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SIMON WERNER A DISPARU DE FABRICE GOBERT

28 Avril 2025, 06:49am

 

 

Il ne manque que peu de chose à Fabrice Gobert pour être un très bon cinéaste, peut être juste de connaitre un peu mieux la géographie et de maitriser la carte et le territoire... Le défaut essentiel de son film, qui en a peu d'autres, est que l'on ne parvient pas a croire que tous les décors dans lesquels se meuvent ses personnages appartiennent au même univers et soient circonscrits dans le périmètre limité qu'exige son scénario. Le fait que d'après les remerciements du générique (vous pouvez constatez combien je suis un critique consciencieux) tout soit tourné dans la même commune, Bondoufle en l'occurrence, ne change rien à l'affaire. Certains lecteurs vont me trouver bien vétilleux mais en ce qui me concerne, ce genre de défaut et encore plus les anachronismes, me distraient de l'intrigue et ont tendance à me faire sortir du film, et même lorsque c'est vraiment grossier, ce n'est pas le cas ici, à m'empêcher d'y entrer. Et là je dois dire que ce défaut mineur n'a été qu'une gène passagère, mais néanmoins répétée.

 

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Le cinéaste a tourné un teen movie à la française, sans aucune vedette, autrement dit le film a du être très difficile à monter. Le cinéaste se référe clairement à Gus Van Sant et plus particulièrement à son film "Elephant". Ce qui est particulièrement couillu, pour ne pas dire suicidaire pour un premier film. Le résultat est qu'en cinéma pur, il a fait mieux que son modèle en évitant les faux raccords dont Gus Van Sant, qui n'est pas un mauvais, même si je persiste à penser que c'est un cinéaste surestimé, n'est pas avare.

 

 

Le point de départ de "Simon Werner a disparu" est le plus bateau qui soit. Il a généré moult série Z de terreur pour adolescents. Pour ses dix huit ans, le héros (Jules Pelissier) organise une fête. Deux des invités découvrent dans les bois alentours un cadavre. Qui est ce? la jolie blonde de la fête (Ana Girardot fille d'Hyppolite du même nom) disparait et bientôt c'est deux autres lycéens qui sont introuvables. Les mystères s'accumulent... 

Gobert n'a pas craint non plus d'utiliser des personnages archétypales de ce genre de film. On reconnaît ainsi les différents stéréotypes comme le sportif, la bombe du lycée, le marrant, la marginale ou encore la tête de turc. Mais une fois ces stéréotypes installés, il s'amuse à jouer avec, le sportif à la jambe cassée et se déplace difficilement, la bombe du lycée est trompée par son petit ami... 

 

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Cette histoire est vue successivement par les yeux de quatre de ses protagonistes d'où la référence explicite à Gus Van Sant. En outre le lycée de la région parisienne (un des personnages cite un journal de Versailles)  où se déroule la plus grande partie du film n'est pas sans rappeler celui qui sert de cadre au film de l'américain.  La principale difficulté technique dans ce genre d'exercice est qu'il ne faut pas se tromper dans les angles de caméra lorsque l'on utilise la vision subjective qu'à le personnage d'une scène. Sinon on embrouille complètement le spectateur qui ne sait plus qui voit quoi (c'est ce qui se passe à plusieurs reprises dans Elephant). L'autre embuche est d'ennuyer le spectateur en lui racontant plusieurs fois la même chose. Gobert déjoue habilement l'obstacle en nous en apprenant à chaque regard un peu plus sur son histoire.

Plus haut j'introduisais l'idée d'anachronisme encore faut-il pour parler d'anachronisme que l'intrigue ne se déroule pas de nos jours et soit située précisément dans le temps. C'est seulement après la projection, tant le scénario m'avait captivé, que je me suis aperçu que cette histoire ne se passait pas de nos jours. Pas de téléphones portables ni d'ordinateurs, les voitures que l'on aperçoit ne sont pas des modèles récents, sans pour cela être des pièces de musée; je les daterais de la fin des années 80 et pour écouter de la musique ces jeunes gens se servent encore de microsillons et semblent ignorer les C.D. J'ajouterais qu'ils parlent tous un français compréhensible et que le casting est entièrement gaulois. Le fait que l'on ne puisse pas situer exactement ni dans le temps ni dans l'espace, même si certains indices peuvent faire penser que nous sommes dans la grande banlieue parisienne, renforce l'étrangeté de l'ensemble.

