qu’ils peuvent, ils sont assis autour d’une table ou dans une voiture. Il n'en reste pas moins que Venise est représenté avec beaucoup de soin et d'exactitude, comme on peut le voir ci-dessous.
Le scénariste Yves Sente a pris comme thème « Shakespeare », et il a écrit son histoire autour de cela. Le seul instant, où Blake et Mortimer courent, c’est parce qu’ils sont en retard pour la représentation théâtrale. Yves Sente fait une histoire chronométrée… Mortimer et la fille Sarah Summertown font une course contre le Temps… de la ville natale de Shakespeare à Vérone, et retour juste dans le délai imparti.
En revanche le choix de centrer l'intrigue sur le mystère littéraire qu'est la vie de Shakespeare est une bonne idée. Comme le confie Yves Sente c'est un personnage historique qui intrigue toujours: << Shakespeare est encore un personnage emblématique pour les anglais de 2016. C'est la personne qui les représente le mieux, plus encore que la reine Elisabeth II, les Beatles ou James Bond. Comme il y a très peu de sources, qu'il a laissé peu de choses de lui, et même qu'entre 1585 et 1592, il disparaît: c'est le bonheur du scénariste. Mais le plaisir de l'écriture, quand on joue avec l'Histoire, c'est de respecter ce que l'on sait, pas de la transformer... Dans les 150 dernières années, les historiens ont attribué la paternité de Shakespeare à 80 personnalités. Faire la 81 ème n'a pas d'intérêt. Il faut essayer une piste différente...>>.
Petit rappel sur ce que l'on pourrait appeler l'affaire Shakespeare: Shakespeare est né en 1564 et est mort en 1616, Shakespeare aura écrit 37 œuvres dramatiques, dont « Le Songe d’une nuit d’été » (1595), « Le Marchand de Venise » (1597), « Roméo et Juliette » (1598), « Hamlet » (vers 1600) et « Othello » (1604). Si les documents officiels prouvent qu’un certain William Shakespeare a bel et bien vécu à Stratford-upon-Avon et à Londres, une polémique passionnée naît très vite sur l’identité du dramaturge. La question est posée par des personnalités prestigieuses (Walt Whitman, Mark Twain, Henry James ou Sigmund Freud) : tous doutent que le citoyen de Stratford nommé « William Shaksper » ou « Shakspere », homme de peu d’éducation, ait réellement composé les œuvres qui lui étaient attribuées, en particulier des textes aussi denses et référentiels. A l’inverse, à la même période, un poète et écrivain talentueux comme Edward de Vere (17ème comte d’Oxford) aurait pu collaborer avec un prête-nom et écrire une bonne partie de ces textes. Ce sont les tenant de cette théorie qui sont les méchant du "Testament de William S. Ils sont menés par un descendant d'Edward de Vere. Il faut préciser qu’à l’époque élisabéthaine, les collaborations entre dramaturges étaient fréquentes.
Mais le parti pris de développer un pan de la vie de William Shakespeare sous forme de flash-back, fait que nos héros passent en arrière plan. Je n'ai pas compté les cases mais il me semble que jamais dans une de leurs aventures,Blake et Mortimer auront été aussi absents d'un album !
