La première exposition de la Maison de l'histoire de France (qui risque, au train où vont les choses, d'être la seule) est une belle réussite. Elle présente seize plans-reliefs de villes. Ils proviennent des réserves du musée des Invalides. Ils font partie des 260 plans en relief, dont il demeure une centaine. Ils ont été réalisés entre 1668 et 1873. En 1668, Louvois, ministre de la guerre de Louis XIV passe commande du plan relief de Dunkerque. Cette commande fera école jusqu'à l'époque de Napoléon III. Les villes ainsi transformées en maquette au 1/600 ou au 1/400, sont essentiellement des cités fortifiées qui sont situées aux frontières de la France, parfois ce sont des conquêtes récentes. Certaines ne sont plus aujourd'hui dans le territoire nationale. Ces maquettes permettaient de voir les points faibles des défenses des villes et ainsi de les renforcer. Elles nous racontent deux siècles d'architecture militaire.
On est éberlué par la qualité d'exécution de ces objets qui en fait des oeuvres d'art. L'équipe qui s'attelait à leur élaboration ne semblait pas avoir de limites dans la reproduction des détails, par exemple y sont figurées les cabanes de jardin dans une propriété! Pour une fois la maniaquerie militaire a eu du bon car si elle n'a pas beaucoup fait avancer, par sa soif absurde de détails, l'efficacité des fortifications, elle a légué à la postérité ces merveilles.
Avant de fabriquer la maquette on envoyait des ingénieurs militaires et des topographes faire des relevés précis mais aussi des dessins des façades des bâtiments bordant les rues, ainsi il ne manque pas une fenêtre aux maisons. En témoignent quelques reproductions, trop rares à mon goût, de ces travaux préparatoires. On voit même des aquarelles faites avec beaucoup de talent destinées à renseigner les artisans qui vont fabriquer les plan-relief sur la couleur par exemple des montagnes. On leur fournissait également des échantillons de terre! Sont figurées avec beaucoup de minutie les cultures, il ne manque pas un cep de vigne, car celles-ci pouvaient aider l'ennemi à tenir le siège.
On peut voir les plans-reliefs des villes suivantes: Fort-Barraux, Montmélian, Exilles, Fenestrelle, Embrun, Grenoble, Briançon, Mont-Dauphin, Besançon, Neuf-Brisach, Strasbourg, Luxembourg, Berg-op-Zoom, Saint-Omer, Cherbourg et Brest.
Les plans sont composés de tables en bois de chêne qui s'ajustent comme un puzzle. Des lames de bois, de différentes épaisseurs, restituent les accidents du relief, qui est ensuite affiné à l'aide de papier mâché. L'eau est figurée par des aplats de peinture à l'huile. La surface des sols est obtenue par pulvérisation de sable fin sur un lit de colle. Pour la végétation a été utilisée de la soie, finement hachée pour les prairies ou en fines chenilles enroulées autour de fils de fer pour les arbres et autres bouchures. Les maisons sont taillées dans du bois de tilleul. A l'entrée de l'exposition on voit dans une vitrine, burins et emporte-pièces nécessaires pour ces opérations de sculpture. Chaque maison est ensuite peinte ou recouverte de papier gravé. Afin que les raccords entre les tables ne soient pas trop visibles, les contours des différentes tables épousent les lignes des éléments paysagers, routes, rivières...
Certains plans comme celui de Strasbourg a été actualisé jusqu'en 1870. On y voit la gare... Certaines "miniatures" sont immense, celle de Cherbourg fait 160 m2.
On est particulièrement ému devant les représentationss de villes presque complètement détruites lors de la seconde guerre mondiale comme Cherbourg et Brest. Au niveau de ces villes l'exposition est sonorisée par des bruits de bombardement. Sur un écran sont projetées des images d'avions pilonant la ville.
