Une bien belle exposition Martin et consort en la galerie Huberty & Beyne, 91 rue Saint Honoré, Paris 1 er, jusqu'au 19 mars. Que des planches magnifiques de Jacques Martin, Pleyers, Bob de Moor ou Chaillet. Elles permettent de voir d'après originaux l'évolution du dessin de jacques Martin et cela à partir d'une des toutes premières planches du premier album des aventures d'Alix, Alix l'intrépide jusqu'à L'empereur de Chine. Si vous êtes riches vous pouvez repartir avec une planche de Jacques Martin (entre 13000 et 15000 €) ou moins une splendide planche de Pleyers pour 1000€.
Le garçon figure centrale dans l’oeuvre de Pierre Klossowski
Du Baphomet qui relie le monde d’une commanderie de templiers (18) à l’époque contemporaine autour du personnage d’un jeune page de quatorze ans Ogier jusqu’a sa dernière oeuvre écrite, L’adolescent immortel, qui transcrit le prologue du Baphomet sous la forme d’un scénario pour le cinématographe, mais que nous pouvons considérer aussi comme une pièce de théâtre, Pierre Klossowski a placé au centre de ses fictions un garçon, un garçon de quatorze ans, à l’aube de sa puberté. Si dans les deux oeuvres pré-citées l’enfance est placée au centre de celles-ci, elle est également présente, certes d’une manière moins ostentatoire, danssa trilogie romanesque Les lois de l’hospitalité (1965). L’incipit de Roberte, ce soir, désigne Antoine, le neveu de Roberte et d’Octave, comme le narrateur principal, dont l’éducation préoccupe son oncle et sa tante: << Mon oncle octave, l’éminent professeur de scolastique à la Faculté de…, souffrait de son bonheur conjugal comme d’une maladie, certain qu’il était de s’en guérir dès qu’il l’aurait rendue contagieuse.>>. Dans La révocation de l’Édit de Nantes ; Jérôme, le fils de Roberte et Théodore, est également l’objet des attentions vigilantes du couple. Dans Le souffleur , à la fin du roman, une troupe d’enfants », « envahit l’appartement » du narrateur. Alain Jouffroy dans Le secret pouvoir du sens fait une hypothèse à laquelle nous adhérons sans réserve: << La figure de Roberte aurait servi non seulement d’écran de projection - celui que Klossowski fut lui-même mais le masque pour dissimuler la figure de cet Eros socratique premier: celle de l’adolescent dont le collégien a pu tomber amoureux.>> SPS (page 32). Dans ce même ouvrage l’artiste confesse la part grandissante du garçon dans son imaginaire: << Le garçon est devenu de plus en plus provocant, pas du tout comme un être féminin, mais provocant comme un adolescent, avec tout ce que peut offrir un adolescent à un adulte qui a du gout pour les adolescents.>> SPS (page 54).
S’il n’est pas question éphèbophilie dans La vocation suspendue, le premier roman de P.K. paru en 1950 en revanche la question homosexuelle arrive dès le début du récit:
<< Nous savons d’abord que le besoin sécularisé du bouc émissaire a cherché à exploiter l’anathème qui pèse sur les juifs et que si ce fut là la première étape du nazisme, il fit bientôt d’une pierre deux coups pour atteindre l’église à travers les juifs; ensuite, que le phénomène homosexuel si constitutif du nazisme servit à son tour de chef d’accusation diffamatoire contre tous les religieux résistant au régime hitlérien en Allemagne.>> V.S. (page 30)
Le Baphomet, paru en 1985, est le dernier roman de P.K avant qu’il se ne consacre plus qu’aux arts-plastiques. Il reviendra à l’écriture juste avant sa mort avec L’adolescent immortel qui est une variation sur le prologue du Baphomet.
Essayons tout d’abord de savoir ce que cache ce titre intrigant. Qu’est-ce qu’un Baphomet? Le grand Larousse de 1905, date de naissance de P.K., propose une orthographe alternative Baphomet ou Bafomet et donne la définition suivante:
<< nom d’une idole qui, suivant certains auteurs, était adoré par les templiers; ce fait n’a d’ailleurs jamais été prouvé d’une façon indiscutable. C’est une transcription du nom arabe Mohammed avec le changementde l’aspirée h en f, comme dans beaucoup de mots espagnol empruntés à l’arabe.>>
Il existe de multiples versions de la représentation du Baphomet. Un templier dit même avoir vu le Baphomet à Paris en 1307, il s’agit du frèreLarchant. Il précise qu’il s’agit d’une tête que les frères l'adoraient, la baisaient et l'appelaient leur Sauveur. Sa forme diffère. Elle est tantôt masculine, jeune ou vieille, avec des cheveux noirs et crépus ou blancs et lisses, parfois couronnée, imberbe ou barbue; tantôt féminine à « la semblance d'une fée ou de la Vierge »; elle peut avoir deux ou trois faces. Certains témoins la disent hideuse et noire comme « la face d'un infidèle », c'est un maufé (un diable ou diablotin), aux dires de Radulphe de Gisy, avec des yeux brillants, provoquant une grande frayeur, mais elle est parfois angélique et androgynale. (19)
Dans presque toutes les descriptions du Baphomet ressort deux caractéristiques principales, e celle d’être une idole androgyne et celle d’être née de la rencontre entre templiers chrétiens et des musulmans de Palestine qui auraient fait un syncrétisme entre leur foi en Allah et une adoration idolâtre précédant la venu du prophète. Mais selon l’historiographe américain Legman, elle n’aurait qu’une seule raison d’être: celle de « dissimuler, sous le couvert d’une cérémonie, ce qui est essentiellement une fête sexuelle» (20).
