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DES GARÇONS À CHOISY LE ROI

2 Mai 2025, 06:35am

 

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Choisy le roi, juillet 1985

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LA VIE D'ADÈLE UN FILM D'ABDELLATIF KECHICHE

2 Mai 2025, 06:32am

 

 

On parle couramment de tranches de vie à propos d'un film ou d'un roman, il faudrait plutôt parler ici de pain de vie, tant le cinéaste nous fait sentir, sans aucun artifice de maquillage, à peine un changement de coiffure, le temps qui passe et qui corrode l'amour. Cette histoire d'amour entre Adèle et Emma se déroule sur une période de cinq à six ans; alors que le tournage aurait duré cinq mois. Lorsque Adèle rencontre Emma, elle n'est encore qu'une lycéenne de 17 ans (Emma doit avoir quatre à cinq ans de plus) et à la dernière image on vois Adèle devenue une femme cramée d'avoir connu le grand amour. On sait en la voyant s'éloigner seule, dans une rue de Lille, que quoi qu'il arrive désormais dans sa vie, elle ne connaitra plus un amour d'une telle intensité. Celui qu'elle a connu avec Emma elle l'écrira toujours avec un A majuscule.

Le but d'un cinéaste est-il de faire que le spectateur oublie qu'il est au cinéma et que ce qu'il regarde n'est pas joué mais qu'il observe un morceau de vie. Si c'est le cas Kéchiche y a parfaitement réussi et devient avec « La vie d'Adèle » un maitre. Le maitre du cinéma naturaliste, façon Pialat. Il y parvient si bien que l'on entre complètement en empathie avec Adèle au détriment d'Emma à laquelle on ne peut qu'en vouloir d'avoir casser le charme (hypnotique pour le spectateur) de son amour pour Adèle.

Je sais gré à Kéchiche d'avoir si bien montrer la jouissance au cinéma. C'est beau l'orgasme. Et puis pour qui n'est pas lesbienne c'est instructif, surtout pour un pédé, est-ce ainsi que les femmes jouissent? Je met un point d'interrogation car à la sortie de la salle j'entendais deux lesbiennes (c'est moi qui le subodore à l'écoute involontaire de leur conversation) qui disaient que c'était là l'amour lesbien filmé par un hétéro. Ah entendant cela j'ai compris la limite de ma critique, du moins sur ce point précis, n'étant ni lesbienne, ni hétéro, nul n'est parfait... Mais néanmoins je ne crois pas qu'il faille être homo pour pouvoir filmer les homos. Et puis je me doute que les lesbiennes ne jouissent pas toutes de la même manière, pas plus que les pédés aient les mêmes pratiques sexuelles ou que les hétéros fassent l'amour tous de la même façon...

 

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Une chose me paraît certaine, il y a désormais pour la représentation à l'écran de l'amour physique un avant et un après « La vie d'Adèle », où plus exactement il m'a semblé que pour la première fois on voyait le plaisir sexuel au cinéma, mais également le plaisir de manger, le plaisir de voir (belle scène au musée de Tourcoing) et le plaisir d'apprendre et de transmettre. Les scènes de classe sont remarquables. En un mot La vie d'Adèle est d'abord un film hédoniste.

Jamais auparavant devant une scène de sexe à l'écran je n'avais fait l'amour dans ma tête, comme je l'ai fait aujourd'hui, non avec un des acteurs (ou les deux) du film, mais avec un de mes anciens amants. C'est une expérience troublante, une sorte de dédoublement du temps et de la personnalité que j'ai subi durant ces longues scènes de sexe du film.

 

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J'ai été très impressionné par la beauté de ces corps de femmes emmêlés que le plaisir transfigure.

Ce qu'il y a de plus magique dans « La vie d'Adèle » c'est de nous faire le témoin de la transformation d'Adèle qui dans les premières séquence est une lycéenne quelconque et après sa rencontre avec Emma, épanouie par l'amour et comblé par le plaisir physique s'est métamorphosée en une belle jeune fille désirable et donc désirée.

Mais peut être encore plus impressionnant que le filmage du plaisir sexuel est celui du temps qui passe sur l'amour. La vie d'Adèle m'a enfin fait comprendre pourquoi on vieillit rarement avec son grand amour. Même si c'est une question encore beaucoup plus tabou que le représentation de la communion sexuelle dans une relation homosexuelle (et hétérosexuelle)...

