EMMANUEL SUR MON LIT
La Varenne, septembre 1985
Les plus attentifs et les plus cinéphiles auront peut être reconnu Emmanuel Becquart, un des deux jeunes acteurs du Voyage à Deauville de Jacques Duron.
un regard sur les arts et les lettres
La Varenne, septembre 1985
Les plus attentifs et les plus cinéphiles auront peut être reconnu Emmanuel Becquart, un des deux jeunes acteurs du Voyage à Deauville de Jacques Duron.











Voici une exposition dans la lignée de "Rome et les barbare" au Palais Grassi à Venise, exposition, dont je vous ai parlé cet été. C'est d'ailleurs dans l'avion qui me ramenait en France que j'appris la prochaine ouverture au British Museum de cette manifestation autour d' Hadrien, qui était la raison première de mon escapade londonienne.

On retrouve à Londres le même souci pédagogique (mais les explications, cartouches et audio guide sont exclusivement en anglais) qu'à Venise et le même talent pour l'éclairage des sculptures. Si bien que l'on en redécouvre pourtant certaines déjà croisées au Musée du Louvres à Paris ou dans celui du Capitole à Rome mais où, moins artistiquement éclairées, elles se manifestent moins. La taille relativement modeste de l'exposition anglaise, contrairement à celle sur la lagune, permet d'en goûter chaque pièce jusqu'à la dernière sans être lassé.

L'exposition s'ouvre sur des fragments d'une statue monumentale trouvée il y a quelques mois en Turquie. Ci-dessus la tête, peut être la plus belle représentation connue de l'empereur. Comme pour toutes les autres pièces je n'ai eu aucun mal à les photographier, les gardiens étant fort discrets. La seule gène consistait en la foule qui se pressait autour des oeuvres. L'exposition fait courrir tout Londres. Elle se déroule dans l'ancienne salle de lecture du musée, grand espace circulaire, au centre du hall d'entrée, somptueusement réaménagée et dévolue depuis peu aux expositions temporaires.

L'exposition qui porte le titre explicite de " Life love legacy Hadrian empire and conflict, est divisée en cinq parties, Une nouvelle élite, Guerre et paix, architecture, Antinous et succession, qui toutes dialogues entre elles.
Sous le titre un peu trompeur de Nouvelle élite, car le règne d'Hadrien s'inscrit plus dans la continuité de ceux de Nerva et de Trajan qu'en rupture avec ceux-ci, on nous propose par quelques belles pièces bien choisies de nous brosser l'état de l'empire au moment où Hadrien accède à pouvoir. Nous est présenté sa parentèle ainsi que son entourage.

Buste d'Auguste

Une inscription à l'entrée nous rappelle qu'Hadrien est né en 76 ap. J. C. et qu'il régna de 117-138 sur un vaste territoire qui s'étendait de la Grande Bretagne à l'Afrique du nord et de l'Espagne au Moyen-Orient et qu'il transforma l'empire romain et laissa un legs durable. Disons le tout de suite un lecteur studieux des Mémoires d'Hadrien de Margueritte Yourcenar n'apprendra pas grand chose dans cette belle exposition mais il est passionnant, et même parfois émouvant, de voir en trois dimensions, par le biais d'oeuvres d'art exceptionnelles, les acteurs de cette épopée.
Un très bel échantillonnage des représentations de l'empereur nous est proposé, que ce soit des statues, qui montrent les différents attributs sous lesquels l'empereur était représenté, ceux du sénateur, du général ou du dieu, ou encore des pièces ou des camées.

En sénateur

En général

En dieu Mars
La section sur l'architecture est particulièrement intéressante. Hadrien est l'empereur architecte par excellence. Sont mis en scène les principales réalisations construites sous son magister, pour certaines il en dessina les plans, le mur d'Hadrien pour contenir les écossais, son tombeau et surtout son palais, la fameuse villa Hadrien dont les ruines sont à quelques kilomètres de Rome. On peut admirer dans l'exposition, une grande maquette de la villa, venue du musée de l'histoire romaine, dont je vous recommande chaudement la visite, situé à Rome dans le quartier mussolinien de l'UER à larchitecture également bien intéressante. Quelques éléments décoratifs de la villa ont été apporté sur les bords de la Tamise. En voici deux exemples ci-dessous.


