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LETTRE À MOMO, UN FILM D'HIROYUKI OKIURA

19 Mai 2025, 09:37am

Lettre à Momo : Affiche

 

Pour toujours enfoncer le même clou, je vais redire que l'animation japonaise ce n'est pas Goldorak et que les longs métrages de l'animation japonaise qui ont la chance de sortir sur les écrans français sont supérieurs à tous les autres films distribués dans notre pays. Deuxième point qu'il faut rappeler également l'animation japonaise ne se résume pas à Miyasaki père, génie certes mais pas talent isolé. Il suffit de citer Ichii, feu Satoshi Kon, Mamoru Hosoda, Isao TakahataKeiichi Hara et bien d'autres. Si vous êtes courageux vous pourrez lire les quelques billets que j'ai consacrés à certains de leurs films...

 

Lettre à Momo : Photo

 

Or donc, actuellement, sur malheureusement bien peu d'écrans (j'ai du mal à comprendre la politique du distributeur de ce film qui a pris le soin d'en faire une version française en regard d'une distribution aussi chiche; mais on peut penser que c'est pour une prochaine édition en dvd et blue-ray, ce dernier support est toujours à privilégier pour les films d'animation, donc si vous avez raté ce film en salle vous pourrez sans trop tarder vous rattraper.) on peut voir la nouvelle merveille des animés nippons, « Lettre à Momo ».

 

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A bord du bateau qui emmène Momo avec sa mère sur l'ile de Shio (ile imaginaire mais précisément située dans la mer intérieure du Japon, mer de Seto, les lecteurs de Manabé Shima de Florent Chavouet ne seront pas dépaysés... Le réalisateur, enfant, y passait ses vacances d'été...) où elles vont désormais vivre. Momo, à l'orée de l'adolescence, déplie une feuille de papier où sont écrits ces seuls mots: << Chère Momo >>. Un flash-bach nous apprend bientôt qu'elle a trouvé cette lettre inachevée sur le bureau de son père qui vient de mourir, océanographe il a disparu en mer. La dernière fois que Momo a vu son père, elle s'est disputé avec lui. Hantée par ce souvenir, Momo à le coeur lourd. D'autant que l'ile où la conduit sa mère, qui y a passé son enfance, est pour Momo, qui vient de Tokyo, vécu comme un lieu d'exil. Shio est habitée par une population vieillissante vivant pour l'essentiel de cultures ancestrales élaborées à flanc de colline. Mais à peine arrivée dans la vieille maison qui sera désormais leur demeure, déboulent trois truculents et très encombrants yokais sortis du folklore japonais, que seule Momo voit. Ces trois créatures sont caractérisées à l'extrême. Il y a le râleur au nez en museau, le géant affamé qui ressemble au Bluto de Popeye et le chétif souffre douleur. Ils vont bouleverser la vie de Momo, et celle de toute l'ile. Maisvont se révéler bien autre chose que de navrants goinfres...

 

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Comme tous les grands dessins animés japonais, « Lettre à Momo » peut se lire à différents niveaux. S'il réjouira les enfants, disons à partir de sept ans, il captivera les adultes, d'abord par la beauté du dessin et surtout parce qu'il aborde des sujets qui peuvent toucher tout à chacun, comme celui de comment vivre un deuil et comment faire partager ou pas sa douleur. Le film intéressera également tous les passionnés de la culture japonaise avec cette nouvelle intrusion dans le monde moderne des yokais, un des symboles de la culture populaire ancestrale nippone. « Lettre à Momo » s'inscrit aussi dans les problématiques les plus actuelles de la politique japonaise, comme la désertification des campagnes; souvent dans l'archipel elles ne sont plus habitées que par des vieillards, et dans ces conditions, se pose à court terme, la survie de l'agriculture, à un moment où le gouvernement Abe veut réduire les aides aux agriculteurs et d'une manière assez contradictoire prône une plus grande auto-suffisance alimentaire pour le Japon.

 

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Lettre à Momo est très ancré dans l'histoire et la tradition japonaise. L'émouvante dernière séquence se réfère au festival de Miajima (on peut aller voir mes photos de cette ile et de son célèbre torii: essai d'épuisement photographique du grand torii de Miajima, Japon ), tradition qui vise à apporter force et bonne santé aux plus jeunes habitants de l'île. Le principe étant de pousser un bateau de paille enflammé dans la mer afin qu'il se consume au milieu de l'eau. C'est une fête qui fait directement référence à la Seconde Guerre mondiale, les aînés souhaitant voir leurs enfants revenir sains et saufs de la guerre 

 

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Comme très souvent dans les animés japonais de qualité, le décor est très soigné mais aussi la typographie avec ses repères, une maison, un village, une ile, endroits à la fois immuables et changeants selon les saisons. Ces éléments prosaïques peuvent se muer en véhicules de la fantasmagorie...