 

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Je pense qu'il ne faut évacuer la notion d'homosexualité dans cet amour. Je ne crois pas que le film aurait été semblable si Adèle s'était éprise d'un jeune homme. L'image de l'hétérosexualité et surtout du couple hétérosexuel que donne « La vie d'Adèle » est très négatif. C'est celui d'un terne enfermement convenu que vivent les parents respectifs des deux filles.

Si on ne peut que louer l'abnégation des deux actrices principales, Léa Seydoux (que j'ai découverte dans La belle personne, le film de Christophe Honoré ) et surtout Adèle Exarchopoulos qui est dans chaque scène et presque dans tous les plans, quelle trouvaille de la part de Kéchiche, il ne faudrait pas oublier celle de leurs faire-valoir. Car tous les autres personnages, joués tous à la perfection, ne sont que des clichés de médiocres qui mettent d'autant en lumière la qualité des deux jeunes femmes. C'est à mon sens un des seuls défauts du film d'avoir fait des personnes qui gravitent autour du couple des caricatures, surtout dans la deuxième partie; si bien que l'on ne comprend pas comment Emma et Adèle peuvent accorder la moindre estime à de tels ringards. C'est un tour de force des comédiens que de rendre crédible ces navrants personnages. Je pense en particulier à Aurélien Recoing qui en une scène campe d'une manière magistrale le père bas de plafond, comme un ciel de Lille, d'Adèle et à Salim Kéchiouche parfait en dragueur maladroit qui en deux scènes fait exister la personnalité indigente de son personnage. Certes chaque personnage sonne juste, mais leur juxtaposition en fait une caricature de la société française de 2013.

 

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Je crains que les scènes époustouflantes de sexe occulte bien des choses que dit le film, sur la société française (et sur le cinéaste). Première remarque Kechiche n'est pas tendre avec ses coreligionnaires, les deux figure « d'arabe » ne sont guère valorisante, il y a d'abord la copine d'Adèle, véritable harpie homophobe puis Samir, interprété par Salim Kéchiouche, dragueur macho pas méchant mais particulièrement bête, mais « les gaulois » ne sont pas gâtés non plus... Le regard acerbe de Kéchiche traverse toutes les classes de la société, le père prolo d'Adèle est tout aussi regrettable que le pérorant directeur de la galerie dans laquelle expose Emma.

 

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Ce que montre le film au delà de la médiocrité de l'entourage est un la fois une totale impudeur, lorsque les copines de classe d'Adèle lui font subir un véritable interrogatoire sur ses pratiques sexuelles et amoureuses et un formidable égoïsme et manque total de civilité lorsque les parents bourgeois d'Emma pour recevoir l'amie de leur fille concocte un repas composer de fruits de mer sans s'enquérir des goûts d'Adèle. Deux situations qui étaient impensables au temps lointain où j'avais l'âge des deux amoureuses. Cela en dit beaucoup sur la dérive sociétale de la France. Mais qui le verra.

 

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Seul semblent être sauvé au yeux du cinéaste les jeunes du moins certains, d'abord les camarades de classe d'Adèle et surtout dans la deuxième partie du film, les enfants dont s'occupe Adèle, devenue institutrice, sont regardés avec bienveillance par Kéchiche. Mais qu'ils sont laids ces moutards! Avec les séquences d'Adèle en classe lorsqu'elle est lycéenne puis la même, quelques années plus tard, toujours dans une classe, mais cette fois institutrice de cour préparatoire apprenant aux enfants à lire, peu de film m'aura fait voir que contrairement aux apparences je n'habite plus le pays dans lequel je suis né... J'ai remarqué que la classe du lycée est plus calme de celle du cour préparatoire où les enfants semblent incapable de se concentrer.

 

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Les deux séquences scolaires, chacune dans une partie du film sont filmées en miroir. Cette construction se retrouve plusieurs fois par exemple à la première discussion en été, entre les deux filles sous le magnifique magnifique platane du parc public, répond l'endormissement mélancolique sous le même arbre en une après midi automnale, à la fête chez Adèle et Emma, lorsqu'elles sont heureuses en couple fait écho celle du vernissage qui clôt le film. Mais est-ce vraiment la fin, le sous titre de « La vie d'Adèle », partie 1, partie 2 peut faire penser que le cinéaste envisage de tourner une partie 3, une partie 4...

