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Alechinsky de A à Y à Bruxelles

10 Mai 2025, 06:41am

 

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alesaffLa rétrospective Alechinsky  de A à Y est l’exposition de la fluidité, fluidité bien sûr du traits et de la peinture, presque toujours de l’acrylique, sur les œuvres, mais aussi fluidité de la circulation dans l’exposition où chaque dessin, chaque toile respire, fluidité  des thèmes puisque l’on va de fleuves en cascades, de calmes navigations en naufrages. Il faut louer les organisateurs qui nous proposent une vraie rétrospective, quasiment exhaustive, aussi bien des manières que des matières tout en étant digeste. Ni les dessins, ni les multiples ne sont oubliés, et quelle bonne idée de nous amener à l’exposition par un couloir dans lequel sont fixées les nombreuses affiches que l’artiste à illustrées, pour ses expositions, mais surtout pour des causes les plus variées. Dès sa série des métiers fantasmagoriques de 1948 on voit que c’est par le graphisme que l’artiste va se construire. Nous découvrons ensuite les peintures du jeune artiste et sa participation active au groupe CoBrA. Acronyme pour Copenhague, Bruxelles, Amsterdam, en 1948 le danois Jorn, les néerlandais Appel et Constant et les belges Dotremont et Noiret fondent le groupe à Paris. Ils veulent libérer la création des dogmes alors puissants aussi bien de ceux de l’abstraction géométrique que de ceux du réalisme socialiste. Bientôt d’autres peintres les rejoignent dont en 1949 Alechinsky, natif de Bruxelles en 1927. Il participe en 1949 à la première exposition Cobra  organisée par Willem Sandberg au Stedelik Museum d’Amsterdam. Cette période est représentée par des gouaches et des lithographies faites aux Ateliers du Marais à Bruxelles. Mais cette période représente peu de pièces, il est alors bien trop occupé à imprimer la revue Cobra (il a étudier la typographie à l’Ecole nationale supérieure d’architecture et des arts décoratifs de Bruxelles) dont le tirage culminait à 500 exemplaires. “Cobra fut mon école confiait-il en 1961 à “L’oeil”. Mais en 1951 c’est Alechinski, resté seul à Bruxelles, qui prend l’initiative d’annoncer en quatrième de couverture du numéro 10 de Cobra que c’est le dernier numéro de la revue.  Il part à Paris, où il retrouve Corneille et Appel, pour perfectionner sa technique de graveur.

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Dans la fourmilière qui date de 1954 on perçoit la prolifération qui sera une constante de ses tableaux. Cette haine du vide qui le pousse à couvrir toute la surface sur laquelle il peint influencera un autre artiste du plein Keith Haring lorsqu’il découvrira les peintures de son aîné.
Son intérêt pour les signes, le conduit au Japon dont il rapporte un film “Calligraphie japonaise” dont on peut voir des extraits dans l’exposition. A son retour en Europe son œuvre s’éloigne peu à peu de l’informel. Selon les périodes les tableaux sont habités par des figures récurrentes, aucunes ne déserteront définitivement le travail d’Alechinsky. Ce sont d’abord des monstres puis les volcans et vers les années 80, le disque, quant au serpent véritable totem du peintre voici plus de cinquante ans qu’il repte de toile en toile.

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Nous cheminerons ainsi à la poursuite du reptile jusqu’aux dernières création où l’on ne décèle aucune marque de fléchissement.

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L’ excellence du choix des tableaux et leur nombre raisonnable nous permet de faire la synthèse de cette œuvre cohérente sans avoir une indigestion de peinture comme c’est trop souvent le cas dans ce genre d’exercice.

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Est ce un hasard ou une volonté des organisateurs belges, mais le visiteur habitué de l’oeuvre d’Alechinsky qui a eu la chance de parcourir la précédente et belle rétrospective Alechinsky au Jeu de Paume voici déjà dix ans, a le plaisir de découvrir d’autres tableaux important du peintre, si bien qu’il y a assez peu de doublons dans les deux riches catalogues de ces manifestations. Même si bien sûr nous retrouvons quelque toiles incontournables comme “Les grands transparents” ou celle judicieusement choisie pour l’affiche: “Central park” qui date de 1965 et qui est la première où apparaît la manière, aujourd’hui emblématique de l’artiste: Un tableau central, souvent de couleurs vives, entouré de cases sur un ou deux rang, un peu comme un mandala de bandes dessinées, presque toujours en noir et blanc, ce que l’artiste nomme ses “remarques marginales”.

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Il joue constamment du contraste entre le centre au couleurs stridentes et le noir et blanc des cases du pourtour. Le centre comme la périphérie du tableau sont peints à l’horizontal (comme le faisait Pollock, (on ne sera pas surpris de relever une parenté entre un tableau comme “Les grands transparents” et le travail du peintre américain) à l’aide d’un pinceau au long manche qu’Alechinsky trempe dans l’acrylique pour déposer ensuite la peinture d’un geste souple, hérité de son ancien apprentissage de la calligraphie japonaise, sur le papier. Les différents éléments seront ensuite agencés puis marouflés sur une toile pour donner le tableau définitif. Nous voyons ces opérations dans un film qui est projeté sur un écran suspendu au beau milieu de l’exposition, ce qui est une bien meilleure idée, que comme à l’habitude reléguer un tel film dans une petite salle annexe.

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Les grands transparents, 200x300cm, 1958

Le peintre aime à rappeler prosaïquement ce qu’il doit à ses particularités physique. C’est un gaucher contrarié qui écrit de la main droite mais peint de la main gauche: << Ils m’ont laissé la main gauche pour le dessin, les menus travaux>>.
On s’amusera, il y a de la gravité dans la production d’Alechinsky, mais surtout beaucoup d’humour, à suivre les quelques figures récurrentes qui habitent les toiles de l’artiste, comme le serpent, le volcan ou la pelure d’orange...

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Autres surprise ludique celle de retrouver la pratique enfantine qui consiste a apposer une feuille de papier sur un objet plat comportant de petites excroissances puis de crayonner avec légèreté  toute la surface de la feuille, n’apparait alors que les parties en relief de l’objet. L’artiste a appliqué ce procédé non à des piécettes comme nous le faisions dans notre enfance mais à des... plaques d’égout!