Un système de miroirs et de passerelles, des longues vues permettent une vision globale et en détail des plans. Les cartels qui racontent l'histoire des plans et par la même occasion celle des villes et des guerres qui ont amené à ces fortifications, sont clairs et concis. Lors du vernissage les photographies étaient autorisées, j'espère qu'il en sera de même ensuite. La boutique vend de beaux catalogues et de jolies cartes postales.
avec: Grégoire Colin, Michel Subor, Denis Lavant, Nicolas Duvauchelle, Dan Herzberg, Gianfranco Poddighe...
Résumé
Djibouti, an 2000, l’adjudant-chef Galoup mène ses légionnaires avec enthousiasme sous l’oeil bienveillant du capitaine Forrestier. Débarque une nouvelle recrue, le jeune et mystérieux Sentain... Cette aventure, au sens premier du terme, s’inscrit dans le récit au passé par l’intermédiaire du journal intime de Galoup, exilé à Marseille, exclu de la légion à cause d’une faute de commandement, une désobéissance qui a consisté à mettre en danger le soldat Gilles Sentain. Le film raconte cette histoire.
L’eden perdu prend le visage de la légion, mais c’est aussi celui de la jeunesse, et de la beauté forcément égoïste, aveugle et tentatrice. La beauté comme la jeunesse sont des utopies, des lieux qui n’existent que dans un autre temps, une autre configuration. Elles ne prennent corps que parce qu’elle sont à jamais inatteignable et que leur perte est une souffrance inextinguible. Elles manquent et sont recomposées sans fin par le travail masochiste de la mémoire. Ces carnets sont lus en voix off par le sous officier qui se projette ainsi en quelque sorte le film de sa déchéance. Cette voix est presque la seule que l’on entend, tant rares sont les dialogues.
L’avis critique
Beau travail demande au spectateur un petit effort pour s’immerger dans ce film presque muet aux somptueuses et hypnotiques images, mais il sera récompensé de sa peine. Le scénario est la transposition très libre par Claire Denis et Jean Pol Fargeau du Billy Bud (Gallimard) de Melville, de nos jours, dans le milieu de la Légion Etrangère à Djibouti. C’est un retour aux sources pour claire Denis avec ce film, situé sur le sol africain, territoire de son premier long métrage: Chocolat en 1988. La référence au roman est renforcée par l’utilisation, comme musique du film, d’extraits de Billy Bud, l’opéra de Britten (livret de E.. M Foster). On reconnaît sans peine les homologues des personnage du roman de Melville. Le capitaine Vere devient Bruno Forestier (Michel Subor), paternel mais inflexible. Claggart se transforme en Galoup (Denis Lavant), persuadé que dans chacun est tapi le mal, jaloux et amoureux(?) de Billy Bud, ici le soldat Gilles Sentain. Claire Denis n’est pas avare de références. Comme le clin d’oeil cinématographique qui ressuscite le personnage disparu du Petit soldat en donnant à Michel Subor le même patronyme qu’il avait dans le film de Godard. Ainsi le rôle est lesté de toute la mémoire de la guerre d’Algérie. Le petit soldat godardien a pris du galon, il est devenu commandant. Le sous texte se fait parfois un peu pesant: le nom du soldat: Sentain... Dans ce miroir sans tain (Lacan à nous!!), à moins que ce soit une allusion à François Sentein, le "découvreur" de Jean Genet.
Galoup projette ses fantasmes et frustrations jusqu’à la folie. L’interprétation de Grégoire Colin est parfaite, comme toujours. Mais contrairement à la description du personnage qu’en fait Melville, il a plus de sensualité que d’Angélisme; ce qui modifie le regard que l’on porte sur les personnages par rapport à ceux du roman. On peut penser que Galoup a été jadis, un peu comme sentain l’est aujourd’hui, le favori de Forrestier et que sa haine pour le garçon vient qu’il ne veut pas partager “son” capitaine avec lui; mais aussi que le garçon est le révélateur de son vieillissement, qui aura comme corollaire inexorable son exclusion de sa seule famille: la légion.
Toute la distribution est remarquable et l’on a la joie de revoir deux grands acteurs: Denis Lavant et surtout Michel Subor bien trop rare sur les écrans (il est le méchant homo dans Le Rebelle de Gérard Blain). Mais je voudrais revenir plus particulièrement sur Grégoire Colin.
Grégoire Colin est doublement un cas rare dans le cinéma. En effet bien peu d’acteurs ayant commencés leur carrière pré-adolescent sont toujours devant les caméras dix ans après. Il est encore plus rare qu’un acteur soit érotisé dès son premier rôle important (il était déjà apparu dans Le silence d’ailleurs de Mouyal l’année précédente) et cela pré-adolescent en 1991 dans L’année de l’éveil. Dans lequel à 14 ans il aguichait son moniteur de sport et se faisait déniaiser par la femme de celui-ci. La même année, on le retrouvait avec plaisir dans Olivier, Olivier d’Agnieszka Holland, en ancien prostitué qui se faisait passer auprès d’une famille pour leur fils, disparu des années auparavant. Puis ce sera entre autres La reine Margot, Pas très catholique, Le fils de Gascogne dans lesquels son potentiel érotique était mis sous le boisseau. En 1995 Grégoire Colin affolait déjà un militaire dans Fiesta de Boutron (adapté du beau livre éponyme de José Luis de Villalonga, en la personne de Jean-Louis Trintignant qui chargeait beaucoup son rôle de vielle ganache franquiste et pédéraste. Il était toujours aussi sensuel en frère, presque incestueux, dans Nénette et Boni ou dans La vie rêvée des anges et bien sur dans le Sade de Benoît Jacquot. Depuis toujours sur les écrans il a joué dans des films moins exposés comme en 2002 l’intéressant La guerre à Paris de Yolande Zauberman.
Beau travail étant une sorte de ballet cinématographique, Claire Denis a mis à contribution le chorégraphe Bernard Montet qui a composé son “peloton” d’une hétérogénéité comparable à celle de la légion. Il y a des acteurs, des danseurs, un chanteur d’opéra adepte des arts martiaux et des hommes qui n’avaient jamais eu de contact avec le cinéma ou le monde du spectacle auparavant. Leurs origines ethniques sont elles aussi des plus diverses. Il y a des arabes, des français, des africains, un grec, deux italiens, un russe, un asiatique... Cette quinzaine d’acteurs constitue en quelque sorte la troupe du film.
La réalisatrice a construit tout son film sur un matériau que la plupart des cinéastes jugeraient trop ténu: gestes fugitifs, petits moments arrachés au temps, échappant presque entièrement à l’intrigue.
La première grande idée du film est d’avoir trouvé un équivalent parfaitement melvillien à l’océan dans les paysages désertiques de sable, de roc et de sel de la Corne de l’Afrique, magnifiquement photographiés par Agnes Godard, déjà responsable de la photographie de J’ai pas sommeil, sans doute le plus grand chef opérateur du cinéma français d’aujourd’hui. Elle a reçu le César 2001 de la meilleure photo pour le film. La minéralité tranchante de ces paysages forme un contraste saisissant avec les corps a demi-nus des hommes offerts dans toute leur sensualité. Jamais au cinéma depuis Leni Riefenstahl et Murnau le culte du corps masculin n’avait été porté aussi haut. L’homosexualité latente est omniprésente; en cela Beau travail est fidèle à l’esprit de l’oeuvre de Melville dont elle irrigue toute l’oeuvre.
