Per Krohg
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un regard sur les arts et les lettres
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Paris, juillet 2025, photo B.A
L’allemagne ne possèdent pas que de vieux maîtres en peinture, Penck, Kiefer, Gerhard Richter, Sigmar Polke Bazelitz... Ses dernières années ont vu apparaître un artiste, Norbert Bisky dont l’importance et les thématiques me rappellent l’éclosion de David Hockney dans les années soixante dix...

Norbert Bisky est né à Leipzig, alors en Allemagne de l’est, en 1970. Son père était un haut fonctionnaire du régime (peut être est-ce pour cela que son fils peint dans certains de ses tableaux, une jeunesse idéalisée, une sorte de pays perdu...). Il est aujourd’hui président du PDS, le parti post-communiste allemand. Norbert Bisky est un de ses nombreux artistes allemands venant d’Allemagne de l’est; toutefois sa formation artistique a eu lieu après la chute du mur.


En 1990 il commence des études d'histoire de l'art allemand à l'Université Humboldt à Berlin. Trois ans plus tard, il visite l'école d'art Libre de Berlin ce qui le décide à faire des études de peinture. Il a été pendant plusieurs années de 1994 à 1999 à l’Universität der Künste Berlin l'élève de Georg Baselitz. Durant l’été 1995 il suit l’ enseignement de Jim Dine en Autriche à la Salzburg Summer Academy. Puis, avec le programme Erasmus, il passe un an en Espagne à la Faculdad de Bellas Artes; Universidad Complutense Madrid. Il retourne terminer son cursus à Berlin où il vit et travaille aujourd’hui.
Lors de la première exposition de groupe des étudiants de Baselitz à la galerie Michael Schultz en 1998 le travail de Norbert Biski attire l’attention du public.


Il fait sa première exposition personnelle en 2001,“Wir werden siegen”, à la Galerie Michael Schultz à Berlin. Elle sera suivi de nombreuses autres en Allemagne, en Italie, aux Etats Unis, en Corée...
Valeur montante de la peinture allemande, les toiles de Norbert Bisky sont de plus en plus prisées outre-Rhin. L'allemagne est pris d’une soif de peinture. Ses grands anciens connaissent une notoriété internationale et tirent toute une génération de jeunes artistes. Contrairement aux «Young British Artists» comme Damien Hirst , Sarah Lucas ou Tracey Emin qui misent sur le choc et la sensation, les artistes allemands, qui grimpent actuellement au sommet des ventes, s’intéressent au renouveau de la peinture. Une peinture parfois ludique, d’une grande maîtrise technique, et inspirée souvent par les paysages des romantiques. Alors que Damien Hirst fait sensation avec un requin baignant dans du formol, Bisky revisite la peinture réussissant à être encore plus dérangeant que Hirst, parce qu’immédiatement lisible, ce qui gène une partie de la critique.

Ses œuvres ont déjà été acquises par de nombreuses collections publiques, notamment, le Musée Ludwig à Cologne, Museum of Modern Art de New York, Museum der bildenden Kunst à Leipzig... Il expose dans le monde entier mais pas en France! Ce qui est incompréhensible (à moins que nous soyons le pays le plus pudibond d’occident) d’ autant que son maître George Baselitz y jouit d’une très grande notoriété. Je ne m’explique pas, par exemple que la galerie Thaddeaus Ropac, galerie de Baselitz, n’organise pas une grande exposition Bisky d’autant qu’elle ne répugne pas à exposer un artiste gay comme Paul P.; car l’oeuvre de Bisky est tout sauf consensuelle. L’artiste y affiche clairement ses goûts pour les adolescents, presque toujours mis en scène dans un contexte de grande violence. Si Baselitz met le nazisme au centre de sa création Bisky lui le remplace par le sexe. Ses expositions sont presque toujours entourées d’un parfum de scandale.


Ses influences sont multiples, par la vigueur et l’amplitude de son coup de brosse, dans certaine toiles on décèle immédiatement l’influence de Baselitz. Il utilise principalement des couleurs pures fraîches et lumineuses. Toutefois son style est plus réaliste que celui de son mentor. Parfois il est proche du réalisme socialiste. Irradié durant ses dix neuf premières années par la propagande communiste à l'instar de son contemporain et collègue allemand Neo Rauch, Bisky s'appuie sur les conventions visuelles de l'ère communiste . Mais contrairement à Rauch, qui met en évidence la robotisation de la population, Bisky idéalise cette période pour mieux la subvertir. Son univers fait penser aux ambiances d’un monde à la David Lynch qui aurait les couleurs des clichés de David LaChapelle ou des images de Murakami .