Et que dire d'Olrik qui semble de plus en plus encombrer les scénaristes repreneurs des aventures de Blake et Mortimer? Ce que confirme Yve Sente: << L'absence d'Olrik est une contrainte volontaire que je m'impose. Je trouve que c'est un personnage embarrassant. Déjà Edgar P. Jacobs avait tenté de s'en débarrasser dans "Le piège diabolique, mais les lecteurs lui avait reproché, et il avait été prié par l'éditeur de le remettre dans le récit. Si dans une série d'aventure le "méchant" est toujours le même avec le temps, il se ridiculise.>>. Dans "Le testament de William S. Olrik est relégué dans un rôle de chef de Maffia téléguidant des opérations douteuses du fonds de sa cellule! On ne le reconnait pas, tout comme on ne reconnait pas Sharkey, qui semble avoir subi une cure d'amaigrissement.
Le testament de William S. est un récit très précisément situé dans le temps. L'aventure se déroule sur trois jours, les 28, 29, 30 aout 1958. Les auteurs se sont donc infligé une sérieuse contrainte avec laquelle, ils ont joué à moins qu'elle les ait piégée. Elle incite en-tout-cas à la vigilance le lecteur pointilleux que je suis. Cette demande à l'attention est une bonne chose pour un album dont la qualité, il me semble réside surtout dans les détails (comme la couverture du Life que lis le marquis...) .
Ainsi dès la page 10 avec la présentation des invités à Venise, du marquis Stefano Da Spiri, chez qui tout commence, mon attention est alerté par la tenue que porte Peggy Newgold, clone de Peggy Guggenheim avec un zeste de Gertrude Stein par son côté garçon manqué et le fait que Peggy Newgold soit brune et ronde (il me semble qu'en regard du rôle joué par cette dame dans l'histoire, il aurait été plus simple et plus intéressant de mettre en scène la véritable Peggy Guggenheim). La dame arbore une robe qui fait beaucoup penser à la robe Mondrian, signée Yves Saint Laurent. Or cette robe a été présentée lors de la collection haute couture automne-hiver 1965. La tenue de Peggy Newgold en aout 1958 dénote chez cette dame un incontestable avant-gardisme que ne démente pas les oeuvres oeuvres d'art qui parsème sa demeure que nous découvrons quelques pages plus loin... On peut y reconnaitre des oeuvres de Picasso, Dubuffet, Giacometti...
Autres éléments qui datent une bande-dessinée, les automobiles. Dans "Le testament de William S., il y en a presque autant que dans un album de Michel Vaillant. Cela commence avec la Jaguar SS Airlane Sedan datant de 1935 du peu recommandable grand maitre du Temple de la loge d'Oxford. Ensuite nous avons droit au traditionnel, taxi londonien, presque un personnage à part entière dans la saga Blake et Mortimer mais avec le véhicule suivant, une Ford anglaise Zéphir ou une Ford américaine (?),comme il est dit dans une bulle. Il semblerait que ce soit la même Ford que dans SOS météores, amusant clin d'oeil**. Ceci dit mon détecteur d'anachronismes a été réveillé! Car cette automobile m'a paru un peu trop moderne pour 1958 et aussi un peu fantaisiste même si elle ressemble beaucoup à des modèles existants.
Mais là où mon détecteur d'anachronismes s'est mis à hurler c'est quand au détour d'une case censée représenter Londres en 1858 j'ai reconnu la Bridge Tower alors que celle-ci a été construite 30 ans plus tard! Il a également sérieusement teinté en découvrant, en 1958, je le rappelle la présence d'une photocopieuse dans le palais du marquis!
L'audace historique n'est pas la seule dans cet aibum, il faudrait parler de l'audace sexuelle! La relation d’amitié très forte et ambiguë que noue Shakespeare avec un autre homme, qualifiée de «fort peu conventionnelle», fait directement écho à celle de Blake et Mortimer, ces éternels colocataires. Sans oublier, à trois cent cinquante ans d’écart, l’apparition à chaque fois d’une femme pour que le couple devienne "trouple"...
