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Apollon et Hyacinthe de Stefano Ricci (1765 - 1837)

18 Mai 2026, 06:27am

 

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Il gréait son Laser

17 Mai 2026, 06:58am

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Lagos, Algrave, juillet 2021

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Aux sources de LA CORDE (THE ROPE), le film d'Alfred Hitchcock

17 Mai 2026, 06:58am

 

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Le célèbre film d’Alfred Hitchcock a pour origine un fait divers particulièrement sordide dont deux gays furent les tristes héros.
 

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Nathan Leopold

Nathan Leopold est né le 19 novembre 1904 et mort en 1971. Richard A. Loeb et Nathan Freudenthal Leopold, Jr., généralement connus sous le nom de Leopold et Loeb, étaient deux étudiants aisés de l'université de Chicago qui ont assassiné en 1924 un garçon de 14 ans. Leur crime, immédiatement très médiatisé, était en grande partie motivé par un besoin apparent que le duo avait de se prouver que leurs intellects élevés les rendaient capables de commettre un crime parfait. Leur crime a eu également un rôle dans l'histoire de l’imaginaire et de la justice américaine. Il est à l’origine de la modification de l’application de la peine capitale aux USA. Léopold était âgé de 19 ans au moment du meurtre, et Loeb de 18 ans. En 1924, ils étaient considérés comme mineurs et à l’époque, dans la plupart des états, la peine de mort ne pouvait leur être appliquée.
Les deux garçons étaient persuadés d’être des surhommes, influencés par leur lecture de Nietzsche. Il est indéniable que les deux amis étaient exceptionnellement intelligents. Leopold avait déjà accompli un beau parcours à l'université et allait à l'école de droit à l'université de Chicago. Il parlait cinq langues et était déjà un expert en ornithologie, alors que Loeb était le plus jeune étudiant dans l'histoire de l'université du Michigan. Leopold projetait d’intégrer l'école de droit de Harvard en septembre, après un voyage en Europe. Loeb, quant à lui, devait entrer à l'université de droit de Chicago.
Leopold et Loeb vivaient à Chicago dans le quartier de Kenwood, peuplé principalement par des Juifs aisés. Le père de Loeb, Albert, a commencé sa carrière en tant qu'avocat puis est devenu le vice-président d’un grand cabinet. Il possédait un manoir impressionnant dans Kenwood, à deux blocs de la maison de Leopold. La famille de Loeb avait également un domaine d'été à Charlevoix dans le Michigan.
La paire d’amis avait, avant le crime, commis quelques petits larcins pour démontrer que leur intelligence les rendait invincibles. Le mercredi 21 mai 1924, ils ont mis en branle leur plan machiavélique en attirant un jeune voisin par un leurre. Dans une voiture de location, Loeb a frappé le garçon le premier avec un burin. Puis Leopold et Loeb l’ont étouffé. Ils ont ensuite caché le corps sous un petit pont d’une voie de chemin de fer de la banlieue de Chicago. Ils avaient au préalable brûlé le corps avec de l'acide pour rendre l'identification plus difficile.
Ils ont voulu faire croire à un kidnapping en demandant 10 000 $ de rançon aux parents du garçon ; la famille de la victime avait assez d'argent pour que cette somme soit plausible. Mais avant que ceux-ci aient pu payer la rançon, le corps avait été retrouvé ! Les enquêteurs virent immédiatement que le crime ne pouvait découler seulement d’un kidnapping, puisqu'il n'y aurait eu aucune raison pour qu'un kidnappeur tue le garçon. Les policiers découvrirent près du corps une paire de lunettes qui, par la suite, s’est avérée appartenir à Nathan Leopold. Ils trouvèrent que la demande de rançon avait été dactylographiée sur une machine à écrire que Leopold avait utilisée avec son groupe d'étude de son école de droit. La police interrogea Leopold et Loeb sur leurs alibis. Ils se décomposèrent et chacun admis sa participation au crime. Bien que leurs confessions s'accordent au sujet de la plupart des faits principaux, chacun accusa l'autre d’avoir tué de ses mains la victime.
 

