Vu de la hune
un regard sur les arts et les lettres
Roland Garros 1993
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une image du passé, le juge de filet qui déterminait si le service était let ou pas
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Paris, mai 1993
Gleb Behrens
L'ILE DES TÉMÉRAIRES DE SYUHO SATO
Beaucoup moins connu que les attaques suicides par avion lors de la deuxième guerre, sont les raids suicides au moyen de torpilles pilotées, les kaiten, par un soldat qui tout comme dans les avions ne peut (et ne doit) pas survivre à l'opération. Le manga de Syuho Sato suit la formation d'un de ses hommes, Yuzo Wanatabe dans une petite ile secrète qui va se sacrifier pour son pays et l'empereur. Nous sommes à la fin de 1944.
Le manga détaille avec grand soin aussi bien les problèmes techniques et stratégiques que posait cette opération que les affres dans lesquels se trouvaient les jeunes hommes qui se préparaient à une mort prochaine et certaine.

Le deuxième tome paraît près de trois ans après le premier, manga que j'avais chroniqué lors de sa sortie: L'ile des téméraires. Cela devait, d'après mes informations bien lacunaires, être un one-shot, ce qui n'est vraiment pas évident à sa lecture, mais devant le succès rencontré, je reviendrais sur ce point, une suite a été demandée à l'auteur. Un troisième est prévu; espérons qu'il ne faudra pas attendre aussi longtemps (il y a cinq tome parus au Japon).
La qualité du dessin de Syuho Sato est remarquable (pourquoi avoir fait réaliser la jaquette, qui est fort laide par un autre dessinateur alors qu'il y a de magnifiques dessins à l'intérieur?). Syuho Sato, l'auteur de "Say hello to BlackJack" possède un dessin à la fois très nerveux et très hachuré. On voit qu'il s'appuie sur des photos d'époque, qui doivent être rares en raison de l'absolu secret qui entourait cette stratégie.

A la fin de volume est indiqué que le mangaka a bénéficié de la documentation du sanctuaire Yasukuni dont je recommande la visite, comme je l'ai fait moi même, (j'ai consacré un billet à ce lieu: Le sanctuaire de Yasukuni-jinja, Tokyo, Japon) à tous ceux qui s'intéresse à la seconde guerre mondiale et plus largement aux opérations militaires montées par la Japon de la fin du XIX ème siècle à la fin de la dernière guerre.
Un de mes fidèles lecteurs trouvait que cette recommandation n'était pas forcément judicieuse alléguant que cet endroit était un lieu de propagande pour les révisionnistes japonais, ce qui n'est pas faux mais ce n'est pas que cela c'est surtout une mine d'informations pour qui s'intéresse à la chose militaire. C'est aussi une sorte de gigantesque monument aux mort pour tous les soldats japonais morts pour leur patrie. Faut-il considérer les monuments aux morts de nos villages, comme des marques de propagande? Il est néanmoins opportun de réfléchir sur leurs significations... Il faut être donc vigilant lorsque l'on visite le sanctuaire de Yasukuni, tout comme il faut l'être lorsque nous voyons un film sur la guerre du pacifique, presque tous réalisés par des américain. N'oublions jamais que les guerres sont toujours raconté par les vainqueur et même si c'est l'argument que met toujours en avant les révisionnistes japonais ce n'est pas pour cela qu'il est faut.

La vision de Syuho Saito sur les kamikazes me paraît moins critique, il met en avant l'héroïsme de ces tout jeunes hommes, tout en montrant bien leurs doutes et leurs peurs, sans oublier de mettre en évidence le conditionnement de ces presque encore adolescent, leurs recruteurs pour ces missions sans lendemain faisait vibrer leur fibre patriotique en leur disant que le destin du Japon reposait sur leurs épaules, que celles développée dans d'autres mangas comme Zéro pour l'éternité ou Tsubasa. Son point de vue est semblable à celui de Kawaguchi dans Zipang.
Il est très important en lisant ce type de manga de ne jamais oublier le contexte dans lequel se déroule l'action qui nous est raconté. Par exemple ce n'est pas la même chose de faire une action kamikaze en janvier 1945 ou quelques mois plus tard.