Avec la partie consacrée à Antinous on peut mesurer le chemin qu'a fait la prude Albion en quelques années en ce qui concerne sa position sur l'homosexualité. Jamais je n'avais vu une exposition sur une civilisation antique mettent autant en évidence les rapports homosexuels, que l'on voit dans leur réalité la plus prosaique sur la coupe ci-dessous.

La seule petite déception vient des représentations d'Antinous qui nous sont proposées. En effet les deux plus belle celle du musée de Naple et celle de Delphe n'ont fait le voyage, pas plus que celle du Vatican. Mais peut être suis je bien difficile car celle d'Antinous en osiris est subtilement érotique.

Lorsque nous pénétrons dans la partie vouée à Antinous, nous somme accueilli par ce texte: << Nous savons peu de choses sur la vie de Sabine, l'épouse d'Hadrien (qui était la petite nièce de Trajan). Leur union semble avoir été arrangée pour des raisons politiques. Nous savons par contre qu'Hadrien avait un jeune favori grec,Antinous. Si pour les romains les relations homosexuelles n'avaient rien d'inhabituel, l'immensité du chagrin, d'Hadrien à la disparition prématuré d'Antinous fut néanmoins sans précédent.


De tous les empereurs romains, Hadrien fut celui qui organisa le mieux sa succession. A sa mort en 136 lui succéda Antonin qu'il avait lui-même désigné. Il l'avait aussi nommé tuteur de Marc Auréle et de Lucius Vérus qui devaient être tous les deux empereurs à la mort d'Antonin. Ce qui arriva. Malheureusement Marc Aurèle géronte, en 180, n'eut pas cette lucidité et laissa l'empire aux mains de Commode, qui ne le fut pas, son détestable fils. Mais si vous avez vu "Gladiateur" vous savez tout cela... Après un triste intermède de douze ans Les Sévères pour presque 50 ans offrirent à l'empire sa dernière embellie...

Lucius Verus à l'age où il fut adopté par Hadrien.

Marc Aurele à l'age où il fut adopté par Hadrien.

