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Stonewall

25 Juillet 2025, 06:39am

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Fiche technique :

Réalisation : Nigel Finch. Scénario : Rikki Beadle-Blair & Nigel Finch. Images : Chris Seager. Montage : John Richard. Musique originale : Michael Kamen. Décor : Charles Ford.
        Durée : 98 mn. Disponible en VO et VOST.

Avec: Guillermo Diaz, Frederick Weller, Brendan Corbalis, Duane Boutte, Bruce Mac Vittie, Dwight Ewell, Luis Guzman et Gabriel Mann.       

Résumé :
      1969 : le jeune Matty Dean (Frederick Weller) venant de son Middle-west natal débarque à New York où il espère pouvoir vivre son homosexualité de manière plus épanouissante que dans sa province. Dès son arrivée il rencontre, dans les jours qui précèdent les événements de Stonewall, deux hommes que tout oppose : La Miranda (Guillermo Diaz), une drag queen portoricaine flamboyante, et Ethan un activiste gay quelque peu coincé. Ces deux personnes vont devenir ses amants et changer sa vie.

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L’avis critique
      Pour commencer, un peu d’histoire communautaire : à New York, dans la nuit du 27 au 28 juin 1969, dans le cadre d’une vaste opération contre les bars liés à la mafia, la police fait une descente au Stonewall, 53 Christopher Street, dans le quartier de Greenwich village, un bar où les gays se rassemblent car ils ne sont pas acceptés dans les autres établissements. Pourtant, en 1966, les tribunaux new-yorkais ont reconnu aux homosexuels le droit de se rassembler dans des débits de boisson.
Le Stonewall comme bon nombre de bars est géré par la pègre locale, lointain héritage du temps de la prohibition. Son patron, Tony Lauria « Fat Tony », paie sa dîme aux « œuvres » de la police locale et reverse les recettes du soir au parrain de New York, Matty The Horse. Le Stonewall cible volontairement la clientèle gay, car elle est d’un bon rapport. Le bar accueille plusieurs centaines de personnes le week-end mais il ne possède pas de licence. Le patron est obligé de graisser la patte des officiers de police du 6e district pour ne pas voir son établissement fermer. Outre des gays et des travestis, sa clientèle comprend de nombreux émigrés clandestins, autant de raisons pour que les autorités s’y intéressent.

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Dans la nuit du 27 au 28 juin 1969, vers deux heures du matin, huit officiers du New York Police Department pénètrent dans le Stonewall. Ils effectuent un contrôle d’identité musclé de la clientèle, majoritairement afro-américaine et portoricaine, qui résiste. Ce raid était différent des interventions précédentes. Habituellement, les propriétaires étaient prévenus à l’avance par un informateur au sein même de la police qu’une descente aurait lieu. Ces « visites » avaient souvent lieu assez tôt dans la soirée pour permettre une réouverture rapide du bar.
Mais cette nuit-là, les policiers ferment l’établissement et jettent les clients un par un à la rue après avoir procédé au contrôle des identités. Deux cents jeunes gens sont expédiés sur le pavé. Au lieu de se disperser dans la nuit comme d’habitude, ils se massent sur les trottoirs aux alentours. Un barman, le portier, et trois travestis sont arrêtés et traînés vers un fourgon de police. Un petit groupe de travestis se lance à leur rescousse. La tension monte. Des bouteilles de bière et des briques volent en direction des policiers. L'histoire veut qu'un travesti, Sylvia Rivera, ait jeté la première bouteille sur les policiers. Les travestis, blacks, latinos, prostitués, étudiants, gays et lesbiennes du quartier sont rameutés. Ils contre-attaquent et disputent le terrain à une police en difficulté. Surpris, les policiers battent en retraite et, comble de l’ironie, se réfugient dans l’établissement. La foule, qui dépasse les 400 personnes, hurle des injures et tente d’enfoncer la porte du bar. Un manifestant essaie de mettre le feu à l’établissement, sans succès. Un parcmètre est arraché et vient coincer la porte du bar, bloquant plusieurs officiers à l’intérieur. La foule continue à grossir. Un feu de rue éclate. Treize personnes sont arrêtées et seront déférées devant la justice. Les renforts demandés sont accueillis par des jets de bouteilles. Des homosexuels prévenus qu’il se passe quelque chose au Stonewall arrivent de toute part. Au petit matin, la foule atteint 2 000 personnes. Elle lance des bouteilles et des pierres aux 400 policiers arrivés sur place. La police finit par envoyer la Tactical Patrol Force, une unité de police anti-émeute, alors habituée à lutter contre les opposants à la guerre du Vietnam. Ces hommes parviennent à disperser les manifestants.

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Craig Rodwell, qui avait créé en 1967 dans la Christopher Street la première librairie d'auteurs gays au monde, la Oscar Wilde Memorial Bookshop, a ameuté la presse. Les journalistes assisteront à plusieurs jours de combats, qui se poursuivront dans la rue. En effet, si le 28 juin, l’émeute se calma, la foule revint les jours suivants. Le soir du 29, un groupe de 500 personnes descend Christopher Street en chantant des slogans pro-pédés. La police anti-émeute charge à la matraque avec une extrême violence et fait de nombreux blessés. Le 9 juillet a lieu le premier « Gay Power Meeting ». Au total, les échauffourées durèrent cinq jours, toutes les brimades dont les homosexuels avaient été victimes précédemment refaisant surface. Mais comme le dit un des personnages du film : « À chacun sa légende de Stonewall... »

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Retour au calme : la dernière fois que je suis passé dans le Village, en septembre 2007, la lumière du printemps irisait les trottoirs proprets de Christopher Street que bordaient de coquets commerces arborant presque tous sur leur vitrine le « rainbow flag ». L’Oscar Wilde bookshop qui a déménagé au n°15 de la rue offre, dans sa tortueuse caverne, toujours autant de trésors que naguère. Ce jour-là, les gardiennes du temple étaient deux charmantes et compétentes lesbiennes qui étaient en âge d’avoir connu les horions de la police dans cette même rue. Le quartier, tout en étant resté gay-friendly, n’a plus grand-chose à voir avec celui du temps des émeutes. Il s’est embourgeoisé et policé comme le reste de New York, aujourd’hui une des villes les plus sûres du monde depuis les actions de son maire Guiliani à la fin des années 90. Guiliani, encore un Républicain atypique (du Great Old Party), dirige la ville depuis 1994, alors qu’aux élections présidentielles de 2004 le candidat démocrate, John Kerry, a obtenu 74 % des voix.

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Du coté de Christopher street en septembre 2007 (photos B.A)

Depuis, ces événements sont considérés comme l’acte fondateur de la libération des gays. Ils sont commémorés de par le monde, le dernier samedi de juin, le Christopher Street Day, par une gay pride.
Aujourd’hui, peu sont parmi ceux qui se trémoussent en suivant les chars de la gay pride parisienne savent que c’est l’anniversaire d’une révolte de gays quelque part dans le sud de Manhattan qu’ils honorent. Pourtant cette geste n’est pas complètement oubliée, même parmi ceux qui n’étaient pas encore nés alors, comme en témoigne cet extrait de l’excellent blog de Matoo : «  (…) Je sais que je suis un peu le seul à le penser (arf), il s’agit de la commémoration des événements de Stonewall de 1969. Et au-delà, j’y vois la célébration de l’activisme gay depuis 1968 en France. En se pavanant librement et fièrement sur le goudron, on rend finalement hommage à tous ces hommes et femmes qui ont lutté pour notre affranchissement. Et ce ne sont pas les « look hétéros » qui ont été les plus en verve, mais certainement les premiers à en bénéficier aujourd’hui. » ou encore ces phrases       signées Conrad sur un site en déshérence depuis 2002 : « Si vous êtes de ceux qui regrettent la présence des travelos aux marches, souvenez-vous qu'ils ont ouvert la voie. Si vous regrettez qu'on ne voit qu'eux à la télé, souvenez-vous que les médias montrent ce qu'ils veulent, ils n'ont pas besoin de nous pour mentir. Le travail de tolérance et de respect doit se faire tous les jours et par tous, travestis ou non. Je ne suis pas out, au boulot. Mais j'admire la force de ces gens qui ont le courage de s'exposer au jugement d'autres gens qui ne les comprennent finalement pas. Je ne suis ni travesti, ni drag-queen et je n'en ai jamais connu d'assez près ni assez bien pour en parler, je pourrais écrire des pages entières à les idéaliser, mais à quoi bon ? Pensez ce que vous voulez, habillez-vous comme vous voulez, moi, le 1er juin 2002, je marche. »

