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Troca 87

20 Avril 2025, 07:48am

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Paris, aout 1987

Paris, aout 1987

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LA PISCINE BIBLIOTHÈQUE D'HOLLINGHURST

20 Avril 2025, 07:45am

 
La piscine biblioth�que d'Hollinghurst

Will Beckwith, le je de « La piscine bibliothèque », est un narrateur selon mon coeur. Il a vingt-cinq ans beau et blond. C'est un riche homosexuel londonien, flottant dans une vie de désoeuvré; ce qui ne va pas toutefois chez lui sans quelques remords passagers, tiraillé qu'il est <<... entre deux visions de soi, l'une hédoniste et l'autre - légèrement à l'arrière plan ces derniers temps- presque férue d'érudition...>>.  Son grand-père, Lord Beckwith, a donné la richesse à la famille, le pouvoir et le titre de vicomte. Le narrateur correspond bien aux critères définissant son héros type tel qu'Hollinghurst en traçait le portrait lors d'une interview à « Libération »: << Les gens qui ont accès à beaucoup de choses m’intéressent, ceux qui peuvent se permettre de mal se conduire. Il y a une part de fantasme, et je suis réticent à l’idée d’écrire sur des figures vertueuses, je préfère lorsqu’on ne parvient pas à se décider, à savoir si l’on aime ou non un personnage.>>In fine c'est la naïveté de Will qui devrait le faire aimer du lecteur qui sera peut être plus perspicace que lui...

Will a fait, comme il se doit, ses études à Oxford. C'est là qu'il a rencontré son meilleur ami, James (avec le patronyme de ce personnage, on peut voir de la part d'Hollinghurst, un clin d'oeil, le romancier étant grand admirateur d'Henry James), devenu médecin de son état et néanmoins gay. Les deux hommes partagent les mêmes gouts en matière de garçons et de musique; mais James est beaucoup moins heureux sexuellement parlant que Will: << James était un obsédé des grosses queues, dont un grand nombre semblait passer entre ses mains dans l'exercice de - son art – mais trop peu, soupçonnais-je, dans sa vie. >>. Tout au long du livre James nous donnera le contrepoint prudent, presque raisonnable à la vie de Will

Notre sémillant jeune homme a comme point d'ancrage la piscine de son club, le Corinthian club (Corry) qui semble fréquenté, presque exclusivement par des garçons qui aiment les garçons. Ce qui tombe bien, la drague étant l'activité principale de Will (willy est le pénis en anglais argotique.).

Deux événements vont troubler la vie du héros qui est à la fois dissolue et routinière. D'une part Will va tomber amoureux. Tout d'abord notre jeune esthète va s'enticher d'un négroïde natté et prolétaire de dix sept ans, Arthur que Will va être contraint d'accueillir chez lui pour une grave raison indépendant de sa volonté. Mais la cohabitation avec un garçon aussi différent n'est pas de tout repos. Arthur va avoir la bonne idée de disparaître... On pourrait accuser l'auteur pour cet effacement dont on ne connaitra pas vraiment la raison (le lecteur a toujours un peu de travail à faire pour combler les blancs dans les romans d'Hollinghurst...) de facilité littéraire...

Si le héros est un dragueur invétéré, c'est aussi un coeur d'artichaut. Il remplace promptement Arthur dans son coeur et dans son lit par Phil, un adolescent blanc qui travaille comme serveur dans un hôtel de luxe le Queensberry. Will l'a connu à la piscine de son club. L'autre fait qui va bouleverser l'existence de notre jeune aristocrate est la rencontre inopinée d'un vieux lord... dans une tasse, mais pas pour les raisons que l'on pourrait supposer. Après quelques papotages entre eux, le vieil homme, lord Charles Nantwich, propose à Will d'écrire sa biographie. Pour cela Nantwich lui confie son journal intime qu'il tient depuis son adolescence, dans les années 1910...

