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humeur cinematographique

Watchmen un film de Zack Snyder

3 Juin 2025, 06:43am

Watchmen un film de Zack Snyder

 

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Avec “Watchmen”, au bout de son troisième film adapté d’une bande dessinée, après Sin city et 300, Zack Snyder a enfin réussi à animer les images de son film qui n’est plus comme c’était le cas dans les deux précédents une sorte de diaporama, une suite de cases de bande-dessinée. Dans “Watchmen”, on bouge beaucoup dans le cadre qui reste néanmoins bien construit. Autre grand avantage par rapport aux deux autres films est son scénario ébouriffant, une uchronie barge. Nous sommes en 1985, Richard Nixon a été élu une troisième fois à la présidence des Etats-Unis. Son pays a gagné la guerre du Viêt-nam grâce à l’aide des supers-héros en particulier du Docteur Manhattan, un savant physicien qui a été irradié dans un accident ce qui l’a transformé en une sorte de dieu invincible. La fugitive image, tout à fait croquignolesque, des faces de citron vietmins prosternées devant le super-héros d’un beau bleu musculeux la bite au vent me parait être le fantasme type du pédé fasciste. Les mêmes super- héros ont liquidé les journalistes Woodward et Bernstein du Washington Post d’où l’absence dans cet univers parallèle d’affaire Watergate. Sous la pression populaire, l’administration américaine a fait une loi interdisant dorénavant les supers-héros de se mêler des affaires publiques. Et c’est bien le problème auquel doit faire face Nixon au début du film, toute l’histoire antérieure nous est narrée au moyen d’habiles flash-backs, est que les soviétiques menacent les Etats -Unis d’une guerre nucléaire, à cause du conflit afghan. Les américains ne peuvent éviter la guerre sans l’aide des super-héros qui dans le même moment se font décimer par un tueur mystérieux.
Voilà de quoi ne pas s’ embêter, les rebondissements sont permanents. Mais le plus intéressant de “watchmen” se trouve dans les interstices des péripéties du scénario, comme de faire du méchant (enfin ce n’est pas si simple que cela) un pédé maniéré qui s’est fait la tête du Bowie peint par Pellaert. On peut aussi se réjouir de l’image de New-York qui est la toile de fond de toute cette histoire abracabrantesque, avec les deux tours jumelles et les putains mammaires de la 42 ème rue.
Je ne vais pas vous dire que “Watchmen” va vous plonger dans des abîmes de réflexion mais c’est un véritable plaisir pour les yeux... et puis je me serais bien vu vivre dans cet occident alternatif.
La B.O. du film est tout a fait passionnante par sa qualité et aussi par le choix inattendu des morceaux qui la compose qui n’est pas vraiment au diapason de la morale que l’on pourrait tirer de Watchmen puisque l’on y retrouve Léonard Cohen, Simon and Garfunkel, Bob Dylan...   

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Close un film de Lukas Dhont

19 Mai 2025, 09:40am

30 mai 2022

Eden Dambrine l'acteur vedette de Close

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Close film du Belge Lukas Dhont, en lice pour la Palme d'Or, suit Léo (Eden Dambrine) et Rémi (Gustav de Waele), deux garçons de treize ans, amis à la vie à la mort. 

 

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L'insouciance de leur enfance dans la campagne belge, rythmée par les récoltes de fleurs dans les champs à perte de vue qui entourent leurs maisons, va être percutée par l'entrée au collège.

 

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Tout à coup, le regard de leurs congénères sur cette amitié trop fusionnelle, trop physique à leurs yeux, va s'immiscer: si Rémi ne change rien à son comportement, Léo va peu à peu s'éloigner, désireux de faire plus "garçon" pour mieux coller à la norme masculine dominante: hockey sur glace et burgers, plutôt que promenades champêtres et inventions d'histoires.

 

 

 

 

La première chose qu’il faut dire est que la vision de Close est une épreuve. Certes je suis une mauviette et un coeur d’artichaut mais j’ai passé la seconde moitié du film à tenter de retenir mes larmes. Le cinéaste aurait pu abréger notre douleur d’un quart d’heure, le film en aurait été que meilleur.

Maintenant je conseille à ceux qui n’ont pas encore vu le film et veulent le voir de ne pas aller plus loin dans la lecture de ce billet car je vais gravement déflorer le scénario de Close.

 

 

Tout d’abord il y a l’été, dans la campagne belge, les vacances, deux garçons s’aiment d’amour tendre. Il y a Rémi le brun (Eden Dambrine) et Léo le blond (Gustav de Waele). Amis depuis toujours, Ils sont plus que des frères. Ils sont aussi voisin, leurs familles habitent près l’une de l’autre. Ils ont environs douze ans. Bientôt c’est la rentrée. Ils intègre le collège. Leur amitié fusionnelle interroge et même provoque l’hostilité chez quelques un de leurs camarades. Mais une sorte de boutade lancé par une camarade un anodin: « Vous êtes ensemble ? » va profondément déstabiliser Léo, faire qu’il va s’interroger sur le sens des petits gestes d’affection qu’ils échangent. Est ce la peur d’être jugé trop féminin Léo, petit à petit s’éloigne de Rémi. Léo choisit d’entrer dans l’équipe de hockey sur glace du collège. Un sport brutale en opposition avec l’amour de la musique de Rémi (?). Même s’il n’abandonne pas Rémi, Léo fréquente d’autres garçons. Rémi en est jaloux. Il voudrait Léo pour lui tout seul. Le fossé devient de plus en plus grand entre les deux amis. Rémi ne pouvant le supporter se tue. Léo est désespéré et tente en vain tout les subterfuges pour oublier Rémi mais il lui manque trop.

C’est ce j’ai vu dans ce film qui fait passer cette histoire tragique presque uniquement par les images qui sont belles et pudiques. C’est en cela que Lukas Dhont est un grand cinéaste. Il a confiance en l’image. Certes il est bien servi par son chef opérateur, Frank van den Eeden qui jouant subtilement sur les couleurs des saisons parvient à matérialiser la durée de l’intrigue soit environ une année scolaire. Si les gros plans sur les visages, en particulier sur ceux des deux garçons sont privilégiés se que l’on retient surtout c’est la magnificence des travellings des garçons courant dans les champs de fleurs mais encore plus ceux où l’on voit les deux amis faire la course montés sur leur bicyclette. Si bien qu’un autre spectateur pourrait avoir une compréhension légèrement différente de l’intrigue. On peut être bouleversé par « Close » sans entendre un mot du dialogue qui n’est vraiment significatif que dans une scène. La densité de l’image parvient à nous faire ressentir ce qui se passe dans la tête des personnages.

 

L’absence d’explications, de voix of ou de dialogue signifiant fait que l’on comprend certains éléments de l’intrigue bien après leur première apparition sur l’écran. Ainsi on ne comprend pas d’emblée que les parents de Léo sont pépiniéristes. Il font pousser des fleurs. Ce métier d’une part permet de réaliser de belle images comme la course des deux garçons dans un champ de fleurs et d’autre part, peut induire que Léo qui aide ses parents dans le travail des fleurs est près de la terre, on le voit les mains maculées  de glaise, qu’il est près du concret plus que Rémi qui a la tête dans la musique et dans ses rêves.

 

 

Close est un film qui oblige, par sa construction, son spectateur à réfléchir, pendant et surtout après avoir vu le film

Peu informé verbalement sur ce qu’il voit sur l’écran, le spectateur se posera beaucoup de questions dont la plupart ne trouveront pas de réponses; comme celles que se posent les parents de Rémi sur les causes du suicide de leur fils. L’une des interrogations qui immédiatement s’est imposée à moi après avoir vu tout le film, est pourquoi la mère de Rémi réagit avec tant de violence lorsque son fils s’enferme à clé dans la salle de bain, salle de bain où elle découvrira quelques semaines plus tard le corps sans vie de son fils. Le garçon aurait-il déjà fait une tentative de suicide? Ce qui pourrait expliquer la réaction violente de Léo lorsqu’un de ses camarades de classe lui dit que Rémi avait toujours l’air heureux. Léo lui rétorque avec hargne qu’il n’avait pas le droit de dire cela, qu’il n’en savait rien. Qu’est ce que Léo savait du mal être de son ami? Mais alors son éloignement de Rémi ne serait pas le seul motif de la funeste décision prise par son ami? Mais dans ce cas pourquoi endosse t-il la responsabilité de la mort de Rémi? En définitive ce qui a déclenché l’acte suicidaire du garçon reste mystérieux, ce qui est presque toujours le cas lors d’un suicide. Entre Léo et Rémi il ne s’agissait pas à priori d’une rupture définitive mais plutôt d’une brouille. Rémi semblait avoir des parents attentionnés et aimants. Il avait subit des moqueries au collège mais pas plus que d’autres, ce qui est montré, et avait fini par bien s’intégrer dans le groupe… On peut être également surpris de la proximité de Rémi avec son frère ainé (Igor Van Dessel très bien aussi dans ce rôle opaque); s’interroger sur le couple que forme les parents de Rémi… etc… etc…

 

 

La beauté des deux garçons irradie. Beauté qui fait fructifier l’excellence de leur qualité d’acteur. Comme celles du reste du casting qui est excellent, une mention spéciale à Émilie Dequenne bouleversante en mère de Rémi.