Le casting est parfait. Au demeurant les acteurs qui sont tous des inconnus, pour moi tout au moins (sauf Serge Riaboukine très inquiétant et dense en prof à la mine patibulaire que l'on charge de tous les maux et Laurent Capelluto qui était la révélation d'un conte de noel de Desplechin, en entraineur de football peut être pervers) et qui composent la distribution sont tous excellents. Je pourrais seulement reprocher à Jules Pélissier de faire plus que ses dix huit ans et de d'être pas aussi beau que son rôle l'exigerait d'après ce que disent de lui ses camarades de classe. A Elephant je rajouterais comme référence "Les disparus de saint Agil" et même "Qui a tué Harry" pour l'habileté du scénario. Nous ne sommes pas loin non plus de "virgin suicide" en ce qui concerne la juste peinture des affres de l'adolescence. Parfois aussi le film est nimbé d'une atmosphère quasi linchienne.

L'incertitude de l'époque procure au film une distance de bon aloi par rapport au naturalisme qui encombre habituellement le cinéma français. Elle évite également le coté artificielle du langage qui était un peu le problème de cet autre film de lycéens qu'est "La belle personne" de Christophe Honoré, même si ce dernier avait pris soin de situer son intrigue dans les beaux quartier où l'on est censé encore parler, même chez les jeunes gens, un français presque châtié.

 

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A noter que la musique du film est signée Sonic youth, ce qui n'est pas rien. Sonic youth induirait que nous sommes plutôt dans les années 90, alors que les visuels m'incitaient à situer le scénario à la fin des années 80...

Pour ceux qui traquent l'homosexualité dans les films, il y a dans "Simon Werner a disparu" un furtif baiser entre deux garçons mais contrairement à ce qui se passe dans Elephant cette relation n'a pas vraiment un rôle important ici. 

Simon Werner a disparu est époustouflant de maitrise aussi bien dans la direction d'acteur que dans l'écriture du scénario et la propreté du filmage, très belle utilisation de la lumière artificielle, il faut dire que l'image est signée par l'immense Agnes Godard à mon sens le meilleur chef op du cinéma français. Ce coup d'essai dans les limite de sa modeste ambition n'est pas loin d'être un coup de maitre.

 

P.S. J'ai rectifié dans le texte ci-dessus ma bourde, l'attribution d'Elephant à Larry Clark alors que le film est bien sûr de Gus Van Sant mais j'ai tenu à maintenir les commentaires de mes lecteurs vigilants.

 

 

 

 

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commentaires lors de la première parution du billet:

 


Bibliothèque Gay a dit…

C'est peut-être le semblant de polémique actuelle sur l'expo Larry Clark qui vous a fait faire une faute de frappe. Il s'agit évidemment de Gus Van Sant

25 septembre 2010 06:25 

 

Anonyme a dit…

Mars 1992 dans une petite ville de la Région Parisienne. Lors d'une soirée bien arrosée, des adolescents découvrent dans la forêt un corps apparemment sans vie, enfoui dans les broussailles. (Cinemovies.fr)

25 septembre 2010 16:17 


psykokwak a dit…

 

Comment avez vous pu laisser passer ce lapsus concernant la référence non à Larry Clark ( Ken Park) mais Gus Van Sant pour Elephant... du coup j'ai failli sortir de la lecture de votre critique... C'est vrai que Ken Park fait jouer 4 histoires mais qui ne se recoupent pas comme c'est le cas ici.

