Edward Julius Detmold est né à Londres en 1883, il partage une égale facilité pour l'illustration et la gravure avec son frère jumeau, Charles-Maurice, jusqu'au suicide tragique de ce dernier par poison à l'âge de vingt-cinq ans. Les deux garçons ont été formés par un oncle dont la connaissance de l'histoire naturelle a favorisé leur tendance innée et leur aptitude pour l'observation des animaux. À treize ans, ils étaient déjà exposés à la Royal Academy. Edward Burne-Jones fait l'éloge de leur travail, mais leur conseille de se méfier de la routine des écoles d'art. Ils ont bientôt commencé à expérimenter la gravure. Ils ont économisé leur argent dès leur plus jeune âge de leurs premières ventes pour acheter une presse à imprimer, à partir de laquelle ils ont fait leurs propres épreuves de leur domicile. Tous deux étaient des admirateurs de Durer mais ils étaient considérablement influencée par la vogue des estampes japonaise qui faisaient fureur à l'époque. Ils ont souvent collaboré sur la même plaque en commun ils ont illustré Le Livre de la Jungle (1903) de Kipling. Après la mort de son frère Edward Julius a continué pricipalement en prenant pour thème les animaux mais aussi les plantes en général. Il l'aquarellait ses gravure tantôt effectuées sur bois et tantôt sur cuivre. Ses sujets, biologiquement précis dans le moindre détail, ont souvent été placés dans un cadre surréaliste ou leurs juxtapositions incongrues, créaientt un phénomène onirique.
From 'The Fables of Aesop' 1909
From 'The Fables of Aesop' 1909
From 'The Fables of Aesop' 1909
From 'The Fables of Aesop' 1909
From 'The Fables of Aesop' 1909
From 'The Jungle Book' 1913
From 'The Jungle Book' 1913
From 'The Jungle Book' 1913
From 'The Life of the Bee' 1901
From 'The Life of the Bee' 1901
From 'The Life of the Bee' 1901
Jasmines from 'News of spring and other nature studies' 1917
Off to the Fishing Grounds etching
Squirrel
The Fruits of the Earth
The Happy Family etching
The Hare and the Tortoise
The Pomegranate, The Apple Tree and The Bramble from “The Fables of Aesop”
The Seventh Voyage of Sinbad
Venus atrapamoscas from 'News of spring and other nature studies' 1917
Joe Coleman est un artiste atypique que l'on peut classer dans la catégorie de l'art brut. Joe Coleman est né le 22 novembre 1955 à Norwalk, dans le Connecticut, à proximité d’un cimetière, seul panorama visible depuis sa chambre d'enfant. Son père est un ex-Marine, alcoolique et brutal, et peintre du dimanche. Une vocation qu’il a encouragée chez Joe, qui lui doit son goût antagoniste de la violence et de l’art. De son grand-père maternel, boxeur, il a hérité l’énergie et l’instinct de survie. Il a été placé chez les attardés alors qu'il avait 6 ans. À dix ans, il faisait de l'art avec des ordures. À douze ans, il a mis le feu à son école et à vingt il a été renvoyé de l'école d'art parce qu'il refusait de peindre de l'abstrait. Il dit avoir tué plusieurs personnes dans sa jeunesse mais ils il n'y a pas de preuves.
Maintenant c'est un artiste reconnu, il peint des maladies, des portraits de serial killers, de criminels de guerre, etc. Influencé autant par la peinture de la Renaissance, les enluminures du moyen-âge que par les «crime comics» des années 50, l’artiste remplace des images de saints par celles de personnages contemporains à la "sainte folie" trash. Son travail se situe dans la tradition de peintres comme Bosch, Bruegel, Otto Dix, Grünewald, ou Goya, qui s’inspiraient aussi de la folie, du traumatisme ou de la souffrance. À cette sensibilité pour la perte et la peur humaine, Coleman ajoute une dimension d’humour ainsi qu’une intensité picturale qui tend vers l’hallucination.Les magazines populaires de BD, “Mad” (l’humour de Harvey Kurtzman), “E.C. Comics” (histoires d’horreur, de fantastique et de SF) et l’art forain (affiches de train-fantôme, cirques...) sont ses autres influences majeures. La haute et la basse culture ont irrigué définitivement l’inconscient artistique de Joe Coleman. En 1976, il se fait remarquer à la “School Of Visual Art” par Will Eisner (le créateur de la BD du “Spirit”). Ses premières BD sont publiées dans “Bizarre Sex”, “Dope Comics” (“Pleure, crétin, pleure”).
“The mystery of Wolverine Woo-Bait”, Coleman
Joe Coleman est aussi un performer. Il a commencé très tôt à perturber le
quotidien de ses contemporains. Quand, adolescent mal dans sa peau il ne pouvait communiquer ni sa colère, ni ses frustrations, il se baladait en voiture, choisissait un endroit, une fête où exposer ses sentiments refoulés. Il provoquait les gens, verbalement, ou en se mutilant, puis en écrivant en lettres de sang sur son front “Donnez le Christ aux Martiens”.
L’effet était imparable. Au moment où la menace de représailles était trop forte, Joe faisait exploser des énormes pétard dissimulés sous sa chemise. La surprise était totale. Les réactions oscillaient entre l’hébétude, la confusion et la terreur. Rassurons les esprits: Coleman n’a jamais blessé personne, ni eu de gros pépins. Plus tard, les clubs musicaux ont accueilli ses angoissantes performances et Coleman se calme peu à peu. Dans les années 90, il ne fait plus que trois shows par an environ, plus quelques interventions spontanées dans la rue. A présent, il se concentre sur ses peintures et ses BD maniaques, surchargées de détails, prêtes à imploser et à sortir du cadre.
Mais si le fond de l'oeuvre et la personnalité de l'artiste ne vous paraissent pas très ragoutant, on peut s'intéresser davantage à la forme, et c'est de cela que j'ai plutôt envie de vous entretenir ici.
Le travail de Joe Coleman est fortement "encadré". Il peut y avoir un cadre externe fait de pièces de métal assemblées (Indian Larry's wild ride, 2006, en haut) qui repoussent, défendent et délimitent comme des fortifications avancées (ou emprisonne le sujet, pour peut-être empécher un serial killer de sortir de son cadre?). Ensuite le cadre même de la toile est non seulement peint, comme ci-dessous, mais souvent orné de figurines, autant de guerriers en armes gardant les marches (The Big Bang Theory, 1999, ci-contre).
Et à l'intérieur même de la toile, chaque image est à son tour encadrée, enfermée, compressée à l'intérieur d'un cadre fait d'un trait épais, de texte ou d'autres images. Les mots sont omniprésents, envahissant l'espace dans une écriture minuscule, minutieuse de maîtresse d'école. Il faut remplir le vide, aucun espace de la toile ne doit rester vierge, le peintre doit tout occuper, marquer tout son territoire. Tout doit être obsessionnellement compartimenté, fragmenté, maîtrisé (Tenebrae for Carlo Gesualdo, 2004).
C'est cette obsession à occuper la moindre surface de la toile à sa disposition qui pour moi le fait apparenter à l'art brut et révèle, plus que ses thèmes un certain déséquilibre psychique chez l'artiste.
En 2007 une exposition lui a été consacrée au Palais de Tokyo à Paris et j'ai pu voir quelques unes de ses oeuvres dans les différentes FIAC que j'ai arpentées.
Charles Manson
Albert Fish
Joe Coleman est aussi devenu une icône de la jet set. A son dernier mariage il y a 4 ans à Baltimore, tous les damnés d’Hollywood étaient présents, comme Denis Hopper ou John Waters. Leonardo Di Caprio et Johnny Depp collectionnent ses tableaux.
Joe fait un détour par le cinéma et incarne dans un film underground un serial killer, son personnage favori.
Louis-Ferdinand Celine
Jane Mansfeld
Son appartement à New York est un vrai musée de l’épouvante, entre chambre des tortures du Moyen-âge et cabinet du Dr Frankenstein. En 1972, sous le sobriquet de Professeur Mombooze-o, Joe conçoit ses premières performances appelées "Party explosions".
