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Léon GALAND (1872-1960) Narcisse

5 Février 2026, 07:50am

 

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Bobbie McKinnon photographié par Yann Faucher

5 Février 2026, 07:48am

Bobbie McKinnon photographié par Yann Faucher
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


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Une visite au Grand Musée des Antiquités Egyptiennes du Caire (6 et fin)

5 Février 2026, 07:37am

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Łukasz Leja

4 Février 2026, 07:32am

 Łukasz Leja est un architecte de formation, originaire de Pologne. Il a étudié le métier en Angleterre, en Chine et aux États-Unis, et a récemment suivi une formation à Harvard.

          Depuis l'obtention de son diplôme, il a travaillé pour d'éminents cabinets new-yorkais. Spécialisé dans les projets culturels et civiques sur les cinq continents, Leja compte parmi ses clients Richard Serra, prince héritier d'Arabie saoudite, et Lady Gaga.

          Il se consacre actuellement à des projets personnels, notamment des programmes immobiliers résidentiels dans les Hamptons, dans le nord de l'État de New York, et à Greenwich (Connecticut). Cette année, son premier projet en solo – un hôpital de recherche communautaire au Bénin, en Afrique de l'Ouest – sera achevé.


          Leja pratique également la peinture figurative. Il utilise la peinture à l'huile pour aborder les thèmes de l'amour et de la sexualité et crée des compositions géométriques mettant en scène le corps humain. En 2022, il a remporté le premier prix du concours Tom of Finland Emerging Artist de Los Angeles.


          Il est basé à New York.

 

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LE JOURNAL 1940-1950 DE PHILIPPE JULLIAN

4 Février 2026, 07:30am

 

 

 

Philippe Jullian (1919 – 1977), né Philippe Simounet, était paradoxalement un dandy qui ne se poussait pas du col, puisqu’il dit de lui même: << Je vois le monde avec les yeux d’une cruche émerveillée.>> On peut penser que Jullian n’était pas complètement sincère en écrivant cela. Comme dans tout journal intime, il y a dans celui-ci de la pose. La plus fréquente étant celle d’un Dorian Gray bordelais. Mais les années de formation et le regard de cette cruche émerveillée sur le grand, petit et demi-monde qu’il fréquente est bien intéressant souvent drôle et parfois émouvant...

Le plaisir que procure la lecture d’un journal intime tient au savant équilibre de son contenu. Il ne doit pas être trop plein d’ergotages sur des jours sans événement comme l’est celui d’Amiel. Il doit être encore moins un plaidoyer pour une éventuelle réhabilitation comme le “Journal sous une occupation” de Marcel Jouhandeau, ni être trop le fruit de contingences très particulières tel le journal de Fresnes de Robert Brasillach. S’il n’est que ragots minuscules d’un petit monde particulier tombé dans l’obsolescence depuis sa rédaction comme l’épouvantable, à tous points de vue journal de Jacques Brenner, il lassera vite. De même s’il se réfugie trop dans les généralités de peur de tomber le masque, comme est souvent celui de Julien Green. S’il n’est qu’ un recensement exhaustifs de ses dîners en ville et de ses bonnes ou mauvaises fortunes l’ouvrage devient vite d’une lecture fastidieuse comme c’est le cas des derniers tomes du journal de Gabriel Matzneff, journal qui n’a fait que décliner au fil des ans. Il ne doit pas être non plus un véhicule cahotant pour une délation haineuse comme est celui d'Edouard Nabe. En ce qui concerne Matzneffe, je conseille d’en rester au premier volume de la série “Cette camisole de flammes”, une merveille absolue, et à la rigueur de poursuivre par sa suite immédiate, “L’archange aux pieds fourchus” mais je déconseille d’aller plus loin. Dans ses  suites le niveau d’égotisme y est insupportable. Plus subjectif, il est bon que le lecteur ait des pôles d’intérèts communs avec le rédacteur, ce qui, pour ma part, n’est pas toujours le cas pour le journal des dernières années d’Ernst Junger... Grand lecteur de journaux intimes j’arrête là cette énumération pour ne pas devenir fastidieux à mon tour...
Il me semble que parmi tous ceux que j’ai lu, un seul évite ces écueils, c’est celui de Matthieu Galey. En outre le journal intime doit être “écrit” et être tenu de façon régulière sans que les dates où le diariste s’épanche soient trop éloignées les unes des autre. Malheureusement celui de Philippe Jullian devrait plutôt s’intituler Journal de 1940 à 1947 car dans les trois dernières années il s’ effiloche considérablement.

Un bon journal intime doit d’abord délivrer un portrait de celui qui le tient (un peu comme un blog, qui n’ est qu’ une sorte de forme moderne de ce genre littéraire). A la lumière de son journal, Philippe Jullian nous apparaît comme un être déchiré entre le contentement et la haine de soit, passant en quelques lignes de l’un à l’autre. Philippe Jullian a mis fin à ses jours en 1977 et repose au Père lachaise.
 

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Philippe Jullian vers 1945.

Si en ce qui concerne la marche du monde il a souvent une étonnante acuité de vue et un solide bon sens, celui qui chercherait dans ces pages les événements importants de la France occupée serait déçus; pour Jullian, comme l’écrit si bien son biographe, Ghislain de Diesbach,: << l’évènement du jour n’est pas l’entrée des allemands en Russie mais une première de Cocteau et il s’émeut plus de l’algarade entre Alain Laubreau et Jean Marais que des cinq cent victimes des bombardements.>>. Il serait cependant injuste d’en déduire que Philippe Jullian ait été insensible aux malheurs qui frappaient la population française, lui même vivant d’ailleurs difficilement cette période de famine. La note suivante, rédigée le 2 octobre 1944, résume bien son l’état d’esprit qui fut le sien durant la guerre et celui qu’il aura dans les mois qui suivront la fin de celle-ci: << Drancy est toujours plein, c’est là l’horrible... Pendant quatre ans les propos pro-allemands m’étaient insupportables: je suis encore sûr que les collaborationnistes représentaient l’élément vil, intéressé, rampant des français, mais je ne me permettrais jamais de les juger. N’ayant été en rien héroïque...>>. Une lucidité sur soi même qui n’était guère courante alors...