Ceci dit au delà de l'histoire de ce pseudo thriller d'ados, le réalisateur pointe les mécanismes de la rumeur, des imaginations qui s'enflamment. A ce titre l'entraineur de foot garde une part d'ombre (que fait il avec le jeune garçon? que les filles accusent de pervers sans preuve...)

25 septembre 2010 21:58 

 

Anonyme a dit…

J'aurais plutôt attribué Elephant à Gus Van Sant.

27 septembre 2010 10:39 


bernard a a dit…

 

Réponse à Psykokwak et aux autres lecteurs qui ont remarqué mon lapsus.

Parfois je me félicite de mes bourdes car c'est dans ce seul cas que se manifeste mes lecteurs. Bien sur il fallait lire Gus van Sant, encore plus sur évalué que Larry Clark, et non le nom de ce dernier. Je réitère l'avis que ce Simon Werner a disparu est supérieur à Elephant. Il est en effet possible que ce soit la médiocre polémique sur l'exposition Larry Clark au musée d' Art Moderne, dont je ne tarderai pas à vous parler, qui a pu être à l'origine de mon lapsus.

J'avais bien lu la date de 1992 dans le dossier de presse, mais rien n'indique cette date dans le film. Certains détails contredisent cette date comme l'absence de CD ou de baladeurs par exemple. Dans mes critique je ne tiens jamais compte des dossiers de presse, si les informations qu'ils contiennent ne sont pas corroborés par ce que je vois à l'écran. Psykokwak vos remarques sont pertinentes et j'y adhère complètement.

4 octobre 2010 06:40 

 

 

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LES DAIMS DU PARC DE NARA AU JAPON

28 Avril 2025, 06:46am

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Nara, Japon, avril 2010

 

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Le mégalhite gay de Bruxelles

28 Avril 2025, 06:43am

La municipalité de Bruxelles a eu la belle idée d'ériger un mégalhite gay dans la quartier gay de la ville, un parallélépipède bleu sur lequel on peut lire les noms de personnes gays célèbres ou inconnues (j'ai fébrilement cherché mon nom en vain!) et même des êtres imaginaires comme Dave Brandstetter, le héros de Joseph Hansen. Ce monument plaisant m'a plus convaincu que celui de New-York, dans le petit square de Christopher street pourtant signé d'un grand nom de l'art contemporain, George Segal . Il me semble que cela serait une bonne idée pour Paris, mais j'oubliais que notre capitale est devenue un musée poussiéreux et un terrain de jeu pour vélocipédistes suicidaires...

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Bruxelles, février 2008.

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New-York, septembre 2007

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William Blake à la Tate Brittain (1)

27 Avril 2025, 14:35pm

Londres, novembre 2019, photo B.A

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LE MODÈLE DE FLORENCE

27 Avril 2025, 14:25pm

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Florence, Italie, aout 1985, photo B.A

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Buddha Tooth Relic Temple, Singapour

27 Avril 2025, 09:36am

Singapour, mars 2025, photo B.A

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Artemisia au Musée Jacquemart-André (2 et fin)

27 Avril 2025, 09:10am

Paris, avril 2025, photo B.A

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Des garçons sur la plage de Taormina

27 Avril 2025, 07:22am

Taormina, juin 2020

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L'ABBÉ MUGNIER DE GHISLAIN DE DIESBACH

27 Avril 2025, 07:14am

L'abbé Mugnier avec Marie-Noel 

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Ghislain de Diesbach est le dernier écrivain ancien régime que nous ayons. En le lisant nous ne fréquentons que du beau monde, des quartiers de noblesse en vois tu en voilà, aucun risque dans ses pages de croiser un encapuchonné bistre du 9.3., lecture de plage parfaite pour le snob que je suis.

