un regard sur les arts et les lettres
grande exposition
Hadrien à Londres, au British Museum
Voici une exposition dans la lignée de "Rome et les barbare" au Palais Grassi à Venise, exposition, dont je vous ai parlé cet été. C'est d'ailleurs dans l'avion qui me ramenait en France que j'appris la prochaine ouverture au British Museum de cette manifestation autour d' Hadrien, qui était la raison première de mon escapade londonienne.

On retrouve à Londres le même souci pédagogique (mais les explications, cartouches et audio guide sont exclusivement en anglais) qu'à Venise et le même talent pour l'éclairage des sculptures. Si bien que l'on en redécouvre pourtant certaines déjà croisées au Musée du Louvres à Paris ou dans celui du Capitole à Rome mais où, moins artistiquement éclairées, elles se manifestent moins. La taille relativement modeste de l'exposition anglaise, contrairement à celle sur la lagune, permet d'en goûter chaque pièce jusqu'à la dernière sans être lassé.

L'exposition s'ouvre sur des fragments d'une statue monumentale trouvée il y a quelques mois en Turquie. Ci-dessus la tête, peut être la plus belle représentation connue de l'empereur. Comme pour toutes les autres pièces je n'ai eu aucun mal à les photographier, les gardiens étant fort discrets. La seule gène consistait en la foule qui se pressait autour des oeuvres. L'exposition fait courrir tout Londres. Elle se déroule dans l'ancienne salle de lecture du musée, grand espace circulaire, au centre du hall d'entrée, somptueusement réaménagée et dévolue depuis peu aux expositions temporaires.

L'exposition qui porte le titre explicite de " Life love legacy Hadrian empire and conflict, est divisée en cinq parties, Une nouvelle élite, Guerre et paix, architecture, Antinous et succession, qui toutes dialogues entre elles.
Sous le titre un peu trompeur de Nouvelle élite, car le règne d'Hadrien s'inscrit plus dans la continuité de ceux de Nerva et de Trajan qu'en rupture avec ceux-ci, on nous propose par quelques belles pièces bien choisies de nous brosser l'état de l'empire au moment où Hadrien accède à pouvoir. Nous est présenté sa parentèle ainsi que son entourage.

Buste d'Auguste

Une inscription à l'entrée nous rappelle qu'Hadrien est né en 76 ap. J. C. et qu'il régna de 117-138 sur un vaste territoire qui s'étendait de la Grande Bretagne à l'Afrique du nord et de l'Espagne au Moyen-Orient et qu'il transforma l'empire romain et laissa un legs durable. Disons le tout de suite un lecteur studieux des Mémoires d'Hadrien de Margueritte Yourcenar n'apprendra pas grand chose dans cette belle exposition mais il est passionnant, et même parfois émouvant, de voir en trois dimensions, par le biais d'oeuvres d'art exceptionnelles, les acteurs de cette épopée.
Un très bel échantillonnage des représentations de l'empereur nous est proposé, que ce soit des statues, qui montrent les différents attributs sous lesquels l'empereur était représenté, ceux du sénateur, du général ou du dieu, ou encore des pièces ou des camées.

En sénateur

En général

En dieu Mars
La section sur l'architecture est particulièrement intéressante. Hadrien est l'empereur architecte par excellence. Sont mis en scène les principales réalisations construites sous son magister, pour certaines il en dessina les plans, le mur d'Hadrien pour contenir les écossais, son tombeau et surtout son palais, la fameuse villa Hadrien dont les ruines sont à quelques kilomètres de Rome. On peut admirer dans l'exposition, une grande maquette de la villa, venue du musée de l'histoire romaine, dont je vous recommande chaudement la visite, situé à Rome dans le quartier mussolinien de l'UER à larchitecture également bien intéressante. Quelques éléments décoratifs de la villa ont été apporté sur les bords de la Tamise. En voici deux exemples ci-dessous.


Avec la partie consacrée à Antinous on peut mesurer le chemin qu'a fait la prude Albion en quelques années en ce qui concerne sa position sur l'homosexualité. Jamais je n'avais vu une exposition sur une civilisation antique mettent autant en évidence les rapports homosexuels, que l'on voit dans leur réalité la plus prosaique sur la coupe ci-dessous.

La seule petite déception vient des représentations d'Antinous qui nous sont proposées. En effet les deux plus belle celle du musée de Naple et celle de Delphe n'ont fait le voyage, pas plus que celle du Vatican. Mais peut être suis je bien difficile car celle d'Antinous en osiris est subtilement érotique.