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Ils avaient passé des mois à préméditer le crime, réfléchissant à la meilleure manière d'obtenir l'argent de la rançon sans être démasqués. Ils avaient pensé que le corps serait découvert longtemps après qu’ils aient touché la rançon. Mais l’argent n'était pas leur but principal, leur famille leur donnant tout l'argent dont ils avaient besoin. En fait, ils ont admis avoir été conduits au meurtre par désir de puissance et par l’excitation que l’acte de tuer devait leur produire.
Comme satisfaits de leur soudaine notoriété, ils régalèrent les journalistes à plusieurs reprises avec des détails sinistres du crime.
Le meurtre atteignit bientôt une “célébrité” mondiale. Une partie de la fascination qu’il provoqua était causée par le fait qu’il était perçu comme crime “juif”. En 1924, Chicago était principalement peuplé par des émigrants de fraîche date ou des enfants d’immigrés. La politique locale se basait beaucoup sur les étiquettes ethniques. Paradoxalement, ni l'un ni l'autre des meurtriers n'étaient juifs, leurs mères ne l'étant pas... Si le père de Loeb était bien juif, son fils était un catholique pratiquant. La famille de Leopold, bien qu'éthniquement juive, s'était convertie au christianisme.
Leopold et Loeb admirent sous la pression avoir eu entre eux un rapport sexuel, ce qui à l’époque, pour beaucoup, augmentait considérablement l’aspect sinistre de leur forfait.
Le procès était déjà présenté par les médias comme un spectacle et le procès du siècle.
 

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Clarence Darrow en 1925

La famille de Loeb chargea Clarence Darrow, célèbre avocat, âgé alors de 67 ans de la défense des deux garçons. Darrow augmenta encore sa célébrité l’année suivante pour avoir représenté John Thomas Scopes dans le fameux « procès du singe » face au célèbre procureur William Jennings Bryan. Il y défendit les thèses évolutionnistes avec succès contre les créationnistes. Il reste connu pour son esprit, sa compassion et son agnosticisme qui ont fait de lui l'un des plus célèbres avocats américains.
 

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Clarence Darrow et Loeb

Tandis que tous les médias s'attendaient à ce qu'ils plaident non coupable, pour cause de folie, Darrow étonna en demandant à ses clients de plaider coupable. Désamorçant ainsi l’explosion de haine qu’aurait provoqué la non reconnaissance de leur faute par les deux jeunes hommes.
Darrow plaida durant douze heures. Il a ensuite dit que c’était la meilleure plaidoirie de sa carrière. On peut penser que Darrow a accepté de défendre les deux criminels parce qu’il savait que son discours serait imprimé dans de nombreux journaux de par le monde et que cela allait lui offrir une tribune extraordinaire pour plaider l’abolition de la peine de mort, donnant une publicité inespérée à sa thèse comme quoi il ne fallait pas exécuter des meurtriers qui se repentaient de leurs crimes.
 

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Darrow lors du procès

En fin de compte, la stratégie de Darrow réussit. Le juge condamna Leopold et Loeb à la prison à vie pour le meurtre et à 99 ans chacun pour le kidnapping. Dans la prison de l’état de l'Illinois, Leopold et Loeb utilisèrent leur instruction pour la bonne cause en devenant professeurs dans l'école de leur prison. En 1944, Leopold a participé à une étude sur la malaria dans la prison de Stateville où il s’est porté volontaire pour se faire inoculer la maladie.
 