Paons décorant le tombeau de l'empereur

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Londres, juillet 2008, photo B.A
Choisy le roi, France, aout 1983
Le Bayon (ou Bayuan, khmer : ប្រាសាទបាយ័ន) est situé au centre de l'ancienne ville d'Angkor Thom, capitale des souverains khmers xiie siècle, au début xiiie siècle.
Prasat Bàyon fut construit, tout comme les temples Ta Prohm, Banteay Kdei ou Neak Pean, sous le règne du roi khmer Jayavarman VII adepte du bouddhisme mahāyāna, connu comme étant le dernier grand roi de l'Empire Khmer, né vers 1150 et qui régna jusqu'en 1218.
L'architecture du Bayon est de type temple-montagne tout comme le Bakong, Baphûon, Pre Rup, Ta Keoet Angkor Vat. Le temple-montagne donne une représentation symbolique du mythique Mont Meru, qui offre une visualisation terrestre des dieux, centre du monde, aussi bien dans la mythologie Hindou que Bouddhiste1.
Le style du Bayon comporte des tours de pierre symbolisant des visages monumentaux du BodhisattvaAvalokiteśvara, bouddha de la compassion ultime.
Angkor, Cambodge, février 2023
A Bruxelles, en 1942, le journal Bravo, demande à P. E. Jacobs de réaliser une Bande-dessiné dans l'esprit et la manière de Flash Gordon car l'occupant allemand a interdit de publier des bandes-dessinées américaine. Jacobs s'exécute et ainsi nait la première bande-dessinée du futur père de Blake et Mortimer: Le rayon U qui est donc un pastiche de flasg Gordon. Comme le Rayon U parait une page à la fois. On a demandé à Jacobs qu'il y ai un suspense dans chaque dernière case d'une page. En raison de cette contrainte il a du inventer les péripétie les plus gratuite et rocambolesque, au point que Jacobs a fini par perdre le fil de son histoire mais à la fin le contrat était tout de même rempli.
En 2022 soit 80 ans après la première planche du "Rayon U" Van Hame à l'extravagante idée dans écrire la suite en faisant comme ci cette suite avait été écrite en 1943. La flèche ardente est ainsi un pastiche de pastiche. Avec au dessin Christian Cailleaux et Étienne Schréder qui ont parfaitement joué le jeu.
On y retrouve l’infâme empereur d’Austradie, Babylos III, réplique du Ming de Flash Gordon, qui ordonne l’invasion des Îles Noires par général Robioff, son chef des armées. L’objectif est de s’emparer des ressources d’uradium qui s’y cachent pour confectionner le "Rayon U" qui sera une arme de destruction massive et donnerait une vistoire totale de l'Austradie. Le parallèle entre la course que se faisaient durant la Seconde Guerre mondiale d'un coté les signataires de l’axe (Allemagne, Italie, Japon...) et de l'autre les américains pour maîtriser la bombe atomique, est parfaitement évident.
Le résultat est kitsch. D'autant que Le Rayon U était déjà désuet à l’époque de sa création. Une SF antimoderne très inspiré de la Science-fiction de la fin du XIXème siècle. Le décor mele un univers mi-futuriste mi-"retro atlantide" avec les Iles Noires mixant le monde Aztèque et l'îles de Pâques. Van Hamme dans son scénario n'a rien oublié dans La Flèche ardente on a droit à une guerres entre deux société, les volcans en éruption, des animaux préhistoriques, des cités souterraines... le tout agrémenté de mésaventures sentimentales. Dans les interview le scénariste dit qu'il s'est beaucoup amusé, cela se sent mais le lecteur d'aujourd'hui s'amusera moins que le scénariste ne pouvant plus avoir la naiveté (supposée) du lecteur de 1942, il sera incapable de lire cette histoire au premier degré. Il s'amusera donc que s'il a bien conscience qu'il est devant un pastiche et aussi faudra-t-il qu'il ait lu auparavant le Rayon U.
Naples, aout 1985
La Varenne, septembre 1985
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GayHF.com
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Le Centre Georges Pompidou s’honore à juste titre de rendre un hommage à un artiste vivant, mais cette exception devrait être la règle, en espèce à Jacques Villeglé, né en 1923. Villeglé s’exprime en décollant des affiches lacérées sans autre intervention de sa part, même s’il avoue avoir donné quelques “coups de pouces” par ci par la, pour rendre plus belle ou plus intelligible quelques unes de ses oeuvres. Celles-ci se composent toujours d’affiches de différentes tailles, collées les unes sur les autres et dont les nombreuses déchirures font apparaître les affiches en dessous de celles immédiatement visibles. Ces couches sont ensuite maroufler sur toile.
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L’art de Villeglé est un art de chasseur d’images qui s’apparente à celui du photographe. L’artiste n’invente pas une image mais s’empare de celles qui lui sont proposées et qu’il découvre lors de ses errances urbaines, fruits de multiples interventions avant la sienne, sans les modifier sinon en les sortant du contexte qui les ont vue naître. Il les décolle pour les fixer sur une toile. Cette dernière opération s’ appelle le marouflage.
Les habitués du blog auront sans doute croisé dans ces page ce que je nomme, avec impudence, des hommages à Villeglé lorsque je cadre puis photographie un rectangle d’affiche qui m’a séduit, c’est donc avec beaucoup d’enthousiasme que j’ai abordé la rétrospective d’un des artistes qui m’aura le plus façonné l’oeil.
On peut constater aussi comme dans l'exemple immédiatement ci-dessous que l'artiste sait faire passer toujours avec humour sa sensibilité politique...


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Il est dommage que les commissaires de cette exposition, comme ceux de presque toutes, se sentent obligé de faire un accrochage thématique à la place d’une simple installation chronologique. En grande partie parce que une disposition thématique est plus valorisante pour leur ego et aussi sans doute parce qu’ils jugent les visiteurs incapable de faire la démarche de synthèse que nécessite une présentation chronologique, sans oublier que cette dernière demande des talents d’accrocheur bien supérieur à une installation thématique. Une chance pour Villeglé le thématique épouse presque toujours le chronologique.
La visite de l’exposition est autant une plongée dans l’art de la deuxième moitié du XX ème siècle que dans l’histoire, la sociologie, l’esthétique urbaine, la politique en France (mais pas seulement) de cette même période.