Après avoir écrit les biographies de Madame de Stael, de Chateaubriand, de la princesse Bibesco (impossible de trouver ce livre, s'il s'ennuie dans votre bibliothèque pensez à moi!), de Proust (un régal), de Philippe Jullian sans oublier son Histoire de l'émigration 1789-1814, que j'ai rangé dans ma bibliothèque à coté des aventures du Mouron rouge de la baronne d'Orczy, il s'est attaqué à un personnage moins prestigieux mais dont le nom revient dans presque toutes les biographies des acteurs du monde littéraire (et pas seulement) des quarante premières années du XX ème siècle, l'abbé Mugnier. C'est d'ailleurs plus pour avoir un éclairage particulier sur des figures célèbres tel Huysmans ou Proust qu'outre par le nom de Mugnier et surtout par celui de Ghislain de Diesbach que, j'ai été attiré par cet ouvrage. J'y ai trouvé bien d'autres choses. Je précise tout de suite que je n'ai pas (encore) lu le célèbre journal de l'abbé Mugnier, sinon les nombreux extraits que l'on découvre dans les livres qui traitent de la vie mondaine et littéraire de la fin du XIX ème siècle et de la première moitié du XX ème. Mais le livre a bien d'autres intérêts tout d'abord il fait par le biais des menus faits d'une vie, revivre toute une société où la religion à une place prépondérante. On découvre par exemple les effroyables conditions de vie dans les petits et grands séminaires de cette cohorte de jeunes gens qui entre en religion non qu'ils aient reçu une illumination derrière le pilier d'une église mais parce que c'est pour eux, rejetons de familles pauvres le plus souvent, la seule voie d'une relative élévation sociale. C'est le cas de notre abbé qui est poussé par la prêtrise par poussé par une mère pieuse qui croyait lui procurer « la paix » tout en lui ayant fait découvrir Chateaubriand et Georges Sand, qui seront les deux grandes admirations de toute sa vie.

Mugnier dont la foi ne fait aucun doute tout en maugréant constamment contre la hiérarchie ecclésiastique, le sait bien.

Très intelligemment plutôt que de s'étendre sur la vie mondaine de son abbé, elle est néanmoins présente, Ghislain de Diesbach s'attarde longuement sur les années de formation et la jeunesse de Mugnier. Si l'on excepte Huysmans et quelques autres c'est surtout à partir de la quarantaine que l'abbé Mugnier fréquente les salons littéraire et les diners de la haute aristocratie.

 

Ce qui admirable chez l'abbé Mugnier c'est l'absence totale de sectarisme. Voilà un membre du clergé qui pouvait un soir diner chez des hôtes qui avaient concocté un repas où tout était rouge, étant des admirateurs inconditionnels des guillotineurs de 1793, le lendemain être invité à une soirée par la comtesse de Greffulhe, un des modèles de la duchesse de Guermante de « La recherche de Proust et le surlendemain être à la table du sâr Péladan!

Aucune pudibonderie chez lui non plus, il ne s'offusque ni des propos graveleux de Forain qui lui décrit les bordels d'hommes, ni des amours adultérins de Barres et d'Anna de Noaille, sa grande amie, pas plus des amours de Coteau avec Radiguet , ni qu'un de ses ami prêtre vivent maritalement avec sa bonne. On se doute que cette largesse d'esprit ne sera pas toujours du goût de ses supérieurs.

D'ailleurs c'est le monde décrit par Proust avec lequel l'abbé entretint une correspondance, dans « La recherche » et celui peint par Jacques Emile Blanche  qui connaissait bien l'ecclésiastique pour être souvent invité aux mêmes tables, mais qui l'appréciait guère, qui affleurent dans ces pages.