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Darrow et les accusés

Au début de 1958, après 33 ans en prison, Leopold obtint une libération conditionnelle. Libre, il a écrit son autobiographie qu’il a intitulé La vie plus quatre-vingt-dix neuf ans. Il se fixa à Porto Rico pour éviter l'attention des médias. Il y a enseigné les mathématiques et a travaillé dans les hôpitaux et dans les missions catholiques. Il a aussi écrit un livre qui fait autorité sur les oiseaux de l’île. Dans une interview en 1960, il déclara qu’il était toujours profondément amoureux de Richard Loeb. En dépit de cela, il se maria avec une veuve de son âge. Il est mort d'une crise cardiaque le 30 août 1971 à l'âge de 66 ans. Le matin suivant, ses cornées ont été enlevées. Une a été donnée à un homme, l’autre à une femme...
Richard Loeb fut moins ”chanceux”. Il a été assassiné par un codétenu, en 1936, à l'âge de 30 ans. En janvier 1936, Loeb a été attaqué par James Day, un de ses codétenus, dans les douches de la prison, il était armé d’un rasoir. Day lui infligea de nombreuses blessures qui entraînèrent sa mort peu après. Leopold se précipita à l'hôpital de la prison pour être au chevet de son vieil ami pendant son agonie. James Day argua que Loeb avait essayé de l’assaillir sexuellement et qu’il n’avait fait que se défendre. Les autorités pénitentiaires acceptèrent cette version. Day a été acquitté par un jury... 
L'histoire de Leopold et de Loeb s’est enracinée dans la culture populaire. Le crime a donc inspiré le film The Rope (La Corde, 1948) d'Alfred Hitchcock qui en a complètement gommé la judéité de l’histoire, se focalisant sur le complexe de supériorité des deux garçons. Hitchcock a très habilement suggéré l’homosexualité des deux personnages, renforcée par le fait que la victime a l’âge de ses assassins. On peut supputer entre ces jeunes gens rivalités et jalousies sexuelles... Une vision du crime que résume parfaitement Bill Krohn dans son petit livre sur Hitchcock (éditions Cahier du cinéma) : « La troisième absence qui structure La Corde, sans cesse signalée sans être jamais mentionnée, comme la guerre dans L'Ombre d'un doute, est l'homosexualité refoulée. Elle est le mobile du crime, subrogation de l'acte sexuel, bien qu'eux le considère comme une œuvre d'art, puisque commis sans raison. » Contrairement à un premier montage où l’on voyait la future victime avec sa fiancée, Hitchcock a choisit, en coupant cette scène, de ne pas montrer la physionomie du sacrifié, renforçant la possibilité d’identification du spectateur avec le malheureux.
 

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En 1992, Tom Kalin tourne Swoon, beaucoup plus proche de l’histoire originelle de Loeb et Leopold. Les deux assassins dans le film de Kalin sont clairement juifs et homosexuels. Le réalisateur a ancré le fait divers dans les années trente, choisissant de faire de la victime un enfant que l’on ne fait qu’apercevoir... Craig Chester, qui interprète le rôle de Leopold, apparaîtra dans plusieurs films gays et réalisera Adam et Steve...
 

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Swoon (1992) // dir. Tom Kalin

 

À la lumière du fait divers qui l’inspira, on peut lire La Corde comme une métaphore de l’avènement du nazisme et de ses conséquences. On peut voir dans le personnage interprété par James Stewart le truchement de ces penseurs, au-delà de Nietzsche, de la « Révolution conservatrice allemande » ou comme Baeumler, Spengler et Junger qui donnèrent, presque toujours à leur corps défendant et au grand désespoir des deux derniers, des fondements intellectuels et culturels au nazisme. Leurs idées ayant été déformées par Rosenberg « le penseur » du régime nazi.

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Photos Cole Fawcett

17 Mai 2026, 06:57am

 

 

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Edward II, roi d'Angleterre de 1307 à 1327 et son favori Piers Gaveston par Marcus Stone

17 Mai 2026, 06:56am

 

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Photo Werner Bischof

17 Mai 2026, 06:55am

 

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Jacques Réattu (1760-1833)

17 Mai 2026, 06:54am

 

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Photo Dieter Krehbiel

16 Mai 2026, 07:12am

 

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Street art à Lagos

16 Mai 2026, 07:10am

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Algarve, Portugal, juillet 2021

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La biographie de Paul Morand par Pauline Dreyfus