Dépassons ce titre énigmatique et voyons de quoi il retourne au fil des pages de cet ouvrage. Lorsque nous abordons Le Baphomet, nous pensons d’abord avoir à faire à un classique roman historique qui reprend un des épisodes les plus fameux des Rois maudits, saga écrite par Maurice Druon (et son « atelier ») soit la destruction de l’Ordre du temple et la mise à mort de ses chevaliers. Cet épisode de l’Histoire de France a nourri bien d’autres romans comme Le bois du templier pendu d’Henri Béraud.
Le style de la narration est distancié et assez sèche. Toutefois l’auteur parsème tout de même son récit de quelques « moyenagisme ». Pour faire une comparaison littéraire exactement contemporaine à la parution du Baphomet, on pense aux romans situés au moyen-âge de Zoé Oldenbourg (21) mais un roman de Zoé Oldenbourg qui serait écrit à l’os. Le récit expose la machination qu’ourdi une châtelaine pour agrandir son fief en utilisant son pupille comme appât pour compromettre les templiers dont elle lorgne les terres qui jouxtent son domaine.
Avant d’aller plus en avant il nous parait utile de rappeler que le mythe des templiers génèredans bien des esprits faibles une des têtes de l’hydre conspirationiste comme le constate le personnage de Jacopo Belbo dans Le pendule de Foucault d’Umberto Ecco: << Le fou, on le reconnaît à la liberté qu’il prend par rapport au devoir de preuve, à sa disponibilité à trouver des illuminations. Et ça vous paraîtra bizarre, mais le fou, tôt ou tard, met les Templiers sur le tapis. >> (page 99).
Le philosophe allemandHans Bluher (1888-1945) dans son ouvrage Le rôle érotique dans les sociétés masculine (1919) appuyait ses théories sur les bienfaits qu’apporterait une société virile, élitiste et inégalitaire sur l’exemple de l’ordre des templiers. Une société dans laquelle une aristocratie de jeunes hommes unis par des liens de l’amour serait chargée de gouverner et de dominer le reste de la société. Il est fort possible que P.K, parfaitement bilingue français-allemand, ai eu connaissance des idées et des ouvrages de Bluher fort en vogue dans l’entre deux guerres.
La natures des accusations portées contre les templier depuis des siècles est génératrice de fantasmes sexuels. L’église les accusait de s’adonneraient à une forme de baiser ignominieux, un baiser « au bas de l’épine dorsale ». Des statuts secrets auraient obligé chaque nouvel initié à se livrer au péché de sodomie avec tous les membres de l’ordre qui iraient le solliciter. Dans L’adolescent immortel P.K reprend cette légende noire comme moteur de son intrigue.:
<< Malvoisie
Lors de notre dernière réunions nous avons décidé à l’unanimitéde ne plus choisir chacun pour soi son garçon à promouvoir mais la mise en commun d’un seul enfant exceptionnel digne d’être initié à ce qu’il figurait pour notre salut (…) Cette initiation doit être assuréepar celui de nos frères qui l’aurait trouvé! Donc par vous Frère Lahire! (A.I page 47)>>.
Le lecteur se sent d’autant entrer de plein pieds avec le genre du roman historique que l’auteur semble se conformer aux habitus chers à ce type de romans en y mêlant des êtres de fiction avec des personnages historiques tel le roi de France Philippe Le Bel ou encore le grand maitre de l’ordre du temple Jacques de Molay. P.K. fait en quelque sorte aussi allégeance au genre en dotant l’une de ses figures secondaire du même nom que l’un personnage d’Ivanhoé le célèbre roman de Walter Scott, le maitre de cette littérature. Mais ce n’est qu’un trompe l’oeil, la partie historique n’est que le prologue du roman.
Le Baphomet n’inaugure pas chez P.K le principe de l’intrusion de personnages réels dans ses fictions. Ils peuvent y figurer sous leur nom ou sous des pseudonymes. Dans Le souffleur, comme nous l’avons déjà signalé, apparait la figure de Gide mais aussi celles de Lacan et de Roland Barthes.