 

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Certaines scènes sont d'une très grande maîtrise, notamment dans cette façon presque gênante de ne jamais lâcher le regard des personnages, de transiter de l'un à l'autre, de coller au plus près des visages pour déceler une vérité profonde. Ce qui fait queLe cinéma de Kechiche n'est pas agréable ou confortable dans son regard sur l'autre.

 

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Ce que l'on voit à l'écran se sont des séquences dont certaines sont étirées jusqu'au malaise (encore Pialat), mais ce qui est aussi important c'est ce qui n'est pas sur l'écran. Kéchiche pratique aussi l'ellipse sauvage. Si on ne voit plus les parents d'Adèle dans la deuxième partie du film, on se doute que c'est parce qu'il y a eu rupture avec leur fille. Mais contrairement à la bande dessinée dont le film est vaguement inspiré (Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh), le cinéaste a choisi de ne pas montrer cette scène. Autre ellipse qui a provoqué mon interrogation, celle où l'on passe d'Adèle dévastée après sa rupture avec Emma à Adèle lors de la fête de fin d'année de l'école où elle est institutrice. Comment a-t-elle terminée sa nuit de cauchemard après avoir été jetée par Emma, comment s'est-elle réorganisée alors que visiblement elle a coupé les ponts avec ses parents? Autant de questions que le spectateur, qui colle depuis le début du film à Adèle, ne peut que ce poser. Petite frustration pour le gay que je suis de ne pas voir plus développer le personnage du meilleur ami d'Adèle, très bien joué par Sandor Funtek que l'on suppose gay. Certainement à cause de scènes coupées au montage, on n'est mis face à la proximité des deux adolescents sans préambule explicatif.

 

 

 

Le brillant chef opérateur, Sofian El Fani filme constamment caméra à l'épaule, mais avec relativement peu de mouvements des caméras, avec peu de plans larges mais en restant souvent très prés des acteurs d'où un grand nombre de plans moyens, pour les scènes de sexe et de gros plans pour toutes les scènes d'intimité. La plupart des scènes ont été tournées en deux caméras. Sofian El Fani a privilégié les couleurs chaudes. Le cadre est soigné. Petite critique pourquoi avoir laissé quelques reflets parasites à l'image alors qu'aujourd'hui il est facile de les éliminer numériquement.

Depuis longtemps on avait pas vu un film ayant une palme d'or cannoise aussi riche, profond et novateur. 

 

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TENTATIVE D'ÉPUISEMENT PHOTOGRAPHIQUE DE LA CITADELLE DE CALVI

1 Mai 2025, 07:45am

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Calvi, Corse, septembre 2013

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UN APRÈS-MIDI AVEC PIERRE H (2)

1 Mai 2025, 07:42am

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La Varenne, 1981    

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une visite au Musée des Beaux Arts de Nantes

1 Mai 2025, 07:20am

Goltzius

Nantes, avril 2024

 

 

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GARÇONS À NAPLES

1 Mai 2025, 06:53am

 

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Naples, aout 1985

 

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LE RETOUR DES ÉMIGRÉS DE CLAUDE MICHEL CLUNY

1 Mai 2025, 06:48am

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Claude Michel Cluny a le premier talent de trouver pour les tomes de son journal littéraire de beaux titres. Mais ils peuvent paraître obscurs ou du moins pour celui-ci trompeur. Les émigrés en question ne sont pas les aristocrates fuyant la terreur de notre si regrettable Révolution mais les socialistes de tout poil (c'était le cas de le dire en 1981) qui avides de places et de prébendes se ruaient pour engloutir une part du gâteau que leur tendait dédaigneusement Mitterrand.

La raison principale qui m'a fait choisir parmi les dix tomes parus à ce jour aux éditions de La Différence, du journal littéraire de Claude Michel Cluny, ce « Retour des émigrés » qui couvrent les années 1980-1981, est que je subodorais que l'on y assisterait à la rencontre de l'auteur avec ses « Dioscures ».

