Vu de la hune
un regard sur les arts et les lettres
Gerardo Vizmanos
Sculpture de Chong Fah Cheong à Singapour
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Laurits Tuxen : Nu masculin dans l'atelier de Léon Bonnat 1877
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Karl Simone
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Photo Emmanuel Giraud
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La mouche d’après George Langelaan adapté par Christian Heck et Valérie Lesort
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Ce qui m’a conduit à assister à cette pièce, ce n’est pas la malencontreuse et involontaire publicité qu’en a fait le chef de l’état, mais d’abord un souvenir d’enfance, donc un très vieux souvenir et par la même considérablement flou. Cette pièce est adaptée d’une nouvelle de George Langelaan, nom qui ne doit pas évoquer grand chose chez la plupart de mes rares lecteurs. Jadis, donc, j’écoutais George Langelaan dans le poste, pour être précis sur les ondes de Radio-Luxembourg vers la fin des années 50. Il y racontait des histoires d’espionnages, curieusement le jeudi après-midi dans le cadre d’une émission concoctée pour les enfants. On retrouvait ensuite ces histoires dans l’hebdomadaire Pilote qui venait d’être créé. Une après-midi il a lu sa nouvelle « La mouche ». Cette nouvelle m’a complètement traumatisé. J’ai quelques années plus tard retrouvé quelques année plus tard cet horrifique récit dans une anthologie des éditions Planète, que je possède toujours, intitulée « Chefs d’oeuvre du crime », un fort volume de nouvelles rassemblé par un trio composé de Jacques Sternberg, Jacques Bergier et Alex Grall. J’y trouvais une courte notice sur Langelaan qui informait le lecteur que cet auteur fut: << un agent secret de quelques renom pendant la guerre mais qu’il reste surtout l’auteur des « nouvelles de l’anti monde » ». Je n’en sait pas plus sur Langelaan aujourd’hui… La mouche me poursuivant j’ai été encore confronté avec elle en voyant par le plus grand des hasards sur une chaine du câble comme on le disait alors le film américain des années 60 tirée de la nouvelle, film qui me fit une grande impression. Enfin j’ai vu à sa sortie, en 1988 l’adaptation qu’en a fait Cronenberg. C’est un souvenir particulièrement douloureux puisque j’ai vu alors ce film avec mon jeune ami atteint des prémices du sida qui a tout de suite fait le rapprochement entre les terribles transformations que subit le héros et celles qu’il aurait lorsque la maladie se déclarerait.
Vous allez me dire que je suis un peu masochiste pour vouloir voir une pièce dont les précédents avatars m’ont laissé d’aussi mauvais souvenirs; sans doute. Mais j’étais intrigué de la façon qu’une telle histoire pouvait être portée à la scène. La seconde raison qui m’a fait me déplacer jusqu’aux Bouffes du nord est la présence dans le rôle principal de Christian Heck dont le jeu est la réincarnation de celui de feu Robert Hirsh… en moins sobre!
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C’est Christian Heck, lui-même et Valérie Lesort sa compagne qui ont adapté et mis en scène la nouvelle de Langelaan dont la trame est la suivante: un savant a réussi à inventer « la trans » une machine capable de téléporter quasi instantanément un objet ou un être dans le lieu que l’on désire. Mais lors d’un essais de téléportation l’inventeur s’est enfermé dans la cabine de l’engin avec une mouche qui y a pénétré sans qu’il s’en aperçoive. Lors de l’expérience les deux ADN vont fusionner. L’homme se transformera progressivement en une sorte de mouche monstrueuse.
Christian Heck et Valérie Lesort ont tiré cette histoire vers le burlesque noir. C’est Bouzin au Grand guignol. Ici l’expérimentateur n’est pas un savant mais un bricoleur maniaque, Robert, un homme sans âge qui vit au crochet d’Odette, Christine Murillo, sa mère, vieille mégère non apprivoisée, qui fait subsister le duo en vendant les légumes de son potager au marché. Ils vivent dans une caravane et le laboratoire du garçon est un garage au fond du jardin. C’est un peu Tournesol vision lumpen prolétariat. Peut être parce que Christian Heck est belge il a situé géographiquement cette farce macabre dans un lieu indéfini, mais que l’on peut penser être un village dans le nord de la France. Des extrait d’émissions de radio dont la mère est friande nous indique que nous sommes à la fin des années 50 ou au début des années 60. La relation mère-fils fait penser à celle d’Ignatus avec sa génitrice. Les deux personnage eux même sont proches de ceux de « La conjuration des imbéciles » de Kennedy, l’obésité en moins. Le fils vit dans son monde de fantasmes pseudo-scientifiques alors que la mère est une redoutable cancanière de village. Les confrontations entre la mère et le fils, véritables scènes de ménage ainsi que les mimique clownesque.
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Christian Heck et Valérie Lesort avec cette « Mouche » font la démonstration que l’on peut faire rire avec les scénarios les plus noirs.
Heck est truculent mais sous sa folie perse une réelle noirceur. Il n’a pas été pour rien le capitaine Némo dans la formidable adaptation de 20 000 lieux sous les mers, adaptation théâtrale de Jules Verne signée par le même duo. Y dans le rôle de la mère est parfaite et les deux autres comparses victimes de notre bricoleur maléfique, Valérie Lesort et Jan Hammenecker ne le sont pas moins.
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Le spectacle a été primé par trois Molières en juin 2020 : Création visuelle, Comédien dans un spectacle de théâtre public pour Christian Hecq et Comédienne dans un spectacle de Théâtre public pour Christine Murillo.
Emmanuel Macron a bon gout en matière de théâtre.















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