Le film aborde un thème presque jamais traité au cinéma et ni ailleurs l’amour entre deux enfants, en fait ici deux pré-ados et un autre presque aussi tabou qui à ma connaissance n’avait été jusqu’à »ici brisé que par « La chambre du fils » de Moretti, l’impossibilité de « faire son deuil » expression détestable on ferait son deuil comme on ferait caca. On tirerait la chasse d’eau et fini. Ceux qui ont inventé ce fallacieux concept ne savent pas ce que signifie perdre un être que l’on a aimé sans doute ne savent ils pas ce que c’est qu’aimer… La dernière scène du film suggère que Léo n’oubliera jamais Rémi. Oh certes il n’y pensera pas à chaque instant de sa vie. Mais durant toute la marche de son existence qu’on espère longue pour lui il sentira cette perte comme un caillou dans sa chaussure et cela jusqu’à son dernier pas…   

 

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"Amis depuis toujours, Léo et Rémi sont trop +close+ (proches, ndlr) aux yeux des autres, ils vont beaucoup se faire juger, surtout quand Léo va vouloir être dans le groupe des garçons cool", résume Eden Dambrine.

 

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Le réalisateur et ses deux jeunes acteurs

 

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LETTRE À MOMO, UN FILM D'HIROYUKI OKIURA

19 Mai 2025, 09:37am

Lettre à Momo : Affiche

 

Pour toujours enfoncer le même clou, je vais redire que l'animation japonaise ce n'est pas Goldorak et que les longs métrages de l'animation japonaise qui ont la chance de sortir sur les écrans français sont supérieurs à tous les autres films distribués dans notre pays. Deuxième point qu'il faut rappeler également l'animation japonaise ne se résume pas à Miyasaki père, génie certes mais pas talent isolé. Il suffit de citer Ichii, feu Satoshi Kon, Mamoru Hosoda, Isao TakahataKeiichi Hara et bien d'autres. Si vous êtes courageux vous pourrez lire les quelques billets que j'ai consacrés à certains de leurs films...

 

Lettre à Momo : Photo

 

Or donc, actuellement, sur malheureusement bien peu d'écrans (j'ai du mal à comprendre la politique du distributeur de ce film qui a pris le soin d'en faire une version française en regard d'une distribution aussi chiche; mais on peut penser que c'est pour une prochaine édition en dvd et blue-ray, ce dernier support est toujours à privilégier pour les films d'animation, donc si vous avez raté ce film en salle vous pourrez sans trop tarder vous rattraper.) on peut voir la nouvelle merveille des animés nippons, « Lettre à Momo ».

 

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A bord du bateau qui emmène Momo avec sa mère sur l'ile de Shio (ile imaginaire mais précisément située dans la mer intérieure du Japon, mer de Seto, les lecteurs de Manabé Shima de Florent Chavouet ne seront pas dépaysés... Le réalisateur, enfant, y passait ses vacances d'été...) où elles vont désormais vivre. Momo, à l'orée de l'adolescence, déplie une feuille de papier où sont écrits ces seuls mots: << Chère Momo >>. Un flash-bach nous apprend bientôt qu'elle a trouvé cette lettre inachevée sur le bureau de son père qui vient de mourir, océanographe il a disparu en mer. La dernière fois que Momo a vu son père, elle s'est disputé avec lui. Hantée par ce souvenir, Momo à le coeur lourd. D'autant que l'ile où la conduit sa mère, qui y a passé son enfance, est pour Momo, qui vient de Tokyo, vécu comme un lieu d'exil. Shio est habitée par une population vieillissante vivant pour l'essentiel de cultures ancestrales élaborées à flanc de colline. Mais à peine arrivée dans la vieille maison qui sera désormais leur demeure, déboulent trois truculents et très encombrants yokais sortis du folklore japonais, que seule Momo voit. Ces trois créatures sont caractérisées à l'extrême. Il y a le râleur au nez en museau, le géant affamé qui ressemble au Bluto de Popeye et le chétif souffre douleur. Ils vont bouleverser la vie de Momo, et celle de toute l'ile. Maisvont se révéler bien autre chose que de navrants goinfres...

 

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Comme tous les grands dessins animés japonais, « Lettre à Momo » peut se lire à différents niveaux. S'il réjouira les enfants, disons à partir de sept ans, il captivera les adultes, d'abord par la beauté du dessin et surtout parce qu'il aborde des sujets qui peuvent toucher tout à chacun, comme celui de comment vivre un deuil et comment faire partager ou pas sa douleur. Le film intéressera également tous les passionnés de la culture japonaise avec cette nouvelle intrusion dans le monde moderne des yokais, un des symboles de la culture populaire ancestrale nippone. « Lettre à Momo » s'inscrit aussi dans les problématiques les plus actuelles de la politique japonaise, comme la désertification des campagnes; souvent dans l'archipel elles ne sont plus habitées que par des vieillards, et dans ces conditions, se pose à court terme, la survie de l'agriculture, à un moment où le gouvernement Abe veut réduire les aides aux agriculteurs et d'une manière assez contradictoire prône une plus grande auto-suffisance alimentaire pour le Japon.

 

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Lettre à Momo est très ancré dans l'histoire et la tradition japonaise. L'émouvante dernière séquence se réfère au festival de Miajima (on peut aller voir mes photos de cette ile et de son célèbre torii: essai d'épuisement photographique du grand torii de Miajima, Japon ), tradition qui vise à apporter force et bonne santé aux plus jeunes habitants de l'île. Le principe étant de pousser un bateau de paille enflammé dans la mer afin qu'il se consume au milieu de l'eau. C'est une fête qui fait directement référence à la Seconde Guerre mondiale, les aînés souhaitant voir leurs enfants revenir sains et saufs de la guerre 

 

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Comme très souvent dans les animés japonais de qualité, le décor est très soigné mais aussi la typographie avec ses repères, une maison, un village, une ile, endroits à la fois immuables et changeants selon les saisons. Ces éléments prosaïques peuvent se muer en véhicules de la fantasmagorie...

Le public européen sera peut être dérouté par le mélange typiquement japonais de mélodrame et d'humour trivial, les yokais pètent pour repousser des sangliers ou effectuent une danse grotesquement lascive pour entrer en contact avec l'au-delà!

 

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On retrouve dans « Lettre à Momo » des constantes de l'animation japonaise (Certes vous pourrez me rétorquer bien des contre-exemples mais tout de même). Le voyage initiatique qui marque la fin de l'enfance et l'entrée dans l'adolescence comme dans le « Voyage de Chihiro), l'absence du père comme dans « Les enfants loups », le drame familiale comme dans « Les enfants loups, « Mon voisin Totoro », « Colorful », la fuite de la grande ville pour une campagne réparatrice des maux comme dans les « Enfant loup », « Mon voisin Totoro », « Arrietty », « Mai Mai Miracle », la nostalgie pour le Japon apaisé des petites villes et des vieilles demeures comme dans « Arriety », « La colline aux coquelicots», « La traversée du temps », « Summer wars », l'irruption de créatures surnaturels souvent issues des vieilles légendes comme dans « Mon voisin Totoro », « Pompoko » et surtout « Un été avec Coo » où un Yokai, un kappa, est au centre du film (le renouveau des yokais dans l'imaginaire nippon doit tout au mangaka Shigeru Mizuki, l'auteur de NonNonBâ. A ce sujet on peut voir mes billets: NomNomBâ de Shigeru Mizuki et  des Yokai par Shigeru Mizuki ). Tous ces points communs avec de nombreux animés japonais de grande qualité font de « Lettre à Momo » un film archétypal de l'animation japonaise; c'est peut-être là sa limite.

