ERIC NU PARMI LES PHOTOS D'UNE DE MES PREMIÈRES EXPOSITIONS
La Varenne, 30 septembre 1983
un regard sur les arts et les lettres
La Varenne, 30 septembre 1983

Si le titre de la biographie de Bernard Buffet par Jean-Claude Lamy est beau, il est assez peu conforme à la réalité du personnage du peintre. J’aurais préféré une biographie un peu moins hagiographique et d’un style plus tenu. Le lyrisme du début frise le ridicule et les premiers chapitres sont riches en digressions certes intéressantes mais qui bousculent par trop la chronologie. Mais ce ne sont là que des vétilles devant le plaisir de lecture que procure cette biographie qui espérons le remettra au premier plan un artiste qui aura beaucoup fait pour ruiner sa réputation.


















Je vous remercie de votre commentaire qui, s'il est partial, mais ce n'est pas un défaut en un temps où coule surtout l'eau tiède, sur un livre tout aussi partial, il ne contrdit pas la teneur de mon billet. En effet c'est curieux que Pirre Bergé soit aussi peu dissert sur ses début et en particulier sur le rôle que Bernard Buffet y a joué
J'ai eu l'occasion et l'honneur de rencontrer plusieurs fois Bernard Buffet dans le cadre du Salon d'automne dont j'étais l'un des administrateurs, j'étais président de la section photographique, lorsque Mac Avoy qui était un ami, présidait cette institution. J'ai le souvenir en ce qui concerne Bernard Buffet d'un homme affable et timide de premier abord qui se "dégelait" ensuite. Je suis totalement d'accord avec ce que vous dites sur Pierre Bergé mais la postérité n'est pas toujours aveugle. Bernard Buffet comme beaucoup de gens de ma génération a été le premier peintre français contemporain dont j'ai su le nom. Je me dis que mon amour actuel de la peinture, souvent bien différente de celle de Bernard Buffet, lui doit certainement quelque chose.
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New-York, septembre 2022, photo B.A

J'ai beaucoup aimé Michel Tournier, où plutôt j'ai beaucoup aimé son deuxième livre, "Le roi des aulnes" dont l'adaptation cinématographique donna un assez mauvais film qui ne fut sauvé fugitivement que par la présence de Caspar Salmon qui avait déjà été remarquable dans L'ÉLÈVE, que deviennent les enfants de cinéma? J'ai lu "Le roi des Aulnes" dès sa parution; j'en avais été alertée par un article du supplément littéraire du Monde qui alors traitait encore de littérature. Le livre m'a accompagné quatre jours, le lisant par petits morceaux craignant d'en terminer la lecture trop vite. J'avais le sentiment merveilleux, très valorisant pour mon égo car on pense stupidement être le seul, de découvrir un grand écrivain. Aussitôt cette lecture terminée, voyant que l'auteur avait écrit un premier livre, "Vendredi ou les limbes du Pacifique" qui avait fait quelque bruit, mais à coté duquel j'étais passé sans m'arrêter, je me suis précipité pour acheter ce premier opus de l'auteur. Je l'ai avalé en quelques jours, je n'étais déjà pas un lecteur véloce, et me suis bien demandé quel intérêt y avait-il, surtout pour un premier roman, de réécrire Robinson Crusoé qui plus est en l'alourdissant de considérations philosophiques, je n'ai guère retenu de ce pseudo roman qu'une manière originale de se masturber que près de quarante cinq ans plus tard je n'ai toujours pas expérimenté. J'ai néanmoins attendu avec impatience le prochain ouvrage de Tournier. Ce fut "Les météores" roman contenant des pages épatantes en particulier celle sur le dandy des gadoues, mais très mal construit et partant dans tous les sens. Et puis c'est à peu près tout ce qui mérite d'être cité. J'ai pourtant durant les dix ans qui ont suivi acheté et lu tous les ouvrages que Michel Tournier. Il était de plus en plus minces mais écrits dans un style de plus en plus lourd. Tournier est peu à peu passé à la trappe médiatique, qui n'est pas toujours injuste. Il restera l'homme d'un seul livre, "Le roi des Aulnes", ce qui n'est pas rien.


