Stéphanie est un transexuel de 32 ans qui se prostitue. Stéphanie vit avec Mikhail et Djamel. Mikhail est un immigrant russe qui a déserté, traumatisé par la violence de la guerre en Tchétchénie. Djamel est un petit malfrat de trente ans, renié par sa famille. Lui aussi se prostitue. Mikhail et Djamel sont amoureux de Stéphanie. Lorsque Stéphanie reçoit un appel de l'hôpital qui lui apprend que Liliane, sa mère malade est en phase terminale, Stéphanie décide d'aller la rejoindre pour être avec elle dans ses derniers jours. Mikhail et Djamel l'accompagnement durant le voyage et une fois arrivé dans le nord de la France, tous les trois se rappellent leur passé, comment ils se sont rencontrés, et d'examinent leur vie actuelle, qui est très différente de celle qu'ils espéraient.
xe de son fils. On ne sais pas plus sur le processus de transformation ni à qu'elle date il a commencé. Le film se termine sans que l'on puisse imaginer comment les membres du trio vont évoluer.
Le film a remporté plusieurs prix décernés au Festival Festival international du film de Berlin et à ceux de Gijón, Los Angeles et de Seattle.
Toutes les oeuvres ci-dessous ont été photographiée das les résrves du musée auxquelles on accède librement. Les tableaux sont tassés dans une suite de vitrines parallèles qui n'offre qu'environ 50 cm de recul.
Avec : Emylou Brunel, Laura Boujenah, Côme Levin, Axel Würsten, Paul Perles, Alexis Michalik
Résumé
Lors d'une séance du jeu "Action ou vérité ?", deux jeunes garçons, Mathieu et Maxime, ont pour défi de s'embrasser. Le baiser va provoquer chez eux un certain émoi. A parti de ce moment, les ados, témoins de cette scène, font des allusions plus ou moins directes à l'éventuelle homosexualité de Maxime. Une révélation surprenante va alors déstabiliser le groupe, mais surtout le faire réfléchir.
L'avis critique
Pascal-Alex Vincent est un cinéaste intéressant dans la mesure que l'on ne sait jamais à quoi s'attendre avec lui quant à la qualité de ce que l'on va voir sinon que l'on trouvera coup sûr dans son film de jolis choupinets. Cela va du très médiocre à la petite perle comme cet En Colo qui réussit avec un point de départ bateau, le jeu Action-Vérité, déjà illustré par Ozon, et la contrainte du film militant, ce court métrage s'inscrit dans une série de courts-métrages, commandée par les pouvoirs publics pour combattre homophobie, le tour de force de parfaitement illustrer son sujet et de faire naitre beaucoup d'émotion chez le spectateur et sans doute quelques réminiscences chez nombre d'entre eux.
J'aurais bien aimé connaitre la suite de l'histoire et suivre plus longtemps les personnages attachant d'En colo.
Le film jouit d'un très bon timing, est bien éclairé et est surtout parfaitement joué.
Les habitués de ces pages savent combien la datation dans les romans est une question qui me préoccupe. Surtout lorsque ceux-ci ont pour fond des évènements historiques qui parfois prennent la première place dans le récit et influent grandement sur la destiné des héros, comme c'est le cas ici. Le narrateur, Romain ou Romano, comme l'ont surnommé ses camarades italiens, raconte sa vie, ou plutôt sa jeunesse, à un interlocuteur évanescent, nommé (une seule fois) Arturo; ce dernier n'interviendra que de rares fois et de manière fort laconique, trois ou quatre, durant les presque six cents pages de cette confession, faite à la première personne du singulier.
On apprend assez vite que Romano est né en 1911 (il nous informe qu'il a dix sept ans en 1928 lors de l'incendie de l'appartement des voisins de sa mère) et comme il nous a révélé, au tout début du livre qu'il a 70 ans quand il s'adresse à Arturo, qui semble être un ancien amant recyclé en scribe, il n'est pas bien difficile d'en déduire que le présent de cette remémoration se situe en 1981.
