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Keith Vaughan (2)

16 Juillet 2025, 07:06am

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Keith Vaughan, Theseus and the Minotaure (Interior at Minos)
 
En 1952, il déménage dans un appartement  à Hampstead où il vécut jusqu'à sa mort. Cette même année, il découvre les  travaux de Nicolas de Staël à la Matthiesen Gallery de Londres. Ce qui l’aide à réconcilier la  figuration et l'abstraction, éloquence et sensualité  dans sa peinture. Cette même année  il commence une série de peintures de grands groupes. Ils sont fondés sur sa conviction que la figure humaine, le nu, est encore valable pour transcrire les aspirations de l’homme, ses rapports avec la vie de son temps pour l'expression de l'homme les aspirations et les réactions à la vie de son temps. Ces figures héroïques,  de travailleurs agricoles ou d’ouvriers, donnent le sentiment d'être isolés les uns des autres. Ils ont souvent des postures christiques. Est-ce la réminiscence des fresques religieuses de la chapelle de son école? Les couleurs en sont sourdes et puissantes. Le paysage épuré semble être comme une toile de fond d’un décor de théâtre, qui pèserait  sur eux.
 
 
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Souvent il semble plus libre, avoir plus de virtuosité dans ses œuvres peinte à la gouache que dans celles à l’huile. Cette particularité assez rare en fait à mon sens un des plus grands maîtres de la peinture à la gouache du vingtième siècle.
 
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Tout en se concentrant sur  le sujet de la figure masculine, ses travaux sont devenus de plus en plus plus abstraits avec le temps. En 1954 il est professeur à l'école  des beaux-arts de Slade, où il a David Hockney comme élève...
A partir de 1966 il partage son temps entre son travail de peintre, et l'enseignement à temps partiel à la Slade. Ayant acquis un chalet dans l’Essex, il y passe les fins de semaine et des périodes de plus en plus longues ainsi les paysages de l’ Essex deveniennent de plus en plus présent dans ses peintures à partir de 1968.
 
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Toute sa vie il a beaucoup voyagé, en France, en Irlande, en Méditerranée, en Afrique du Nord, au Mexique et aux États-Unis. Il fut aussi artiste résident à l'université de l'Etat de l'Iowa pendant l’année 1959. En 1962 une rétrospective de son œuvre est organisée à la galerie d'art de Whitechapel. Vaughan est également connu pour son journal intime. Des d’extraits de celui-ci sont publiés en 1966 et connaissent un certain retentissement. Mais c’est en 1989, après la mort de l’artiste, avec l’édition de plus larges extraits de ce journal que l’on mesure l’importance de Vaughan en tant que diariste. Dans ces écrits on découvre entre autres, un homme tourmenté par sa sexualité.
 
 
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Vaughan a été un peintre tout à fait reconnu dans son pays.  Il est devenu un membre honoraire du Royal College of Art en 1964 et en 1965 il a reçu un CBE (Citoyen d’honneur de l'Empire britannique). Il a aussi collaboré au magazine The london magazine (les deux reproductions ci-dessous).
Berwick Street Market
Hyde Park un dimanche matin 
 
 
Vaughan a également conçu des motifs pour des tissus. En 1958, il a été nommé le Designer de l'année pour son travail pour l’ entreprise de textile, Weavers d’Edinbourg.
Vaughan a reçu un certain nombre de commandes publiques. The Arts Council demande à l’artiste de créer une fresque murale intitulée “Au début du temps” pour le Dome of Discovery au Festival de Grande-Bretagne en 1951. Il a aussi conçu en 1954 une fresque murale en céramique pour Corby New Town dans le Northamptonshire.  En 1963 London County Council lui commande de peindre une fresque pour le Aboyne Estate Clubroom de Wandsworth.
 
 
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Aujourd’hui hormi à la Tate Britain Gallery de Londres et dans des musées de la province anglaise, il est assez difficile de voir les oeuvres de Vaughan car nombreux de ses tableaux sont dans des collections particulières. Le critique d’art Anthony Hepworth a récemment annoncé qu’il préparait le catalogue raisonné de l’artiste.
Malgré un succès considérable, Vaughan est de plus en plus auto-critique, mélancolique et solitaire. Après qu'on lui ait diagnostiqué un cancer du côlon en 1975, et souffrant d'une maladie grave des reins et de dépression (aggravée par la mort de sa mère en 1976), il se suicide le 4 Novembre 1977 en prenant une surdose de médicaments.
 
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En 2OO7 à la Victoria Art Gallery de Bath une rétrospective du peintre a connu un vif succès, preuve que si le peintre est je crois très méconnu en dehors de son pays (bien que des collectionneurs français possèdent de ses oeuvres, il s’en trouvait parmi les prèteurs de cette manifestation), il jouit d’une notoriété certaine dans celui-ci.
 
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Vaughan a été avant tout fasciné par le corps humain de sexe masculin, qui, comme Bernard Denvir l’observe dans le catalogue de l’ exposition des œuvres de l’artiste au Birmingham City Museum & Art Gallery, en 1981: << pris dans son travail une importance que le sujet n'avait jamais connu auparavant dans l'histoire de la peinture britannique. >>.
 
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Vaughan représente “l'homme”, souvent nu. Les traits de son visage sont généralement trop indistincts pour que l’on puisse identifier le modèle. Il situe ses figures dans un environnement, un paysage stylisé, qui semble hostile. Paradoxalement chaque élément présent dans ses toiles est une réminiscence de son vécu. Ses paysages sont peints d’après les endroits où il s'est rendu, qu’ il a parcouru; ses silhouettes correspondent à  des personnes qu'il a connues.   Ses tableaux sont aussi ceux de quelqu'un qui se sentait à l'extérieur, en quête de relations mais dans lesquelles il ne peut pas être acteur...
 
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Keith Vaughan accompli quelque chose assez rare dans la peinture britannique, mais qui est au coeur de la tradition picturale européenne: la  communion de l’homme avec la nature. On peut dire que le thème remonte et vient de la Grèce antique. Mais il n’est devenu une préoccupation consciente de l'art qu’ avec Cézanne.
 