Mais l'intrigue sur laquelle je me suis largement étendue, tout en prenant soin néanmoins de ne pas tout révéler, n'est pas ce qui est le plus important dans le roman; ce qui en fait toute sa valeur, est le talent qu'a Hollinghurst, de tracer une fresque quasi exhaustive de la vie gay au début des années 80 à Londres mais qui n'était pas très différente de celles dans d'autres grandes ville; ceci en une suite de scènes de genre d'une véracité confondante, qui vont d'un combat de boxe entre adolescents à un passage à tabac au milieu de poubelles en passant par une soirée de gala à l'opéra pour continuer par une soirée en boite que l'on croirait sorti de « Queer as folk »... Le romancier ressuscite une époque bénie, aujourd’hui révolue, où en boîte de nuit, lever un giton pour le sodomiser dans les toilettes ne représentait aucun danger sinon celui de prendre un râteau par l'objet de sa concupiscence… Concupiscence du héros largement traité comme par exemple dans cette scènes de douche: << Je sortis du bassin et me dirigeai, ruisselant, vers les vestiaires. Poussant la porte battante, avec sa petite fenêtre embuée destinée, comme dans les restaurants, à éviter que les gens pressés ne se heurtent violemment, je perçus le chuintement des douches, sentis la chaleur saturée d’humidité emplir ma gorge et se déposer sur ma peau. Je m’avançai d’un pas nonchalant entre les deux rangées de jets brûlants qui rebondissaient sur les carreaux noirs, m’écartant ou m’arrêtant brusquement lorsque les hommes, nus ou en slip, changeaient de position, savonnant un pied appuyé au mur, se frappant le ventre avec des claquements mouillés, ou se retournant à chaque battement étouffé de la porte pour voir quelle nouvelle beauté arrivait.>>.

A partir de la page 100, de « La piscine bibliothèque », Hollinghurst va faire alterner les pages du journal de Charles Nantwich, principalement celle narrant les frasques du jeunes lord dans les années 20, et le récit du présent du futur biographe du lord. Ce dernier, devenu cacochyme a la mémoire en passoire. L'adjonction des écrits intimes de Charles arrive au bon moment, car l'effet de surprise du style coruscant et désinhibé d'Hollinghurst commençant à faiblir cette intrusion du passé relance l'intérêt de la lecture en rompant ce qui aurait pu être une monotonie. Ceci par le fait du grand contraste entre la narration de will (on voit combien pour son « Dorian » Will Self a emprunté assez maladroitement d'ailleurs à Hollinghurst.) et les passages du journal de Nantwich dont le ton parfois rappelle tantôt le Waught de « Retour à B. » et tantôt le Forster de « La route des Indes » quand ce n'est pas Thesiger ou même Burton.

Mais quel est ce présent? Le livre dont l'écriture a commencé en 1984, est paru en Grande Bretagne en 1988. Bien sûr en raison des moult copulations insouciantes, nous ne pouvons être qu'avant la grande pandémie*. Le seul indice pour être plus précis est la présence, lors d'une représentation à Covent garden de l'opéra Billy Budd de Benjamin Britten en la présence du créateur du rôle du capitaine en 1951, Peter Pears. Ce dernier est décrit par Will comme très finissant; sachant qu'il est mort en 1986, nous sommes donc avant cette date, visiblement au début des années 80, disons 1983 qui est, selon mon expérience, l'année de l'apogée de la liberté sexuelle au XX ème siècle.

La piscine biblioth�que d'Hollinghurst

Il ne faudrait cependant pas ramener « La piscine bibliothèque » à une sorte de « Trick » londonien (j'entend par « Trick » le livre de Renaud Camus, du temps où le diariste n'était pas obsédé par le grand remplacement mais par les culs moustachus...). La piscine bibliothèque est beaucoup plus que cela.