Une fois ces jalons chronologiques posés, que nous raconte Dominique Fernandez sinon le fourvoiement politique d'un jeune homme pour l'amour d'un autre. En fait Romano a été fidèle à ce mot d'E. M. Forster: << Si j'avais à choisir entre trahir mon pays et trahir mes amis, j'espère que j'aurais le courage de trahir le premier.>>.
Il faut néanmoins attendre la cent-vingtième page pour que Romano rencontre Igor. Nous sommes alors en 1933 et Igor à tout juste vingt ans. Romano est à Rome où il suit des cours d'Histoire de l'art. Il prépare une thèse sur Poussin, son peintre préféré depuis qu'il a été foudroyé par la vision à 18 ans, lors de son premier voyage à Paris et de sa découverte du Louvre, d' « Echo et Narcisse ». Il a fait de cette révélation, sa véritable naissance. Presque à chaque fois qu'il sera question d'une oeuvre d'art, et cela est fréquent, le texte sera accompagné par la reproduction de celle-ci, en petit format et en noir et blanc, ce qui donne un coté rétro au livre, bien en adéquation avec l'époque à laquelle cette histoire se déroule.
Durant la première partie du roman, Dominique Fernandez brosse un tableau assez complet, bien que très orienté, de la Rome après dix ans de fascisme. Mais le régime n'est pas vu par les yeux d'un européen d'alors mais avec ceux d'un écrivain parisien de 2014. En 1930, l'Italie fasciste était en grâce aussi bien à Londres, Churchill déclarait que Mussolini était le plus grand chef d'état européen, qu'à Paris où Pierre Laval se dépensait sans compter pour le rapprochement des deux pays. La France considérait alors l'Italie comme son meilleur allié. Outre cet anachronisme idéologique, on s'aperçoit, si on compare par exemple les descriptions de la Rome du Duce dans « On a sauvé le monde » à celles du Berlin nazi par Philipp Kerr dans sa trilogie berlinoise, combien Fernandez est un assez piètre paysagiste. Il ne sait pas sur ce point, comme sur d'autres, sortir des clichés. On apprend néanmoins beaucoup de choses sur le quotidien des romains de 1930; par exemple qu'il y avait une nourriture fasciste et une autre qui ne l'était pas, comme les pâtes par exemple! Il est probable que cette connaissance intime des détails de la vie quotidienne dans l'Italie mussolinienne viennent des recherches que Dominique Fernandez a entrepris pour écrire la biographie de son père, l'écrivain et critique littéraire Ramon Fernandez, laudateur éphémère du Duce... Cette connaissance du fascisme le conduit à faire des déclarations, elles, bien peu dans l'air du temps, comme celle-ci à la revue Transfuge: << Le fascisme est une pensée qui court à travers les siècles. Elle s'est cristallisée dans Mussolini, mais on la trouve après, on la trouve avant, c'est une façon de penser. Tout tableau peut donc avoir une interprétation fasciste.>>.
Cet exercice d'admiration pour les sculptures du stade de Mussolini est totalement inattendu dans un livre qui par ailleurs baigne dans la morale convenue du jour. Tout aussi inhabituel est son plaidoyer pour le réalisme socialiste que Dominique Fernandez place dans la continuité de la peinture russe du XIX ème siècle, ce qui est très convaincant. Au passage il cite « La baignade du cheval rouge de Pedrov-Vodkine et bien sûr pour la période soviétique, Deineka (j'ai consacré naguère un billet à cet artiste. on le trouve à cette adresse: http://www.lesdiagonalesdutemps.com/article-alexandre-alexandrovitch-deineka-1899-1969-120342681.html). Les louanges que Dominique Fernandez déverse sur une peinture naturaliste, réaliste, témoin de son temps ferait passer son « ami » et confrère à l'Académie, Jean Clair pour un chantre de l'art contemporain... Il semblerait que cette, un peu amère constatation, que l'on peut lire page 34, soit autobiographique: << Celui qui se croit le plus libre ne voit que ce qu'il a été programmé pour voir: il faut du temps pour apprendre à se servir de ses propres yeux.>>.