Le public européen sera peut être dérouté par le mélange typiquement japonais de mélodrame et d'humour trivial, les yokais pètent pour repousser des sangliers ou effectuent une danse grotesquement lascive pour entrer en contact avec l'au-delà!

 

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On retrouve dans « Lettre à Momo » des constantes de l'animation japonaise (Certes vous pourrez me rétorquer bien des contre-exemples mais tout de même). Le voyage initiatique qui marque la fin de l'enfance et l'entrée dans l'adolescence comme dans le « Voyage de Chihiro), l'absence du père comme dans « Les enfants loups », le drame familiale comme dans « Les enfants loups, « Mon voisin Totoro », « Colorful », la fuite de la grande ville pour une campagne réparatrice des maux comme dans les « Enfant loup », « Mon voisin Totoro », « Arrietty », « Mai Mai Miracle », la nostalgie pour le Japon apaisé des petites villes et des vieilles demeures comme dans « Arriety », « La colline aux coquelicots», « La traversée du temps », « Summer wars », l'irruption de créatures surnaturels souvent issues des vieilles légendes comme dans « Mon voisin Totoro », « Pompoko » et surtout « Un été avec Coo » où un Yokai, un kappa, est au centre du film (le renouveau des yokais dans l'imaginaire nippon doit tout au mangaka Shigeru Mizuki, l'auteur de NonNonBâ. A ce sujet on peut voir mes billets: NomNomBâ de Shigeru Mizuki et  des Yokai par Shigeru Mizuki ). Tous ces points communs avec de nombreux animés japonais de grande qualité font de « Lettre à Momo » un film archétypal de l'animation japonaise; c'est peut-être là sa limite.

 

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Le cinéphile trouvera aussi grandement son compte dans cette « Lettre à Momo » passé l'effet de surprise qu'il constitue pour tous ceux qui attendaient, depuis 1999, après le chef d'oeuvre incontestable qu'est « Jin-Roh, la brigade des loups », fable uchronique violente, passionnante, sur le totalitarisme, quand il s'apercevra que le deuxième film d'Hiroyuki Okiura n'a rien à voir, sinon par sa qualité graphique, avec le premier opus du cinéaste. En regard de ce deuxième film on voit combien la patte d'Ichii, (Ghost in the shell) qui est un peu le mentor d'Hiroyuki Okiura, scénariste de Jin-Roh était présente dans ce dernier. Pour son deuxième film Hiroyuki Okiura en a cette fois écrit le scénario. Le spectateur habitué de l'animation japonaise repèrera plusieurs hommages du réalisateur à ses maitres et confrères. Plusieurs séquences sont quasiment des citations de Miyazaki, la rencontre des esprits sous la pluie, l'attaque des sangliers, l'apparition des esprits sous la forme de gouttes (« Princesse Mononoke) et les esprits font beaucoup penser à ceux du « Voyage de Chihiro ». Les trois yokais par leur truculence et leurs maladresses évoque les S.D.F de « Tokyo Godfather »...

 

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D'autre part Questionné à propos du réalisme apporté à son film d'animation, Hiroyuki Okiura avoue s'être inspiré de l'un des maîtres de l'animation japonaise, Isao Takahata et de son film Kié la petite peste : << C’est un film avec une forte composante burlesque et néanmoins chaque détail concernant les personnages est décrit avec le plus grand soin : leur personnalité, leurs gestes, leur manière de marcher ou de se retourner quand on les appelle, ils ressemblent tous à des personnes réelles. J’ai rarement vu de film d’animation qui prenait autant de soin pour détailler des gestes du quotidien >>.

 

Lettre à Momo : Photo

 

Le film s’étale sur deux heures. Pourtant on ne s’y ennuie pas, tant le rythme du film est maîtrisé de part en part, jusqu’à un final digne des moments les plus Shinto du grand Miyazaki. 

Le cinéaste s'est entouré d'une équipe chevronnée. Hiroyuki Okiura et le chef de l'animation Masashi Ando avaient déjà travaillé ensemble par le passé sur le film Paprika (2005) de Satoshi Kon. Masashi Ando était alors déjà superviseur de l'animation tandis que Hiroyuki Okiura était l'un des nombreux animateurs.

Techniquement le film a été réalisé par une méthode d'animation classique, animation en deux D avec du papier et des crayons; ce qui confère à l'ensemble un extrême réalisme que ce soit dans la fluidité des mouvements des personnages ou dans l'expression de leur visage aux traits pourtant assez simples. Le réalisateur a néanmoins eu recourt au travail par ordinateur pour quelques séquences, comme celle de la course poursuite. Les décors sont dus à Hiroshi Ono, responsable des déjà de ceux de « Kiki la petite sorcière » même si l'esthétique générale fait plutôt penser aux films de Mamoru Hosoda (La traversée du temps).

 

Lettre à Momo : Photo

 

L'une des particularités des auteurs japonais de films d'animation, c'est de ne pas craindre d'aborder les sujets les plus difficiles comme la destruction de Tokyo par un tremblement de terre dans Tokyo magnitude 8, le suicide des adolescents dans Colorful, la mort d'innocents durant les guerres dans Le tombeau des lucioles... et de le faire, en règle générale, avec beaucoup de sensibilité et de justesse. « Lettre à Momo » en est un bel exemple. 