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Jullian à la chance d’avoir trouver en son “éditeur”, Ghislain de Diesbach, un alter ego, tout du moins en ce qui concerne l’art du portrait. Grâce aux bas de page (je préfère de beaucoup ce système des notes en bas de page plutôt que les renvois en fin de volume, façon Pléiade) dans lesquels de Diesbach nous situe un personnage que rencontre l’auteur en des portraits lapidaires d’une hilarante rosserie. En voici quelques exemples : << Rosemonde Gérard, 1871-1953, épousa Edmond Rostand qui lui doit quelques uns de ses plus beaux poèmes, mais plus connue par le couple à demi incestueux qu’elle formait avec son fils Maurice Rostand. Aussi fardés l’un que l’autre, ils avaient fini par se rassembler au point que certaines âmes simples se trompaient.>> ou cet autre, << Mme Simounet (la grand mère de Philippe Jullian) qui avait beaucoup rôti le balai dans sa jeunesse et avait l’air d’une courtisane acceptant mal sa retraite.>> ou encore celui-ci << Maurice Chevalier, 1888-1972, enfant de Menilmontant, dont il cultivait l’accent gouailleur était un chanteur sans beaucoup de voix, un acteur sans guère plus de talent, mais cela n’avait pas grande importance car il lui suffisait d’apparaitre en scène pour être applaudi. Il était surtout un personnage ayant su créer, puis entretenir sa légende et il avait fini par incarner la France aux yeux de tous ceux qui ne voyaient  en celle-ci qu’un pays où tout s’achève par des chansons.>> et enfin, << Jean Genet 1910-1986, écrivain sulfureux qui ressemblait à un boxeur devenu garagiste et fascinait alors le milieu Cocteau...>>. Dans l’art de portrait Jullian n’est pas inférieur à son biographe, en témoignent ceux-ci, << Gide à Radio Tunis, c’est le maréchal Pétain de l’intelligentsia.>>; << Mauriac est bien démodé: il noue ses vipères bourgeoises en lavallière.>>...
 

 
 

Si le journal de Philippe Jullian peut se lire seul, le plaisir qu’en retirera son visiteur en sera considérablement augmenté s’il le lit en parallèle avec la biographie qu’ a consacrée Ghislain de Diesbach à Philippe Jullian. Malheureusement l’ouvrage, édité aux éditions Plon en 1993, est peut être assez difficile à trouver. Cette biographie a le mérite non seulement de combler un certain nombre de blancs du journal mais aussi de le mettre en perspective. On peut seulement regretter, que tout comme son objet d’étude, de Diesbach soit aussi pusillanime lorsqu’il s’agit de l’homosexualité de son modèle, prenant des précautions de vieilles filles pour l’évoquer. Philippe Jullian ne s’aveugle pourtant pas sur ses sentiments et ses goûts, mais reste toujours dans le demi aveu: <<... J’ai confié à Elisabeth, le rôle de l’être aimé, faute d’un sentiment plus vrai que j’attend. Cet amour n’est en somme qu’une construction, une façade peut on dire légèrement...>>.
La biographie qui est souvent très amusante, écrite par Ghislain de Diesbach ne fait pas seulement revivre, dans un style éblouissant, un homme mais toute une société d’originaux qui étaient avant tout des hommes libres.
 

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Tout journal intime est un peu une auberge espagnole et c’est aussi par là qu’il est savoureux. On y passe d’une considération générale sur la marche du monde à une inquiétude digestive en passant par un dîner en ville ou un vernissage. Celui de Philippe Jullian, lecteur boulimique, est riche de jugements littéraires, souvent justes, fréquemment iconoclastes, mais toujours stimulant pour notre intelligence, comme ceux-ci: <<  Relu “l’idiot”... Trop de précipitation, d’éclats, de scandales. On pense à ces anciens films dont les acteurs ont une démarche saccadée et trop rapide. Tous les personnages jouent au jeu de la vérité. Il est invraisemblable que dans une ville comme Pétersbourg, tant de gens de classes si différentes se connaissent si bien et sachent tout les uns sur les autres. Cette affreuse impression de promiscuité n’est possible que dans les petites villes où l’on tombe sans cesse les uns sur les autres.>>; << “Gilles”, de Drieu La Rochelle, est un livre gênant; le lecteur se sent coupable. Les personnages sont les faux-monnayeurs dégénérés qui fabriquent des billets dépréciés au lieu de louis.>>; << “Notre-Dame des Fleurs, de Genet. Cela pourrait rendre les gens fous. Horrible indiscrétion de ce rêveur qui raconte vos pires imaginations. On rougit de soi en le lisant.>>...
 
 

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L’amateur de Modiano appréciera de croiser dans ce livre des personnages qui pourraient (ou l’ont été) des romans de leur auteur de prédilection, comme ce Boulos Ristelhueber ou cet autre, Joël des Closets de Villepinte, mythomane flamboyant , inconnu des dictionnaire de fausse noblesse précise délicieusement de Diesbach...
 