On ne sait que peu de choses sur Romain, ni du pays d'où il vient, ni même quel est son véritable prénom, pas plus à quoi il ressemble. Il ne doit cependant pas être trop mal de sa personne puisqu'il est d'abord, avant de tomber en extase devant Igor, courtisé par deux étudiantes, comme lui en histoire de l'art: Gulia, une froide beauté issue d'une famille de l'aristocratie romaine mais tombée dans la débine et Wanda une chaude et pulpeuse polonaise. Le parti pris de laisser dans le flou les origines du héros est contre productif en le privant de tout un arrière monde qui pourrait mieux expliquer ses réactions et ses motivations. Dés qu'il glisse vers l'espionnage, mais ne croyez pas qu' « On a sauvé le monde » soit une sorte de James Bond chez Mussolini puis chez Staline, Fernandez est assez peu convaincant; on peut subodorer que ce féru de Poussin est anglais et que pour construire son personnage Dominique Fernandez ait louché du coté de sir Anthony Blunt. Ce qui hélas se confirme à la fin du roman car le peu que dit l'auteur sur les presque cinquante années après les faits qui nous sont racontés dans le roman, qui se déroule en gros sur trois ans, est paresseusement calqué sur la vie du dit Blunt qui avait une autre envergure que le pâle Romano. Pour s'en persuader il suffit de lire la biographie de Blunt, écrite par Miranda Carter, "Gentleman espion, Les doubles vies d'Anthony Blunt" (Payot, 2006). Blunt a inspiré plus directement un autre roman, meilleur que celui que je chronique, bien qu'un peu trop cérébral, il s'agit de « La gloire du traitre » de Bernard Sichère (éditions Denoel 1986). Rien qu'en lisant le titre du roman de Sichère on sait qu'on n'y trouvera aucun dolorisme homosexuel qui encombre tant les romans de Dominique Fernandez. Si vous préférez les images à la lecture, il y a une excellente série britannique qui a pris pour héros Blunt et ses compères de Cambridge. Il s'agit de Cambridge spies, série à laquelle j'ai consacré un article sur le blog, trouvable à cette adresse: http://www.lesdiagonalesdutemps.com/article-cambridge-spies-reedition-completee-92508146.html.
Revenons à nos deux héros. Le personnage d'Igor est le seul à échapper quelque peu aux stéréotypes qui ne cessent de faire obstacle à la crédibilité du récit. Le paradoxe est que la véracité d'Igor pour le lecteur repose sur une situation possible, mais très extraordinaire: le retournement par les soviets d'un jeune russe blanc dont une partie de la famille a été massacrée par les rouges. Rhomer dans son film « Triple agent » avait suggéré une situation proche ce celle-ci mais de manière beaucoup plus subtile. Il reste qu'il y a bien eu des russes blancs "retourné", les écrivains Alexis Tolstoi et Mirsky en sont de bons exemples.
J'éclairerait volontiers le parallèle entre les méthodes policières fascistes et staliniennes que décrit Dominique Fernandez par une réponse qu'il a faite à une récente interview: << La Russie et l’Italie ont en commun l’incurie et le désordre. Dans les deux pays, la bourgeoisie ne tient pas une grande place, et c’est justement cette conception peu bourgeoise de la vie et de la culture qui m’attirent.>>.
Dans son roman, il n'hésite pas à faire d'autres parallèles audacieux: << En quoi la démarche de Mussolini diffère-t-elle de celle des papes? Ils ont la même ambition de faire servir l'art à une fin politique, la même volonté de contraindre l'artiste à sacrifier la plus grande part de sa liberté à un principe plus haut que celui de la liberté individuelle, ils partagent la même certitude qu'il est plus important pour la communauté des hommes et plus profitable à la civilisation de forcer le peintre et le sculpteur à annoncer une bonne nouvelle que de lui permettre d'exprimer son moi.>>.