Tokyo, Japon, avril 2010
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France, de Claire Denis, 115 mn, 1993
Réalisation: Claire Denis
avec: Line Renaud, Béatrice Dalle, Katerina Golubeva, Richard Coucet, Vincent Dupont, Alex Descas, Sophie Simon, Irina Grejbina, Vincent Dupont, Patrick Grandperret, Tolsty, Laurent Grevill, Ira Mandella-Paul

Résumé
Un mystérieux tueur de vieilles dames sévit dans le 18 éme arrondissement de Paris et terrorise le quartier. Une jeune femme, Daiga (Katerina Golubeva) arrive de Vilnius au volant de sa vieille voiture. Elle retrouve une lointaine parente, Mina qui l’installe dans le modeste hôtel dans le 18 éme arrondissement de son amie Ninon (Line Renaud) qui anime un club de self-défense pour dame du troisième age. Daiga veut joindre Abel, un metteur en scène qu’elle a connu à Vilnius et qui avait alors promis de l’aider. Par ailleurs, un antillais, Théo (Alex Descas), vivant seul avec son enfant, travaille comme menuisier, faute de pouvoir vivre de sa musique. Il rêve de rentrer dans son pays, mais Mona (Béatrice Dalle) sa femme, refuse de le suivre et veut reprendre son fils. Théo a un frère, Camille (Richard Coucet) dont il ignore la vie privée. Camille est homosexuel et vit avec son amant, Raphael, dans l'hôtel de Ninon. Il fait un numéro de travesti dans une boite gay et se prostitue à l’occasion. Mais surtout le tueur c’est Camille! Parfois il va chercher du réconfort auprès de son frère, comme le jour où il apprend qu’il est atteint du sida. Ninon se prend de sympathie pour la jeune lithuanienne et l’emploie dans l'hôtel. Daiga, qui ne parle pas français, regarde et comprend que Camille est le tueur en série. Tandis que Daiga l’observe, la police resserre son étau autour de lui. Quand il se laisse arrêter en douceur, Daiga se rend dans sa chambre et prend tout ce qu’elle trouve. Elle repart aussitôt en Lituanie, emportant l’argent volé lors des meurtres.
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L'avis critique
Claire Denis a transposé un fait divers réel: l’affaire Paulin; un homo antillais, travesti de cabaret, prostitué occasionnel qui assassina pour les dépouiller une vingtaine de vieilles dames entre 1984 et 1987. Il fut arrêté et inculpé avec son complice qui était aussi son amant. Il mourut en prison du sida, avant d’être jugé.