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A la recherche de beaux papiers originaux il investit des cartes marines sur lesquelles des mers et des continents il fait surgir des images inquiétantes ou cocasses (la présence de la carte, de la vue de dessus est permanente tout au long de la carrière d’Alehinsky, “Central park n’est il pas une sorte de plan?). Il s’empare aussi de vieux livres de compte et d’anciennes factures faisant naître des personnages drolatiques des en-têtes, des estampilles et des ornements de ces papiers commerciaux.
Ce grand voyageur comme l'atteste sa tranquille obsession des cartes et des navires n'a pas oublié sa jeunesse belge comme en témoigne son gilles et son hommage à Ensor.

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Une rétrospective en forme de labyrinthe aéré où il fait bon musarder et dont l’on ressort les yeux et l’esprit en fête.

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Bruxelles, février 2008, photo B.A


 

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PAESTUM, ITALIE

10 Mai 2025, 06:34am

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Paestum, Italie, aout 1985

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LE REBELLE un film de Gérard Blain

9 Mai 2025, 16:00pm

France, 1980, 1h45
Réalisation: Gérard Blain, Scénario : Gérard Blain & André Debaecque, image: Emmanuel Machuel, son & mixage: Alex Pront, montage: Jean-Philippe Berger, musique : Catherine Lara
Avec Patrick Norbert, Michel Subor, Nathalie Rosais, Jean-Jacques Aublanc,  Françoise Michaud, Alain Jérôme, Robert Delarue, Germaine Ledoyen
Résumé
 
Pierre (Patrick Norbert) 20 ans, orphelin de père, il est mort d’un accident du travail, ne vit que pour le bien-être de sa petite sœur Nathalie (Nathalie Rosais), avec qui il vit seul, la mère se meurt à l’hopital. Le jeune homme  pourvoit à leurs besoins en commettant divers méfaits. Au cours de l'un d'eux, il fait la connaissance d'un riche promoteur homosexuel, Hubert Beaufils (Michel Subor). Il rencontre aussi bientôt un groupe de gauchistes qui l’incite à se lancer dans le combat révolutionnaire. A la mort de la mère, il doit pourtant obligatoirement trouver du travail pour conserver la garde de Nathalie… Il fait alors appel à Beaufils, qui lui propose son aide en échange d'une relation homosexuelle avec lui, ce que Pierre refuse catégoriquement. Peu après, il abat Beaufils en pleine rue. Nathalie, quant à elle, est placée dans une institution près de Calais, où Pierre va lui rendre visite...
 
L’avis critique
 
 
Avec Le Rebelle, on peut dire que Gérard Blain a tourné à la fois son premier film qui n’est pas directement autobiographique, on dirait aujourd’hui autofictionnel, mais aussi celui qui est le plus près de l’essence de l’homme qu’il était.
Quand je pense à Gérard Blain, ce qui m’arrive souvent (je lève mon verre de Whisky à ses mânes), le premier mot qui me vient à l’esprit est celui de rebelle. Dans son film qui a pour tite ce mot emblématique, est contenu toute la colère qui le consumait (il faudrait prononcer le mot colère avec la force, l’accent, la voix de Félix Leclerc...). Il fait dire à son héros ce qui aurait pu être sa devise: « Faut pas pleurer…Faut se battre ! »
Comme toujours dans les films de Blain, l’amour est le grand sujet, et comme toujours, il est empêché; le frère et la sœur, orphelins, seront séparés à la fin.
Pierre, comme le Paul du Pélican, le François de Jusqu’au bout de la nuit, est un hors la loi, rongé par une solitude intérieure, en révolte contre ceux qui possèdent argent et pouvoir. Il est indéniable que Blain se voyait, se vivait ainsi. Ne disait-il pas: << Avec la société, depuis que je suis né, je suis en état de légitime défense. >>
Ce serait un contre sens complet de faire de Gérard Blain un homophobe à partir de la figure de Beaufils (Michel Subor). Ce dernier n’est que le revers d’une médaille dont l’avers est le Philippe des Amis ( Philippe March ), archétype de l’éraste généreux. Beaufils est un prédateur, qui enlève, détruit, profitant de sa puissance financière pour exploiter, ici sexuellement, le faible. Alors que Philippe ajoute, construit, façonne. Il utilise son argent pour élever son jeune ami et pour faire taire la mesquinerie. Il est l’Homme accompli, alors que le personnage joué par Claude Cernay, autre figure homosexuelle dans l’oeuvre du cinéaste, dans Un enfant dans la foule, trop timoré n’est qu’ un reflet médiocre de Philippe... On peut penser, à leurs mines, que Beaufils est un parvenu, alors que Philippe est un aristocrate ou du moins issu d’une vieille famille de bien... S’il le voulait Beaufils pourrait agir comme Philippe, il en a les moyens, la comparaison avec Philippe ne fait que renforcer le dégout que le familier de l’oeuvre de Blain éprouve pour lui, et renforcer son empathie avec Pierre. Une fois de plus on constate que les personnages des films de Blain se répondent, s’enrichissent lorsqu’on les frotte l’un à l’autre.
On peut aussi considérer que les héros masculins principaux de ses films constituent un seul et même personnage dont on suit d’un film à l’autre la détresse, les évolutions, les révoltes, les quêtes; par exemple le personnages de Régis (Paul Blain), dans Ainsi soit il, est semblable au Pierre du Rebelle, en tuant l’assassin de son père. Gérard Blain, une ultime fois dans son oeuvre, dénonce le pouvoir exorbitant de l’argent.
A la manière d’Ozu, Blain part d’une situation intime, presque toujours douloureuse, qu’il parvient à sublimer à force d’épurer son style cinématographique. Comme le grand japonais, le français n’a repris dans ses huit films que des thèmes et des schèmes qui le hantaient, la mort, la famille, les rapports de domination...
La sœur est un personnage récurant dans la cinématographie du réalisateur. Comme le personnage de l’ainé homosexuel, elle a deux représentation diamétralement opposée. Elle est l’ennemie, celle qui est privilégiée et aimée par la mère, dans Les amis et Un enfant dans la foule; ou, au contraire, la complice attentionnée, dans Le second souffle et même, comme ici, l’être vénéré. 
Encore plus que dans Les amis ou dans Un second souffle, dans Le rebelle, le corps est omniprésent. C’est son corps, vécu comme un enjeu sexuel, qui mène Pierre à l’irréparable... On a le sentiment que chaque mouvement coûte un effort au garçon comme s’il était beaucoup plus pesant que son image le laisse penser. Pour cela le réalisateur a demandé à son acteur d’économiser ses gestes. Cette gestuelle minimaliste est encore plus ressentie par le spectateur du fait que les acteurs, et en particulier Patrick Norbert, s’expriment d’une façon atonale et parfois répétitive; en particulier pour le oui qui devient oui oui chez les dominés. C’est alors plus une marque de faiblesse qu’un signe d’assentiment.
Toutes les personnes qui apparaissent à l’écran sont filmées de la même manière qu’ils soient des figurants ou des premiers rôles, presque toujours frontalement, de manière a privilégier le regard. Le champ contre champ est rarissime dans le cinéma de Blain. C’est également pour traquer l’intériorité de ses acteurs qu’il privilégie les longs plans fixes. On peut en remarquer un particulièrement long, de près d’une minute! quand Pierre se restaure lors de son effraction chez Beaufils. 
Le cinéaste se souvenait du tournage du Rebelle: << Celui qui m’a donné le plus de mal à diriger c’est le gars du “Rebelle”. Cela a été un véritable bras de fer pendant tout le film! Il avait fait un film avant et heureusement que je ne l’ai pas vu, parce que je ne l’aurais pas pris. Il avait une tendance à jouer, à extérioriser trop, à jouer des sourcils. Je lui demandais toujours de jouer simple. Mais il est formidable dedans.>>
 