 

 

Lettre à Momo : Photo

 

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UN JEUNE CYCLISTE À CHOISY LE ROI

19 Mai 2025, 09:34am

 

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Choisy le roi, France, aout 1983

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SON FRÈRE DE PATRICE CHÉREAU

19 Mai 2025, 09:00am

 



France, 2003, 1h 40mn

Réalisation : Patrice Chéreau, scénario : Patrice Chéreau, Anne-Louise Trividic d’après le roman de Philippe Besson, image : Eric Gautier, son : Guillaume Sciama, montage : François Gédigier, costume : Caroline de Vivaise

Avec : Bruno Todeschini, Éric Caravaca, Maurice Garrel, Catherine Ferran, Robinson Stévenin, Antoinette Moya, Fred Ulysse, Nathalie Boutefeu, Sylvain Jacques, Pascal Greggory

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Résumé
Alors qu’ils ne se voyaient plus depuis plusieurs années, Thomas, l’ainé rend une visite inopinée à son frère, Luc, pour lui demander de l’aider à affronter la grave maladie dont il est atteint. Le film nous fait vivre la rédemption de Thomas par la maladie et la découverte de l’amour fraternel par les deux hommes jusque là séparés par le favoritisme dont avait bénéficié l’ainé et l’homosexualité du cadet.

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L’avis critique
"Son frère" commence bien, par une audace cinématographique : un long monologue, face à la mer, pour être plus précis devant la côte sauvage du Croisic, dit par un des plus beaux veillardx du cinéma français, Maurice Garrel. Ce personnage dont on ne saura que peu de choses, reviendra plusieurs fois, apportant une aération à la relation étouffante entre les deux frères. Dans cette première scène, comme dans toute son œuvre, Chéreau revendique son héritage théâtrale pour en faire un objet éminemment cinématographique dans son film le plus naturaliste.

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Dans naturaliste il y a naturel, et ici les acteurs sont doublement nus, sans maquillage et  souvent montrant la nudité de leur corps. C’est avec évidence que le réalisateur montre le sexe de ses acteurs quand celui-ci n’est plus objet de désir, mais morceau oublié du corps souffrant. Pourtant dans ces abandons, dans cette douleur, l’érotisme est présent comme il l’est dans bien des descentes de croix des peintres de la renaissance... Il y a du Montegna dans le Chéreau de "Son frère" qui érotise avec tact les corps malades. Grand plaisir des yeux et des sens que de découvrir au coin d’un cadre, toujours très étudié, le torse tatoué du jeune voisin de chambre d’hopital de Thomas. Une des scènes les plus émouvantes et les plus sensuelles  est la rencontre, au détour d’un couloir de l'hopital entre Luc et un adolescent (Robinson Stévenin, troublante résurrection du jeune Pierre Clémenti) « ouvert comme un poisson » ce dernier montrant  à Luc sa couture avec la même volupté pudique que s’il lui faisait découvrir son sexe.

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Très belle image sensuelle aussi que celle de luc et de son ami enlacé nus sur leur lit. On a un peu de mal à reconnaître dans cet ami Sylvain Jacques, le Tadzio brun de "Ceux qui m’aime prendront le train". Le temps l'a défait avec délicatesse...  Nous découvront son émouvante nudité, montrée avec évidence. Rarement la nudité dans le couple aura été montré avec autant de vérité et de simplicité. La caméra est presque toujours très près des acteurs, peu de plans larges, les suivant avec fluidité grâce au steadycam.
Le cinéaste définit ainsi le thème de son film : << Le sujet du film ce n’est pas la maladie; mais un homme qui découvre que toute sa vie était basée sur un mensonge, sur une force présumée, qui finalement n’est pas là. Il n’a pas la volonté de décider d’en finir, ni de se battre. C’est ce qui arrive quand une personne d’un narcissisme énorme est atteinte physiquement…C'est un film sur les corps et sur la manipulation d'un corps en particulier. C'est un film sur les peaux, sur la dégradation d'un corps qui était sans doute très actif et qui, là, est contraint de se laisser manipuler. Il devient passif et abandonné, on le regarde, on le compare aux autres corps, ceux qui sont en bonne santé.>>

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C’est un vrais tabou qu’aborde le cinéaste, le désir sexuel du malade, de celui qui se sait condamner, de la dernière fois et le regard de l’autre face à ce corps qu’il ne reconnaît plus et qui n’éprouve plus qu’un mélange de répulsion et de pitié à la place du désir d’hier. C’est tout cela qui passe dans le regard d’Alice (Nathalie Boutefeu) la compagne de Thomas.