Claire Denis a composé son film comme une suite de patchwork avec comme fil rouge, qui semble bien artificiel, les déambulations de la jeune lithuanienne. De nombreuses scènes pour réussies soient-elles, semblent extérieures au film, comme celle où Ninon, Line Renaud remarquable de pétulance, professe un cours de self-défense. Il semble que la réalisatrice constamment fuit, par peur de l’affronter, quoi qu’elle en dise, le vrai sujet de son film: le portrait de ce tueur (Richard Coucet, un acteur non professionnel qui crève l’écran) à la fois beau, charmeur et complètement amoral. La réalisatrice déclare pourtant: << La prise de corps c’est vraiment la seule chose qui m’intéresse. C’est assez intimidant, surtout quand c’est le corps de l’homme. Je ne peux pas dire que j’avais peur du sujet de J’ai pas sommeil mais du début à la fin, je me suis posée des questions sur le regard qu’on pouvait porter sur un projet comme celui-là. Le corps du délit, le corps de Camille, a été évidemment un objet d’observation, un mystère>>.
On sent que le film veut réinventer le film noir très urbain, L’histoire d’un sérial killer croisant d’autres personnages au hasard des tracés du destin et des rues parisiennes. Tissé de faits divers, d’ambiances contrastées, et de moments de vie, quotidienne ou criminelle, le film réinvente le paysage de la fiction dans le cinéma français. J’ai pas sommeil marque l’affirmation d’un regard intense et personnel...Le climat est absolument anti dramatique et la mise en scène ne propose jamais au spectateur la moindre possibilité, ni d’identification, ni de rejet violent, encore moins de libération par une quelconque catharsis.
J’ai pas sommeil propose une vision troublante d'un état du monde actuel, un monde assoupi, anesthésié, cacochyme, composé de victimes et de petits bastions mesquins repliés sur eux mêmes, leur argent ou leur culture, leurs mensonges et leurs clichés. Seule une représentante du passé (très réjouissante Line Renaud) incarne la mémoire d’un rapport au monde plus actif, plus en prise sur les choses: elle pourrait remplir la fonction de mentor, si seulement il y avait quelqu’un à qui transmettre cette mémoire. Les personnages du film, car il y en a, viennent de l’extérieur (des pays de l’Est et des anciennes colonies françaises). Ce sont des guerriers, ils ont avec eux la vie et la mort, la danse et la faim, l’art et le travail, la famille et la beauté, et d’infinies figures d’ambiguité. J’ai pas sommeil montre clairement ces personnages (une sauvageonne balte, un ouvrier et un assassin noir) comme des entités rebelles, déstabilisatrices, entrées dans la ville épuisée à l’ombre du clocher qui célébra l’écrasement de la Commune, le Sacré-Coeur, pour y semer le désordre et se repaître d’un trop vieux monde. Totalement dépourvu d’effet de manche, d’une implacable violence sous les apparences d’une grande douceur, un film aussi dérangeant ne pouvait que susciter un rejet massif. Ce qui n’a pas manqué.>>
Alors que tout est filmé d’une manière froide,le film n’existe vraiment que dans une sublime séquence érotique dans laquelle Camille, le tueur, fait son numéro dans une boite gay, le corps luisant, à demi-nu, séquence qui n’est pas sans rappeler celle où Isaac de Bankolé dans le premier film de Claire Denis: Chocolat soulève brutalement sa patronne blanche. On peut s’interroger sur le fait que le cinéma français n’ai pas su ensuite réutiliser une nature de la force et de la singularité de Richard Coucet. Est ce seulement un manque de clairvoyance et d’intelligence? Même s’il faut bien admettre que J’ai pas sommeil n’est pas complétement réussi, il possède une telle audace dans le choix du sujet et une telle ambition dans son traitement, qu’il est évident qu’il est un des films important du cinéma français des années 90.
Claire Denis excelle dans ce film comme dans Beau travail, mais dans ce dernier ce sont des corps blancs, a faire ressentir toute la violence animale contenue dans un corps mâle et l’on ne peut que penser à une autre femme cinéaste pour avoir aussi bien sublimé le corps masculin, c’est Leni Riefenstahl.
Sébastien Lifshitz en 1995, juste avant le tournage de Nenette et Boni(avec l'excellent et sensuel Grégoire Colin), a réalisé un très bon documentaire sur Claire Denis: Claire Denis, la vagabonde .
Tuke est né en 1858 à York dans une famille de quakers. De 1860-1874, jusqu'à ce qu'il ait 16 ans, la famille réside dans Woodlane à Falmouth, où son père a exerce la profession de médecin. C'est alors que Tuke voit ses premiers navires qui entrent et sortent de la baie de Falmouth, qu'il représentera fréquemment. Son père Daniel Hack Tuke était un important militant pour donner un traitement humain aux maladies mentales. C'était un pionniers en matière de santé mentale et a écrit plusieurs livres importants sur le sujet qui sont encore utilisés aujourd'hui par les étudiants en médecine. Son arrière-arrière-grand-père, William Tuke, avait fondé un des premiers hôpitaux psychiatriques modernes à York en 1792. Son arrière-grand-père Henry Tucke, son grand-père Samuel Tuke et son oncle James Hack Tuke étaient aussi des militants humanistes reconnus.
Tuke enfant
En 1874, la famille déménage à Londres et Henry Scott Tuke fait ses études à la Slade School of Art de Londres à partir de 1875. Il a pour professeur Alphonse Legros et Sir Edward Poynter. En 1877, il obtient une bourse de la Slade et de 1880 à 1881 il voyage en Italie. Il poursuivi ses études à Florence, où il a fait ses premiers dessins de nu. De 1881 à 1883 il est à Paris (1883) où il étudie sous la férule de Paul Laurens. Dans l'atelier de ce dernier il fait la connaissance du peintre américain John Singer Sargent qui a aussi peint des nus masculins , bien que ce fait était peu connu de son vivant, et de Jules Bastien-Lepage, qui l'encourage à peindre en plein air.
Durant l'année 1880, Tuke avait aussi rencontré l'écrivain Oscar Wilde ainsi que d'autres poètes et figures homosexuelles de l'époque. Dans les années 80, il fait partie d'un cercle de poètes et d'écrivains qui ont écrit et ont discuté de la beauté des jeunes hommes. Lui-même écrivit un poème célébrant l'adolescence titré "Sonnet to the youth", qu'il publia anonymement dans The Artist. Il contribua aussi à l'écriture du sonnet The Studio.

Sonnet à la jeunesse
Jeunesse debout sucré, triomphant par la mer,
Tous fraîcheur de la journée
Et toute la lumière
De l'aube de tes membres blanche, ferme, nu et lumineux.

En 1883 de retour en Angleterre, il côtoie des artistes tels que T.C. Gotch et Stanhope Forbes. Il rejoint une petite communauté d'artistes de Newlyn dont faisait partie Walter Langley, Albert Chevallier Tayler et Thomas Cooper Gotch, ce dernier spécialisé dans la représentation des jeunes filles devint un grand ami de Tuke. Ce groupe est désigné par les historien de l'art sous le nom de Newlyn school.