16 Mai 2026, 07:10am

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J’aime bien Paul Morand, l’oeuvre et l’homme. L’oeuvre parce que dans tout les textes de Morand on trouve des fulgurances d’écriture. Celui qui ne me croirait pas n’a qu’à lire ou relire son « Venises »; ce chef d’oeuvre qui n’est comparable qu’aux "Mots" de Sartre et à « Si le grain ne meurt » de Gide, mais chef d'oeuvre encore en plus coruscant que ces deux là. L’homme parce que nous avons plusieurs traits de caractère et de gouts en commun en premier lieu le mépris de classe, pas dans le sens marxiste, mais un mépris de classe dans la sphère culturelle ; pour faire simple et brut Morand méprisait les incultes, peut être plus que les imbéciles. Je partage ce mépris. Pour lui, la culture chez un homme effaçait ce qu’il considérait comme des défauts par exemple la judéité ou l’homosexualité car si vous ne le saviez pas Morand était antisémite et homophobe, et pour lui être juif ou (et) homosexuel étaient des tares. Cela semble d’ailleurs tout ce que les mandarins cultureux et leurs affidés retiennent de l’homme et de l’oeuvre de Morand aujourd’hui! On peut ajouter une autre de ses détestations qu’est l’alcoolisme.  Mais toutes ces taches, à ses yeux chez un homme, était effacées je le répète par son savoir. C’est ce qui explique qu’il ait été ami, il était d’une fidélité exemplaire en amitié, avec Proust, Cocteau, Marcel Schneider, Jean-Louis Bory, Roger Nimier, Maurice Rheims, Antoine Blondin, Mathieu Galey, Kleber Haendens et quelques autres qui avaient un ou plusieurs des défauts qui auraient été rédhibitoires au yeux de Morand s’ils n’avaient pas été, chacun dans leur genre des puits culture. C’est ce n’a pas vu Pauline Dreyfus dans sa biographie. Elle a pourtant réussi, sans les préjugés de notre temps, a brosser le portrait de Morand, cela au fil des différents chapitres qui découpent judicieusement la vie de son modèle en phases successives. La vie de cet homme extrêmement compliqué était à la fois marqué par une grande fidélité à certaines idées, à ceux qu’il aimait et des constants virages dans sa vie. Morand était d’abord un homme de contradictions ce méprisant, qui ne s’aimait pas, avait un besoin vital d’admirer. L’objet de sa plus grande admiration sera Marcel Proust.

 

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 dédicace de Marcel Proust à Paul Morand

 

L’existence de Morand sera remplit de paradoxe. Le premier est littéraire. Ses deux mentors en écriture, Marcel Proust et Jean Cocteau n’auront aucune influence sur son oeuvre pas plus que Giraudoux, son plus grand ami, presque son frère. Mais en fait, personne n’aura stylistiquement d’influence sur Morand qui révolutionnera la littérature française du XX ème siècle autant que Proust et Céline. Ce dernier disait que Morand avait été le premier à faire jazzer la langue française. Me vient alors une question, pourquoi Paul Morand n’est pas considéré à l’instar de Proust et Céline comme un grand rénovateur de la manière d’écrire le français? Je crois avoir la réponse: Parce que le genre où il a excellé n’est pas le roman mais la nouvelle et que pour les français le grand genre c’est le roman.

Ce qui caractérise le mieux le style de Morand c’est sa sécheresse servit par l’acuité de son regard/ << Les soldat conquièrent les colonies, les prêtes les éduquent, les administrateurs les organisent, les touristes les enlaidissent, les commerçant les ruinent et les politiciens les perdent.>>. Une phrase suffit à l’écrivain pour dire son désenchantement du monde. Pourtant il sera toute sa vie un infatigable voyageur mais qui aussitôt arrivé, n’aura qu’une idée celle de repartir. C’est l’anti Bouvier et pourtant comme lui c’est l’un des grands écrivains voyageurs qui a été beaucoup lu par cet autre grand paysagiste qu’est Cluny. Toutefois Borges, en une phrase, circonscrit bien les limites du Morand voyageur: << Morand, un gentleman bilingue et sédentaire qui monte et descend inlassablement dans les ascenseurs  d’un immuable hôtel international et qui vénère la contemplation d’une malle.>>.