 

Si Pierre refuse le travail, s’il vole c’est parce qu’il est dévoré par une révolte indescriptible (il n’ a pas les mots pour formuler sa colère), une révolte sur laquelle les discours politiques ne peuvent avoir aucune prise, sa révolte est primitive et absolue. Elle n’est pas intellectuelle, elle est viscérale Gérard Blain considérait Pierre comme le personnage le plus moral de son oeuvre. C’est un personnage tragique à la recherche de son épanouissement mais barré par la puissance égoïste de l’argent (le seul déterminisme dans le cinéma de Blain est le déterminisme économique). Sa soif de justice l’empêche de s’intégrer à la société. Il est plus marginalisé que marginal. D’où la violence désespérée mais instinctive de sa réaction. Pierre abat Beaufils de manière purement instinctive. Pierre c’est Gérard Blain tel qu’il se rêvait. 
Avec des armes qui ne sont qu’à lui, son sens de l’ellipse, sa constante préoccupation du son pur, les films de Gérard Blain ne sont jamais en son direct mais toujours intégralement post synchronisé, concentrés de douleurs muettes, Le rebelle touche droit au coeur. Il affronte avec obstination ce qui fait l'essentiel de toute existence: le travail, le désir, le silence, la solitude, la mort. Ce cinéma saisit le réel de l'intérieur. Il répond ainsi  aux voeux de Grémillon pour qui aller au coeur des choses est la vocation du cinéaste.
 

 

Le Rebelle est un cri libertaire, pas un film politique, même si pour la première fois la politique fait intrusion dans l’oeuvre du réalisateur, où il s’agirait de mettre en images, de convertir en noeuds dramatiques une quelconque analyse partisane. Par ailleurs Gérard Blain exclut toute concession au misérabilisme et au spectaculaire. Nous somme en face d’un film musclé mais maigre qui relève plus d’un néo réalisme rossellinien que de toute autre école. Lors de sa sortie en salle Ilian Slakmon dans Positif trouvait des mots justes pour définir Le rebelle: <>. Le jansénisme de Blain intègre sa conception de l’image. Tous ses films sont tournés avec un seul objectif, un 50 mn, soit une focale moyenne. Cette rigueur intellectuelle (il détestait ce mot et n’aurait pas aimé que je lui applique) s’est aussi bien nourrie de la Nouvelle Droite que du Parti Communiste (le fait que dans le film Blain double la voix du militant communiste n’est pas anodin) ou du socialisme tricolore d’un Chevènement. Pour autant ces influences, ces compagnonages ne se sont confondus avec une de ses inspirations qui a donné naissance à l’un de ses films...
Gérard Blain était aussi un homme de fidélité, je peux en témoigner à titre personnel... Il aimait sur un plateau travailler en famille. Le Rebelle est le troisième film qu’il a co-écrit avec André de Baecque, après Les amis et Le pélican. C’est aussi la troisième fois qu’il confie la photographie d’un de ses films à Emmanuel Machuel, après Un enfant dans la foule et Un second souffle et avant Pierre et Djemila.Emmanuel Machuel  fut aussi, et ce n’est pas un hasard, assistant chef opérateur sur trois films de Robert Bresson...
 
Dans son hommage ému, Michel Marmin, scénariste de Pierre et djemila et d’Ainsi soit-il rappelle que Gérard Blain fut un compagnon de route fidèle (et inconfortable) du GRECE: << ... Dans Eléments (n°31, août 1979), l’article signé par Gérard Blain était significativement intitulé " Histoire d'une rébellion ". Il y présentait un film qu'il devait peu après réaliser, Le Rebelle (1980) justement. Je n'en étais pas le co-scénariste, mais le lecteur sera sûrement intéressé d'apprendre, au cas où il l'ignorerait, que l'un des principaux acteurs en était le chancelier du GRECE, Maurice Rollet, par ailleurs auteur de la belle chanson qui accompagne le générique du film. Parmi les projets que nous avions caressés, il en est un dont l'abandon m'a particulièrement chagriné : c'était un Don Quichotte moderne. Ce sujet qui lui allait comme un gant nous avait été suggéré par un autre rebelle dont l'amitié lui était chère : Jean Cau.>>.
 