En 1885 Tuke s'installe à Falmouth, un port de pêche situé en Cornouailles. L'endroit est alors encore rustique. Mais il représente le lieu idéal pour Tuke car il lui permet de combiner deux de ses passions, la peinture et la voile. Il y passera le restant de sa vie. Sa fascination pour les navire ne le quittera jamais.
Ses premières œuvres sont narratives ou anecdotiques du type de la toile "Toutes les mains sur les cordes!" (1888-1889), par exemple, où l'on voit sept marins à bord d'un voilier dans une tempête luttant contre les éléments. Dans d'autres tableaux de cette période, Tuke place ses hommes nus dans des contextes mythologiques tel Cupidon et les nymphes de la mer (1898-1899).
Cupidon et les nymphes de la mer (1898-1899)
En 1886, le peintre achète son premier bateau, il en aura
plusieurs. C'est un vieux brigantin français, la Julie de Nantes qui était en mauvais état et qui avait besoin d'une importante rénovation. Le bateau aurait couté à Tuke 41£, soit environ le prix qu'il a reçu à l'époque pour la vente d'un petit tableau. Avec l'aide de ses amis Arthur Tanner, John Downing et Jim Diamond, Tuke convertit le bateau en atelier flottant sur lequel il pourra développer sa passion pour la peinture des adolescents en toute discrétion. La plupart des modèles étaient des garçons du cru que les toiles montrent nageant, pêchant sur le bateau ou sur la plage.


Portrait of Johnny Jackett
Tuke produisit aussi des travaux plus conventionnels sur des thèmes historiques et mythologiques. Ils sont plus facilement vendables que ces tableaux d'adolescents contemporains. Et puis ses toiles aux thèmes mythologiques lui permettaient aussi de placer des nus, mais les critiques de l'époque trouvaient le résultat plat, inanimé et conventionnel.
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The Steering Lesson
Netting Lobster
Lors de ses voyages il peint également des paysages, souvent des aquarelles comme lors de son voyage à Venise en mai 1899.C'était sa troisième visite à la Sérénissime. Il y était venu spécialement pour peindre le portrait d'Horatio Forbes Brown (1854-1926), l'écrivain et historien, qui avait déménagé à Venise en 1879 avec sa mère. Pour les fétichistes des lieux je signale qu'alors Tuke avait dormi avec son ami Brown à la Casa Torresella, sur les Zattere...
À partir des années 1890, Henry Scott Tuke abandonne les thèmes mythologiques et se consacre exclusivement à la peinture des garçons de la région, nageant et pêchant dans leur cadre habituel. En 1892, Tuke voyage en Italie, à Corfou et en Albanie. A la suite de ce voyage sa palette s'éclaircit considérablement alors que certains de ses premiers portraits étaient caravagesques. Il utilise désormais des couleurs plus fraîches. Sa technique acquiert une nouvelle liberté. Son style se rapproche de l'impressionnisme. Il commence aussi à peindre de façon plus naturaliste, sa technique se libère. Une de ses toiles les plus connues pendant cette période est August Blue (1893-1894), une étude de quatre garçons nus se baignant à partir d'un bateau dans une eau cristalline sous un beau ciel bleu. Le tableau donne une image de la jouissance, de l'innocence, de la joie simples du soleil sur le corps, de la contemplation de la mer et du ciel bleu. Avec August blue, Tuke a créé un genre qui célèbre la beauté masculine et l'intemporalité de la jeunesse. Sa préférence pour des titres évocateurs plutôt que descriptifs vient de son admiration pour Whistler.
August Blue (1893) Tate Gallery
En 1886, Tuke est un membre fondateur du club anglais d'art Nouveau. Il est élu membre de la Royal Academy (RA) le 8 mai 1914.
Tuke peignant

L'homoérotisme de ses tableaux cause un certain malaise à l'époque. C'est sans doute pour cela que dans plusieurs toiles des années 1890, Tuke tente de situer ses études de nus masculins dans des contextes mythologiques tel "l'Amour et la Nymphes de la mer (1898-99). Si les peintures de Tuke évoquent clairement son attirance pour les adolescents, aucune d'elles n'est explicitement sexuelle. Le sexe des modèles est rarement montré et les sujets ne sont jamais en contact les uns avec les autres.

Dans Noonday Heat (1903), par exemple, il représente deux jeunes gens qui se détendent sur la plage. Ils sont complètement absorbés par leur propre monde. Ils se regardent l'uns l'autre, peut-être engagés dans une conversation. Aucun regard s'adresses à l'éventuel spectateur, leur relation semble intime, exclusive, et ambiguë... De même, l'aquarelle, deux garçons sur une plage (1909) semble représenter une relation étroite et intense. Dans ce travail, l'absence d'un horizon renforce le sentiment d'intimité.