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En 1950, Vaughan expliquait ainsi la relation entre la nature et la pratique de son art: << La nature constitue la matière vivante qui est le point de départ de l'art. Mon travail comme artiste est d'utiliser ce matériel en vue de transcrire avec clarté ces sensations que chaque personne porte en lui depuis la naissance et qui chez moi ne peut être exprimé par d'autres moyens. Mon but est de produire une peinture qui, par ses associations de formes et de couleurs, offre une expérience visuelle comme abstraite,  comme le ferait un morceau de musique. Je ne fais pas une peinture purement abstraites parce que j'estime que celle-ci n'a pas la même validité en peinture que dans le monde de la musique. Au contraire, je préfère faire découvrir des formes qui conservent l'essentiel de leurs origines dans la nature et peuvent en même temps être combinées en une seule unité. Car sans cette unité les différentes formes ne peuvent pas éclairer les unes les autres et créer cette nouvelle réalité qui est l'œuvre d'art.>>.
 
 
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C’est probablement par le biais des toiles cubistes de Matisse que Vaughan construit ses tableaux avec leur opposition entre des lignes anguleuses, dures, et d’autres plus douces, géométriques et organiques. Il installe dans cette nature recréée, ses personnages. Ce sont des figures masculines, ils sont presque toujours vus frontalement. Ils sont nus. ils leurs manquent presque tous les détails qui donneraient quelque peu une idée de leur personnalité ou même de leur vie sexuelle. Leurs visages en particulier sont sans caractère. Ils sont bien campés, mais leurs poses n'ont pas de rôle narratif. S’ils ne sont pas tout à fait idéalisés, Vaughan veut peindre l’homme dans son universalité. Vaughan parle d'eux comme des êtres spirituels. Il a déclaré: " Ce n’est de savoir ce qui rend les hommes différents qui m'intéresse, mais ce qui unit les hommes ".
Sur une base classique Vaughan a réussi à s’ exprimé  avec une rare concision. Vaughan s'est lentement éloigné de son style néo-romantique du début pour aller vers une peinture plus abstraite, mais il ne put et voulut jamais se libérer de la figure de l'homme. Profondément atmosphérique, il a peint des figures généralement solitaires, que l'on peut voir comme vulnérables, qu'il est difficile de ne pas voir comme des autoportraits. 


 
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Tout au long de sa carrière, Vaughan a maintenu une différence entre les oeuvres qu'il faisait en vue d’une exposition et celles qui avaient un caractère purement privé.  Ce deuxième groupe, créé tout au long de sa carrière, est constitué de plusieurs centaines de dessins au crayon ou à la plume et à l’ encre, représentant tous des jeunes hommes.
 
 
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Bien que le style de ces dessins se soit modifié au fil des ans, il vont du presque abstrait à l'érotique, ils sont libres des inhibitions qui apparaissent parfois dans ses tableaux destinés aux expositions. Ils révèlent plus pleinement que ses autres œuvres son amour et son obsession pour les jeunes corps masculins. En 1991 les éditions Philip Graham ont édité un recueil de ces dessins sous le titre: “ Keith Vaughan 1912-1977: Drawings of the Young Male”.
 
 
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À l'instar de nombreux gays de sa génération et de sa classe, Vaughan a été troublé par l'insécurité au sujet de sa sexualité.  Une grande partie de ce que l'on sait sur ses pratiques sexuelles proviennent de son journal, qu’ il a commencé à écrire dès août 1939 et qu’il a continué jusqu'au matin de sa mort, trente-huit ans plus tard.
 
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Dans celui-ci, il écrit: << La vérité n'est pas nécessairement belle, mais elle peut être utile aux autres >>. Voilà la raison, résumée en peu de mots, pour laquelle Vaughan a  décidé de dire la vérité au sujet de son homosexualité. Après cette ligne, il décrit explicitement ses pratiques sexuelles avec d'autres hommes, ses masturbations et ses expériences sadomasochistes.
 
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Vaughan donne un aperçu des relations qu'il avait avec d'autres hommes, qui sont souvent issus de la classe ouvrière tel John McGuiness, Johnny Walsh, et surtout son compagnon Ramsey Dyke McClure. Tout comme Minton, il a été attiré par un idéal de beauté masculine de la classe ouvrière. Cette inclinaison s’est avérée frustrante pour lui car il aspirait à trouver un partenaire qui pourrait être aussi son égal intellectuel tout en l’ attirant physiquement.
 
Keith Vaughan Communication of Hate circa 1943
1943

 
Bien que Vaughan ait écrit librement sur sa sexualité dans ses journaux intimes ainsi que dans les courtes nouvelles érotiques, qu’ il a écrivait pour son propre plaisir, il a été un produit de son époque. Il a grandi en un temps où les gays étaient conduits à vivre leurs goûts d’une manière souterraine et de se sentir coupable au sujet de leurs préférences sexuelles.
Keith Vaughan a été pris entre la mort du mouvement néo-romantique et la naissance du Pop Art (il était l'ami de John Minton, et plus tard, David Hockney, entre autres); torturé par la solitude et par son homosexualité, Vaughan est un personnage tragique.
 
Small Assembly of Figures, 1951





Seaside Entertainers, 1947





Return of the Prodigal Son.