L'auteur n'évite pas toujours les pièges du didactisme dans les passages dans lesquels Romain fait partager à Igor ses connaissances en Histoire de l'art, dont l'étendue est d'ailleurs un peu surprenante de la part d'un garçon d'à peine plus de vingt ans. Il reste que ses considérations sur la peinture de la renaissance sont fort intéressantes.
Je recommanderais de lire cet ouvrage à Rome (au moins les deux premiers tiers) où il pourra être pour son lecteur un guide original en ce qui concerne les musées, un peu à l'instar des écrits de Stendhal sur la ville éternelle. Je rappellerais aux étourdis que Dominique Fernandez est un fin connaisseur de l'auteur de « La chartreuse de Parme ». A croire que le romancier a pensé que son roman pourrait être utile aux touristes puisqu'il l'a découpé en courts chapitres, de cinq à dix pages chacun, auxquels il a donné des titres explicites comme, « Les marbres du stade », « La chapelle Alaleoni », « peinture italienne, peinture française »...
Si les réflexions sur la peinture sont érudites, pointues et paradoxalement iconoclastes, pas du tout dans la doxa de la tribu socialo-intello-bobo dont Dominique Fernandez est un archétype, ses diatribes sur la religion, que néanmoins j'approuve, sont elles assez primaires. En voici un exemple: << Sur un seul point, il resta affreusement rétrograde. Le sexe continua à être exclu de la prédication de François. Le sexe demeura banni et maudit. Logique avec lui-même, François aurait dû libérer le sexe également, célébrer aussi la joie du sexe. Il aimait la musique, la poésie, les paysages d’Ombrie, la marche sous le soleil, les haltes sous les oliviers, les gâteaux, mais, cramponné au préjugé biblique, il maintint l’interdit sur le corps. En condamnant le désir, il avalisa le discours catholique sur la répression sexuelle et engagea l’Europe pour des siècles de misère puritaine. En avance dans tous les autres domaines, il ne remit pas en question les lois édictées par Moïse ni l’enseignement de l’horrible saint Paul.>>.
Quand au plaidoyer de Dominique Fernandez sur la supériorité des gays sur les hétéros en matière d'art, s'il ne me paraît pas totalement absurde, il pâtit d'un ton très années soixante dix qui paraît aujourd'hui assez ringard, venant d'un autre temps aussi éloigné que celui des lectures communistes de la peinture que l'auteur propose via Igor. Il me semble que ce n'est pas faire preuve d'homophobie que de considérer comme bien réductrice la démarche de faire de l'homosexualité sa seule grille de lecture du monde...
Voir dans l'obligation de vivre dans la clandestinité pour les homosexuels au début des années trente une passerelle pour qu'ils deviennent des espions relève de la psychologie du café du commerce.
Dominique Fernandez est bien davantage, un biographe, un homme de récits de voyage qu’un véritable romancier. Par exemple la romance entre romain et Igor me semble fortement inspirée par l'aventure amoureuse qu'a connu l'écrivain Pierre Herbart avec un jeune russe à Moscou en 1936. Pour s'en persuader, il suffit de lire la biographie de Pierre Herbart par Jean-Luc Moreau (Grasset, 2014) et plus particulièrement le chapitre "La patrie du socialisme".
Les romans les plus convaincants de notre académicien s'appuient sur des personnages historiques: Pasolini, Tchaïkovski, Le Caravage. Ce qui n'est pas le cas dans « On n'a sauvé le monde ». Ses deux jeunes héros sont des personnages de fiction et il manquent cruellement d'épaisseur. Les acteurs de second plan de cette histoire ne sont pas plus conséquents. Ils vont de la transparence à la caricature comme la famille d'Igor, cliché du russe blanc en exil. Henri Troyat, ancien collègue à l'Académie de Dominique Fernandez a écrit sur cette tribu dont il était issu, des pages d'une toute autre densité.