Lorsque nous pénétrons dans la partie vouée à Antinous, nous somme accueilli par ce texte: << Nous savons peu de choses sur la vie de Sabine, l'épouse d'Hadrien (qui était la petite nièce de Trajan). Leur union semble avoir été arrangée pour des raisons politiques. Nous savons par contre qu'Hadrien avait un jeune favori grec,Antinous. Si pour les romains les relations homosexuelles n'avaient rien d'inhabituel, l'immensité du chagrin, d'Hadrien à la disparition prématuré d'Antinous fut néanmoins sans précédent.


De tous les empereurs romains, Hadrien fut celui qui organisa le mieux sa succession. A sa mort en 136 lui succéda Antonin qu'il avait lui-même désigné. Il l'avait aussi nommé tuteur de Marc Auréle et de Lucius Vérus qui devaient être tous les deux empereurs à la mort d'Antonin. Ce qui arriva. Malheureusement Marc Aurèle géronte, en 180, n'eut pas cette lucidité et laissa l'empire aux mains de Commode, qui ne le fut pas, son détestable fils. Mais si vous avez vu "Gladiateur" vous savez tout cela... Après un triste intermède de douze ans Les Sévères pour presque 50 ans offrirent à l'empire sa dernière embellie...

Lucius Verus à l'age où il fut adopté par Hadrien.

Marc Aurele à l'age où il fut adopté par Hadrien.

Paons décorant le tombeau de l'empereur

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Londres, juillet 2008, photo B.A
Villeglé au Centre Pompidou

Le Centre Georges Pompidou s’honore à juste titre de rendre un hommage à un artiste vivant, mais cette exception devrait être la règle, en espèce à Jacques Villeglé, né en 1923. Villeglé s’exprime en décollant des affiches lacérées sans autre intervention de sa part, même s’il avoue avoir donné quelques “coups de pouces” par ci par la, pour rendre plus belle ou plus intelligible quelques unes de ses oeuvres. Celles-ci se composent toujours d’affiches de différentes tailles, collées les unes sur les autres et dont les nombreuses déchirures font apparaître les affiches en dessous de celles immédiatement visibles. Ces couches sont ensuite maroufler sur toile.
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L’art de Villeglé est un art de chasseur d’images qui s’apparente à celui du photographe. L’artiste n’invente pas une image mais s’empare de celles qui lui sont proposées et qu’il découvre lors de ses errances urbaines, fruits de multiples interventions avant la sienne, sans les modifier sinon en les sortant du contexte qui les ont vue naître. Il les décolle pour les fixer sur une toile. Cette dernière opération s’ appelle le marouflage.
Les habitués du blog auront sans doute croisé dans ces page ce que je nomme, avec impudence, des hommages à Villeglé lorsque je cadre puis photographie un rectangle d’affiche qui m’a séduit, c’est donc avec beaucoup d’enthousiasme que j’ai abordé la rétrospective d’un des artistes qui m’aura le plus façonné l’oeil.
On peut constater aussi comme dans l'exemple immédiatement ci-dessous que l'artiste sait faire passer toujours avec humour sa sensibilité politique...


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Il est dommage que les commissaires de cette exposition, comme ceux de presque toutes, se sentent obligé de faire un accrochage thématique à la place d’une simple installation chronologique. En grande partie parce que une disposition thématique est plus valorisante pour leur ego et aussi sans doute parce qu’ils jugent les visiteurs incapable de faire la démarche de synthèse que nécessite une présentation chronologique, sans oublier que cette dernière demande des talents d’accrocheur bien supérieur à une installation thématique. Une chance pour Villeglé le thématique épouse presque toujours le chronologique.
La visite de l’exposition est autant une plongée dans l’art de la deuxième moitié du XX ème siècle que dans l’histoire, la sociologie, l’esthétique urbaine, la politique en France (mais pas seulement) de cette même période.

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Avec la première période, l’immédiate après guerre, on s’aperçoit combien la lettre dominait plus nos murs que l’image. Cette réalité est encore renforcée par l’influence qu’avait à ce moment là sur l’artiste, à la fois le lettrisme et les collages surréalistes. C’est par ces entrelacs de fragments de caractères que commence l’exposition.