Two boys on a beach (A study in bright sunlight), 1909
Tuke développa des relations amicales avec ses modèles, mais il n'a jamais été prouvé qu'il ait entretenu des relations plus approfondies avec eux, que ce soit amoureusement ou sexuellement. On connait presque tous les noms des garçons qui posent sur pour les tableaux de l'artiste. Par exemple Tuke était très proche de Charli Mitchell, alors âgée de 15 ans, lorsqu'il pose pour première fois pour le peintre. Le garçon sera ensuite souvent employé comme modèle et il fut aussi un assistant du peintre. L'année de ses seize ans, en 1908, par exemple, Mitchell accompagne Tuke lorsque le peintre va à Shillinglee Park dans le Sussex pourt peindre le portrait du Prince Ranjitsinhji (portrait non localisé aujourd'hui) venu des Indes. Mitchell a posé dans des vêtements du prince pour la partie du corps du portrait. Même s'il est possible, et sans doute quasi certain, qu'il ait eu des relations sexuelles avec certains de ces jeunes hommes, il est également probable qu'il ait, comme beaucoup d'homosexuels de son époque, éprouvé le besoin de sublimer sa sexualité par l'art et dans des relations romantiques et platoniques.
Le baron Corvo, l'auteur d' d'Hadrien VII (1904) admirait l 'Oeuvre de Tuke. Il écrit de Venise en termes vifs et puissants toute son admiration: « Un peintre comme Tuke aurait le champ libre ici: car il n'y a pas un seul peintre pour peindre les jeunes vénitiens en équilibre sur les poupes très hautes, des gondoles sur la grande lagune, à l'aube blanche, quand les lueurs illumine leur chair blanche éclatante. Tuke est le seul homme vivant qui pourrait faire des tableaux d' eux , et il ne les a pas vus ... ». Tuke a rencontré Frederick William Rolfe, alias le baron Corvo au domicile de Gleeson White, le rédacteur en chef du studio Il ne faudrait pas croire que Tuke, malgré la réticence qu'occasionnait le fait que les adolescents soient son sujet privilégié et qu'il habitât souvent loin de Londres ait été un artiste isolé et dénué de soutiens; il bénéficia en particulier de celui indéfectible de Charles Kains-Jackson, ex-avocat, rédacteur en chef de "L'Artiste" en 1888, et leader d'une coterie homosexuels, qui comprenait nottamment E. Bonney-Steyne et Joseph Gleeson White...
Noonday Heat, 1911
Il serait réducteur de limiter l'oeuvre de Tuke à ses célébrations d'un naturisme apollinien. La grande connaissance de Tuke de la voile donne à ses peintures de pêcheurs de Cornouailles une vérité incomparable grâce à son attention portée aux détails et à sa connaissance de la vie de ceux qu'il représente. Les toiles de ce genre comme "marins Yarning" (voir ci-dessus) ont la même sincérité que ses études d'adolescent. "Marins yarning" est emblématique de sa manière par le fait qu'elle intègre une foule de détails qui attire l'œil tel celui de la tasse en émail qui attrape un éclaire de soleil, ou encore le faisceau qui brille sur le dessus de la cuillère...


À cause de ses sujets particuliers, Tuke n'arrivait pas à vendre beaucoup de ses œuvres, excepté dans les cercles restreints des collectionneurs d'art homosexuels. Il arrive néanmoins à vivre assez confortablement de son art car il était aussi reconnu comme portraitiste. Il a acquiert un atelier à Londres où il a passe les hivers. Il y travaille habituellement sur des commandes, surtout des portraits. Son travail dans ce domaine est très apprécié. Il a peint des personnalités aussi éminentes en Angleterre à l'époque que les joueurs de cricket WG Grace et Ranjitsinhji (Ranji) , deux des meilleurs joueurs de cricket de l'histoire du jeu, et surtout celui de Thomas Edward Lawrence (mieux connu sous le nom de Lawrence d'Arabie). Durant toute sa carrière Tuke alternera les portraits qui sont un peu son travail "alimentaire" et ses compositions célébrant la beauté adolescente. Son envoi en 1902 pour l'annuel et très officiel the Royal Academy's summer exhibition se compose de quatre tableaux, deux portraits et deux scènes maritimes avec des garçons, Ruby, Gold & Malachite et The Run Home. Un chroniqueur de l'époque mentionne que les toiles de Tuke sont bien accrochées et rencontre un grand succès.
Home Run a été peint peint à bord du bateau de Tuke. On y voit pour la première fois son nouveau modèle, Bert White, un jeune ouvrier de dix-sept ans qui travaillait à la fonderie locale. En tant que disciple de Jules Bastien-Lepage , Tuke souscrit à la philosophie de Millet qui voyait les paysans et les membre de la classe ouvrière pauvre comme les sujets privilégiés pour le grand art.
On peut dire aussi que Tuke est un portraitiste de... navires. Il s'est aussi intéressé au travail des marins.