Ce qui ne veut pas dire que cet ouvrage est un roman pour les « enfants de Marie ». Qu'on en juge avec l'extrait qui suit: <<... Je l'embrassais, puis le poussai dans le couloir et lui fis franchir la porte battante. Deux types qui roulaient des joints sur le bord du lavabo levèrent les yeux avec inquiétude. Un cabinet était vide et je l'y poussai alors qu'il me faisait face, et m'adossais à la porte que je venais de verrouiller. Je savais à peine ce que faisais. Je défis violemment le bouton du haut de son pantalon en velours côtelé marron, toujours le même, abaissais sa fermeture éclair, le fis descendre sur ses genoux. En revoyant sa queue cachée dans son petit caleçon bleu, je fus presque malade d'amour, le caressant et l'embrassant à travers le léger coton qui l'enveloppait. Puis son caleçon tomba et je la frottais avec ma paume. Je le connaissais si bien, ce manche épais, bref et parcouru de veines. Je le soupesais avec ma langue, le pris dans ma bouche, son gland carré venant s'appuyer à mon palais et se poussant dans ma gorge. Puis je le libérai, passai derrière lui, écartai ses fesses, y collai mon visage et léchai sa fente noire, lisse et imberbe, enduisis de salive son trou du cul et y glissai un doigt, puis deux, puis trois. De longues convulsions le parcoururent...>> (j'ai reproduit la traduction de 1991, je n'ai pas trouvé la nouvelle traduction révolutionnaire, sinon qu'elle apporte une plus grande fluidité dans la lecture).

J'ai découvert ce livre lors de sa première édition chez Christian Bourgois. J'avais à l'époque été attiré par le titre, les piscines et les bibliothèques faisant parti de mes lieux de prédilection; ceci ce titre demande quelques explications: Comme c'est relaté au début du chapitre 7, dans la public school que fréquente William, les préfets qui sont les élèves à qui l'on donne certaines responsabilités dans l'organisation de l'établissement, étaient connus sous le nom de «bibliothécaire», à cette désignation était ajouter un terme qui indiquait la zone de responsabilité du préfet. Comme le jeune Will était un passionné de natation à l'école, l'institution lui donne ainsi la charge de la piscine. Il devient ainsi le «Piscine bibliothécaire». Son père lui écrit à cette occasion, un commentaire amusé: «vous devez me dire quel genre de livres qu'ils ont dans la Bibliothèque Piscine. Pour Will, la Bibliothèque Piscine est le terme d'argot scolaire pour désigner le vestiaire dans lequel lui et ses camarades se glissaient dans le milieu de la nuit pour se livrer à des activités sexuelles illicites.

La lecture induit à faire un parallèle entre les existences de Charles et de Will. William est né en 1958, soit un an après le rapport Wolfenden, qui a contribué à libéraliser les lois anglaises sur l'homosexualité. Il peut satisfaire ses appétits sexuels plus librement, moins secrètement qu'a pu le faire Charles tout au long de sa vie. Il a également hérité d'une certaine tradition de la culture gay. Ce sont des différences importantes. Mais Charles et William partagent de nombreuses choses, d'abord l'éducation dans les « public school ». Ils ont tous deux un appétit de luxure avec d'autres hommes, souvent leurs inférieurs sociaux. Leurs fantasmes sont à la fois pornographiques et chevaleresques. L'intention de Hollinghurst était d'explorer l'idées du vieillissement. La tension provoquée par l'opposition entre les deux styles de narration suggère ce qui a changé et a persisté à travers le XXe siècle pour les gays.

La métaphore principale du roman est le fait que les hommes nagent ensemble, donnant une image d'une communauté masculine érotisée. Le titre '' La piscine bibliothèque '' se réfère à la salle à Winchester où William et ses amis se livraient entre eux à des nuits tumultueuses de sexe.

Ce parallèle en induit un autre, cette fois purement littéraire, celui entre Hollinghurst et Proust. Il s'impose évidemment par la prégnance de l'homosexualité dans « La piscine bibliothèque » comme dans « La recherche » mais aussi en raison d'un écho qui existe entre la construction de chaque oeuvre. Par une inversion savoureuse avec « La recherche », le présent de Will dans « La piscine bibliothèque » devient pour Charles un peu son temps retrouvé. Le temps est au centre des deux oeuvres. Dans celle d'Hollinghurst est mis en exergue la façon dont le présent dévore le passé.D'autre part, tout comme chez Proust, on voit dans le roman d'Hollinghurst l'interpénétration des classes sociales.