 

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Le cinéphile trouvera aussi grandement son compte dans cette « Lettre à Momo » passé l'effet de surprise qu'il constitue pour tous ceux qui attendaient, depuis 1999, après le chef d'oeuvre incontestable qu'est « Jin-Roh, la brigade des loups », fable uchronique violente, passionnante, sur le totalitarisme, quand il s'apercevra que le deuxième film d'Hiroyuki Okiura n'a rien à voir, sinon par sa qualité graphique, avec le premier opus du cinéaste. En regard de ce deuxième film on voit combien la patte d'Ichii, (Ghost in the shell) qui est un peu le mentor d'Hiroyuki Okiura, scénariste de Jin-Roh était présente dans ce dernier. Pour son deuxième film Hiroyuki Okiura en a cette fois écrit le scénario. Le spectateur habitué de l'animation japonaise repèrera plusieurs hommages du réalisateur à ses maitres et confrères. Plusieurs séquences sont quasiment des citations de Miyazaki, la rencontre des esprits sous la pluie, l'attaque des sangliers, l'apparition des esprits sous la forme de gouttes (« Princesse Mononoke) et les esprits font beaucoup penser à ceux du « Voyage de Chihiro ». Les trois yokais par leur truculence et leurs maladresses évoque les S.D.F de « Tokyo Godfather »...

 

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D'autre part Questionné à propos du réalisme apporté à son film d'animation, Hiroyuki Okiura avoue s'être inspiré de l'un des maîtres de l'animation japonaise, Isao Takahata et de son film Kié la petite peste : << C’est un film avec une forte composante burlesque et néanmoins chaque détail concernant les personnages est décrit avec le plus grand soin : leur personnalité, leurs gestes, leur manière de marcher ou de se retourner quand on les appelle, ils ressemblent tous à des personnes réelles. J’ai rarement vu de film d’animation qui prenait autant de soin pour détailler des gestes du quotidien >>.

 

Lettre à Momo : Photo

 

Le film s’étale sur deux heures. Pourtant on ne s’y ennuie pas, tant le rythme du film est maîtrisé de part en part, jusqu’à un final digne des moments les plus Shinto du grand Miyazaki. 

Le cinéaste s'est entouré d'une équipe chevronnée. Hiroyuki Okiura et le chef de l'animation Masashi Ando avaient déjà travaillé ensemble par le passé sur le film Paprika (2005) de Satoshi Kon. Masashi Ando était alors déjà superviseur de l'animation tandis que Hiroyuki Okiura était l'un des nombreux animateurs.

Techniquement le film a été réalisé par une méthode d'animation classique, animation en deux D avec du papier et des crayons; ce qui confère à l'ensemble un extrême réalisme que ce soit dans la fluidité des mouvements des personnages ou dans l'expression de leur visage aux traits pourtant assez simples. Le réalisateur a néanmoins eu recourt au travail par ordinateur pour quelques séquences, comme celle de la course poursuite. Les décors sont dus à Hiroshi Ono, responsable des déjà de ceux de « Kiki la petite sorcière » même si l'esthétique générale fait plutôt penser aux films de Mamoru Hosoda (La traversée du temps).

 

Lettre à Momo : Photo

 

L'une des particularités des auteurs japonais de films d'animation, c'est de ne pas craindre d'aborder les sujets les plus difficiles comme la destruction de Tokyo par un tremblement de terre dans Tokyo magnitude 8, le suicide des adolescents dans Colorful, la mort d'innocents durant les guerres dans Le tombeau des lucioles... et de le faire, en règle générale, avec beaucoup de sensibilité et de justesse. « Lettre à Momo » en est un bel exemple. 

 

 

Lettre à Momo : Photo

 

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SON FRÈRE DE PATRICE CHÉREAU

19 Mai 2025, 09:00am

 



France, 2003, 1h 40mn

Réalisation : Patrice Chéreau, scénario : Patrice Chéreau, Anne-Louise Trividic d’après le roman de Philippe Besson, image : Eric Gautier, son : Guillaume Sciama, montage : François Gédigier, costume : Caroline de Vivaise

Avec : Bruno Todeschini, Éric Caravaca, Maurice Garrel, Catherine Ferran, Robinson Stévenin, Antoinette Moya, Fred Ulysse, Nathalie Boutefeu, Sylvain Jacques, Pascal Greggory

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Résumé
Alors qu’ils ne se voyaient plus depuis plusieurs années, Thomas, l’ainé rend une visite inopinée à son frère, Luc, pour lui demander de l’aider à affronter la grave maladie dont il est atteint. Le film nous fait vivre la rédemption de Thomas par la maladie et la découverte de l’amour fraternel par les deux hommes jusque là séparés par le favoritisme dont avait bénéficié l’ainé et l’homosexualité du cadet.

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L’avis critique
"Son frère" commence bien, par une audace cinématographique : un long monologue, face à la mer, pour être plus précis devant la côte sauvage du Croisic, dit par un des plus beaux veillardx du cinéma français, Maurice Garrel. Ce personnage dont on ne saura que peu de choses, reviendra plusieurs fois, apportant une aération à la relation étouffante entre les deux frères. Dans cette première scène, comme dans toute son œuvre, Chéreau revendique son héritage théâtrale pour en faire un objet éminemment cinématographique dans son film le plus naturaliste.

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Dans naturaliste il y a naturel, et ici les acteurs sont doublement nus, sans maquillage et  souvent montrant la nudité de leur corps. C’est avec évidence que le réalisateur montre le sexe de ses acteurs quand celui-ci n’est plus objet de désir, mais morceau oublié du corps souffrant. Pourtant dans ces abandons, dans cette douleur, l’érotisme est présent comme il l’est dans bien des descentes de croix des peintres de la renaissance... Il y a du Montegna dans le Chéreau de "Son frère" qui érotise avec tact les corps malades. Grand plaisir des yeux et des sens que de découvrir au coin d’un cadre, toujours très étudié, le torse tatoué du jeune voisin de chambre d’hopital de Thomas. Une des scènes les plus émouvantes et les plus sensuelles  est la rencontre, au détour d’un couloir de l'hopital entre Luc et un adolescent (Robinson Stévenin, troublante résurrection du jeune Pierre Clémenti) « ouvert comme un poisson » ce dernier montrant  à Luc sa couture avec la même volupté pudique que s’il lui faisait découvrir son sexe.

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Très belle image sensuelle aussi que celle de luc et de son ami enlacé nus sur leur lit. On a un peu de mal à reconnaître dans cet ami Sylvain Jacques, le Tadzio brun de "Ceux qui m’aime prendront le train". Le temps l'a défait avec délicatesse...  Nous découvront son émouvante nudité, montrée avec évidence. Rarement la nudité dans le couple aura été montré avec autant de vérité et de simplicité. La caméra est presque toujours très près des acteurs, peu de plans larges, les suivant avec fluidité grâce au steadycam.
Le cinéaste définit ainsi le thème de son film : << Le sujet du film ce n’est pas la maladie; mais un homme qui découvre que toute sa vie était basée sur un mensonge, sur une force présumée, qui finalement n’est pas là. Il n’a pas la volonté de décider d’en finir, ni de se battre. C’est ce qui arrive quand une personne d’un narcissisme énorme est atteinte physiquement…C'est un film sur les corps et sur la manipulation d'un corps en particulier. C'est un film sur les peaux, sur la dégradation d'un corps qui était sans doute très actif et qui, là, est contraint de se laisser manipuler. Il devient passif et abandonné, on le regarde, on le compare aux autres corps, ceux qui sont en bonne santé.>>

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C’est un vrais tabou qu’aborde le cinéaste, le désir sexuel du malade, de celui qui se sait condamner, de la dernière fois et le regard de l’autre face à ce corps qu’il ne reconnaît plus et qui n’éprouve plus qu’un mélange de répulsion et de pitié à la place du désir d’hier. C’est tout cela qui passe dans le regard d’Alice (Nathalie Boutefeu) la compagne de Thomas.

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Si tous les comédiens sont admirables, Chéreau a convoqué sa troupe,  Pascal Gregorry fait une apparition la grande réussite du film doit beaucoup aux deux comédiens principaux, Eric Caravaca, terrien, un peu gauche à mille lieu du cliché du gay urbain, et Todechini, christique, pour qui la maladie rédemptrice lui fera découvrir l’autre.

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Il faut dire que que le scénario leur offre des personnages très riches. Luc souffre de la désaffection de ses proches à cause de son homosexualité, mais presque comme d’autres pourraient en souffrir pour d’autres raisons.

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On sort bouleversé de ce film aux images parfois très dures, comme celles de  la préparation pour l’opération, le  rasage du corp de Thomas en temps réel. Les scènes se déroulant à l’hopital sont traitées comme dans un documentaire alors que le moindre costume, cadrage sont choisis avec beaucoup de soin. C’est la grande force de Chéreau de nous faire croire que son cinéma est naturalisme, alors qu’il est le comble du construit, du concept; de cette confrontation il fait naitre l’émotion.