Il y a des biographes qui ont de la chance, Pauline Dreyfus est de celles là quel avantage sur la plupart de ses consoeurs et confrères d’avoir pour sujet un homme qui de son propre aveux déclarait qu’il avait des « Moi » successifs qui plus est furent, la plupart du temps, antagonistes et que même ses « Moi » furent chacun partagés. La vie de Morand fut ainsi éminemment romanesque, nourrit de voltes-faces mais curieusement presque jamais de reniements. Grand écrivain et grand styliste il fut aussi un arriviste acharné, un snob impénitent, un avant-gardiste et un fieffé réactionnaire, un raciste et un admirateur du peuple noir, un grand voyageur et sporadiquement un ermite, un homophobe et un homme qui avait de nombreux amis homosexuel, mais peut être que ce dernier paradoxe s'explique par cette confession dans "Venises": << Le contraste entre la vie sexuelle cachée et la vie sociale m'a toujours émerveillé. Ses mues successives lui firent rencontrer à peu près tout ce qui a compté au XX ème siècle dans la littérature, la diplomatie, la finance mais il a aussi côtoyé des musiciens Darius Milhau (accompagné de Radiguet) avec lequel il passe des vacances ou Ravel, des peintres à commencer par Picasso dont il est proche dans les années 20, des ingénieurs tel Voisin et tout « le gratin ». A l’instar du narrateur de « La recherche » de son cher Proust, il n’a eu de cesse que de fréquenter les duchesses (il a même fait un enfant à l’une) et s’est marié avec une princesse (princesse, un peu de la main gauche). Machiste il a parfois été mené par le bout du nez par les femmes. Cet homme qui avait la dent très très dure avait aussi un besoin viscéral d’admirer: Ces grandes admirations ont été Proust, Giraudoux, Berthelot et Pierre Laval. On voit déjà à l’énoncé de ces noms combien Morand était un homme compliqué ( avec les autres et d’abord avec lui même).

 

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Paul Morand, dessin d’Adrien Barrère pour le magazine « Fantasio », en 1928. 

 

La concision et le brio de son écriture permet à Pauline Dreyfus de parsemer son texte de fulgurances signées Morand. Autre aide pour notre biographe le fait que Morand soit un graphomane compulsif dés qu’il rentrait d’un diner où il était souvent muet, mais où il fonctionnait comme un véritable magnétophone, notant à son retour ce qu’il avait entendu pour son journal intime, qu’il a tenu par intermittence, et pour sa pléthorique correspondance. Pauline Dreyfus a eu accès à ces sources dont beaucoup sont encore inédites. On peut espérer (mais je n’y crois pas trop en raison de la pesante bien-pensance ambiante) qu’elles ne vont pas le rester.

La situation de Pauline Dreyfus vis à vis de son sujet est particulière et privilégiée. Elle est la petite fille d’Alfred Fabre-Luce avec qui Morand était lié de longue date, et surtout de Lolotte Fabre-Luce (née de Faucigny-Lucinge) grande amie de Morand dés 1928 et jusque à la mort de l’écrivain. Lolotte Fabre-Luce est souvent cité dans « Le journal inutile » ainsi que dans la correspondance Morand-Chardonne. Bien que n’ayant probablement jamais rencontré l’écrivain, lorsque son modèle meurt sa biographe avait six ans, comme elle le mentionne le nom de Paul Morand était omniprésent dans les conversations familiales. Cette proximité familiale lui a fait lire très tôt les livres de l’écrivain et surtout lui a donné un accès direct à la correspondance entre sa grand mère et Morand. Pauline Dreyfus ne s’est pas contenté de ces inédits familiaux, elle a consulté le journal de 1940 a 1950 aujourd’hui récemment partiellement édité, ainsi qu’au fond Morand de l’Académie française  et à d’autres correspondances en particulier celle entretenue par Morand avec ses parents et surtout celle avec sa femme, la terrible princesse Soutzo. Comme on le voit cette biographie est un travail sérieux. A une préface et a des remerciements très personnels s’ajoute un précieux et pratique index ainsi que des notes précisant d’où viennent les citations de Morand ou les allégations des uns et des autres à son sujet, sans oublier un cahier de photos au centre du volume. Le sérieux de l’entreprise n’empêche pas qu’elle est d’agréable lecture.