Le Baphomet n’a pas non l’exclusive dans l’oeuvre de P.K d’un commencement en décalage avec le reste de l’ouvrage. C’est aussi le cas pour son premier roman La vocation suspendue qui débute par un cours essais sur la littérature française à la sortie de la seconde guerre mondiale, un peu dans l’esprit de La littérature à l’estomac de Julien Gracq.
P.K explique le besoin d’écrire le Baphomet par la résurgence des visages de ses camarades de collège: << Je venais d’achever la dernière partie des Lois de l’hospitalité lorsque, durant notre séjour estival de 1964 au château de Chassy (propriété de son frère le peintre Balthus), l’envie me vint de reprendre certaines émotions de mon adolescence. Il en résulta l’épisode du jeune Ogier s’offrant à Damiens, publié d’abord sous le titre “La chambre de méditation.>>
Dans la première partie du livre, nommé curieusement prologue, est exposée la machination concoctée par le roi de France, Philippe le Bel pour détruire l’Ordre du Temple. Le roi a décidé de supprimer l’ordre essentiellement pour des raisons financières (22), les caisses du royaumes sont vides. Il veut récupérer la fortune de l’orde, que l’on dit immense, mais aussi parce que c’est une sorte d’état dans l’état qui échappe à son pouvoir.
Le personnage central de cette première partie est un adolescent de quatorze ans du nom d’Ogier. Il est le pupille de sa châtelaine de tante, Valentine de Saint Vit qui veut récupérer une partie de son domaine donnée par son aïeul à l’Ordre du Temple. Par cupidité elle va profiter de l’hostilité général envers l’Ordre pour ourdir une machination pour discréditer les chevalier. Elle imagine d’offrir son accort neveux comme page à la commanderie pour au minimum espionner ce qui s’y passe à l’intérieur. On soupçonne que les chevaliers s’adonnent à l’alchimie et qu’une partie de leur immense fortune viendrait du pouvoir qu’ils possèderaient de transformer le vil métal en or. Mais surtout Valentine de Vit caresse le secret espoir que les charmes du joli Ogier vont opérer sur un ou plusieurs chevaliers. Ce qui permettra d’étayer l’accusation principale que l’on porte sur eux, celle d’être des sodomites donc d’être passible du bucher.
Ce qui devait arriver, arriva. Le commandeur des templiers découvre qu’un chevalier pratique des moeurs « abominables » avec le jeune Ogier et que ce dernier est adoré en tant que Baphomet dans l’oratoire du temple. Ogier meurt pendu au terme d’une cérémonie rituelle. Fin du prologue.
Nous avons éprouvé le besoin, après le prologue de trivialiser le récit de P.K, chapitre après chapitre pour faire fi des simulacres qui l’encombrent ou qui l’ornent, selon des lectures possible du Baphomet.
C’est suite à la mort d’Ogier que le roman commence véritablement ou plutôt se transforme en un conte théologique. La véritable action se situe dorénavant outre temps, aussi bien dans le présent de l’écriture du roman que dans les siècles précédents et aussi dans un outre-monde qui n’est pas celui des chrétiens mais dans un espace suspendu, dans lesquels les êtres qui ont vécus et ceux qui doivent naitre existent à l’état de souffle. Un non lieu qui rappelle la manière dont les anciens romains concevaient le royaume des morts.
Sans transition dans ce qui est le premier chapitre de l’ouvrage, le lecteur se trouve confronté à la voix de Jacques de Molay. L’ectoplasme du grand maitre s’élève. Il scrute l’horizon. C’est l’Ile de France à une époque contemporaine à l’auteur qu’il découvre: << Dans ce vallonnement de la Seine, aucune aile de moulin mais à perte de vue un relief lapidaire hérissé de carcasses métalliques le long des deux rives.>> BA (page 53). Cette description d’un paysage moderne, avec la belle comparaison des immeubles tels des pierres levées, mais en dépit de cette image poétique, est grosse d’amertumes et de regrets. L’esprit du grand maitre semble dire à l’homme qu’avez vous fait de la belle nature médiévale. Cette vision passéiste du paysage montre que P.K à toute sa place chez les anti-modernes selon Antoine Compagnon qui précise à son propos: << Klossowski menait ainsi la tradition anti moderne jusqu’à Breton et au surréalisme. Pourquoi pas?>> (23). Si on peut sans peine classer P.K dans les anti moderne, il ne faudrait pas le voir politiquement comme un réactionnaire. P.K est un anti moderne admirateur de Saint-Just qui dans son essai La monnaie vivante se livre a une critique sévère du monde capitaliste et nous propose en contrebande une analyse marxiste de l’érotisme sadien. La monnaie vivante est avec La France contre les robots de Bernanos l’un des textes les plus anti modernistes de la littérature française du XX ème siècle. Contrairement à Bernanos c’est plus la marchandisation des corps que la mécanisation de la société qui révulse Pierre K.