Le tournage du Rebelle est donc contemporain de ses premières déclarations publiques et politiques ou plutôt métapolitiques, il ne cessera plus jusqu’à la fin de sa vie. En 1978, il publiait dans le Figaro, un texte intitulé Rappel à l’ordre, dont voici un court extrait: << Aujourd’hui les valeurs esthétiques sont comme les pièces détachées qu’il suffit d’assembler. La beauté ne prend plus le temps de naître sous nos yeux, puisque l’accélération et le gâchis que l’on fait de tout nous empêchent de regarder autour de nous et surtout en nous...>>. Voilà des phrases bien “raccords” avec Le rebelle. Leur actualité et leur pertinence, met en évidence combien il est utile de voir et de revoir l’oeuvre de Gérard Blain.
 

Gérard Blain

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En se promenant dans Singapour

9 Mai 2025, 15:44pm

Singapour, mars 2025, photo B.A

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Fussli au musée Jacquemart-André

9 Mai 2025, 06:39am

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Paris, septembre 2022, photo B.A

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SUR LA PLAGE DE PALMI

9 Mai 2025, 06:34am

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Palmi, Italié, aout 1985

 
 

 

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HANNAH ARENDT, UN FILM DE MARGARETHE VON TROTTA

9 Mai 2025, 06:29am

 

 

Ayant choisi le 1er mai pour allez voir, la biopic d'Hanna Arendt (1906-1975), vous vous doutez bien que je ne suis pas adepte de l'usure de semelles derrière un quelconque calicot, la plus grande surprise ne fut pas le film, mais le fait que la salle du cinéma qui le programmait était archi comble. A tel point qu'un des employés de l'établissement, juste avant la projection, est venu voir s'il pouvait encore caser deux personnes. Je n'avais pas vu cela depuis ma pré-adolescence où le cinéma de la station balnéaire où je résidait ne commençait à projeter le film en saison que lorsque tous les sièges étaient occupé. Je ne me serais jamais douté qu'Hannah Arendt et sa théorie de la banalité du mal avait autant d'adeptes à moins que Finkielkraut est donné rendez vous à cette séance à tous les thuriféraires de la philosophe... Mais je n'ai pourtant pas aperçu le résistant de France-Culture dans la salle. Ma surprise fut redoublée lorsque je m'aperçu que l'assistance ne comptait pas que des chenus mais aussi de jeunes pousses.

Pas grand chose à dire de ce film qui est néanmoins à voir, ne serait-ce pour ceux qui l'auraient oublié, de leur rappeler l'importance d'Hannah Arendt dans l'histoire des idées au XX ème siècle, tant il est d'une impeccable facture classique. Les cinéastes semblent enfin, après Spielberg et son Lincoln, s'apercevoir que le format d'un film de cinéma est trop court pour narrer toute une vie. Margarethe Von Trotta s'est ainsi concentré uniquement sur l'épisode de la couverture en 1961 du procès d'Eichmann pour le New-yorker par la philosophe ( C’est elle-même qui, malgré son inexpérience du journalisme, a suggéré à William Shawn, directeur du magazine, de la charger de cette mission). Le film s'étend sur quatre année de 1961 à 1965. Son texte où elle expose sa théorie de la banalité du mal déclencha une vive polémique mais ce qui ulcère particulièrement les juif c'est surtout qu'elle dénonce le fait que des autorités juives ont aidé à la shoah.

Très intelligemment grâce à un retour en arrière qui laisse entrevoir la relation qu'entretenait Hannah Arendt avec Heidegger (Klaus Pohl). Le film évoque avec mesure la liaison entre la jeune Hannah Arendt et son professeur. La scène de leurs brèves retrouvailles après la guerre, au cours de laquelle elle somme Heidegger de s’expliquer sur son engagement nazi, est particulièrement réussie. on comprend l'intransigeance intellectuelle d'Hannah Arendt pour qui la raison doit toujours primer sur l'émotion comme le lui a appris son maitre à penser (Heidegger n'a pas vraiment appliquer son dogme dans sa relation avec le nazisme). Ce qui peut être audible aujourd'hui était parfaitement inentendable en 1961 par la communauté juive dont beaucoup des membres étaient des rescapés des camps de concentration. C'est ce paramètre que ne pouvait du fait de sa formation intégrer dans sa manière d'exposer ses arguments sur la question du mal. Ainsi son ami Yosef Hayim Yerushalmi lui reproche d’avoir condamné en bloc tous les conseils juifs et d’avoir contribué, par cette généralisation, à l’effacement de la distinction entre victimes et bourreaux. Un de ses meilleurs amis, Kurt Blumenfeld (Michael Degan), sioniste et père spirituel d’Hannah depuis sa jeunesse, l'accuse de vouloir défendre les bourreaux du peuple juif. Il meurt sans lui avoir pardonné.

On entre et connait certains épisodes de la vie d'Annah Arendt par le biais de conversations qu'elle a avec son mari ( Heinrich Blücher, joué par Axel Milberg, l’homme de sa vie, rencontré à Paris, et qui l’accompagne dans sa fuite à travers l’Europe puis à New York, où ils se sont mariés et ont vécu ensemble pendant près de trente-cinq ans, jusqu’à la mort de Blücher)et ses amis dans lesquelles elle évoque des souvenirs comme son incarcération au camp de Gurs en 1939, alors qu'elle était réfugiée en France. Cet artifice permet à la réalisatrice de dépeindre le milieu new-yorkais dans lequel gravite la philosophe en particulier la romancière féministe américaine Mary McCarthy, interprétée par Janet McTeer, qui l’a soutenue alors qu’elle était attaquée pour ses articles sur le procès Eichmann.On voit également Hannah Arendt donner des cours à ses étudiants américains. Il faut se rappeler que grâce à la parution en 1951 de son ouvrage intitulé « Les origines du totalitarisme », Arendt était déjà en 1961, considérée comme un des grands penseurs du XXe siècle.Margarethe von Trotta réussit à filmer la pensée en train de s'élaborer.