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Ce très grand film était au départ destiné à la chaine de télévision Arte. Chéreau s’est complètement approprié cette commande de l’adaptation du roman éponyme de Philippe Besson qui lui permet aussi de représenter également très finement l’homosexualité. Chéreau a modifié le livre dans lequel c’était le frère cadet, et le plus doué, qui mourrait. Autre différence importante, dans le livre il s’agissait de retrouvaille les frère s’était aimé avant de s’éloigner l’un de l’autre alors que dans le film ils ne se sont jamais aimé ce qui rend l’engagement de luc envers son frère beaucoup moins évident et plus fort. Philippe Besson, ravis de cette trahison déclara : << Chereau m’a trahi et je le félicite. Bien sûr, nous avons accompli la même démarche à travers une histoire de frère, de mort et d’amour. Mais dans le film, on retrouve les propres histoires de Patrice Chéreau hanté par la mort d’Hervé Guibert et de Bernard-Marie Koltes. Certaines scènes absentes du roman sont inspirées par des photos de Guibert. Il avait besoin de parler de ses fantômes et "Son frère" est bien son film.>>.

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Rifkin’s festival un film de Woody Allen

15 Mai 2025, 06:55am

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Sue (Gina Gershon), la petite cinquantaine encore consommable, est l’attachée de presse du film de Philippe, un jeune cinéaste favori pour recevoir la récompense principale au festival de cinéma de Saint-Sébastien. Elle y emmène Mort, son mari nettement plus âgé qu’elle et passablement amorti, écrivain au devenir incertain mais ancien brillant enseignant de cinéma. Arrivé en Espagne de New-York E ne tarde pas à s’amouracher du jeune cinéaste sémillant son client et à laisser tomber son vieux mari hypocondriaque qui va découvrir les charmes du pays basque espagnole qu’il va découvrir grâce à une belle cardiologue (Elena Anaya).

 

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Mort est le porte-parole de Woody Allen, l’intellectuel new-yorkais type comme l’imagine Woody Allen: forcément juif, de Brooklynd bien, frustré et en analyse comme il se doit et surtout éminemment cinéphile. Mort rêve de cinéma ce qui nous vaut quelque hommage en image et en noir et blanc de la part de Woody Allen à quelques uns de ses cinéastes préférés: Bergman, Welles, Truffaut, Bunuel, Godard et plus étonnant Claude Lelouche mais  bien d’autres son cités Fellini, John Ford, Chaplin, Capra…

 

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Dans ce qui risque, hélas, mille fois hélas d’être son dernier film Woody Allen malicieusement nous offre un condensé de son cinéma avec donc un salut à ses pairs cinéastes, une tendre carte-postale comme lui seul sait les faire, de Saint-Sébastien, ville pour laquelle à la sortie du film on a qu’une envie s’est de prendre l’avion pour s’y rendre, une réflexion sur le couple, la vie et la mort (Christoph Waltz) avec laquelle Mort, sur la plage, engage une partie d’échec…

 

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Comme toujours chez Woody Allen le casting est aux petits oignon, à commencer par Mort, le double du cinéaste joué par Wallace Shawn, lui-même grand intellectuel que Woody Allen avait fait débuter au cinéma en lui donnant le rôle de Jeremiah, l’ex-mari de Diane Keaton dans Manhattan. On l’a revu chez Woody dans Radio Days(1987), Ombres et brouillard (1992), Le Sortilège du scorpion de Jade (2001) et Melinda et Melinda (2005). Il a aussi joué dans My dinner with André de Louis Malle. Et puis on peut le voir actuellement dans la formidable série  Young Sheldon préquelle  de la non moins formidable série Big bang théorie. Woody Allen s’explique de son choix d’avoir pris Wallace Shawn pour le rôle de Mort: << Wally possède un vrai talent pour la comédie, tout en sachant rendre ses personnages poignants. Mais surtout, c’est un véritable intellectuel. J’avais envisagé des acteurs qui étaient peut-être intellectuels, mais chez qui cela ne se ressentait pas. Du coup, je me suis demandé pourquoi ne pas carrément engager un comédien qui soit un vrai intellectuel. Dès l’instant où j’ai évolué dans ma réflexion, le nom de Wallace Shawn s’est imposé.>>. Le cinéaste a eu le même souci de ressemblance dans son choix pour le rôle de Philippe. Il cherchait un mauvais acteur français, un bellâtre qui se la pète, ça ne pouvait qu’être Louis Garrel dont la suffisance bovine a naguère plombée quelques film, en cinéaste prétentieux parfaite tête à claque, il est parfait. Le film permet aussi des retrouvailles agréables avec des comédiens que j’avais un peu perdus de vue comme Elena Anaya admirée dans Parle avec elle. Et La Piel que Habito   d’Almodovar et dans un rôle plus modeste Richard Kind, l’inoubliable  l'attaché de presse Paul Lassiter dans Spin City, ici en père de Mort.

 

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Avec Rifkin's on passe 90mn avec des gens presque tous intelligents dont on subodore qu'ils sentent tous bons, dans un hotel  superbe situé dans une ville non moins superbe à revisiter quelques grandes heures du cinéma guider par un émouvant professeur que demander de plus... 

Pour tout les amoureux de cinéma Rifkin’s festival sera un délice.

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LA VIE D'ADÈLE UN FILM D'ABDELLATIF KECHICHE

15 Mai 2025, 06:36am

 

 

On parle couramment de tranches de vie à propos d'un film ou d'un roman, il faudrait plutôt parler ici de pain de vie, tant le cinéaste nous fait sentir, sans aucun artifice de maquillage, à peine un changement de coiffure, le temps qui passe et qui corrode l'amour. Cette histoire d'amour entre Adèle et Emma se déroule sur une période de cinq à six ans; alors que le tournage aurait duré cinq mois. Lorsque Adèle rencontre Emma, elle n'est encore qu'une lycéenne de 17 ans (Emma doit avoir quatre à cinq ans de plus) et à la dernière image on vois Adèle devenue une femme cramée d'avoir connu le grand amour. On sait en la voyant s'éloigner seule, dans une rue de Lille, que quoi qu'il arrive désormais dans sa vie, elle ne connaitra plus un amour d'une telle intensité. Celui qu'elle a connu avec Emma elle l'écrira toujours avec un A majuscule.

Le but d'un cinéaste est-il de faire que le spectateur oublie qu'il est au cinéma et que ce qu'il regarde n'est pas joué mais qu'il observe un morceau de vie. Si c'est le cas Kéchiche y a parfaitement réussi et devient avec « La vie d'Adèle » un maitre. Le maitre du cinéma naturaliste, façon Pialat. Il y parvient si bien que l'on entre complètement en empathie avec Adèle au détriment d'Emma à laquelle on ne peut qu'en vouloir d'avoir casser le charme (hypnotique pour le spectateur) de son amour pour Adèle.

Je sais gré à Kéchiche d'avoir si bien montrer la jouissance au cinéma. C'est beau l'orgasme. Et puis pour qui n'est pas lesbienne c'est instructif, surtout pour un pédé, est-ce ainsi que les femmes jouissent? Je met un point d'interrogation car à la sortie de la salle j'entendais deux lesbiennes (c'est moi qui le subodore à l'écoute involontaire de leur conversation) qui disaient que c'était là l'amour lesbien filmé par un hétéro. Ah entendant cela j'ai compris la limite de ma critique, du moins sur ce point précis, n'étant ni lesbienne, ni hétéro, nul n'est parfait... Mais néanmoins je ne crois pas qu'il faille être homo pour pouvoir filmer les homos. Et puis je me doute que les lesbiennes ne jouissent pas toutes de la même manière, pas plus que les pédés aient les mêmes pratiques sexuelles ou que les hétéros fassent l'amour tous de la même façon...

 

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Une chose me paraît certaine, il y a désormais pour la représentation à l'écran de l'amour physique un avant et un après « La vie d'Adèle », où plus exactement il m'a semblé que pour la première fois on voyait le plaisir sexuel au cinéma, mais également le plaisir de manger, le plaisir de voir (belle scène au musée de Tourcoing) et le plaisir d'apprendre et de transmettre. Les scènes de classe sont remarquables. En un mot La vie d'Adèle est d'abord un film hédoniste.

Jamais auparavant devant une scène de sexe à l'écran je n'avais fait l'amour dans ma tête, comme je l'ai fait aujourd'hui, non avec un des acteurs (ou les deux) du film, mais avec un de mes anciens amants. C'est une expérience troublante, une sorte de dédoublement du temps et de la personnalité que j'ai subi durant ces longues scènes de sexe du film.

 

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J'ai été très impressionné par la beauté de ces corps de femmes emmêlés que le plaisir transfigure.

Ce qu'il y a de plus magique dans « La vie d'Adèle » c'est de nous faire le témoin de la transformation d'Adèle qui dans les premières séquence est une lycéenne quelconque et après sa rencontre avec Emma, épanouie par l'amour et comblé par le plaisir physique s'est métamorphosée en une belle jeune fille désirable et donc désirée.