Souvent critiqué pour ses scènes sexuelles ou violentes, Norbert Bisky joue beaucoup sur le registre de l'ironie. Les situations qu'il représentent font scandale alors qu'il nous les communiquent le plus souvent par le biais de l'humour. Par exemple en intitulant “déluge” une immense toile de trois mètres de long sur laquelle un adolescent soigne une égratignure de son camarade. Le déluge en question est dans la tête de l’un d’eux (des deux?) submergé de désir.

Les giclures sur ses toiles évoquent les éjaculations dans les films pornographiques mais elles sont mises à distance grâce à des couleurs acidulées. Norbert Bisky représentent les scènes les plus osées avec les canons Pop-Art, ce qui leurs donnent une forme d'innocence qui entretient volontairement la confusion. Par sa volonté de dynamiter la réalité et la bien séance Bisky est proche des débuts de la Figuration narrative que l’on peut voir actuellement à Paris au Grand Palais.

Ses personnages, presque toujours de beaux adolescents, (des “Joubert pierrejoubert.site.free.fr” qui aurait un peu mûris) sont stéréotypés, interchangeables d’une toile à l’autre. Cette utilisation du clone adolescent le rapproche d’Antony Goicolea (avec lequel il a déjà exposé) comme le constant hiatus sur ses toile entre candeur et violence l’apparente à AES+F .

Il travaille les stéréotypes esthétiques néoréalistes instituées par les différents totalitarismes du XXe siècle. Prenant acte de l’ambivalence naturelle des images, l’artiste s’approprie les options stylistiques essentielles propres aux esthétiques de ses régimes: le fondement photographique, le réalisme naturaliste, et l’effacement de toute singularité individuelle, au profit de clones imaginés à l’aune de leur mythologie historique.


Toutefois, Bisky subvertit tous ces partis pris stylistiques contre eux-mêmes. Il élabore une énergie du retournement. L’empreinte lumineuse de la photographie se fait incandescente. Elle brûle la figure "à froid". Son réalisme échappe à l’objectivité historique pour investir le territoire imprécis de la réminiscence intime et trouble de l’adolescence. L’ engouement que provoque l’artiste s’explique par le fait qu’il représente parfois des scènes idéalisées de l’adolescence que tous secrètement auraient aimé vivre.

Si l’on n’y prenait pas garde on pourrait croire que les jeunes éphèbes musculeux et insouciants, de Norbert Bisky s’ébrouent et batifolent dans un idyllique décor maritime, offrant le spectacle d’un déluge de corps dénudés, durant d’idéals séjours dans une colonies de vacances fantasmée de l’époque soviétique (il a dans son adolescence participé à de nombreux camps d’été de pionniers) ou, pour le regardeur français sortis d’”Un signe de piste” . Mais on découvre presque toujours, dans ses dernières production, dans un recoin de l’image, que cette apparente innocence n’est que le masque recouvrant de noires turpitudes. Comme dans cet immense tableau de trois mètres de haut intitulé “sans grâce” (qui devrait s’appeler vaudou aryen) où l’on ne s’aperçoit pas immédiatement que le petit blondinet aux yeux vide martyrise une figurine humaine.

On peut constater une évolution thématique dans son œuvre. Si à ses débuts il représentait une jeunesse idéale, dans des images homo érotiques, aujourd’hui les sujets se font plus âpres et plus crus. Au paradis a succédé des scènes d’apocalypse et à la suggestion homo érotique des représentations de relations homosexuelles explicites. Ce durcissement va de paire avec le remplacement des couleurs pastels par des teintes plus denses et plus vives.


Bisky fait preuve d’un grand sens du mouvement dans ses compositions. Un des meilleurs exemples se trouve dans la toile “Match parfait” qui montre le dynamisme et l'esthétique d'un instant d’ un match de football qui devient sous son pinceau un ballet sensuel.
L’artiste s’exprime sur de grands formats, il n’est pas rare que la plus petite dimension de la toile soit d’un mètre, la plus grande peut en atteindre cinq. Il est très pointilleux pour ses accrochages qu’il considère comme des installations, les toiles se répondant, racontant une histoire...

Son travail sur papier est assez différent de celui sur toile. Dans de grand format, sur le papier nu, se dispersent de petits homoncules, comme si la feuille blanche était une plage presque déserte...
Souvent Norbert Bisky s'inspire de tableaux existants, de l'univers d'autres artistes et se réfère constamment à l'histoire de l'art. Il intègre ainsi dans son œuvre des éléments du futurisme, de la calligraphie japonaise, des mangas et de l'expressionnisme allemand...