Quand on lui demande pourquoi il peint ses scènes apocalypse quoeil aime accrocher sur ses murs, il répond qu'uil lui semble plus facile de « vivre avec ses démons, d'en faire ses amis » quand on les a sous les yeux, « ça permet de les apprivoiser »
Erich "Ricco" Wassmer est né dans une riche famille suisse. Il est le fils d'un propriétaire d'usines de ciment qui est en outre un mécène, Max Wassmer (1887-1970). Depuis l'âge de trois ans, il a grandi à Berne, entouré d'art et lde culture. Max et Tilli-Wassmer Zurlinden reçoivent des poètes, des peintres et des compositeurs tels que Hermann Hesse ,Louis Moilliet , Cuno Amiet , Paul Basilius Barth , et Othmar Schoeck . Hermann Hesse décrit l'atmosphère poétique de ces soirées dans son roman Journey to the East . Les festivals d'été sont des événements légendaires de la formation du jeune Erich. Sa famille encourage les talents artistiques et l'intérêt pour l'art, la littérature et la musique du garçon. Après que la succession de l'usine de ciment parentale soit attribuée à ses deux frères, Erich se sent libéré, il restera néanmoins jusqu'à son dernier jour actionaire de l'affaire . La fin de l'enfance est marquée par la prise d'un nouveau nom. A partir de 1937, il signe ses peintures "Ricco"; un nom qui est comme un mot magique, et remplace le nom du père, industriel prospère et philanthrope connu. Après ses études secondaire, en 1935 Ricco suit un semestre d'études d'histoire de l'art à l' Université de Munich et étudie le dessin auprès du professeur Julius Huether . De 1936 à 1939 il étudie à l'Académie libre "Ranson" à Paris. Au début de la Seconde Guerre mondiale, il retourne en Suisse. Il suit également l'enseignement de Max von Mühlenen. Et durant l'été 1942 il visite l'atelier de Cuno Amiet. Il semble que l'influence de ces différents enseignements soit resté faible. Durant 1946/47 il a vécu sur le lac Léman, où il possédait un voilier. Le lac a exercé une grande fascination pour Ricco, ainsi que le désir de paradis perdus et les pays inexplorés. Il s'est fait tatouer,une ancre et l'a ajouté à sa signature. En 1948/49 Ricco a passe neuf mois à Tahiti. En 1950, il s'installe et loue un château près de Vichy . En 1963, il est inquiété par la police française qui perquisitionne son atelier et y découvre des photos nues de garçons, qui ont servi comme base pour ses peintures. Un tribunal français le condamne, sans accusations formelles, pour violence sexuelle "exploitation" dejeunes garçons et violation de la moralité à d'une peine de prison de huit mois. De ce séjour en prison Ricco ne se remettra jamais complètement. Après sa libération, Ricco revient en Suisse. Il s'installe dans un manoir à Ropraz. Il décéde en 1972 à l'âge de 56 ans.
Dans les années trente Ricco a peint des paysages et des intérieurs dans le style de la Nouvelle Objectivité . Son imagerie de cette période montre encore principalement des thèmes magiques et romantiques et la vie de château. Dans les années quarante, il élargit ses thèmes à la nature morte, aux paysages de ses voyages dans des contrées lointaines ainsi que des motifs marins. En particulier, de stimuler les jeunes hommes maigres des années cinquante scènes surréalistes. Les sujets se référent à l'enfance et la jeunesse appartiennent à la maturité de l'artiste. Dans les années soixante, Ricco a créé une vaste oeuvrel photographique.
L'oeuvre de Ricco est très singulière, même s'il est difficile de ne pas penser à l'oeuvre de Balthus. Elle alterne entre photo-réalisme et la peinture naïve et exige beaucoup de histoire de l'art des connaissances sur les formes et les symboles qui Ricco empruntés à des positions plus ou moins connus de l'histoire pour comprendre.
article paru dans la presse suisse:
Dandy discret et aristocrate sulfureux, Erich Wassmer, dit Ricco, né en 1915 au château de Bremgarten près de Berne, arrive en 1963 à Ropraz, village de 300 âmes à l’orée des bois du Jorat. Il vient de passer huit mois en prison, en France, pour possession de photos de jeunes hommes nus. Dix ans plus tard, le 27 mars 1972, son cortège funéraire monte doucement la pente qui sépare le château de Ropraz du cimetière. Derrière le vieux corbillard tiré par des chevaux, suit une Rolls-Royce blanche, conduite par son majordome Mario, et la famille, à pied.
Sur la pierre tombale, à l’entrée du cimetière de Ropraz, est scellé un éphèbe de bronze signé Karl Geiser qu’il avait choisi comme gardien de son dernier sommeil. Nu, pensif et vigoureux, il se dresse toujours entre le lierre et les fougères. Il y a un an et demi, le Kunstmuseum de Berne vient photographier deux tableaux de Ricco à Ropraz: l’un trône dans le bureau du syndic, l’autre dans la famille d’Alain Gilliéron, patron de l’espace culturel l’Estrée –il représente Stéphane Gilliéron, frère d’Alain.
En pleine élaboration du catalogue raisonné des œuvres du peintre, sur mandat de Ruedi Wassmer, neveu et filleul de Ricco, le musée estime que plusieurs œuvres ont été vendues en Suisse romande, et espère retrouver leur trace. C’est l’occasion ou jamais: Alain Gilliéron décide d’accueillir Ricco à l’Estrée, à deux cents mètres de sa tombe. Jusqu’au 30 octobre, l’espace culturel expose une dizaine des dessins et autant des tableaux, et fait tourner le beau documentaire réalisé en 2002 par l’Américano-Tessinois Mike Wildbolz.
Des dix années de Ricco à Ropraz, le village se souvient. A commencer par Alain Gilliéron lui-même. Si sur certains tableaux c’est son frère qui figure, sur d’autres, c’est lui. Fils du buraliste postal, Alain et Stéphane sont réquisitionnés par leur père pour tondre la pelouse du châtelain, qui les fait ensuite poser pour des photographies dont ses tableaux s’inspirent.
«Pour nous gamins, c’était extraordinaire. C’était un extraterrestre, excentrique et soigné, d’une douceur extrême, venant parfois au café ou à l’épicerie. En pénétrant dans le château, qui nous était a priori défendu, nous entrions dans une caverne d’Ali Baba: des collections de timbres, de papillons, de bateaux, d’armes, de tableaux. Il nous faisait poser avec une maquette de bateau, une roue de vélo, un cheval de bois ou une épée. C’était amusant. Nous devenions des marins, des chevaliers. Quelqu’un s’intéressait à nous…»
En 1966, les parents Gilliéron reçoivent pour Noël un grand tableau sobrement intitulé Stephan de la part du maître, toujours dans la famille. «Je ne sais pas ce que pensaient mes parents de Ricco. Pour nous, la nudité était naturelle. Il ne nous a jamais touchés. D’ailleurs, tous ses modèles ont le même type sur ses tableaux. Il nous faisait correspondre à son idéal. Sur certains tableaux, je ne sais pas si c’est mon frère ou moi qui ai posé. Il cherchait quelque chose à travers nous qui n’était pas nous.»
Fiancées pour beurre. C’est toute l’histoire de Ricco, né Erich Wassmer d’un père grand industriel et mécène, dont les amis de la famille étaient Herman Hesse ou le compositeur Othmar Schoeck. Après une enfance de rêve à Bremgarten, il étudie la peinture à Munich, à Paris, puis chez Cuno Amiet. Silencieux, aimable, beau, il a des amitiés amoureuses, emmène une fiancée à Venise, mais ne l’épouse jamais. Toute sa vie, il correspondra avec plusieurs femmes, mais finit toujours par rompre.
Au soir de sa vie, à Ropraz, malade, il demandera encore en mariage l’une d’elles. Pour rire, ou pas. Fasciné par la mer, il se fait tatouer une ancre. Dans les années 40, il achète un yacht, amarré à Morges, le revend, puis s’embarque pour Tahiti. Après quelques mois, il s’engage comme matelot sur les mers du Sud, Bombay, Hawaï, le Japon. De retour en Europe, dans les années 50, il s’installe au château de Bompré, près de Vichy. Homosexuel discret, il est arrêté et mis en prison pour conduite contraire aux bonnes mœurs.
Tinguely chez lui. Sa famille achète alors le château de Ropraz pour l’y loger. La rumeur veut que son père Max ait éloigné du fief de Berne ce fils vaguement indigne. Ropraz l’adopte. Il ne ferme pas son château à clé, aime les voitures. En 1964, lorsque Jean Tinguely construit sa machine pour l’Exposition nationale à Lausanne, il loge chez Ricco. Qui le peint.
L’écrivain Jacques Chessex, habitant de longue date de Ropraz, se souvient de ses «habits de toiles flottants, de sa démarche lente et chaloupante. On sentait quelqu’un qui avait largué les amarres. Je voyais les enfants Gilliéron qui allaient se faire photographier par le peintre. Je trouvais cela extraordinaire, que le peintre aristo prenne ses modèles parmi les enfants du pays, comme au XVIIIe siècle. C’était sa liberté.» Il a un majordome, Mario, ancien chauffeur de JeanXXIII, toujours en uniforme blanc. «C’était exotique, par ici.» Le village jase peu sur les mœurs de Ricco. «Ce n’était pas l’époque de l’obsession pédophile…»
Chessex devient familier du château après la mort de Ricco, lorsque son frère Hans, le colonel Wassmer, y installe sa résidence. Beaucoup des objets personnels de Ricco sont restés, objets polynésiens ou photos de jeunes marins. «Les Wassmer avaient le génie de l’hospitalité élégante. Il y avait des paons sur les pelouses et, l’hiver, nous buvions du champagne en regardant tomber la neige sur les tulipiers où les paons s’installaient.» Sa peinture? «Je la mets à côté de Balthus et Max Ernst. Je connais peu de peintures contemporaines qui soient en même temps aussi denses, nourries du point de vue de la peinture, et aussi douces au regard, comme moirées par l’œil tellement l’art en est consommé. Ce qui me fascine, c’est l’alliance, rare dans la peinture d’aujourd’hui, de la matière et du rêve. Et peu ont peint le désir des jeunes corps masculins, de l’ordre d’un désir très matériel et très sublimé à la fois.»