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Si tous les comédiens sont admirables, Chéreau a convoqué sa troupe,  Pascal Gregorry fait une apparition la grande réussite du film doit beaucoup aux deux comédiens principaux, Eric Caravaca, terrien, un peu gauche à mille lieu du cliché du gay urbain, et Todechini, christique, pour qui la maladie rédemptrice lui fera découvrir l’autre.

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Il faut dire que que le scénario leur offre des personnages très riches. Luc souffre de la désaffection de ses proches à cause de son homosexualité, mais presque comme d’autres pourraient en souffrir pour d’autres raisons.

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On sort bouleversé de ce film aux images parfois très dures, comme celles de  la préparation pour l’opération, le  rasage du corp de Thomas en temps réel. Les scènes se déroulant à l’hopital sont traitées comme dans un documentaire alors que le moindre costume, cadrage sont choisis avec beaucoup de soin. C’est la grande force de Chéreau de nous faire croire que son cinéma est naturalisme, alors qu’il est le comble du construit, du concept; de cette confrontation il fait naitre l’émotion.

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Ce très grand film était au départ destiné à la chaine de télévision Arte. Chéreau s’est complètement approprié cette commande de l’adaptation du roman éponyme de Philippe Besson qui lui permet aussi de représenter également très finement l’homosexualité. Chéreau a modifié le livre dans lequel c’était le frère cadet, et le plus doué, qui mourrait. Autre différence importante, dans le livre il s’agissait de retrouvaille les frère s’était aimé avant de s’éloigner l’un de l’autre alors que dans le film ils ne se sont jamais aimé ce qui rend l’engagement de luc envers son frère beaucoup moins évident et plus fort. Philippe Besson, ravis de cette trahison déclara : << Chereau m’a trahi et je le félicite. Bien sûr, nous avons accompli la même démarche à travers une histoire de frère, de mort et d’amour. Mais dans le film, on retrouve les propres histoires de Patrice Chéreau hanté par la mort d’Hervé Guibert et de Bernard-Marie Koltes. Certaines scènes absentes du roman sont inspirées par des photos de Guibert. Il avait besoin de parler de ses fantômes et "Son frère" est bien son film.>>.

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une visite au zoo d'Amnéville

19 Mai 2025, 08:46am

Amnéville, mai 2025, photo B.A

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Rifkin’s festival un film de Woody Allen

15 Mai 2025, 06:55am

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Sue (Gina Gershon), la petite cinquantaine encore consommable, est l’attachée de presse du film de Philippe, un jeune cinéaste favori pour recevoir la récompense principale au festival de cinéma de Saint-Sébastien. Elle y emmène Mort, son mari nettement plus âgé qu’elle et passablement amorti, écrivain au devenir incertain mais ancien brillant enseignant de cinéma. Arrivé en Espagne de New-York E ne tarde pas à s’amouracher du jeune cinéaste sémillant son client et à laisser tomber son vieux mari hypocondriaque qui va découvrir les charmes du pays basque espagnole qu’il va découvrir grâce à une belle cardiologue (Elena Anaya).

 

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Mort est le porte-parole de Woody Allen, l’intellectuel new-yorkais type comme l’imagine Woody Allen: forcément juif, de Brooklynd bien, frustré et en analyse comme il se doit et surtout éminemment cinéphile. Mort rêve de cinéma ce qui nous vaut quelque hommage en image et en noir et blanc de la part de Woody Allen à quelques uns de ses cinéastes préférés: Bergman, Welles, Truffaut, Bunuel, Godard et plus étonnant Claude Lelouche mais  bien d’autres son cités Fellini, John Ford, Chaplin, Capra…

 

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Dans ce qui risque, hélas, mille fois hélas d’être son dernier film Woody Allen malicieusement nous offre un condensé de son cinéma avec donc un salut à ses pairs cinéastes, une tendre carte-postale comme lui seul sait les faire, de Saint-Sébastien, ville pour laquelle à la sortie du film on a qu’une envie s’est de prendre l’avion pour s’y rendre, une réflexion sur le couple, la vie et la mort (Christoph Waltz) avec laquelle Mort, sur la plage, engage une partie d’échec…

 