Je ne m’attendais pas, en lisant ce journal, à tomber sur une uchronie. C’est pourtant ce qui arrive, à la page 42 dans un texte daté du 11 avril 1941, où notre diariste imagine un monde différent de celui dans lequel il vit alors, l’époque devait être propice à ce genre de songe... Le point de divergence se situe aux alentours de 1860. Napoléon III aurait poussé sa politique des nationalités et son règne n’auraient pas été ainsi interrompu par la guerre de 70. Curieusement Jullian imagine que paradoxalement cette politique aurait conduit à une sorte de gouvernement européen devenu un territoire balkanisé dans lequel le Pays-Basque, la Corse, la Catalogne, la Bavière, la Savoie... seraient autonomes. Il n’y aurait plus de passeport pour se déplacer dans toute cette Europe. Les états seraient agglomérés dans plusieurs petites fédérations, les pays baltes, les pays de langues allemande et de religion catholique, les pays de langues italienne...  Le grand sage de ce conseil européen serait Bismarck, << peu d’hommes auraient accès au pouvoir et les groupes d’états seraient gérés par un conseil d’administration d’hommes d’affaires, de diplomates et de princes. Ces dirigeants n’auraient pas craint le marxisme, mais l’aurait utilisé. La grande masse des ouvriers vivrait dans des phalanstères avec l’assurance d’une vieillesse sans soucis, n’étant plus intéressée par la politique dont ils n’ont plus rien à attendre, ne pensant plus au suffrage universelle...>>. En 1880 une guerre russo-anglaise opposent les deux empires pour la possession de la Turquie. Les deux nations sortent épuisées de cette guerre qui rejette l’Angleterre vers les Etats-Unis et une partie de la Russie vers l’Asie. Dans cette histoire alternative la grande crainte de l’européen de 1940 serait... le péril jaune.  Ce monde rêvé par Jullian est à la fois visionnaire, il préfigure un peu notre Union Européenne, mais il est aussi très passéiste. On voit combien l’écrivain puise ses sources non pas dans le XX ème mais dans le XIX ème siècle, notamment dans ses utopistes et que ce rejeton de la bourgeoisie de province n’a pas intégré complètement la notion de république. Voilà  une référence que dorénavant qu’Henriet devra ajouter à son “Uchronie” (éditions Klincksieck).
 
 

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Détails amusants sur, à la fois le snobisme, la clairvoyance et les écarts de notoriété, si Jean Cocteau est plusieurs fois cité dans le journal de Philippe Jullian, ce dernier, aux mêmes dates n’est jamais mentionné dans celui de Jean Cocteau! Alors que ce dernier cite plusieurs fois Lefèvre-Pontalis grand ami de Jullian qui pourtant ne produira aucune œuvre malgré les espérances qu’il laissait entrevoir... De même que l’on ne retrouve qu’une fois (page 637) le nom de Philippe Jullian dans la copieuse biographie de Cocteau par Claude Arnaud (éditions Gallimard) mais là Pontalis n’est pas mieux traité... Même chose chez François Sentein si celui-ci apparaît plusieurs fois dans le texte de Jullian, nulle trace de ce dernier dans “Nouvelle minute d’un libertin” aux éditions du Promeneur.
 
 

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Un journal intime, même si c’est une lapalissade, il me parait opportun de la rappeler, fait entrer son lecteur dans l’intimité d’un être. On est souvent d’autant plus ému que l’on sait presque toujours les devenir des espoirs que le diariste couche sur le papier comme des testaments pour le futur. Il est ainsi parfois déchirant de voir combien peu de ces rêves se matérialiseront...
En ce qui concerne Philippe Jullian je suis surpris de l’importance qu’il accorde au dessin, beaucoup plus qu’à l’écriture, mais il faut toujours avoir à l’esprit que nous lisons les épanchements d’un jeune homme qui a entre 20 et 30 ans lorsqu’il rédige ce texte, le reflet de son apprentissage de la vie. En effet par rapport à ce que je connais de lui ses écrits me paraissent plus remarquables que ses dessins. J’ai néanmoins un grand souvenir de ses illustrations pour ” La recherche du temps perdu”, édition illustrée chez Gallimard que malheureusement je ne possède pas... Il faut que j’avoue que les dessins de son Dictionnaire du snobisme (éditions  Christian de Bartillat, 1992), écrit en 1958 et toujours aussi actuel, à lire et à revoir, sont certainement les dessins qui m’ont le plus fait rire...
 
 
 

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Dans ce journal sur fond d’un paysage intellectuel, mondain et parfois canaille où se croise Cocteau, Aragon, Eluard, Genet, Dior, Jean Boullet et bien d’autres se dessine le portrait d’un garçon timide qui préfère étonner que séduire, attachant malgré son égoïsme et sa causticité qui hésite entre deux passions le dessin et la littérature.
Au chapitre “peinture”, on note que: “Le succès tardif des impressionnistes provoqua dans la bourgeoisie une mauvaise conscience esthétique que la nostalgie du manque à gagner aviva chaque jour davantage”…
Il faut espérer que la parution de son journal, et très très modestement cet article relance l'intérê pour l'oeuvre de Philippe Jullian. Il faudrait se souvenir qu'il fut Spécialiste de la littérature fin de siècle et de l’Art nouveau, il est parmi les tout premiers à réhabiliter une période juqu’alors décriée, notamment par le biais de nombreuses biographies (D’Annunzio, Jean Lorrain, Oscar Wilde, Robert de Montesquiou).
 
Autoportrait aux livres

 

N'oublions pas l'illustrateur qu'il fut pour Dickens, Rilke, Morgan, Dostoïevski et surtout de Proust (“A la recherche du temps perdu”*), il a également travaillé sur un scrapbook: “Lorsque Maisie dansait”, un album sur les styles (réédité par Le Promeneur en 1992).
Je recommande particulièrement la lecture de son “dictionnaire du snobisme”. En observateur affuté, il croque les grands de ce monde et leurs petites manies. Quelques images présentées sur ce blog vous donneront un aperçu de cet ouvrage qui pourrait se ranger auprès d’un Who’s who et de son ouvrage sur “Les styles” réédités par Patrick Mauriès des éditions du promeneur en 1992. Le livre est composé d’un avant propos de l’auteur, et émaillé de réflexions et de textes d’une trentaine d’intervenants parmi les quels Michel Déon, Paul Morand, François Nourissier, Jean François Revel et de quelques dames à particules un peu oubliées.
 