Mais peut être encore plus impressionnant que le filmage du plaisir sexuel est celui du temps qui passe sur l'amour. La vie d'Adèle m'a enfin fait comprendre pourquoi on vieillit rarement avec son grand amour. Même si c'est une question encore beaucoup plus tabou que le représentation de la communion sexuelle dans une relation homosexuelle (et hétérosexuelle)...

 

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Je pense qu'il ne faut évacuer la notion d'homosexualité dans cet amour. Je ne crois pas que le film aurait été semblable si Adèle s'était éprise d'un jeune homme. L'image de l'hétérosexualité et surtout du couple hétérosexuel que donne « La vie d'Adèle » est très négatif. C'est celui d'un terne enfermement convenu que vivent les parents respectifs des deux filles.

Si on ne peut que louer l'abnégation des deux actrices principales, Léa Seydoux (que j'ai découverte dans La belle personne, le film de Christophe Honoré ) et surtout Adèle Exarchopoulos qui est dans chaque scène et presque dans tous les plans, quelle trouvaille de la part de Kéchiche, il ne faudrait pas oublier celle de leurs faire-valoir. Car tous les autres personnages, joués tous à la perfection, ne sont que des clichés de médiocres qui mettent d'autant en lumière la qualité des deux jeunes femmes. C'est à mon sens un des seuls défauts du film d'avoir fait des personnes qui gravitent autour du couple des caricatures, surtout dans la deuxième partie; si bien que l'on ne comprend pas comment Emma et Adèle peuvent accorder la moindre estime à de tels ringards. C'est un tour de force des comédiens que de rendre crédible ces navrants personnages. Je pense en particulier à Aurélien Recoing qui en une scène campe d'une manière magistrale le père bas de plafond, comme un ciel de Lille, d'Adèle et à Salim Kéchiouche parfait en dragueur maladroit qui en deux scènes fait exister la personnalité indigente de son personnage. Certes chaque personnage sonne juste, mais leur juxtaposition en fait une caricature de la société française de 2013.

 

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Je crains que les scènes époustouflantes de sexe occulte bien des choses que dit le film, sur la société française (et sur le cinéaste). Première remarque Kechiche n'est pas tendre avec ses coreligionnaires, les deux figure « d'arabe » ne sont guère valorisante, il y a d'abord la copine d'Adèle, véritable harpie homophobe puis Samir, interprété par Salim Kéchiouche, dragueur macho pas méchant mais particulièrement bête, mais « les gaulois » ne sont pas gâtés non plus... Le regard acerbe de Kéchiche traverse toutes les classes de la société, le père prolo d'Adèle est tout aussi regrettable que le pérorant directeur de la galerie dans laquelle expose Emma.

 

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Ce que montre le film au delà de la médiocrité de l'entourage est un la fois une totale impudeur, lorsque les copines de classe d'Adèle lui font subir un véritable interrogatoire sur ses pratiques sexuelles et amoureuses et un formidable égoïsme et manque total de civilité lorsque les parents bourgeois d'Emma pour recevoir l'amie de leur fille concocte un repas composer de fruits de mer sans s'enquérir des goûts d'Adèle. Deux situations qui étaient impensables au temps lointain où j'avais l'âge des deux amoureuses. Cela en dit beaucoup sur la dérive sociétale de la France. Mais qui le verra.

 

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Seul semblent être sauvé au yeux du cinéaste les jeunes du moins certains, d'abord les camarades de classe d'Adèle et surtout dans la deuxième partie du film, les enfants dont s'occupe Adèle, devenue institutrice, sont regardés avec bienveillance par Kéchiche. Mais qu'ils sont laids ces moutards! Avec les séquences d'Adèle en classe lorsqu'elle est lycéenne puis la même, quelques années plus tard, toujours dans une classe, mais cette fois institutrice de cour préparatoire apprenant aux enfants à lire, peu de film m'aura fait voir que contrairement aux apparences je n'habite plus le pays dans lequel je suis né... J'ai remarqué que la classe du lycée est plus calme de celle du cour préparatoire où les enfants semblent incapable de se concentrer.

 

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Les deux séquences scolaires, chacune dans une partie du film sont filmées en miroir. Cette construction se retrouve plusieurs fois par exemple à la première discussion en été, entre les deux filles sous le magnifique magnifique platane du parc public, répond l'endormissement mélancolique sous le même arbre en une après midi automnale, à la fête chez Adèle et Emma, lorsqu'elles sont heureuses en couple fait écho celle du vernissage qui clôt le film. Mais est-ce vraiment la fin, le sous titre de « La vie d'Adèle », partie 1, partie 2 peut faire penser que le cinéaste envisage de tourner une partie 3, une partie 4...

 

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Certaines scènes sont d'une très grande maîtrise, notamment dans cette façon presque gênante de ne jamais lâcher le regard des personnages, de transiter de l'un à l'autre, de coller au plus près des visages pour déceler une vérité profonde. Ce qui fait queLe cinéma de Kechiche n'est pas agréable ou confortable dans son regard sur l'autre.

 

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Ce que l'on voit à l'écran se sont des séquences dont certaines sont étirées jusqu'au malaise (encore Pialat), mais ce qui est aussi important c'est ce qui n'est pas sur l'écran. Kéchiche pratique aussi l'ellipse sauvage. Si on ne voit plus les parents d'Adèle dans la deuxième partie du film, on se doute que c'est parce qu'il y a eu rupture avec leur fille. Mais contrairement à la bande dessinée dont le film est vaguement inspiré (Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh), le cinéaste a choisi de ne pas montrer cette scène. Autre ellipse qui a provoqué mon interrogation, celle où l'on passe d'Adèle dévastée après sa rupture avec Emma à Adèle lors de la fête de fin d'année de l'école où elle est institutrice. Comment a-t-elle terminée sa nuit de cauchemard après avoir été jetée par Emma, comment s'est-elle réorganisée alors que visiblement elle a coupé les ponts avec ses parents? Autant de questions que le spectateur, qui colle depuis le début du film à Adèle, ne peut que ce poser. Petite frustration pour le gay que je suis de ne pas voir plus développer le personnage du meilleur ami d'Adèle, très bien joué par Sandor Funtek que l'on suppose gay. Certainement à cause de scènes coupées au montage, on n'est mis face à la proximité des deux adolescents sans préambule explicatif.

 

 

 

Le brillant chef opérateur, Sofian El Fani filme constamment caméra à l'épaule, mais avec relativement peu de mouvements des caméras, avec peu de plans larges mais en restant souvent très prés des acteurs d'où un grand nombre de plans moyens, pour les scènes de sexe et de gros plans pour toutes les scènes d'intimité. La plupart des scènes ont été tournées en deux caméras. Sofian El Fani a privilégié les couleurs chaudes. Le cadre est soigné. Petite critique pourquoi avoir laissé quelques reflets parasites à l'image alors qu'aujourd'hui il est facile de les éliminer numériquement.

Depuis longtemps on avait pas vu un film ayant une palme d'or cannoise aussi riche, profond et novateur. 

 

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13 kleine Esel und der Sonnenhof un film de Hans Deppe

11 Mai 2025, 09:19am

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Allemagne, 1958, 1h 37 mn 

Réalisation Hans Deppe

Avec:Hans AlbersMarianne Hoppe

 

Josef Krapp (Hans Albers) est un globe-trotter. Il a une fois quitté sa femme Martha (Marianne Hoppe) pour parcourir le monde à la recherche d'aventures. Pendant ce temps, Martha s'occupait des orphelins, qu'elle plaçait dans son "Sonnenhof". Elle s'occupe des enfants avec amour et d'une main ferme. Josef réapparaît soudain dans le petit village. Pour les orphelins, c'est un cow-boy qui a toutes sortes d'histoires à raconter. Ils le prennent immédiatement dans leur cœur. Cependant, Martha craint que son mari ait une mauvaise influence sur les enfants. Ainsi surgissent rapidement des conflits qui semblent insurmontables. Martha, qui aime toujours son mari, exige qu'il parte immédiatement. Les enfants en sont fâchés. Cependant, lorsque Krapp les aide à sauver treize vieux ânes de l'abattoir...

Le film était basé sur le roman Thirteen Old Donkeys d ' Ursula Bruns.

Film conseillé à ceux qui aiment les anes et les culottes courtes.

