un regard sur les arts et les lettres
Une visite au zoo de Beauval (2)
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Beauval, septembre 2025
Agonie d’une passion de Karl-Erick Horlange
On nous refait le coup du journal intime récupéré par l’auteur qui n’aurait fait que retravailler la chose pour la rendre publiable. C’est extraordinaire le nombre de journaux intimes et autres manuscrits ou carnets qui n’attendent qu’une bonne âme pour être publiés. Cher lecteur si vous avez ce genre de paperasses en particulier s’il y passe quelques célébrités, pensez à moi, j’en ferais bon usage, cela m’occupera mes longues soirées d’hiver et j’en tirerais peut-être un peu de sous ce qui ne serait pas pour me déplaire.
Ce qui est agaçant c’est l’effort que fait l’auteur avec un avant propos et une préface pour blouser le lecteur. Il faut avoir bien peu de confiance en son écriture pour penser qu’on prêtera plus attention à un soi-disant journal sous l’occupation qu’à une oeuvre romanesque.
On ne croit pas une seconde à ce prétendu journal d’abord en raison de son écriture. Il est peu probable que l’on trouve les termes de psychodrame et de franchissement de la ligne rouge dans un écrit de 1942. Il n’est pas plus probable qu’un monsieur qui couche avec un journaliste de « Je suis partout » et qui répond à un questionnaire de « La gerbe » soit dégouté en lisant un pamphlet antisémite de Céline et révulsé quand il croise sa première étoile jaune, portée par une jeune fille, forcément une jeune fille, comme l’écrirait la petite Marguerite qui se débrouillait pas mal en ce temps là…
Or donc nous lisons le journal, puisque journal il y aurait, d’un certain Franz von Arx un franco-allemand d’une quarantaine d’années auteur de pièces de théâtre et de romans. Il ne semble pas avoir de souci de trésorerie sans que l’on comprenne d’où puissent venir ses fonds. Notre dramaturge est amoureux, comme une bonne, d’un homme un peu plus jeune que lui, André journaliste de son état à … « Je suis partout » et là, nous sommes qu’au début du livre, on se dit déjà que monsieur Horlange charge beaucoup la barque… D’autant qu’il parle de « Je suis partout » comme d’un quotidien alors que c’était un hebdomadaire! D’ailleurs l’auteur semble totalement méconnaitre le fonctionnement d’un journal et de « Je suis partout » en particulier dans lequel les journalistes ne passaient pas d’une rubrique à une autre comme Pierre qui tantôt est pressenti pour suivre un procès, puis interviewer un ministre, fait des critiques de pièces de théâtre et d’opéras, ensuite part dans le sud de la France pour faire un reportage sur un sculpteur célèbre: Horzens, dans lequel on aura reconnu sans peine Maillol. Chaque journaliste de Je suis partout était assigné à une rubrique, à toutes règle il y a certes des exceptions comme Brasillach et Rebatet. Visiblement Horlange n’a pas lu le remarquable essais de Pierre-Marie Dioudonnat « Je suis partout 1930-1944, les maurrassiens devant la tentation fasciste, (1973) La table ronde.
Franz est jaloux comme un tigre car André, un Apollon du Belvédère au dire de Franz, entre deux séances de lit avec lui, fricote avec Catherine, une petite actrice gironde. Pierre va finir par laisser tomber le possessif Franz. Cette minutieuse et assez ennuyeuse description au jour le jour d’un abandon est ce qui sonne juste dans le roman. C’est probablement du vécu. L’auteur a voulu prendre comme toile de fond la période de l’occupation pour tenter de rendre plus intéressante une banale histoire d’amour qui se défait. Mais le lecteur ne peut pas être dupe du subterfuge. Le collage est grossier même si la chronologie des évènements est respectée, mais ce n’est pas très difficile avec par exemple une collection de « l’Illustration » de l’époque (j’ai ça dans mes archives) ou plus prosaïquement un bon moteur de recherche sur la toile. Mais si on évite ainsi les anachronismes des évènements cela met pas à l’abris des anachronismes psychologiques qui sont légion dans « Agonie d’une passion ».