Le premier dont il fait la connaissance est Eric, l'élève ébéniste. Il le découvre, le 17 mars 1980, non loin de chez lui, du coté de Belleville: << Je n'avais pas parcouru cent mètres que le hasard m'offrait un beau garçon. Très banlieue d'allure, mais aujourd'hui la banlieue est partout. Accoutrement uniformisé: jeans délavés, blouson, et ces boots pointues et ridicules dont le talon fuit sous le pied. Ne s'est pas effarouché. Un rien gouailleur d'abord, ce qui voulait peut-être voiler un fond de jeune timidité...>>, plus loin: << Je me rendais compte qu'Eric n'était pas classiquement beau, mais que la jeunesse lui donnait le charme troublant d'une autre beauté, celle des nombres impairs, de l'inattendu, du bel imparfait. J'aurais dévoré son sourire, quand il souriait. Et ses yeux sont étonnamment lumineux.>>. Dans ces quelques lignes on voit que si C.M.C. excelle dans le portait au vitriol, il peut aussi tremper sa belle plume dans le miel.

Comment ne pas constater que de telles bonnes fortunes relèvent d'une autre époque. Il me paraît impossible aujourd'hui qu'un quinquagénaire lève, en un croisement de regards, une créature de dix-sept ans aussi disponible et aussi désintéressée.

Au delà de l'amour (mot que Cluny répugne à employer) pour Eric, C.M.C. réfléchit aux relations entre un adulte et un adolescent: << Les ados nous apprennent à aimer ce que nous avons été et exiger davantage de ce que nous sommes. Ce commerce amoureux est troublant et cruel; l'inverse serait tellement plus confortable, qui nous ferait comprendre qui nous fûmes, et mieux aimer celui que nous sommes devenu.>>. C.M.C. se révèle dans ces pages (et probablement dans bien d'autres) un pygmalion dans l'âme, mais ce qui est rare, un pygmalion qui n'est pas possessif, nourrissant d'autre part guère d'illusions sur son influence sur les jeunes pousses que le hasard lui a fait rencontrer. Dans ce domaine comme dans tous les autres on pourrait appliquer aux actions de Claude Michel Cluny la maxime de Guillaume 1 er d'Orange-Nassau: << Qu'il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. >>.

C'est ce coté pygmalion qui me touche le plus chez l'auteur. Il est son meilleur antidote à la tentation du cynisme. C'est dans cette attitude de passeur, de mentor sans illusion que je lui ai ressemblé jadis, avec sans doute moins de bonheurs et de réussites bien que ces dernières soient rarement mesurables.

Tout ce pan du journal sur l'amour des adolescents me fait songer que les éphèbophiles qui n'ont rien à voir avec les pédophiles avec lesquels on les jette malignement dans le même sac, et peu avec les homosexuels qui revendiquent et tiennent souvent ainsi le haut du pavé, sont eux totalement invisibles et mis au ban de la société alors que leur pratiques amoureuses et sexuelles ne tombent pas sous le coup de la loi. Cette dérive moraliste aggrave encore l'inculture et paradoxalement l'a-moralité de la jeunesse car l'école ayant failli, jadis quelques adolescents au moins, pouvaient espérer être sauvés de leur condition par ces amours là...

Quant à la deuxième moitié des Dioscures, Jérôme, il la rencontre le 9 juillet 1981. Alors que C.M.C. musardait le long des boites de bouquinistes, des bords de Seine, il voit cet adolescent << à la minceur délectable qui s'accoude près de moi, moins attentifs au spectacle de la Seine qu'à mon regard.>>. Là encore comment aujourd'hui pourrait on imaginer pareille créature dans les parages des boites des bouquinistes qui ont d'ailleurs remplacé les livres qui s'y trouvaient par de la bimbeloterie made in China. Encore une fois, rétrospectivement je m'émerveille sur un temps où il était possible que le regard d'un homme de 51 ans suffise à ferrer un tel animal... C.M.C nous en fait le portrait: << Une bouche pleine, ne cachant pas qu'elle est gourmande; des yeux noisettes et des boucles brunes. Le nez un peu long. Un court blouson léger dégage merveilleusement la taille « délectable » et la chute de reins. Un vrai page! (…) Il aurait tout d'un Caravage si les modèles du Caravage avaient été beaux.>>.