Toujours dans ce premier chapitre après sa vision navrée de ce que son pays est devenu, l’esprit de Jacques de Molay (1244-1314), entend la voix de Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582) qui représente le monde baroque opposé à celui de Jacques de Molay qui, lui, serait le porte parole du monde gothique. Une sainte assez étrange si nous nous fions au sentiment qu’elle inspire au Grand Maitre: « la sainte semblait moins que quiconque se soucier de la résurrection des corps » (BA page 107) Nous apprenons que l’ancien maitre du temple est chargé de garder les souffles de ceux qui expirent chaque jour, puis, de maintenir chez les souffles, l’individualité qui leur assurait de leur vivant d’être ce qu’ils étaient chacun dans un corps distinctif qui faisait leur moi. Il a la consigne de les garder jusqu’au jour du jugement dernier; or le jugement dernier est ajourné de siècle en siècle. La mention du jugement dernier indique que nous ne sommes pas au delà du bien et du mal. Le concept du jugement dernier induit la responsabilité d’actes vécus dans un corps donné. Depuis son premier texte publié, son essai sur Sade, P.K s’interroge sur la séparation du corps et de l’âme: << Le plus grand crime que je puisse commettre, ce n’est pas tant d’ôter son corps à autrui, c’est de désolidariser mon corps d’avec ce moi-même, institué par le langage.>>.
Sainte Thérèse annonce une grande nouvelle: Celle que le nombre des élus est clos (un jansénisme extrême). Autrement dit: le ciel affiche complet! Ce qui explique que Jacques de Molay, soit submergé par les souffles dont il est une sorte de magasinier… Thérèse fait cette révélation alors qu’elle a pris l’aspect d’un serpent d’airain niché dans la commanderie de Saint-Vit qui serait en ruine dans le présent de l’écriture du livre mais intacte, parfois mais pas toujours, dans cet outre-monde surpeuplé de souffles.
Dans le troisième chapitre Jacques de Molay erre dans ce qui reste de l’abbaye de Saint Vit dans l’attente de sa réincarnation quand au milieu des ruines et des déchet lui apparait l’érotique vision d’Ogier supplicié:
<< Sous la haute voute cintrée, en suspend dans le vide, tournait lentement sur lui même le corps tout nu d’un superbe adolescent: les yeux clos, la tête pendante, hérissée d’une immense chevelure noire répandue en abondantes boucles sur ses frêles épaules - un lambeau de corde au cou. Dans sa rotation s’offrait sous toutes ses faces l’épiderme livide de sa poitrine et de son ventre, de ses flancs lisses et de ses fesses fermes et le galbe parfait de ses jambes: sans le phalle court et large, les testicules rebondis, on l’eût pris pour une fille;>> BA (page 86)
Nous remarquerons qu’encore une fois pour désigner le sexe du garçon P.K. choisit l’évitement de la crudité en utilisant un mot rare: Phalle dont le dictionnaire donne cette définition: << Représentation de l'organe sexuel masculin en érection en tant que symbole de puissance.>>. Dans la littérature française du XX ème siècle on trouve déjà trente ans auparavant chez Queneau: << Détailler les phalles de messieurs et les mottes de dames, que ni d'Adam ni d'Ève elle ne connaissait.>> (Queneau, Enfants du limon, 1938 page 36).
Le grand maitre est d’abord hébété puis ébahi par la vision du bel adolescent pendu. Il s’interroge sur sa corporalité alors que lui n’est qu’un ectoplasme. Il fait alors la suppositionque c’est << le souffle suprême qui le sustente>>. Le garçon n’est plus le Baphomet mais est toujours l’objet de l’adoration et l’éphèbe pendu se substitue au crucifié dans un comble de l’hérésie. Le souffle du grand maitre tente de pénétrer la bouche de l’adolescent mais celle-ci est close.
<< Vexé de ce que les orifices nobles - la bouche, les oreilles, les narines, ces symboles de la profération, de l’assentiment aide la réprobation - lui demeurassent interdit, il s’était emporté à tourbillonner plus bas (…) longuement il hésitât devant l’orifice d’ignominie. Si l’accès de l’anus restait également interdit il fallait se rendre à l’évidence du moins que le ciel soutenait ce corps d’adolescent dans le vide (…) Voici que scellant l’anus, brillait le diamant d’un anneau frappé aux armes du saint ordre.>> B.A page 104-105
Le grand maitre en déduit que le coupable de la profanation est Malvoisie et qu’après avoir possédé le corps de l’adolescent il avait voulu laisser sa marque. Et puis soudain l’espace d’un instant le garçon reprend vie et son sperme jaillissant sur le souffle du grand maitre ce dernier retrouve son corps sa face ruisselante de la semence du supplicié - fin du III ème chapitre.