 

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Morand à la fin des années 20

 

Même si contrairement à la biographie de Proust par Jean-Yves Tadié, cette biographie de Morand n’est pas une biographie de l’oeuvre mais de l’homme, néanmoins à chaque livre paru de Morand, Pauline Dreyfus fait un rapide résumé de son contenu et informe sur sa réception tant critique que publique. Elle donne de surcroit son sentiment sur l’ouvrage. Avis, qui pour les ouvrages que j’ai lu, je ne partage pas toujours. Je trouve qu’elle sous estime la correspondance Morand-Chardonne que je considère comme un des chef d’oeuvre de Morand, peut-être parce que son grand père y est souvent maltraité de même qu’elle ne tient pas en assez haute estime les récits de voyage sans doute parce que ce sont des écrits « mercenaires ».

La principale information que les morandien trouveront dans l’ouvrage de Pauline Dreyfus est que Paul Morand a toute sa vie couru après l’argent et a été un inlassable quémandeur de piges, et c’est tant mieux pour le lecteur. Servi par une facilité d’écriture exceptionnelle Morand ne raturait que très peu, ce que prouve ses manuscrits, ce qui explique que parfois ses écrits qu’il considérait comme alimentaires peuvent-être les meilleurs. Cette quête d’argent jusqu’à ses derniers jours s’explique certes, parce que Morand était un panier percé et a toujours vécu au dessus de ses moyens, mais surtout pour ne pas avouer le fait que mis à part son somptueux home, la princesse Soutzo était à peu près complètement ruiné et ça depuis 1930. Ses contemporains ont cru qu’il était une sorte d’écrivain dandy entretenu par une femme de dix ans plus âgée que lui alors que c’était lui qui a toujours fait bouillir la marmite.

Pour en revenir à Jean-Yves Tadié, Pauline Dreyfus a un désaccord avec lui. Pour le biographe de Proust, il pense que le divin Marcel était amoureux du jeune Morand alors que Pauline Dreyfus pense que c’est la princesse Soutzo sur laquelle il avait des vues…

 

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Paul Thevenaz, portrait de la princesse Soutzo, 1916 

 

La biographie d’un homme ne vaut, mis à part le style de son écriture, que par les questions qu’elle nous fait nous poser sur l’homme et en l’occurence pour un écrivain sur l’oeuvre, dans le cas présent très liée aux péripéties vécu par l’homme, sur son époque et donc sur l’Histoire, sinon ce n’est qu’un misérable tas de petits secrets mis en forme. 

Comme Pauline Dreyfus n’est pas le genre de biographe qui met la poussière sous  le tapis, elle traite sans barguigner les deux sujets (il devrait y en avoir même plus de deux) qui fâche chez Morand son antisémitisme et son vichysme (ou plutôt son Lavalisme). Revenons donc sur l’antisémitisme de Morand que l’on peut considérer, à l’instar de celui de Céline, comme pathologique de, antisémitisme privé contrairement à l’antisémitisme public d’un Céline ou d’un Rebatet puisque c’est par sa correspondance avec Chardonne et son « Journal inutile », textes publiés plus de trente ans après sa mort que l’on a quasiment découvert son obsession haineuse pour les juifs. J’avance l’hypothèse que cet antisémitisme est d’abord chez Morand dicté par son trait de caractère principal: le mépris (d’à peu près tout le monde y compris lui-même). Pour Morand le juif était le pouilleux échappé du shtetl pour cause de pogrome, un juif fantasmé qu’il n’avait jamais vu mais qu’il imaginait ainsi. Quand il est confronté à des juifs réels, c’est à dire des juifs de son milieu, il ne les perçoit pas réellement comme juif. Au fond de lui même, un Proust, un Max Jacob, un Tristan Bernard pour Morand ne son pas juifs ou du moins pas de vrais juifs. C’est pour cela par exemple qu’il se démènera pour sauver Tristan Bernard des nazis. L’autre fantasme est que le juif menace son style de vie. Morand est avant tout un bourgeois et un conservateur (mais pas en art, encore une de ses nombreuses contradictions) d’où sa haine et sa peur du bolchévisme qui le conduira comme  ses semblables à préférer Hitler (qu’il déteste) à Staline, ce qui du point de vue de la bourgeoisie n’en déplaise était le bon sens, à condition de n’être pas juif, bien entendu.

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