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En France, il faudra attendre le printemps 1971 pour que soit créé le FHAR (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire) et c’est seulement le 25 juin 1977 qu’eut lieu la première gay pride parisienne.
      Le film, qui d’ailleurs devrait plutôt s’appeler Avant Stonewall car seulement les dix dernières minutes relatent en une remarquable synthèse l’émeute, présente habilement mais trop brièvement le contexte historique de cette période : celui international, la guerre du Vietnam mais aussi interne au mouvement gay. Celui-ci était alors représenté par la Mattachine Society qui est montrée ironiquement au travers des réunions auxquelles assistent Matty, le héros du film. Ce groupe œuvrait discrètement pour donner plus de droits aux gays. Le mouvement voulait que les homosexuels se fondent dans la société, s’intègrent et ne soit en rien discernables des hétérosexuels, un peu l’équivalent de ce qu’était en France Acady.
Il faut savoir que si l’intervention de la police a provoqué de telles réactions, c’est certes que Judy Garland venait de mourir mais que surtout cette descente de police inopinée était comme un retour aux années précédentes. En effet, la tendance était à la tolérance envers les gays depuis l’élection en 1965 à la mairie de New York de John Lindsay, un Républicain qui présentait un programme de réformes, et celle de Dick Leitsch comme président de la Mattachine Society à New York. La police diminua sensiblement ses descentes à partir de 1965. Petite précision, le Parti Républicain était bien différent de ce qu’il est aujourd’hui sous la présidence de Bush, en particulier à New York où il était alors dominé par deux libéraux : John Lindsay et Nelson Rockefeller.
Au moins depuis Alexandre Dumas et Walter Scott on sait que la fiction est le meilleur moyen pour immortaliser des jours que l’on veut fameux. Mais pour que le roman ou le cinéma fasse de beaux enfants à l’Histoire, faut-il encore que la fiction soit puissamment incarnée par des héros auxquels le lecteur ou le spectateur puissent s’identifier. C’est ce qu’a imparfaitement réussi Nigel Finch.       

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        Le film démarre sur des témoignages, ce qui est une bonne idée qui malheureusement ensuite sera abandonnée, puis il nous entraîne très vite dans l’histoire de Matty qui débarque de sa lointaine province et qui tombe amoureux de la première personne qu’il rencontre, un joli travesti latino qui va lui servir de guide dans ce gay New York de 1969, où comme par hasard il va rencontrer immédiatement un échantillonnage de la communauté gay. La ficelle scénaristique est un peu grosse et par conséquent, on a bien du mal à s’identifier à Matty.
Le scénariste ne fait entrer véritablement le romanesque que dans la dernière demi-heure de son film, ce qui est beaucoup trop tard.
        Stonewall hésite constamment entre le film militant et sociologique, la comédie romantique et le musical. Cette absence de choix déconcerte le spectateur, le réalisateur ne parvenant jamais à mêler harmonieusement les trois veines de son inspiration. Le choix d’inclure des interviews de témoins des événement était judicieux. Ce procédé a fait flores depuis. Les frontières entre fictions et documentaires tendent à se brouiller. Il était très novateur en 1996 et on ne peut que regretter que Finch ait abandonné cette tentative et ne soit pas allé au bout de son idée. Pas plus qu’il soit allé au bout de sa volonté de transformer ce film historique en musical, ce qui aurait encore plus dynamisé Stonewall dans lequel les morceaux chantés s’intègrent mal. On voit bien que le modèle est Torch Song         Trilogy (1988) mais jamais Finch, comme le fait Fierstein, nous prend aux tripes avec son histoire d’amour entre le gay candide et le travesti romantique et blessé par la vie. Il ne parvient pas complètement non plus à mêler analyse sociologique et historique avec ses histoires d’amour. Les personnages sont trop archétypaux pour nous émouvoir. Ils sont cependant servis par des comédiens de grand talent.

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        On comprend bien que le réalisateur a voulu dépeindre les émeutes par le biais de la vie de ces quelques personnes mais cela manque terriblement de chair. En revanche, il est juste historiquement d’avoir donné le premier rôle à une drag-queen portoricaine car ce sont elles qui furent en première ligne face à la police. Comme de bien montrer l’implication de la mafia dans ce monde de la nuit ainsi que la corruption de la police.
Il est indéniable que le film est parcouru d’une énergie et d'une force de conviction qui ne se démentent jamais. Il ne tombe jamais non plus dans le glauque et le misérabilisme, bien que le film comporte quelques scènes dramatiques.
Il est paradoxal qu’un grand événement de l’histoire américaine, cette prise de la Bastille gay, comme le qualifie Edmund White, soit transposé au cinéma par un cinéaste britannique, tout comme l’un des épisodes du 11 septembre le fut par Paul Greengrass dans Vol 93.

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        Pour son premier film Nigel Finch s’est entouré de solides professionnels, ce qui n’empêche pas la flamboyance comme en témoigne la vie de son scénariste, Rikki Beadle-Blair (le créateur de l’incroyable série Metrosexuality), qui est un véritable roman. Il naît en 1962 à Bermondsey, au sud de Londres. Il est élevé par une mère célibataire, Monica Beadle, conseillère sociale et lesbienne. Originaire de Jamaïque, elle émigre à l’âge de 12 ans en Angleterre, où elle sera la première enfant noire dans son école à Peckham. À 16 ans, enceinte de Rikki, et alors que sa mère vient juste de mourir, elle est jetée à la rue par sa sœur. Rikki entre à l’école alternative de Bermondsey où les enfants étudient uniquement les matières qui les intéressent. Rikki se consacre exclusivement au cinéma et au théâtre. Il existe dans les actualités télévisées de la BBC un documentaire qui traite de Rikki enfant acteur à Bermondsey dans les années 70. À 17 ans, il donne des concerts a capella dans une librairie gay, The Word, dans le quartier de Londres de Bloomsbury. À la fois danseur, artiste de cabaret, musicien rock, acteur, chorégraphe, metteur en scène, scénariste, il parcourt le monde, danse et monte des shows dans des cabarets, présente une chorégraphie de strip-tease à... Bagdad. Il sera même assistant dans un spectacle de serpents. Il se fixe ensuite à Londres où il dirigera nombre de mises en scène en marge des circuits traditionnels. Il interprète Hamlet, mais son rôle préféré restera Blue, un punk junkie héroïnomane de Liverpool dans le film Sirens au début des années 90. Il obtient le prix du meilleur scénario         pour celui de Stonewall. Ensuite, il se consacre essentiellement à l’écriture de scénarios pour la BBC, Radio 4 et Channel 4, de courts métrages et pièces radiophoniques dont il interprétera lui-même certaines. Il participe aussi à des projets en collaboration avec le Théâtre national de la jeunesse. En 1998, Rikki travaille avec le cinéaste David Squire pour Captivated, film à un seul rôle qu’il écrit et interprète, puis A Dog’s Life, un court métrage qui remporte de nombreux prix. L’année suivante il crée         Metrosexuality (DVD édité par BQHL), une série en six épisodes pour Channel 4. Il est à la fois scénariste, metteur en scène, premier rôle et compose aussi la musique avec Mark Hawkes. En 2001, il adapte Take it Like a Man, une biographie de Boy George dirigée par Kfir Yefét pour la BBC.
Nigel Finch n’aura pas vu terminé son premier film pour le cinéma. Il meurt du sida avant qu’il soit complètement finalisé. Sa post-production est assurée par sa productrice, Christine Vachon. Cette dernière est une figure importante de la cinématographie gay. Elle a également produit entre autres : Poison, Swoon, Postcards From America, Go Fish, Safe,         Kids, I Shot Andy Warhol,  Kiss Me, Guido. Auparavant Finch a été monteur et         producteur de la série Arena pour la BBC 2. Arena lui valut cinq Oscars anglais de la télévision et de nombreuses citations internationales. Dans cette série, il réalisa des         films sur l'hôtel Chelsea, le photographe Robert Mappelthorpe et une biographie en cinq parties des Rolling Stones. The Vampyr : A Soap Opera fut récompensé par le Prix Italia en         1993. Stonewall est donc son premier et dernier film pour le cinéma.
        Chris Seager, le directeur de la photo est aussi, entre autres, celui de Beautiful Thing et d’Indian Summer (deux excellents films gays).

Le film a reçu le premier prix du Festival du film à Londres et le prix du public au Festival du film gay et lesbien de San Francisco.
        Stonewall, que l’on doit considérer comme inachevé, est un hymne à la tolérance et au courage de s’affirmer. Malgré ses imperfections, c’est un spectacle agréable et surtout indispensable pour la connaissance de l’histoire de la communauté gay.
                     