 

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Bibliographie de Philippe Julian: Les Meubles équivoques, avec Léon-Paul Fargue, Grasset, 1947; Le Cirque du Père Lachaise, Fasquelle, 1957; Mémoires D’Une Bergère, Plon, 1959; Robert De Montesquiou, Perrin, 1964; La fuite en Egypte, La Table Ronde, 1968; D’Annunzio, Fayard, 1971; Jean Lorrain ou le Satiricon 1900, Fayard, 1974; Sarah Bernhardt, Balland, 1977; Lorsque Maisie dansait, Salvy, rééd. 1990; Les styles, Le Promeneur, Gallimard, 1992; Oscar Wilde, Bartillat, 2000; Dictionnaire du snobisme, Plon, 1958 – Bartillat, 2006; Journal 1940-1950, Grasset, 2009; Les Morot-Chandonneur, avec Bernard Minoret, Grasset, 2009
 
 
 
"Lorsque Maisie dansait", Philippe Jullian
 
 
 
 
Nota 1: Il semblerait que l’édition française se décide à redécouvrir Philippe Jullian (je ne sais si c’est identique en Angleterre où l’écrivain-dessinateur a également publié), puisque concomitamment au journal parait “Les Morot-chandonneur” qu’il a co-signé avec Bernard Minoret, aux éditions Grasset dans la collection de poche “Cahiers rouges”. Les deux compère narrent la vie d’une famille sur cinq générations au moyen de pastiches de grands auteurs dans la tradition de Reboux et Muller ou de Jean-Louis Curtis. Espérons que ce n’est qu’un début.

Nota 2: Les dessins illustrant cet article sont extraits de l’indispensable dictionnaire du snobisme de Philippe Jullian qu’il faudrait rééditer si possible en grand format pour pouvoir bien admirer les dessins.
 
* Je recherche, à un prix honnète La recherche du temps perdu" illustré par Philippe Jullian
 
John Sargent portraiturant le docteur Samuel Pozzi., 1975
 

Commentaires lors de la première édition de ce billet

 

Très intéressant. Complètement inconnu pour moi jusqu'à ce jour ce Jullian. Je vais essayer de trouver ça aux Mots à la bouche :)
Le journal de Klaus Mann, que vous avez peut-être lu, doit pouvoir répondre à certaines de vos attentes en la matière.
Je n'ai pas encore lu celui de Mathieu Galey... Au boulot, pauvre forçat !

 

Posté par mathieu, 29 avril 2009 à 02:40

 

réponse à Mathieu
Je n'ai pas cité d'autres journaux intimes que j'ai lu comme celui de Léon Daudet, Léautaud ou Klaus Mann.
Mais je trouve ce dernier intéressant mais pas assez intime et parlant de personnages qui en raison de ma nationalité et surtout de mon ignorance ces considérations ne me parlent souvent que peu. Il me semble très souhaitable pour vous de commencer par celui de Mathieu Galey, très facile à trouver (FNAC, Mots à la bouche...), en deux tomes chez Grasset. Avant de lire le journal de Jullian essayez de lire sa biographie par de Diesbach (celle qu'il a écrit sur Proust est également une merveille, son grand oeuvre) au style éblouissant qui est une belle porte d'entrée pour tout un monde.

 

Posté par B A, 29 avril 2009 à 07:46

 

Souhaitable de commencer par Galey ? Vous voulez dire pour me familiariser avec la lecture des journaux ? :) Ma foi, j'ai lu moi aussi celui de Léautaud (et en corollaire celui de l'Abbé Mugnier), celui de Gide, de Morand (le Journal inutile)(ça, vous devriez aimer, si vous aimez aussi les journaux hétérosexuels pour peu qu'ils soient écrits par un mec de droite ^^), les Cahiers de Cioran, les journaux de Ionesco. Le Journal de jean-René Huguenin, Le Mausolée des amants de Guibert, le Journal de Travers de Camus. Le Passé défini de Cocteau (un tome seulement pour tout dire), Les Cahiers d'Henri de Régnier (un pensum, malheureusement). J'en oublie un paquet mais ajoutons dans le domaine étranger les journaux de Gombrowicz, Anaïs Nin, Sylvia Plath, Virginia Woolf, Joyce Carol Oates, Mihail Sebastian... J'en passe encore quelques uns... Je passe aussi les essais consacrés aux journaux... Pour tout vous dire, c'est un peu ma spécialité en fait ^^
C'est pour ça que j'ai été très intéressé par votre article, je suis très curieux des journaux qui paraissent et dont on ne parle pas beaucoup. Pour Léon Daudet je ferai l'impasse. Il y a un seuil d'incompatibilité entre le diariste et son lecteur au delà duquel la lecture du journal est infaisable...(idem pour Claudel)

 

Posté par mathieu, 29 avril 2009 à 16:47

 