Dés ce premier roman, Hollinghurst, à l'instar du divin Marcel, se sert de clés, mais mon imparfaite connaissance de l'Angleterre m'interdit d'ouvrir bien des serrures, certaines sont néanmoins facile à forcer comme celle du photographe Staines qui évoque beaucoup Cecil Beaton... Quant à l'écrivain Ronald Firbank qui est un personnage qui traverse le journal de Charles, il a bien existé. Cet homosexuel notoire et néanmoins maladivement timide, a publié une douzaine de courts romans entre deux séjours en Italie ou en Egypte (« La fleur foulée au pied » et « Les excentricités du cardinal Pirelli » sont trouvable en français) . Il a été tué par l'alcool en 1926, à quarante ans. Ces livres ont été loués par Forster, Waugh, Auden...

« La piscine bibliothèque Piscine » suggère le parallèle entre le désir sexuel qui est par nature la nécessité de saisir le corps d'une autre personne pour sa propre gratification avec l'acte impérialiste de la colonisation. De même, il soulève la question plus vaste de savoir si un bonheur ou bien fortune peut se produire sans la être pollué par concomitamment la déception ou la tragédie d'autrui.

Astucieusement, Hollinghurst ne juge pas ses personnages, mais révèle que tous sont pris dans une toile du désir et de l'auto-illusion. Ils sont motivés par des sentiments si mélangés qu'il leur est impossible de connaître clairement la raison de leurs actes.

Il est parfois intéressant de voir dans un livre, ce qu'il n'y a pas. Si Pérec dans « La disparition a réussi un lipogramme du E, Hollinghurst dans « La piscine bibliothèque a fait celui de la femme, pas la moindre donzelle en plus de 500 pages. La gente féminine n'y ai même pas évoqué; à croire que tout ces garçons n'ont pas eu de mère... Autre absence, l'actualité politique, on peut s'en étonner, alors que d'une part nous sommes en plein thatcherisme et que d'autre part un des livres suivant du romancier sera saturé du politique.  

Dans ce livre l'auteur aborde une problématique qu'il approfondira dans « L'enfant de l'étranger », celle de l'évolution du vécu de l'homosexualité au cours du vingtième siècle. Sur ce sujet l'auteur a semé des petits cailloux blancs pour le lecteur très observateur, par exemple en nommant Labouchere l'un des amis gays de Charles alors que ce nom est celui de l'amendement qui depuis 1885 pénalise en Angleterre l'homosexualité...

On aurait aimé passer quelques centaines de pages en compagnie du monde de Will d'autant que bien des fils de la narration restent en suspend.

 

*  Le livre est dédié à Nicholas Clark, un ami de l'auteur, qui a été parmi les premiers à mourir du SIDA en Angleterre.

Ronald Firbank dans sa jeunesse

Ronald Firbank dans sa jeunesse

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KABUKI, COSTUMES DU THÉÂTRE JAPONAIS À LA FONDATION PIERRE BERGÉ YVES SAINT LAURENT

20 Avril 2025, 07:39am

 

Disons le d'emblée mes photos, prises malgré l'interdiction, sont loin de rendre justice à la magnifique exposition Kabuki, costumes du théâtre japonais que l'on peut voir jusqu'au 15 juillet à la fondation Pierre Bergé Yves Saint Laurent. Le titre est un peu réducteur car c'est tout l'art du Kabuki que nous transmet la très belle scénographie de la manifestation. Deux films sont projetés au fil du parcours, l'un est une captation d'une pièce de Kabuki, l'autre est un documentaire sur cette pratique exigente. Si les somptueux et parfois très lourds costumes de scène constituent la plupart des pièces, on peut voir également quelques estampes anciennes représentant des acteurs. Des accessoires, boites pour perruque, nécessaire de fumeur, éventails, lanternes, paires de chaussures (geta) rendent le tout très vivant. Les cartouches explicatifs sont clairs et précis. Une fois de retour chez soi, le catalogue, joli et bien fait redouble le plaisir de l'exposition, offrant entre autres, un petit et précieux historique du kabuki.      