Alors que je m'attendais à lire le parcours mondain d'un prélat opportuniste, émaillé de savoureuses anecdotes, heureusement pour l'amusement du lecteur, il n'en manque tout de même pas, alors que c'est l'étonnant chemin de vie d'un homme de peu que le hasard et surtout son extraordinaire curiosité alliée à une inextinguible faculté d'admiration que nous fait découvrir cette biographie. On y voit comment Arthur Mugnier fils du factotum d'un hobereau qui permettra financièrement au garçon, tôt orphelin de suivre des études au petit puis au grand séminaire, devient à la fin de sa vie une sorte d'oracle spirituel (dans tous les sens de ce mot) pour la gentry française et une partie de l'intelligentsia. A sa mort en 1944, alors que la France n'est pas encore libérée, il réunira autour de son cercueil une foule éplorée parmi laquelle on dénombre des porteurs de quasiment tous les grands noms de la noblesse française et bien des beaux esprits du temps, Louise de Vilmorin, Jean Tharaud, Jean-Jacques Gautier, Paul Valéry, Ramon Fernandez... (mais apparemment pas Jean Cocteau qui ne mentionne pas une seul fois l'abbé dans son journal 1942-1945, paru aux éditions Gallimard, alors qu'il était naguère l'intime de l'abbé mugnier qui est fasciné par le jeune Cocteau, lorsqu'il le rencontre en 1912 chez la princesse Bibesco, en qui il voyait un des hommes qu'il aurait aimé être et qu'il avait baptisé avec comme parrain et marraine le couple Maritain!).

J'ai ressenti beaucoup de sympathie pour cet abbé qui n'était pas un grand esprit mais qui avait une une curiosité et une liberté et une clairevoyance presque incroyable pour cette époque et même pour aujourd'hui. Tel ce qu'il écrivait le 29 juin 1919: << En songeant à ces grands allemands, je souffrais de certaines mufleries dans un peuple qui se dit chevaleresque doit s'abstenir, Il y a eut en effet dans notre attitude envers l'ennemi à la veille de signer ou signant, des détails qui m'ont choqué. On ne refuse pas le verre d'eau froide. Comme elle doit s'abîmer encore dans les rêveries tristes la Melancholia d'Albrecht Durer! Si jamais dans l'avenir, nous tombions dans les griffes d'Outre-Rhin, comment serions nous traité?>>.

Il n'apprécie pas beaucoup les récents convertis, les trouvant un peu trop exaltés: << Ils aiment les grands pécheurs, pour le plaisir de les repêcher de l'abîme, et non les petits, qui pataugent dans les mares de la médiocrité. Grâce à cela, en ne recevant que des gens célèbres, ou en voie de l'être, ils sont connus à leur tour...>>.

Et puis l'abbé Mugnier a des phrase que j'aurais pu écrire, comme celle-ci: << Si j'étais riche je voyagerais perpétuellement, me reposant quand il faudrait. Voyager, c'est oublier... Prendre le train et se retrouver le lendemain loin du pays où j'étais la veille, c'est une sorte de féérie qui me grise. Détail qui fera frémir: J'aime les chambres d'hôtel; je suis heureux quand j'ai pratiqué le closo ostio et que je m'appartiens.>>.

Ghislain de Diesbach a une élégance à propos du train de vie de son modèle que Paul Léautaud, pourtant son ami, dans son journal n'a pas. Le 18 septembre 1940 (page 653 de son Journal littéraire, dans l'édition de 1998 au Mercure de France) ce dernier écrit: << L'abbé Mugnier n'a jamais eu comme prêtre ou chanoine que des appointements dérisoires, presque la misère. Il n'a pourtant jamais manqué de rien. Il a toujours trouvé une femme riche pour lui assurer une vie confortable: un bon appartement, une bonne, des vacances, jusqu'à ces derniers temps une auto pour le transporter dans ses visites, aux déjeuners ou diners où il avait à aller...>>.

Voilà un homme qui s'est saoulé de connaissance, celle des plus grands esprits, Proust, Barres, Céline, Gide, Cocteau, Léon Daudet (dans l'art du portrait Ghislain de Diesbach égale le gros Léon dans celui par exemple de Léon Bloy), Morand, Montherlant, Paul Valéry... auquel il aura sans doute manqué la reconnaissance littéraire. Il l'espérait sans doute l'obtenir avec la publication posthume de son journal, mais ce ne sera pas complétement le cas. Le 22 septembre 1916 il confie son drame à son journal : Mon genre de tristesse, au sortir du séminaire et même pendant, n’était pas le même [celui du René de Chateaubriand]. Je n’étais pas dégoûté de la vie. Je souffrais plutôt de ne pas la connaître, de ne pas avoir été mis sur la vraie voie, d’être déjà dispersé, envolé, sans but qui accapare toutes mes facultés. De grands désirs de vie intellectuelle, littéraire, et tous combattus plus ou moins : 1° par les scrupules qui m’empêchaient de penser, de lire, 2° par une instruction insuffisante, sous tous les rapports. Ajoutez à cela le cœur qui voulait s’attacher, aimer ; un certain goût du succès, un besoin d’être distingué par mes maîtres, mes confrères.>>.