Dans le chapitre suivant Jacques de Molay, avec son « corps du péché » est projeté au jour anniversaire de son exécution. Ce jour rassemble les souffles de ses frères chevaliers suppliciésqui pour l’occasion retrouve leur corps lors d’un festin et d’une grande cérémonie. Dans celle-ci templier qui commémorent la destruction de l’ordre ont pour rite de cracher sur la croix. Ils marque ainsi leur allégeanceau docétisme, hérésie selon laquelle le Christ n’aurait jamais pris corps, ne serait jamais mort sur la croix. Il faut rappeler que la raison d’être des Templiers était à l’originede protéger le sépulcre vide en Terre sainte. On constatera que Jésus est peu présent dans la théologie de P.K. et que Marie en est totalement absente si l’on excepte sa représentation dans le dessin intitulé La nef des fous.
Les souffles, à travers les siècles, emprunte des corps… P.K illustre par là, sa théorie que l’apparence du corps est illusoire, que toute incarnation est provisoire. Le grand maitre de l’ordre ne profère-t-il pas: <<Mais qu’est-ce qu’un corps pour un souffle si ce n’est sa dissimulation.>> (BA page 115) Suggérant ainsi l’idée d’une migration des âmes (des souffles) dans le temps de corps en corps, d’apparence en apparence mais aussi validant dans un même processus, l’incarnation du père en Jésus… Au cours de cette cérémonie d’anniversaire, les templiers sont hantés par différentes puissances spirituelles pour la raison qu’il existe une doctrine secrète qui veut que ce que pourquoi, ils ont été condamnés, ils le vivent au delà de la mort. Il n’y a pas d’interruption entre la vie et la mort.
Dans le chapitre V, toujours dans la commanderie de Saint Vit, dans un autre temps, mais qu’est-ce que le temps pour un souffle? Le Grand Maitre se trouve brusquement face à Ogier mais cette fois non supplicié. Le garçon répond à la banale question que le grand maitre lui a adressé: << Que fais-tu là?>>: << C’est pour me faire adorer, ô Grand Maitre, que je me suis fait pendre. Pendu je me suis trouvé moi-même adorable, m’adorant moi-même dans l’attente d’un adorateur!>> (BA page 121). Ce qui nous parait une définition originale mais juste de la masturbation… La rencontre se termine par le viole d’Ogier par le Grand Maitre:
<< Le Grand Maitre saisissant le jeune garçon au collet, lui fit sauter le pourpoint. La chemise se gonflait d’une poitrine haletante: ce que voyant avec rage, Sire Jacques la fendit: aussitôt jaillirent, albâtres deux seins de jouvencelle. Le prétendu Ogier de Beauséant, la tête renversée, les paupières mi-closes, gardait les lèvres entrouvertes…>> (BA page 123-124)
Cette scène sexuelle est en rupture avec les précédentes. L’objet de la concupiscence du Grand Maitre change de sexe au cours du viole. Par là P.K illustre l’aléatoire de la forme que peut prendre un souffle qui peut habiter indifféremment un corps masculin ou féminin. L’agression est interrompu par une action divine jupitérienne sous la forme d’un éclair foudroyant le couple.
Lorsque le chapitre VI s’ouvre le souffle de Jacques de Molay habite le corps d’un frelon qui volette au dessus d’un gigantesque corps féminin que le souffle pressent être celui de Thérèse. Ce qui pourrait induire que dans le chapitre précédent lors de l’assaut du Grand Maitre le corps d’Ogier aurait pu muter en celui de Thérèse…
Dés l’incipit du chapitre VII, nous apprenons que le souffle du Grand Maitre a retrouvé son corps humain, plus exactement celui du jour où il périt terrestrement sur le bucher. Jacques de Molay implore en rampant Ogier. Entre les deux s’établit ce que nous nommerons par facilité un dialogue philosophique. Ogier professe l’insignifiance de chaque souffle qui au fil des siècles habitent des formes différente. L’homme n’étant qu’une parmi les espèces voulues par Dieu: << Il a aussi créé les mouches pour vous inspirer une plus haute idée de vous mêmes! Mais si tu gardais maintenant la liberté, tu saurais qu’il n’est point de différence entre les félicité du séraphin au pied de son trône et celle du frelon qui se délecte de la sueur de mon nombril!>> (BA page 137). Au cours de leur échange Ogier se transforme mi adolescent mi jouvencelle il est le Baphomet!