reréponse à Mathieu
je doutais pas de que vous étiez léttré, je ne voulais en rien vous vexer mais il me semble que le journal de Galey est plus complet plus serré et ayant d'une part un ton assez semblable à celui de Jullian et recouvrant en partie les mêmes milieu il était préférable de le lire avant? Comme je crois qu'il faut lire la biographie de Jullian de Diesbach avant d'attaquer le journal. En lisant le journal j'ai éprouvé le besoin de relire la biographie de Jullian que j'avais lu lors de sa parution.
Vous devriez dépasser votre répugnance et lire le journal de Daudet qui est remarquable et drôle et surtout très libre. Il y a rien de moins dogmatique que Léon Daudet. Il faut se souvenir que cet antisémite à été le grand découvreur de Proust et que cet homophobe à entretenu son frère qui était alors la plus grande folle de Paris. A mon avis Léon Daudet était passablement piqué. J'ajouterais que pendant les premières années de l'occupation (il est mort durant la guerre) il a arrêté d'écrire des articles politique ne donnant à l'Action Française que des critiques littéraires... Le journal de Morand est intéressant parfois assez répugnant, parfois généreux,souvent très intelligent et parfois vraiment stupide. Il est un bon miroir des contradictions de cet homme, encore un homophobe entouré d'homosexuels! malheureusement d'une écriture un peu décevante par rapport à son oeuvre. J'attend avec impatience sa correspondance avec Chardonne.C'est curieux mais je constate que ce sont surtout les écrivains dit à droite (ce n'est pas pour moi un critère de sélection, Aragon est un auteur que j'aime beaucoup)qui tiennent leur journal intime. Je ne considère pas les carnets de Cioran ni même le journal de Michel Leiris dans la catégorie des journaux intimes pas plus que les carnets de Montherlant, autant d'ouvrage que j'ai lus. Mais j'ignore ceux de Gombrowicz, Anaïs Nin, Sylvia Plath, , Joyce Carol Oates, Mihail Sebastian. Et je n'ai lu que des morceaux de ceux de Virginia Woolf, Gore Vidal (une sacrée langue de pute) et de Renaud Camus dont j'aime bien certains morceaux mais c'est un peu longuet. Et honte à moi je ne savais pas que Ionesco et Huguenin avaient tenu le leur.
Le journal de Cocteau montre surtout qu'il était assez bête et fat. Mais son journal 1942-1945 est intéressant en raison de l'époque et on peut le croiser avec ceux de Junger et de Galtier Boissière (éditions Quai Voltaire) à lire aussi mais sans doute assez difficile à trouver...
Comme nous le voyons ce n'est pas la lecture qui manque...

 

Posté par B A, 29 avril 2009 à 17:44

 

Roh, je ne suis pas d'accord avec vous sur Cocteau. Ceci dit mes souvenirs ne sont plus très frais, je lirai un autre tome un de ces 4. 
Je ne connais ni celui de Gore Vidal (m'intéresse pau a priori mais à voir) ni celui de Galtier Boissière. J'imagine qu'il doit y avoir quelques notes sur Léautaud, car ils se sont bien connus. J'essaierai de trouver ça aussi... Camus, aussitôt que vous passez ses ridicules églogues, hallucinants de ridicule églogues, je trouve que c'est d'une lecture pas longuette du tout. Un vrai regard, et puis toute une époque pour moi qui ne l'ai pas connue. Et une personnalité quand même pas commune. Bon, ses épisodes de sodomies avec des mâles moustachus sont, effectivement, peut-être un peu longuets... ^^
Vous venez de me donner un aperçu de Daudet que j'ignorais complètement. Je reconnais que je suis bloqué par une somme de préjugés. Je suis tout prêt à réviser mon point de vue.
C'est vrai que ce sont surtout des écrivains plus ou moins de droite ou plus ou moins anars qui écrivent leurs journaux. Mais il est évident que l'anticonformisme se trouve davantage de ce côté que du côté gauche de l'échiquier moral. Lequel gagne à ne pas s'exprimer même si c'est sous sa tyrannie bien-pensante que, dans l'ensemble, je préfère vivre. Voire Guéhenno, archétype du diariste enseignant de gauche qui est propremement illisible. Vous n'avez pas tout à fait tort sur Cioran. Ce n'est pas à proprement parler un journal, disons à la française. Mais c'est quand même l'enregistrement au quotidien de la vie, certes toute intérieure, d'un homme. Cioran est un véritable égotiste. Mais sa méfiance à l'égard du journal en tant que genre quelque peu amalgamé au potinage et au ressassement, fait de ses Cahiers une oeuvre à part. Ceci dit, les journaux anglo-saxons sus-cités font preuve de la même méfiance. Le journal est un genre tout aussi divers que le roman du 20ème siècle avec ses académismes et ses avant-gardes. Ah, et je n'étais pas vexé du tout, c'était plutôt pour situer :)

 

Posté par mathieu, 29 avril 2009 à 19:01

 

nouvelle réponse à Mathieu
Je devais pas être au mieux aujourd'hui car visiblement je me suis fait mal comprendre. Je suis tout à fait camusien et j'aime beaucoup son journal surtout ceux les tomes d'il y a quelques années mais pas les premiers, genre trique, mais il est tout de même trop pléthorique. Je préfère sa dernière série sur les maisons d'écrivains en particulier le volume sur l'Angleterre; dans le genre journal d'un piqué réactionnaire il y a celui de Nabe mais je ne l'ai pas entièrement lu et j'ai perdu le volume!
Posté par B A, 29 avril 2009 à 21:18

 

A propos de Léon Daudet
Juste une question, Bernard. Par "Journaux" de Léon Daudet, entendez-vous ses "Mémoires", ou de véritables journaux intimes ?... Dans le dernier cas, où ont-il été édités ?...
Posté par BBJane, 30 avril 2009 à 11:58

 

réponse à BBJane
J'ai eu disons un abus de langage, il s'agit bien sûr de l'ensemble de ses souvenirs qui ne sont pas complètement des mémoires c'est d'ailleurs ce qui fait un des charmes de ces textes qu'ils soient si difficile à classer. J'ai sans doute parlé de journal tant on a souvent le sentiment que les portrait sont délivrés à chaud...
Posté par B A, 30 avril 2009 à 12:47

 

Journal littéraire - Paul Léautaud
Bel hommage au diariste Jullian. Pour ma part c'est l'oeuvre majeure de Léautaud qui m'a incité à en tenir un qui est livré progressivement via des blogs. Vous pouvez vagabonder à travers des extraits choisis du "Journal littéraire" sur http://paul-leautaud.blogspot.com/. Bonne lecture.
Posté par Decrauze, 10 mai 2009 à 22:52

 

La baronne Des Charnais
Vous avez reproduit un de mes dessins préférés de Jullian, auteur ET illustrateur trop méconnus. Il a pourtant écrits de petits chefs d'œuvres, avec "Café Society", "Apollon du Belvédère" ou encore les nouvelles de "Gilberte retrouvée".
 
Je pense qu'il sera redécouvert un jour. Son humour et sa poésie grinçante en font un auteur attachant, même s'il lui est parfois reproché d'être brouillon. J'envie ce brouillon.