Orpheus, 1954





Ninth Assembly of Figures (Eldorado Banal), 1976





Neapolitan Bathers, 1951





Men and Boat, 1948





Leaping Figure, 1951
 

Nude Standing by a Chair





 

Bathers By A Grey Sea, 1947

 
 
 
 
 
 
 
 
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Bibliographie:
 
  • Keith Vaughan. Journaux et schémas, 1966, édité à Londres par Alan Ross, 219 pages.
  • Keith Vaughan : Journaux 1939-1977, Alan E-D Ross, 1989, édité à Londres par John Murray, 217 pages, ISBN 0-7195-4732-6.
  • Keith Vaughan, sa vie et travail, Malcolm Yorke, 1990, édité à Londres par Constable, 288 pages, ISBN 0-09-469780-9 (Livre cartonné)

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KEITH VAUGHAN (1912-1977) 1

16 Juillet 2025, 07:06am

Keith Vaughan par Felix H. Man (Hans Baumann) 1945

 

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vaughanphotomw18766Keith Vaughan est né le 23 août 1912 à Selsey dans le Sussex, en Angleterre, mais ses parents déménagent, peu de temps après sa naissance, à Londres, ville où il a vécu pendant le reste de sa vie. Il a un frère cadet qui sera tué à la guerre en 1940. Son père quitte le foyer lorsqu’il n’a que huit ans. Il a étudié à la Christ's Hospital école, une école publique à Horsham, où il était pensionnaire. Curieusement dans cet école, il a eu des cours l'art sur la Renaissance italienne, ce qui n’est sans doute par pour rien dans le déclenchement de sa vocation. Son professeur de dessin, un maître éclairé, H. A. Rigby  encourage le jeune Keith Vaughan à la pratique du dessin et favorise en particulier son intérêt pour Frank Brangwyn, dont les peintures murales ornent la chapelle de l'école.
 
Keith Vaughan, Untitled (Vertical Landscape)
 
 
De 1931 à 1938, il assume un travail, qu’il qualifie de routier dans une agence de publicité (Lintas). Il trouve une certaine compensation à ce labeur en étant en contact avec des artistes qui travaillent à l’agence tels que Felix Kelly et le peintre australien, John Passmore. Passmore a dit de Vaughan: «Je lui doit beaucoup, dans un monde de fous trouver un être de talent est quelque chose pour lequel il faut remercier Dieu.>>. Les heures de loisir de Vaughan était intensivement occupées, d’abord par la peinture, mais aussi par la musique et la fréquentation assidue des spectacles de ballet; Vaughan était un grand passionné de Diaghilev. On peut considérer que Vaughan en tant que peintre est en grande partie autodidacte . Il est resté en dehors du courant principal de la peinture britannique jusqu'à la seconde moitié des années 1940, quand il se lia d'amitié avec John Minton (j'ai consacré un billet à John Minton c'est ici ) et Graham Sutherland et a été influencé par eux
 
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Vers la fin des années 30, il a passe de nombreux week-ends à Pagham avec des amis, consacrés aux bains de soleil, à la natation et à jouer sur la plage. Durant cette période il prend de nombreuses photographies dans lesquelles ses amis semblent souvent figés en plein mouvement. Ces images l’aideront probablement à trouver les attitudes, les poses qui ensuite figureront dans ses peintures de la maturité. La plage de Pagahm dans l’oeuvre de Vaughan tient un rôle similaire à celles de Long Island dans celle de Paul Cadmus.
Lors d’une visite à Paris en 1937, Il fait sa première rencontre directe avec la peinture impressionniste et post-impressionniste.
 
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En 1939, après avoir quitté Lintas, il a passe une année à sillonner toute la Grande Bretagne pour réaliser des paysages à la gouache et à l’huile. C’est son premier face à face prolongé avec la peinture!
 
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Medical inspections, 1941





Medical inspections, 1941
 

Lorsque  la guerre éclate,  en tant qu'objecteur de conscience il  rejoint le service des ambulances. En 1941 il s’ enrôle dans le Pioneer Corps  dans lequel, parlant couramment l’allemand, Il sert d’ interprète pour les prisonniers de guerre allemands à l'Eden Camp près de Malton, (un camp de prisonniers de guerre construits avec par les détenus et considérer comme un "camp  modèle".). Il y avait accès à de nombreux conscrits et prisonniers de guerre dont il fait ses premiers modèles. Il  passe ses soirées à dessiner un certain nombre de portraits de jeunes officiers de prisonniers.
Douze des dessins et  peintures que Vaughan a peints au cours de cette période ont été achetés par la Ward Artists' Comitee et exposés à la National Gallery de Londres, à côté des oeuvres d'artistes tels que Graham Sutherland, Henry Moore et John Piper, qui admirait beaucoup Vaughan.
 
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Vaughan était autodidacte en ce qui concerne la pratique du dessin et de la peinture. Ses premières expositions ont eu lieu pendant la guerre.
 
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En 1942, il était en poste à Ashton Gifford près de Codford dans le Wiltshire. C’est à cette époque qu’il  Peint «The Wall à Ashton Gifford", que l’on peut voir aujourd’hui à la Manchester Art Gallery.  En 1943 l’éditeur John Lehmann lui a commande des illustrations et des jaquettes pour ses livres.
 
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La jaquette de l'édition anglaise d'une saison en enfer de Rimbaud, illustrée par Keith Vaughan

vaughanautoportraitmw08271Toujours pendant la guerre, il se lie d’ amitiés avec les peintres Graham Sutherland, John Craxton et John Minton, avec qui, après sa démobilisation en 1946, il a partagé un atelier. Minton lui fait rencontrer Duncan Macdonald à la Galerie Reid & Lefevre, où Vaughan fait sa première exposition personnelle. Il continuera d’exposer dans cette galerie  jusqu'en 1952. Mais c’est principalement Graham Sutherland, déjà célèbre, qui influença grandement son travail. Par ces contacts il a fait partie du cercle des Néo-Romantiques dans l’immédiate après guerre. Cependant, Vaughan a rapidement développé un style idiosyncratique qui l'a éloigné du groupe. << J'ai passé ma vie à la recherche de moi-même. >>.  Voilà comment l'artiste résumait sa carrière Ce qui n’empêche pas de déceler assez clairement des influences dans sa peinture, en premier lieu, celle, répétons le, de Graham Sutherland mais aussi d’autres des plus diverses allant de Giacometti à Poliakof en passant par Nicolas de Stael et l'expressionnisme abstrait.
 