Collectionneurs avertis. Ricco laisse quelques cinq cent œuvres, tableaux, dessins et photos. La plupart sont dans des collections privées de la famille ou d’amis. La ville de Berne, le Kunstmuseum de Berne ainsi que le Musée des beaux-arts d’Aarau en possèdent. En 1988, une première exposition à Aarau, justement, sort Ricco du relatif oubli dans lequel il est tombé. En 2002, le Kunstmuseum de Berne organise une rétrospective. Et s’est fixé pour objectif, d’ici à 2010, de terminer le catalogue raisonné de ses œuvres. «Il y a beaucoup à découvrir encore, explique Marc-Joachim Wassmer, responsable du catalogue Wassmer au Kunstmuseum de Berne. Nous découvrons régulièrement de nouveaux documents, œuvres ou carnets de notes. C’est un travail de longue haleine et de confiance avec la famille.»
Individualiste, Ricco a choisi un chemin peu balisé. Après-guerre, l’art se tourne vers l’abstraction, Jasper Jones ou Pollock en tête. «Ricco a toujours été décalé. Il ne faisait pas partie de l’avant-garde, mais intégrait ses éléments. Son style est très personnel, et a évolué d’une peinture naïve vers un réalisme magique très intéressant, une sorte de vérisme à l’ancienne mâtiné de surréalisme, de symbolisme, et d’humour. On y voit l’influence de Dali ou d’Ernst, dans une combinaison de natures mortes et d’êtres humains fascinante.»
Dans sa mythologie personnelle, en plus des éphèbes –bruns et secs, le regard absent–, on retrouve dans ses tableaux des bateaux, des horloges, un écorché, des squelettes, une main, une poupée cassée, des cigarettes. «Ce sont ses leitmotiv, sa mythologie personnelle. Il s’inscrit avec force dans la culture européenne existentialiste. L’Estrée mérite une médaille pour son exposition!» Le prix de ses œuvres est étrangement monté lors des rares récentes ventes aux enchères. Estimées à 16000 francs, certaines sont parties à plus de 45000 francs. «C’est un marché bizarre, qui ne correspond pas à la valeur réelle de ses tableaux. Les collectionneurs de Ricco sont prêts à tout pour en avoir… La récurrence des jeunes garçons dans son œuvre a pu et peut toujours poser problème. Balthus peignait des jeunes femmes, c’est plus acceptable aux yeux de la société.»
Le Grand Meaulnes. Il disait de lui-même qu’il était un « bâtard, quelque part entre un écrivain et un peintre.» Il adorait les voitures, possédait une Thunderbird. Il ne couchait pas avec ses modèles, ses muses. Avec les autres, les marins, les gens des fermes, oui. Il appartenait aux privilégiés, mais n’a pas eu la vie facile. Il allait de château en château, prisonnier volontaire d’un monde enchanté. «Le héros de sa peinture est un homme dont l’enfance a été trop belle», explique Beat Wissmer, directeur du musée d’Aarau. Le Grand Meaulnes était son livre de chevet. Les hanches fines des garçons de ses tableaux sont tournées vers un ailleurs inaccessible, des temps enfuis ou un futur désenchanté, rempli de mers, de chevaliers et de squelettes hilares.
A la mort de Ricco, sa sœur et sa mère se précipitent au château de Ropraz. La sœur met de l’ordre dans les papiers, «efface l’aspect homosexuel», comme elle l’explique platement à Mike Wildbolz. La mère s’y installe, veut ouvrir un musée. Elle meurt trois mois après, se fait enterrer à côté de son fils. Hans, le frère colonel, meurt en 1984. En 1988, la famille vend le château. Stéphane Gilliéron: «J’étais très gai, gamin. Mais je ne souris sur aucun des tableaux de Ricco. C’est bizarre.» En héritage, il a reçu un pistolet, Alain un cheval de bois de manège. De jolis jouets.
Nota: je cherche toutes information complémentaire sur la vie et l'oeuvre de Ricco Wassmer ainsi que des reproductions de ses autres dessins et tableaux, merci d'avance de me les envoyer.
Pour continuer dans le relativement célèbre chez eux et tout à fait inconnu chez nous voilà le cas de Sascha Schneider dont de ce coté ci du Rhin seul quelques maniaques de la littérature populaire on peut être entendu parler de lui pour avoir été l’illustrateur de Karl May le célèbrissime et immortel créateur de Winnetou le farouche et preux guerrier indien. Karl May (1842-1912), a été l'un des écrivain les plus populaires en Allemagne. Le romanciers a vendu jusqu'à 100 millions d'exemplaires. Albert Einstein et d'Adolf Hitler ont été parmi les nombreux amateurs. Les premières éditions des aventures de Winnetou étaient agrémentée et O combien par les illustrations de Schneider. Les travaux de ce dernier dénotaient considérablement par rapport aux autres illustrateurs de l'époque. il y avait dans ses images une curieuse qualité qui semble être davantage inspirée de la peinture symboliste que des canons de l'illustration de livres pour adolescents. Mais surtout ses planches étaient d’un homo érotisme patent, à une époque où l'homosexualité était considérée avec suspicion ou carrément avec hostilité (le fameux article 175). On peut ajouter que ces dessins n’avaient que peu de rapports avec les aventures qui se trouvaient en regard de ceux-ci. Ils en appelaient à tous les fantasmes orientalistes, épicés d’un soupçon de métaphysique. Des images plus prés de celles de Kubin que de Joubert qui ont du donner quelques cauchemars aux jolis têtes blondes teutonnes. L’éditeur peu satisfait des illustrations de Schneider les a remplacées dans les éditions suivantes. Un livres les regroupant a été publié récemment en Allemagne.
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Mais ce Sascha Schneider n’a pas été que l’illustrateur de westerns choucroutes dont la lecture à un âge tendre ne m’a pas laissé de grands souvenirs (il faudra néanmoins que je retourne voir du coté de Karl May qui est sans doute bien réducteur de limiter à Winnetou), cela ne vaut pas les westerns cassoulets de Boussenard . L’artiste allemand a été bien autres choses.
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Il est né à Saint Petersbourg où son père est imprimeur. La famille Schneider ne tarde pas à déménager à Zurich, puis à la mort du père à Dresde où le jeune Sascha fait ses études. En 1889 après le baccalauréat, il entre à l'Académie des Beaux-Arts de Dresde dont il sortira diplômé quatre ans plus tard.
Mais il sera déçu par l’Académie. Si elle offre un solide apprentissage des techniques artistiques, Sascha Schneider lui doit son remarquable “métier”, elle est totalement dépassée quand à l’esprit. Les jeunes étudiants de ces années quatre-vingt-dix ne se réclament pas d’ une fin de siècle et de sa délectation morose de la décadence (ce qui est amusant c’est aujourd’hui Schneider est considéré comme l’artiste type fin de siècle en Allemagne, assez à tord à mon avis). Ils espèrent en un nouveau départ avec le 20 ème Siècle. Ils veulent se libérer des contraintes artistiques découlant des conventions. et des milliers de vues libérer. En outre, ils sont à l’écoute des problèmes sociaux causés par les structures de la société.
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Toutefois Schneider ne prend pas le chemin d’une dénonciation directe de ces inégalités par une peinture naturaliste narrative. Il espère faire passer ses idées d’une manière plus intellectuelle dans ses tableaux. Néanmoins les titres de ceux-ci à cette époque ne laissent aucun doute sur son orientation politique d’alors, Son destin (1894), L'anarchiste (1894), sur la lutte (1903), Le despote (1903)...
Il s’installe en 1993 dans son premier atelier à Dresde qu’il partage avec le peintre Richard Müller. Il a assez rapidement du succès, ses images sont largement diffusé et entame une brillante carrière de peintre dans la mouvance du cercle de Dresde qui ont formé autour de Max Klinger qui influence considérablement le jeune artiste. Il a parmi ses nombreux admirateur Hermann Hess , il n’est guère surprenant que l’auteur de Narcisse et Goldmund trouve son bonheur dans l’érotisme panthéiste de Schneider.
Le grand succès arrive sous la forme de commandes pour de grandes peintures murales dans des bâtiments publics et privés à Florence, Leipzig, Jena, Weimar, Cologne, Dresde, Meissen...
En 1904 lorsqu’ il fait la connaissance de Karl May, l’écrivain, comme Schneiner homosexuel est alors âgé de 62 ans et est menacé par un scandale sexuel. May demande à Schneider d’illustrer ses récits de voyages, "Le Kurdistan sauvage", "le Rio de la Plata"... Schneider pendant ce temps ne fait pas mystère de son homosexualité, ce qui aurait peut être été difficile au vu de ses dessins... Il collabore dés le début à "Der Eigene", la première revue gaie, fondée par Adolf Brand , en 1896. Il est à ce propos très surprenant que les gays studies ne se soient pas penché sur le cas de Sascha Schneider. A ma connaissance il a été complètement négligé. Cher lecteur si vous en savez plus n’hésitez pas à compléter mon article qui malheureusement a bien des béances... On peut peut être avancer que cet évitement à en partie pour cause le fumet nietzschéen et élitiste, (sous l’influence d’Adolf Brand?) qui se dégage, dans la deuxième moitié de sa carrière, de certaines de ses compositions et des petits textes qui les accompagnent.
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En 1904 Schneider rejoint en tant que professeur l'école d'art de Weimar. Dans cette ville Il se fait construire un grand atelier où il a dans les années suivantes, il réalise de nombreuses sculptures monumentales d'hommes et plusieurs grandes toiles.
La mort de May de 1912 signifie la fin d'une époque pour Schneider.