 

Posté par Denisd, 12 octobre 2009 à 14:01

 

Réponse à Denisd
Jullian est aussi très utile pour ce faire une idée de ce qu'était la socièté "lancée" des année 50 et 60 au delà de sa verve son oeuvre est devenu malgré lui un document sociologique sur un monde complètement disparu...
Posté par B A, 12 octobre 2009 à 17:05

 

Lancé? Comme ce qui se ramasse?
Pourtant Jullian n'est pas si lointain. En plus d'être esthète de l'observation de salon, il avait aussi un bon sens terrien, hérité de sa famille bordelaise et des temps révolus de "la gloire et des immeubles", comme il le disait. Je suis peut être naïf mais ne pense pas que ce monde soit complètement disparu. 
 
Il m'est arrivé, il vous arrive encore, d'en croiser des représentants, de temps à autre. Les grandes maisons de luxe de masse, les financiers du Golfe ou des grand groupes industriels en quête de reconnaissance ont certes remplacé les milliardaires américains, les pairs britanniques ou les fastueux ducs sud-américains; mais l'entourage demeure. 
 
Mondains professionnels et mercenaires, jeunes et moins jeunes Rastignacs à la particule fraiche, grands noms stériles ou fortunes abimées, cortèges d'artistes courtisans, de parasites flatteurs et toute cette piétaille pathétique qui s'efforce de "chanter plus haut que sa lyre"... Eux restent bien vivants.
 
Grands espoirs et petites vanités, foi inébranlable et bassesses inavouables s'accordent souvent parfaitement. Le talent de Jullian était de les décrire avec humour et finesse et d'avoir, parfois, l'élégance de sembler y croire. C'est en cela qu'il est très humain et qu'il évite l'écueil du moralisme. 
 
J'aurais aimé le rencontrer. Mon père avait fait un voyage en auto avec lui, le ramenant d'une partie de campagne, à la fin des années 50. Il l'avait trouvé un peu taciturne.
 
Merci de l'avoir si bien évoqué.

 

Posté par Denisd, 12 octobre 2009 à 22:40

 

réponse à Denisd
Très beau commentaire mais il ne faut pas confondre la café society* que croquait Jullian avec la plébéenne jet society de nos jours. J'ai utilisé à dessein, le mot lancé qui au temps de Jullian était synonyme d'à la mode
Posté par B A, 13 octobre 2009 à 07:11
* Lorsque je faisais cette réponse n'était pas encore paru le merveilleux album "Café society" de Thierry Coudert aux éditions Flammarion

 

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Alberto Giacometti, Autoportrait (1920)

4 Février 2026, 07:30am

 

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Sebastian Perinotti

3 Février 2026, 07:35am

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Une visite au Grand Musée des Antiquités égyptiennes du Caire (5)

3 Février 2026, 07:34am

 

 

 

Les images ci-dessous ont été prises dans les salles du trésor de Toutankamon 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Caire, janvier 2025

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L'abbé Mugnier de Ghislain de Diesbach

3 Février 2026, 07:33am

  

Ghislain de Diesbach est le dernier écrivain ancien régime que nous ayons. En le lisant nous ne fréquentons que du beau monde, des quartiers de noblesse en vois tu en voilà, aucun risque dans ses pages de croiser un encapuchonné bistre du 9.3., lecture de plage parfaite pour le snob que je suis.

Après avoir écrit les biographies de Madame de Stael, de Chateaubriand, de la princesse Bibesco (impossible de trouver ce livre, s'il s'ennuie dans votre bibliothèque pensez à moi!), de Proust (un régal), de Philippe Jullian  sans oublier son Histoire de l'émigration 1789-1814, que j'ai rangé dans ma bibliothèque à coté des aventures du Mouron rouge de la baronne d'Orczy, il s'est attaqué à un personnage moins prestigieux mais dont le nom revient dans presque toutes les biographies des acteurs du monde littéraire (et pas seulement) des quarante premières années du XX ème siècle, l'abbé Mugnier. C'est d'ailleurs plus pour avoir un éclairage particulier sur des figures célèbres tel Huysmans ou Proust qu'outre par le nom de Mugnier et surtout par celui de Ghislain de Diesbach que, j'ai été attiré par cet ouvrage. J'y ai trouvé bien d'autres choses. Je précise tout de suite que je n'ai pas (encore) lu le célèbre journal de l'abbé Mugnier, sinon les nombreux extraits que l'on découvre dans les livres qui traitent de la vie mondaine et littéraire de la fin du XIX ème siècle et de la première moitié du XX ème. Mais le livre a bien d'autres intérêts tout d'abord il fait par le biais des menus faits d'une vie, revivre toute une société où la religion à une place prépondérante. On découvre par exemple les effroyables conditions de vie dans les petits et grands séminaires de cette cohorte de jeunes gens qui entre en religion non qu'ils aient reçu une illumination derrière le pilier d'une église mais parce que c'est pour eux, rejetons de familles pauvres, le plus souvent, la seule voie d'une relative élévation sociale. C'est le cas de notre abbé qui est poussé à la prêtrise par une mère pieuse qui croyait lui procurer « la paix » tout en lui ayant fait découvrir Chateaubriand et Georges Sand, qui seront les deux grandes admirations littéraire de toute sa vie.

Mugnier dont la foi ne fait aucun doute tout en maugréant constamment contre la hiérarchie ecclésiastique, le sait bien.

Très intelligemment plutôt que de s'étendre sur la vie mondaine de son abbé, elle est néanmoins présente, Ghislain de Diesbach s'attarde longuement sur les années de formation et la jeunesse de Mugnier. Si l'on excepte Huysmans et quelques autres c'est surtout à partir de la quarantaine que l'abbé Mugnier fréquente les salons littéraire et les diners de la haute aristocratie.