       

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DON BACHARDY

25 Juillet 2025, 06:37am

 

 
Don Bachardy est né à Los Angeles le 18 mai 1934. Il a commencé à dessiner tout enfant. Durant ses premières années d’adolescence, il s’est spécialisé dans les portraits à l’encre et à l’acrylique.




Bachardy et Isherwood à l'époque de leur rencontre







Christopher Isherwood et Don Bachardy dans les années 70




 
Le jour de la Saint-Valentin 1953, il rencontre l’écrivain Christopher Isherwood, alors qu’il a dix-huit ans et Isherwood 48. Ils resteront en couple durant plus de trente ans jusqu’à la mort de l’écrivain en 1986.

L'écart de leurs âges a choqué beaucoup de leurs amis, mais dans ses mémoires « Mon gourou et son disciple » (1980), Isherwood observe que «Je ne me suis moi-même pas senti coupable, mais je me sentais impressionné par l'intensité émotionnelle de notre relation, dès ses débuts. Je savais que, cette fois, je m’engageais vraiment".

Dans un autre livre de mémoire, Christopher et ses semblables (1976), Isherwood décrit Bachardy comme «le compagnon idéal à qui vous pouvez tout dire et pourtant être aimé pour ce que vous êtes et pas pour ce que vous prétendez être."

Sans se laisser décourager par les préjugés sociaux des années 1950 et 60, répandus, même parmi les amis d'Isherwood d'Hollywood, le couple eut une relation complexe et romantique où dévouement l'un pour l'autre devrait être enviable pour tous les couples homosexuels ou hétérosexuels.
 
 
 


Un film remarquable, mêlant documents d'archives et scènes jouées sur leur relation, intitulé Chris & Don: A Love Story , a été tourné en 2008.
 Dans Chris & Don on voit combien l'image que formait l'écrivain et le peintre a évoluée dans la communauté gay. Au début le couple est reprouvé puis au fil du temps devient comme l'icone idéale du couple gay. Si ceux qui ont fait fortuitement connaissance avec le couple, Isherwood et Bachardy témoignaient qu'ils semblaient vivre une existence idyllique et enviable dans leur maison colline Santa Monica, où ils recevaient des figures de proue du monde des arts et des lettres , et les stars de cinéma. Pourtant le documentaire montre que cette apparente perfection est le fruit d'une construction laborieuse et pas à pas par le couple.
 
 
Chrisanddon
 
 Récemment  A Single Man, le beau film de Tom Ford, basé sur le livre éponyme d' Isherwood, a été inspiré par Bachardy ou plus précisément, par son absence. Le livre a été écrit durant une période pendant le couple s'était séparé; ils ont fini par se remettre ensemble et le rester jusqu'à la mort Isherwood en 1986. Isherwood a été tellement touchée par leur séparation temporaire qu'il a écrit cette courte histoire d'un professeur d'anglais gay qui perd subitement son jeune amant dans un accident de voiture. A Single Man est devenu un de ses deux romans les plus célèbres de l'écrivain avec les histoires de Berlin.
Christopher et Heinz est un téléfilm datant de 2010 qui est a nouveau revenu sur la vie de Christopher Isherwood. Il est directement inspiré des mémoires de Christopher Isherwood, Christopher and His Kind, publiés en 1976. L’écrivain britannique y raconte entre autre son séjour à Berlin de 1929 à 1939, date à laquelle il retourna s'installer aux Etats-Unis. Au début, le jeune Christopher fut fasciné par la vie berlinoise et sa liberté. Un véritable paradis pour les gays. Mais il déchanta vite dès la montée du nazisme.
 

 

Don Bachardy, <em>Shahin</em>, 2005. Acrylic on paper, 22 x 29 in. Courtesy of the artist and Craig Krull Gallery, Santa Monica.

 




Bachardy et Isherwood Peints par David Hockney (1968).




 

Chris and Don a love story, 1980 (lithographie de David Hockney)


 

<em>Self-portrait</em>, 1976. Pencil and ink wash on paper. 24 x 19 in. Courtesy of the artist and Craig Krull Gallery, Santa Monica.

 

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Self Portrait, 1976


Je rappellerais Isherwood est entre autre l’auteur d’un court roman appelé Adieu à Berlin (1939) (souvent publiées dans un recueil intitulé Histoires de Berlin). Qui a inspiré la célèbre comédie musicale de Broadway Cabaret (1966) et le film (1972) du même nom.




Self Portrait, 2003







Self Portrait, 2003










 
Bachardy a étudié le dessin et la peinture à l' Art Institute Chouinard à Los Angeles et à la Slade School of Art à Londres. Sa première exposition personnelle a eu lieu en Octobre 1961 à la Redfern Gallery à Londres. Le romancier a été le premier modèle de Bachardy.




Andrew Ferrero, 1991

















Brent







Dan Castle, 1998







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J. Smith, 2004




 
Bachardy est particulièrement connu pour ses nus. Ils ont la particularité d'être à la fois érotiques et naturalistes. Si Don Bachardy a portraituré de nombreux inconnus, il a aussi peint, grâce aux relations de Christopher Isherwood, de nombreuses célébrités des plus diverses, artistes, musiciens,  écrivains,  notables d'Hollywood... dont Tennessee Williams, Igor Stravinsky, Joan Didion, Anais Nin, Dorothy Parker, Lynda Benglis, David Hockney et Aldous Huxley entre autres.

Ses portraits sont volontairement réalisés en une seule séance, afin de ne pas perdre l'intensité du moment. La sensibilité avec lesquelles les œuvres de Bachardy, parviennent à capter l'essence de son modèle révèle une approche proche de celle de David Hockney dans ses portraits.




Michael Izzo







Dan Gerischer, 1983







Portrait of Craig Johnson, 1983







Ed Moses, 1978







Ed Ruscha, 1978







Peter Alexander, 1970




 
Les œuvres de Don Bachardy font partie des collections permanentes du Metropolitan Museum of Art à New York, du Young Memorial Museum of Art de San Francisco, de l'Université du Texas, de la Henry E. Huntington Library and Art Gallery,de l'Université de Californie de Los Angeles, du Musée d'Art Fogg de l'Université d' Harvard, de l'Université de Princeton, de l'Institut Smithsonian, et de la National Portrait Gallery de Londres.
 
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Official portrait of Jerry Brown as Governor of California, 2010

 
Six albums reproduisant son travail ont été publiés. Sa vie et ses œuvres ont fait l'objet du film  documentaire de Terry Sanders "Les yeux de Don Bachardy". A propos de cinéma Bachardy a collaboré avec Isherwood sur le scénario de "Frankenstein: The True Story" (1973). Son livre de souvenirs, Stars in My Eyes (2000), sur les gens célèbres qu'il avait peints, est devenu un best-seller à Los Angeles.




Montgomery Clift







Portrait of Thom Gunn, 1981







Richard Sassin, September 27, 2007







Richmond Ross Luce







Robert Graham, 1972







Sean Mc Guire




 
A la fin des années 1980, Bruce Voeller de la Mariposa Education and Research Foundation a commandé à Bachardy une série de portraits d'une douzaine de leaders des droits des homosexuels. La série comprend les portraits de Elaine Noble, Frank Kameny, Phyllis Lyon, Del Martin, Morris Kight, Charles Bryden, James Foster, Bruce Voeller, David B. Goodstein, Jean O'Leary, le révérend Troy Perry, et Barbara Gittings.




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Parmi les meilleures œuvres de Bachardy les plus connues et surtout les plus émouvantes sont ses dessins et ses peintures d' Isherwood qui s'étendent sur une trentaine d'années et captent une étonnante variété d'humeurs du romancier. Dans les dessins de Bachardy des derniers moments d’Isherwood, l'empathie entre l'artiste et son sujet est palpable et poignante.

Tandis que le cancer d’Isherwood progressait, Bachardy a fait des dessins presque tous les jours voulant témoigner de la fin de vie de son compagnon, peut être aussi avait-il la folle idée, ainsi de faire reculer l'inexorable; une tentative de faire même dans la mort un processus de création que les deux peuvent vivre ensemble, une ultime fois. Les portraits qui en résultent sont le témoin d'un esprit et d’un corps en transition. Alors que la mort approchait, les dessins se font plus croquis; Bachardy faisait parfois jusqu'à neuf ou dix images par jour.

Pour ces témoignage d'une fin Bachardy utilisait des papiers aquarelle de grand format de différentes tailles, la plupart mesurant environ 40 x 32 pouces, permettant des compositions en taille réelle tout en conservant une intimité tendre avec son sujet. Certaines images sont finement nuancées et détaillées, tandis que d'autres sont d'un rendu rapide de l'ombre et des formes du visage décharné d’Isherwood. Les derniers portraits de la série ont été faits après le dernier soupir d’Isherwood le 4 Janvier 1986.