Le décollage ci dessus, m'a rappelé les affiches de cinéma de mon enfance. Elle étaient invariablement comme celles-ci rouges et bleues et tout aussi invariablement collées sous le pont de chemin de fer. Elles étaient collée chaque mercredi et étaient grosses, pour moi de plaisirs futurs et d'espoir que l'on memmènerait voir le film convoité, presque toujours à la première séance du dimanche après-midi...
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Puis les grandes surfaces colorées apparaissent avec leurs déchirures comme des fenêtres sur le monde. Cette esthétique ne fut possible que jusqu’au début des années 60 lorsque les affiches étaient collées sur de grandes bandes de couleur unie qui ainsi formaient le pourtour de l’affiche.

Certaines pièces au contraire ne sont que juxtaposition d'une multitude de déchiquetis minuscules qui de loin évoque la matière d'une toile de Leroy et dont aucune forme n'émerge.



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La section suivante voit apparaître la figure à la fois sous l’inffluence du pop art, j’ai immédiatement pensé aux oeuvres de Richard Hamilton, et en réaction aux critiques d’alors qui ne voyaient dans les travaux de Villeglé qu’une variation abstraite des collages cubistes. Par ces travaux il est proche de son confrère italien Rotella.
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Il me semble que c’est la décennie 60 qui donne les plus belles oeuvres, d’abord parce que l’affiche est encore principalement à base de dessins et non de photographies et que c’est cette période qui verra le plus pulluler l’affichage sauvage nourri autant par l’ émergence de la société de consommation que par les luttes politiques. Mais peut être aussi l’intérèt que je porte aux lacération de cette période vient de la recherche d’images jadis familières et oubliées depuis et qui resurgissent à l’occasion de cette belle exposition qui parlera à la mémoire de chacun en ressuscitant noms et formes qui étaient enfouis dans notre mémoire. Cette “comédie urbaine”, sous titre de la rétrospective invite plus à la nostalgie qu’au rire...

Nostalgie de mes années à l'école primaire dont le souvenir a surgi lorsque je fus face au marouflage ci-dessus. L'image du bambin rose et souriant étant celle des timbres que l'école laique nous faisait vendre de porte à porte, l'argent de ce colportage étant destinée à offrir des vacances au bon air à des enfants deshérités. Mais comme j'étais trop timide, comme la plupart de mes camarades, pour quémander c'est ma famille qui payait la totalité du carnet de timbres... Vous en souvenez vous?
Le passé resurgit avec encore plus de vigueur dans la salle vouée à l’affichage politique. Villeglé s’est intéressé autant à celles des élections nationales, ou se rapportant à la politique gouvernementale qu’aux placard locaux parfois clochemerlesque. Et l’on a la surprise de voir réapparaître des nom de bateleur des estrades hier fameux, aujourd’hui oublié de tous sinon de leur famille. L’oeuvre de Villeglé devrait être une leçon pour nos sémillants hommes politiques de tous les bord et leur rappeler que leur gloire médiatique est bien éphémère. Cette partie de l’exposition est un magistral rappel de l’histoire politique de la France sur plus d’un demi siècle. La profusion de matière pour Villeglé se tarira avec au milieu des années 80 la loi Rocard qui interdit l’affichage politique sauvage. Mais auparavant l’intrusion du bombage aura enrichi l’affiche politique d’ajouts critiques souvent vengeurs.


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L’art de Villeglé est un art du flâneur qui fait son miel de tous les impondérables et fait fructifier les accident de la nature sur l’humble matière de l’artiste que sont les affiches. Ainsi la pluie à la longue peut créer des transparences qui laissent apercevoir d’autres images ou un décollage peut laisser une fine pellicule de colle sur les affiches sous-jacentes, atténuant les teintes et donnant à l’ensemble un aspect vaporeux.
Le cueilleur d’images doit être chanceux. Villeglé le fut lorsqu’il rencontra les affiches annonçant l’exposition sur L’Hourloupe de Jean Dubuffet en 1975 au Centre National d’Art Contemporain. L’hourloupe est le nom de la série d’ oeuvre de Dubuffet qui se caractérise par de grands aplats dans trois couleurs blanc, bleu et rouge. La collecte de ces images de l’hourloupe fut une des plus fructueuse. Elle témoignait aussi de la présence des artistes dans l’espace urbain à la fin du XX ème siècle.