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Comme toujours chez Woody Allen le casting est aux petits oignon, à commencer par Mort, le double du cinéaste joué par Wallace Shawn, lui-même grand intellectuel que Woody Allen avait fait débuter au cinéma en lui donnant le rôle de Jeremiah, l’ex-mari de Diane Keaton dans Manhattan. On l’a revu chez Woody dans Radio Days(1987), Ombres et brouillard (1992), Le Sortilège du scorpion de Jade (2001) et Melinda et Melinda (2005). Il a aussi joué dans My dinner with André de Louis Malle. Et puis on peut le voir actuellement dans la formidable série  Young Sheldon préquelle  de la non moins formidable série Big bang théorie. Woody Allen s’explique de son choix d’avoir pris Wallace Shawn pour le rôle de Mort: << Wally possède un vrai talent pour la comédie, tout en sachant rendre ses personnages poignants. Mais surtout, c’est un véritable intellectuel. J’avais envisagé des acteurs qui étaient peut-être intellectuels, mais chez qui cela ne se ressentait pas. Du coup, je me suis demandé pourquoi ne pas carrément engager un comédien qui soit un vrai intellectuel. Dès l’instant où j’ai évolué dans ma réflexion, le nom de Wallace Shawn s’est imposé.>>. Le cinéaste a eu le même souci de ressemblance dans son choix pour le rôle de Philippe. Il cherchait un mauvais acteur français, un bellâtre qui se la pète, ça ne pouvait qu’être Louis Garrel dont la suffisance bovine a naguère plombée quelques film, en cinéaste prétentieux parfaite tête à claque, il est parfait. Le film permet aussi des retrouvailles agréables avec des comédiens que j’avais un peu perdus de vue comme Elena Anaya admirée dans Parle avec elle. Et La Piel que Habito   d’Almodovar et dans un rôle plus modeste Richard Kind, l’inoubliable  l'attaché de presse Paul Lassiter dans Spin City, ici en père de Mort.

 

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Avec Rifkin's on passe 90mn avec des gens presque tous intelligents dont on subodore qu'ils sentent tous bons, dans un hotel  superbe situé dans une ville non moins superbe à revisiter quelques grandes heures du cinéma guider par un émouvant professeur que demander de plus... 

Pour tout les amoureux de cinéma Rifkin’s festival sera un délice.

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Eugène Leroy au Musée d'Art Moderne de la ville de Paris

15 Mai 2025, 06:52am

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Paris, juin 2022, photo B.A

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PISE, TOUR ET ALENTOURS

15 Mai 2025, 06:43am

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Pise, Italie, aout 1985

 
 

 

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DENT D'OURS, HANNA DE YANN & HENRIET

15 Mai 2025, 06:40am

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Je vous ai déjà dit tout le bien qu'il fallait penser du premier tome de "Dent d'ours" (voir le billet: Dent d'ours, Max de Yann & Henriet) quelques chose comme un mélange de Buck Danny (dont Yann était un lecteur assidu) et de Pierre Joubert. Le deuxième tome n'est pas inférieur au premier. Il y en aura un troisième. Chaque album est centré plus sur un des trois héros de l'histoire. Dans celui-ci nous voyons surtout Hanna même si Max est encore très présent. En revanche Werner en est presque absent.

 

 

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Le premier album, sous-titré Max, racontait essentiellement l'amitié entre trois enfants au début des années 30 en Basse-Silésie. Ce deuxième volet est principalement axé sur la guerre, même si nous y découvrons l'épisode fondateur de toute cette histoire, datant de 1934, qui en donne son titre. La trame de ce deuxième volet est particulièrement dramatique. Max, Pilote d'exception engagé dans l'US Air Force pour combattre les nazis, Max dit « le Polak » a pour mission d'abattre Hanna Reitsch, pilote d'élite de la Luftwaffe. Une mission à hauts risques, qui implique pour Max d'infiltrer l'armée ennemie et d'affronter son propre passé. Car avant de devenir une cible, Hanna était son amie d'enfance... 

 

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L'album met en lumière deux chapitres assez peu connus de la seconde guerre mondiale, tout du moins en France. D'une part, l'existence d'une très active résistance polonaise, "L'Armia Krajowa" bien plus efficiente que la Résistance française. Par exemple un de ses grands faits d'arme fut de récupérer un V2 qui était tombé sans exploser peu loin de sa rampe de lancement, de le cacher dans les marais avant de la faire voyager jusqu'à Londres. Ainsi les alliés purent l'étudier. 

Et surtout d'autre part "Dent d'ours, Hanna" nous fait visualiser deux de ces armes secrètes, le V4 et  le Triebflügel, concoctées par les nazis pour renverser la situation militaire en 1944 et 45 qui alimentèrent la propagande de Goebbels et laissèrent croire à l'opinion étrangère et allemande, que l'Allemagne pouvait encore retourner le sort de la guerre.

 

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une image de Mario Merino qui a sans doute beaucoup inspiré Henriet

 

Ce qui est bluffant dans cette série c'est la qualité (et la rareté) de la documentation des auteurs. Même s'ils ont pris, volontairement ou non des libertés avec la réalité historique. La principale est de mettre en scène l'avion Triebflügel.

 

 

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Sur un projet du professeur Otto von Holst, l’ingénieur Otto von Pabst et le constructeur aéronautique von Halem conçurent un chasseur ADAV appelé Triebflügel. L’utilisation, en l’extrémité de pale, de statoréacteurs de type Lorin (c’est-à-dire dépourvus de pièces mobiles) de 840 kp de poussée chacun, aurait permis d’annuler le couple induit et donc de s’affranchir du deuxième rotor. L’aile-rotor tripale (Triebflügel) devait tourner sur des roulements autour d’un tube placé au niveau du centre de gravité du fuselage de l’appareil. Les moteurs Lorin ne fournissant une poussée qu’à partir d'une vitesse minimum de 300 km/h, des moteurs-fusées de type Walter montés en supplément devaient donner au rotor la vitesse de rotation initiale nécessaire. Le régime devait atteindre 220 tr/min et la vitesse maximale 1000 km/h. Yann les a dessinés prenant part à un dantesque combat aérien, alors que cet avion n'a existé qu'à l'état de maquette. Ce qui donne un léger parfum d'uchronie à l'album.