Portrait d'Isherwood







Untitled I, July 16 1985(Isherwood)







Untitled II, october 19 1985(Isherwood)







Untitled II, september 2 1985 (Isherwood)







Untitled III, january 2 1986 (Isherwood sur son lit de mort)




 
Bachardy vit encore à Santa Monica dans la maison qu’il partagea avec Isherwood (son lieu de résidence depuis plus de 50 ans), où il peint toujour des portraits. En Janvier 2010, il a montré une rétrospective de ses autoportraits (1959-2009) à la Gallery Craig Krull à Santa Monica.
 

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Les dieux nus de Claude Michel Cluny

25 Juillet 2025, 06:36am

 

 

 

Je vais essayer dans ce billet de me conformer aux désirs de l’auteur: << qui est un bon lecteur, est aussi, ce qui ne doit pas être si aisé, l'interlocuteur rêvé : tour à tour chaleureux, ironique sans agressivité, connaissant le texte, frayant à l'auteur la voie étroite de l’auto-commentaire. >>. C’est ainsi que Claude Michel Cluny défini le « bon lecteur ». Tentons d’en être un.

« Les dieux nus » est le tome V du journal de l’auteur. Il couvre les années 1978 et 1979. Cluny est né en 1930, il a donc 48 ans quand commence ce tome du journal qui n’a été publié qu’en 2006, ce qui a laissé le temps à C.M.C de l’émonder, ce qu’il n’aura pas manqué de faire…

Chaque volume de ce journal de C.M.C est une invitation au voyage. Cette fois ce sont les Etats-Unis qu’il parcourt, principalement en train. De la Nouvelle Orléans à la Floride, de Seattle à Chicago. Un peu plus tard il nous emmènera avec lui dans un ubuesque périple au Soudan pour un improbable projet cinématographique. Le temps de vaquer à ses occupations parisiennes, dont beaucoup restent floues pour le lecteur, il repartira pour une escapade vénitienne puis sans trop s’attarder sur les rives de la Seine il repartira pour les Etats-Unis cette fois pour sillonner l’ouest américain, la Californie, le Nouveau Mexique, Las Vegas…

Une fois de plus, il montre dans ses récits de voyage qu’il est un des plus grands écrivains paysagistes de langue française, l’égal d’un Nicolas Bouvier, mais en ce domaine c’est surtout à paul Morand, qu’il cite à plusieurs reprises, qu’il fait penser par sa façon de voyager, par ses réflexions sur les manières de vivre et sa détestation du tourisme de masse.

Jamais notre diariste, même s’il en a la tentation, s’abstrait de la rumeur du monde dans ces années là c’est la révolution iranienne et le génocide au Cambodge qui le préoccupe.

Le journal pour C.M.C est aussi le journal de ses amours, en l’occurrence, au début de 1978, celui qu’il éprouve pour un garçon de 17 ans, Dominique que CMC surnomme « l’escholier »*. Il réapparaitra de façon sporadique dans les tomes suivants du journal. L’escholier est bientôt supplanté par un Thierry du même âge. A ce propos, je m’interroge sur les rapports amoureux de l’auteur. Il semble beaucoup s’investir dans ceux-ci jouant volontiers les pygmalions ce qu’il fait pour l’escholier, comme il le fera plus tard pour « les Dioscures ». L’escholier est encore lycéen et visiblement issu d’un milieu modeste et doté de parents accommodants (il semble vivre seul avec sa mère). Je constate que lorsque le sujet a pris de l’âge, C.M.C s’en désintéresse, sa sollicitude s’évapore et il garde que des relations distendues avec celui qui a pourtant, durant quelques temps, été le réceptacle de son savoir et de sa sollicitude. Peut être ai-je pratiqué ainsi, mais je ne m’en souviens plus, à moins que je veuille l’oublier… C’est du moins ainsi que j’analyse les pratiques amoureuses de l’auteur. Mais il est vrai que l’on ne connait pas de quelle manière évolueront ses rapports avec « les Dioscures » puisque, hélas l’édition du journal s’est arrêtée au tome X alors que les quatre autres tomes suivants étaient prêt à être édités.  Mais il y a des exceptions au relative désintérêt de C.M.C pour ses amours anciennes, par exemple envers Béto, son ami brésilien, qui, en 1978, a trente ans et lui rend visite ce dont C.M.C. est très heureux, il l’emmène chez sa mère qui est ravie de le revoir**… Par ailleurs on comprend, à demi mot qu’il lui est arrivé d’user de gigolos, cela sans doute exceptionnellement. Ce n’est pas moi qui lui jetterait la pierre.

Chez C.M.C le poète est toujours présent ce qui nous vaux presque à chaque page des bonheurs de style, des accouplements inattendus de mots, des images qui nous font nous envoler loin de la page, comme ici: << La sérénité de Goa et les splendeurs du Rajasthan, ce rêve d’architectes qui auraient frotté sur leur coude la lampe d’Aladin, des couleurs du ciel empire Moghol, les ocres, les pourpres, les ors, les crépuscule jade et turquoise…>>.

Ses bonheurs d’écriture touches parfois des sujets inattendus: << Les W.C. dans le jardin, guérite d’où voir venir de loin les temps modernes.>>

Le temps comme il l’est toujours dans les grandes oeuvres est une interrogation majeure de l’écrivain: << Les ombres s’allongent terriblement, qui font nos amours si belles, nos désespoirs si nets, notre temps si compté.>>, << Tu voudrais arrêter le temps prendre le visage aimé entre tes mains, le confier à l’heure qui passe afin qu’elle s’arrête, qu’elle fixe à jamais la perfection du bonheur d’aimer - qu’elle admette cette illusion du temps suspendu, des amours parfaites, des erreurs effacées, des déchirements aussi anciens que l’amour d’aimer.>>

L’amitié tient une grande place dans la vie de C.M.C. Dans ce tome il fréquente particulièrement Guibert et Zouc, Alice Sapritch et aussi Jean-Louis Bory broyé par la dépression qui lui sera fatale. Il tient une sorte de journal du naufrage de Jean-Louis Bory.

Plus par obligations professionnelles que par gout, il côtoie le milieu littéraire, artistique et journalistique parisien ce qui lui donne l’occasion de brosser des portraits souvent cruels: << Jean d’O, le zéro des 40.>>, << Chéreau, un petit maitre à talons rouges se déhanchant pour faire croire qu’il pense.>>, << Mary Marquet, un mètre quatre vingts et des pieds qui entraient en scène deux alexandrins avant elle.>>, mais aussi de faire de fines analyses: << Il m’a toujours paru qu’il y avait quelque chose de faussé, voire de faux dans le rapport de Barthes à l’écriture: il ne lui fait pas confiance, il la craint pour ce qu’elle révèle en dépit de soi. Il est un voyeur des textes, et la passion, fut-elle une passion froide, qui anime tout véritable écrivain lui fait peur.>>, << Guitry, Anouilh, théâtre de répliques sans personnages, où des pantins échangent des mots comme autrefois les cocus échangeaient des balles.>>.

Un peu comme les carnets de Montherlant, C.M.C. parsème son journal d’aphorismes et de réflexions morales: << Séparer la sexualité de l’amour: une manière de donner du temps au bonheur.>>, << Le nationalisme n’est souvent que la réduction du politique à une pulsion primaire, dont les foules aiment à s’aveugler.>>

C.M.C n’est pas sans s’interroger sur le fait de tenir un journal en se référant à d’autres prestigieux pratiquants de cette discipline: << Pour Green et pour Gide à ses débuts, le journal s’irriguait à la source du non dit. Une oeuvre, fut-elle de nature romanesque, se fortifie de ses réserves qui le jour venu, en se révélant emportera l’obstacle du doute, emportera les hésitations. >>. Cette intéressante remarque donne un alibi au diariste pour ne pas tout révéler, ce qui n’est en général pas le projet de celui-ci… Ou encore sur le même sujet: << C’est une discipline qu’un journal, mais je m’y astreins non sans plaisir. C’est Gide qui avec Léautaud, a fait du « journal » le miroir du temps et le miroir intérieur.>>.  Son intérêt s’étend bien sûr à d’autres modes littéraires: << Savoir en quelques lignes, le temps d’un oeuf à la coque et d’un toast avec le thé du matin, boucler un destin ou défaire sans y toucher un noeud gordien romanesque, voila bien à quoi excellent les nouvellistes anglo-saxons.>>