Sato donne plus d'épaisseur à son héros que dans le premier tome. Dans ce deuxième volet Watanabe est moins résolu qu’il ne semblait l’être à la fin du premier. De fait, ses émotions vont le voir évoluer sur la question de sa mort, notamment lorsqu'il retrouvera sa famille (les Kamikazes avait une courte permission pour dire adieu à leur famille avant leur mission suicide). Il faut rappeler que Yuso Wanatabe s’est engagé pour aider sa famille et leur retirer l’image de mauvais japonais qui leur colle à la peau. L'auteur développe sa réflexion sur ce qui peut pousser un jeune homme doué (Yuzo est un bon dessinateur et il est passionné de peinture) à s'immoler pour une cause.

jeune inconnu peint par un peintre inconnu
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Hudson Rennan
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Goor
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La jeunesse d'Alexandre, 1971
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vanité 1942
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Eros and Hymenaeus, 1949
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Grèce antique
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Scène allégorique vers 1950
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Alpinisme
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Ma page
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Gianfranco Briceño
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Silver Spoon
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Le sujet de ce manga est extraordinaire du fait qu'il traite paradoxalement d'un quotidien prosaïque, celui d'un adolescent Yugo venu de la ville qui a fait le choix étrange, au sortir du collège, de rentrer dans un lycée agricole alors qu'il ignore tout de la campagne et des métiers de l'agriculture auquel l'établissement prépare et qui est logiquement peuplé presque exclusivement d'élèves venant des champs.
On peut saluer l'audace et le talent de certains mangakas japonais pour leurs

dons à rendre passionnant des histoires dont les thèmes, de prime abord, ne paraissent pas particulièrement affriolants.
Autre fait remarquable son auteure, Hiromu Arakawa, est mondialement célèbre pour avoir signé "Fullmetal Alchimist" série qui n'a aucun rapport avec "Silver spoon" et que je ne connais que par ouïe dire et par quelques picorages n'étant pas friand des innombrables quêtes qui sont les sources, semble-t-il inépuisables, du shonen.
Le ressort comique de Silver spoon réside dans le décalage entre les réactions de Yugo, pur urbain, face à son nouveau quotidien, la dure réalité du travail agricole. L'enseignement du lycée est constitué pour une moitié de travaux pratiques effectués dans la ferme de l'établissement. Un des épisodes les plus savoureux est celui où Yugo découvre avec stupeur que les oeufs sortent du cul des poules; déstabilisé par cette dégoutante révélation, il décide désormais de ne plus en manger.
La déconvenue de Yugo est maousse d'autant qu'il comptait bien briller sans trop d'efforts dans ce lycée oùces fils de fermiers sont incapables d’aligner deux équations. Mais c’était sans compter les cours d’élevage, de sciences de la nutrition, de gestion agricole sans oublier les sempiternels clubs de sport épuisants (en plus de leur cursus, les lycéens japonais sont sommés d'intégrer un club, souvent de sport, Yugo choisit l'équitation plus pour se raprocher de la jolie Kiki que par passion des canassons). Il se demande vite comment va-t-il faire pour survivre dans cette galère !
Dès le début de son histoire Hiromu Arakawa a réussi à bien camper des personnages secondaires attractifs et pittoresques ce qui aide à rendre le manga attachant.
Outre les péripéties drolatiques des mésaventures minuscules de Yugo, le manga est très intéressant par ce qu'il nous apprend, un peu en contrebande, comme Bakuman, sur le Japon d'aujourd'hui. Ainsi on croit comprendre, petit à petit, que Yugo a fait son étrange choix surtout pour fuir la pression familiale qui s'exerçait sur lui. Ce devoir de réussite accable nombre de jeunes japonais et parfois les tue! On voit aussi combien est grande la coupure entre le centre et la périphérie au japon, certainement plus grande qu'en France ce qui est probablement due à la géographie du pays qui est un archipel très étiré. Silver spoon nous renseigne aussi sur les traditions d'Hokkaido, l'ile du nord du pays (à ce propos il faut lire « Chronique japonaise » de Nicolas Bouvier) et fait découvrir aux lecteurs les tradition de cette froide ile qui est un peu en marge de la société japonaise (elle n'a vraiment été intégrée au pays qu'au début du XX ème siècle), y compris japonais, par exemple cette curieuse course de chevaux auxquels on attelle un traineau lesté.
Le dessin de la mangaka est très propre et clair, c'est un manga « blanc ». Elle utilise peu de trames et ne se perd pas en détails graphiques superflus, chaque trait est utilitaire.
Il semblerait que la très discrète Hiromu Arakawa, il n'y a presque aucune photo d'elle, se soit cette fois inspirée de son enfance qu'elle a passé dans une laiterie de Hokkaido (l'ile du nord du Japon) où se déroule Silver spoon.
Le manga qui au Japon en est au volume 6, a connu un succès inattendu. Le tirage de ce sixième volume y culmine à 1 million d'exemplaires! Mais ce succès n'est peut être pas aussi surprenant que cela à un moment où le gouvernement japonais s'inquiète enfin de la dépendance du pays envers ses importations en matière de nourriture.
Seul a ce jour le premier volume de la série est disponible en France. On attendra avec impatience la suite de ce manga aussi instructif qu'amusant.

Newton McMahan
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