 

 

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Deux photos de V4

 

En revanche le V4 a bel et bien existé À partir du printemps 1944, une version pilotée du V1 appelé V-4 est projetée et des exemplaires modifiés conçus et testés, notamment par Hanna Reitsch qui est un des trois personnages principals de la série. Répondant au nom de code Reichenberg, aucun de ces prototypes ne fut utilisé pour le combat. Dans cette version, le pilote doit amener le V1 sur l'objectif et sauter en parachute à environ 1000 m de l'impact. En raison du peu de temps pour effectuer l'éjection, qui est entièrement manuelle à l'époque, ce type de mission s'apparente à un suicide. C'est à partir des V4 que les Allemands ont fournis aux Japonais des données leur permettant commencer à développer un projet d'avion suicide, le Kawanishi Baika. Une version biplace du V4 a même été prévue pour l'entraînement des pilotes. L'atterrissage était prévu avec un ski placé sous le fuselage. C'est ce que nous voyons à la fin de l'album. Anna parvient à poser non sans mal un de ces prototypes.

 
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un Kawanishi Baika photographié par mes soins au très intéressant et émouvant musée du sanctuaire Yasukuni

 

L'un des personnage pricipaux de "Dent d'ours", Hanna Reitsch a existé et a été une célébrité en son temps. Mais la Hanna des albums n'est pas complètement la Hanna de l'Histoire, comme le Dartagnan de Dumas s'éloigne du véritable personnage historique. Il est a noter qu'il n'est pas banal de prendre pour héroine d'une série de bande dessinée une icône du nazisme!

 

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Adolf Galland et Hanna

 

Mais comme le déclare Yann, il ne raconte pas la véritable vie d'Hanna Reitsch: << Inutile d'ouvrir une encyclopédie pour connaitre la fin de l'histoire! Ce qui m'intéressait le plus c'est la jeunesse d'Anna. Une jeunesse dont on sait très peu de chose. Et où je peux donc lui faire vivre avec Max et Werner toutes les aventures qui me plaisent.>>.

 

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Outre Hanna Reitsch, apparait dans "Dent d'ours Hanna" Adolf Galland, le plus célèbre pilote de chasse allemand. Le général galland fut limogé de tous ses commandements en janvier 1945 par Goring. Je vous conseille son livre "Jusqu'au bout sur nos Messerschmitt (tout un programme). C'est un peu le pendant allemand au "Grand cirque" de Clostermann. Le livre est paru aux éditions "J'ai lu", dans la célèbre série "Leur aventure", ( n° A3) avec leur belle couverture sur fond bleu roi. Dans ce livre on apprend que les nazis avait envisagé de confier une version réduite du Messerschmitt 262 à << des gamins de dix sept ans, qui sans aucune instruction digne de ce nom, allaient se lancer à l'assaut des phalanges ennemies. Grâce à dieu, on nous épargna ce massacre.>> (page 374). C'est à peu près ce qui est dessiné par Henriet. henriet réussit à faire passer les sentiments de Galland qui n'était pas contrairement à la véritable Hanna Reitsch un jusqu'auboutiste. Yann dessine un Galland très ressemblant aux photographies d'époque qu'on connait de lui. Galland comme il est fortement suggéré dans l'album aurait eu des vues fort peu militaire sur Hanna Reitsch qui n'aurait pas cédé!  

 

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LA VIE D'ADÈLE UN FILM D'ABDELLATIF KECHICHE

15 Mai 2025, 06:36am

 

 

On parle couramment de tranches de vie à propos d'un film ou d'un roman, il faudrait plutôt parler ici de pain de vie, tant le cinéaste nous fait sentir, sans aucun artifice de maquillage, à peine un changement de coiffure, le temps qui passe et qui corrode l'amour. Cette histoire d'amour entre Adèle et Emma se déroule sur une période de cinq à six ans; alors que le tournage aurait duré cinq mois. Lorsque Adèle rencontre Emma, elle n'est encore qu'une lycéenne de 17 ans (Emma doit avoir quatre à cinq ans de plus) et à la dernière image on vois Adèle devenue une femme cramée d'avoir connu le grand amour. On sait en la voyant s'éloigner seule, dans une rue de Lille, que quoi qu'il arrive désormais dans sa vie, elle ne connaitra plus un amour d'une telle intensité. Celui qu'elle a connu avec Emma elle l'écrira toujours avec un A majuscule.