En 1908 son homosexualité le contraint à fuir en Italie, où l'homosexualité à l'époque était vécu en toute impunité. A Florence il rencontre le futurisme radical, Theodor Däubler dont il se sent proche par les idées. Mais il ne peut que constater que son style pictural est très éloigné de ceux avec qui il partage certaines idées. Il fait également la connaissance du peintre Robert Spies avec lequel il voyage dans le Caucase. En 1914 il revient à Dresde où il habitera jusqu'à sa mort en 1927. Associé à un général et à un colonel il y fonde “la force de l'art”, un institut de formation pour le corps et l'éducation dans la droite ligne des précepte d’Adolf Brand.
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La fin de la guerre déclenche chez Schneider une forte impulsion créatrice. Il en résulte un grand nombre de nouvelles œuvres. Mais dorénavant il se tourne vers les maîtres anciens. Cette inclinaison surprend chez un artiste considéré jusque la comme moderniste et progressiste. La scène artistique officielle de la République de Weimar ne fait guère de place à Schneider, dont l'art symboliste parait obsolète. Entouré d'un cercle d'amis dévoués, il continue pourtant à travailler.
Après la fin du conflit il fait de nombreux voyages. C’est d’ailleurs sur un navire qu’il décède à quelques encablures du port de Swinoujscie. A-t-il succombé à son diabète chronique, a-t-il été empoisonné accidentellement par de l’eau polluée ou s’est il suicidé pour échapper à la cécité, causé par le diabète, qui le menaçait? On l’ignore. Sa tombe est au cimetière Loschwitz à Dresde.
La tombe de Sascha Schneider.
Après un long purgatoire l’oeuvre de Sascha Schneider a commencée à être redécouverte à partir de 1982 à l’occasion d’une exposition à Dresde du trio d'amis qu’étaient Sascha Schneider, Oscar Zwintscher et Hans Unger. Il faut malheureusement ajouter que de nombreuses œuvre de Schneider ont été détruites lors de l’anéantissement de Dresde, on peut cependant voir deux de ses sculptures dans le jardin du château de Dresde qui a miraculeusement échappé à la destruction. D’autres œuvre furent mal conservées à l’époque de la RDA...
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Les dessins et la peinture de Schneider reste pour moi en partie mystérieuse. Comment interpréter ses juxtapositions étranges d’éphèbes plus ou moins musculeux et de monstres dont certain sont plus près des entités extraterrestres que l’on voyaient sur les couvertures d’Astouning que des créatures sataniques de Dante. D’autant que bien peu se réfèrent à des mythes bibliques ou grecques. Ses mélanges d’anges de démons et de muscles évoquent parfois l’art de William Blake. Je ne vois aujourd’hui que Fuchs pour endosser ce pan ésotérique de l’héritage de Schneider. Quant à ses illustrations de Winnetou, qui devraient dépeindre des Amérindiens, seraient plus aptes à orner le mur d'un salon de coiffure à Paris fin de siècle que les histoires de l'Ouest sauvage. Il n’en reste pas moins que son œuvre peinte possède une grand puissance et un charme maléfique et bizarre qui l’apparente aux vision d’un Fuseli ou d’un Bocklin.
L’artiste a effectué surtout de nombreux dessin d’un modelé généreux, à n’en pas douter Sascha Schneider était un grand connaisseur de l’anatomie... Cette partie de son oeuvre s'est trouvé récemment un continuateur en la personne de Sacrevoir, et ce n'est pas un hasard si c'est à Berlin...
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Il y a aussi une énigme quand au style des dessins de Schneider certains pourraient presque être sortis de la main de Michel-Ange alors que d’autre sont plus proches de la ligne claire de la bande dessiné réaliste franco-belge ou de certains travaux, peint à la même époque en France, par Boutet de Monvel.
Sa sculpture s’inscrit dans la tradition néoclassique et a la sensualité de celle d’un Paul Dubois et parfois préfigure la statuaire héroïque d’Arno Brecker.
Vous trouverez ici une extraordinaire galerie, presque exhaustive, des œuvres de Sascha Schneider mais les titres sont en russe.
Et là un large choix des illustrations que Schneider a réalisées pour Karl May.
J'ai beaucoup hésité avant d' écrire un billet sur Michel Gourlier. D'abord parce que je pense qu'il n'aimerait pas cela. Ensuite parce qu'il me semblait que je n'avais guère à en dire et que l'important, comme pour tout artiste était ses dessins. Si depuis trente ans, il est impossible de voir des originaux, sauf pour ceux qui ont la chance d'en posséder, il est en revanche très facile d'admirer les nombreuses reproductions de ses dessins qui illustrèrent tant de livres, presque tous destinés à l'adolescence, bien sûr ceux de la collection Signe de piste mais aussi chez d'autres éditeur come rouge et or, super 1000 et bien d'autres. Actuellement presque tous ces volumes sont trouvables sur la toile pour quelques euros. Cet homme si discret, aux oeuvres invisibles, est pourtant célèbre pour tous les amateurs de dessins et de beautés garçonnières. Si aujourd'hui je passe outre à mes réticences pour écrire sur Michel Gourlier c'est surtout que j'ai vu sur la toile qui, telle la langue d'Esope peut être la meilleure, comme la pire des choses, de telles inepties sur lui, au surcroit écrites d'une plume si malhabile qu'il m'a semblé de mon devoir de sortir de ma réserve pour évoquer quelques souvenirs à son sujet.
J'ai par exemple, lu ici ou là, que Michel Gourlier avait été exclu du Signe de piste. Il n'en fut rien. Il jouissait en son sein de nombreux admirateurs et bénéficiait de la bienveillance des deux fondateurs de la collection, je veux parler de Serge Dalens, de son vrai nom Yves de Verdilhac, et de Jean-Louis Foncine, nom de plume qui recouvrait celui de Pierre Lamoureux. A telle enseigne qu'ils le choisirent plusieurs fois comme illustrateur de leurs propres ouvrages.
Il y eut bien des lettres pour se plaindre de l'érotisme de ses dessins, mais elles ne furent jamais prises véritablement en considération; même si l'artiste du quelques fois modifier certaines illustrations parce qu'elles déplaisaient pour la raison que j'ai citée ou pour une toute autre, au directeur de la collection qui n'était autre que Jean-Louis Foncine lui-même, du moins dans les derniers temps glorieux de la collection, au milieu des années 70, époque à laquelle j'ai connu cet équipage. En somme les relations entre l'illustrateur et la collection, les illustrations faisaient de plus en plus l'essentiel de la renommée de la collection, n'étaient pas différentes de ce qui existait chez les autres éditeurs. A cela prêt qu'au Signe de Piste, Michel Gourlier souffrait de l'ombre que lui faisait Joubert, l'illustrateur historique de la collection qui était plus connu que lui et bénéficiait des retombées d'une très longue carrière commencée à un âge tendre. Il jalousait également le statut de salarié dont bénéficiait ou avait bénéficié Joubert au sein des éditions Alsatia, ce qui donnait à Joubert les avantages inhérents à ce statut. Là encore, j'ai lu sous des plumes ignorantes que Michel Gourlier était pingre. S'il faisait attention à ses sous, c'est d'abord qu'il en avait peu et n'avait aucune sécurité dans ses rentrées d'argent. Comment dans ces conditions faire des largesses? Lorsque le signe de piste a été abandonné par Alsatia, ce que Gourlier avait vu venir, la collection fut reprise par de pseudo-éditeurs. Elle n'a plus fait que vivoter et les nouveaux responsables ne pouvaient plus payer les dessins de Michel Gourlier, qui pourtant n'était pas exigeant quant à leur prix...
Lorsque je l'ai connu en 1975, on en était aux derniers temps du véritable "Signe de piste" et déjà il réservait ses dessins qu'aux livres de la collection qu'il aimait et en particulier à ceux de Jean-François Pays un de ses meilleurs amis.
En ce qui concerne les expositions de Michel Gourlier, sujet sur lequel j'ai également entendu et lu des sottises, je suis à l'origine de celles-ci, du moins celles qui se déroulèrent de 1977 à 1980 à Paris, mais elles me semblent être les seules à avoir eu lieu... En voici en quelques mots leur genèse: Je connaissais Pierre Moirignot, frère du sculpteur Edmond Moirignot, qui était antiquaire et avait une petite boutique au 90 boulevard Raspail. Il cherchait des peintres à exposer. Comme peu de temps au paravant, ce grand amateur de femmes, avait exposé Jean-Denis Maillard et fait apposer, pour annoncer cette exposition, sur les murs de Paris une affiche représentant un nu masculin, j'ai eu l'idée de lui demander si un accrochage des dessins de Michel Gourlier, que j'admirais, l'intéresserait. Il fut immédiatement emballé par cette idée et proposa de faire une double exposition, d'abord très vite, durant l'été qui venait, en faisant cohabiter les dessins de Gourlier avec des peintures de Sébastien dont l'exposition était déjà programmée et qui peinait à remplir avec ses toiles toutes les cimaises de la galerie, puis de faire une grande exposition uniquement vouée à Gourlier aux alentours de noel. Il me restait à convaincre l'artiste, qui à la fois désirait montrer son travail mais était timide et craignait la confrontation avec le public.