 

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Paris, mai 2012

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Un spectateur à Roland-Garros

20 Avril 2025, 07:36am

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Paris, juin 2008

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Une visite à l'Assemblée Nationale (3 et fin)

20 Avril 2025, 07:25am

Paris, avril 2025

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TROCA 85

20 Avril 2025, 07:20am

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Paris, Trocadéro, juillet 1985

 

 

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STREET ART SÈTOIS

20 Avril 2025, 07:17am

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Sète, France, juillet 2012

 

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Une visite à l'Assemblée Nationale (2)

19 Avril 2025, 14:39pm

Toujours dans la bibliothèque et son plafond peint par Delacroix

Dans l'hémicycle

Paris, avril 2025

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Il jouait de la contrebasse

19 Avril 2025, 14:37pm

Il jouait de la contrebasse

En photographiant ce garçon dans le métro, je pensais à une chanson, "Il jouait de la contrebasse, que chantait Georges Ulmer...

 

C'était un monsieur à la mine aigrie
Qu'était musicien dans une brasserie
Tous ses camarades étaient applaudis
Il était le seul qui restait dans l'oubli

Il jouait d' la contrebasse
Chaque jour à la même place
Tout en battant la mesure
Avec le bout d' sa chaussure

Les autres, dans chaque morceau
Jouaient des p'tits solos à part
Mais lui, c'est pas rigolo
On le laissait au rancart

Car il jouait d' la contrebasse
Chaque jour à la même place

Il aurait voulu être violoncelliste
Jouer du Chopin, du Bach ou du Litsz
Mais il n' pouvait pas changer d'instrument
Car pour se nourrir depuis bien trente-cinq ans

Il jouait d' la contrebasse
Chaque jour à la même place
Tout en battant la mesure
Avec le bout d' sa chaussure

Il se voyait Salle Gaveau
Jouant le Cygne de Saint-Saens
Toute la salle hurlait "Bravo !"
(Bravo !)
Mais juste à cet instant...

Il jouait d' la contrebasse
Et il comprenait, hélas
Qu'il finirait sa triste vie
Dans cette même brasserie

Il jouait de la contrebasse
Paris, aout 2015

Paris, aout 2015

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Le silence de Delphes de Claude Michel Cluny

19 Avril 2025, 14:32pm

Le silence de Delphes de Claude Michel Cluny

 

 

« Le silence de Delphes » est-il de « L'invention du temps », le journal littéraire de Claude Michel Cluny, le prolégomènes, l'esquisse, le long incipit ou encore le galop d'essai? Un peu tout cela, mais je dirais plutôt qu'il est d'abord le précipité d'éléments divers, maximes, portraits, réflexions sur l'Histoire ou l'actualité, récits de voyages, regard sur l'atelier du romancier et du poète...

La première note date de 1948: << On nous apprend à vivre quand la vie est passée, constate Montaigne. Parfois, je recopie ainsi des phrases ou des vers, sur des papiers qui marquent les pages dans mes livres, et puis je les perds. >> Claude Michel Cluny a 18 ans lorsqu'il écrit ces lignes. Lorsque nous refermerons le volume, 331 page plus loin, sur <<... Le suicide peut être noble. Une fois de plus, c'est la religion qui abîme tout. Une fois de plus, le vrais c'est le faux: chacun doit rester libre de son destin.>> 14 ans auront passé...

Je n'ai pas commencé la lecture de « L'invention du temps » par ce premier tome, ce que je crois était une bonne chose. Je l'ai découvert, sur les conseils d'un fin connaisseur des livres C.M.C., par une entrée plus aimable, « L'or des Dioscures » qui me semble en effet une bonne entrée pour l'oeuvre de l'écrivain.