Le but d'un cinéaste est-il de faire que le spectateur oublie qu'il est au cinéma et que ce qu'il regarde n'est pas joué mais qu'il observe un morceau de vie. Si c'est le cas Kéchiche y a parfaitement réussi et devient avec « La vie d'Adèle » un maitre. Le maitre du cinéma naturaliste, façon Pialat. Il y parvient si bien que l'on entre complètement en empathie avec Adèle au détriment d'Emma à laquelle on ne peut qu'en vouloir d'avoir casser le charme (hypnotique pour le spectateur) de son amour pour Adèle.

Je sais gré à Kéchiche d'avoir si bien montrer la jouissance au cinéma. C'est beau l'orgasme. Et puis pour qui n'est pas lesbienne c'est instructif, surtout pour un pédé, est-ce ainsi que les femmes jouissent? Je met un point d'interrogation car à la sortie de la salle j'entendais deux lesbiennes (c'est moi qui le subodore à l'écoute involontaire de leur conversation) qui disaient que c'était là l'amour lesbien filmé par un hétéro. Ah entendant cela j'ai compris la limite de ma critique, du moins sur ce point précis, n'étant ni lesbienne, ni hétéro, nul n'est parfait... Mais néanmoins je ne crois pas qu'il faille être homo pour pouvoir filmer les homos. Et puis je me doute que les lesbiennes ne jouissent pas toutes de la même manière, pas plus que les pédés aient les mêmes pratiques sexuelles ou que les hétéros fassent l'amour tous de la même façon...

 

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Une chose me paraît certaine, il y a désormais pour la représentation à l'écran de l'amour physique un avant et un après « La vie d'Adèle », où plus exactement il m'a semblé que pour la première fois on voyait le plaisir sexuel au cinéma, mais également le plaisir de manger, le plaisir de voir (belle scène au musée de Tourcoing) et le plaisir d'apprendre et de transmettre. Les scènes de classe sont remarquables. En un mot La vie d'Adèle est d'abord un film hédoniste.

Jamais auparavant devant une scène de sexe à l'écran je n'avais fait l'amour dans ma tête, comme je l'ai fait aujourd'hui, non avec un des acteurs (ou les deux) du film, mais avec un de mes anciens amants. C'est une expérience troublante, une sorte de dédoublement du temps et de la personnalité que j'ai subi durant ces longues scènes de sexe du film.

 

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J'ai été très impressionné par la beauté de ces corps de femmes emmêlés que le plaisir transfigure.

Ce qu'il y a de plus magique dans « La vie d'Adèle » c'est de nous faire le témoin de la transformation d'Adèle qui dans les premières séquence est une lycéenne quelconque et après sa rencontre avec Emma, épanouie par l'amour et comblé par le plaisir physique s'est métamorphosée en une belle jeune fille désirable et donc désirée.

Mais peut être encore plus impressionnant que le filmage du plaisir sexuel est celui du temps qui passe sur l'amour. La vie d'Adèle m'a enfin fait comprendre pourquoi on vieillit rarement avec son grand amour. Même si c'est une question encore beaucoup plus tabou que le représentation de la communion sexuelle dans une relation homosexuelle (et hétérosexuelle)...

 

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Je pense qu'il ne faut évacuer la notion d'homosexualité dans cet amour. Je ne crois pas que le film aurait été semblable si Adèle s'était éprise d'un jeune homme. L'image de l'hétérosexualité et surtout du couple hétérosexuel que donne « La vie d'Adèle » est très négatif. C'est celui d'un terne enfermement convenu que vivent les parents respectifs des deux filles.

Si on ne peut que louer l'abnégation des deux actrices principales, Léa Seydoux (que j'ai découverte dans La belle personne, le film de Christophe Honoré ) et surtout Adèle Exarchopoulos qui est dans chaque scène et presque dans tous les plans, quelle trouvaille de la part de Kéchiche, il ne faudrait pas oublier celle de leurs faire-valoir. Car tous les autres personnages, joués tous à la perfection, ne sont que des clichés de médiocres qui mettent d'autant en lumière la qualité des deux jeunes femmes. C'est à mon sens un des seuls défauts du film d'avoir fait des personnes qui gravitent autour du couple des caricatures, surtout dans la deuxième partie; si bien que l'on ne comprend pas comment Emma et Adèle peuvent accorder la moindre estime à de tels ringards. C'est un tour de force des comédiens que de rendre crédible ces navrants personnages. Je pense en particulier à Aurélien Recoing qui en une scène campe d'une manière magistrale le père bas de plafond, comme un ciel de Lille, d'Adèle et à Salim Kéchiouche parfait en dragueur maladroit qui en deux scènes fait exister la personnalité indigente de son personnage. Certes chaque personnage sonne juste, mais leur juxtaposition en fait une caricature de la société française de 2013.