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Au début des année 90 la réglementation de l’affichage fait que Villeglé ne trouve plus sa matière première sur les murs de Paris. Il se tourne vers la province comme il l’explique: << Dans les années 1980, l’affichage sauvage ayant fortement concurrencé l’affichage professionnel, les afficheurs ont fait cause commune avec les édiles pour que les lois soient appliquées dans la capitale. Ma décentralisation se systématisa donc à partir de 1991. C’est en 1997 qu’est créé l’Atelier d’Aquitaine, une structure informelle qui aide Villeglé pour l’arrachage des affiches car il faut beaucoup de forces pour cette opération. Il n’y a qu’à essayer pour s’en convaincre et notre artiste n’est plus tout jeune. La petite équipe écumera diverses villes de France et poussera même jusqu’à Barcelone. On s’aperçoit que la plupart des visuels collectés dans cette période se rapporte à des groupes musicaux qui sont les principaux pourvoyeurs de l’affichage sauvage. Je dois dire que c’est la partie du travail de Villeglé qui me parle le moins, la photo ayant presque partout remplacé le graphisme et aussi sans doute parce que je suis peu amateur de ce genre de musique, mais pour un autre visiteur, il se peut que ce soit cette salle, la 9, qu’il préfère. En 2003 l’équipe ira jusqu’à Buenos Aires pour une dernière campagne d’arrachage d’affiches lacérées. Villeglé se consacre désormais presque exclusivement au graphisme socio-politique. Cette partie de son oeuvre est également présente au Centre Pompidou.


Villeglé a fort malicieusement intitulé l'arrachage ci-dessus "La sainte famille".
Avec l’exposition Villeglé, pour peu qu’il ait arpenté, ou habité, Paris ou une grande ville française, chaque visiteur se transformera en archéologue de sa propre vie.
Un morceau d’une image publicitaire vous fera vous souvenir du dessin du tout, qui vous rappellera une marque, qui vous mettra en tête la musique de la réclame de cette firme que vous entendiez à la radio, qui vous fera vous remémorer vos amours, vos espoirs ou vos dépits d’alors. Vous aurez voyagez, presque toujours vers le meilleur, car la mémoire bonne fille retient rarement le pire, bien loin de ce morceau d’illustration murale devant lequel vous êtes resté planter beaucoup plus longtemps que vous ne l’imaginez.
Et puis vous vous avancerez vers le petit cartouche qui sous chaque oeuvre indique la rue et la date à laquelle elle a été prélevé et vous repartirez vers une nouvelle errance dans vos souvenirs. Probablement, comme moi, vous vous demanderez, où étiez vous ce jour là, avec qui, peut être même que vous vous souviendrez d’être passé par là, un peu plus tôt ou un peu plus tard que le cueilleur d’affiches...
Il ne faut pas manquer le petit film, projeté à la fin de l’exposition, dans lequel Jacques Villeglé explique avec beaucoup de modestie et de précision sa pratique. J’ai surtout retenu de ce documentaire l’image de ce petit homme cheminant de par les rues, ployant sous le fardeau de l’énorme rouleau d’affiches qu’il venait de décollé et qu’il avait mis à grand peine sur son épaule.
J’aimerai qu’il sache que ses efforts et l’acuité de sa perception du monde m’ont apporté bien du bonheur et cela depuis longtemps, bien avant cette rétrospective que j’attendais depuis longtemps, et qui n’a qu’un seul défaut: être trop courte.

Paris, octobre 2008
Courmes un drôle de coco chez les cocos
Nolde au Grand Palais

Cette rétrospective Nolde (1867-1956), la première pour ce peintre en France, démontre que le qualificatif d’ expressionnisme, même si le le peintre récusait ce titre, mais l’on sait que les artistes sont rétifs aux étiquettes, n’est pas un vain mot, car il suffit à Nolde de quelques coups de brosse pour faire naître une expression sur un visage que sa généreuse pâte esquisse.

Fort célèbre dans son pays (mais lequel? j’y reviendrais), il est largement méconnu ici, comme nombre de peintres célèbres dans leur contrée. Il faut cependant saluer les efforts de la Réunion des musées nationaux, à faire que la peinture allemande devienne un peu moins étrangère aux yeux français.
L’ expressionnisme allemand est souvent ramené, de ce coté ci du Rhin, à la seule personne d’Otto Dix qui est un expressionniste tardif, venu une génération après Nolde.

L’art de Nolde embrasse pourtant plus de domaines et de champs que celle de Dix marqué à tout jamais par les horreurs de la Grande Guerre. Lorsque cette dernière éclate, Nolde a déjà quarante ans et ne sera donc pas mobilisé. Beaucoup moins politique que celle de Dix est la peinture de Nolde, paradoxalement la politique empoisonnera la vie de Nolde pendant presque vingt ans.
Nolde a abordé durant sa longue carrière de nombreux genres, peinture religieuse, satirique, de paysage, nature morte, portrait, caricature...