Désirant acheter un dessin, j'avais rencontré le dessinateur par l'entremise de Jean-Louis Foncine. L'artiste m'avait donné rendez-vous chez lui, pour que je puisse choisir l'oeuvre qui ornerait mes murs. Il habitait, près de la mairie d'Asnière, dans la banlieue parisienne, une sorte de pavillon de gardien à un étage, d'une grande maison bourgeoise qui était habitée par sa mère, c'est du moins ce qu'il m'a dit alors. Je n'y suis retourné qu'une autre fois, mais je n'ai jamais pénétré dans la grande bâtisse qui semblait bien négligée. Je me souviens fort bien de la soirée d'hiver durant laquelle Gourlier me montra des dizaines de dessins, tous en noir et blanc, exécutés à la plume, certains rehaussés de lavis. A chaque fois l'éphèbe, parfois dans une attitude suggestive, et même pour deux ou trois dans une positions que l'on pourrait considérer comme lascive, mais jamais au delà, remplissait un petit format d'environ 35 cm sur 25 d'un carton très fort à la surface blanche et lisse. Il les sortait d'un long buffet bas qui occupait tout un mur du petit salon sobre et propre. Il les disposait tout autour de moi; j' étais assis sur un canapé bas. Je n'ai jamais été cerné d'autant de beaux garçons désireux de me séduire...
J'ai eu un peu de mal à persuader Gourlier de se lancer dans l'aventure. Pourtant cette exposition ne lui coutait rien. Je prenais à mon compte le prix de l'impression et de la pose des affiches et des cartons d'invitation ainsi que l'envoi de ces derniers ainsi que les relations avec la presse. En retour, je percevais les gains de la vente des affiches. Pierre Moirignot prêtait sa galerie et en garantissait l'ouverture six jours sur sept et en compensation percevait 50% du prix des oeuvres vendues
Ce premier vernissage à la galerie 90 eut lieu le 2 juin 1977 et l'exposition dura jusqu'au 8 juillet. La cohabitation, car malgré sa timidité, Gourlier était souvent présent dans la galerie, se passa sans encombre, tant avec Moirignot qu'avec le discret Sébastient qui venait souvent également. Il faut dire que Michel Gourlier lors des expositions était très facile à vivre. Il s'asseyait derrière une petite table, presque à l'entrée de la boutique et se plongeait dans un livre, surveillant tout de même du coin de l'oeil les visiteurs qui étaient assez nombreux. Il n'intervenait que si l'un d'eux semblait intéressé. Jamais il ne se faisait connaitre d'emblée. Si bien que nombreux ont été les chalands qui ont ignoré que le sage lecteur près de la porte, était aussi l'artiste. Il y eu 3 expositions à la galerie 90, la première donc du 2 juin au 8 juillet 1977, la deuxième du 16 novembre au 7 décembre 1977, celle durant laquelle fut vendu le porte folio, et la troisième du 9mai au 10 juin 1978. Une quatrième exposition eut lieu en 1980, non loin de la galerie 90 qui avait alors cessé ses activités, toujours dans le sixième arrondissement, au 23 rue de Fleurus, à la galerie Triskel.
Chaque exposition connut le succès. Il alla même crescendo. Mais l'acmé fut l'exposition de l'automne 1977, celle du porte folio. Il contenait les reproductions de 40 oeuvres de l'artiste. Il y en avait deux versions, l'édition courante dont le porte-feuilles de fort carton était recouvert d'une toile beige, le tirage devait en être de 300 exemplaires, et une édition de luxe de cinquante exemplaires numérotés, cette fois sous une toile marron qui avait en plus par rapport à l'édition courante, un autoportrait de l'artiste âgé de quinze ans, signé à la main. Mon exemplaire porte le numéro 32 et m'a été dédicacé le 18 novembre 1977, soit il y a plus de trente deux ans, ce que j'ai un peu de peine à croire...
Ce porte folio a été financé par monsieur Ticky (je ne suis pas certain de l'orthographe de son nom) et je ne connais pas l'arrangement financier qu'il y avait entre Michel Gourlier et cette personne.
Le porte-folio ne comporte pas, à ma connaissance, de reprises de dessins destinés, dans un premier temps, à illustrer des livres; ils ont tous été fait en marge de son travail d'illustrateur. Libéré des contraintes éditoriales, c'est dans ces dessins surtout qu'il faisait preuve d'érotisme. Cet ensemble est très représentatif du style de Michel Gourlier dans les années 70. Au fil du temps sa manière a évolué. Dans ces premières illustrations, au milieu des années 50, ses garçons ont des faciès à la fois gracile et inquiétant, avec quelque chose d'animal, de faunesque. Puis ses adolescents se sont mis à ressembler à ceux de Joubert à tel point que pour certains dessins, il est difficile de savoir qui, des deux hommes, les a réalisé. Puis les garçons de Gourlier se sont étirés, se sont alanguis. Ils se sont fait lianes ou roseaux. Ce dernier terme me vient instinctivement car il dessinait aussi des paysages de marais évanescent que striaient des roseaux.
Comme le prouve le tableau, immédiatement ci-dessus, qui lui fut commandé par Roger Peyrefitte, Gourlier devait travailler parfois pour des commandes de particuliers mais cela devait être rare.
Michel Gourlier ne travaillait pas d'après modèle mais ses garçons étaient ceux qui peuplaient ses rêves. Mais toutes règles a ses exceptions puisque l'affiche de la troisième exposition à la galerie 90 (voir immédiatement ci-dessous sa version "muette") était le portrait d'un jeune franco-américain du nom de Cameron-Defoe descendant du célèbre auteur de Robinson Crusoe...
Je ne donnerais que peu d'éléments biographiques. Parce que Michel Gourlier n'aimait pas parler de lui même et que à la fois timide et dans la période durant laquelle je l'ai fréquenté tout empli de moi même, je n'ai pas demandé de détails sur sa vie. Je pense qu'il est né à la toute fin des années 20, du coté de Grenoble. Je subodore qu'il venait d'un milieu bourgeois, sa bonne éducation en témoignait. Il avait une soeur qui était venu voir l'exposition...
Voilà bien longtemps que je ne ai pas revu Michel Gourlier... Les années 80 ont du mal lui aller avec leur exhibitionnisme, leur débraillé sympatoche, leur égalitarisme policier, leur frénésie sexuelle. Gourlier était un sensuel sentimental dont le modèle des relations entre un ainé et un adolescent était celui de la Grèce antique... Il a du être bien malheureux durant la mitterrandie flicarde et il ne doit sans doute pas plus apprécié l'ére du président à Rolex...
Selon mes dernières informations, indirectes, datant de trois mois, Michel Gourlier est toujours vivant et résiderait dans le sud ouest de la France. Je n'ai pas souvenir d'un homme vraiment secret, simplement de quelqu'un d'assez timide et tourmenté, surtout d'un bel artiste, qui n'avait pas envie de raconter sa vie au premier quidam venu. Il avait bien raison...
Nota:
1- Si des lecteurs possèdent des originaux de Michel Gourlier, je serais heureux qu'ils m'en envoient des photographies pour que je les affiche sur le blog. Ce qui ferait mieux connaitre l'oeuvre de cet artiste qui le mérite amplement. De même qu'ils n'hésitent pas à m'écrire pour compléter mon information, encore une fois bien lacunaire.
2- Merci à Bruno pour l'envoi de la photo de la vitrine de la galerie 90, lors de la première exposition Gourlier. Merci également à monsieur Henrik Schacht de m'avoir envoyé la photographie de l'original immédiatement ci-dessus.
COMMENTAIRES lors de la première edition de ce billet
Qu'il s'agisse de Joubert ou Gourlier, difficile de ne pas être ému par leurs dessins d'adolescents. Ils ont des traits assez similaires. Je leur reproche juste un peu leur côté stéréotypés. Graciles et sensuels. J'aime en particulier la couverture de "Arizona story" et celle de "Le sorcier aux yeux bleus". Je me permets de vous signaler les couvertures de la collection "Entre chiens et loups" dont certaines étaient signées "Senecal" (apparemment Jacquemard-Senecal si je ne me trompe pas). En particulier "La Pierramor" et "La conséquence" que je vous soumets pour que vous puissiez juger : http://idata.over-blog.com/0/05/17/99/voir6/CONSEQUENCE-ALEXANDER-ZIEGLER.jpg - http://ecx.images-amazon.com/images/I/312wavf0sfL._SL500_AA300_.jpg . Je trouve un petit air de famille à ces dessins.
COMMENTAIRE N°1 POSTÉ PAR WHYNOT21 IL Y A 4 JOURS À 11H53
Je vous remercie de cette remarque que pourtant je ne suivrais pas, Sénécal me parait beaucoup moins doué que Gourlier, mais j'aimerais voir plus de dessin de Sénécal pour me faire une opinion.
Malgré mes recherches, je n'ai rien trouvé sur Sénécal. Il ne semble pas avoir laissé beaucoup de traces. Du moins sur la toile. Loin de moi l'idée de le comparer à Joubert ou Gourlier. On voit du premier coup d'oeil que Sénécal est bien inférieur, en tout cas dans ces deux illustrations. J'ai simplement dit qu'il y avait un petit air de famille dans la gracilité des sujets et la manière de les croquer.
COMMENTAIRE N°2 POSTÉ PAR WHYNOT21 IL Y A 4 JOURS À 18H29
Perso, Michel gourlier a fait les plus beaux dessins... Ses Esquisses étaient encadrées dans mon cabinet médical, ce qui m'a valu de la part d'une patient que j'étais homosexuel. VRAI, mais cela mis à part, je trouve ces dessins tellement magnifiques et purs, avec cependant un soupçon d'érotisme...
david526969@yahoo.fr
COMMENTAIRE N°3 POSTÉ PAR OPENBRIEF IL Y A 4 JOURS À 19H04
Un soupçon d'érotisme... ! Ce n'est pas comme cela que je le ressens en tout cas, et humblement, dans mon esprit et dans ma chair... depuis l'âge d'environ treize ans !