 






















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Je me souviens de Lionel Melet

10 Mai 2025, 07:01am

Le ballet de Barry Collins dans une parade de cirque, 1979 :



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Jacques Martin "Le piano de la plage", 1979 :



Jacques Martin "Pauvre artiste", 1979 :

 

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LE REBELLE un film de Gérard Blain

9 Mai 2025, 16:00pm

France, 1980, 1h45
Réalisation: Gérard Blain, Scénario : Gérard Blain & André Debaecque, image: Emmanuel Machuel, son & mixage: Alex Pront, montage: Jean-Philippe Berger, musique : Catherine Lara
Avec Patrick Norbert, Michel Subor, Nathalie Rosais, Jean-Jacques Aublanc,  Françoise Michaud, Alain Jérôme, Robert Delarue, Germaine Ledoyen
Résumé
 
Pierre (Patrick Norbert) 20 ans, orphelin de père, il est mort d’un accident du travail, ne vit que pour le bien-être de sa petite sœur Nathalie (Nathalie Rosais), avec qui il vit seul, la mère se meurt à l’hopital. Le jeune homme  pourvoit à leurs besoins en commettant divers méfaits. Au cours de l'un d'eux, il fait la connaissance d'un riche promoteur homosexuel, Hubert Beaufils (Michel Subor). Il rencontre aussi bientôt un groupe de gauchistes qui l’incite à se lancer dans le combat révolutionnaire. A la mort de la mère, il doit pourtant obligatoirement trouver du travail pour conserver la garde de Nathalie… Il fait alors appel à Beaufils, qui lui propose son aide en échange d'une relation homosexuelle avec lui, ce que Pierre refuse catégoriquement. Peu après, il abat Beaufils en pleine rue. Nathalie, quant à elle, est placée dans une institution près de Calais, où Pierre va lui rendre visite...
 
L’avis critique
 
 
Avec Le Rebelle, on peut dire que Gérard Blain a tourné à la fois son premier film qui n’est pas directement autobiographique, on dirait aujourd’hui autofictionnel, mais aussi celui qui est le plus près de l’essence de l’homme qu’il était.
Quand je pense à Gérard Blain, ce qui m’arrive souvent (je lève mon verre de Whisky à ses mânes), le premier mot qui me vient à l’esprit est celui de rebelle. Dans son film qui a pour tite ce mot emblématique, est contenu toute la colère qui le consumait (il faudrait prononcer le mot colère avec la force, l’accent, la voix de Félix Leclerc...). Il fait dire à son héros ce qui aurait pu être sa devise: « Faut pas pleurer…Faut se battre ! »
Comme toujours dans les films de Blain, l’amour est le grand sujet, et comme toujours, il est empêché; le frère et la sœur, orphelins, seront séparés à la fin.
Pierre, comme le Paul du Pélican, le François de Jusqu’au bout de la nuit, est un hors la loi, rongé par une solitude intérieure, en révolte contre ceux qui possèdent argent et pouvoir. Il est indéniable que Blain se voyait, se vivait ainsi. Ne disait-il pas: << Avec la société, depuis que je suis né, je suis en état de légitime défense. >>
Ce serait un contre sens complet de faire de Gérard Blain un homophobe à partir de la figure de Beaufils (Michel Subor). Ce dernier n’est que le revers d’une médaille dont l’avers est le Philippe des Amis ( Philippe March ), archétype de l’éraste généreux. Beaufils est un prédateur, qui enlève, détruit, profitant de sa puissance financière pour exploiter, ici sexuellement, le faible. Alors que Philippe ajoute, construit, façonne. Il utilise son argent pour élever son jeune ami et pour faire taire la mesquinerie. Il est l’Homme accompli, alors que le personnage joué par Claude Cernay, autre figure homosexuelle dans l’oeuvre du cinéaste, dans Un enfant dans la foule, trop timoré n’est qu’ un reflet médiocre de Philippe... On peut penser, à leurs mines, que Beaufils est un parvenu, alors que Philippe est un aristocrate ou du moins issu d’une vieille famille de bien... S’il le voulait Beaufils pourrait agir comme Philippe, il en a les moyens, la comparaison avec Philippe ne fait que renforcer le dégout que le familier de l’oeuvre de Blain éprouve pour lui, et renforcer son empathie avec Pierre. Une fois de plus on constate que les personnages des films de Blain se répondent, s’enrichissent lorsqu’on les frotte l’un à l’autre.
On peut aussi considérer que les héros masculins principaux de ses films constituent un seul et même personnage dont on suit d’un film à l’autre la détresse, les évolutions, les révoltes, les quêtes; par exemple le personnages de Régis (Paul Blain), dans Ainsi soit il, est semblable au Pierre du Rebelle, en tuant l’assassin de son père. Gérard Blain, une ultime fois dans son oeuvre, dénonce le pouvoir exorbitant de l’argent.
A la manière d’Ozu, Blain part d’une situation intime, presque toujours douloureuse, qu’il parvient à sublimer à force d’épurer son style cinématographique. Comme le grand japonais, le français n’a repris dans ses huit films que des thèmes et des schèmes qui le hantaient, la mort, la famille, les rapports de domination...
La sœur est un personnage récurant dans la cinématographie du réalisateur. Comme le personnage de l’ainé homosexuel, elle a deux représentation diamétralement opposée. Elle est l’ennemie, celle qui est privilégiée et aimée par la mère, dans Les amis et Un enfant dans la foule; ou, au contraire, la complice attentionnée, dans Le second souffle et même, comme ici, l’être vénéré. 
Encore plus que dans Les amis ou dans Un second souffle, dans Le rebelle, le corps est omniprésent. C’est son corps, vécu comme un enjeu sexuel, qui mène Pierre à l’irréparable... On a le sentiment que chaque mouvement coûte un effort au garçon comme s’il était beaucoup plus pesant que son image le laisse penser. Pour cela le réalisateur a demandé à son acteur d’économiser ses gestes. Cette gestuelle minimaliste est encore plus ressentie par le spectateur du fait que les acteurs, et en particulier Patrick Norbert, s’expriment d’une façon atonale et parfois répétitive; en particulier pour le oui qui devient oui oui chez les dominés. C’est alors plus une marque de faiblesse qu’un signe d’assentiment.
Toutes les personnes qui apparaissent à l’écran sont filmées de la même manière qu’ils soient des figurants ou des premiers rôles, presque toujours frontalement, de manière a privilégier le regard. Le champ contre champ est rarissime dans le cinéma de Blain. C’est également pour traquer l’intériorité de ses acteurs qu’il privilégie les longs plans fixes. On peut en remarquer un particulièrement long, de près d’une minute! quand Pierre se restaure lors de son effraction chez Beaufils. 
Le cinéaste se souvenait du tournage du Rebelle: << Celui qui m’a donné le plus de mal à diriger c’est le gars du “Rebelle”. Cela a été un véritable bras de fer pendant tout le film! Il avait fait un film avant et heureusement que je ne l’ai pas vu, parce que je ne l’aurais pas pris. Il avait une tendance à jouer, à extérioriser trop, à jouer des sourcils. Je lui demandais toujours de jouer simple. Mais il est formidable dedans.>>
 

 

Si Pierre refuse le travail, s’il vole c’est parce qu’il est dévoré par une révolte indescriptible (il n’ a pas les mots pour formuler sa colère), une révolte sur laquelle les discours politiques ne peuvent avoir aucune prise, sa révolte est primitive et absolue. Elle n’est pas intellectuelle, elle est viscérale Gérard Blain considérait Pierre comme le personnage le plus moral de son oeuvre. C’est un personnage tragique à la recherche de son épanouissement mais barré par la puissance égoïste de l’argent (le seul déterminisme dans le cinéma de Blain est le déterminisme économique). Sa soif de justice l’empêche de s’intégrer à la société. Il est plus marginalisé que marginal. D’où la violence désespérée mais instinctive de sa réaction. Pierre abat Beaufils de manière purement instinctive. Pierre c’est Gérard Blain tel qu’il se rêvait. 
Avec des armes qui ne sont qu’à lui, son sens de l’ellipse, sa constante préoccupation du son pur, les films de Gérard Blain ne sont jamais en son direct mais toujours intégralement post synchronisé, concentrés de douleurs muettes, Le rebelle touche droit au coeur. Il affronte avec obstination ce qui fait l'essentiel de toute existence: le travail, le désir, le silence, la solitude, la mort. Ce cinéma saisit le réel de l'intérieur. Il répond ainsi  aux voeux de Grémillon pour qui aller au coeur des choses est la vocation du cinéaste.
 