L'interprétation est remarquable bien sûr Barbara Sukova est parfaite dans le rôle titre mais les autres acteurs ne sont pas en reste. Le choix à première vue de Barbara Sukova peut paraître surprenant car elle ne ressemble pas physiquement à Hannah Arendt mais l'intensité de l'interprétation de l'actrice fait oublier rapidement ce hiatus. L'insertion de bandes d'actualités (les images du procès d'Eichmann) est habilement fait. les images d’archives en noir et blanc sont intégrées au récit par le montage alterné avec les séquences reconstituées de la salle d’audience. Mais le tour de force est de parvenir à nous donner une idée de la philosophie d'Hannah Arendt et de Martin Heidegger.

Margarethe von Trotta en spécialiste des grands portraits de femmes fictives ou réelles, depuis L’Honneur perdu de Katharina Blum(1975) jusqu’à Rosa Luxemburg(1986) et Hildegarde de Bingen(2009) était la cinéaste la mieux à même pour réussir le portrait de cette femme intransigeante et courageuse. Margarethe Von Trotta montre bien le caractère passionné d’Arendt et sa vive intelligence, qui lui valurent autant d’amitiés que d’hostilité.

 

 

COMMENTAIRES Lors de la première parution de ce billet

C'est bien de ranimer par le cinéma des écrivains qui sont intéressants, et pas assez connus .
Voilà qui me donne à moi aussi envie de relire "La Bâtarde" et "Thérèse et Isabelle" que j'avais aimé il y a bien longtemps, et aussi "le Sabbat" de Maurice Sachs ... et envie de lire enfin René de Ceccaty, plutôt que d'aller perdre mon temps avec ce film qui à l'air bien convenu, d'après ce que vous en dites .
COMMENTAIRE N°1 POSTÉ PAR ISMAU LE 07/11/2013 À 18H53

Certes il est convenu du point de vue stylistique mais on y apprend beaucoup. Je dirais même qu'il est indispensable pour ceux qui s'intéresse à l'histoire littéraire car comme peut être je ne le souligne pas assez il a un véritable point de vue sur les évènement et les personnages. En particulier sur Simone de Beauvoir.  

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 07/11/2013 À 20H59
Je me doute bien qu'il s'agit d'un film soigné, où il y a beaucoup à apprendre . Mais je méfie des fresques sur le milieu artistique et littéraire . Je me méfie en particulier de personnages comme celui de Simone de Beauvoir, trop longtemps mythifiée . J'espère que ce film adopte un point de vue plus critique à son sujet, à la lumière entre autres de jugements réprobateurs comme celui de Michel Onfray .
COMMENTAIRE N°2 POSTÉ PAR ISMAU LE 07/11/2013 À 22H31

Le centre du film est Violette Leduc qui était tout de même impossible. Simone de Beauvoir apparait comme très bonne pour Violette Leduc avec en même temps une sécheresse et une dureté des gens qui savent ce qu'ils veulent. J'aime beaucoup les causeries d'Onfray particulièrement celles sur le couple Sartre Beauvoir, mais je trouve Beauvoir beaucoup plus intéressante que Sartre. Ele avait une grande maitrise d'elle même; ce que le film transcrit bien. Je trouve que la postérité est beaucoup plus douce pour Sartre que pour Beauvoir. Je ne comprend pas qu'elle ne soit pas par exemple dans la Pleiade alors que c'est un auteur Gallimard... (il y a bien Ponge!) Le film n'est pas manichéen même si l'image de Violette Leduc apparait comme positive mais par exemple il y a un passage où elle refuse à un ami de Sachs de signer une déclaration comme quoi elle est enceinte de lui ce qui lui aurait permis de revenir en France. L'ami de Sachs dit à Violette Leduc qu'elle le condamne à mort. Je doute d'abord qu'une telle déclaration aurait pu sauver Sachs et je ne vois pas de quel ami il peut s'agir. Mais comme pour Violette Leduc ma lecture de Sachs est ancienne... 

Je maintiens que le film vaut la peine d'être vu.    

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 07/11/2013 À 23H32
j'en sors... je m'y prodigieusement ennuyé... c'est du biopic alla francese avec toute la lourdeur hagyographique dont nous avons l'habitude... évidemment, c'est propre, c'est joli... justement, on ne voit pas d'évolution... on évolue par blocs uniformes... j'ai du m'endormir, je n'ai pas compris qui était "berthe"... Kiberlain est une fausse-bonne idée... elle n'apporte rien au personnage pourtant passionnant de Simone de Beauvoir... Py, je l'aime beaucoup au théâtre... au cinéma, il n'accroche pas la lumière... là, c'est flagrant... même Bonnafé n'est pas bon (c'est un comble) en Genet... et la musiiiiiiiiiiiiique d'arvo pärt qu'on nous colle à chaque instant... pourtant, j'aime cette musique diaphane et douloureuse... mais trop c'est trop... j'ai souffert dans ma tête et dans mon corps... :(
COMMENTAIRE N°3 POSTÉ PAR PÉPITO LE 08/11/2013 À 21H03

C'est rien de dire que je ne suis pas d'accord mais peut être que c'est un film où il faut avoir des connaissances en Histoire de la littérature française pour l'apprécier. Comme je baigne dedans depuis l'adolescence cela m'est difficile à juger. Il est peut être aussi utile d'avoir lu au moins la Batarde pour bien comprendre le film, une fois encore ayant lu presque tout Violette Leduc ainsi que Genet et Sachs mon jugement ne peut pas s'abstraire de ces connaissances. 

Py est mauvais comme toujours même au théâtre mais Bonnafé est très bon au cinéma comme au théâtre. Berthe est la mère de Violette Leduc.   

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 08/11/2013 À 21H53
Moi, je ne me suis pas ennuyée un seul instant ... une excellente surprise, que je dois à vos bons conseils ! Effectivement, ce film mérite d'être vu, et pas seulement à mon avis par les amateurs d'histoire littéraire . Je pense même que certains cinéphiles ne seront pas trop déçus ...
D'abord il est extrêmement bien joué ( même Olivier Py n'est pas si mauvais ; Sandrine Kiberlain est surprenante par la qualité de son interprétation froide et décidée de Beauvoir ; Emmanuelle Devos est excellente, très émouvante ; les autres rôles très bien aussi ... j'aime en particulier comme toujours Olivier Gourmet ) .
L'image à beau être classique, elle n'est jamais ridicule, même pas trop proprette : la chambre, les entrées et couloirs, les vêtements, et aussi les livres sont bien sales . J'ai d'ailleurs remarqué pour vous à ce sujet un petit détail d'éventuel anachronisme, chez Gallimard : des rayonnages de Collection Blanche, dont certaines tranches me paraissaient exagérément sales et vieillies pour avoir au maximum 40 ans .
Le travail de la lumière a, me semble-t-il, une certaine originalité, très soigné en tous cas, volontairement trop sombre et terne dans la première partie, pour devenir de plus en plus lumineux mais toujours juste, sans trop d'esthétisme . les cadrages et mouvements de caméra aussi : rien de remarquable mais tout fonctionne sans ostentation .
Curieusement, je trouve ce film plus émouvant et plus juste, pour parler de sentiments, d'amour et de désir, que « la vie d'Adèle », avec tout autant de sensualité suggérée, sans être montrée de façon aussi appuyée . Le corps de Violette est très présent, du bain de pieds, jusqu'à la nudité par fragments entrevus, habillé et déshabillé sans cesse, se lavant devant nous plusieurs fois, ou dans les très belles scènes de communion avec la nature . Contrairement à vous, les scènes de sexe avec son mari puis avec son amant à la fin me semblent absolument indispensables ( et d'ailleurs ne sont pas trop longues !) Même chose avec les femmes, c'est encore plus furtif, mais suffisamment bien filmé pour être intense .
Enfin, il y a une extraordinaire matière à réflexion historique sur les rapports sociaux, sur les rapports de l'argent et de la création, et surtout bien sûr sur les rapports homme-femme et la place de la femme dans la société . Simone de Beauvoir théorise tout cela, mais c'est le personnage hors norme de Violette Leduc qui ose bousculer plus encore avec la franchise de son témoignage .
Ce film a le mérite d'éclairer tout le chemin parcouru .
Il a aussi le mérite, comme vous le dites, de nous donner envie de lire ou de relire...
COMMENTAIRE N°4 POSTÉ PAR ISMAU AVANT-HIER À 18H58

Je suis content de vous avoir donné l'envie de voir ce film où effectivement on ne s'ennuie pas. Et il est intéressant d'avoir le point de vue d'une femme. Il faut songer qu'il n'y a pas encore si lontemps il était très difficile pour une femme d'ouvrir un compte en banque par exemple et que le droit de vote des femmes en France ne date que de 1945. Il ne faut pas l'oublier. On voit aussi le chemin parcouru dans les rapports homme-femme en lisant Annie Ernaux. 

Dans La vie d'Adèle, il s'agit d'un amour partagé alors que Simone de Beauvoir n'a jamais aimé Violette Leduc. Elle admirait l'écrivain mais comme il est dit dans le film on ne pouvait pas être ami (e) avec Violette Leduc. 

Vous avez parfaitement raison pour la lumière et pour le soin apporté aux décors intérieurs, mes réserves allaient aux extérieurs. 

Pour les livres de Gallimard je regarderai cela quand j'aurai le dvd (espérons un blue ray mais je ne crois pas trop à cette dernière possibilité.  

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS AVANT-HIER À 19H36
 

 

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Frisbee à La Baule

8 Mai 2025, 09:02am

La Baule, septembre 2019, photo B.A

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LETTRES À DES AMIS ET À QUELQUES AUTRES DE PAUL MORAND

8 Mai 2025, 07:09am

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Il y a bien des avantages à avoir une bibliothèque pas trop étique car j'ai toujours pensé que la lecture d'un livre, s'il était bon, en amenait forcément d'autres. C'est bien sûr le cas de la correspondance Morand-Chardonne. Elle m'a conduit à relire quelques nouvelles de Morand, bien éditées dans le bibliothèque de la Pleiade, de feuilleter « Le journal inutile » du même Morand et surtout de relire intégralement ses « Lettres à des amis et à quelques autres.

Ce dernier volume me parait être un indispensable complément à la lecture de la volumineuse correspondance Morand-Chardonne car celle-ci ne suffit pas pour avoir une juste connaissance de l'art épistolier de Paul Morand. Tout d'abord, malgré les centaines de lettres échangées entre eux, il n'y a que peu de proximité physique et intellectuelle entre ces deux hommes si dissemblables. Leur amitié me semble en réalité plus utilitaire que réelle. D'autre part leurs lettres ne couvrent que les années cinquante et soixante montrant un Morand en exil de la gloire s'adressant à un vieil homme. Chardonne s'y présente en vieillard avant l'âge à l'inverse de Morand qui lutte pied à pied contre les maux de la vieillesse. Morand n'y montre pas son meilleur profil. Il n'y a que peu d'élans du coeur dans les échanges avec Chardonne, alors qu'il n'en est pas avare pour ses autres correspondants. Peut être aussi qu'il se surveille plus lorsqu'il écrit à Chardonne qu'avec ses autres interlocuteurs, sachant que ces lettres seront publiées. « Dans Lettres à des amis... », recueil concocté par Ginette Guitard-Auviste, par ailleurs biographe de l'écrivain, on trouve une centaine de lettres de longueurs variables adressées pour la plupart à des proches dont la diversité est significative (Nimier, Laval, Michel Déon, Jean Giraudoux, Antoine Blondin, Valéry Larbaud...) des multiples intérêts de Paul Morand. Quelques une sont aussi rédigées pour des raisons professionnelles. Les lettres sont classées selon l'ordre alphabétique des noms des destinataires, de Pierre Benoit, pour lequel il éprouve une indéfectible amitié qui ne prendra fin qu'à la mort de l'auteur deKœnigsmark., à Marcel Schneider, homosexuel flamboyant auquel l'homophobe Morand lèguera sa... garde-robe! Chacun de ceux-ci bénéficie d'une présentation à la fois courte et sagace. Ce livre est un modèle d'édition dont aurait bien du s'inspirer les éditions Gallimard pour la correspondance Morand-Chardonne. Dans les « Lettres à des amis et à quelques autres » nous découvrons un tout autre Morand que dans celles à Chardonne. Ces lettres sont écrites sur une très longue période, presque soixante dix ans. Parfois elles s'adressent à de toutes jeunes personnes ainsi celles à Josette Day (1914-1978), l'héroïne de « La belle et la bête », dont Morand a fait sa maitresse alors qu'elle n'avait que seize ans! En 1933, elle en a alors 19 ans, Morand termine une de ses lettres par: << Je jette mon manteau à tes pieds à l'espagnole, et je me place sous ta fenêtre, prêt au baiser ou au pot de chambre.>>. Dans une autre missive, on voit que Morand est un véritable pygmalion pour la jeune femme. Il lui envoie toute une liste de livres à lire. On y voit combien Morand a un goût sûr et combien il est libre des contingences historique et politique et dans ses choix littéraire combien il sait faire taire ses préjugés. Parmi les ouvrages recommandés, on trouve « Les célibataires de Montherlant, « Le paysan de Paris d'Aragon, « Le feu » du communiste Barbusse, « Les enfants terribles » de Cocteau, « Les faux monnayeurs » de Gide, « Leviathan » de Green, « Mon ami » de Toulet... Josette Day, devenu Josette Solvay est un des personnages récurrents de la correspondance Chardonne-Morand; mais 25 ans plus tard, elle est devenu percluse de millions et gorgée de champagne...