Le chapitre VIII nous invite au repas commémoratif des chevalier fêtant rituellement, comme chaque année l’anniversaire de leur supplice. Comme parfois et d’une manière des plus inopinée P.K insuffle une solide dose d’humour. Cette fois c’est au milieu d’une controverse théologique lorsque le souffle du pape Clément admoneste l’esprit de Jacques de Molay:
<< Sois donc vigilant dans ton saint ministère et cesse de donner asile à celui qui disait que : tous les dieux moururent de fou rire à entendre l’un d’eux se nommer dieux unique ! Tu sais de qui nous parlons : si tu ne nous as livré d’ici l’aube Frédéric l’Antéchrist qui s’est introduit chez toi sous l’apparence du tamanoir – dès le soleil levé sur de nouveaux agonisants nous te chasserons de ta forteresse et t’obligerons à déguerpir dans les cercles inférieurs de ton passé pour lors inutile ! Malheur à qui se parjure autant de fois qu’il y a de demeures dans la maison du Père ! >>
Nait alors un savoureux quiproquo: Jacques de Molay pense que Clément parle de l’empereur Frédéric II, que la papauté dénonçait au treizième siècle comme l’Antéchrist, alors que dans l’esprit de Clément c’est de Nietzsche qu’il s’agit. Le philosophe du gai savoir pour pénétrer dans la commanderie a pris l’aspect d’un tamanoir, sans doute une extravagance du philosophe qui extravaguait considérablement dans ses dernières années. Le souffle du feu pape serait donc bien informé des nouveautés philosophiques alors qu’il semble qu’il n’en soit pas de même pour le grand maitre…
Dans Sade mon prochain, P.K. décrit le processus de pensée qui fait naitre chez Sade ses visions de scènes sexuelles, c’est le même à l’oeuvre chez Jacques de Molay.
<< C’est pourquoi une même situation délictueuse que ce rêveur imagine ne cesse pas de se représenter à son esprit : le temps vide de leur contenu les actes délictueux du passé et laisse subsister l’image des choses auxquelles ces actes se rapportent ; l’image des choses et des êtres devient une présence provocatrice d’actes nouveaux dont le projet ne parvient pas à épuiser la provocation.>>.
Le chapitre se poursuit par une scène fracassante: l’entrée d’Ogier chevauchant un tamanoir (sans aucun doute un tamanoir géant)comme nous le savons déjà est le simulacre de Nietzsche. La bestiole d’une voix caverneuse émettra une fameuse sentence du philosophe: << Quand un dieu se proclama le dieu unique, tous les autres dieux moururent de fou rire!>> (BA page 188). Petite incise animalière, le tamanoir originaire d’Amérique centrale n’est connu en Europe qu’à la fin du XVI ème siècle.Le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, nous apprend que le fourmilier est un "animal mystérieux vivant de fourmis et de termites. Son symboleest plutôt redoutable et néfaste. il est chargé de puissances occultes et il émet de dangereuses effluves. Le choix d’un tamanoir pour personnifier Nietzsche signifierait-il un rejet du philosophe, naguère grande admiration de P.K.
Ce dernier chapitre se termine par la décapitation de Philippe le Bel transformé tel Saint Denis en céphalopore scène qui fait se demander si P.K. n’aurait pas été un fervent du Grand Guignol?
L’épilogue qui va de la page 209 à la page 223, dernière page du roman, offre un coup de théâtre au lecteur. Il met en scène Damiens que l’on a déjà rencontré en tant que dernier chapelain de la commanderie et Ogier. Ils sont dans la cellule de Damiens que l’on a quitté observant derrière un pilier de la grande salle de la commanderie les agapes cérémonielles d’anniversaire du supplice du Grand Maitre et de ses compagnons. Damiens est couché. Il cherche le sommeil. Ogier s’installe sur le lit de Damiens. Le dialogue s’installe. L’étonnement du lecteur vient lorsque Ogier s’enquiert si Damiens n’est pas triste << que l’on vous ait un peu brusquement séparé de votre gracieuse épouse et que pour lors, logé à l’hostellerie des dames, elle ne soit venue auparavant vous donner le baiser vespéral.>> (BA page 211). Nous comprenons que nous ne sommes plus, comme précédemment dans un outre-monde moyenâgeux. Tout s’éclaire lorsque Damiens s’interroge au sujet des agissements d’Ogier: << Cet assaut de sollicitude me sembla suspect: voulait il prendre soin aussi de la plus grande de mes faiblesses - ma dépendance de Roberte?>> (BA page 212). Tout est dit Damiens n’est qu’un simulacre d’Octave dont le souffle habitait déjà le Damiens chapelain de jadis.