 
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Untitled (Male Figure) circa 1970
 
 

Personnage se séchant, 1955



Reclining Nude
 


 

Two Figures with Snake, 1973





Three Figures on a Red Ground, 1963
 
 
De 1946 à 1948 il a enseigné à l'école des arts et métiers de Camberwell . C’est Pendant cette période qu’il rencontre un étudiant en art sans ressources, Ramsey McClure. Ils vivront ensemble pendant 30 ans. Keith Vaughan a rencontré beaucoup d'autres célébrités gays des arts et de la littérature, notamment Christopher Isherwood et EM Forster, voir les journaux intimes de ce dernier pour les années 1947 et 1948 (malheureusement toujours pas traduits en français, messieurs les éditeurs un effort!), et E. M. Forster. Keith Vaughan a enseigné à l'école centrale des arts et des métiers de 1948 à 1957.
 
 
The Ice Cream, 1948




 
Supper at Worpswede, 1951




 
Standing Figure, 1954





Standing Figure (minotaur), 1950
 
Keith Vaughan, Group of figures
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TROCA 86

15 Juillet 2025, 06:27am

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Trocadéro, Paris, mai 1986

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SALVADOR ESCALONA, MAITRE DU STREET ART À LA HAVANE

15 Juillet 2025, 06:06am

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La Havane est une ville envoutante et extraordinaire. Paradoxalement elle doit d'avoir préservé sa spécificité et donc sa beauté grâce, si je puis dire à l'embargo américain qui a épargné l'architecture coloniale et surtout celle du début du XX ème siècle qui est unique car elle a été partout détruite ailleurs, en Amérique centrale et dans les Caraibes. Autre paradoxe, j'ai retrouvé une douceur de vivre (apparente ne soyons pas dupes) dans cette ile sous un régime "communiste" comparable à celle que j'avais rencontrée dans le Portugal du "salazarisme" finissant, dans ce Portugal d'hier qui était préservé par un repli sur lui-même.

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Comme ce préambule ne l'indique pas, ce billet va être consacré à un des artistes de "street art" les plus intéressants que j'ai pu rencontrer de par le monde, car, comme vous l'avez sans doute remarqué, je ne manque pas, lors de mes différentes escapades, de photographier les oeuvres de ces peintres des rues qui souvent embellissent les murs et parfois les dégradent; c'est encore un autre paradoxe; ce billet en comportera beaucoup, ce qui me parait inévitable lorsque l'on parle de Cuba...

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Or donc rencontrons Salvador Escalona. La découverte se mérite car pour y arriver lorsque l'on vient du cartier historique d'Habana vieja et de sa place d'arme, point de départ le plus pratique pour toutes excursion dans la ville, il faut traverser tout le quartier Centro Habana car la ruelle décorée par notre peintre (qui a fait des émules dans les parages) ce trouve à l'extrémité du quartier près de celui de Verado.

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Je vous conseille de traverser tout Centro Habana par l'intérieur pour admirer les bâtiments début de siècle dont je vous parlais plus haut et non de prendre par le Malecon, le boulevard du bord de mer, et ensuite le quitter par l'avenue qui lui est perpandiculaire, de Mencal; mais c'est aussi une solution. Il ne faut pas avoir peur de se perdre car El callejon de Hamel la ruelle peinte est connue des habitants qui se feront tous un plaisir de vous renseigner. Elle se trouve entre deux grandes avenue, Aramburu et Hospital.

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Salvador Escalona est un peintre à la fois naif et fantastique. Peintre autodidacte, il se déclare inspiré par Dali, Miro, Picasso et les muralistes de la révolution mexicaine. Je dois dire que cela ne m'a paru évident à voir ses fresques sur les murs de son quartier pas plus qu'en visitant son atelier ou en le voyant peindre. La peinture de Salvador Escalona ressemble surtout à du Escalona et c'est très bien comme cela. Plus décelable dans son inspiration est celle d'une culture afro-cubaine avec ses divinités nées de tous les syncrétismes qui travaillent l'ile.

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Le peintre a mis près de dix ans a décorer tout le pâté de maisons dans lequel il réside. Il ne peut s'agir d'un geste spontané dans un régime aussi autoritaire que celui de Castro. Toutes ces fresques n'auraient pas pu être peintes sans l'aval du pouvoir.

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Salvador Escalona de son quartier de La Havane a essaimé ses peintures murales dans toute l'Amérique latine. Il voyage beaucoup mais lors de mon passage j'ai eu la chance de le rencontrer et de le voir peindre... dans sa rue, totalement dans sa bulle, étranger au vacarme qu'il l'entourait, tout à son oeuvre. A ce propos j'ai remarqué la grande faculté de concentration qu'on les cubains pour s'extraire du bruit de la ville et des incessants bavardages de leurs compatriotes (ci-dessous, le maitre au travail).

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La rue, réservée aux seuls piétons, n'est pas seulement peinte (jusqu'au ciel), elle est encombrée d'installations avec comme objet récurrent la baignoire, sur l'une d'elle on peut lire: La nave del olvido (le navire de l'oubli). D'autres installations peuvent même être habitées (comme celle ci dessous). On y trouve aussi des sculptures diverses dont certaines semblent des sortes d'hôtels puisqu'elles reçoivent des offrandes.

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Très organisé tout cela, je me baguenaudais le nez en l'air, les appareils photos fumants, lorsque j'ai été conduit fort aimablement dans la petite galerie où l'on peut acheter les oeuvres du maître (pas les celles sur les murs mais celles peintes à l'acrylique sur un fort papier à dessin ). Il y a un grand choix et on peut passer le temps que l'on veut à les admirer, certaines sont sur les murs mais la plupart sont en piles. Il faut fouiller! Elles sont d'un prix occidental modéré mais d'un prix cubain élevé. Pour emporter une oeuvre il est conseillé d'avoir un tube en carton assez long disons 80 cm et d'un bon diamètre, 15 cm pour ne pas casser le papier.