Et la "pureté", n'en parlons pas ! puisque, me confessant encore à cette époque, j'étais bien obligé d'avouer ces péchés, dits, au contraire "d'impureté"... Qui tous n'étaient pas dûs - mais souvent aussi, à coup sûr ! - aux si jolis garçons en culottes courtes torrides (et pagnes, et tuniques grecques, et slips de bain !) du merveilleux, du terrible Gourlier.
Je ne trouve pas non plus que les dessins (plus "rigolos", plus "sains", plus réalistes et fantaisistes à la fois du très grand Joubert ressemblent aux dessins de Gourlier. Ils sont plus "scouts" (bien sûr...) et plus carrés ; mais toutefois aussi sensuels, aussi érotisants. Les treize ou quatorze ans des "chaleurs que l'on tait" (mais pas en confesssion...) ont duré plus longtemps que cet âge dans ma vie. J'étais timide etc, et il m'a fallu quelque temps pour rencontrer de "vrais" Gourlier...
Yannis Tsarouchis (1910-1989) était un peintre grec, à la culture française, un amoureux de la peinture d'Henri Matisse et de l'art de la Renaissance byzantine. Son oeuvre a clairement un contenu homoérotique. Il a peint de nombreux nus masculins. La sensualité de son oeuvre et son approche colorée en fait qu'il est le meilleur représentant grec de l'art moderne. Ses sujets évoquent souvent la poésie de Cavafy.
Le gardien oublié, 1956
Il a étudié à l’École des Beaux-Arts d’Athènes de 1929 à 1935 dans l’atelier de Fotis Kontoglou (1931-1934). Avec celui-ci, il s’initia à la peinture byzantine. Il étudia aussi l'architecture et les costumes populaires. Il devint ainsi un des artisans du retour artistique à la Grécité de la génération des artistes des années 1930.En 1935-1936, il voyagea à Constantinople, à Paris et en Italie. Il s’initia alors à l’art de la Renaissance et à l’Impressionnisme. Il a exposé à Londres et à Paris, il a participé à plusieurs Biennale de Venise.
Il a activement participé à la guerre gréco-italienne durant la seconde Guerre mondiale.
Au gilet rouge Cycliste Paris, 1936
En 1949, avec d'autres artistes tels que Yiannis Moralis,Hadjikyriakos-Ghikas, Nikos Nikolaou, Nikos Engonopoulos et Panayiotis Tetsis il crée le groupe "Armos". En 1951, il expose à Paris et à Londres. Un an plus tard, le British Council à Athènes lui consacre sa première rétrospective. En 1958, il a représenté la Grèce à la Biennale de Venise.
Eugene DANS Spatharis le rôle de l'ange, Dans l'Apothéose d'Diakos Athanassios 1948.Yannis Tsarouchis Fondation.
L'art de Tsarouchis nous montre la joie et les plaisirs de la vie. Ses oeuvres combinent les techniques et la vision qu'il avait apprises de l'impressionnisme et sa passion pour les sculptures antique classiques grecque et pour l'art byzantin (qui représente la partie orientale de l'esthétique grecque). Il a été aussi marqué par les arts populaires comme le théâtre d'ombres et les icônes religieuses.
Il montre les tavernes de Plaka et du Pirée avec des soldats ou des marins, la danse, la lecture de lettres, les hommes sont souvent à moitié nue, comme sortis d'un poème de Cavafy. Egalement paysagiste ses tableaux reflètent alors la lumière des îles et des ports de la mer Egée.
Tsarouchis a aussi travaillé pour le théâtre. Pour lequel Il a créé de nombreux costumes particulièrement pour les pièces de Shakespeare.
S'habiller pour Roméo et Juliette Shakespeare 1937
Bien qu'il ait vécu une grande partie de sa vie à Paris où il s'installa définitivement en 1967, il est est décédé à Athènes en 1989, près de sa ville natale auPirée, la fondation qui porte son nom recèle et montre beaucoup de son travail : http://www.tsaruochis.gr
Avril
Mai
En Grèce l'oeuvre de Tsarouchis a toujours une grande influence comme le montre les photos de son compatriote Vangelis Kyris (voir immédiatement ci-dessous).
Figure du symbolisme finlandais, Magnus Enckell (1870-1925) fut, durant son séjour à Paris jusqu’en 1894, marqué au plus haut point par le mysticisme exalté du Sâr Péladan, dont il intègre dans ses toiles l'idéal de beauté, la figure de l'androgyne. Ses toiles exaltent une sensualité méditative, confrontée aux forces contradictoires du souvenir, de la réalité et du rêve. Le personnage de L'Eveil (1893) semble quitter à regret l'état de sommeil. Pas tout à fait réveillé encore, il affronte un moment de vérité, de tension aussi, le poing pathétiquement serré. Personnage entre deux rives, celle des songes et celle de la réalité de l'existence, celle de l'enfance et celle de l'âge d'homme. Un éveil, presque douloureux, à la vie. Enckell situe ces personnages hors du temps et les inscrit dans un cadre indéfini. Le style, d’une archaïque simplicité, contribue à ce cadre atemporel.
Son Narcisse (1897), allongé sur un rocher, contemple son reflet. Dans Deux garçons (1892), un enfant pose un regard dubitatif sur un homme jeune, montré de dos et assis à même le sol, que l'on devine plongé dans une intense réflexion. Comme s'il voulait pénétrer les pensées de cet homme, ou peut-être pour s’interroger lui aussi sur son propre devenir, matérialisé par ce "double" plus âgé, qui est peut être son frère ou son père : serai-je un jour comme lui ? LeGarçon au crâne (1893) fixe attentivement ce "memento mori" (souviens-toi que tu vas mourir) , symbole du caractère transitoire de l'existence. Ces trois toiles se rattachent directement aux anciennes Vanités. L’homme y est irrémédiablement confronté au problème de l’éternité et de la fugacité de la vie, à son destin irréversible et, dans le cas de Magnus Enckell, à son identité péniblement assumée.
Ces différents visages tourmentés et tendus sont le reflet de ses propres conflits intérieurs : garçons que la vie se charge d'arracher à un paradis perdu, celui de l'enfance, plongés dans des abîmes de gravité, foudroyés par le doute, menacés de tous les maux de l'existence. Corps sveltes et athlétiques, aux courbes parfaites, dont la beauté tout apollinienne est vouée inéluctablement au tombeau. Le vêtement qu'arbore le personnage du Culte de Vénus (1895)lui donne déjà l'air d'être enveloppé dans un linceul.
Mais dans La Résurrection (1907), deux hommes marchent en se tenant ostensiblement par la main. Ce détail, situé exactement au centre de la toile est tout sauf anodin, il semble témoigner d'une sérénité intérieure plus grande. D'une assurance nouvelle. Et cette marque de tendresse se retrouvera ailleurs.
Après 1908, la période symboliste austère et hermétique d’Enckell laisse place à la couleur. Ses Adonis ont des traits moins fermés, certains sourient. D'autres toiles adoptent un style relevant du vitalisme, mouvement autant philosophique qu’esthétique, diffusé par les écrits de Friedrich Nietzsche, exaltant avec moins d’obscurité non seulement l’affirmation la plus totale de la vie et de soi, mais également l’acceptation la plus joyeuse de « l’éternel retour ».
Andrey Avinoff (parfois dénommé Andrej Nikolajewitsch Avinoffou Andrei Avinoff) est un de ces artistes que l'on a plus de chance de rencontrer sur la toile que dans les musées, à l'exception notable de celui de l'institut Kinsey dans l'Indiana. Il faut dire qu'Avinoff était ami de ce dernier. L'art d'Andrey Avinoff parvient à être à part égale mystique et homoérotique. Avinoff ne fut pas seulement un peintre mais aussi un entomologiste. Il a travaillé comme directeur du musée Carnegie de Pittsburg avec cet autre fervent célèbre des papillons, Vladimir Nabokov. Comme ce dernier Avinoff a été un grand chasseur et collectionneur de papillons. Il était également un ami d'Alfred Kinsey dont il réalisa un portrait. Il faut préciser que Kinsey a rassemblé inévitablement plus les oeuvres a connotations plus sexuel que le travail mystique de l'artiste ou ses images de papillon. Si Avinoff a semble-t-il été assez discret sur sa vie privée, il n'est guère douteux qu'il ait été homosexuel. Avinoff était également un grand admirateur de Nijinsky et il a représenté plusieurs fois le danseur.
ci dessous une caricature représentant Avinoff
Andrey Avinoff est né en Ukraine en 1883 dans une riche famille russe. Il était le frère de la célèbre portraitiste Elizabeth Shoumatoff qui peignit la plus fameuse peinture représentant Frankin Delano Roosevelt. Son grand-père avait servi comme officier de l'amiral Nelson à la bataille de Trafalgar.Avinoff a passé une grande partie de son enfance dans le domaine ancestral de sa mère.La grande maison était remplie de toiles de maîtres, de tapis persans, de précieuses icônes, et d'une bibliothèque considérable.Les Avinoffs avaient leur propre prêtre orthodoxe russe. Cet hommes aux talents multiples a commencé sa vie professionnelle en tant que diplomate. Il a accepté un poste dans le gouvernement de Nicolas II, et en 1911 il fut nommé chevalier d'honneur de l'empereur.Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, Avinoff a été incapable de servir comme soldat en raison de mauvaise vue.Au lieu de cela, il fut envoyé aux États-Unis pour acheter des fournitures pour l'armée russe.Lorsqu'on lui demande d'accomplir cette tâche en 1917, Avinoff se rend compte que c'est sa chance d'échapper aux périls de la guerre et la révolution.