Franz et André m’ont fait immédiatement penser à une transposition du couple Julien Green- Robert de Saint-Jean. Franz ne tarissant pas d’éloge pour son Pierre comme Julien Green pour Robert de Saint-Jean dans son journal non expurgé, sans que dans les deux cas on comprenne ce qu’ont d’extraordinaire ces créatures pourtant portés au pinacle…
Ce qui est particulièrement pénible dans l’ouvrage est que l’auteur appelle un grand nombre de personnages par leur prénom. Ils arrivent comme si on les avait toujours connus et repartent de même sans laisser d’adresse, je comprend bien que c’est pour accréditer la fable du journal, mais le lecteur est perdu. Dans d’autre cas c’est pour signifier que Franz est à tu et à toi avec des pointures, ainsi André c’est Gide, Marc c’est Marc Allégret, Sacha c’est Guitry, Danièle c’est Darrieux, Maurice c’est Maurice Bardèche… Là encore cela ne fonctionne pas pour plusieurs raisons la première est qu’avant guerre même des intimes s’appelaient de préférence par leur nom et pas par leur prénom, mais ça on ne le trouve pas dans wiki… La deuxième est que le lecteur qui a un tant soit peu de culture littéraire ne peut croire que Franz soit un intime de Gide. Les intimes de Gide les lecteurs des correspondances gidiennes et de son journal, les connaient et on n’y trouve pas de Franz à l’horizon. Comment notre auteur peut être assez naïf pour qu’ensuite on accorde du crédit à l’existence réelle de Franz! De même on veut nous faire avalé que le dit Franz a fait Normal-sup mais il n’utilise jamais l’argot propre à la rue d’Ulm. Camarade Horlange vous auriez du également lire « Notre avant-guerre » de Brasillach…
Ce qu’aurait pu être un des plaisirs du livre, qui serait partiellement un roman à clé, aurait été celui de trouver la bonne clé qui ouvre la bonne serrure. Mais ce n’est pas le cas, car la plupart des personnages sont un puzzle de morceaux de plusieurs personnes ayant réellement vécues. Malheureusement, un peu comme pour la créature du docteur Frankenstein les morceaux des différents modèles se raboutent mal. C’est le cas en particulier pour Pierre qui semble emprunter un morceau à Laubreau, un morceau à Jean-Christophe Averty, un autre à Robert de Saint Jean et peut être même un à Claude Roy qui doit être le seul rédacteur de Je suis Partout à être passé à la Résistance, car Pierre va être résistant, ridicule épisode de l’aviateur canadien…
Certains protagonistes apparaissent sous leur véritable identité comme Ernst von Salomon dont la présence à Paris en 1942 est très douteuse, je me demande si Horlange ne se serait pas trompé de Ernst et aurait pris Salomon pour Junger. L’auteur n’étant pas à une confusion prêt, je n’ose croire qu’il aurait confondu Henry de Montherlant, présenté ici comme un dragueur de la piscine Deligny à la fin des années 30, alors que rien atteste ceci, avec Matzneff qui n’était pas né à cette époque!
Beaucoup d’autres personnage apparaissent masqués comme Valentin qui pourrait être André Barsacq ou André Obey, comme Léon, chanteur de variété et amant de rechange pour Franz qui pourrait être Johnny Hess.
« Agonie d’une passion » est le délitement d’un amour entre deux hommes sur fond d’occupation. Un bien beau sujet qui aurait pu être réussi avec beaucoup plus de rigueur, de travail et de modestie. Et puis il faut que les auteurs cessent de bourrer le mou des lecteurs avec leurs fariboles de carnets trouvés, de manuscrits miraculeusement sauvés et autres découvertes improbables…
Le garçon aux nénuphares
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street art dans le 6 ème arrondissement en janvier 2014




Paris, janvier 2014
NU DERRIÈRE LE RIDEAU DE LA CHAMBRE
La Varenne, janvier 1985
promenade à Réthymnon (3)
A PROPOS DES MOTS DE SARTRE
Une phrase de ce livre dit tout de la détresse existentielle de Sartre et rend le personnage tout compte fait émouvant: "Longtemps j'avais redouté de finir comme j'avais commencé, n'importe où, n'importe comment et que ce vague trépas ne fut que le reflet de ma vague naissance.". Tout le livre balance entre un amour de soi qui se transforme en haine lorsque le bel enfant aux boucles blondes fait place à un avorton loucheur. Il y a dans l'ironie cruelle de Sartre ce que Nietzsche appelait à propos de Socrate, la méchanceté des rachitiques.
Mais si le livre a un début éblouissant le dernier tiers souffre de redites ainsi l'ode à la beauté de la circularité de Sartre dans ses "Situations" devient plus un plaidoyer pour sa propre oeuvre qu'un concept esthétique et Charles Dantzig a bien raison lorsqu'il écrit: " Après un enthousiasmant début, arrive un moment où il patine, s'embrouille, tourne sur place. Nouveaux excellent passages. Nouveau patinage. Ect. (...) Les mots c'est son Poil de Carotte. Sartre aimait Jules Renard." Il n'en reste pas moins que pour les nombreux morceaux éblouissants, plus dans la première partie, "lire" que dans la seconde, "écrire", "Les mots" est un livre qui procure bien des bonheurs à son lecteur.