Dans ce « Silence de Delphes », la voix de Cluny se laisse entendre moins facilement que dans la suite de son journal littéraire. Ceci d'abord en raison de l'espace de temps qui existe entre deux entrées et de la fragmentation du texte. S'il est moins captivant c'est paradoxalement en raison de sa plus grande densité. Aucun gras dans cet assemblage hétéroclite, qui pourtant trouve sa cohérence, de morceaux choisis; l'auteur ne cesse de mentionner qu'il épure ses paperolles. Contrairement à ce qui est écrit sur la couverture nous n'avons pas véritablement à faire à un journal tenu jour après jour, sur des cahiers dument numérotés mais plutôt à une suite de notes et papiers épars qui ont été ensuite été classées de manière approximativement chronologique. Le long espace de temps qui parfois sépare deux passages fait que le lecteur perd souvent le fil du quotidien du diariste, entrant de ce fait plus difficilement dans son intimité. C'est néanmoins ce que désire C.M.C. en ce début de journal qui s'avère plus pudique, mais jamais pudibond, que sa suite.

Pourtant se dessine dans ce premier tome tout ce que l'on trouvera dans les suivants; mais les choses vues sont ici, plus libérées des contingences du quotidien (et personnellement je le regrette) que dans les autres volumes. Ainsi les aphorismes dont il n'est pas avare, paraissent parfois « hors sol ». Il y a du Héraclite mâtiné de Cioran chez Cluny. Voici quelques exemples de ce pan du journal: << Nous connaissons des autres rarement moins que leurs ennuis et guère plus que leur visage.>>; << Du savoir obligé viennent les thèses; de l'étroite érudition naissent les catalogues; de la connaissance le doute.>>; << Les vices ne sont souvent que des passions ou des goûts que la majorité n'éprouve pas, donc n'approuve pas.>>;

Dans « Le silence de Delphes », C.M.C. fait plus de place que dans les autres fractions de son « Invention du temps » à deux de ses intérêts: la musique et... l'aviation. Sur ce dernier sujet, en septembre 1957, il consacre quelques lignes à l'appareil géant de Caproni, avion que l'on voit dans « Le vent se lève », le derniers film de Miyazaki.

Nous entrons également plus qu'à l'accoutumé dans l'atelier de l'écrivain. Il nous fait part de ses réflexions sur le travail du romancier. Parallèlement à la rédaction de ce journal, l'auteur écrit et fait paraître son premier roman « La balle au bond » et met en chantier le suivant « Un jeune homme de Venise ».

La plus grande surprise que j'ai eu à la lecture de ces 330 pages, c'est le peu d'évolution dans les goûts et les postures de Cluny. Il est presque le même à 18 ans que des les derniers tomes parus de son journal. On a un peu le sentiment que l'auteur était à la sortie de l'adolescence tout équipé et qu'il n'a que peu varié au cours des ans. C'est probablement l'image qu'à voulu donner de lui C.M.C dans ces écrits de jeunesse, peut être d'ailleurs inconsciemment. Il est toutefois plus sombre dans ce premier opus que dans les suivants. Cluny doute encore et a une un peu moins haute idée de lui même que celle qu'il aura dans sa maturité. Il n'a pas encore poli son hédonisme et ne sait pas encore inventer le temps; cette vertu ne vient qu'avec les années quand on prend conscience de la fin du chemin...