 

Le Rebelle est un cri libertaire, pas un film politique, même si pour la première fois la politique fait intrusion dans l’oeuvre du réalisateur, où il s’agirait de mettre en images, de convertir en noeuds dramatiques une quelconque analyse partisane. Par ailleurs Gérard Blain exclut toute concession au misérabilisme et au spectaculaire. Nous somme en face d’un film musclé mais maigre qui relève plus d’un néo réalisme rossellinien que de toute autre école. Lors de sa sortie en salle Ilian Slakmon dans Positif trouvait des mots justes pour définir Le rebelle: <>. Le jansénisme de Blain intègre sa conception de l’image. Tous ses films sont tournés avec un seul objectif, un 50 mn, soit une focale moyenne. Cette rigueur intellectuelle (il détestait ce mot et n’aurait pas aimé que je lui applique) s’est aussi bien nourrie de la Nouvelle Droite que du Parti Communiste (le fait que dans le film Blain double la voix du militant communiste n’est pas anodin) ou du socialisme tricolore d’un Chevènement. Pour autant ces influences, ces compagnonages ne se sont confondus avec une de ses inspirations qui a donné naissance à l’un de ses films...
Gérard Blain était aussi un homme de fidélité, je peux en témoigner à titre personnel... Il aimait sur un plateau travailler en famille. Le Rebelle est le troisième film qu’il a co-écrit avec André de Baecque, après Les amis et Le pélican. C’est aussi la troisième fois qu’il confie la photographie d’un de ses films à Emmanuel Machuel, après Un enfant dans la foule et Un second souffle et avant Pierre et Djemila.Emmanuel Machuel  fut aussi, et ce n’est pas un hasard, assistant chef opérateur sur trois films de Robert Bresson...
 
Dans son hommage ému, Michel Marmin, scénariste de Pierre et djemila et d’Ainsi soit-il rappelle que Gérard Blain fut un compagnon de route fidèle (et inconfortable) du GRECE: << ... Dans Eléments (n°31, août 1979), l’article signé par Gérard Blain était significativement intitulé " Histoire d'une rébellion ". Il y présentait un film qu'il devait peu après réaliser, Le Rebelle (1980) justement. Je n'en étais pas le co-scénariste, mais le lecteur sera sûrement intéressé d'apprendre, au cas où il l'ignorerait, que l'un des principaux acteurs en était le chancelier du GRECE, Maurice Rollet, par ailleurs auteur de la belle chanson qui accompagne le générique du film. Parmi les projets que nous avions caressés, il en est un dont l'abandon m'a particulièrement chagriné : c'était un Don Quichotte moderne. Ce sujet qui lui allait comme un gant nous avait été suggéré par un autre rebelle dont l'amitié lui était chère : Jean Cau.>>.
 
Le tournage du Rebelle est donc contemporain de ses premières déclarations publiques et politiques ou plutôt métapolitiques, il ne cessera plus jusqu’à la fin de sa vie. En 1978, il publiait dans le Figaro, un texte intitulé Rappel à l’ordre, dont voici un court extrait: << Aujourd’hui les valeurs esthétiques sont comme les pièces détachées qu’il suffit d’assembler. La beauté ne prend plus le temps de naître sous nos yeux, puisque l’accélération et le gâchis que l’on fait de tout nous empêchent de regarder autour de nous et surtout en nous...>>. Voilà des phrases bien “raccords” avec Le rebelle. Leur actualité et leur pertinence, met en évidence combien il est utile de voir et de revoir l’oeuvre de Gérard Blain.
 

Gérard Blain

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HANNAH ARENDT, UN FILM DE MARGARETHE VON TROTTA

9 Mai 2025, 06:29am

 

 

Ayant choisi le 1er mai pour allez voir, la biopic d'Hanna Arendt (1906-1975), vous vous doutez bien que je ne suis pas adepte de l'usure de semelles derrière un quelconque calicot, la plus grande surprise ne fut pas le film, mais le fait que la salle du cinéma qui le programmait était archi comble. A tel point qu'un des employés de l'établissement, juste avant la projection, est venu voir s'il pouvait encore caser deux personnes. Je n'avais pas vu cela depuis ma pré-adolescence où le cinéma de la station balnéaire où je résidait ne commençait à projeter le film en saison que lorsque tous les sièges étaient occupé. Je ne me serais jamais douté qu'Hannah Arendt et sa théorie de la banalité du mal avait autant d'adeptes à moins que Finkielkraut est donné rendez vous à cette séance à tous les thuriféraires de la philosophe... Mais je n'ai pourtant pas aperçu le résistant de France-Culture dans la salle. Ma surprise fut redoublée lorsque je m'aperçu que l'assistance ne comptait pas que des chenus mais aussi de jeunes pousses.

Pas grand chose à dire de ce film qui est néanmoins à voir, ne serait-ce pour ceux qui l'auraient oublié, de leur rappeler l'importance d'Hannah Arendt dans l'histoire des idées au XX ème siècle, tant il est d'une impeccable facture classique. Les cinéastes semblent enfin, après Spielberg et son Lincoln, s'apercevoir que le format d'un film de cinéma est trop court pour narrer toute une vie. Margarethe Von Trotta s'est ainsi concentré uniquement sur l'épisode de la couverture en 1961 du procès d'Eichmann pour le New-yorker par la philosophe ( C’est elle-même qui, malgré son inexpérience du journalisme, a suggéré à William Shawn, directeur du magazine, de la charger de cette mission). Le film s'étend sur quatre année de 1961 à 1965. Son texte où elle expose sa théorie de la banalité du mal déclencha une vive polémique mais ce qui ulcère particulièrement les juif c'est surtout qu'elle dénonce le fait que des autorités juives ont aidé à la shoah.

Très intelligemment grâce à un retour en arrière qui laisse entrevoir la relation qu'entretenait Hannah Arendt avec Heidegger (Klaus Pohl). Le film évoque avec mesure la liaison entre la jeune Hannah Arendt et son professeur. La scène de leurs brèves retrouvailles après la guerre, au cours de laquelle elle somme Heidegger de s’expliquer sur son engagement nazi, est particulièrement réussie. on comprend l'intransigeance intellectuelle d'Hannah Arendt pour qui la raison doit toujours primer sur l'émotion comme le lui a appris son maitre à penser (Heidegger n'a pas vraiment appliquer son dogme dans sa relation avec le nazisme). Ce qui peut être audible aujourd'hui était parfaitement inentendable en 1961 par la communauté juive dont beaucoup des membres étaient des rescapés des camps de concentration. C'est ce paramètre que ne pouvait du fait de sa formation intégrer dans sa manière d'exposer ses arguments sur la question du mal. Ainsi son ami Yosef Hayim Yerushalmi lui reproche d’avoir condamné en bloc tous les conseils juifs et d’avoir contribué, par cette généralisation, à l’effacement de la distinction entre victimes et bourreaux. Un de ses meilleurs amis, Kurt Blumenfeld (Michael Degan), sioniste et père spirituel d’Hannah depuis sa jeunesse, l'accuse de vouloir défendre les bourreaux du peuple juif. Il meurt sans lui avoir pardonné.

On entre et connait certains épisodes de la vie d'Annah Arendt par le biais de conversations qu'elle a avec son mari ( Heinrich Blücher, joué par Axel Milberg, l’homme de sa vie, rencontré à Paris, et qui l’accompagne dans sa fuite à travers l’Europe puis à New York, où ils se sont mariés et ont vécu ensemble pendant près de trente-cinq ans, jusqu’à la mort de Blücher)et ses amis dans lesquelles elle évoque des souvenirs comme son incarcération au camp de Gurs en 1939, alors qu'elle était réfugiée en France. Cet artifice permet à la réalisatrice de dépeindre le milieu new-yorkais dans lequel gravite la philosophe en particulier la romancière féministe américaine Mary McCarthy, interprétée par Janet McTeer, qui l’a soutenue alors qu’elle était attaquée pour ses articles sur le procès Eichmann.On voit également Hannah Arendt donner des cours à ses étudiants américains. Il faut se rappeler que grâce à la parution en 1951 de son ouvrage intitulé « Les origines du totalitarisme », Arendt était déjà en 1961, considérée comme un des grands penseurs du XXe siècle.Margarethe von Trotta réussit à filmer la pensée en train de s'élaborer.

L'interprétation est remarquable bien sûr Barbara Sukova est parfaite dans le rôle titre mais les autres acteurs ne sont pas en reste. Le choix à première vue de Barbara Sukova peut paraître surprenant car elle ne ressemble pas physiquement à Hannah Arendt mais l'intensité de l'interprétation de l'actrice fait oublier rapidement ce hiatus. L'insertion de bandes d'actualités (les images du procès d'Eichmann) est habilement fait. les images d’archives en noir et blanc sont intégrées au récit par le montage alterné avec les séquences reconstituées de la salle d’audience. Mais le tour de force est de parvenir à nous donner une idée de la philosophie d'Hannah Arendt et de Martin Heidegger.