Son talent de dessinateur lui permet dés son arrivée aux Etats-Unis de gagner sa vie. S'il résida tout le restant de sa vie aux Etat-Unis, il est mort à New-York en 1949 , il fut aussi un grand voyageur en Europe, en Asie et surtout en Jamaïque son pays de prédilection. Sa passion pour les papillons l'a emmené dans des endroits insolites autour du globe à la recherche de spécimens rares pour les ajouter à sa collection
Avinoff étaient un dessinateur accompli avec une imagination très saisissante dans certains de ces tableaux qui rappelle celle de Dali ou celle deTchelitchev , comme dans ce tableau où l'on voit un homme émergeant d'un tronc d'arbre et avec des éruptions phalliques semblables à certaines des croissances de mutants. On peut dire qu'il a été un des précurseur de l'imagerie de la science-fiction notamment avec ses dessins ayant pour thème l'Atlantide pour illustrer le poème de George Golokhvastoff,The Fall of Atlantis. On peut définir une certaine partie de l'art d'Avinoff comme surréaliste et symboliste. Alors que toute une autre partie de son travail est celui d'un minutieux connaisseur de la nature, végétale et animale. Il a été aussi un portraitiste scrupuleux. Mais ce qui unit tous les dessins et tableaux c'est la poésie qu'il s'en dégage.
Ludovic Thiriez est un artiste français qui vit et travaille à Budapest en Hongrie. Il est principalement peintre mais, souvent, il associe installations et objets à des peintures. Ses principales recherches ces dernières années se développent autour du thème de l'enfance : il explore cette période de la vie, ses contrastes, ses émotions, ses transitions et ses passions qui reflètent notre condition d'être humain. Sa peinture est comme une accumulation d'expériences, d'images et d'idées ; un mélange que l'artiste organise de manière simple et chaotique. Décrivant son travail, il aime parler de collages, d'éléments superposés qui racontent des histoires qui oscillent entre réalité, conte de fées et surréalisme. Sur la toile, la composition est construite sur le contraste des coups de pinceaux abstraits avec l'élément figuratif. La vie apparaît comme un oxymore, une contradiction romantique qui crée un équilibre fragile. La nature et les plantes sont des présences constantes mais c'est après son voyage au Brésil que l'utilisation de l'élément naturel est davantage soulignée dans ses peintures. Dans une sorte de magie, les arbres et les plantes trouvent leur chemin vers un parfait équilibre visuel.
Cet aristocrate britannique, né en 1906 est connu pour son style de vie frivole et décadent. Il est devenu l'archétype de l'homme devenu célèbre sans oeuvre et pourrait on ajouter sans qualité. Il est représentatif de ces homosexuels anglais fortunés et désoeuvrés qui donnèrent une aura d'élégance au goût des garçons.
Lorsque son père lui demanda, alors qu'il était adolescent, ce qu'il voulait être dans la vie, le garçon lui répondit: << a great beauty sir. >>. Ce qui est fascinant avec Tennant c'est qu'il est à la croisée de la vie intellectuelle et mondaine de toute l'histoire de l'Angleterre de l'entre deux guerres par ses multiples amitiés et par sa famille même. Il est par exemple le cousin du cinéaste Anthony Asquith (1902-1968), lui même fils d'un ancien ministre, et également homosexuel. Bien que ses films soient presque exclusivement sur des sujets hétérosexuels, certains critiques, notamment Stephen Bourne, font valoir néanmoins qu'ils sont imprégnés d'une sensibilité gay.
Les extravagances vestimentaires de Tennant firent beaucoup pour sa notoriété. Il pouvait descendre de son coupé sport vêtu d'un maillot de football assorti à ses nouvelles boucles d'oreille ou poser pour un photographe avec pour tout vêtement qu'une délicieuse robe d'été...
Ses tenues n'étaient pas dictées que par la seule frivolité mais contenaient une bonne dose de rébellion et de provocation, mais à la manière de Tennant. En effet, lorsqu'il se fait photographier pour son 21e anniversaire par Cecil Beaton (voir immédiatement ci-dessus), Stephen portait un manteau de cuir copié de la tenue que son frère portait à la guerre avec toutefois l'ajout d'un col de fourrure de chinchilla, une référence ironique à la fois à la mémoire de son frère mort au combat et à son amant, "poète de la guerre", Siegfried Sassoon qu'il vient de rencontrer. Les coteries gays de cette époque sont amplement décrites, en particulier l'histoire d'amour entre Stephen Tennant et Siegfried Sassoon dans Bright Young People: The Lost Generation of London’s Jazz Age de D. J. Taylor aux éditions Farrar, Straus and Giroux.
L'écrivain Philip Hoare, auteur d'une biographie de Tennant, qui a été un bestseller, voit en son modèle un précurseur des punks. Hoare écrit: << Il se considérait comme une œuvre d'art vivante, à la façon de Warhol ou des nouveaux romantiques... C'était un personnage des plus extraordinaire avec à un moment de sa vie, de longs cheveux rouges passés au henné, une grande bague représentant un scarabée à son doigt... J'ai écrit sur Stephen Tennant, parce qu'il était pour moi l'incarnation d'un monde fantastique que j'avais côtoyé tout au long de mon adolescence. Un monde qui, pour moi, s'étendait des Ballets Russes, d'une part à David Bowie et Jean Genet d'autre part.>>.
Elle est décrite par Jacob Epstein comme la plus belle créature qu'il avait jamais vu! Après la mort de sonpère, sa mère se remaria avec lord Grey. Tennant avait un frère ainé Edward, «Bim» qui fut tué durant la Première Guerre mondiale. Stephen était inadapté à une éducation scolaire formelle. Il a donc été éduqué à la maison.Sa mère a encouragé ses penchants artistiques. En 1922, il est allé à Slade School of Fine Art, où il a rencontré Rex Whistler et Cecil Beaton.
En 1928 sa mère meurt. Il hérite de Wilsford Manor.
Pendant les années 20 et 30, Tennant était un des membres importants d'une coterie surnommée « Bright Young Things ».Autrement dit, les jeunes gens intelligents surnom qui a été donné par la presse tabloïd à un groupe de jeunes aristocrates mondains qui apparurent dans les années 20 à Londres.Ils passaient leur temps à élaborer des soirées déguisées, des chasses au trésor durant lesquelles ils traversaient la nuit Londres à la recherche d'objets improbables...Ils buvaient beaucoup et n'hésitaient pas expérimenter des substances qui n'étaient alors pas toutes illicites. Toutes choses qui étaient couvert avec enthousiasme par la presse à scandales. Ses amis s'appelaient: Rex Whistler, Cecil Beaton, Sitwell, Lady Diana Manners, qui deviendra Lady Duff Cooper, les sœurs Mitford, les sœurs Jungman,Tom Driberg (qui sera plus tard ministre du Travail, et homosexuels évident y compris lorsqu'il était au gouvernement).
Dans sa jeunesse Tennant était d'un narcissisme flamboyant d'où les nombreuses photographies qui existent de lui du moins lorsqu'il était dans sa fragile beauté, parfois dans des tenues particulièrement extravagantes comme dans cette photo prise par Cecil Beaton où il est costumé en prince charmant; alors que les représentations de lui dans ses dernières années sont très rares. Il avait l'habitude, mais il n'était pas le seul, de se maquiller. Un jour où il allait prendre le thé avec sa tante, il a été réprimandé par cette dernière qui lui dit: << Stephen chéri, allez vous laver le visage avant de passer à table.". Par différentes source nous savons que la pratique chez les hommes de se maquiller n'était pas réservée à des prostitués, mais touchait diverses classes sociales. Cependant, cela était loin d'être bien accepté, même dans les cercles les plus "branché". Lors d'une soirée organisée par le comte de Pembroke, Cecil Beaton a été jeté dans l'eau de la piscine par certains des jeunes hommes les plus virils. Selon Tennant, qui était présent, l'attaque a été causé par l'abus de maquillage de Beaton.
Stephen Tennant et d'autres jeunes hommes organisaient toutes sortes de soirées à thème. D'apparence efféminée Stephen Tennant a provoqué des réactions ambivalentes. Certains ont tout simplement été frappé: "Je ne sais pas si c'est un homme ou une femme, mais il est la créature la plus belle que j'ai jamais vu", déclara l'amiral Sir Lewis Clinton Baker. D'autres étaient moins indulgents. Lorsque Tennant un soir est apparu dans une robes du soir et outrageusement maquillé, les critiques ont atteint leur paroxisme. Rex Whistler, un de ses amis les plus proches, a regretté que Stephen soit allé trop loin et dit «Les hommes ne doivent pas attirer l'attention sur eux-mêmes. Ce fut la seule accusation que je porterais sur l'attitude de Stephen, mais elle est juste et irréfutable.". Les parents de certains jeunes amis de Tennant se plaignaient que leurs enfants passaient du temps avec Stephen. Edith Olivier Folkestone-Hélène a été noté à quel point les gens parlaient de Stephen, qu'il était détesté par des gens qui ne le comprennaient pas.