On se demande tout de même, si on est un peu moins subjugué par l'amour de Romano pour Igor que l'auteur, si Igor, agent de l'URSS, ne se serait pas servi, dès le début de l'amour de Romano à son égard; on peut alors s'interroger sur la sincérité des sentiments d'Igor envers son compagnon. N'aurait-il pas envisagé dés leur rencontre de manipuler Romain pour qu'il récupére les plans secrets du prototype de l'avion futuriste italien ? Dans cette hypothèse, que Dominique Fernandez laisse entre ouverte, on peut en déduire qu'Igor n'a pas la fin que suppose Romain...
Pour résumer « On a sauvé le monde » est à la fois un livre ambitieux et paresseux. Ambitieux car il se veut roman total mélangeant roman d'amour, roman historique, roman d'espionnage et essai sur l'art tant classique que moderne. Certains de ces pans sont assez ratés comme la partie espionnage , n'est pas John Le carré ou Eric Ambler qui veut, d'autres assez réussis, toutes les considérations sur la place de l'art dans la société. On peut néanmoins savoir grès à Dominique Fernandez de son ambition, même si le livre manque de travail pour être tout à fait convainquant, mais il faut prendre en compte l'âge du capitaine. A plus de quatre vingt ans on sent plus l'urgence de publier que de peaufiner longuement son ours.
Le livre vaut surtout comme une visite dans un musée imaginaire d'une grande liberté de Rome à Moscou. Une fois refermé il donne envie de se précipiter au Louvre pour y aller admirer les toiles de Poussin et de Vouet, mais aussi de visiter Rome et Moscou dans les pas de Romano.
Je profite du compte rendu de ce roman à l'obscur renommée mais au titre O combien évocateur, « La classe des garçons », je précise pour allécher le chaland qu'il s'agit d'une classe de danse vue par un des jeunes élèves qui espère, après le dressage qu'il subit, intégrer l'Opéra de Paris, pour essayer d'expliquer que mon exigence en ce qui concerne la datation précise dans les romans que je lis ne relève pas seulement d'une lubie, que seule la sénilité pourrait expliquer et éventuellement excuser, mais qu'elle est indispensable pour une bonne et agréable compréhension d'un roman. Arrivé à la centième page de « La classe des garçons », qui en compte 216 et est paru aux éditions Gallimard en 1980 dans la collection blanche, nous sommes toujours dans le flou absolu quant à l'époque où se déroule cette histoire, même la ville qui est son décor, des plus flou lui aussi, n'est mentionné que sous la lettre X; ce qui est ridicule ne voyant pas bien où cela pourrait se passer ailleurs qu'à Paris... On peut me rétorquer que l'apprentissage de danseur de Julien, le narrateur, sous la férule d'un maitre à la fois sadique et libidineux ne serait pas fondamentalement différent si cela avait lieu en 1930 ou 1980. Peut être, mes connaissances du milieu de la danse ne sont pas assez étendues pour infirmer ou confirmer cette éventuelle contradiction.
Lorsqu'on lit un roman « on se fait son cinéma » et il n'est pas pareil, par exemple, lorsque apparaît le mot automobile de visualiser une Rosalie, une Traction avant ou une D.S. 19 pour rester que dans les véhicules produits par la marque Citroen. De même , pour prendre un autre exemple, mais ils sont infinis, lorsque l'on imagine la vêture d'un jouvenceau, si nous sommes en 1935 on l'habillera d'une culotte de golf, alors qu'en 1970 on gainera ses jambes d'un jean moulant. Ce n'est pas la même chose dans le paysage mental (et la libido) du lecteur. Même si dans cet ouvrage on sort peu du studio de danse, la matière du collant qui moulait les fessiers de Noureev ou ceux de Serge Lifar n'était pas identique!