Contrairement à beaucoup, l'amour des garçons n'est pas une obsession chez Claude Michel Cluny. Elle ne restreint pas le champ de sa curiosité, ni obscurcit son entendement. Ayant déménagé, à la fin 1979, du quartier latin à Belleville, il est confronté à un tout autre Paris. Il prend conscience, en précurseur, du « Grand remplacement » avant même que le terme soit inventé: << L'Algérie fut un échec par nos fautes répétées – et parce que nous nous montrâmes incapable de devenir plus nombreux que les « indigènes ». Par la même loi du nombre et donc la natalité, l'histoire est en passe d'opérer un de ces ironiques et désastreux renversements: car, sans osmose, les anciens colonisés, et d'autres avec eux, sont là, s'incrustent, s'augmentent, prolifèrent. Eux resteront, fort de leurs coutumes, de leurs religions, de leurs moeurs et de l'impéritie de nos politiques, de nos lois inadaptées, qui nous font détester, et de la démission occidentale. L'Occident est la grenouille aidant contre tout bon sens le scorpion à passer la rivière.>> Quelle clairvoyance en 1981!

L'actualité de l'époque interfère souvent dans ces pages. Bien qu'il n'aime pas Giscard d'Estaing qu'il surnomme Giscardaing, il apprécie encore moins Mitterrand (qu'il appelle que le florentin) et sa clique, la socialisterie dont Cluny dénonce l'esprit de revanche, le carriérisme et surtout leur effarant dénie des réalités. Il fait le parallèle entre les arrivistes socialistes et les revenants de 1815 qui eux non plus n'avaient rien appris de l'Histoire.

« Le retour des émigrés » est pour Claude Michel Cluny concomitant à l'écriture de son roman « L'été jaune » (que je n'ai pas encore lu). Il nous entraine dans son atelier d'écriture. Nous suivons ainsi tous les stades de l'élaboration de l'oeuvre, chapitre après chapitre jusqu'à l'édition en volume avec les douloureuses corrections sur épreuve, les désaccords de C.M.C avec son éditeur, Balland, qui veut sortir le roman pour la rentrée littéraire de 1981 (que reste-t-il aujourd'hui de cette rentrée et qu'en sera-t-il de celle déplorable de 2013 dans 32 ans?) et enfin la réception critique du livre.

On trouve dans ce tome du journal, qui porte bien son sous-titre de journal littéraire nombre de réflexions sur l'art d'écrire et le roman: << Le roman devient le support de choix de la vulgate sociale. Ce qui fait l'irréalisme étrange et l'aspect faux en écriture se livre tel Alexis, de Yourcenar, les romans de Gracq, le Junger de certains récits. Du stuc, pas du marbre.>>, plus loin: << Il y a dans la fin d'un livre quelque analogie avec la fin d'une vie, mais d'abord pour l'auteur. Un monde le quitte, qu'il a créé, plus encore qu'il ne l'abandonne.>>, ou encore: << L'imagination tire parti du banal plus que de l'impossible.>>.

Claude Michel Cluny ne semble pouvoir écrire que loin de Paris et si possible dans des lieux isolés; ainsi le lecteur suit l'écrivain en Inde, à Ceylan, en Tunisie dans les iles anglo-normandes où il trouve un environnement propice à l'écriture de son roman qui se déroule… aux Etats-Unis! Chaque voyages offre à C.M.C l'occasion de déployer ses talents de poète paysagiste.

C'est en 1981 que Claude Michel Cluny commence sa collaboration à l'Express grâce à l'intercession d'Angelo Rinaldi, un des rares écrivains français contemporains, avec Hervé Guibert qu'il apprécie. La tragicomédie de la scène littéraire parisienne est moins présente que dans les « Dioscures ». On trouve néanmoins dans ce « Retour des émigrés » quelques portraits d'une réjouissante férocité comme celui-ci: << Chez Gallimuche. Aperçu Jean Grenier, très fonctionnaire des douanes comme à l'accoutumée. Il ne me voit jamais, le petit bonhomme tout propre et tout gris: si la poussière était propre, il serait l'homme de poussière.>>.

On pourrait penser que le cinéma pour un des responsables du Larousse du cinéma, dont les goûts me paraissent proches de ceux de son confrère Jacques Lourcelle, tiendrait une place importante dans ce volume du journal, s'il n'est pas absent, il n'y occupe qu'une place congrue. On peut le regretter tant les remarques de l'auteur sur le cinéma sont pertinentes: << Nous ne connaissons pas de cinéastes TV Generation comme les Etats-Unis en ont vu s'imposer par le biais, souvent, de productions indépendantes des grands studios: Peckinpah, Penn, Pollack... sont issus de la TV. >>.