Tennant a inspiré de nombreux écrivains qui en ont fait un personnage de leurs romans. Mais c'est sans doute le Cedric Hampton dans "L'amour dans un climat froid de Nancy Mitford qui est le plus proche de ce que fut le dandy. Il n'est pas douteux non plus Evelyn Waugh se soit souvenu de lui pour son Lord Sebastian Flyte dans "Brideshead Revisited" roman extraordinaire et chef d'oeuvre de son auteur dont il faut absolument que je vous parle ainsi que de sa brillante adaptation télévisée. Mais Tennant n'irrigue pas que le roman anglais, il y a du Stephen Tenant dans le personnage du poète dans le grand roman de Michel Déon "Les poneys sauvages".
Immédiatement ci-dessous on peut voir un superbe montage, dont malheureusement je ne connait pas l'auteur, qui en moins de deux minutes évoque la vie de l'esthète.
Les peintres et les sculpteurs n'ont pas été insensibles à la beauté éthérée du jeune Stephen...
Stephen Tennant par Hitomi Koro
Wilsford manor et Stephen Tennant vus par Pierre Le Tan
A dix-neuf, Tennant est devenu l'amant du poète Siegfried Sassoon (1886-1967). Sa relation avec Sassoon a été la plus importante et la plus longue de sa vie. Elle a duré environ quatre ans. Ensemble, ils ont voyagé et visité la Sicile et Garmisch en Allemagne. Avant cela, il avait proposé a,Elizabeth Lowndes, de se marier avec elle mais ses avances furent repoussées.
Beaucoup de ceux qui ont connu Stephen Tennant à l'apogée de sa singulière beauté pouvaient à peine croire que l'amour physique soit possible pour lui. Probablement la seule histoire d'amour réelle de sa vie d'adulte a été celle avec Siegfried Sassoon (1886-1967), le viril, poète pacifiste de renom. Sassoon a apporté à leur relation sa renommée, son talent, sa position, tandis que pour Tennant ses son activité quotidienne se limitait à s'habiller et à lire dans les journaux dans la rubrique des potins mondains ce que l'on écrivait sur lui. En regardant les photos des deux amants, Tennant posant langoureusement alors que Sassoon regarde fièrement l'objectif, aujourd'hui même les plus radicaux militant d' Act-Up militante pourrait murmurer en privé "Oh , mon frère! ". David Herbert, lors d'une traversé l'Atlantique sur le Berengaria a rencontré Tennant sur le bateau et a été gêné de le voir marcher dans le couloir "ondulant et maquillé embaumant après une pulvérisation de parfum d'orchidées de Cattleya.
Sassoon et Tennant à Garmish
Une grande partie de sa vie, Tennant a essayé d'écrire un roman, "Lascar" dont le sous-titre devait être "a story of the maritime boulevard. Les dessins que fit Tennant lui-même en vu d'illustrer son livre, il n'était pas maladroit le bougre quel dommage qu'il fut aussi dilettante, suggèrent son goût pour les jolis marins.
immédiatement ci-dessus 4 pages du journal de Stephen tennant
Si vu de l'extérieur on peut considérer la vie de Tennant comme une existence privilégiée, il ne faudrait pas oublier que durant toute la première partie de sa vie il a été poursuivi par la maladie, la tuberculose et que la seconde partie a été assombrie par ce que l'on pourrait appeler pudiquement des désordres mentaux.
Au delà de son cas personnel, Stephen Tennant me parait emblématique de tous ces jeunes gens plein de promesses qui en définitive ne tiennent pas grand chose. En effet à 21 ans Tennant avait publié une plaquette de poésie qui avait été remarquée, exposé ses dessins à Londres, vu Caruso chanter à New York, vu jouer Sarah Bernhardt à Paris,approché pour faire un "beau" mariage rencontré à peu près tous ceux qui feraient l'Angleterre dans les décennies qui allaient suivre, tant dans les arts, les lettres ou la politique et avoir deux brillants amis, Rex Whistler et Cecil Beaton qui allaient faire parler d'eux durablement. Et à partir de là, à peu près rien en ce qui concerne la création, à moins de considérer sa vie comme une oeuvre d'art à part entière. C'est comme si quelque chose s'était cassé en Stephen Tennant. Etait-ce le syndrome de Peter Pan, la peur de vieillir? La fée Clochette est elle partie, le dernier jour de sa 21 ème année, un peu comme Brian Howard , Tennant n'a jamais réussi à faire fructifier le potentiel de ses débuts. Il a trop facilement succombé aux distractions, malgré l'exortation de son ami Beaton de l'importance de travailler dur pour atteindre le succès.
Il aurait passé les 17 dernières années de sa vie dans son lit dans la maison familiale ancestrale de Wilsford dans le Wiltshire. Mais il semble en fait que durant cette période , il aurait fait plusieurs voyages aux États-Unis et en Italie, et ainsi se créa de nouvelles amitiés et même des relations amoureuses, malgré l'isolement volontaire qu'il affichait. Isolement relatif puisque Christopher Isherwood, Kenneth Anger, David Hockney,Truman Capote le visitèrent. Truman Capote se plaignit qu'il y avait des violettes confites dans sa soupe...
La fin de sa vie fut en particulier marquée par sa rencontre avec David Hockney.
Déjà célèbre, Hockney est devenu un grand ami de Beaton, et a été invité à Wilsford par le photographe afin de passer l'après-midi avec le célèbre reclus. Cecil Beaton a immortalisé cette rencontre ce sera la dernière fois qu'il photographiera Tennant pendant que ce dernier régalait le peintre avec ses anecdotes du passé. Sur ces cliché on voit Hockney assis sur le bord du lit Stephen Tennant, transformé en une sorte de Bouddha. Il est entièrement entouré par des reliques choisi de son cher passé, son singe, sa boîte à bijoux, des lettres, des livres et des documents à profusion. Dans une des photos Stephen Tennant balaie l'air immobile de sa chambre de Wilsford avec un grand éventail japonais, dans une autre, il porte un toasts à ses amis avec un verre de champagne...
Tennant mourut en 1987.
Wilsford Manor, berceau de la famille Tennant, focalisa toute l' attention de l'Angleterre lorsque son contenu fut mis aux enchères quelques mois à peine après la disparition de son seul occupant, mort à l'âge de quatre-vingts ans. Les journaux se sont remplis à nouveau de ragots sur l'excentricité de Tennant, dépeint comme un vieux prince charmant à moitié endormi au milieu de ses bibelots, de ses bijoux et des peaux d'ours polaires.La vente a été réalisée sous l'égide de Sotheby's et, en compulsant son catalogue, maintenant extrêmement rare, on est éberlué par la variété des lots, dont certains sont des bibelots sans valeur mais plein d'étrangeté comme cette main articulée en bois tenant un coquillage.
Ci-dessous photographies de Wilsford Manor prises à la fin de la vie de tennant...
Alors que d'autres sont d'une valeur inestimable, premières éditions, boîtes de photographies de Cecil Beaton, une tonne de correspondance personnelle de noms souvent cellébrissime qui en dit beaucoup sur l'époque 1920-1930 et le climat dans lequel Tennant s'est fait connaître, meubles anciens, tableaux rares de Pavel Tchelichew à Paul Poiret, sans parler des montagnes de statues de jardin et des mètres de superbe tissus d'ameublement qui en rideaux isolaient efficacement Tennant du monde extérieur...
Cet homme sans oeuvre a pourtant influencé par sa posture devant la vie un nombre incalculable de personnes d'ailleurs très diverses. On peut citer en vrac, Somerset Maugham, David Bowie, Dirk Bogarde, Boy George... C'est jusqu'au monde de la mode qui n'a pas oublié Stephen Tennant, comme le prouve cette photo immédiatement ci-dessous dans laquelle Callum Turner, à être Stephen Tennant.
De gauche à droite: Cecil Beaton, Stephen Tennant (oh Stephen), Zita Jungman, Edith Olivier et Rex Whistler
Je vous remercie de cette remarque que pourtant je ne suivrais pas, Sénécal me parait beaucoup moins doué que Gourlier, mais j'aimerais voir plus de dessin de Sénécal pour me faire une opinion.
david526969@yahoo.fr
Et la "pureté", n'en parlons pas ! puisque, me confessant encore à cette époque, j'étais bien obligé d'avouer ces péchés, dits, au contraire "d'impureté"... Qui tous n'étaient pas dûs - mais souvent aussi, à coup sûr ! - aux si jolis garçons en culottes courtes torrides (et pagnes, et tuniques grecques, et slips de bain !) du merveilleux, du terrible Gourlier.
Je ne trouve pas non plus que les dessins (plus "rigolos", plus "sains", plus réalistes et fantaisistes à la fois du très grand Joubert ressemblent aux dessins de Gourlier. Ils sont plus "scouts" (bien sûr...) et plus carrés ; mais toutefois aussi sensuels, aussi érotisants. Les treize ou quatorze ans des "chaleurs que l'on tait" (mais pas en confesssion...) ont duré plus longtemps que cet âge dans ma vie. J'étais timide etc, et il m'a fallu quelque temps pour rencontrer de "vrais" Gourlier...