C.M.C rend compte, mais assez brièvement de ce que l’on pourrait appeler sa vie culturelle, cinéma bien sûr puisqu’il est partie prenante dans le dictionnaire du cinéma qu’édite Larousse, mais aussi théâtre, il n’est pas tendre avec les mises en scènes de Vittez et comme il se doit pour un écrivain, la littérature, s’il lit constamment ses lectures ont relativement peu d’échos dans son journal. Les dieux nus me font entrevoir ce que je pensais déjà. C.M.C au fond n’aime pas le roman, même s’il lit avec plaisir certains romanciers comme Graham Green, mais il n’aime pas ceux de Modiano: << Les roman de Modiano sont des meringues nappées de brouillard.>>. Cette constatation m’amène à m’apercevoir que pour être un grand diariste, et même un moins grand, on ne peut pas être vraiment un romancier. Pour tenir son journal, il faut être empli de soi-même, il n’y a plus de place pour les personnages d’un roman. Vous me rétorquerez qu’il y a des exceptions mais elles sont rares, Julien Green certainement et peut être Gide; mais oncle André n’a selon son propre aveu, écrit qu’un roman, « Les faux monnayeurs » mais est-ce vraiment un roman ? N’est-ce pas plutôt une auto-fiction dans laquelle la fiction aurait pris le pas sur l’autobiographie, contrairement à la plupart des auto-fictions que l’on peut lire aujourd’hui dans lesquelles la fiction n’a qu’une minime part.

Un journal est surtout le portrait de son auteur mais celui de C.M.C fait un peu exception à la règle, bien des pans du personnage reste dans l’ombre; pourtant j’ai déjà lu plusieurs centaine de pages de « L’invention du temps », titre générique qui coiffe tous les volumes du journal de C.M.C. Je commence donc à connaitre un peu le personnage, d’autant que dans « Les dieux nus », une fois n’est pas coutume, notre diariste laisse entrevoir quelques fragments triviaux de son quotidien. Oh rassurez vous rien des épanchements hypocondriaques d’un Amiel ou d’un Renaud Camus, très peu de choses sur ses soucis de trésorerie, on n’est pas chez Brenner mais tout de même une légère ouverture sur le quotidien prosaïque de l’auteur. Malgré cela je ne comprend toujours pas comment financièrement il parvient à faire autant de voyages et en plus presque toujours en première classe. Ceux qui verront dans cette interrogation un soupçon de jalousie n’auront pas forcément tort… Et puis il ne descend presque que dans des hôtels de première catégorie. Ce que j’approuve complètement. Pourquoi en voyage être plus mal que chez soi? Mais justement nous apprenons que C.M.C habite un studio rue de La Harpe et cela depuis douze ans. Il me semble qu’il y a un hiatus entre habiter un studio et retenir des suites dans les hôtels mais à la fin du volume notre globe-trotter se rend acquéreur d’un appartement plus vaste avenue Parmentier…

Mais au delà de mon verbiage ce qui fait l’immense qualité du journal de Cluny c’est, que comme Flaubert, il hausse la prose à la hauteur de la poésie. Cluny est l’héritier à la fois de Flaubert et de Morand.

 

  • On peut espérer que l’ « escholier » et Thierry soient toujours de ce monde, ils seraient aujourd’hui aux abords de la soixantaine. Si par miracle ils lisaient ces lignes j’aimerais beaucoup avoir leurs témoignages sur Claude Michel Cluny. Cet appel s’étend à tous ceux qui ont connu l’écrivain.

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CHAT ET STREET ART À GRENADE

25 Juillet 2025, 06:35am

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Grenade, Espagne, avril 2011

 

 

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SINGLE MAN DE TOM FORD

24 Juillet 2025, 06:36am

 

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USA, 2009, 1h 30 mn
 
 
 
Réalisation: Tom Ford, scénario: Tom Ford d'après le roman de Christopher Isherwood, image: Eduard Grau, montage: Joan Sobel, décor: Dan Bishop, costume: Arianne Phillips, musique:Abel Korzeniowski & Shigeru Umebayashi
 
 
 
avec: Colin Firth, Julianne Moore, Nicholas Hoult, Matthew Goode, Jon Kortajarena
 
 
 
Résumé:
 
 
Nous suivons, sur une journée, George Falconer ( Colin Firth ), un anglais d'une cinquantaine d'années, professeur à l'université de Los Angeles et homosexuel. L'homme est brisé par la mort accidentelle de son ami Jim ( Matthew Goode ), avec lequel il vivait depuis seize ans. George a décidé que cette journée sera la dernière et qu'à son terme, il se tirerait une balle dans la tête. Des retours en arrière, réminiscences du bonheur passé, nous font revivre la passion amoureuse entre Jim et George. Dans son ultime jour, il souhaite faire ses derniers adieux, que ce soit à sa femme de ménage, à sa secrétaire, à ses élèves… Il passe à la banque pour vider son coffre, il écrit des lettres d'adieu pour les uns et les autres, il choisit méticuleusement ce qui sera sa dernière tenue. Cet homme élégant veut partir avec élégance, sans gêner personne. Mais George, découvre la beauté du monde. Tout l'enjeu du film réside dans le suspense suivant: est-ce que cette redécouverte de plaisirs simples, le fait que Charley, sa meilleure amie ( Julianne Moore) lui dise qu'il lui est indispensable et surtout que son bel étudiant préféré, Kenny (Nicholas Hoult) soit amoureux de lui, suffiront pour que George revienne sur la décision de se tuer?
 
 
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L'avis critique
 
 
Il y a des acteurs qui font un sort à chaque réplique et plus rare des cinéastes qui en font un à chaque image. C'est le cas de Tom Ford qui a fait de « Single man » une suite de tableaux où tout est signifiant et a été minutieusement étudié. Les cadrages sont réglés au millimètre. Les couleurs sont minutieusement choisies pour toujours être en harmonie entre elles. Leurs tonalités indiquent l'humeur du héros-narrateur; quand il échappe à son mal de vivre, elles se réchauffent et de ternes deviennent étincelantes. Du moindre plan même d'une non action aussi triviale que son personnage sur les cuvette des W.C. Lisant un livre, le réalisateur le transforme en une image esthétique qui en plus nous informe sur la psychologie de George.
 
Comme vous le savez un de mes vices, est de découvrir dans les films d'époque, et en particulier ceux se déroulant dans le XXème siècle, que nous avons quitté il y a dix ans déjà, l'anachronisme ayant échappé tant au réalisateur, qu'au monteur et à la script, je n'en ai pas vu le moindre durant tout le film. Si je n'ai qu'un léger doute c'est sur le slip de Kenny que bien évidemment je ne quittait pas des yeux, espérant qu'il disparaisse, ce qu'il fit; c'est que j'en trouve l'étoffe bien légère pour un modèle de 1962. J'en appelle aux spécialistes pour me donner leur avis sur le sujet et puis en ce temps là les jeunes américains n'étaient ils pas plus porté sur le caleçon blanc?
 
 
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On peut regretter que le film ne nous offre que de belles vues arrières de la nudité de Nicholas Hoult (voir les images en fin du billet), mais je suppose qu'une vue frontale aurait par les temps qui courent condamné le film à une quasi clandestinité...

 

 

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Tout dans le film n' est qu'une suite d'images superbes. Le moindre objet est une merveille y compris le pistolet avec lequel George doit se donner la mort. La caméra s'attarde sur ces ustensiles souvent lourds de sens, en les isolant dans des plans marquées par une faible profondeur de champ et un piqué sans reproche. « Single man » est un film raffiné qui sous la simplicité de son intrigue offre une lecture à plusieurs niveaux. Le spectateur connaissant un peu l'Amérique de ce début des années 60 n'en retirera que plus de plaisir. Il demande d'être attentif au décor, ce qui n'est guère difficile car trop parfait, il a tendance à monopoliser l'attention. Ainsi aperçoit, on dans le bureau de la somptueuse maison d'architecte que George habite, un petit dessin de DonBachardy. Il est là pour nous rappeler que « Single man » est adapté du roman éponyme de Christopher Isherwood. Don Bachardy et l'écrivain ont vécu ensemble de longues années dans une maison dans les canon de Los Angeles. Single man est en parti autobiographique. C'est en1953, que Don Bachardy, il avait dix-huit ans, a rencontré Christopher Isherwood qui était alors âgé de quarante-huit ans. Ils ont vécu ensemble jusqu'à la mort d'Isherwood en 1986. Un certain nombre de romans d'Isherwood présente en couverture un des portraits au crayon que Bachardy a réalisé de l'auteur. Un film sur leur relation Chris & Don: A Love Story est sorti en 2008. Bachardy figure au générique de « Single man » en tant que consultant...
 