Autre audace la représentation d’une femme en couverture. Ce qui aurait été inimaginable du temps de Jacobs! Paru en mars 2008, « Le Sanctuaire du Gondwana » osait déjà présenter Mortimer aux côtés d’une femme en pleine brousse africaine. Les auteurs réintroduisaient alors le personnage secondaire de Sarah Summertown (découverte dans le 1er tome des « Sarcophages du 6ème continent » en 2003 ; opus16 des aventures de nos deux gentlemen), une romancière et archéologue devenue le grand amour de jeunesse du professeur Mortimer. Le lecteur perspicace (en l'occurrence cette fois plus que le professeur) et un tantinet observateur en apprendra un peu plus dans cet album sur la vie privée de Mortimer. Sente et Juillard ne cachent pas que l’éditeur a apposé son veto à ce que le récit soit plus explicite sur le sujet, contrairement à leurs intentions...
Les découpages sont dynamiques, les décors et les jeux de lumière soignés. Les récitatifs sont toujours aussi nombreux. Pour alléger leur présence dans la planche, les bulles qui sont d'ailleurs rectangulaires ont des fond de couleurs différentes. La coloriste, Madeleine Demille, a fait un beau travail, respectant la palette jacobsienne, pas de tons criards mais des couleurs subtiles et denses. On peut juste s'étonner de son goût pour le vieux rose dont elle teinte certains récitatif et surtout l'Austin d'Elizabeth. Le scénario d’Yves Sente renoue habilement avec la gentry britannique que l'on avait déjà côtoyée dans le serment des cinq lords. Dans le testament de William S. Il n’est question que de lord, conte et marquis, de généalogie, d’ancêtres et d’honneur. Cela fait plaisir d'être dans le meilleur monde...
La série « Blake et Mortimer » figure parmi les best-sellers de la bande-dessinée et même parmi les best-sellers tout court depuis plus d’une décennie. En 2008, « Le Sanctuaire du Gondwana » (tome 18), tiré à 600 000 exemplaires, s’écoulera en France à 266 600 exemplaires (chiffre à multiplier par 1,4 pour le rajout des ventes Belgique/Suisse). En 2012, "Le serment des 5 lords" (tome 21) est le titre le plus vendu de l’année avec 250 000 ventes. Idem en 2013 avec "L'onde septimus" (235 500 exemplaires) et en 2015 avec "Le bâton de Plutarque" (tome 23, édité à 500 000 exemplaires francophones et 40 000 exemplaires néerlandais), écoulé à 232 000 exemplaires dès le début 2015. Avec un sujet aussi ambitieux et passionnant que le cas Shakespeare, Yves Sente vise certainement juste dès le départ, au profit d’un scénario au parfum so british digne du précédent des « 5 Lords ». Le tirage de l'album " Le testament de William S." est tiré à 500 000 exemplaires. Il est décliné en quatre versions différentes (classique, strips, éditions spéciales Fnac et Leclerc), André Juillard aura concocté autant de visuels de couvertures intrigants. Fidèles à la conception jacobsienne, ces visuels figent un instant clé du récit.
Passant devant le Grand Palais par un soleil radieux et voyant que la file d'attente était courte pour entrer à Monumenta, je me suis offert un nouveau "tour de manège". Et là une double surprise m'attendait d'abord que l'on puisse monter sur le pronenoir pour voir l'intervention de Daniel Buren par dessus et ensuite de voir l'artiste en personne dédicacer le livret de son monumenta.