On aurait aimé que ce grand lecteur nous parle plus de ses lectures d'adolescence. Mais le peu qu'il en confesse est assez surprenant. Déjà toute la singularité de cet homme est là. Il cite André Fraigneau pour « Le livre de raison d'un roi fou », un auteur bien peu en vogue (malheureusement) au début des années 50. Encore plus étonnant, il dévore les romans de Gustave Aymard et tout à fait extravagant « Le péril jaune » du colonel Danrit (A ce propos si ce volume s'empoussière dans votre bibliothèque et que vous voulez me le vendre à vil prix ou mieux encore en faire un don à ce blog nécessiteux, ne vous gênez pas.). Plus conforme à ce que sera sa future oeuvre, il découvre Max Jacob qu'il trouve « épatant ». Le 26 décembre 1956, C.M.C. écrit: << Je n'avais jamais entendu parler de Virginia Woolf, pas d'avantage de cette dame au nom bizarre qui avait traduit « Les vagues », Marguerite Yourcenar. Je me mis à lire par cette après midi de liberté. Et je reçus le même éblouissement que lorsque j'avais, des années plus tôt découvert les pages « choisies » de Proust... >>, voilà qui en dit long sur les notoriétés littéraires en France au milieu des années 50... On le voit également lire le journal de Gide et celui de Julien Green avec lequel ce « Silence de Delphes » a quelques parentés. De même il lit un récit de voyage de Paul Morand, écrivain qui me semble être la grande influence souterraine de Claude Michel Cluny.

Ce premier volume, comme les autres, ne nous renseigne guère sur les détails biographiques de son auteur. On les apprend, toujours presque en contrebande et très souvent à contre temps; c'est aussi un des charmes de la lecture de « L'invention du temps ». Ainsi par exemple dans « Le passé nous attend » il décrit assez précisément (ce qui est rare pour ce genre d'épisode chez lui) une aventure érotique qu'il a eu avec un de ses camarades. Il a alors une vingtaine d'années, pourtant il n'en est pas question dans « Le silence de Delphes. Ces récits différés sont le coté proustien de Cluny...

On voit le jeune homme hésiter à devenir peintre ou écrivain (il s'adonne en particulier à l'aquarelle. J'aimerais beaucoup voir ces travaux. Mais il est à craindre que C.M.C les ait détruit, comme il dit détruire la plupart de ce qu'il écrit). Ses goûts artistiques en matière de peinture sont déjà bien affirmés: << Bernard Buffet, peintre au charbon de boid. Il aurait pu inventer le gazogène.>>.

Dans les premières années de ce journal, il habite alors vraisemblablement Pontoise chez ses parents; ceux-ci seront encore vivants à la dernière page du volume. C'est dans cette banlieue parisienne que lycéen, il connait une grande histoire d'amour avec un autre garçon. Il n'oubliera jamais cette expérience, pas plus que son initiation sexuelle avec un jeune soldat allemand; épisode qu'il contera magnifiquement dans « Sous le signe de Mars » qui paraît la même année, 2002, que « Le silence de Delphes ». Si par la suite, il réside à Paris, il semble, entre deux voyages, revenir régulièrement dans la maison de son adolescence. On ne connaitra pas non plus clairement la source de ses revenus, sinon que son gagne pain qu'il dit être mal payé lui mange les deux tiers de son temps. On comprend qu'il oeuvre à la radio nationale et collabore à la Nouvelle Revue Française.