 
 
 
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La superbe maison dans laquelle a été tourné la majeure partie de "A single man" de Tom Ford a été à vendre 1,5 million $, peu après le tournage du film. C'est The Schaffer residence qui a été construite en 1949 par l'architecte John Lautner. Elle est située à Glendale soit à 15 mn de downtown L.A. Me souvenant de mes pérégrinations californiennes, j'ai été surpris qu'une telle maison dans les collines soit aussi près de la plage... J'avais raison, mais c'est la magie du cinéma, dans la réalité The Schaffer residence est assez loin de la mer...
 
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J'ai lu dans une interview du cinéaste, il avait rencontré tout jeune ce couple célèbre lorsqu'il fréquentait leur ami David Hockney. Il nous reste plus qu'à espérer que le surdoué Tom Ford écrive rapidement les souvenirs de ce temps là...
Parfois l'image est si belle que l'on ne peut s'empêcher de la trouver un peu trop parfaite comme celles de la belle scène entre George et Carlos, le jeune prostitué espagnol ( Jon Kortajarena ) qui échangent des propos désabusés et presque tendres devant une immense affiche de « Psychose » où le regard horrifié de Janet Leigh. Pendant leur conversation le ciel de Los Angeles tourne à l'orangé et toute la scène baigne dans une lumière qui se réchauffe progressivement. Ce sont sans doute le souvenir de son ancien métier qui fait que Tom Ford joue constamment sur les couleurs. Par exemple, le réalisateur évoque la monotonie du quotidien de George par le procédé, certes classique, de la désaturation des images qui fait tendre la couleur vers le noir et blanc. Au contraire les couleurs sont saturées dans les scènes où Kenny « ressuscite » son professeur transi. C'est aussi par un artifice de la couleur que Tom Ford parvient a nous faire sentir le déchirement de George, son impossible deuil. Hier il lisait en écoutant de la musique avec Jim, leurs chiens à leurs pieds dans la lumière mordoré de leur salon et le lendemain, il n'est plus là. La couleur a presque disparu. On éprouve la douleur physique de celui qui reste, échoué en un monde qui a perdu tout sens pour ce naufragé. Parfois aussi la colorimétrie varie au sein d'un même plan...
Toute cette magnificence, toute cette science et ce léché de l'image, à un moment de la projection j'ai pensé à Visconti, (et aussi à James Ivory et Wong Kar Wai) sans doute à cause de la morbidité qui sous tend le film comme elle sous tendait « Mort à Venise » et « Violence et passion », fait paradoxalement en partie obstacle à l'empathie que l'on devrait avoir avec Georges cet homme bien sous tout rapport, brisé par un absurde et cruel destin. 
L'artificialité assumée de l'image est en complète contradiction avec le jeu naturaliste, et parfait, des acteurs et avec le genre mélodramatique du récit. Cette collision peut surprendre, décontenancer et même agacer, mais après tout comme ce parti pris est tenu, et avec quelle maestria de bout en bout, il devient un style, une signature, ce qui n'est pas rien pour un premier film, il ne reste plus qu'a attendre la prochaine collection... Tom Ford avant de se mettre au cinéma était styliste; à moins de trente ans il a sauvé la maison Gucci et à moins de quarante on lui doit les derniers feux d'Yves Saint-Laurent. Et voilà que juste avant la cinquantaine, il réalise un film qui ne ressemble à aucun autre, sur un sujet bien peu consensuelle, l'impossibilité d'affronter la vie après la mort de l'être cher. D'autant que cet amour brisé est un amour homosexuel. Il y ajoute quelques thèmes annexes aussi que dérangeant que les relations amoureuses entre un élève et son professeur de même sexe, l'alcoolisme mondain, le fantasme de la peur dans la société américaine... J'ajouterais un regard non dénué de chaleur et de compréhension pour la prostitution masculine. C'est beaucoup, c'est courageux et c'est un véritable tour de force d'aborder tout cela, en invitant à la réflexion en 1heure trente tout juste. Le montage aurait pu être même encore plus sec en s'attardant un peu moins dans certaines scènes de liaison comme celles dans le joli coupé Mercédes 220 S et en écourtant celle avec la petite fille dans la banque.
A propos de cette dernière séquence, que l'on pourrait croire issue d'un film fantastique, il est remarquable que le réalisateur, dans un film aussi dense, mais toujours fluide, se permette des sortes d'apartés dont celle très réussie et à la limite du burlesque, de George cherchant la meilleure position pour s'occire. On croirait du Tati grinçant. Devant d'autre séquences ont peine à déceler si elles sont réelles ou oniriques...
A ceux qui pourrait reprocher le manque de réalisme de son film, Tom Ford a répondu par avance: A ses détracteurs, le cinéaste novice répond : « L’époque du film s’y prête : on est en plein dans l’American Dream, les gens aimaient le chic et l’élégance. Et puis je veux faire rêver les gens : si vous cherchez du réalisme, il y a la télé et les documentaires ! Je crois que même si je faisais un film sur les bidonvilles, il y aurait du glamour ! » .
On ne s'étonnera pas que Tom Ford est situé son premier film à l'homme des années 60. Il a depuis ses débuts de styliste puisé son inspiration dans les modèles de ces années là. La relecture des codes vestimentaires plus que simple recours à une nostalgie factice, est la pratique forgea son style. On peut constater qu’il en va de même pour son entrée en cinéma... Et Colin Firth devint le nouveau Cary Grant...
Tom Ford dans « Single man » ne renie pas son amour de la mode en témoigne la forte présence des lunettes, l'accessoire fétiche du créateur; à ce sujet, on retrouve Nicholas Hoult dans la campagne publicitaire de la collection de lunettes printemps-été 2010 de Tom Ford... On peut aussi considérer que l'impeccable vestiaire des personnages, est un clin d'œil de l'artiste à l'autre facette de sa vie.
Très intelligente est la façon qu'à le scénario, par petites touches, de situer l'histoire privée de George dans l'Histoire, la crise des missiles cubains en 1962... De même c'est avec beaucoup d'habileté qu'il traite la condition des gays américains à cette époque, condamné à la clandestinité même dans un milieu privilégié économiquement et intellectuellement. La discussion que George a avec Charley est très révélatrice à ce sujet. Cette ancienne beauté, griffée par l'abus de gin, ne peut concevoir la relation entre deux homme que comme une un pis aller, une substitution, un ersatz par rapport au seul amour véritable à ses yeux, celui d'un homme et d'une femme dont le but et le devoir est la procréation.
 
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Chaque acteur est magnifié par la caméra d'Eduard Grau. Ce qui n'est pas un exploit lorsque l'on a sous l'objectif d'aussi beaux spécimens humains que Colin Firth qui tient tout le film et qui n'a pas volé son prix d'interprétation à Venise, Julianne Moore, Nicholas Hoult qui a su bien rebondir après « Skins » et Jon Kortajarena mannequin vedette et dont c'est le premier rôle au cinéma, ce qui ne l'empêche pas d'être exemplaire dans la seule scène qu'il a à défendre.
Le fait que cette histoire d'amour soit une histoire entre deux hommes n'est pas primordiale au fond. Tom Ford avec raison veut élargir le propos: << Le thème de l'homosexualité n'a pas été décisif: c'est une histoire universelle sur l'isolement et la perte d'un être cher. Le livre a beaucoup fait parler à sa sortie, en 1964, parce que c'était la première fois qu'un auteur traitait de l'homosexualité d'une façon très normale (...). Pour ma part, je suis très à l'aise avec ma sexualité et, si je devais lister dix choses qui me définissent, être gay n'en ferait pas partie (...) L’une des choses que j’ai toujours aimées de Christopher Isherwood, c’est la manière dont il traite de l’homosexualité, affirme Ford. Le personnage gai de l’histoire est tout simplement dépeint comme un être humain qui vit sa vie (…) Je ne voulais pas que le film soit l’histoire d’un gai ou une histoire vraie, mais qu’il soit une histoire humaine. Plus nous réaliserons que l’amour entre deux personnes, c’est l’amour en tre deux personnes, mieux nous nous porterons tous.»
A noter que dans la bande son on entend entre autres une belle chanson d'époque de Serge Gainsbourg.
J'aurais préféré que le film se termine par un happy end que les protagonistes me semblaient avoir mérité (pour cela partez cinq minutes avant la fin sur le plan de George refermant la chambre sur kenny dormant... L'ami avec qui j'ai vu le film me faisait remarquer qu'il y avait bien un happy end... pour la femme de ménage. Et puis il reste une question qui reste béante qu'est devenu le deuxième chien?
Pour voir la vidéo, cliquez sur l'image ci-dessous.
 