On découvre donc un Paul Morand prévenant pour ses amis, n'omettant pas de leur rapporter des cadeaux de ses périples, en 1934 un short pour Josette Day, en 1958 un chandail pour Michel Déon... Mais c'est sans doute dans les lettres à son ami Kleber Haedens (si vous ne avez pas lu cet auteur, précipitez vous sur son roman autobiographique « Adios », un des livres les plus émouvants sur le couple.) qu'il surprendra le plus ceux qui n'ont lu que ses lettres à Chardonne (Les lecteurs de ses impérissables nouvelles seront moins étonnés). En particulier par ses recommandations qu'il fait à cet autre anglophile qu'est Haedens lors de ses visites à Londres pour cause de Tournoi des cinq nations (elles sont six aujourd'hui), ils échangent des considérations sur le rugby dans presque chacune de leurs lettre: << Je reviens de Londres. Arrêtez vous – si ce n'est déjà fait – à votre prochain voyage, aux confins de Soho, derrière Regent street, dans Carnaby str. C'est là que s'habillent et se créent les Beatles. >>, << Lorsque vous irez à Londres, il faut voir le Ad lib. Club, dans Leicester Sq. Traduction latine d'A gogo où les mods se heurtent aux rockers.>>; ces conseils sont écrits en 1964 et 65. Morand a alors 76 et 77 ans!

Cette sélection ne peut que donner l'envie d'en connaître plus car il est bien évident que Morand a écrit de nombreuses autres lettres à commencer par celles envoyées à Nimier (Il y en a quelques une dans le présent recueil) dont l'édition serait finalisée mais ne sortirait en raison de la décision de la fille de Nimier...

COMMENTAIRES Lors de la premiere parution de ce billet

Ce qui m'étonne plus encore que la personnalité de Paul Morand c'est la vôtre, de par sa gloutonnerie de lecture que je qualifierais de tératologique si ce grand mot, évidemment humoristique, ne risquait pas de vous vexer alors qu'il est bien sûr d'admiration - et de stupéfaction. En effet je ne vois que le don divin de l'ubiquité pour réussir à absorber tant de lectures : il faut évidemment parcourir plusieurs "tunnels de temps" à la fois. Moi qui suis au contraire (là est peut-être plutôt la vraie "monstruosité" !) un lambinant gastéropode n'en finissant pas de déguster et de digérer (toutes choses) il est clair que je ne lirai jamais un seul Morand, et je vois combien c'est dommage - à lire au moins vos compte-rendu si imprégnés de leur sujet et si "vivants". L'aventure avec Josette Day à qui ce vieux satyre ira jusqu'à offrir un short (juste un private joke en passant), sa tolérance paradoxale, svt, à tout ce qu'il déteste en principe et qui tourne à l'admiration et à l'amitié, faisant soudain litière de ses plus fidèles et bêtes préjugés, l'évocation étonnante des Beatles à Londres, etc etc - j'en sais déjà bcp et grâce à vos admirations + talent pour les rapporter et généreusement nous en contaminer j'ai quasiment l'impression d'avoir tout lu (ou presque) moi-même. Quelle économie de temps lorsque soi, on ne se sent pas, hélas, immortel !
COMMENTAIRE N°1 POSTÉ PAR XRISTOPHE LE 18/01/2014 À 15H29

Contrairement à ce que vous croyez je lis lentement mais comme j'ai commencé à 6 ans et que j'en ai 63, j'ai tout de même eu le temps de lire un certains nombre d'ouvrage d'autant que tout compte fait c'est ma distraction (et ma nourriture) préférée mais ce n'est rien par rapport à Morand, un véritable ogre de lecture. Je pense que comme moi, il ne devait pas dormir beaucoup. Morand est idéal pour les lecteurs lents car ses textes sont courts. C'est la principale cause pour laquelle, il n'est pas à la toute première place de nos lettre. C'est après Proust et Céline dans des genres différent, le troisième plus grand style de la langue française au XX ème siècle. Hormis cela ses livres de voyage (à quand une Pleiade pour ceux-ci) sont des témoignages extraordinaire du monde à son époque et se lise toujours avec un grand plaisir. Son Venise est un chef d'oeuvre. 

Lorsqu'il a son aventure avec Josette Day ce n'est pas vraiment un barbon, il a une quarantaine d'années et la quarantaine très sportive, ski, cheval, natation, tennis... 

L'expression faire litière de ses préjugés (pas tous bêtes à mon avis) que vous employez semble avoir été inventé pour Morand grand homme de cheval et cavalier jusqu'à presque ses derniers jours.  

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 18/01/2014 À 15H51
Ski, cheval, natation, tennis - et cette boulimie de lectures, d'aventures - et ces voyages autour du monde - dont il écrit, en plus, même "courtes", des relations... et son Venises, auquel il met un "s", je crois - le gredin (comme si une seule ne lui suffisait pas) Comment, comment le croire ? Serait-ce donc un rival d'Hercule, ou de Napoléon ? (Il faudra que je lise un peu Venise(s), au moins - pour voir ce phénomène d'un peu plus près...)
COMMENTAIRE N°2 POSTÉ PAR XRISTOPHE LE 18/01/2014 À 21H28

Mais encore Morand a commencé tôt et a fini tard à 88 ans, il faut bien s'occuper tout ce temps ce qui n'est pas trop difficile si l'on a sa culture et sa fortune. Son new York qui date du début des années 30 est aussi très intéressant. 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 18/01/2014 À 22H08

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Baselitz à la galerie Thaddeaus Ropac

8 Mai 2025, 06:48am

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Cela arrive malheureusement bien rarement, même pour un impénitent arpenteur de galeries comme moi, que l’on soit sûr en visitant une exposition que les tableaux que l’on voit, seront demain parmi les joyaux des grands musées d’art moderne, c’est incontestablement le cas avec Remix  l’exposition de Baselitz à la galerie Taddheus Ropac. Je n’avais pas eu ce sentiment depuis l’exposition Bacon à la galerie Claude Bernard, il y donc bien longtemps...

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Petit rappel sur le peintre: Georg Baselitz est né en 1938 à Deutschbaselitz qui sera bientôt en République Démocratique allemande.Il a 7 ans quand Dresde est bombardée. Son père, instituteur de campagne, a adhéré au parti nazi et est envoyé au front. A partir de 1946, c’est le catéchisme communiste de la RDA qu’il doit réciter. En 1956 il intègre une école d’art de Berlin où on essaye de lui inculquer le réalisme socialiste ce qui n’est pas de son gout. Il en est renvoyé pour manque de maturité sociopolique. En 1957 il passe à l’ouest et s’inscrit à la Hoschschule fur bildende kunste de Berlin ouest où il restera jusqu’en 1964. En 1961, il prend le pseudonyme de Baselitz, nom de sa ville natale. << Quand je suis passé à l'Ouest, tout dialogue avec ma famille restée à l'Est était impossible. Ma première exposition à Berlin-Ouest a tant fait scandale que je ne voulais pas nuire aux miens. C'est aussi l'un des privilèges de l'artiste que de se choisir un nom, s'attribuer un titre ou une particule s'il le souhaite. Maintenant que mon nom est connu, il est parfois rejeté. Les gens de mon village ne veulent plus entendre parler de moi depuis que j'ai dit dans un entretien que j'étais né dans un “petit nid crasseux sans église”>>. En 1961 et 1962 il publie deux manifestes inspirés par Antonin Artaud dans lesquels il se déclare pour un réalisme expressif contre l’abstraction. Sa première exposition personnelle a lieu en 1963...

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Pourquoi, Remix, titre qui sonne un peu mode? Tout simplement parce que l’artiste a décidé de refaire certaines toiles peintes surtout dans les années 60, bien que les remix s’étendent aussi à des périodes plus récentes de son oeuvre, en remplaçant la matière épaisse d’alors par une peinture plus fluide, plus transparente. Ce changement a pour effet d’accélérer le geste et donne une impression de mouvements frénétiques aux personnage, effet particulièrement réjouissant pour les toiles érotiques. Il ne faudrait pas voir dans cette démarche un épuisement du peintre mais bien une variation sur un sujet comme le firent avant lui un Cézanne ou un Munch. Nous sommes à cette hauteur.

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Ces réinterprétations de tableaux anciens qui étaient souvent eux même des détournements d’images entre autres pornographiques ou d’icones du réalisme socialiste, sont réalisées avec une fougue jubilatoire et juvénile.  A la place des couleurs  ocres d'hier qui s’étalaient  en couches épaisses, Baselitz utilise désormais un tracé rapide. Il pose des couleurs frottées et acidulées à la va-vite et laisse  le blanc de la toile apparent. 
La figure maléfique d’Hitler rode dans l’exposition avec parfois la bitte à la main...
On comprend mieux le sentiment d’urgence qui se dégage des  accouplement sur les tableaux quand on les voit, comme surveillés par l’ogre Adolf.

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C’est sur trois niveaux que nous pouvons admirer les œuvres de Baselitz, au rez de chaussée dans un bel espace lumineux dans lequel cinq grandes toiles à la force peu commune sont bien mises en valeur, et au sous -sol pour les grands formats à l’huile tandis que les travaux sur papier, de dimensions plus petites, mêlant aquarelle et encre de chine, souvent préparatoire aux grands tableaux, se déploient au premier étage.

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Certaines des toiles avec leur accouplement urgent ont la paillardise et la santé éjaculatrice des derniers Picasso. L’homme et le peintre bande encore au soir de son parcourt et plus important, surtout il fait bander...
On découvre des télescopages iconoclastes comme la croix gammée et Mondrian dans une sorte d’hommage tourbillonnant au peintre batave.
L’exposition est l’alliance fructueuse entre les contraires, comme la rapidité d’exécution et la profonde interrogation sur l’art qui  est à l’origine de ces peintures qui sont profondément intellectuelles et à la fois accessibles à tous.

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Et puis quelle force dans les coups de brosse, quelle délié dans le dessin au pinceau, quelle compositeur de tableaux. Tout est à sa place, tout est neuf et pourtant, Baselitz ne renie rien de l’histoire de la peinture du XXème siècle. On voit passer Pollock, Mondrian, Mitchell, Otto Dix, De Kooning ...
Malheureusement la galerie Thaddeaus Ropac  ne présente pas la totalité de ces “remix”. On se consolera avec le très beau catalogue d’un excellent rapport qualité prix, 30 qui lui les montre tous agrémentés de deux courts texte fort éclairants sur la démarche de Baselitz. On peut espérer un jour une grande rétrospective du peintre confrontant les différentes versions des tableaux.

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Paris 2008 photo B.A

On peut remarquer que trois des plus grands peintres contemporains Gerhard Richter, Polke, Penck ont connu la dernière guerre, l’effondrement de l’hitlérisme puis celle du communiste. Ils sont tous nés en Allemagne de l’est. La souffrance est elle nécessaire pour faire de la grande peinture?  
Et si les grands peintres contemporains étaient de vieux peintres allemands?

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