Paul Klee au Centre Pompidou (1)
Grande rétrospective Paul Klee présenteé chronologiquement sous l'angle de l'humour caustique de cet artiste qui n'en manquait pas, d'ailleurs il a commencé par la caricature.
Attention grande affluence à cette exposition dont l'accrochage est parfait. Les oeuvres étant toutes de petite taille le musée ne fait entrer les visiteurs que par petits groupes pour que la foule devant les tableaux ne soit pas trop dense. Il faut donc être un peu patient.
ÉGLISE MARE DE DÉU DELS ÀNGELS de Pollença
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Cette église paroissiale a été fondée en 1236, mais seulement quatre années après, elle a été livrée aux Chevaliers templiers, à qui le roi Jacques Ier d’Aragon a accordé un grand territoire au nord de Majorque en reconnaissance à l’aide prêtée pendant la conquête de Majorque de 1229. C’est justement autour de cette église que Pollença s’est développée jusqu’à pouvoir être considérée une ville, puisque pendant l’époque islamique, la population de la zone vivait sûrement dispersée, pour terminer au XIIIe siècle comme l’une des principales communes de l’île.
Une fois l’Ordre des Templiers dissous en 1312, toutes leurs propriétés, y compris cette église, sont passées aux mains de l’Ordre des Hospitaliers, plus tard connu comme l’Ordre de Malte, jusqu’en 1836. Certes, le roi de l’époque Jacques II a profité de ce changement de propriété pour récupérer une partie du pouvoir qui avait été accordé à l’origine aux Templiers et que ceux-ci avaient exercé de façon presque absolue, provoquant un grand mécontentement parmi la population.
Comme il est habituel dans les constructions aussi anciennes, cette église de la Mare de Déu dels Àngels a souffert des modifications importantes dans sa structure. Ainsi, jusqu’au XVIIIe siècle, il s’agissait d’un bâtiment aux petites dimensions, avec l’entrée du côté du Calvaire, c’est-à-dire, à l’opposé de l’entrée actuelle. De plus, uniquement les premiers tronçons du clocher, qui a commencé à se construire en 1470 et n’a pas atteint son hauteur actuelle jusqu’en 1921, conservent son aspect d’origine.
Le bâtiment que vous pouvez voir aujourd’hui a été construit entre 1714 et 1790. Il s’agit d’une église à plan basilical avec des chapelles latérales et voûtées. Sur l’autel majeur, vous pouvez observer sa pièce la plus remarquable, un retable baroque dédié à la Mare de Déu dels Àngels réalisé entre 1752 et 1764 par le sculpteur de Majorque Pere Joan Obrador.
Par ailleurs, sur les latéraux, vous pouvez voir quatorze tableaux aux grandes dimensions qui représentent le Via Crucis. Huit de ces tableaux ont été réalisés par l’argentin Atilio Boveri, l’un des nombreux peintres qui se sont établis à Pollença au début du XXe siècle, attirés par sa lumière et sa tranquillité et dont une partie de son œuvre peut également être appréciée au Musée de Pollença.
Atilio Boveri: Né dans la province de Buenos Aires en 1885, Boveri a commencé sa formation artistique à La Plata, mais en 1911 il a reçu une bourse pour perfectionner ses études en Europe. Après être passé par l’Italie, il s’est déplacé à Pollença en suivant un conseil d’un autre peintre argentin, Cesáreo Bernaldo de Quirós. Son séjour à Pollença, entre 1912 et 1915, a marqué son œuvre puisque les traits qui l’ont toujours accompagné s’y trouvaient : l’amour pour la nature, la perfection technique, l’utilisation de diverses techniques et la recherche d’une utilité pratique à échelle sociale pour ses connaissances. En effet, Boveri a été l’un des premiers étrangers à s’établir au Port de Pollença, et son implication dans la société locale a été telle qu’il en est arrivé à créer, pendant son séjour au Port, une société d’entraide entre les pêcheurs de Pollença nommée « Les abeilles de la plage » et en même temps, installé dans une maison traditionnelle de Pollença, il a appris à lire et à écrire aux enfants des agriculteurs.
Pollença, Majorque, septembre 2021






























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"Si le grain NE meurt"...enfin, voyons !
Merci à Sartre et à vous même, cher Bernard, de m'avoir permis de prendre conscience de ce que, comme moi-même, je me prends pour moi-même à l'instar de Victor Hugo. Et réciproquement, qui plus est.