Quel curieux personnage que cet abbé qui malgré la partie extraordinaire qu'il aura mené toute sa vie, avec en main, au départ un jeu plus que médiocre, semble être mort insatisfait de son existence. Cet homme qui ne manquait pas de sagesse et de lucidité, pour les autres, aura été dépité de n'avoir pas eu l'existence auquel il aspirait sans s'apercevoir qu'il n'en avait aucun moyen...

Tout en regardant vers le passé, Ghislain de Diesbach n'oublie pas qu'il écrit aujourd'hui comme le prouve cette pique envers les fonctionnaires de la gueuse: << Il est curieux de voir l'ingratitude de tant d'écrivains, casés par protection dans des ministères où ils augmentent la masse des fainéants, mordre ainsi la main nourricière et se plaindre d'y avoir eu leur génie étouffé alors que sans leur traitement ils n'auraient pu vivre avec leurs seuls droits d'auteur.>>.

Ghislain de Diesbach ne s'est pas contenté de puiser dans le journal de l'abbé, il a eut accès également à ses "paperolles" (les notes qu'il prenait plus ou moins sur le vif pour la rédaction, le soir venu de son journal ), à sa correspondance et il a aussi finement regardé dans les livres des écrivains contemporains du prélat qui l'on souvent croqué (je recommande particulièrement d'aller voir dans « Les Mémorables » de Maurice Martin du Gard, une bible pour tous ceux qui s'intéressent à la vie intellectuelle en France dans l'entre deux guerres).

Pour ma part, je suis allé voir chez mon diariste préféré, Matthieu Galey s'il parlait de son prédécesseur dans son exercice et j'ai trouvé ce portrait cursif: << Avec une candeur délicieuse, il côtoie le gotha des lettres ( et le vrai, celui du noble Faubourg), en observateur qui voit tout et ne voit rien. Pour lui aucune différence entre Cocteau et la comtesse de Noailles, entre Barres et Cocteau: ce sont des « écrivains », indiscutables comme les saints auréolés, quelles que soient leurs oeuvres. Avec Proust par exemple, il « cause aubépine », mais il n'a pas lu Swann. Il contemple ces animaux rares, sans recul, le nez dessus, comme s'ils étaient réellement, fascinante découverte, et fréquente les modèles de la Recherche au naturel, inconscient bien sûr du destin littéraire qui les attendait (…) C'est saint Jean Plume d'or errant à Sodome.>>. Bien vu, comme presque toujours chez Galey.

A propos des lectures de Mugnier, Ghislain de Diesbach reste un peu flou, c'est le seul reproche que je ferais à cet ouvrage écrit avec beaucoup allégresse. Si l'on voit bien que l'abbé rencontre une foule d'écrivains et pas des moindres, en revanche on ne sait pas s'il les lit beaucoup.

Comme presque toutes les biographies, celle-ci est quelque peu hagiographique, ce qui est bien normal car comment imaginer un biographe qui va vivre plusieurs mois et quelques fois plusieurs années avec son sujet qui ne l'aimerait pas. Je terminerais par une ce portrait qu'en trace son talentueux biographe: << On sentait que sa bonté, son intelligence suprême étaient un effet irrésistible de sa nature, hors de tout commandement sacré, une chose aisée comme un instinct.>>.