Il est rare, pour ne pas dire unique de rencontrer un auteur avec lequel je me sente autant en communion. Il y a bien des phrases du « Retour des émigrés » que j'aurais pu écrire si j'avais la vivacité d'esprit et la maitrise de la langue que possède Claude Michel Cluny. Voici un florilège de ces maximes et considérations que je fais miennes: << Croire à ce qu'on désire fait la faiblesse des jugements politiques et des plans militaires.>>, << … l'énorme masse imbécile du monde retourne, une fois de plus, à l'abjecte mangeoire des prêtres de tout ordre et de toute sainte Révélation.>>, << Les politiques font la moue devant la bombe à neutrons, unique bombe propre qui tuerait sans détruire. Quelle merveille! La planète purgée, sans que soient écornée les musées et les beautés architecturales. Les animaux malheureusement, subiraient le sort commun. >>, << Où prendre le temps de relire Corneille, Proust ou Kafka? Ou d'apprendre vraiment une langue? Ou de visiter Istamboul, Mantoue, ou le musée de Dresde? Et nous sommes contraint par tant d'inutilités nécessaires qu'on voudrait être un chat, heureux de régnersur ses rêves et de se moquer de ceux de son maître.>>, << Je pense sans haine aux Parques qui ne tissent jamais que des lambeaux de bonheur et m'en auront fait un manteau rapiécé. >>, << Les français ne voyagent pas, ou ne voyagent plus, ils se déplacent, on les déplace. S'imprégner d'un autre espace n'exige pas des siècles; je me sens, parfois dans le rôle d'une éponge que l'on a fait passer d'une mer dans une autre; elle y trouve à se nourrir ou non.>>, << La télévision, ce qu'on en fait: une auge blême où viennent s'abreuver les veaux.>>.

A quelques pages de la fin du volume je tombe sur une évocation aussi juste que savoureuse de feu mon ami Edouard Mac Avoy. Elle m'a fait sourire et avec émotion m'a rappelé quelques heureux moments dans son atelier de la rue du Cherche-midi: << Le « viel » escholier me raconte sa première séance de pose chez Mac Avoy. Brillant causeur, il est intarissable: << Tu croirais une petite momie agitée, enveloppée dans ses rides, il est très âgé, plus de quatre vingt ans je crois. Il travaille sans arrêt, et il me dit qu'il ne pouvait supporter les garçons circoncis, que ça lui rappelait une mésaventure de jeunesse, la dernière nuit passée avec une fille dont il voulait se séparer. Elle aurait, c'est lui qui le dit, essayé de l'émasculer au petit matin pendant qu'il dormait encore! Il a dû se faire recoudre (…) Il a encore la main baladeuses. Il me tenait le mollet et disait que c'était le fluide des corps qui communiquait chaleur et talent!>>. Edouard m'avait aussi raconté cette histoire. Ce qui est amusant, c'est ayant plusieurs dessins de garçon de Mac Avoy sur mes murs, j'y ai peut-être l'anatomie de cet ancien amant de Claude Michel Cluny...

Oubliez le flot bourbeux de cette rentrée littéraire 2013 et plongez vous dans le journal de cet esthète qu'est Claude Michel Cluny vous y ferez un bain d'intelligence, de culture et de probité.

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INSOUMISSION DE L'ENFANT

1 Mai 2025, 06:46am

 

 

Il est absolument impossible d’obtenir d’un enfant qui entre dans ce désir de poésie, d’art, qu’il se soumette déjà. C’est une activité qui apprend l’insoumission, vraiment.

 

Pierre Guyotat – Explications

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Sur le pas de la porte

1 Mai 2025, 06:39am

Italie, aout 1985, photo B.A

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Le musée d'art moderne de Barcelone

1 Mai 2025, 06:35am

L'architecture barcelonaise n'est pas que courbes et volutes , il y a aussi des angles avec lesquels j'ai aimé jouer. Si vous passez par là ne manquez pas ce musée remarquable par son arcitecture. Les expositions temporaires très avangardistes sont souvent intéressantes. La collection permanente modeste par sa quantité est très originale, très ingénieuses installations et surtout à ne pas rater un petit film sur le Willy Ronis catalan, Joan Colom qui photographiait avec malice et sensualité les galapiats locaux dans les années 60.

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Barcelone, mai, 2008.

 


 

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