Lorsqu'on est en présence d'un ouvrage qui ne se proclame pas dès les premières lignes, être un roman historique ou un roman dans l'histoire, où celle-ci n'est pas qu'un décor mais tient la première place, on subodore que l'action se déroule peu ou prou à la date de la parution de l'ouvrage. Très vite cela m'a paru ici peu probable. Tout d'abord en raison des descriptions qui ne manquent pas mais qui sont toujours en plans serrés ou moyens, pour employer un langage cinématographique. Lacombrade prenant visiblement comme modèle le roman balzacien. D'autre part le ton assez gourmé qu'utilise le garçon dans les lettres qu'il adresse à ses parents, resté à Toulouse, semble d'un autre temps, disons de l'avant guerre. Si l'auteur s'étend sur la description de lieux, comme la chambre de Julien (un prénom assez moderne, lui) on ne sait rien de l'aspect de ce dernier. On peut supputer qu'il ne doit pas être trop mal de sa personne, à l'empressement que le maitre à de frôler ses fesses et son sexe. J'ai donc pensé, jusqu'à la cinquantième page environ que nous étions dans les années trente et voilà qu'à ce moment surgit la télévision et un grand mécène de la danse fort décati et marquis de son état qui m'a immédiatement évoqué le marquis de Cuevas... Déjà auparavant la colère d'un certain K. (une des seules allusions à ce qui peut se passer en dehors du petit monde de la classe de danse) m'avait évoqué le célèbre et furieux déchaussement de Nikita Kroutchev à la tribune de l'O.N.U. En 1960 si je ne m'abuse... Je pencherais donc pour dater les émois chorégraphiques de Julien au tout début des années 60 d'autant qu'à la fin du volume le garçon réclame à ses parents sa carte d'identité mentionnant qu'il n'est pas recommandé en ce moment de se promener dans la ville sans une pièce d'identité, on peut donc penser aux dernières années de la guerre d'Algérie...
Paradoxalement le coté hors sol et hors temps du roman, ce qui est pour moi généralement rédhibitoire, convient parfaitement au sujet car je ne connais aucune caste plus repliée sur elle même et plus égotiste que celle des danseurs. Le danseur peine à voir plus loin que le bout de son chausson...
A propos de danse, j'ai été très rapidement interloqué par cette classe préparatoire à un concours permettant d'intégrer le ballet de l'Opéra, car des souvenirs conjoints et certes fort anciens, d'une part d'un ancien petit ami, hélas trop tôt enlevé à mon affection, et d'autre part ceux du délicieux feuilleton télévisé, « L'âge tendre » (hélas peuplé que de petits rats de sexe féminin) m'avaient fait penser que pour se mouvoir sur la scène du grand Opéra, il fallait passer obligatoirement par l'école de danse de celui-ci, je me souviens du temps où la férule de cet établissement était tenue par Claude Bessy... Peut-être qu'un lecteur pourra m'éclairer sur les différentes façons d'entre dans le corps de ballet de l'Opéra de Paris.
Il y a d'emblée quelque chose d'un peu désagréable dans ce roman et pour tout dire d'assez faux cul, alors qu'il n'y est question que d'homosexualité et de pédérastie, le héros, pourtant dévoré d'ambition, et cancanant avec complaisance sur combien la promotion canapé était en vogue dans le milieu des danseurs, ne cesse de jouer les saintes nitouche, faisant comprendre qu'il ne mange pas de ce pain là. Qu'on se le dise notre futur étoile n'est pas de la brioche infernale comme le disait le trop peu lu désormais Alphonse Boudard, et c'est bien dommage... Julien le claironne page 57, ruinant ainsi les espoirs du lecteur qui pouvait attendre quelques intermèdes croustillants entre les entrechats...
Curieusement, alors que l'effet répétitif du récit, fait principalement des rancoeurs de Julien envers son maitre, menaçait de lasser le lecteur le plus pugnace, voilà que la plume de notre Lacombrade s'échauffe sérieusement à partir de la centième page environ. Nous offrant quelques morceaux d'anthologie pédérastique.
Je ne sais rien de Francis Lacombrade, supposant seulement que l'auteur est le même Francis Lacombrade qui joue le rôle de Georges dans le film de Jean Delannoy de 1964 « Les amitiés particulières » d'après le roman de Roger Peyrefitte. La toile étant muette sur lui, peut être qu'un de mes dévoués lecteurs sera plus loquace sur le cas de Francis Lacombrade (?); je me fies donc au quatrième de couverture pour en savoir un peu plus. J'y apprend qu'il a écrit une dizaine de pièces et adaptations, de Flaubert, d'Henry James et de Mauriac... Ce qui ne cesse de me surprendre car le propre d'un auteur de théâtre est de proposer aux spectateurx une progression dramatique et force est de constater qu'il n'y en a aucune dans ce roman.