La seconde est d’avoir fait du film un ballet en demandant à un chorégraphe, Bernardo Montet, d’en quelque sorte co-diriger le film. La caméra caresse les légionnaires lors de "danses", où l’expression corporelle remplace les dialogues. Le désir ne s’exprime que par demi-mots, que par des regards volés à une hiérarchie militaire implacable; ce qui donne une espèce de ciné-poème sorti d’un carton à dessins ou d’un carnet de croquis, où les mots, les rythmes et les corps concourent à une sorte d’harmonie érotique. Beau Travail est avant tout une promenade sensuelle sur les corps de ces hommes éperdus d’ennui dans une lumière omniprésente et changeantes. L'entraînement militaire se transforme en danse contemporaine, illustrant le désir homosexuel. On peut regretté que, contrairement à Tabou d’Oshima, avec lequel Beau travail partage bon nombre de thèmes et de partis pris esthétiques, le film reste du côté de la contemplation, du désir, du non-dit, du non résolu. Contrairement au film japonais qui aborde l'homosexualité frontalement en la considérant de manière à la fois franche, ironique et tragique. Beau Travail ne franchit jamais le seuil de l'explicite et de l'avoué. Le film est aussi consumé par l’espace dans une sorte d’extase sereine: chaque corps, animé ou non, chaque image de ciel, chaque centimètre carré de terre brûlée de soleil y prend une étonnante densité. Claire Denis sait ce qu'il y a montrer (ou pas). C’est finement ciselée, polie par la précision des cadrages, des mises en scène. Dans l’enchevêtrement des monologues si bref, on pense souvent à des aphorismes, à des haikus tragiques. Il y a même des passages mystiques avec un zeste de kitshissime géographique...
Le film adopte le point de vue même de la légion, qui se vit comme une sorte de cocon. Hommes, veufs de la guerre, qui évoluent en marge du monde colonial qu’ils côtoient quotidiennement, mais qui ont perdu leur utilité et leur identité. Tout conduit au complet abandon physique qui conclut Beau travail.
Le film est a l’origine une commande d’Arte initiée par Pierre Chevalier, alors responsable des fictions de la chaîne. Claire Denis n’a reçu aucune aide de la Légion, bien au contraire. Notamment parce que dés l’arrivée de l’équipe à Djibouti une rumeur a couru que le film serait un porno pédé! Dans la Légion la terreur paranoïaque de l’homosexualité est très présente et d’une grande violence. La plus grande injure du légionnaire est schmoul, c’est-à-dire pédé!
France Télévision a édité le dvd avec en bonus le commentaire de Claire Denis, Denis Lavant et Bernard Montet.
Robert Bliss est né le 30 Octobre 1925 à Newton dans le Massachusetts.Il a fréquenté le Bowdoin College dans le Maine.
Il est devenu, très jeune, un protégé d'Andrew Wyeth qui l'a désigné comme l'un des jeunes artistes les plus prometteurs dans un article du Time sur les artistes de demain.
Il a effectué son service militaire pendant la Seconde Guerre mondiale.A cette époque, il a commencé à réaliser ses premières peintures figuratives, qui ont été des auto-portraits.
Après sa libération des obligations militaires, Robert Bliss a étudié la peinture à l'École du Musée des Beaux-Arts de Boston puis avec Carolyn Wyeth à Chadds Ford en Pennsylvanie.
En 1951, il devient professeur d'art et directeur de galerie à la Deerfield Academy, Deerfield dans le Massachusetts, une école très chic rassemblant l'élite de la jeunesse locale. Bliss a laissé entendre qu'il aurait été "invité" à démissioner de son poste en 1963.
Après son départ de Deerfeld, il s'installe à Hull, dans le Massachusetts, où il se lia d'amitié et a étudié avec l'artiste Samuel Rose (1941-2008). C'est dans les premières années à Hull qu'il a peint la plupart de son œuvre. Il vendait ses tableaux par l'intermédiaire de petites galeries locales et dans des boutiques de cadeaux.
Mais assez rapidement il tombe dans la dépendance de l'alcool, puis du LSD ce qui délabre sa santé. Il décéde d'une rupture d'anévrisme le 11 Janvier 1981.
Après une relative notoriété, il est tombé peu à peu dans l'oubli après sa mort. Ses oeuvre n'étaient que rarement montrées dans les institutions, comme la Fondation Forbes par exemple, qui en possèdaient.
Robert Bliss est redécouvert au début des années 2000. La cote de ses peintures, au cours de la dernière décennie a atteint les cinq chiffres en vente ublique chez Christie ou Sotheby... Le peintre aurait laissé entre 400 et 500 oeuvres principalement représentant des garçons et des paysages balnéaires et parfois mélant les deux thèmes.