Ces deux activités lui font rencontrer des gens plus ou moins illustres. Ainsi on peut constater que même à ses débuts C.M.C. possède l'art du portrait incisif: << J'envoie à Robert Kanters une pincée de papiers, de petits textes acides, et dix jours plus tard je suis reçu dans un entresol du début de la rue de Grenelle, pratiquement sans meubles, par un gros homme, court et blafard, que je suspecte d'être nu sous une robe de chambre pas moins luisante que son visage (…) il porte ce qu'il veut lire de ses yeux noisette, globuleux et rougis. Entre alors, sortant d'une autre pièce, un garçon qui s'approche pour prendre congé, un livre à la main: « Je peux emporter celui-là -Bah, ce n'est pas un mauvais choix » dit Kanters. Il passe la main sous le pull noir du garçon: « Et tu es nu là-dessous! ». Exit l'éphèbe (…) Kanters parle d'une voix de gorge et se rengorge toujours en parlant mais, dès qu'il ne se surveille pas, dérape dans l'acidité.>> (étrange destiné pour Kanters, critique littéraire et dramatique, jadis redouté, qui aujourd'hui ne survit que par des portraits à charge d'un Claude Michel Cluny, d'un Paul Morand ou d'un Matthieu Galey quand il n'est pas devenu un pitoyable personnage de roman chez Angelo Rinaldi. Kanters, cet ectoplasme des lettres à son corps défendant aura été la proies des plus grands portraitistes littéraires de la seconde moitié du XX ème siècle. Ce qui à bien considérer est une chance inespérée pour sa postérité...). Le 18 janvier 1957, C.M.C. rencontre Montherlant: << Ce matin, Montherlant. Rougeaud (le froid?), virant à la violine d'évêque; masse brute, costume mal coupé, genre sous directeur de banque de province. Il doit s'en foutre, je pense. Une absence de grandeur dans l'allure, ou une absence d'allure dans la grandeur? Encore faut-il savoir qu'il est Henry de Montherlant. Direct, rugueux et carré, tassé. L'air prêt à foncer, tête baissée, sur des barrières dont il croit qu'elles sont encore debout, à la manière d'un rhinocéros irascible. Le peu qu'il voit du monde lui suffit pour le mépriser, le rejeter de son front terreux, large et buté.>>. Il croise Klossowski: << Klossowski. L'air d'un rat trottinant ensaché dans un cache-poussière. Oeil torve et bouche pincée sur des concupiscences de sacristain. Ce qu'il écrit est barbifiant au possible.>>.

Déjà Claude Michel Cluny nous emmène en voyage, l'Italie, l'Espagne, l'ex Yougoslavie et les pays scandinave autant de lieux qui lui permettent d'exercer son grand talent d'écrivain paysagiste. Un exemple qui me fait constater que je suis encore arrivé trop tard: << Dubrovnik? Une Saint-Malo vénitienne. Magnifique. La plus ancienne pharmacie d'Europe (…) un ou deux gigolos attendent, sur les marche de l'embarcadère, les touristes amateurs. L'un d'eux, très beau et nu dans un slip à mailles, s'allonge avec des poses lascives; on se dit qu'il offre les fruit de l'amour comme d'autres, à l'étal du marché, des mandarines dans un filet. >>. Ceci c'était en 1960. Quand j'ai découvert Dubrovnik en 1976, la pharmacie était toujours là mais pas de fruits de l'amour dans son filet, pas plus qu'à mon dernier passage en 2012...

L'Histoire et l'actualité lui inspirent des notes aussi justes que le plus souvent amères: << La révolution: décapiter les élites – ne jamais oublier ça. De toute façon, la bourgeoisie qui a ramassé la mise des mains du corse, qui l'avait ravie à de la canaille, ouvre ensuite la porte pour le triomphe de la philippardise.>>.

 

Délos, juin 2014

Délos, juin 2014

Parmi bien d'autres talents Claude Michel Cluny à celui du sens des titre, titre qui sont toujours un peu énigmatiques. Page 238, il explicite celui-ci: << A Délos, dans l'incendie de lumière immobile, c'est encore le silence de Delphes que j'entendais, la parole enfouie dans la bouche du temps, et nulle autre à attendre d'une humanité qui a renié l'unique état de grâce de l'occident. Et le verbe est déraciné.>>.

 

Délos, juin 2014

Délos, juin 2014

Après avoir lu « L'or des Dioscures » et si possible aussi « Sous le signe de Mars » emparez vous de ce « Silence de Delphes » car ce n'est pas tous les jours que l'on assiste à la naissance d'une pensée libre. 

P.S. Comme à chaque fois après la lecture d'un journal intime, et particulièrement celui de Claude Michel Cluny, j'aimerai en savoir plus. Que sont devenu les Dioscures par exemple et les nombreuses personnes, pas touours célèbres, qui passent dans cette invention du temps. J'ai aussi envie de mettre une image sur les noms et parfois des nom sur des amis de C.M.C dont il n'a pas voulu révéler l'identité... Il y a très peu d'images disponible de Claude Michel Cluny qui semblait en délicatesse avec la photographie... Alors vous qui passez sur ce blog, je serais heureux si vous apportiez votre témoignage en mots ou en images...

 

 

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