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Il existe en France un très beau blue ray de ce film indispensable pour pleinement en profiter...

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Sur les plages de Naxos

24 Juillet 2025, 06:35am

Naxos, juillet 2020, photo B.A

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Hockney à la Fondation Vuitton (1)

24 Juillet 2025, 06:34am

Portrait de son père, Premier tableau vendu par David Hockney alors qu'il n'avait pas encore 20 ans.

Paris, juillet 2025, photo B.A.

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LES JARDINS DU GÉNÉRALIFE À GRENADE

24 Juillet 2025, 06:33am

Le plus grand plaisir que peut offrir l'Andalousie est à mon sens celui de se perdre dans ses jardins. Ci-dessous vous trouverez quelques images, j'espère évocatrices, de ceux du Généralife qui se trouvent dans l'ensemble de l'Alhambra ( la rouge en arabe) de Grenade.

 

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Grenade, Espagne, avril 2011

 
 

 

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CHRIS & DON, A LOVE STORY

23 Juillet 2025, 06:33am

 
USA, 2007, 90mn, documentaire biographique 
Réalisation: Tina Mascara, Guido Santi
Résumé:
Chris and Don retrace l'histoire d'amour de plus de trente ans qui unit deux hommes exceptionnels, l'écrivain Christopher Isherwood et le peintre et dessinateur Don Bachardy de 1952 à la mort d'Isherwood en 1986.
 
L'avis critique
Le film commence par évoquer à grands traits la vie de Christopher Isherwood avant sa vie commune avec Don Bachardy. On brosse le portrait de l'écrivain, de sa naissance en 1904 dans une riche famille anglaise, puis ses étude à Cambridgeà ce qui fut une étape importante dans sa vie, son départ en 1929 pour Berlin pour se consacrer à l'écriture et ... aux garçons. En compagnie de son ami le poète W Auden, il tombe amoureux d'une ville où il peut vivre son homosexualité jusqu'à l'arrivée d'Hitler qui le contraint à fuir ces lieux devenus désormais inhospitaliers. Après une errance en Europe, il embarque pour les Etats-Unis, pacifiste convaincu essentiellement pour fuir la guerre, d'abord pour New-York où il ne se plait pas, puis il met le cap à l'ouest et se fixe à Los Angeles. Il y découvre les religions orientales et des jeunes gens à son gout. Sur les rives du Pacifique la carrière littéraire de Christopher Isherwood s'épanouit. En 1952, sur la plage de Santa-Monica, il rencontre un joli garçon de 18 ans, Don...
 

 

 
C'est le Don Bachardy d'aujourd'hui qui évoque d'abord son enfance et son adolescence fascinées par le cinéma et surtout par les stars d'Hollywood. Il nous raconte par le menu les débuts de son aventure avec Christopher Isherwood qui durera trente ans même si elle ne fut pas toujours au beau fixe. Il ne cache pas les réactions d'homophobie que leur relation provoqua. Il faut dire que le très appétissant Don d'alors faisait plus jeune que son âge et arborait parfois des tenues, que l'on voit sur les petits films d'époque, qui étaient de véritables appels au viol.
 
 
C'est avec beaucoup de simplicité et d'émotion que l'artiste renommée d'aujourd'hui se rappelle le garçon ignorant et naïf d'hier, angoissé et ébloui à la fois par les célébrités que son ami lui présentait. Le film est a ce titre un document exceptionnel car on y aperçoit dans leur quotidien, en compagnie du couple, les célébrités les plus diverses que côtoyait Isherwood, W. H. Auden, Forster, Anna Magnani, Burt Lancaster, Igor Stravinsky, Aldous Huxley, Raymond Chandler... Christopher Isherwood emmène son jeune ami en Europe et on les voit en amoureux à Venise et à Paris.
 

 

Comme en témoigne Leslie Caron, John Boorman, Liza Minnelli, et quelques autres Christopher Isherwood n'a jamais caché son ami. Il a toujours fait comme si c'était une évidence qu'ils étaient en couple. Ce qui n'allait pas de soit dans l'Amérique des années cinquante et soixante d'autant que le différence d'âge entre les deux hommes, plus de trente ans, ne passait pas inaperçu. C'est toujours avec la même évidence tranquille dont Don Bachardy ne se départira que lors de l'évocation de la mort de son ami, qu'il explique que c'est Christopher Isherwood qui le poussa à s'inscrire dans une école d'art, malgré l'hostilité de ses parents et que c'est lui qui paya ses études. Isherwood est donc un des très rares pygmalions qui ait réussi.
 

 

C'est avec franchise que Don Bachardy explique que lorsqu' Il a commencé à se rendre compte qu'il pouvait vivre d'une façon indépendante en raison du succès de ses oeuvres, il s'est poser la question de rester avec Isherwood. 
 
 
 
J'ai appris que  pendant les années 70, Chris et Don ont commencé à collaborer sur divers projets d'écriture, tels qu'un "Frankenstein" dans lequel le monstre nait beau et se dégrade au fur et à mesure pour devenir repoussant. Les quelques images que nous voyons de ce film donne très envie de le voir (si quelqu'un en connait le moyen, il est le bien venu.). Car un autre immense intérêt de Chris and Don, a love story, est de nous montrer de très nombreuses oeuvres de Don Bachardy. Celles-ci seront une découverte pour beaucoup de spectateur tant un artiste de son envergure n'a pas le droit de citer dans notre triste landerneau artistique pour les raisons que j'ai moult fois décrites.
 

photographié en juillet 2025 à l'exposition Hockney 25 à la Fondation Vuitton photo B.A

Après la mort de son compagnon, Bachardy a continué avec beaucoup de brio sa carrière d'artiste. On le voit, aujourd'hui, peindre un nu très puissant. J'ai été surpris de ne pas voir David Hockney dans ce film car outre qu'il pris Christophe Isherwood et Don Bachardy comme modèles pour le premier tableau de sa célèbre série des doubles portraits. Le couple fut ses premiers amis en Californie et leur relation était un modèle pour Hockney qui essaya de faire de même avec Peter Schlesinger, mais pas avec le même succès. Ceci explique peut être l'absence d'Hockney. Chris and Don, a love story est un documentaire passionnant, inventif dans sa forme et émouvant qui intéressera aussi bien les spectateurs qui s'intéressent à l'histoire, à la littérature, à l'art contemporain qu'aux belles histoires d'amour. En plus voila un film qui contrairement à de nombreux opus, en particulier ceux du cinéma gay qui nous force à rester 90 minutes avec des gens qui n'ont aucune espèce d'intérêt. Dans Chris and Don nous entrons dans l'intimité, sans voyeurisme, de deux grands artistes que nous sommes ravis et émus de rencontrer.

En 1981 a été diagnostiqué chez Christopher Isherwood un cancer de prostate. Bachardy l'a soigné au cours de sa maladie. Durant les six derniers mois de la vie de l'écrivain, Don Bachardy le prend comme unique modèle et le dessine tous les jours. Ultime preuve d'amour, tentative de repousser l'inéductable... Sur ses dessins extraordinaires de force, presque insoutenables de crudité l'artiste a figé la mort en marche.
Lorsqu'ils étaient éloigné l'un de l'autre, ils s'envoyaient de petites cartes sur lesquelles chacun se figurait en animal, Christopher Isherwood en cheval et Don Bachardy en chat. Ce dernier très spirituellement confesse qu'ils n'ont jamais eu d'animaux de compagnie car ils étaient chacun l' animal de compagnie de l'autre.
Des courts dessins animé ayant un cheval et un chat pour héros ponctuent le film. Ils mettent en scène et à distance les différentes phases de la relation des deux homme de manière à la fois drolatique et émouvante. Au détour de ces insères, on apprend que c'est lors d'une des phases difficiles des rapports entre Chris et Don, lorsque Christopher Isherwood donnait des cours de littérature à San-Francisco, tandis que Bachardy était resté à Los-Angeles, qu'est né "Single man"  merveilleusement adapté par Tom Ford, court roman dans lesquels Christopher Isherwood prend pour héros un homme qui a perdu son amant. Les réalisateurs sont moins heureux lorsqu'ils ont éprouvé le besoin de faire des séquences de reconstitution pour illustrer les propos de Don Bachardy, heureusement elles sont courtes et rares.

 

 
Commentaires lors de la première édition de ce billet
 
le "frankenstein" qu'ils ont écris ensemble, avec James Masson en Polidori et Michael York en créature (ne me souviens plus du tout de qui fait le baron apr contre? David Mc Callum peut être, ou alors je melange deux version?) est passé il y a quelques année sur france 3 en fin de soirée. 
 