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Avec la première période, l’immédiate après guerre, on s’aperçoit combien la lettre dominait plus nos murs que l’image. Cette réalité est encore renforcée par l’influence qu’avait à ce moment là sur l’artiste, à la fois le lettrisme et les collages surréalistes. C’est par ces entrelacs de fragments de caractères que commence l’exposition.

Le décollage ci dessus, m'a rappelé les affiches de cinéma de mon enfance. Elle étaient invariablement comme celles-ci rouges et bleues et tout aussi invariablement collées sous le pont de chemin de fer. Elles étaient collée chaque mercredi et étaient grosses, pour moi de plaisirs futurs et d'espoir que l'on memmènerait voir le film convoité, presque toujours à la première séance du dimanche après-midi...
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Puis les grandes surfaces colorées apparaissent avec leurs déchirures comme des fenêtres sur le monde. Cette esthétique ne fut possible que jusqu’au début des années 60 lorsque les affiches étaient collées sur de grandes bandes de couleur unie qui ainsi formaient le pourtour de l’affiche.

Certaines pièces au contraire ne sont que juxtaposition d'une multitude de déchiquetis minuscules qui de loin évoque la matière d'une toile de Leroy et dont aucune forme n'émerge.



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La section suivante voit apparaître la figure à la fois sous l’inffluence du pop art, j’ai immédiatement pensé aux oeuvres de Richard Hamilton, et en réaction aux critiques d’alors qui ne voyaient dans les travaux de Villeglé qu’une variation abstraite des collages cubistes. Par ces travaux il est proche de son confrère italien Rotella.
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Il me semble que c’est la décennie 60 qui donne les plus belles oeuvres, d’abord parce que l’affiche est encore principalement à base de dessins et non de photographies et que c’est cette période qui verra le plus pulluler l’affichage sauvage nourri autant par l’ émergence de la société de consommation que par les luttes politiques. Mais peut être aussi l’intérèt que je porte aux lacération de cette période vient de la recherche d’images jadis familières et oubliées depuis et qui resurgissent à l’occasion de cette belle exposition qui parlera à la mémoire de chacun en ressuscitant noms et formes qui étaient enfouis dans notre mémoire. Cette “comédie urbaine”, sous titre de la rétrospective invite plus à la nostalgie qu’au rire...

Nostalgie de mes années à l'école primaire dont le souvenir a surgi lorsque je fus face au marouflage ci-dessus. L'image du bambin rose et souriant étant celle des timbres que l'école laique nous faisait vendre de porte à porte, l'argent de ce colportage étant destinée à offrir des vacances au bon air à des enfants deshérités. Mais comme j'étais trop timide, comme la plupart de mes camarades, pour quémander c'est ma famille qui payait la totalité du carnet de timbres... Vous en souvenez vous?
Le passé resurgit avec encore plus de vigueur dans la salle vouée à l’affichage politique. Villeglé s’est intéressé autant à celles des élections nationales, ou se rapportant à la politique gouvernementale qu’aux placard locaux parfois clochemerlesque. Et l’on a la surprise de voir réapparaître des nom de bateleur des estrades hier fameux, aujourd’hui oublié de tous sinon de leur famille. L’oeuvre de Villeglé devrait être une leçon pour nos sémillants hommes politiques de tous les bord et leur rappeler que leur gloire médiatique est bien éphémère. Cette partie de l’exposition est un magistral rappel de l’histoire politique de la France sur plus d’un demi siècle. La profusion de matière pour Villeglé se tarira avec au milieu des années 80 la loi Rocard qui interdit l’affichage politique sauvage. Mais auparavant l’intrusion du bombage aura enrichi l’affiche politique d’ajouts critiques souvent vengeurs.