Paris, mai 2012

Daniel Buren en dédicace
On retrouve avec plaisir le cinéma de Peter Greenaway après une trop longue absence avec les même défauts et les mêmes qualités que lors de notre dernière rencontre. Il y a toujours cet intellectualisme un peu cuistre que transfigure un regard d'esthète qui peut devenir de temps à autre légèrement salace, cet amour des intrigues de pouvoir compliquées dans un microcosme.
Le sujet du film, une spéculation sur le sens caché du plus célèbre tableau de Rembrandt, La ronde de nuit. Le tableau serait, crypté, et dénoncerait un crime et désignerait le coupable; la révélation d'un crime, rappelle beaucoup celui de "Meurtre dans un jardin anglais"; mais les personnages de "La ronde de nuit sont beaucoup moins policés que ceux du premier opus de Greenaway.
On apprend que c'est sur l’insistance de Saskia, son épouse enceinte, que Rembrandt, alors au sommet de son art et de sa gloire, accepte, avec réticence, une commande, un portrait de groupe de la milice civile d’Amsterdam ce qui donnera l'immortel "Ronde de nuit". Saskia lui donne un fils Titus qui mourra en 1668, un an avant son père. Saskia ne se remet pas de ses couches mais vivra assez longtemps pour voir le tableau. Le peintre découvre par hasard un horrible assassinat. Déterminé à faire éclater la vérité, il bâtit méthodiquement son accusation à travers la peinture qui lui a été commandée. Il compte ainsi révéler le visage aussi sordide qu’hypocrite de la société hollandaise...
Le réalisateur suggère que c'est la vengeance des notables d'Amsterdam qui aurait conduit Rembrandt à la ruine et non comme c'est communément admis les dépenses somptuaire de sa maîtresse et le changement de mode.
Les scènes de sexe des plus crues ne manquent pas dans le film et Martin Freeman, un parfait Rembrandt véritable sosie du peintre de nous cache rien de ses avantages qui, n'étant pas du calibre de son talent de comédien, il eut peut être été préférable de ne pas sur exposer.
Plus intéressant que le mac gufin que constitue le mystère, quasi policier, du tableau où la peinture un peu trop à charge de la bourgeoisie amsterdamoise, est le portrait de Rembrandt que nous propose Greenaway, tantôt candide, tantôt calculateur, tantôt faible, tantôt courageux, souvent paillard, parfois fleur bleue et surtout dominé par son amour des femmes.
Le film qui se regarde sans ennui malgrè sa longueur, vaut néanmoins surtout pour le magnifique travail du directeur de la photo, un maître du clair obscur qui fait défiler devant le spectateur une suite ininterrompue de "Rembrandt" et cela sans jamais tomber dans le statisme où sont tombé de nombreux films ayant pour sujet un peintre. Je conseille au futur spectateur du film de réviser son rembrandt avant pour se mettre les toiles du peintre "dans l'oeil".
Greenaway nous fait voir la "Ronde de nuit" un peu différemment lorsqu'il met en évidence l'ombre « très démonstrative », selon le cinéaste, de la main d'un personnage qui s'étale sur le ventre d'un autre. Est-ce une provocation d'ordre sexuel ?, s'interroge Greenaway.
Le cinéaste dynamise son film par des artifices un peu clinquant comme l'adresse du comédien à la caméra ou bien encore le galop d'un cheval dont on a l'impression qu'il va finir contre notre fauteuil. Pourtant ces subterfuges qui pourraient être grossiers donnent un peu d'air au film grâce à l'excellence des décors et la grande qualité des comédiens. Les quelques extérieurs sont judicieusement distribués tout au long du film et réussissent à nous faire oublier ce que la scénographie de Greenaway à de trop théâtrale avec ce lit qui tient du char à banc et du radeau sur lequel se déroule une grande partie du film. Le réalisateur a l'intelligence de ne jamais montrer Rembrandt peindre...
La ronde de nuit est une extravagance historique qui n'est pas sans rappeler celles de Ken Russell, cinéaste qu'il serait temps de réévaluer.
Italie ,aout 1985
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Singapour, mars 2025, photo B.A

Roger Peyrefitte et Roro en 1939, vraissemblablement aux Tuileries
Roger Peyrefitte, une après midi d'avril 1938, reconnait Henry de Montherlant dans une kermesse (lieu fréquenté alors par les jeunes garçons). Il l'aborde. << Cette rencontre dont Peyrefitte parlera plus tard comme la chance de sa vie marque le début d'une amitié de près de trente ans, entrecoupée de brouilles et de réconciliations.>> Antoine Delery - Roger Peyrefitte, le sulfureux -
<< Henry de Montherlant a quarante-deux ans. Il est ramassé avec quelque chose d'athlétique, Peyrefitte - trente deux ans - est longiligne, aérien. Un sanglier avec une hirondelle. >> Pierre Sipriot - Montherlant sans masque -
Peyrefitte présente, probablement peu de temps après leur rencontre, à Montherlant Karel Egermeier dont les photos illustrent les calendriers des scouts de France. << Montherlant est enthousiasmé par les photographies d'adolescents en culottes courtes, aux torse musclés, et les deux compères imaginent ensemble l'édition illustrée de "Paysages des Olympiques". >> Antoine Delery - Roger Peyrefitte, le sulfureux -


Roger Peyrefitte et Roro
<< En décembre 1938 Montherlant a "levé" un jeune garçon de quatorze ans prénommé Edouard (ou Edmond si on se réfère à Roger Peyrefitte dans ses Propos secret I. Ce dernier prénom me parait plus probable en regard de la classe sociale du garçon...). Doudou pour les intimes. Le frère cadet de Doudou, Roland dit Roro, onze ans, est dévolu à Roger Peyrefitte. C'est un lien tout platonique.