Si la peinture à l’huile, à la pâte souvent épaisse, est son matériau de prédilection. Nolde s’est aussi exprimé avec talent par le biais de l’aquarelle et la gravure sur bois ou à l’eau forte.
Sa peinture a reçu les influences conjuguées des impressionnistes, de Munch, de Van Gogh. Sa palette évoque aussi celle de Gauguin, que Nolde a découvert en 1905. Sa force alliée à une grande économie de moyen fait beaucoup penser, à son presque exacte contemporain, Matisse.

Jour de moisson.
Les écrits comme la peinture de Nolde font découvrir un homme solitaire et déchiré. Nolde a d’ abord été déchiré entre deux pays, l’Allemagne et le Danemark. Le vrais nom de Nolde, est en fait le nom de son village natal, est Hansen, un nom typiquement danois.
Le trait principal de son caractère est son amour pour son pays natal, le Schleswig-Holstein, un pays frontière, entre deux pays l’Allemagne et le Danemark, que ses deux pays se sont longtemps disputés, entre deux mers. Nolde a passé presque toute sa vie au bord de la mer. La mer dans cette rétrospective accrochée par thèmes, donne la salle la plus impressionnante, elle a la bonne idée de clore l’exposition.

L’ attachement de Nolde pour son pays natal ne l’a pas empêché de voyager. D’abord à Paris où il a parfait l’étude de son art à l’Académie Jullian, puis en Suisse où il est quelques années professeur de dessin. Là, lui l’homme d’un plat pays, est fasciné par les montagnes qu’il transforme sur le papier et la toile en personnages caricaturaux. Leur succès va permettre à Nolde d’abandonner son travail de professeur pour se consacrer qu’à la peinture à partir de 1903 date à laquelle il revient sur sa chère terre du Schleswig-Holstein. Les débuts sont difficiles pour ce fils de petit fermier. Ce n’est qu’en 1906 qu’il atteint une certaine notoriété, il a déjà 39 ans avec notamment ses tableaux “jour de moisson” et “printemps dans la chambre”.

Certaines des toiles de cette période flirtent avec l’abstraction comme cette danse endiablée. On a la sensation que c’est la couleur qui donne le mouvement aux formes brutes qui s’entrechoquent.

Nolde a baigné dans la religion dès son plus jeune âge. Les premières images qu’il a vues sont celles qui illustraient une Histoire Sainte. En 1905 il commence une version picturale de la vie de Jésus. Intégralement présentée à Paris dans une salle avec d’autres tableaux inspirés par le nouveau ou l’ancien testament. Choc garanti face à ses tableaux dans lesquels la figure humaine est résumé que par quelques coups de pinceau qui savent donner une physionomie aux personnages des écritures bien loin des images saint sulpiciennes sucrées auxquelles les contemporains du peintre étaient habitués. Nolde commentait ainsi ces toiles qu’il mettait au centre de sa réussite artistique mais qui furent rejetées: << J’ignorais auparavant que les autorités protestantes et catholique n’aimaient pas ou refusaient mes oeuvres religieuses On ne m’en avait rien dit. Je n’avais bien sûr jamais demandé à quoi devait ressembler un tableau religieux. J ‘avais créé ces scènes en suivant mon instinct, en donnant à mes personnagesle type juif conformément à la vérité, y compris le christ et ses apôtres, peignant ces derniers en paysans et en pêcheurs juifs. Je leur avais donné un type bien marqué, car ce n’était sans doute pas les plus faibles qui avaient pris fait et cause pour l’enseignement révolutionnaire du Christ. >>. On reçoit un indiscutable choc esthétique quelques soit nos croyance devant le polyptyque des neufs tableaux qui composent la vie du Christ. Néanmoins ma faveur va au “Paradis perdu” où Adam et Eve tout penaud songent avec perplexité à l’avenir incertain qui les attend sous les regards goguenards du serpent et d’un lion.