L'artiste est aussi un aquarelliste accompli, en 1911, il devint membre de la Royal Society Aquarelle. Il a également travaillé avec des pastels. Il a exécuté une unique sculpture, The Watcher, dont cinq bronzes ont été réalisés. Il a également exécuté des paysages marins.

Boy (Charlie Mitchell) and His Dog at the Beach


Return From Fishing, 1907
Man In A Rowing Boat, 1907
Bien qu'une partie du monde de l'art britannique considérait Tuke comme un peintre un peu sulfureux il avait néanmoins une réputation établie et suffisante pour lui permettre de vivre correctement de son art et de voyager, une autre de ses passions, en France, en Italie, comme aux Indes. En 1900, un dîner fut donné en son honneur à la Royal Cornwall Polytechnic Society. Il serait donc erroné de se représenter Tuke comme un marginale. Lors de ses séjour hivernaux à Londres, il avait une importante vie sociale. Il se rendait régulièrement aux réunions qu'organisait Charles Jackson Kains. Jackson, écrivain et photographe amateur dont Whitman était le mentor, à son domicile sur le Lower Mall, près du pont de Hammersmith presque tous les jeudi soir. Ces réunions étaient fréquentées par un cercle restreint d'artistes, écrivains, poètes et photographes on y rencontrait John Addington Symonds, John Gabrial Nicholson, Charles Mason Fox, Laurance Housmann, George Cecil Ives et Tuke lui-même. Le procès d'Oscar Wilde essais encore dans leur mémoire et pour cette raison leurs rencontres étaient discrète. Ces messieurs y échangeaient des photos et avaient des discussions philosophiques sur la beauté de l'idéal grec...
Tuke était également proche de William Frederick Yeams (1835 à 1916), une figure bien connue de l'Académie dont il fut le bibliothécaire de nombreuses années, et du peintre Américain William Mark Fisher (1842-1923) et de son voisin George Clausen (1852-1944).
Belize 1924
En 1923, Tuke visite la Jamaïque et l'Amérique centrale. Il y produit quelques belles aquarelles. Il pénètre à l'intérieur du Belize où il est tombe malade et contraint de rentrer en Angleterre. Il ne se remit jamais bien que sa passion pour le voyage est restée intacte jusqu'à son dernier jour. Après une longue maladie, il décéde à Falmouth en 1929. Il est enterré au cimetière de Falmouth.
La touche est clairement visible sur les toiles de Tuke. Son rendu est quasi impressionniste, à une époque où la technique lisse et le fini irréprochable du néo-classicisme sont préférés par les critiques et le public. Ce qui fait la particularité de Tuke c'est son grand sens de la couleur et son talent pour figurer la lumière naturelle dans les nuances douces et fragiles de celle de l'été anglais. Si les sujets de ses peintures avaient été plus orthodoxes, Tuke aurait pu compter parmi les peintres britanniques majeurs. Mais ses choix en firent un peintre de niche, enfermé par son thème.
Si Tuke est connu pour peindre en plein air sur le motif, mais aussi en atelier avec des modèles, il n'est pas douteux que ce grand amateur de photographies en utilisait pour certaine de ses toiles. Comme le montre l'extraordinaire proximité entre un de ses tableaux et une célèbre photo de Sutcliffe.
Il ne faudrait pas considérer l'oeuvre de Tuke hors de son contexte historique, ce qu'incite le choix de ses sujets récurrents. En filigrane de ses représentations d'adolescents baignés de lumière on peut y lire: l'esprit sain dans un corps sain. C'est une devise écrite en grosses lettres sur chacune des toiles à laquelle l'artiste a mis la main. Ce souci hygiéniste le rapproche de son contemporain, le peintre suédois Eugène Jansson (1862-1915), autre grand admirateur du corps masculin. A la même époque, en Angleterre d'autres artistes représentent des baigneurs nus sans alibi mythologique comme Edward Stott (1859-1918) et l'Américain William Mark Fisher (1841-1923). Les images de jeunes hommes en bonne santé exerçant sur les plages de Cornouailles peintes par Tuke s'insère dans les débats qui font rage au début du XX ème siècle sur la santé, la sélection naturelle et l'eugénisme. Ce sont des préoccupations très présentes de la classe moyenne urbaine et intellectuelle dans les premières années du XX ème siècle. Dans son empressement à devenir alors l'atelier du monde (on peut faire le parallèle avec la Chine d'aujourd'hui), la Grande-Bretagne a créé des conditions de vie misérable pour les ouvriers dans ses villes industrielles. Il y avait aussi une interrogation par la population anglaise créée par les pertes tragiques subit par l'armée britannique embourbée dans la guerre des Boers. Pour peut être la première fois, la virilité britannique était remise en question, certains voyaient là, une dégénérescence de la races britannique primitives. À l'ère de l'impérialisme triomphant, les Britanniques, avec les discours de Gladstone, avait grandi dans la croyance en leur supériorité raciale. Elle paraissait à l'aube du XX ème siècle menacée...
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Under the western sun, 1917