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L’art de Villeglé est un art du flâneur qui fait son miel de tous les impondérables et fait fructifier les accident de la nature sur l’humble matière de l’artiste que sont les affiches. Ainsi la pluie à la longue peut créer des transparences qui laissent apercevoir d’autres images ou un décollage peut laisser une fine pellicule de colle sur les affiches sous-jacentes, atténuant les teintes et donnant à l’ensemble un aspect vaporeux.
Le cueilleur d’images doit être chanceux. Villeglé le fut lorsqu’il rencontra les affiches annonçant l’exposition sur L’Hourloupe de Jean Dubuffet en 1975 au Centre National d’Art Contemporain. L’hourloupe est le nom de la série d’ oeuvre de Dubuffet qui se caractérise par de grands aplats dans trois couleurs blanc, bleu et rouge. La collecte de ces images de l’hourloupe fut une des plus fructueuse. Elle témoignait aussi de la présence des artistes dans l’espace urbain à la fin du XX ème siècle.


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Au début des année 90 la réglementation de l’affichage fait que Villeglé ne trouve plus sa matière première sur les murs de Paris. Il se tourne vers la province comme il l’explique: << Dans les années 1980, l’affichage sauvage ayant fortement concurrencé l’affichage professionnel, les afficheurs ont fait cause commune avec les édiles pour que les lois soient appliquées dans la capitale. Ma décentralisation se systématisa donc à partir de 1991. C’est en 1997 qu’est créé l’Atelier d’Aquitaine, une structure informelle qui aide Villeglé pour l’arrachage des affiches car il faut beaucoup de forces pour cette opération. Il n’y a qu’à essayer pour s’en convaincre et notre artiste n’est plus tout jeune. La petite équipe écumera diverses villes de France et poussera même jusqu’à Barcelone. On s’aperçoit que la plupart des visuels collectés dans cette période se rapporte à des groupes musicaux qui sont les principaux pourvoyeurs de l’affichage sauvage. Je dois dire que c’est la partie du travail de Villeglé qui me parle le moins, la photo ayant presque partout remplacé le graphisme et aussi sans doute parce que je suis peu amateur de ce genre de musique, mais pour un autre visiteur, il se peut que ce soit cette salle, la 9, qu’il préfère. En 2003 l’équipe ira jusqu’à Buenos Aires pour une dernière campagne d’arrachage d’affiches lacérées. Villeglé se consacre désormais presque exclusivement au graphisme socio-politique. Cette partie de son oeuvre est également présente au Centre Pompidou.


Villeglé a fort malicieusement intitulé l'arrachage ci-dessus "La sainte famille".
Avec l’exposition Villeglé, pour peu qu’il ait arpenté, ou habité, Paris ou une grande ville française, chaque visiteur se transformera en archéologue de sa propre vie.
Un morceau d’une image publicitaire vous fera vous souvenir du dessin du tout, qui vous rappellera une marque, qui vous mettra en tête la musique de la réclame de cette firme que vous entendiez à la radio, qui vous fera vous remémorer vos amours, vos espoirs ou vos dépits d’alors. Vous aurez voyagez, presque toujours vers le meilleur, car la mémoire bonne fille retient rarement le pire, bien loin de ce morceau d’illustration murale devant lequel vous êtes resté planter beaucoup plus longtemps que vous ne l’imaginez.
Et puis vous vous avancerez vers le petit cartouche qui sous chaque oeuvre indique la rue et la date à laquelle elle a été prélevé et vous repartirez vers une nouvelle errance dans vos souvenirs. Probablement, comme moi, vous vous demanderez, où étiez vous ce jour là, avec qui, peut être même que vous vous souviendrez d’être passé par là, un peu plus tôt ou un peu plus tard que le cueilleur d’affiches...
Il ne faut pas manquer le petit film, projeté à la fin de l’exposition, dans lequel Jacques Villeglé explique avec beaucoup de modestie et de précision sa pratique. J’ai surtout retenu de ce documentaire l’image de ce petit homme cheminant de par les rues, ployant sous le fardeau de l’énorme rouleau d’affiches qu’il venait de décollé et qu’il avait mis à grand peine sur son épaule.
J’aimerai qu’il sache que ses efforts et l’acuité de sa perception du monde m’ont apporté bien du bonheur et cela depuis longtemps, bien avant cette rétrospective que j’attendais depuis longtemps, et qui n’a qu’un seul défaut: être trop courte.

Paris, octobre 2008