Peyrefitte prend très au sérieux son rôle de "tuteur" de Roro: << J'avais fait en juillet 39, opérer le génant phimosis de Roro (...) Je m'étais pris d'une véritable affection pour RoRo. Ma liaison avec Roro s'était faites sous les mêmes auspices que celle de Montherlant avec Doudou, c'est à dire que je contribuais à l'entretien de la mère. >> Henry de Montherlant - Roger Peyrefitte, correspondance, page 61, éditions Robert Laffont

Pour vivre à l'aise cette aventure, la mère doit être complice. Il faut la rencontrer. Roger Peyrefitte insiste (...) Après avoir hésité longtemps, Montherlant se jette à l'eau au début de mars 1939. Il va rencontrer la mère.>> Pierre Sipriot - Montherlant sans masque -
<< Elle vivait modestement dans un petit hôtel de la rue d'Orsel. Nous l'avons invité à déjeuner dans un restaurant, place du Delta. Ses resources étaient minces. Elle vivotait en faisant de la représentation de boutique en boutique, à partir de ce moment là, nous l'avons sérieusement aidée.>> Roger Peyrefitte - Propos secrets I -

Sur cette photo, Doudou joue avec le masque avec lequel Montherlant sera photographié quelques temps plus tard par Mangeot, le photographe de Paris-Match. Montherlant avait songé à être recouvert de ce masque après sa mort. (page 183 de l'album de la Pleiade Montherlant).
ce qui est amusant c'est que ces images de Doudou quai Voltaire contredisent Roger Peyrefitte lui même; puisqu'il commentait ainsi une lettre de Montherlant dans le volume consacré à la correspondance des deux hommes: << Quai Voltaire, où il habita après 1939, il ne reçut jamais aucun garçon. Sa garçonnière, bien digne de ce nom; était rue de V. (Rue de Verneuil, donc selon Sipriot) - page 41, note signé Roger Peyrefitte.
<< Je viens de découronner ou couronner une jeune pouliche dodue, parfaitement complaisante, à la vulve élastique et qui promet (la vulve). Elle s'est laissé faire avec courage. Par ailleurs, elle a fait marcher ses grandes eaux deux fois en trois quarts d'heure, ce qui est très bien. >> dimanche 1938
Lettre de Montherlant à Peyrefitte dans laquelle en langage codé mais pas très difficile à décrypter, il raconte sa première fois avec Doudou...

Doudou chez Henry de Montherlant parmi les antiques de l'écrivain, été 39?
<< Egermeier, surnommé l'aiglon, en référence à son totem scout, a réalisé plusieurs centaines de clichés pour ce livre, dont 87 seront finalement retenus. Parmi les jeunes modèles du tchèque figurent les amis en titre des deux hommes, Roland, Edouard et Jacques P.>> Antoine Delery - Roger Peyrefitte, le sulfureux -
Que Doudou et Roro qui ne sont pas sportifs aient posé pour le livre fait dire à Montherlant qu'en France tout est faux.
D'après Sipriot Doudou est le jeune footballeur, illustration 163 de la page 99 de l'album Montherlant de La Pleiade, pourtant ce garçon ne ressemble pas à celui qui joue avec les antiques de l'écrivain dans les deux clichés immédiatement ci-dessus.


Doudou chez Henry de Montherlant, été 39 ?
Lorsqu'à l'été 1940 après l'exode Montherlant se retrouve à Marseille sans nouvelle de la famille N, ni de Roger Peyrefitte qui les avait sous sa garde, il est dévoré d'inquiétude. << Le 17 juillet, Montherlant reçoit enfin une lettre qui le rassure. Ils sont vivants. Aussitôt Montherlant écrit à un ami en grosse lettre qui occupe toute la page: JE PLEURE DE JOIE. "Tous les miens sont retrouvés SAUF, en zone non occupée (assez près d'ici). Joie folle mais je n'ose encore.>>
<< Les N sont à Tulle et sans subsides. Montherlant pourvoit aux frais d'entretien et de voyage. Il veut faire plus: les adopter... Il écrit à Roger Peyrefitte le 21 juillet: "Je compte m'attacher davantage à cette famille et vous conseille de faire de même. >> Pierre Sipriot - Montherlant sans masque -

Roro
Après une sombre affaire judiciaire où la mère est impliquée à Tulle. Les retrouvailles avec les deux garçons seront décevantes
<< Montherlant vivra plusieurs années en intimité avec cette famille. En 1940-1941, il vivra pendant plusieurs années avec cette famille à Nice. lui à l'hôtel de Berne, la mère et les enfants dans un meublé, avenue Georges Clémenceau. Dans les premiers mois de 1941, Montherlant va deux fois par semaine voir Doudou et Roro qu'il trouve mal élevés. Quand ils se chamaillent pas avec lui, ils conspirent pour le ruiner. C'est vraiment encore la famille sauterelle qui dévore tout >> Pierre Sipriot - Montherlant sans masque -