  

Ce qui admirable chez l'abbé Mugnier c'est l'absence totale de sectarisme. Voilà un membre du clergé qui pouvait un soir diner chez des hôtes qui avaient concocté un repas où tout était rouge, étant des admirateurs inconditionnels des guillotineurs de 1793, le lendemain être invité à une soirée par la comtesse de Greffulhe, un des modèles de la duchesse de Guermante de « La recherche de Proust et le surlendemain être à la table du sâr Péladan!

Aucune pudibonderie chez lui non plus, il ne s'offusque ni des propos graveleux de Forain qui lui décrit les bordels d'hommes, ni des amours adultérins de Barres et d'Anna de Noaille, sa grande amie, pas plus des amours de Coteau avec Radiguet , ni qu'un de ses amis prêtres qui vit maritalement avec sa bonne. On se doute que cette largesse d'esprit ne sera pas toujours du goût de ses supérieurs.

D'ailleurs c'est le monde décrit par Proust avec lequel l'abbé entretint une correspondance, dans « La recherche » et celui peint par Jacques Emile Blanche qui connaissait bien l'ecclésiastique pour être souvent invité aux mêmes tables, mais qui l'appréciait guère, qui affleurent dans ces pages.

Alors que je m'attendais à lire le parcours mondain d'un prélat opportuniste, émaillé de savoureuses anecdotes, heureusement pour l'amusement du lecteur, il n'en manque tout de même pas, alors que c'est l'étonnant chemin de vie d'un homme de peu que le hasard et surtout son extraordinaire curiosité alliée à une inextinguible faculté d'admiration que nous fait découvrir cette biographie. On y voit comment Arthur Mugnier fils du factotum d'un hobereau qui permettra financièrement au garçon, tôt orphelin de suivre des études au petit puis au grand séminaire, devient à la fin de sa vie une sorte d'oracle spirituel (dans tous les sens de ce mot) pour la gentry française et une partie de l'intelligentsia. A sa mort en 1944, alors que la France n'est pas encore libérée, il réunira autour de son cercueil une foule éplorée parmi laquelle on dénombre des porteurs de quasiment tous les grands noms de la noblesse française et bien des beaux esprits du temps, Louise de Vilmorin, Jean Tharaud, Jean-Jacques Gautier, Paul Valéry, Ramon Fernandez... (mais apparemment pas Jean Cocteau qui ne mentionne pas une seul fois l'abbé dans son journal 1942-1945, paru aux éditions Gallimard, alors qu'il était naguère l'intime de l'abbé mugnier qui est fasciné par le jeune Cocteau, lorsqu'il le rencontre en 1912 chez la princesse Bibesco, en qui il voyait un des hommes qu'il aurait aimé être et qu'il avait baptisé avec comme parrain et marraine le couple Maritain!).

J'ai ressenti beaucoup de sympathie pour cet abbé qui n'était pas un grand esprit mais qui avait une une curiosité et une liberté et une clairevoyance presque incroyable pour cette époque et même pour aujourd'hui. Tel ce qu'il écrivait le 29 juin 1919: << En songeant à ces grands allemands, je souffrais de certaines mufleries dans un peuple qui se dit chevaleresque doit s'abstenir, Il y a eut en effet dans notre attitude envers l'ennemi à la veille de signer ou signant, des détails qui m'ont choqué. On ne refuse pas le verre d'eau froide. Comme elle doit s'abîmer encore dans les rêveries tristes la Melancholia d'Albrecht Durer! Si jamais dans l'avenir, nous tombions dans les griffes d'Outre-Rhin, comment serions nous traité?>>.

Il n'apprécie pas beaucoup les récents convertis, les trouvant un peu trop exaltés: << Ils aiment les grands pécheurs, pour le plaisir de les repêcher de l'abîme, et non les petits, qui pataugent dans les mares de la médiocrité. Grâce à cela, en ne recevant que des gens célèbres, ou en voie de l'être, ils sont connus à leur tour...>>.

Et puis l'abbé Mugnier a des phrase que j'aurais pu écrire, comme celle-ci: << Si j'étais riche je voyagerais perpétuellement, me reposant quand il faudrait. Voyager, c'est oublier... Prendre le train et se retrouver le lendemain loin du pays où j'étais la veille, c'est une sorte de féérie qui me grise. Détail qui fera frémir: J'aime les chambres d'hôtel; je suis heureux quand j'ai pratiqué le closo ostio et que je m'appartiens.>>.

Ghislain de Diesbach a une élégance à propos du train de vie de son modèle que Paul Léautaud, pourtant son ami, dans son journal n'a pas. Le 18 septembre 1940 (page 653 de son Journal littéraire, dans l'édition de 1998 au Mercure de France) ce dernier écrit: << L'abbé Mugnier n'a jamais eu comme prêtre ou chanoine que des appointements dérisoires, presque la misère. Il n'a pourtant jamais manqué de rien. Il a toujours trouvé une femme riche pour lui assurer une vie confortable: un bon appartement, une bonne, des vacances, jusqu'à ces derniers temps une auto pour le transporter dans ses visites, aux déjeuners ou diners où il avait à aller...>>.

Voilà un homme qui s'est saoulé de connaissances, celles des plus grands esprits, Proust, Barres, Céline, Gide, Cocteau, Léon Daudet (dans l'art du portrait Ghislain de Diesbach égale le gros Léon dans celui par exemple de Léon Bloy), Morand, Montherlant, Paul Valéry... auquel il aura sans doute manqué la reconnaissance littéraire. Il l'espérait sans doute l'obtenir avec la publication posthume de son journal, mais ce ne sera pas complétement le cas. Le22 septembre 1916 il confie son drame à son journal : Mon genre de tristesse, au sortir du séminaire et même pendant, n’était pas le même [celui du René de Chateaubriand]. Je n’étais pas dégoûté de la vie. Je souffrais plutôt de ne pas la connaître, de ne pas avoir été mis sur la vraie voie, d’être déjà dispersé, envolé, sans but qui accapare toutes mes facultés. De grands désirs de vie intellectuelle, littéraire, et tous combattus plus ou moins : 1° par les scrupules qui m’empêchaient de penser, de lire, 2° par une instruction insuffisante, sous tous les rapports. Ajoutez à cela le cœur qui voulait s’attacher, aimer ; un certain goût du succès, un besoin d’être distingué par mes maîtres, mes confrères.>>.