Quant au grain qui, effectivement, NE meurt dans le titre de l'autobiographie de Gide, ce titre est une citation de l'évangile selon St Jean, XII, 24-25, qui fait dire à Jésus une parabole incluant également l'hypothèse inverse où il meurt: "Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul, mais s'il meurt, il donne beaucoup de fruit." Ce qui signifie que: "Qui aime sa vie la perd, et qui hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle."
N'est-ce pas tout à fait Gide, ça, mon bon Monsieur? Je ne suis pas sûr que sa haine à l'encontre de sa vie en ce monde l'empêchait beaucoup de la mener à sa guise.
Amicalement.
French Patrick : Hum ! "la vie éternelle"... Ne serait-ce pas plutôt qu'il faut que les parents meurent (sur cette terre) pour que les fils vivent ? Jésus était un petit facétieux, on l'a un peu trop tiré vers le ciel (comme le ViH Hugo).
Bernard : "Longtemps j'avais redouté de finir comme j'avais commencé" dit Sartre. Cette paraphrase de Proust, "longtemps je me suis couché de bonne heure" qui est la 1ere phrase de la Recherche, est-elle voulue ?
réponse à Patrick
Merci pour cette notule érudite et gidienne
réponse à argoul
La paraphrase proustienne ne doit rien au hasard. Le texte de Sartre est truffé de ces jeux littéraires que les notes de l'édition de la pléiade dues à Jean-François Louette, mettent remarquablement en lumière
@BERNARD: Merci du compliment. Venant de vous, il ne peut que me toucher.
@ARGOUL: Sur le premier point je suis d'accord avec vous, et j'en tire une conséquence : l'église (non, je n'ai pas oublié la majuscule) est en contradiction avec elle-même quand elle prohibe l'euthanasie. Sans parler de la "charité chrétienne"...
Je ne pratique aucune religion, mais j'ignore si Jésus est ou non un petit ou grand facétieux. Ou alors si petitement que cela m'aura échappé.
Je ne me pencherai pas sur son cas avant d'avoir réglé celui de son église et des autres. L'étude de leurs facéties, à elles, devrait bien me demander quelques millénaires au terme desquels je ne manquerai pas de vous soumettre mes conclusions.
Quant au "ViH Hugo", excusez-moi de ne pas partager votre opinion même si je la respecte et vous en reconnais tout à fait le droit.
Amicalement.
Post-scriptum : Sauf erreur, une paraphrase est initialement une analyse de texte qui se veut exhaustive et n'use (ou pas) d'équivalents que pour mieux expliquer le sens de ce texte.
Mais vous avez raison, aujourd'hui "on" (toujours lui!) utilise communément ce terme pour désigner une pâle copie à la limite du plagiat.
J'ai détesté Sartre... à 16 ans. J'avais envie de le baffer à chaque page, par dessus tout je ne supportais pas ce que je voyais chez lui comme un moralisme intransigeant. Les mots, qui ont fait partie des quelques ouvrages de lui que je me suis forcé à lire, n'ont pas dérogé à la règle.
Peut-être devrais-je essayer de le relire aujourd'hui que j'ai plus du double de mon âge d'alors... Ou alors attendre un peu encore :-)
"Gide menant sa vie à sa guise" (Patrick)... C'est pour ça qu'il me semble qu'il ne haïssait pas sa vie, Gide... Je me demande où vous avez pris cette idée, cher friend Patrick (Juste pour faire un petit paradoxe in fine? Non, n'est-ce pas...)
@ xristopher : Cher lecteur de ce blog et donc "aprioristiquement" ami, j'ai écrit "Je ne suis pas sûr..." C'est donc autant si ce n'est plus une question qu'une réponse" Cette phrase fait suite la citation qui la précède : "qui hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle." J'ai seulement dit que si d'aventure Gide haïssait sa vie en ce monde ce n'était pas, me semble-t-il, au point de se priver de la vivre comme s'il ne la haïssait pas.
Je n'ai connu ni fréquenté Gide, mais j'ai eu plusieurs fois, pour ne pas dire souvent, l'occasion de le côtoyer à une terrasse de café pour laquelle nous partagions apparemment la même dilection, et c'est l'impression qui m'en reste.
Mais j'ai peut-être été confronté à un chapelet (encore la religion!) d'exceptions à répétition, ou même peut-être été victime d'une aberration de mes sens.
En fait, la contradiction de l'être et du paraître, est peut-être tout bonnement interne, inhérente à Gide lui-même.
Ce que semble confirmer ce commentaire que j'ai ramassé sur la toile : "Bien qu'étant classique dans son style, André Gide rejette tout conformisme dans les idées. Sa personnalité est complexe, à la fois sensible et puritaine, tourmenté par le doute et l'inquiétude. Il refuse toute servitude familiale, sociale, religieuse pour mieux vivre dans l'instant et renaître chaque jour."
Amicalement.