Si plus haut nous avons sollicité les mânes de Freud, c’est cette fois à celles de Lacan que nous en appelons. Essayons nous un peu à l’onomastique. Il serait naïf lorsque l’on se penche sur les écrits de quelqu’un qui a fréquenté de longues années la société de psychanalyse de penser que le choix des noms des personnages de ses romans ne serait pas signifiant. Le nom de Saint-Vit, la tante accaparatrice d’Ogier n’a pas été choisi au hasard. Dans ce nom on entend vit, mot qui est devenu un peu précieux au XX ème siècle pour désigner le pénis qui est ici sanctifié… Terme que P.K., spécialiste de Sade, a croisé bien des fois chez son aimé marquis: << Le coquin bandait ferme, et Lila, nue, nous l'amenait par le bout du vit.>>(Marquis de Sade, 1801, Histoire de Juliette). La belle,Valentine est aigrie par la mort d’un mari l’ayant laissée sans descendance. Ce qui est pour un Saint-Vit un comble. Sous le drame, l’humour de P.K n’est jamais loin. Continuons dans l’onomastique triviale, le neveu de Valentine, qui va devenir l’objet de désir de tous les chevaliers concupiscents se nomme Beauséant que l’on peut traduire d’une façon peu élégante mais plus explicite en regard de l’intrigue par: beau cul! En ce qui concerne Lahire la référence immédiate est celle du valet de coeur dans tous les jeux de cartes, ce qui se passe de commentaire mais c’est aussi un personnage historique valeureux ce qui lui a valu cet honneur qui le fait passer à la postérité grâce à… la belote. Lahire est le surnom qu’acquit en raison de son caractère colérique Étienne de Vignoles né vers 1 390 et mort le 11 janvier 1443 à Montauban, compagnon de Jeanne d’Arc (comme Gilles de Rais). Il était célèbre en son temps pour sa bravoure. En ce qui concerne le Rival de Lahire, Malvoisie c’est le nom d’une commanderie des templiers située dans le Péloponnèse.
Pour en rester dans la lexicologie nous remarquerons que l’on trouve souvent chez P.K un évitement du vocabulaire chrétien. Ainsi dans le Baphomet « souffle » pour âme, « pur esprit » pour Dieu mais pour ce dernier terme l’auteur peut aussi désigner une âme pure…
On retrouve dans le Baphomet, entre les souffles le principe de l’incommunicabilité exposé dans « Roberte ce soir » (page 43):
<< C’est le principe selon lequel l’être d’un individu ne saurait s’attribuer à plusieurs individus et qui constitue proprement la personne identique à elle même.>>
Dans la revue Spirale de Janvier-février 2002 Thierry Tremblay donnait son explication sur ce qu’est « le souffle » pour P.K.:
<< Les souffles très compliqués du Baphomet poursuivaient également la ressemblance d'un corps. Il ne s'était en effet pas agi pour Klossowski de formuler les structures de la pneumatologie (science des esprits), mais de dire plutôt concrètement les vi- vantes intelligences séparées, d'en faire des personnages. Le problème était que, essentiellement incorporels, les souffles désiraient les corps — ceux-là même que nous nous sommes impartis —, et ils se donnaient à voir cette adorable matérialité à partir d'« espèces » immatérielles (car ces souffles étaient thomistes) ; ils voulaient exister à partir du corps alors qu'ils ne subsistaient guère qu'à partir de l'esprit ; ils fuyaient la bienheureuse indifférence qui se confond ici en fusion avec leur Principe (petit souffle confondu dans l'indifférence du Grand Souffle). >> (24)
Le discours théologique ou plutôt le pastiche du discours théologique dans Le Baphomet a pour fil rouge le questionnement sur la survie des âmes après la mort et la forme que pourrait prendre cette survie. P.K. prend ses distances avec le dogme chrétien de la survie des trépassés. Tentant de répondre à la question du devenir des âmes séparées de leurs corps dans cet intervalle entre la mort et la résurrection pour le jugement dernier ?Mais comment en ce jour tant attendu trier le bon grain de l’ivraie puisque les souffles des expirés sont privés de toute identité ou auraient des identités multiples acquises au fils des siècles, exempts par conséquent, de toute responsabilité ; de surcroit leur condition les empêche de distinguer vertu et vice. Il est donc impossible de « trier » les souffles expirés, et de distinguer en eux les marques « de la malice ou de la probité, de la générosité ou de l’avarice » (BA page 89). Nous voyons là une grave contradiction dans le théologie klossowskienne. Dans son roman Le Baphomet P.K. semble avoir tenté une sorte de syncrétisme mystique. De cette ambition, il résulte surtout ce qui nous apparait comme un carambolage des mythes. Mais nous croyons qu’en lisant P.K s’est fait trois ans moine, il ne faut jamais oublier ce qu’écrivait de lui son ami Georges Bataille: << Le prêtre, la messe, les sacrements, tous les accessoires du culte autant que le nom de Dieu sont indispensables à l’expression de Klossowski.>>.