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On m'a dit que les installations changeaient assez souvent donc on peut y revenir régulièrement. Très important il y a aussi une petite buvette qui sert un cocktail maison, le Negron bien requinquant après la traversée pédestre de La Havane.

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La Havane, Cuba, décembre 2009 

 

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JEU DE BALLE SUR LA PLAGE DE RIMINI

15 Juillet 2025, 06:06am

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Rimini, Italie, aout 1992

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CARTOGRAPHIE DES NUAGES DE DAVID MITCHELL

15 Juillet 2025, 06:05am

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"Cartographie" des nuages est composé de six récits, disposées par ordre chronologique de 1850 à plusieurs siècles après notre ére.Chacun est écrit dans un style différent. Ils vont du roman de voyage, façon dix neuvième siècle, à la plus classique science-fiction. Le lien qui réunit ces histoires est ténu, sinon peut être leur narrateur et héros principal... Ils ont surtout comme point commun une vision pessimisme du devenir de l'homme qui par essence ne peut courir qu'à sa perte. Ce n'est pas pour rien que « l'éternelle lecture défécatoire » de Cavendish, l'un des protagonistes du roman est « L'histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain d'Edward Gibbon. Cinq de ces récits sont divisés en deux et chacun des morceaux d'une même histoire sont séparés par les fragments des autres. Ce découpage force ainsi le lecteur à passer d'un univers à l'autre, avec un nécessaire temps d'adaptation, un peu comme lorsque l'on passe de l'obscurité à la lumière et que l' on doit habituer ses yeux à cette nouvelle luminosité. Ici la gymnastique intellectuelle, si elle est parfois rude, est stimulante. Elle met en évidence les dons d'écriture de Mitchell, capable de passer d'un style à un autre en ne nous épargnant aucun des codes de chacun des genres qu'il aborde.

L'entrée en matière de "Cartographie des nuages" confirme, après celle "Des mille automnes de Jacob de Zoet", écrit par Mitchell postérieurement au livre qui est le sujet du présent billet, mais lu en ce qui me concerne avant "Cartographie des nuages", que l'auteur affectionne des attaques tonitruantes: un homme en habit fouille le sable d'une plage tropicale pour en extraire des dents humaines, vestiges d'agapes cannibales, en vue d'en faire des dentiers pour riches douairières anglaises. Cette anecdote débute le journal de voyage, écrit du coté de la Nouvelle-Zélande, au milieu du XIX ème siècle, par Adam Ewing, un jeune et naïf notaire de San-Francisco, cousin littéraire des impétueux et candides héros verniens. La narration des passionnantes et drolatiques aventures de notre homme, auquel on commençait à s'attacher, s'interrompt brusquement au milieu d'une phrase. A la page suivante nous sommes en 1931, à Londres puis en Flandre, en compagnie d'un godelureau musicien, Robert Frobisher (Frobisher est le nom d'un personnage de la série docteur Who, ce n'est peut être pas un hasard...), qui tente de se faire engager par un célèbre compositeur finissant en tant que secrétaire dans la secrète intention de vampiriser le talent de ce maitre en fin de parcours. Nous sommes informés de ces louches péripéties par les lettres qu'écrit le jeune homme à un mystérieux interlocuteur, un certain Sixsmith probablement son amant. Nous apprenons incidemment, page 94 (la pagination dans ce billet se réfère à l'édition du roman dans la collection de poche Point, n°P2759), que les pages du journal d'Adam Ewing que nous avons lues au début de l'ouvrage étaient celles lues par Frobisher, pages issues d'un volume incomplet découvert dans la bibliothèque de son mentor de compositeur. Mitchell dans cet épisode égaye sa prose de saillies inattendues, telles que: << Trouve moi un fermier placide et je te montrerais un chef d'orchestre sain d'esprit. >>. Frobisher est un épistolier plein de verve et ses missives, qui tiennent beaucoup du journal intime, passent sans crier gare d'Oscar Wilde à Feydeau dans ces minutes du séjour au château de Zedelghem lieu de résidence du vieux compositeur où le jeune homme a réussi à s'incruster et où soudain passe Elgar...

C'est tout aussi soudainement que nous quittons notre jeune arriviste pour être cette fois propulsé dans la Californie de 1975 où nous faisons connaissance, plus de quarante ans plus tard, avec le destinataire des lettres de Frobisher, Sixsmith qui s'avère être un célèbre savant atomiste, âgé de soixante six ans lorsque nous le rencontrons. Il s'apprête, grâce à une jeune journaliste, Luisa Reys, rencontrée par le plus grand des hasards, hasard induit par un ascenseur récalcitrant, à dénoncer, au péril de sa vie, les magouilles politico-financières qui ont permis l'installation sur la côte californienne d'une centrale nucléaire qui pourrait à terme être dangereuse pour la population. Page 158, Sixsmith relit pour la énième fois les lettres que lui a envoyées jadis son ami Frobisher. Je ne vous révèlerai pas la fin, car contrairement aux deux précédentes cette histoire se termine (ou tout du moins à ce stade du livre on peut croire qu'elle est terminée). Pour trousser ce thriller haletant, façon John LeCarré dernière manière, il suffit à David Mitchell de 78 pages. Vélocité remarquable pour vous torcher une histoire passionnante, avec de nombreux personnages attachants que la quasi totalité de ses confrères aurait étirée sur 400 laborieux feuillets. C'est ce qui différencie le véritable écrivain du fabricant de best-seller, malheureusement peu de lecteurs s'en aperçoivent.