Les déclarations de l’artiste à propos de son oeuvre religieuse est symptomatique du porte à faux où il sera presque toute sa vie, envers tous les groupes, partis, religions, croyances et même pays. Surtout lorsque l’on sait que vingt ans après cette déclaration d’autres de ses propos friseront l’antisémitisme.
Dans le même ordre on peut faire mention de son attitude envers la ville de Berlin. S’il a éprouve du plaisir à peindre les nuits berlinoises de l’avant grande guerre, qu’il fréquente une partie de l’année, sa femme est comédienne, il les rejette aussi les assimilant à ce qu’il appelle la décadence.
Ce nationaliste reviendra un anticolonialiste convaincu de son voyage d’un an et demie lorsqu’en 1913 il est invité officiellement à prendre part à l’expédition scientifique Kulz-Leber, chargée d’observer les causes de la dénatalité en Papouasie-Nouvelle-Guinée, alors colonie allemande. Ce voyage sera fructueux pour sa peinture qui gagnera en humanité et en mystère.

C’est dans les années 20 que date la consécration de Nolde. Au début des années 30, il est LE peintre allemand. Il est dans presque tous les musées. Avec l’arrivée des nazis au pouvoir, il adhère discrètement au parti national-socialiste. Goebbels possède quelques unes de ses aquarelles.
Il faut tout d’abord constater qu’il y a toujours quelque chose d’ambigue chez ce puritain, et surtout de naïf aussi bien dans sa peinture que dans ses jugements et ses opinions.
Son attitude envers le nazisme est typique de celle que Nolde a eu envers la vie. A la fois dehors et dedans, attiré et dégoûté tout en même temps.

Son amour de la terre, des vieilles légendes germaniques et nordiques font de lui un client rêvé pour le parti nazi à la recherche d’intellectuels et d’artistes de sa trempe comme caution. Un cercle minoritaire de l’appareil nazi voyait en Nolde et en quelques autres expressionniste comme Schmidt-Rottluff, Heckel... un renouveau de la culture allemande. Goebbels soutiens prudemment ce groupe. Mais le théoricien du parti, Rosenberg considère ses artistes comme des dégénéré. Bientôt Hitler tranche en faveur de Rosenberg en lui confiant le secteur de la culture et en réservant à Goebbels la propagande politique.
Cette exposition a aussi, par la bande, de nous rappeler que le nazisme n’était pas d’un seul bloc comme on a trop tendance à le voir.

Les toiles de Nolde sont rapidement décrochés. Nolde écrira à Goebbels qui lui évitera la destruction de ses tableaux et lui fera restituer la plupart de ses œuvres.
Mais les tableaux de Nolde, essentiellement pour ses peintures religieuses, considérées comme blasphématoires, sont en bonne place dans l’exposition de l”art dégénéré”. Au Grand Palais un petit film nous montre des images de cette exposition. Ce qui est très intéressant c’est d’observer les visiteurs. Il ne faut pas oublier que ces tableaux étaient exposés par les nazis pour que le public s’en moque. Et que voit on? Des gens graves, presque gênés, qui n’osent pas regarder les toiles en face...

En 1941, Nolde est frappé d’interdiction de peindre. Il se cloître chez lui à Seebull (belle maison qui est aujourd’hui la fondation Nolde) et y réalise en secret plus de 1300 “images non peintes” en fait de petites aquarelles. Les chanceux qui sont passés cet été par le musée des Sables d’Olonne (qui fait de remarquables expositions, j’ai un souvenir ému de celle de Chaissac) ont pu en voir une anthologie.
Après la guerre, Nolde se remet à peindre en 1948. A partir de 1950 , il est comblé d’honneurs. En 1951 il est exposé à la biennale de Venise, puis en 1955, à la documenta de Kassel. Il meurt le 13 avril 1956. Il est dommage que rien ne nous soit montré de cette dernière période.
Nolde au Grand Palais est une fête de couleurs où sous l’âpreté de nombreux tableaux se cache beaucoup de sensibilité.
Edi Dubien au Musée de la chasse et de la nature (4 et fin)
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Paris, janvier 2025, photo B.A
Henry Darger au Musée d'Art Moderne de la ville de Paris (2)
Paris, juin 2015, photo B.A
Henry Darger au Musée d'Art Moderne de la ville de Paris (1)
En regardant mes photos de l'exposition londonienne de William Blake et en lisant le chapitre que consacre à cet artiste Georges Bataille dans son essai La littérature et le mal je me suis aperçu combien William Blake pouvait être proche d'Henry Darger tous deux au seuil de la folie et tous deux créateurs de mythologies fantastiques et noires.
Paris, juin 2015, photo B.A
Ron Mueck à la Fondation Cartier
William Blake à la Tate Brittain (1)
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Londres, novembre 2019, photo B.A










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