Je me rappelle avoir était fortement marqué pour le double sens qui semblait flotter sur 'l'ensemble du film, et je n'ai découvert qu'après qu'il avait été écris par l'auteur fétiche de ma prime adolescence.
...nostalgie!
 
Posté par valentine deluxe, 27 mai 2010 à 21:45
 
oups! après verif, ce n'est pas Michael York mais Michael Sarazin qui faisait la bestiole!
Posté par valentine deluxe, 27 mai 2010 à 21:46
 
Merci...
... de m'avoir fait découvrir ce documentaire, Bernard, après lecture de votre article. J'en sors abasourdi par tant d'intelligence, de beauté, de profondeur... Et je découvre avec une joie infinie l'œuvre de Don Bachardy, stupéfiant portraitiste... Je me demande quel sujet n'est pas abordé dans ce film : la vie, l'amour, la mort, l'art, les correspondances entre les quatre, l'homosexualité, la fascination des gays pour les stars... Je déplore avec vous l'usage (heureusement limité) des reconstitutions, qui s'intègrent moyennement bien à l'ensemble. En revanche, la scène animée finale avec le cheval sur la lune et le chat qui fait dodo est vraiment de trop, et ruine le finale en y apportant une touche de mièvrerie à la limite du risible, bien dispensable après tant de sincère émotion...
 
Un film superbe, ceci dit, qui risque de tourner souvent dans mon lecteur...
 
Posté par BBJane, 27 mai 2010 à 23:01
 
Nota bene...
Que de ressemblances également avec le "Gods and Monsters" de Condon !... Faut-il s'étonner que le spectre de Frankenstein flotte sur l'ensemble ?...
Posté par BBJane, 27 mai 2010 à 23:03
 
réponse à Valentine deluxe
Merci pour toutes ces précisions et informations
Posté par b a, 28 mai 2010 à 06:46
 
réponse à BB jane
Encore merci pour les liens vers le Frankestein.
 
Si je suis entièrement d'accord avec vous avec l'écho que ce film fait avec le Gods and monsters de Condon en revanche je trouve que la petite scène animée est particulièrement bien venu, mettant à distance, pudiquement le chagrin de Don Bachardy. Et faisant que le film se termine par une séquence plus légère que celle des larmes du peintre. Mais ce ne sont là que des détail pour ce film superbe aussi bien dans la forme que le fond
 
Posté par b a, 28 mai 2010 à 06:52

 

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Une saison à Hydra d’Elizabeth Jane Howard

23 Juillet 2025, 06:32am

 

 

Ce n’est pas dénigrer le beau roman d’Elizabeth Jane Howard, paru en Angleterre en 1959, que de constater qu’il a été écrit sous l’influence de Virginia Woolf et que par là même il constitue un idéal tremplin pour aborder l’oeuvre de cette dernière. Le roman se déroule du printemps à la fin de l’été. Nous sommes au milieu des années 50. Nous y visiterons plusieurs lieux successifs d’abord Londres, puis New-York, puis Athènes, puis Hydra, c’est dans cette ile grecques que se dénouera l’action et enfin retour à Athènes. Ces changements de décors  et les transitions, voyages en avion ou en bateau qui les accompagnent sont intrinsèquement liés à la narration.

Il y a quatre protagonistes dans cette histoire, deux hommes et deux femmes. Leur histoire est racontée tour à tour du point de vue de chacun. C’est le même procédé, mais avec plus de maitrise qu'Elizabeth Jane Howard utilisera quelques années plus tard pour sa saga des Cazalet. L’un des plaisirs de ce roman, et ils sont nombreux, est que l’ On en vient à attendre telle ou telle voix dans une nouvelle situation, dans tel ou tel contexte, on se demande ce que l'un ou l'autre a pu comprendre de ce qu'éprouvent les autres et quelle est sa réaction.

Il y a Emmanuel Joyce, un auteur dramatique à succès d’une petite soixantaine d’années. Son talent, le mot génie est employé par l’entourage et le public, en fait une célébrité. Il est d’une origine très modeste, mi juive mi irlandaise. Il est marié depuis une vingtaine d’années avec l’élégante Lillian issue de la meilleure société anglaise de vingt années sa cadette, mais de santé fragile. Ils ont eu une fille qui est morte à l’âge de deux ans d’une méningite. Emmanuel en garde une tristesse récurrente quant à Lillian elle n’a jamais accepté cette perte Elle entretient sa douleur. Emmanuel ne peut se passer de Jimmy, jeune homme de trente ans qui a connu une enfance difficile. Il est son homme à tout faire, à la fois factotum, manager, disciple et souvent metteur en scène de ses pièces. Jimmy vit avec les Joyce, même s’ils n’ont pas de foyer mais vivent dans des grands hôtels ou dans des appartement qu’ils louent pour des courtes périodes ou encore résident dans des maisons que leur prêtent des amis. Ce curieux trio vagabond fonctionne depuis des années et forme une famille, lorsque survient, Alberta, 19 ans, la nouvelle secrétaire d’Emmanuel, une ingénue campagnarde, fille de pasteur. Elle m’a paru, tout de même un peu trop oie blanche, même en 1955 pour être tout à fait crédible.

L’arrivée de la jeune fille va bouleverser la vie des trois autres qui vont eux même faire que la vie d’Alberta prendra un tour qu’elle n’aurait jamais cru possible.

A ce sujet le titre orignal The sea change, est beaucoup plus explicite que le titre français, un brin mensonger. Mais il est vrai que île est centrale dans le texte, c’est qu’il s’agit du lieu où tout va se jouer, comme sur une scène de théâtre. Là-bas, les masques vont tomber et les protagonistes, qui jouaient tous un rôle, vont petit à petit l’abandonner. « The sea change » repris à La Tempête de Shakespeare – Sybille Bedford nous explique tout dans une passionnante introduction – renvoie à de profondes transformations. La vie change, comme la mer, selon certains courants, intérieurs ou extérieurs. Ce roman explore la notion de changement de cap dans une vie, ces moments où soudain tout s’ouvre, le possible comme le pire.

Les portraits de chacun se dessinent progressivement, ni tout à fait blancs ni tout à fait noirs. Chacun a ses blessures secrètes, ses égoïsmes, ses routines, ses espérances aussi. Un besoin de l'autre, et aussi une incapacité à le voir autrement que pas ses yeux et par le besoin qu'il a de lui. Le point de vue alterné de chacun de ces personnages permet au lecteur d'accéder à leurs états d'âme. Par ailleurs, l'évocation de leur passé dont il est question régulièrement éclaire leur comportement présent et leurs choix quant à l'avenir.

On verra chaque personnage à force d’introspection évoluer et même effectuer des changement dans leur personnalité que l’on aurait pas envisagé au début du roman. C’est le cas en particulier d’Emmanuel qui n’est pas présenté au début sous un jour favorable. En même temps que les personnages le ton du roman au début dans la première scène, un suicide raté on est dans un humour noir cynique à la Mitford puis progressivement la gravité s’installe et le ton rappelle celui des grands romans de Graham Greene.

Une saison à Hydra n’est pas un roman à clés même si en tant qu’épouse de Kingsley Amis, Elizabeth Jane Howard a fréquenté les milieux intellectuels aussi bien en Angleterre qu’aux Etats-Unis. L’aura d’Emmanuel de son vivant fait penser à celui qu’en France à eu en France Sacha Guitry, au Etats-Unis Tennessee William et en Grande Bretagne Noel Coward et un peu plus tard Harold Pinter. Mais un des manques du roman est que l’on a pas véritablement idée de la teneur des pièces qu’écrit Emmanuel Joyce. Il est d’ailleurs peu question du travail de l'écriture, de la mise en scène ou de ce qui fait l'intérêt d'un comédien. Mais avec les entrée ssuccessives de chacun des personnages et les dialogues brillants, on a parfois l’impression d’être dans une pièce de théâtre. On peut regretter aussi que les personnages secondaires ne soient pas assez développés. J’aurais aimé en savoir un peu plus sur le couple émouvant des Friedman et surtout sur Julius, l’enfant sur-doué d’Hydra.

Elizabeth Jane Howard est une extraordinaire paysagiste. Chose peu fréquente pour un lecteur j’ai pu de visu le vérifier puisque j’ai lu ce roman dans une ile grecque avec devant les yeux des paysages assez semblables à ceux d’Hydra

La force de la romancière c’est de faire parler et réfléchir d’une manière convaincante des personnes d’âges et de conditions différentes.

Tout cela est mené de main de maitre, chaque détail, chaque scène, chaque description est utile au développement de l’intrigue et l’on éprouve beaucoup d’émotion en quittant le quatuor.

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