Si dans le roman nous séparons les scènes érotiques pédérastiques des interrogations mystiques ,en ne considérant que ces dernières, elles font de P.K. un écrivain de la gnose. Mais continument dans tout le développement du récit nous assistons à la mise en question des dogmes chrétiens par la philosophie nietzschéenne. P.K ne se résout pas à cette collision de ces deux courants de pensée incompatibles mais tente une conciliation entre eux. Il ne faudrait pas cependant réduire seulement l’aspect philosophique du roman à l’affrontement entre la foi chrétienne et le cercle vicieux nietzschéen. La pensée de P.K, lorsqu’il rédige Le Baphomet, est imprégné de bien d’autres forces intellectuelles. Concomitamment à la rédaction de son roman P.K traduit l’Enéide d’où une résurgence sans doute chez lui des mythes de la religion des anciens romains. D’autre part le début des années 60 voit la naissance de ce que l’on a appelé le réalisme fantastique. Un mouvement qui s’intéresse entre autres à l’alchimie aux sociétés secrètes et au mystère qui nimbe l’ordre du Temple. L’auteur paye également sa dette envers les libertins des XVII ème et XVIII ème siècle, autant d’influence qui sont perceptibles tout au long du roman.
L’adolescent immortel
Disons le d’emblée pour confirmer le titre de cette étude, qu’avec L’adolescent immortel, son dernier texte, paru en 2001, année de sa mort, P.K. a succombé totalement à la tentation pédérastique.
Le texte reprend les personnages et la situation du prologue du Baphomet. La forme du texte est presque celle d’une pièce du théâtre classique, même si nous n’y trouvons pas d’unité de temps mais en revanche presque celle de lieu, quasiment toute l’action se déroule à l’intérieur de la commanderie des templier de Saint-Vit. Comme les tragédies classiques L’adolescent immortel est découpé en cinq actes, ici appelé parties. Chacune est elle même divisée en scènes que P.K nomme séquences.
C’est sans doute en raison de cette analogie avec les règles du théâtre classique, qui fait, que lorsque nous nous adonnons à ce vice impunie qui est celui de la littérature comparée, la lecture de L’adolescent immortel évoque immédiatement celle de La ville dont le prince est un enfant d’Henry de Montherlant. Les templiers de Saint-Vit n’ont ils pas pour but de faire d’un enfant, ici le bel Ogier, le prince de leur commanderie ou plutôt l’idole de celle-ci.
Le mélange de rites chrétiens et païens dans ce livre convoque aussi un double antique. Lahire et Malvoisie se disputent les faveurs d’Ogier comme Encolpe et Ascylte celles de Giton dans le Satiricon. Par ailleurs plusieurs séquences évoque le martyr du christ. Ogier faisant office de prophète invitant ses frères à un dernier repas (A.I page 133) est une référence à la Cène. La fustigation d’Ogier par Ali (AI page 77) évoque quant à elle, la flagellation de Jésus.
Nota:
- 19d’après un site dédié aux templier: https://templiers.net/symbolique/index.php?page=le-baphomet-bernard-marillier (consulté le 23/08/2025
- 20Gershon Legman, La Culpabilité des Templiers (The Guilt of the Templars, 1966), trad. Martine Laroche, Paris, Tchou, 1970, p. 19. Gershon Legman est un historiographe et folkloriste américain (1917-1999)
- 21Zoé Oldenbourg, écrivain connu pour avoir écrit plusieurs gros romans se déroulant au moyen-âge: Argiles et cendres, La pierre angulaire, Les brûlés…
- 22 L’ordre du temple est dissout définitivement sous Philippe le Bel et le pape Clément V à la date du 13 mars 1312.
- 23 Antoine Compagnon dans Les anti moderne, page 187 se réfère au prise de position de P.K en 1939 alors qu’il est membre du Collège de sociologie au coté de Bataille, Caillois et de quelques autres.
- 24 Thierry Tremblay, L’invention de Pierre Klossowski, Dans la revue Spirale de Janvier-février 2002, https://www.erudit.org/fr/revues/spirale/2002-n182-spirale1050354/17875ac.pdf, (consulté le 14/08/ 2025
- 25 « traduction » proposée par Guilhem Duvalsur son site https://www.guilhemduval.fr/work-quidest.html (consulté le 17/8/2025
Bibliographie
Oeuvre de Pierre Klossowski
- L’adolescent immortel de Pierre Klossowski, Gallimard/Le promeneur 2001, est désigné dans le cours du texte par (AI)
- La vocation suspendue, Pierre Klossovsky, L’imaginaire Gallimard, 1950, V.S.
- Le Baphomet, Pierre Klossowski, L’imaginaire Gallimard, 1965 (BA)
Sur Pierre Klossowski
- Pierre Klossowski, Europe n° 1034-1035, juin juillet 2015 (EK)
- Le secret pouvoir du sens, Entretiens, Pierre Klossowski - Alain Jouffroy, édition Ecriture 1994 (SPS)
Bibliographie générale
- Les anti modernes, Antoine Compagnon, Folio essais 2016