Sans transition, après une chute brutale, nous voilà avec Timothy Cavendish, un solitaire vieillissant, éditeur de son état, très anglais, à la fois old school et marron. La rupture est rude entre le thriller qu'est « La première enquête de Luisa Rey et la narration des infortunes du malheureux et assez peu sympathique Cavendish même si les secondes commence comme se terminait la première: par une mort brutale et spectaculaire. Mais celle qui ouvre les mésaventures du triste éditeur a quelque chose de grotesque qui rappelle celles que l'on rencontre dans les contes noirs de Roald Dahl. Entre deux catastrophes notre éditeur soupèse le bien fondé de publier un roman intitulé... « La première enquête de Luisa Rey »! La suite du chapitre est franchement cocasse et pourrait s'appeler, un homme dans un train, en référence au célèbre « Trois homme dans un bateau » de Jérome K. Jérome dont Mitchell empreinte le ton désabusé et fataliste face à l'absurde engrenage qui entraine Cavendish vers sa chute. Après une fin abrupte et un peu facile des hilarantes avanies qu'endure Cavendish, on surgit sans transition avec "L'oraison de Somni~451 dans un futur qui tient beaucoup du « Meilleur des mondes » d'Huxley et des romans d'Isaac Asimov, sans oublier l'univers de Kafka puisque David Mitchell empreinte la forme du procès pour dérouler son récit. L'atmosphère au début de ce chapitre est proche du roman éponyme du maitre de Prague. Ensuite on bifurque, via les confessions de Somni~451, clone esclave qui a bravé les lois de ce monde en accédant à la connaissance, vers une satire de notre univers (la servitude, l’utilisation des uns par les autres sont des problématiques récurrentes de l'oeuvre de David Mitchell). Nous sommes donc en compagnie d'un clone surdoué de sexe féminin, bien qu'en l'espèce le sexe n'ai pas une grande place dans ce chapitre et guère plus dans les autres, même si les sous entendus dans ce domaine ne manquent pas. On subodore, via les noms que"L'oraison de Somni~451" se situe dans une Corée fururiste (on sera certain de la localisation de cet épisode que dans sa seconde partie) où des séries de clones génétiquement spécialisés et drogués en permanence sont reclus dans les tâches les plus ingrates de la société pour en libérer les "sang-purs". Somni~451 (allusion à Bradbury) est une "factaire" dans un restaurant où elle est serveuse (Mitchell crée tout un vocabulaire où les néologismes sont néanmoins toujours compréhensibles. Dans le monde de Somni~451 les noms de marques que nous connaissons sont devenus des noms communs un "disney" est un film, une "ford" une voiture qui consomme de l'exxon, une chaussure un "nike", un café est un "starbuck", etc.). Elle sait qu'un jour on ajoutera une douzième étoile à son collier et qu'elle pourra alors rejoindre l'Arche pour être enfin pourvue d'une "Âme" et vivre une retraite heureuse dans une ile paradisiaque. Mais à la suite d'une série de circonstances elle a été soumise à un catalyseur d'élévation qui a augmenté son quotient intellectuelle qui en fait la première "élevante" stable qu'ait connue l'histoire...Incidemment au cours de l'interrogatoire de la rebelle nous apprenons qu'elle a vu un film racontant les misères de Cavendish. Le style de cet épisode est un peu pénible d'accès, Mitchell en rajoutant dans le jargon science fictionnesque, mais on s'habitue assez vite néanmoins. Cet auteur honteusement doué est un peu comme ces monstres sacrés du théâtre qui ne peuvent s'empêcher de cabotiner. David Mitchell est un cabotin littéraire.

On quitte le génial clone sur un coup de théâtre abscons. On espére alors retrouver la surdouée pour connaître la suite de ses aventures, tant elles ont fini par être passionnantes; heureusement l'attente sera assez courte. Ensuite nous sommes avec un nouveau narrateur, Zachry, un rustaud qui se révèlera un bon bougre plus finaud qu'on aurait pu le croire de premier abord, patoisant une sorte de québécois fatigué (saluons le tour de force du traducteur, Manuel Berri qui doit changer lui aussi de style d'écriture à chaque chapitre) au moment où, dans une campagne hostile et touffus, il est au prise avec des espèces d'iroquois particulièrement féroces. Le pauvre lecteur se demande où a-t-il bien pu atterrir cette fois (il le saura une cinquantaine de pages plus loin, découvrant par la même occasion où se déroulait le chapitre précèdent). Il s'est aperçu que « Cartographie des nuages » est une espèce de véhicule à voyager dans le temps et que plus il avance dans l'ouvrage, plus il va vers le futur. Nous sommes partis du milieu du XIX ème siècle pour continuer dans les années 1930 poursuivre par les seventies puis arriver de nos jours avec les malheurs de Cavendish puis par être transporté, avec le chapitre L'oraison de Sonmi-451, sur une terre presque complètement dévastée (les terres mortes) aux alentours du XXIII ème siècle. On peut donc légitimement penser que « La croisée d'Sloosha pis tout c'qu'a suivi » se déroule dans une époque encore plus lointaine où l'humanité où une fraction de celle-ci serait retournée à un mode de vie primitif. Ce qui se confirme assez rapidement car la tribu de notre rustre conteur dont on nous apprend qu'elle habite dans une ile (le tropisme insulaire est capital chez Mitchell). L'ile est bientôt visitée par un mystérieux navire dont l' équipage d'humains est beaucoup plus évolués que les indigènes. Ces "civilisés" laissent une femme pour faire de l'ethnologie auprès de ces primitifs (on peut voir un lien subsidiaire entre le premier chapitre et le dernier chronologiquement parlant, sous la forme du navire qui conduit l'ethnologue dans l'ile de Zachry reflet venant du futur du bateau dans lequel embarque au premier chapitre Adam Ewing) . Mitchell cette fois à travers ce conte raille les ethnologues vus comme grands destructeurs des milieux qu'ils étudient. L'auteur ne cesse de s'amuser et d'amuser le lecteur par la même occasion, par de nombreux détails comme celui de doter les visiteurs évolués de peau noire alors que les primitifs sont blancs... Ne résistant pas longtemps à rester dans un genre même dans le cadre d'un chapitre, Mitchell nous entraine bientôt dans un roman d'aventure post apocalyptique palpitant mêlant le feuilleton, avec parfois suspense au bas de page, pour en faire au sens strict un page turner, au conte philosophique. A mon avis ce chapitre est le sommet (je reviendrai sur ce terme qui pour une fois n'est pas écrit au hasard de la plume) parce que pour la première fois le romancier quitte une certaine froideur de ton qu'il avait gardé malgré la diversité des styles pour nous faire entrer complètement en empathie avec Zachry et nous faire trembler pour lui.