Tout aussi problématique pour l'art romanesque de l'auteur est son impossibilité de créer, du moins avec en ce qui concerne ses jeunes créatures, des êtres qui existent vraiment. On a même du mal à croire en ce Julien aussi timoré et dissimulé qu'un adolescent mauriacien...
Heureusement Lacombrade est plus en verve avec les barbons libidineux. Comme en témoigne ce portrait du maitre:
Il y a du Fagin dans ce personnage nous voilà après Balzac chez Dickens, « La classe des garçons » est bien dix-neuvièmiste...
Le livre contient de très beaux passages. L'auteur à le chic pour trouver des assonances heureuses de mots. Mais un roman n'est pas que quelque morceaux de bravoure flottant dans un brouet clairet. C'est aussi une construction. Le plan du roman bien que classique est assez habile. L'auteur choisit de faire alterner le récit du quotidien de Julien avec les lettres qu'il écrit à ses parents. Malheureusement cette architecture est mal exploitée. Il n'y a pas assez de rupture de ton entre le récit du garçon que l'on apprend seulement vers la moitié du roman être un journal qu'il tient quotidiennement et sa correspondance. Le journal est beaucoup trop timide d'autant que Julien écrit qu'il est un exutoire et quant à ses missives, elles sont à la fois un peu trop osées, Julien ne cache rien à ses parents des avances que lui fait le maitre tout en leur recommandant de lui envoyer des fleurs pour son anniversaire! et d'un ton compassé qui renvoie au début de l'autre siècle.
La justesse de certains tableaux et personnages fait penser que l'auteur à très bien connu le milieu des aspirants étoiles et que Julien n'est peut être qu'un autre lui-même, mais il aurait peiné à insuffler de la fiction dans ses souvenirs (je ne connais pas assez ce milieu pour trouver le trousseau car il se pourrait bien que cette « Classe des garçons » soit un roman à clés).
Avec une innocence qui serait, il me semble impossible aujourd'hui, Lacombrade, aborde certains sujets qui sont tabous, ou du moins très rarement abordés dans le roman, comme la concupiscence d'un maitre pour ses élèves ou l'âpreté des mères pour faire avancer la carrière de leurs rejeton.
Si ce roman est une véritable curiosité qui serait probablement impubliable aujourd'hui, sa lecture attentive explique pourquoi Francis Lacombrade n'a pas fait carrière en littérature.
Nota:
1- Je remercie Bruno de m'avoir permis de lire ce roman.
2- J'ai reçu via mon adresse e-mail le commentaire suivant sur ce roman:
Très discutable, votre chronique témoignant d'un vif intérêt rend mal justice à un livre remarquable (édité par Pascal Quignard chez Gallimard, toujours au catalogue)accueilli par une excellente critique louant précisément son style et l'inédit de son sujet... Vos correspondants seraient surpris d'apprendre que les "clés" suggérées ne sont pas les bonnes, s'agissant pour l'essentiel d'une oeuvre d'imagination qui se voulait intemporelle, qu'il y a erreur sur l'âge de l'auteur acteur qui continue d'être actif dans bien des domaines qui sont les siens... Il y a peu il donnait une conférence au Festival de Lugano de Martha Argerich autour de la reprise de sa comédie musicale "La Fugue" écrite en collaboration avec Alexis Weissenberg, dont il était le récitant... J'y étais... Voilà qui satisfera, en partie, la curiosité de vos correspondants... S'il est des questions auxquelles je peux répondre en ma qualité de connaissance de longue date, je suis prête à y répondre... Il est sain que trente ans plus tard un livre, un film,un personnage fassent débat voire polémique... En ce sens vos "diagonales" ont leur utilité...
Commentaires lors de la première édition de ce billet: