Le roi Jacques II le fit construire pour y installer la résidence royale. Atteint de tuberculose, le roi souhaitait une résidence dans un endroit au climat salubre.
L’architecte Pedro Salvá en a dirigé la construction qui dura près de 40 ans pour en faire l’une des quatre forteresses de forme circulaire d’Europe. Il existe plusieurs châteaux si ce n'est parfaitement ronds du moins polygonaux tel le Château de Montaner en Bigorre qui fut construit ou plutôt restauré sous l'influence de Bellver par Gaston Febus qui aurait été prétendant, un temps, de la fille du roi de Majorque
Au xixe siècle, une usine de fabrication de pièces de monnaie y a été installée. Actuellement, le château de Bellver abrite un musée provincial d’archéologie, de peinture et de numismatique.
La vocation suspendue ou le parcours d’un défroqué
La vocation suspendue est le récit crypté des errances monastiques et théologique de P.K de 1940 à 1943.
Des ce premier roman P.K travaille autour de stéréotypes, ceci pour avoir le plaisir de les détourner, aussi bien en ce qui concerne la forme que le fond. Le narrateur présente le texte que l’on va lire comme provenant d’un livre à petit tirage, La vocation suspendue, qu’il a découvert dans une librairie de Lausanne peu de temps après la guerre. Procédé romanesque éculé que P.K ravive par une idée originale, celle de ne pas proposer la lecture du dit livre comme nous pourrions nous y attendre, mais celle du commentaire de l’ouvrage dont le héros est un certain Jérôme dont nous allons suivre difficilement les affres de sa foi. Ce commentaire fait la supposition que le choix de Jérôme de set réfugier dans la vie monacale aurait pour raison principale celle de fuir son homosexualité.
La vocation suspendue est un roman d’apprentissage un Bildungroman comme le présente le commentateur dont on ne saura rien. Un apprentissage assez tardif puisque l’on apprend que le postulant moine, en raison de son âge est dispensé de résider avec ses semblables au séminaire.
Jérome ressemble beaucoup à P.K. auquel ce portrait correspond tout à fait: << Chez Jérôme l’intelligence, contaminé par l’indéracinable orgueil est devenu une simulation de la piété.>> (VS page 109). Mais Jérôme a déjà beaucoup d’Octave, le simulacre récurrent de P.K qui endossera également le nom de Damiens dans le Baphomet.
Par un biais astucieux d’un exemple littéraire l’auteur suggère que La vocation suspendue serait une autobiographie déguisé de son auteur: << Prenons Bloy, par exemple; c’est bien toute la tonalité de son existence quotidienne qui se communique au lecteur de de ses romans.>> (VS page 13).
Les expériences monacales de Jérôme sont assez difficile à suivre en raison du fait que tous les noms et les diverses obédiences catholiques sont cryptées. Le roman est en parti un roman à clés dont trois quart de siècle après beaucoup se sont perdues.
Si l’auteur a pris soin de masquer certain nombre de personnages réels par des noms d’emprunts, plusieurs autres sont formées par l’amalgame de plusieurs personnalités. Ainsi si Massignon est le substrat principal du personnage de La Montagne, P.K a doté aussi de plusieurs particularités physiques propre à André Gide (VS page 65). L’auteur non sans malice parle de l’influence de La Montagne sur la chrétienté à la mesure de celle de Baden Powel. Dans la même page nous apprenons que La Montagne héberge un garçon de quinze ans… Il y a aussi du Max Jacob dans ce personnage.
L’autre difficulté est que la lisibilité de La vocation suspendue est victime de la contamination par l’irruption de la métaphysique dans la littérature que dénonçait Julien Gracq en janvier 1950, dans La littérature à l’estomac:
<< La métaphysique a débarqué dans la littérature avec ce roulement de bottes lourdes qui en impose pour commencer (…) avec armes et bagages avec ses moeurs, ses divertissement à elle, sa langue, l’agrégé inconnu des indigènes. Les portes à la vérité se refermèrent assez vite, après saturation, mais déjà un tout petit peuple aux moeurs curieuses avait colonisé la littérature.>> ( La littérature à l’estomac, Julien Gracq, page 543, Julien Gracq oeuvres complète, La Pléiade 1989)
Il n’est pas douteux que P.K appartienne à ce « petit peuple aux moeurs curieuses ».
Mais la principale raison pour laquelle nous faisons figurer ce roman dans cette étude que nous centrons sur le versant pédérastique de l’oeuvre de P.K. est qu’il y est développé un rapport tout à fait surprenant pour le XXI ème siècle, mais beaucoup moins en 1950, comme nous allons le voir entre le nazisme et l’homosexualité. En cela P.K est victime de toute une doxa largement présente dans les premières années de l’après-guerre propagée par des écrivains de gauche qui faisant l’amalgame entre homosexualité et collaboration prenant appuis notamment sur les procès de Robert Brasillach, Marcel Bucard, Benoist-Méchin et quelques autres. C’est à la fois occulter le fait qu’il y avait peut être autant d’homosexuels chez les résistants que chez les collaborateurs, citons Roger Stéphane et Daniel Cordier et méconnaitre l’homophobie viscérale chez certains collaborateurs tel Lucien Rebatet.
<< La secte en question n’est pas autre chose dans la malheureuse imagination de Jérôme que la vaste confrérie des sodomite et il n’est pas impossible que l’auteur fasse ici allusion, par cette substitution d’une catégorie de persécutés entre les antisémites et les homosexuels. Nous savons d’abord que le besoin sécularisé du bouc émissaire a cherché à exploiter l’anathème qui pèse sur les juifs et que si ce fut là la première étape du nazisme, il fit bientôt d’une pierre deux coups pour atteindre l’Eglise à travers les juifs; ensuite que le phénomène homosexuel si constitutif du nazisme servit à son tour de chef d’accusation diffamatoire contre tous les religieux résistant au régime hitlérien.>> (VS page 31)
Cette accointance entre homosexualité et nazisme vient de loin. Sartre, dès l’avant guerre, dans sa nouvelle L’enfance d’un chef y illustre sa douteuse théorie que l’inversion mène au fascisme.