 

COMMENTAIRES Lors de la première édition de ce billet

Merci pour ce beau billet. J'ai "La Princesse Bibesco, la dernière orchidée", volume qui ne doit pas être rare.
La figure de l'abbé Mugnier est en effet très curieuse et Diesbach la présente de façon bien intelligente.
Pour votre dernier trait sur l'empathie nécessaire au biographe, je vous "déconseille" donc le volume que Bellos consacra naguère à l'immense Perec en hissant à chaque ligne son sujet et en ne comprenant rien, strictement rien, à l'oeuvre...
Merci pour tous vos billets
COMMENTAIRE N°1 POSTÉ PAR BRUNO LE 05/08/2013 À 12H41

Merci de l'information à propos de Pérec, jadis j'étais tombé à la Hune sur un album qui était un peu un making off de La vie mode d'emploi, je ne l'avais acheté alors je devais être fauché ou encombré et peut être les deux... Je ne parviens pas à retrouver ni le titre ni l'éditeur. peut être pourriez vous me renseigner. 

Si le volume de Bellos est à éviter en ce qui me concerne je vous conseille Je me souviens de Jeme souviens sous titré note sur Je me souviens de Roland Brasseur. A quand Perec dans la Pléiade! 

Tous les livres de Ghislain de Diesbach avec lequel j'ai diné quelques fois à la table de Jean-Claude Farjas sont intéressant mais sa biographie de Proust est à mon avis son chef-d'oeuvre. 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 05/08/2013 À 13H34
Je présume que vous faîtes allusion à :

"Cahier des charges de La Vie Mode d'Emploi" paru chez ZULMA en 2001

http://www.images-chapitre.com/ima0/newbig/080/1400080_3296101.jpg

Je dois avoir, aussi, au fond d'une bibliothèque...
Les fac similés des brouillons de Perec y sont bien reproduits et très curieux, très intéressants pour ceux qui s'intéressent à la genèse d'une oeuvre.
Je ne suis pas très sûr que disposer de tous les échafaudages de "La Vie..." en permette une meilleure compréhension, mais peut être que si, finalement...

Le "Je me souviens de je me souviens..." fut suivi de "Je me souviens "encore mieux" de Je me souviens"... ;-)
COMMENTAIRE N°2 POSTÉ PAR BRUNO LE 05/08/2013 À 15H44

merci pour cette précision bibliographique. 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 05/08/2013 À 16H01
Bonjour-Après des recherches dignes de Norbert Casteret ( je me souviens de Norbert Casteret...) , dans les étagères de mes bibliothèques, j'ai remis la main sur "La Princesse Bibesco, la dernière orchidée" de G de Diesbach.
Si cet ouvrage vous intéresse toujours, je peux vous proposer de vous le remettre...
merci pour vos billets
COMMENTAIRE N°3 POSTÉ PAR BRUNO LE 12/08/2013 À 23H28

Tout d'abord je dois vous dire que le nom de Casteret ne me disait pas grand chose, mais je me suis renseigné... 

J'en serais très heureux, il reste à déterminer comment faire... 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 13/08/2013 À 07H15
Votre boîte à lettre sur "orange" semble inactive ?
Je peux vous y faire une proposition..honnête ;-)
COMMENTAIRE N°4 POSTÉ PAR BRUNO LE 13/08/2013 À 16H13

Ma boite n'est pas inactive et toutes les propsitions même malhonnêtes peuvent y parvenir. 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 13/08/2013 À 16H16
Pourquoi ne suis-je pas surpris de ne pas voir le nom de Mauriac dans votre texte ? J'imagine qu'il devait se méfier d'un prêtre tel que l'abbé Mugnier. Pour Mauriac, il devait être l'incarnation du diable en personne !
COMMENTAIRE N°5 POSTÉ PAR ALCIB LE 15/08/2013 À 09H52

Mauriac passe dans cette biographie mais ce n'est pas du tout un personnage central. Je ne connais pas les sentiments de Mauriac envers l'abbé Mugnier mais je ne pense tout de même pas qu'il voyait en lui l'incarnation du diable. 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 15/08/2013 À 09H57
 

 

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Les garçons de Florence

27 Avril 2025, 06:52am

 

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Aout 1985, photo B.A

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