« L’homme de trop » est ce que l’on peut appeler un roman à idées ou à thèse. Cette dernière étant que les homosexuels en acquérant différents droits et en particulier celui de se marier et aussi une plus grande visibilité dans la société auraient de ce fait perdu leur regard critique et leur esprit de révolte vis à vis du monde qui les entoure. Le titre vient de ce que Jadis "homme de trop" parce qu'il faisait partie de la minorité exclue, il reste "homme de trop" par son refus d'abolir ce qui faisait sa différence, de se banaliser, de se fondre dans le conformisme ambiant. Pour transmettre à ses lecteurs cette hypothèse à mon avis un peu grossière mais pas complètement fausse, Dominique Fernandez àa choisi le mode du dialogue, lointainement inspiré du dialogue platonicien, entre deux hommes, Lucas, le héros du livre, l’homosexuel ancienne manière, il est né en 1949, qui est plus ou moins le porte parole de l’auteur, et Gael jeune trentenaire personnifiant le gay d’aujourd’hui; le présent du roman se situant en 2015. Ce dialogue ne commence véritablement qu’à la moitié du livre. Auparavant Dominique Fernandez nous narre la vie de Lucas. Vie qui est à peu près plausible et qui n’est pas extraordinaire, sinon sa brève et tragique histoire d’amour avec le jeune Sacha, même si l’on sent que l’auteur a rapetassé différents pans de vie de plusieurs personnes pour en faire une. Est-ce pour cela que l’on ne parvient pas a entrer en communion avec Lucas et puis il y a quelques incohérences de détail dans le parcours et la biographie du personnage. Tout d’abord Fernandez en a fait un reporter photographe d’agence mais visiblement notre auteur ignore tout de la photo et du fonctionnement d’une agence photo. Le statut de Lucas tel qu’il nous le montre aurait été crédible jusqu’au milieu des années 60, mais certainement pas au delà, ce qui est paradoxale puisque Fernandez a partagé durant quinze ans la vie d'un photographe, et puis les réactions de Lucas et son itinéraire paraissent légèrement anachronique pour un homme de son âge et corresponde plus à celui d’une personne ayant l’âge de Dominique Fernandez, quatre vingt douze ans aux prunes comme l’aurait écrit ce bon docteur Destouches.
On retrouve chez Lucas les deux tropismes géographiques de l’auteur: l’Italie et la Russie. Le politiquement ultra correct de Fernandez tourne parfois au ridicule comme d’insister sur le fait que Lucas ne se permet pas de toucher à Sacha parce qu’il n’a que dix sept ans et pas dix huit! Comme on voit la révolte de notre homosexuel contre la société a bien des limites… Les parents indignes qui jettent leur fils à la rue parce qu’il est homosexuel sont bien sur des bourgeois ou des intégristes chrétiens, alors que l’on sait qu’aujourd’hui l’homophobie émane principalement des milieux populaire et des musulmans installé en France (certes pas que). Encore plus ridicule, les clients des gigolos regardent l’entrejambe des statues de garçon et s’habillent d’un grand imperméable et d’un large chapeau mou un peu comme le héros du regretté Pétillon!
Le personnage de Gael n’existe pas et n’est qu’un ramassis de clichés sur les gay d’aujourd’hui, ce qui déséquilibre le livre; mais comme à la fin du volume on découvre « Fin du premier volume », peut être que l’infatigable Fernandez rétablira l’équilibre dans un second volume car ce roman est le premier volume du diptyque « L'homme de trop », sous-titré L'arc-en ciel interdit. La construction du roman est bancale avec en outre la curiosité totalement incongrue dans le récit de deux chapitres très documenté sur le cochon dans la littérature sous le mince prétexte que Sacha s’identifie à cet animal. Cette partie du livre doit beaucoup à Pastoureau qui est d’ailleurs honnêtement cité
Ces nombreux défauts n’excluent pas que certains morceaux du roman sont bien venus comme la relation de Lucas avec Sacha puis avec ses deux autres jeunes amants. Il reste que cette quasi suite de « L’étoile rose » (même s’il ne s’agit pas des mêmes personnages) ne me parait pas indispensable dans la bibliothèque.


Les vernissages hormis le fait qu'ils flattent les égos des bénéficiaires procurent peu d'avantages à ceux-ci. Néanmoins ils permettent presque toujours aux invités de faire des photos, alors qu'ensuite, cette benoite activité sera rigoureusement interdite. Ce fut le cas mercredi dernier pour la présentation de la collection de belles voitures sportives, qui semblent toutes neuves, du couturier Ralph Lauren, j'ai profité de cette autorisation et je suis heureux de vous en faire profiter.