Margarethe von Trotta en spécialiste des grands portraits de femmes fictives ou réelles, depuis L’Honneur perdu de Katharina Blum(1975) jusqu’à Rosa Luxemburg(1986) et Hildegarde de Bingen(2009) était la cinéaste la mieux à même pour réussir le portrait de cette femme intransigeante et courageuse. Margarethe Von Trotta montre bien le caractère passionné d’Arendt et sa vive intelligence, qui lui valurent autant d’amitiés que d’hostilité.

 

 

COMMENTAIRES Lors de la première parution de ce billet

C'est bien de ranimer par le cinéma des écrivains qui sont intéressants, et pas assez connus .
Voilà qui me donne à moi aussi envie de relire "La Bâtarde" et "Thérèse et Isabelle" que j'avais aimé il y a bien longtemps, et aussi "le Sabbat" de Maurice Sachs ... et envie de lire enfin René de Ceccaty, plutôt que d'aller perdre mon temps avec ce film qui à l'air bien convenu, d'après ce que vous en dites .
COMMENTAIRE N°1 POSTÉ PAR ISMAU LE 07/11/2013 À 18H53

Certes il est convenu du point de vue stylistique mais on y apprend beaucoup. Je dirais même qu'il est indispensable pour ceux qui s'intéresse à l'histoire littéraire car comme peut être je ne le souligne pas assez il a un véritable point de vue sur les évènement et les personnages. En particulier sur Simone de Beauvoir.  

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 07/11/2013 À 20H59
Je me doute bien qu'il s'agit d'un film soigné, où il y a beaucoup à apprendre . Mais je méfie des fresques sur le milieu artistique et littéraire . Je me méfie en particulier de personnages comme celui de Simone de Beauvoir, trop longtemps mythifiée . J'espère que ce film adopte un point de vue plus critique à son sujet, à la lumière entre autres de jugements réprobateurs comme celui de Michel Onfray .
COMMENTAIRE N°2 POSTÉ PAR ISMAU LE 07/11/2013 À 22H31

Le centre du film est Violette Leduc qui était tout de même impossible. Simone de Beauvoir apparait comme très bonne pour Violette Leduc avec en même temps une sécheresse et une dureté des gens qui savent ce qu'ils veulent. J'aime beaucoup les causeries d'Onfray particulièrement celles sur le couple Sartre Beauvoir, mais je trouve Beauvoir beaucoup plus intéressante que Sartre. Ele avait une grande maitrise d'elle même; ce que le film transcrit bien. Je trouve que la postérité est beaucoup plus douce pour Sartre que pour Beauvoir. Je ne comprend pas qu'elle ne soit pas par exemple dans la Pleiade alors que c'est un auteur Gallimard... (il y a bien Ponge!) Le film n'est pas manichéen même si l'image de Violette Leduc apparait comme positive mais par exemple il y a un passage où elle refuse à un ami de Sachs de signer une déclaration comme quoi elle est enceinte de lui ce qui lui aurait permis de revenir en France. L'ami de Sachs dit à Violette Leduc qu'elle le condamne à mort. Je doute d'abord qu'une telle déclaration aurait pu sauver Sachs et je ne vois pas de quel ami il peut s'agir. Mais comme pour Violette Leduc ma lecture de Sachs est ancienne... 

Je maintiens que le film vaut la peine d'être vu.    

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 07/11/2013 À 23H32
j'en sors... je m'y prodigieusement ennuyé... c'est du biopic alla francese avec toute la lourdeur hagyographique dont nous avons l'habitude... évidemment, c'est propre, c'est joli... justement, on ne voit pas d'évolution... on évolue par blocs uniformes... j'ai du m'endormir, je n'ai pas compris qui était "berthe"... Kiberlain est une fausse-bonne idée... elle n'apporte rien au personnage pourtant passionnant de Simone de Beauvoir... Py, je l'aime beaucoup au théâtre... au cinéma, il n'accroche pas la lumière... là, c'est flagrant... même Bonnafé n'est pas bon (c'est un comble) en Genet... et la musiiiiiiiiiiiiique d'arvo pärt qu'on nous colle à chaque instant... pourtant, j'aime cette musique diaphane et douloureuse... mais trop c'est trop... j'ai souffert dans ma tête et dans mon corps... :(
COMMENTAIRE N°3 POSTÉ PAR PÉPITO LE 08/11/2013 À 21H03

C'est rien de dire que je ne suis pas d'accord mais peut être que c'est un film où il faut avoir des connaissances en Histoire de la littérature française pour l'apprécier. Comme je baigne dedans depuis l'adolescence cela m'est difficile à juger. Il est peut être aussi utile d'avoir lu au moins la Batarde pour bien comprendre le film, une fois encore ayant lu presque tout Violette Leduc ainsi que Genet et Sachs mon jugement ne peut pas s'abstraire de ces connaissances. 

Py est mauvais comme toujours même au théâtre mais Bonnafé est très bon au cinéma comme au théâtre. Berthe est la mère de Violette Leduc.   

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 08/11/2013 À 21H53
Moi, je ne me suis pas ennuyée un seul instant ... une excellente surprise, que je dois à vos bons conseils ! Effectivement, ce film mérite d'être vu, et pas seulement à mon avis par les amateurs d'histoire littéraire . Je pense même que certains cinéphiles ne seront pas trop déçus ...
D'abord il est extrêmement bien joué ( même Olivier Py n'est pas si mauvais ; Sandrine Kiberlain est surprenante par la qualité de son interprétation froide et décidée de Beauvoir ; Emmanuelle Devos est excellente, très émouvante ; les autres rôles très bien aussi ... j'aime en particulier comme toujours Olivier Gourmet ) .
L'image à beau être classique, elle n'est jamais ridicule, même pas trop proprette : la chambre, les entrées et couloirs, les vêtements, et aussi les livres sont bien sales . J'ai d'ailleurs remarqué pour vous à ce sujet un petit détail d'éventuel anachronisme, chez Gallimard : des rayonnages de Collection Blanche, dont certaines tranches me paraissaient exagérément sales et vieillies pour avoir au maximum 40 ans .
Le travail de la lumière a, me semble-t-il, une certaine originalité, très soigné en tous cas, volontairement trop sombre et terne dans la première partie, pour devenir de plus en plus lumineux mais toujours juste, sans trop d'esthétisme . les cadrages et mouvements de caméra aussi : rien de remarquable mais tout fonctionne sans ostentation .
Curieusement, je trouve ce film plus émouvant et plus juste, pour parler de sentiments, d'amour et de désir, que « la vie d'Adèle », avec tout autant de sensualité suggérée, sans être montrée de façon aussi appuyée . Le corps de Violette est très présent, du bain de pieds, jusqu'à la nudité par fragments entrevus, habillé et déshabillé sans cesse, se lavant devant nous plusieurs fois, ou dans les très belles scènes de communion avec la nature . Contrairement à vous, les scènes de sexe avec son mari puis avec son amant à la fin me semblent absolument indispensables ( et d'ailleurs ne sont pas trop longues !) Même chose avec les femmes, c'est encore plus furtif, mais suffisamment bien filmé pour être intense .
Enfin, il y a une extraordinaire matière à réflexion historique sur les rapports sociaux, sur les rapports de l'argent et de la création, et surtout bien sûr sur les rapports homme-femme et la place de la femme dans la société . Simone de Beauvoir théorise tout cela, mais c'est le personnage hors norme de Violette Leduc qui ose bousculer plus encore avec la franchise de son témoignage .
Ce film a le mérite d'éclairer tout le chemin parcouru .
Il a aussi le mérite, comme vous le dites, de nous donner envie de lire ou de relire...
COMMENTAIRE N°4 POSTÉ PAR ISMAU AVANT-HIER À 18H58

Je suis content de vous avoir donné l'envie de voir ce film où effectivement on ne s'ennuie pas. Et il est intéressant d'avoir le point de vue d'une femme. Il faut songer qu'il n'y a pas encore si lontemps il était très difficile pour une femme d'ouvrir un compte en banque par exemple et que le droit de vote des femmes en France ne date que de 1945. Il ne faut pas l'oublier. On voit aussi le chemin parcouru dans les rapports homme-femme en lisant Annie Ernaux. 

Dans La vie d'Adèle, il s'agit d'un amour partagé alors que Simone de Beauvoir n'a jamais aimé Violette Leduc. Elle admirait l'écrivain mais comme il est dit dans le film on ne pouvait pas être ami (e) avec Violette Leduc. 

Vous avez parfaitement raison pour la lumière et pour le soin apporté aux décors intérieurs, mes réserves allaient aux extérieurs. 

Pour les livres de Gallimard je regarderai cela quand j'aurai le dvd (espérons un blue ray mais je ne crois pas trop à cette dernière possibilité.  

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS AVANT-HIER À 19H36
 

 

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