Quel curieux personnage que cet abbé qui malgré la partie extraordinaire qu'il aura mené toute sa vie, avec en main, au départ un jeu plus que médiocre, semble être mort insatisfait de son existence. Cet homme qui ne manquait pas de sagesse et de lucidité, pour les autres, aura été dépité de n'avoir pas eu l'existence auquel il aspirait sans s'apercevoir qu'il n'en avait aucun moyen...

Tout en regardant vers le passé, Ghislain de Diesbach n'oublie pas qu'il écrit aujourd'hui comme le prouve cette pique envers les fonctionnaires de la gueuse: << Il est curieux de voir l'ingratitude de tant d'écrivains, casés par protection dans des ministères où ils augmentent la masse des fainéants, mordre ainsi la main nourricière et se plaindre d'y avoir eu leur génie étouffé alors que sans leur traitement ils n'auraient pu vivre avec leurs seuls droits d'auteur.>>.

Ghislain de Diesbach ne s'est pas contenté de puiser dans le journal de l'abbé, il a eut accès également à ses "paperolles" (les notes qu'il prenait plus ou moins sur le vif pour la rédaction, le soir venu de son journal ), à sa correspondance et il a aussi finement regardé dans les livres des écrivains contemporains du prélat qui l'on souvent croqué (je recommande particulièrement d'aller voir dans « Les Mémorables » de Maurice Martin du Gard, une bible pour tous ceux qui s'intéressent à la vie intellectuelle en France dans l'entre deux guerres).

Pour ma part, je suis allé voir chez un de mes diaristes préférés, Matthieu Galey s'il parlait de son prédécesseur dans son exercice et j'ai trouvé ce portrait cursif: << Avec une candeur délicieuse, il côtoie le gotha des lettres ( et le vrai, celui du noble Faubourg), en observateur qui voit tout et ne voit rien. Pour lui aucune différence entre Cocteau et la comtesse de Noailles, entre Barres et Cocteau: ce sont des « écrivains », indiscutables comme les saints auréolés, quelles que soient leurs oeuvres. Avec Proust par exemple, il « cause aubépine », mais il n'a pas lu Swann. Il contemple ces animaux rares, sans recul, le nez dessus, comme s'ils étaient réellement, fascinante découverte, et fréquente les modèles de la Recherche au naturel, inconscient bien sûr du destin littéraire qui les attendait (…) C'est saint Jean Plume d'or errant à Sodome.>>. Bien vu, comme presque toujours chez Galey.

A propos des lectures de Mugnier, Ghislain de Diesbach reste un peu flou, c'est le seul reproche que je ferais à cet ouvrage écrit avec beaucoup allégresse. Si l'on voit bien que l'abbé rencontre une foule d'écrivains et pas des moindres, en revanche on ne sait pas s'il les lit beaucoup.

Comme presque toutes les biographies, celle-ci est quelque peu hagiographique, ce qui est bien normal car comment imaginer un biographe qui va vivre plusieurs mois et quelques fois plusieurs années avec son sujet qui ne l'aimerait pas. Je terminerais par une ce portrait qu'en trace son talentueux biographe: << On sentait que sa bonté, son intelligence suprême étaient un effet irrésistible de sa nature, hors de tout commandement sacré, une chose aisée comme un instinct.>>.

 

Commentaires lors de la première parution de ce billet

 

Merci pour ce beau billet. J'ai "La Princesse Bibesco, la dernière orchidée", volume qui ne doit pas être rare.
La figure de l'abbé Mugnier est en effet très curieuse et Diesbach la présente de façon bien intelligente.
Pour votre dernier trait sur l'empathie nécessaire au biographe, je vous "déconseille" donc le volume que Bellos consacra naguère à l'immense Perec en hissant à chaque ligne son sujet et en ne comprenant rien, strictement rien, à l'oeuvre...
Merci pour tous vos billets
COMMENTAIRE N°1 POSTÉ PAR BRUNO LE 05/08/2013 À 12H41

Merci de l'information à propos de Pérec, jadis j'étais tombé à la Hune sur un album qui était un peu un making off de La vie mode d'emploi, je ne l'avais acheté alors je devais être fauché ou encombré et peut être les deux... Je ne parviens pas à retrouver ni le titre ni l'éditeur. peut être pourriez vous me renseigner. 

Si le volume de Bellos est à éviter en ce qui me concerne je vous conseille Je me souviens de Jeme souviens sous titré note sur Je me souviens de Roland Brasseur. A quand Perec dans la Pléiade! 

Tous les livres de Ghislain de Diesbach avec lequel j'ai diné quelques fois à la table de Jean-Claude Farjas sont intéressant mais sa biographie de Proust est à mon avis son chef-d'oeuvre. 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 05/08/2013 À 13H34
Je présume que vous faîtes allusion à :

"Cahier des charges de La Vie Mode d'Emploi" paru chez ZULMA en 2001

http://www.images-chapitre.com/ima0/newbig/080/1400080_3296101.jpg

Je dois avoir, aussi, au fond d'une bibliothèque...
Les fac similés des brouillons de Perec y sont bien reproduits et très curieux, très intéressants pour ceux qui s'intéressent à la genèse d'une oeuvre.
Je ne suis pas très sûr que disposer de tous les échafaudages de "La Vie..." en permette une meilleure compréhension, mais peut être que si, finalement...

Le "Je me souviens de je me souviens..." fut suivi de "Je me souviens "encore mieux" de Je me souviens"... ;-)
COMMENTAIRE N°2 POSTÉ PAR BRUNO LE 05/08/2013 À 15

 

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Kernstock Karoly‎

3 Février 2026, 07:33am

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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