Nude on the rocks, ca. 1917

Youth on beach, 1920
Il y avait donc, comme Joseph A. Kestner l'a souligné, un parallèle qui était souvent fait entre les jeunes Britanniques et les Grecs de l'Antiquité. Pour Kestner, Tuke était «le plus grand peintre de l'homme nu dans la peinture victorienne» (Joseph A. Kestner, masculinités dans Victorian Painting, 1995, p. 259). Un volet important de la peinture victorienne illustré, certes de manière différente, par Lawrence Alma Tadema, Edward Poynter et Frédéric Leighton, tendait vers l'exemple de l'idéal grec. Tuke étaient grec dans le sens où un beau corps, pour le spectateur Edwardian, signifiait une belle âme.

The three companions, 1905

Two boys and a dog, ca. 1914


Aquamarine (1928)
Le tableau immédiatement ci-dessus, "Aquamarine"" (1928-29) fut très probablement le dernier tableau auquel il travailla. Après sa mort en 1929, la réputation de Tuke s'étiola. Il fut presque oublié jusque dans les années 1970, pour être redécouvert par la première génération d'artistes et de collectionneurs d'art ouvertement homosexuels. Il est depuis devenu une figure des cercles culturels gays, objet de plusieurs publications et on assiste à une certaine inflation des prix de ses tableaux lors des différentes ventes aux enchères.
Deux importantes expositions se sont tenues en juillet 2008, en Grande Bretagne la première à Truro (au Royal Corwall Museum). Elton John, qui a beaucoup d’admiration pour Henry Scott Tuke, a prêté onze tableaux de sa considérable collection personnelle pour l’exposition. La seconde s'est déroulé à Falmouth (à la Falmouth Art Gallery) en Cornouaille, la région où Henry Scott Tuke (1858-1929) exerça son art et aussi durant ses voyages. La Fine Art Society de Londres lui a consacré, quant à elle, une exposition du 21 juillet au 28 août 2008. Afin de célébrer le 150 ème anniversaire de la naissance du peintre. Son travail peut être vu dans les collections publiques en Grande-Bretagne, par exemple à Falmouth, Plymouth, Truro, Bristol, Leeds, Nottingham et Londres à la National Portrait Gallery et Tate Gallery et aussi à la National Gallery of Australia, de Canberra et l' Art Gallery of New South Wales, à Sydney. De nombreux originaux de Tuke sont désormais détenues par Elton John. Mais attention, la dernière fois que je suis allé à la Tate Gallery, l'an passé, je n'y ai vu aucun tableau de Tuke.
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New-York, septembre 2022, photo B.A
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France, 2002, 88min
Réalisation: Christophe Honoré, scénario: Christophe Honoré & Diastème, musique: Alex Beaupain
avec: Yaniss Lespert, Pierre Mignard, Marie Bunel, Rodolphe Pauly, Jérémie Lippmann, Dominic Gould, Louis Gonzales, Joana Preiss, Alex Beaupain, Assaad Bouab, Sylvie Contant, Louis Gonzalez, Julien Honoré, Laurent Honoré, Anna Kerivel, Gwen Le Gac, Jean-Yves Le Maout, Jean-Pierre Limosin, Harmony Lucas, Abdellah Moundy, Julien Peny, Dominique Perrier, Fabrice Petit-Huguenin, Maud Pluquet, Gaetano Weysen-Volli
Résumé
Dans une famille, les quatre garçons font le bonheur de leurs parents. Pourtant, mais depuis l'annonce par Léo, 21 ans, de sa séropositivité, la vie n'est plus la même.
Léo s'applique à préserver son petit frère de douze ans, Marcel. Mais Marcel (Yaniss Lespert, qui est le frère de Jalil Lespert)
est loin d'être bête et a bien compris qu'un événement grave menace la quiétude de sa famille.
Enchaînant les bêtises, Marcel souffre. Léo, qui vient d'apprendre que son sida est déclaré, propose à Marcel de partir quelques jours avec lui à Paris...
L'avis critique
Lorsque Christophe Honoré débute le tournage de Tout contre