On se sépare a regret du tourmenté Zachry pour retrouver notre femme clone qui sera apparue à Zachry dans des circonstances qu'il serait dommage de dévoiler car cela obligerait à gravement spolier. En retrouvant la géniale proscrite on s'aperçoit que l'on redescend, si l'on prend la montagne comme la métaphore du roman et que l'on va retrouver des chapitres miroirs de ceux que l'on a rencontré pour "monter" jusqu'aux aventure post cataclysme de Zachry.

La structure du livre est à la fois ludique et savante. On peut la visualiser en deux cercles de même rayon qui n'auraient qu'un point commun eux même contenus dans un cercle qui aurait un point commun avec chacun d'eux et dont le centre serait le point commun des deux cercles et dont le rayon serait le double du rayon des deux cercles se jouxtant. Je m'explique: Le roman au dernier chapitre revient aux lieux, au temps et aux héros du premier. Le livre est donc circulaire quant à sa temporalité. D'autre part on peut supposer que certaines des péripéties du récit d'Adam Ewing, le premier narrateur du livre qui en sera aussi le dernier, se déroulent au même endroit que le drame vécu par Zachri dans le chapitre « sommet » du roman d'où les deux cercles géographiques contenus dans le cercle temporel.

Peut être que si David Mitchell n'avait pas redescendu « la montagne » et avait arrêté son roman à la fin de « La croisée d'Sloosha pis tout c'qu'a suivi » « cartographie des nuages » aurait été encore plus convaincant car après avoir avalé les 700 pages de l'ouvrage, le lecteur, même boulimique, est un peu écoeuré de absorption d'une telle profusion aux goût si variés. La dernière page terminée, il est un peu dans l'état du client qui vient d'ingérer le menu gastronomique d'un restaurant multi étoilé. Bien sûr si Mitchell avait mis fin à ses prouesses romanesques au sommet de son livre, nous aurions manqué le désopilant roman comique qu'est la fin des avanies de Cavendish et l'haletant thriller du retour de « La première enquête de Luisa Rey>>, ce qui aurait été dommage...

Ce qu'il ne faut pas oublier de dire c'est que « Cartographie des nuages » est un formidable page turner que l'on ne peut lâcher avant la fin; le suspense est permanent d'où la grande difficulté pour un chroniqueur d'en rendre compte sans en dévoiler les intrigues, néanmoins je reprocherais à son auteur paradoxalement sa trop grande dextérité tant pour la construction sophistiquée de l'ouvrage que pour le style. Si les histoires que nous raconte ce prodigieux conteur qu'est David Mitchell sont toujours palpitantes le plaisir de lecture est inégale suivant celle qui nous est contée. On sent parfois le romancier forcer un peu trop son talent dans la gouaille et le burlesque dans les malheurs de Cavendish et vouloir faire trop littérature populaire dans le thriller qu'est « La première enquête de Luisa Reys ».

J'ai lu ici ou là, que David Mitchell était un auteur post-moderne. Je ne sais pas très bien ce que cela veut dire; si on veut dire par là qu'il y a un jeu inter textuel dans ce roman, alors Don Quichotte, Les mémoires d'Adrien, Les liaisons dangereuses, Moi Claude empereur et Le manuscrit trouvé à Saragosse (titres cités au hasard de ma mémoire fatiguée) et une palanquée d'autres livres sont post modernes! Si on sous entend par post moderne que notre auteur, en plus de tous les écrivains cités plus haut a probablement lu Gombrowicz, Borges, Italo Calvino, Ryu Murakami et surtout Haruki Murakami avec qui il partage le don de passer avec fluidité du naturalisme au fantastique, quelques séries noires et un bon nombre de romans maritimes et de science-fiction ( un personnage cite Soleil Vert un autre « Le meilleur des monde » et « 1984 ») et encore beaucoup d'autres choses, il me semble qu'il faudrait plutôt le louer de son érudition plutôt que de la lui reprocher.

Je pense qu'un peu comme « La vie mode d'emploi de Pérec », « Cartographie des nuages » est un livre à clés littéraires, malheureusement je suis une bien pauvre soeur tourière et mon trousseau de clés est bien pauvre.

Il ne faudrait pas que paradoxalement le talent de l'auteur masque le message peu banal qu'il paraît nous faire passer: Mitchell semble vouloir dater le sommet de la civilisation au milieu du XIX ème siècle et suggérer que depuis l'homme court à sa perte.

Même s'il en fait beaucoup dans la prouesse littéraire, la dite prouesse est indéniable. L'auteur conjugue virtuosité formelle et plaisir narratif, sophistication de la construction et intensité des personnages. Les constantes ruptures de style fait de Mitchell un étonnant caméléon littéraire et un prodigieux raconteur d'histoires garantissant un plaisir de lecture rarement atteint.

 

Nota

Au risque de passer pour un anglomane frénétique, j'avancerais que les lettres anglaise ont plus de chance que les notres quand on sait que pour le Booker Prize 2004, la récompense de 50 000 livres sterling échappa à « La cartographie des nuages au profit de "La ligne de beauté d'Alan Hollinghurst"...

 

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Paros, deux frères au bord de la piscine

15 Juillet 2025, 06:04am

Paros, juillet 2020

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Dans le petit musée de Paros

15 Juillet 2025, 06:03am

Paros, juillet 2020

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Une saison à Hydra d’Elizabeth Jane Howard

14 Juillet 2025, 07:43am

 

Ce n’est pas dénigrer le beau roman d’Elizabeth Jane Howard, paru en Angleterre en 1959, que d’écrire qu’il a été écrit sous l’influence de Virginia Woolf et que par là même il constitue un idéal tremplin pour aborder l’oeuvre de cette dernière. Le roman se déroule du printemps à la fin de l’été. Nous sommes au milieu des années 50. Nous y visiterons plusieurs lieux successifs d’abord Londres, puis New-York, puis Athènes, puis Hydra, c’est dans cette ile grecques que se dénouera l’action et enfin retour à Athènes. Ces changements de décors  et les transitions, voyages en avion ou en bateau qui les accompagnent sont intrinsèquement liés à la narration.