Roro, vraisemblablement au Tuilerie, hiver 38-39
<< Depuis octobre 1941 Montherlant a rompu avec la famille N., "grossière, insolente, inintelligente". La 1, (c'est à dire édouard) dont Montherlant parle toujours au féminin (comme de toutes ses conquêtes) ne me laisse aucun regret. Il n'en est pas de même de la 2 (Robert) avec qui je ne m'ennuyais jamais.">>. Pierre Sipriot - Montherlant sans masque -



Montherlant reverra néanmoins la famille N. jusqu'au milieu de 1942.
<< "Fils de personne", il y a un roman de deux cent pages que Montherlant a voulu publier en 1942. Mais ce père et fils est le journal de sa vie difficile avec la famille N. à Nice en 1940 et 1941...>> Pierre Sipriot - Montherlant sans masque -
On retrouve des échos des heurts entre Montherlant et Doudou à la fin de leur relation dans la pièce Demain il fera jour.
Quant à Roger Peyrefitte il "quittera" Roro pour Jacques de P. Mais c'est une autre histoire...

Doudou sur les bords de Seine, été 39?
P.S.
1-Je remercie chaleureusement J.P. de C. qui m'a fait découvrir ces photos inédites d'Egermeier et qui m'a permis de les publier sur mon blog.
2-Je les ai légendées avec des extraits de plusieurs ouvrages racontant l'aventure amoureuse de Roger Peyrefitte et d'Henry de Montherlant avec Roro et Doudou...
3- Par le biais de mon e-mail personnel un fidèle lecteur, Guillaume van der Molen m'envoi ce commentaire: << Enfin, pour avoir une idée des deux frères nous ne dépendons plus seulement des remarques de Sipriot. On trouve des images de Roro et Doudou dans "Paysage des Olympiques" de Montherlant aux pages 6 et 7 de l'album (Doudou selon moi aussi aux pages 3, 4 et 11 et Roro aussi page 79). Grand merci au propriétaire de ces photos d'avoir voulu les partager avec nous ! >>. Grâce à ce judicieux commentaire sur lequel je suis entièrement d'accord, on s'aperçoit que Sipriot s'est trompé le footballeur de l'album Montherlant n'est pas Doudou mais un autre garçon dont la photo est en haut de la page 10 du Paysage des Olympique, alors que celle où figure Doudou est en bas de la même page!
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Paris, janvier 2025, photo B.A
On peut imaginer...les garçons encore de ce monde...
Dans le beau fauteuil empire, en septembre 1972,
Henri de Montherlant songea t il à Doudou ou Roro ... ?
S'ils sont encore de ce monde j'espère qu'ils me contacteront pour apporter leurs pierres à l'Histoire littéraire.
Bravo pour l'acuité de votre regard c'est en effet dans ce fauteuil que le 21 septembre 1972 Henry de Montherlant se suicida. Peut être qu'un jour un biographe inspiré partira de ce fauteuil pour nous raconter la vie étrange d'Henry de Montherlant qui a beaucoup joué avec les masques sa relation avec Doudou n'en est pas dénués, voulant être à la fois père, amant, mentor toujours en quête d'affection...
Ces photographies sont une extraordinaire trouvaille qui illustre et contribue un peu à l'histoire littéraire.
Cette histoire des relations des deux écrivains avec ces deux garçons était bien connue. Je n'ai fait qu'un montage de citations et d'extraits de textes qui se trouvent dans différent livres, tous assez facilement trouvable.
Amusant
Il serait bien de trouver la référence. Cela doit être Saint Robert. Sipriot étant moins niais.
Correspondance Montherlant / Peyrefitte
page 41, note signé RP
..."Quai Voltaire, où il habita après 1939, il ne reçut jamais aucun d'eux. Sa garçonnière, bien digne de ce nom; était rue de V."...
Rue de Verneuil, donc selon Sipriot
Encore merci pour ce superbe billet
merci pour cette utile précision que je vais inclure à l'instant dans le billet.