 

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Je crains que les scènes époustouflantes de sexe occulte bien des choses que dit le film, sur la société française (et sur le cinéaste). Première remarque Kechiche n'est pas tendre avec ses coreligionnaires, les deux figure « d'arabe » ne sont guère valorisante, il y a d'abord la copine d'Adèle, véritable harpie homophobe puis Samir, interprété par Salim Kéchiouche, dragueur macho pas méchant mais particulièrement bête, mais « les gaulois » ne sont pas gâtés non plus... Le regard acerbe de Kéchiche traverse toutes les classes de la société, le père prolo d'Adèle est tout aussi regrettable que le pérorant directeur de la galerie dans laquelle expose Emma.

 

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Ce que montre le film au delà de la médiocrité de l'entourage est un la fois une totale impudeur, lorsque les copines de classe d'Adèle lui font subir un véritable interrogatoire sur ses pratiques sexuelles et amoureuses et un formidable égoïsme et manque total de civilité lorsque les parents bourgeois d'Emma pour recevoir l'amie de leur fille concocte un repas composer de fruits de mer sans s'enquérir des goûts d'Adèle. Deux situations qui étaient impensables au temps lointain où j'avais l'âge des deux amoureuses. Cela en dit beaucoup sur la dérive sociétale de la France. Mais qui le verra.

 

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Seul semblent être sauvé au yeux du cinéaste les jeunes du moins certains, d'abord les camarades de classe d'Adèle et surtout dans la deuxième partie du film, les enfants dont s'occupe Adèle, devenue institutrice, sont regardés avec bienveillance par Kéchiche. Mais qu'ils sont laids ces moutards! Avec les séquences d'Adèle en classe lorsqu'elle est lycéenne puis la même, quelques années plus tard, toujours dans une classe, mais cette fois institutrice de cour préparatoire apprenant aux enfants à lire, peu de film m'aura fait voir que contrairement aux apparences je n'habite plus le pays dans lequel je suis né... J'ai remarqué que la classe du lycée est plus calme de celle du cour préparatoire où les enfants semblent incapable de se concentrer.

 

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Les deux séquences scolaires, chacune dans une partie du film sont filmées en miroir. Cette construction se retrouve plusieurs fois par exemple à la première discussion en été, entre les deux filles sous le magnifique magnifique platane du parc public, répond l'endormissement mélancolique sous le même arbre en une après midi automnale, à la fête chez Adèle et Emma, lorsqu'elles sont heureuses en couple fait écho celle du vernissage qui clôt le film. Mais est-ce vraiment la fin, le sous titre de « La vie d'Adèle », partie 1, partie 2 peut faire penser que le cinéaste envisage de tourner une partie 3, une partie 4...

 

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Certaines scènes sont d'une très grande maîtrise, notamment dans cette façon presque gênante de ne jamais lâcher le regard des personnages, de transiter de l'un à l'autre, de coller au plus près des visages pour déceler une vérité profonde. Ce qui fait queLe cinéma de Kechiche n'est pas agréable ou confortable dans son regard sur l'autre.

 

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Ce que l'on voit à l'écran se sont des séquences dont certaines sont étirées jusqu'au malaise (encore Pialat), mais ce qui est aussi important c'est ce qui n'est pas sur l'écran. Kéchiche pratique aussi l'ellipse sauvage. Si on ne voit plus les parents d'Adèle dans la deuxième partie du film, on se doute que c'est parce qu'il y a eu rupture avec leur fille. Mais contrairement à la bande dessinée dont le film est vaguement inspiré (Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh), le cinéaste a choisi de ne pas montrer cette scène. Autre ellipse qui a provoqué mon interrogation, celle où l'on passe d'Adèle dévastée après sa rupture avec Emma à Adèle lors de la fête de fin d'année de l'école où elle est institutrice. Comment a-t-elle terminée sa nuit de cauchemard après avoir été jetée par Emma, comment s'est-elle réorganisée alors que visiblement elle a coupé les ponts avec ses parents? Autant de questions que le spectateur, qui colle depuis le début du film à Adèle, ne peut que ce poser. Petite frustration pour le gay que je suis de ne pas voir plus développer le personnage du meilleur ami d'Adèle, très bien joué par Sandor Funtek que l'on suppose gay. Certainement à cause de scènes coupées au montage, on n'est mis face à la proximité des deux adolescents sans préambule explicatif.

 

 

 

Le brillant chef opérateur, Sofian El Fani filme constamment caméra à l'épaule, mais avec relativement peu de mouvements des caméras, avec peu de plans larges mais en restant souvent très prés des acteurs d'où un grand nombre de plans moyens, pour les scènes de sexe et de gros plans pour toutes les scènes d'intimité. La plupart des scènes ont été tournées en deux caméras. Sofian El Fani a privilégié les couleurs chaudes. Le cadre est soigné. Petite critique pourquoi avoir laissé quelques reflets parasites à l'image alors qu'aujourd'hui il est facile de les éliminer numériquement.

Depuis longtemps on avait pas vu un film ayant une palme d'or cannoise aussi riche, profond et novateur. 

 

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JEUNE PÊCHEUR SUR LA PLAGE DE PALMI, ITALIE

11 Mai 2025, 09:26am

 

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Palmi, Italie, aout 1985

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