Il y a quatre protagonistes dans cette histoire, deux hommes et deux femmes. Leur histoire est racontée tour à tour du point de vue de chacun. C’est le même procédé, mais avec plus de maitrise que Elizabeth Jane Howard utilisera quelques années plus tard pour sa saga des Cazalet. L’un des plaisir de ce roman et ils sont nombreux est que l’ On en vient à attendre telle ou telle voix dans une nouvelle situation, dans tel ou tel contexte, on se demande ce que l'un ou l'autre a pu comprendre de ce qu'éprouvent les autres et quelle est sa réaction.

Il y a Emmanuel Joyce, un auteur dramatique à succès d’une petite soixantaine d’années. Son talent, le mot génie est employé par l’entourage et le public en fait un homme public. Il est d’une origine très modeste, mi juive mi irlandaise. Il est marié depuis une vingtaine d’années avec l’élégante Lillian issue de la meilleure société anglaise de vingt années sa cadette, mais de santé fragile. Ils ont eu une fille qui est morte à l’âge de deux ans d’une méningite. Emmanuel en garde une tristesse récurrente quant à Lillian elle n’a jamais accepté cette perte Elle entretient sa douleur. Emmanuel ne peut se passer de Jimmy, jeune homme de trente ans qui a connu une enfance difficile. Il est son homme à tout faire, à la fois factotum, manager, disciple et souvent metteur en scène de ses pièces. Jimmy vit avec les Joyce, même s’ils n’ont pas de foyer mais vivent dans des grands hôtels ou dans des appartement qu’ils louent pour des courtes périodes ou encore résident dans des maisons que leur prêtent des amis. Ce curieux trio vagabond fonctionne depuis des années et forme une famille, lorsque survient, Alberta, 19 ans, la nouvelle secrétaire d’Emmanuel, une ingénue campagnarde, fille de pasteur. Elle m’a paru, tout de même un peu trop oie blanche, même en 1955 pour être tout à fait crédible.

L’arrivée de la jeune fille va bouleverser la vie des trois autres qui vont eux même faire que la vie d’Alberta prendra un tour qu’elle n’aurait jamais cru possible.

A ce sujet le titre orignal The sea change, est beaucoup plus explicite que le titre français, un brin mensonger. Mais il est vrai que île est centrale dans le texte, c’est qu’il s’agit du lieu où tout va se jouer, comme sur une scène de théâtre. Là-bas, les masques vont tomber et les protagonistes, qui jouaient tous un rôle, vont petit à petit l’abandonner. « The sea change » repris à La Tempête de Shakespeare – Sybille Bedford nous explique tout dans une passionnante introduction – renvoie à de profondes transformations. La vie change, comme la mer, selon certains courants, intérieurs ou extérieurs. Ce roman explore la notion de changement de cap dans une vie, ces moments où soudain tout s’ouvre, le possible comme le pire.

Les portraits de chacun se dessinent progressivement, ni tout à fait blancs ni tout à fait noirs. Chacun a ses blessures secrètes, ses égoïsmes, ses routines, ses espérances aussi. Un besoin de l'autre, et aussi une incapacité à le voir autrement que pas ses yeux et par le besoin qu'il a de lui. Le point de vue alterné de chacun de ces personnages permet au lecteur d'accéder à leurs états d'âme. Par ailleurs, l'évocation de leur passé dont il est question régulièrement éclaire leur comportement présent et leurs choix quant à l'avenir.

On verra chaque personnage à force d’introspection évoluer et même effectuer des changement dans leur personnalité que l’on aurait pas envisagé au début du roman. C’est le cas en particulier d’Emmanuel qui n’est pas présenté au début sous un jour favorable. En même temps que les personnages le ton du roman au début dans la première scène, un suicide raté on est dans un humour noir cynique à la Mitford puis progressivement la gravité s’installe et le ton rappelle celui des grands romans de Graham Greene.

Une saison à Hydra n’est pas un roman à clés même si en tant qu’épouse de Kingsley Amis, Elizabeth Jane Howard a fréquenté les milieux intellectuels aussi bien en Angleterre qu’aux Etats-Unis. L’aura d’Emmanuel de son vivant fait penser à celui qu’en France à eu en France Sacha Guitry, au Etats-Unis Tennessee William et en Grande Bretagne Noel Coward et un peu plus tard Harold Pinter. Mis un des manques de roman est que l’on a pas véritablement idée de la teneur des pièces qu’écrit Emmanuel Joyce. Il est d’ailleurs peu question du travail de l'écriture, de la mise en scène ou de ce qui fait l'intérêt d'un comédien. Mais avec les entrée ssuccessives de chacun des personnages et les dialogues brillants, on a parfois l’impression d’être dans une pièce de théâtre. On peut regretter aussi que les personnages secondaires ne soient pas assez développés. J’aurais aimé en savoir un peu plus sur le couple émouvant des Friedman et surtout sur Julius, l’enfant sur-doué d’Hydra.

Elizabeth Jane Howard est une extraordinaire paysagiste. Chose peu fréquente pour un lecteur j’ai pu de visu le vérifier puisque j’ai lu ce roman dans une ile grecque avec devant les yeux des paysages assez semblables à ceux d’Hydra

La force de la romancière c’est de faire parler et réfléchir d’une manière convaincante des personnes d’âges et de conditions différentes.

Tout cela est mené de main de maitre, chaque détail, chaque scène, chaque description est utile au développement de l’intrigue et l’on éprouve beaucoup d’émotion en quittant le quatuor.

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Jeux place Saint-Sulpice (2)

14 Juillet 2025, 07:37am

 

Paris, été 1982, photo B.A

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