Paris, avril 2011
Paris, Trocadéro, été 1992


Grenade, Espagne, avril 2011

J'ai embarqué toute une après midi, grâce à Emmanuel Lepage sur le Marion Dufresne pour les Iles de la désolation dont les plus connues sont celles de Kerguelen. Un voyage au fil des pages durant lequel le lecteur-regardeur en prend plein les yeux. Il y a du Brenet, du Marin-Marie, du Nicolas de Stael, du Pierre Joubert et même de l'Alechinsky dans les dessins de Lepage, le tout sous le patronage conjugué d'Hergé et de Stevenson. Mais dans « Voyage aux iles de la désolation », il y a surtout de l'Emmanuel Lepage et c'est très bien comme cela. Un peu par hasard Lepage embarque sur le Marion Dufresne, le bateau ravitailleur de ces iles perdus entre l'ile de la Réunion et le bas du monde où il fait très très froid. Ces terres australes sont le terrain de jeu de nombreux scientifiques français.

Lepage décide de faire une bande dessinée et pas seulement un carnet de voyage de cette expérience. Et là est peut être le plus grand tour de force du « Voyage aux iles de la Désolation » qui n'est pas qu'une suite de superbes images mais une véritable narration fluide de cette extraordinaire aventure. La dextérité graphique extraordinaire de Lepage est au service de beaucoup d'humanité qui de temps en temps est pimenté d'humour. Parfois la réflexion se fait profonde et puis une anecdote vient alléger le propos. Pendant 160 pages Lepage nous raconte à la première personne son périple, mais sans jamais se pousser du col, bien au contraire, il n'a de cesse que de pousser au premier plan ses compagnons de voyage, d'une grande diversité, il y a des scientifiques de diverses obédiences, des marins bien sûr, des ouvriers, des cinéastes, un peintre, des dockers, des hauts fonctionnaires et même un sénateur, avec beaucoup de tendresse. Cette équipée n'est pas toujours rose. Si je ne suis pas certain que Lepage ait réussi à dessiner l'odeur des otaries, critère de qualité d'un dessinateur pour le météorologue de l'expédition en revanche il a réussi, sans se représenter à peindre en neuf cases son mal de mer.

Quand il pose son sac à terre sur ces ilots inhospitaliers pour l'humain, Lepage se transforme en un grand peintre animalier. La double page sur laquelle il a représenté une colonie de manchots est somptueuse. Elle donne envie de voir les originaux quelle belle exposition cela ferait.

Lepage utilise de multiples techniques pour transcrire ses émotions. C'est avec un égal bonheur qu'il se sert tantôt de l'aquarelle, tantôt de crayons de couleur ou encore de craie grasses ou de fusains.

« Voyage aux iles de la désolation » est un livre d'art qui se transforme constamment en un documentaire sur les terres australes et leurs habitants tant animal qu'humain. C'est aussi entre autres un livre sur la recherche et ses vicissitudes, sur la difficulté du métier d'artiste et surtout une délicate exploration de la nature humaine. Au détour d'une page on découvre également des morceaux méconnus de l'Histoire des explorations. Il y a tout cela dans cet album qu'il ne faut pas hésiter à qualifier de chef d'oeuvre. Espérons que le prochain festival d'Angoulême ne l'oubliera pas.
Indépendamment de son immense qualité, j'ai lu ce livre avec une émotion particulière, car, lorsque j'avais un peu plus de vingt ans, j'ai failli partir pour les iles Kerguelen dans le cadre du C.N.R.S., et plus particulièrement pour le Groupe de Recherche Ionosphérique. A l'époque où le séjour était encore plus rude qu'aujourd'hui, pour être envoyé la-bas, il fallait passer de nombreux examens de santé et surtout de très nombreux tests et entretiens psychologiques où l'on étudiait si le prétendant pouvait supporter les lourdes contraintes d'un séjour coupé du reste monde durant de long mois, dans une communauté réduite, dans une iles au climat inhospitalier. Lepage évoque d'ailleurs sans ambages les tensions qu'il découvre au sein des différents groupes qu'il rencontre. Après tous ces contrôles, j'ai été jugé « bon pour le service ». Au moment de signer mon engagement, je me suis dégonflé, adieu donc le C.N.R.S, car le séjour aux Kerguelen était le passeport pour y être engagé.

Voyage aux îles de la Désolation, Emmanuel Lepage, éditions Futuropolis, 2011
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Paris, février 2020 photo B.A