Léo, il ne se prend pas encore pour un auteur. Il est seulement un écrivain pour la jeunesse d'ailleurs le film est l'adaptation d'un de ses romans destinés aux adolescents. Il n'a pas encore ses tics auteuristes qui nuiront ensuite à tous ses film ni dans ses bagages le parfois encombrant Garrel. C'est paradoxalement avec légèreté qu'il filme un sujet grâve, l'impuissance face à la mort qu'il filmera ensuite moins frontalement mais qui hante tous ses films. Il faut faire l'effort de replacer le film dans le contexte historique de la maladie, avant la trithérapie, lorsque l'annonce d'un sida déclaré voulait dire une mort prochaine à brêve échéance. Le scénario traite également du silence qui entourait et en partie entoure toujours cette maladie et des dommages collatéraux qu'entraine ce silence. Tout contre Léo explore aussi un thème assez rare dans le cinéma, les relation entre frères On y voit une fratrie, de garçons qui ne sont pas encore devenus des hommes, des garçons emmêlés dans la pudeur de leurs sentiments, incapables de se dire tout, incapable de se séparer les uns des autres et sachant pourtant que l’un d’entre eux est menacé de mort.
Il faut également se souvenir que ce film était au départ prévu pour la télévision d'où une profusion de plans moyens. Ce qui n'empêche pas le réalisateur de déjà montrer qu'il est un grand paysagiste (qualité que l'on retrouve dans tous ses films et qui sauve partiellement les moins convaincant) aussi bien lorsqu'il filme sa chère Bretagne, "Tout contre Léo" est certainement son film le plus autobiographique, que Paris. Lors d'une interview une confidence de Christophe Honoré atteste ce coté autobiographique: << « J’avais cette histoire, je voulais dire à quelqu’un qui était en train de mourir de cette maladie-là que je n’arrivais pas à l’aider, et cette personne-là je voulais lui dire ça, que j’étais là. » Une vision, un peu trop idéale et lisse de la société est certainement due au cahier des charges "téléfilm" (une famille idéale, dans une campagne idéale, sans problème d'argents, ce qui devrait permette au spectateur moyen de s'identifier).
Le film connut bien des problèmes de diffusion. Lors du débat après la projection au Festival du Film Gay et Lesbien de Paris, le réalisateur expliquait qu'M6 a censuré ce film uniquement pour une scène de sexe masculine assez explicite, bien que seules soient vues deux belles paires de fesses. Alors que la chaîne avait accepté le scénario, à l'intérieur duquel la scène était clairement décrite, c'est à la vision du film monté qu'on a demandé au réalisateur de couper cette scène. Impossible a-t-il rétorqué, elle est essentielle au film. Le film devait passer au printemps 2002 sur la chaîne qui ne l'a en fait jamais diffusé... On le verra finalement sur Pink TV en septembre 2006. Au sujet de cette censure Christophe Honoré déclarait: « C’est très énervant de voir que l’homosexualité à la télévision passe s’il n’y a pas d’homosexualité. Dès qu’on veut parler du désir, du corps, et de cette sensualité un peu différente, les gens se crispent et pensent – comme M6 – que c’est susceptible de choquer les gens. »
Tout contre Léo est une tragédie familiale pleine de tact et de pudeur.
Vous photographiez aujourd'hui des coins de rue, des expositions automobiles, des constructions japonaises, mais je ne vois plus de nu artistique, sauf ceux provenant d'autres artistes... Pourquoi ? Les modèles sont-ils devenus trop rare ? ou avez-vous peut être tourné la page ? Si c'est le cas, c'est un véritable gâchis, car vous avez beaucoup de talent.
Merci pour vos compliments, petites explications puisque vous me le demandez, j'espère que si talent, il y a, il s'exprime aussi bien ailleurs que dans les nus. D'abord permettez moi de changer et de trouver mon bonheur dans d'autres sujets. Et puis j'ai vieilli, il me semble qu'à 60 ans il est moins facile de photographier des garçons nus qu'à 30. D'autre part comme vous l'avez peut être remarqué, en effet l'époque a changé et s'il n'était déjà pas facile de trouver des modèles (surtout des bons) dans les années 80, il est encore plus difficile d'en dénicher aujourd'hui. Autre chose, j'ai fait relativement peu de photos posées dans ma vie, préférant l'instantané, voler des images (ce que je continue à faire) donc assez peu de nus. Enfin il se trouve que je numérise en ce moment des photos des années 80 d'où les millésimes des images que vous pouvez voir sur mon blog. Néanmoins je ne dis pas que je ne referai jamais ce type d'images tout est affaire d'occasion...