Edi Dubien au Musée de la chasse et de la nature (1)
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Paris, janvier 2025, photo B.A
un regard sur les arts et les lettres
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Paris, janvier 2025, photo B.A
Disons le d'emblée mes photos, prises malgré l'interdiction, sont loin de rendre justice à la magnifique exposition Kabuki, costumes du théâtre japonais que l'on peut voir jusqu'au 15 juillet à la fondation Pierre Bergé Yves Saint Laurent. Le titre est un peu réducteur car c'est tout l'art du Kabuki que nous transmet la très belle scénographie de la manifestation. Deux films sont projetés au fil du parcours, l'un est une captation d'une pièce de Kabuki, l'autre est un documentaire sur cette pratique exigente. Si les somptueux et parfois très lourds costumes de scène constituent la plupart des pièces, on peut voir également quelques estampes anciennes représentant des acteurs. Des accessoires, boites pour perruque, nécessaire de fumeur, éventails, lanternes, paires de chaussures (geta) rendent le tout très vivant. Les cartouches explicatifs sont clairs et précis. Une fois de retour chez soi, le catalogue, joli et bien fait redouble le plaisir de l'exposition, offrant entre autres, un petit et précieux historique du kabuki.







Paris, mai 2012
A la bibliothèque Forney, dans le très bel hôtel de Sens, madame Nakano nous invite à admirer sa collection de kimonos d'enfant datant de 1870 à 1930.


Madame Nakano, qui est né en 1935 dans le quartier d'Ayukai dans la ville de Shirataka a consacré sa vie à la couture traditionnelle japonaise. Elle a commencé sa collection de Kimonos d'enfant il y a une vingtaine d'années. Elle se compose aussi bien de luxueux kimonos pour lesquels de riches familles avaient payé une fortune, que de kimonos de fête pour des enfants moins favorisé ainsi que des habits du quotidien. Tous les ages sont représentés depuis les vêtements du nouveau-né, jusqu'aux kimono pour la fête des treize ans (A partir de 13 ans, une fille quittait le monde de l’enfance et devait porter, avec un kimono à longues manches flottantes) . Ces habits sont confectionnés de différentes matières, coton, soie...

Kimonos "aux cent vertus" pour bébé - H. 50 cm (à gauche) - Kimono pour bébé garçon - Teinture au pochoir à la réserve sur coton indigo - H. 57 cm (à droite) Époque Taishô

Kimonos pour bébés - Teinture Shibori sur coton indigo - H. 55 et 57 cm - Époque Taishô
Les kimonos anciens d'enfant sont rares car les enfants du Japon d'hier n'étaient pas différents de ceux d'aujourd'hui. Ils mettaient souvent à mal leur vêture à la rude épreuve de leurs jeux. Comme le montre les beaux bois gravés de Miyagawa Shuntei (1873-1914) montrant des jeux d'enfant dont une partie de chat perché et deux bandes de garçons face à face, tableau qui m'a évoqué une guerre des boutons nippone...


Ces kimonos dont certains sont de véritable oeuvre d'art, sont ornés de motif porte-bonheur ou de sujets qui indiquent les espoirs que les familles mettent dans leur rejeton, comme l'association de pins, de bambous et de fleurs de prunier qui serait gage d'une vie heureuse, On trouve aussi fréquemment des représentations de grues (qui ressemblent beaucoup à nos cigognes) qui sont symboles de longévité tout comme les carpes (en écrivant ce billet je porte un yukata sur lequel s'ébattent des carpes, vous devriez donc me supporter encore quelques temps si ces motifs, comme l'espéraient les anciens japonais ont une incidence sur la durée de la vie de celui qui arbore un tel vêtement.). Tous ces motifs avaient pour but de combattre le sort qui faisait qu'avant l'ère Meji beaucoup d'enfants mourraient avant d'être devenu adulte (il suffit de lire le formidable manga Jin pour en être informé).
Si les décors de l’époque Meiji (1868-1912) sont encore très raffinés, l’époque Taishô (1912-1926) aima en général les kimonos aux grands motifs dans des couleurs bigarrées présentant de forts contrastes avec le fond du vêtement.



Les kimonos pour les filles différaient de ceux destinés aux garçons. Aux filles les motifs fleuraux souvent accompagnés de papillons, leur grâce et leur légèreté sont des symboles appropriés pour caractériser les femmes, aux garçons les scènes de chasse au faucon, les casques (lorsque la famille espérait que leur fils ferait une belle carrière militaire), les chevaux. A la fin des années trente et jusqu'en 1945 des motifs de propagande , comme des soldats en armes ou des avions permettaient d'affirmer le patriotisme des familles (il n'y en a pas dans l'exposition).

Kimonos pour garçon (à gauche) - Double ikat sur ramie - H. 86 cm - Époque Meiji - Kimono pour fille (à droite) - Teinture au pochoir à réserve sur coton teint à l'indigo - H.126 cm - Fin époque Edo
Kimono pour garçon - Teinture Yuzen sur soie noire - H. 95 cm - Époque Taishô

Kimono pour garçon - Teinture Yuzen sur soie noire - H. 113 cm - Époque Taishô
Sur certains kimonos on peut voir des scènes tirées de légendes ou de contes comme l’histoire d’Urashima Tarô, le pêcheur qui vivait au fond de la mer ….
kimono pour garçon appartenant à une famille de samurai (les trois "pastilles" que l'on voit en haut du dos du kimono sont "les armoiries" de la famille), le décor de bambous dont la croissance est drue et des pins toujours verts, comparable à une peinture à l’encre de Chine exprime des souhaits de santé et de croissance, motifs destinés plutôt aux garçons. Teinture Yuzen sur gaze de soie bleue foncée - H. 97 cm - Époque Taishô
Si les kimonos pour garçons privilégient les couleurs foncées, noir, bleu ou gris, ceux des filles sont souvent réalisés dans toutes les couleurs variant des teintes claires et nuancées aux plus vives

Kimono pour fille - Teinture Yuzen sur crêpe de soie - H. 87 cm - Époque Meiji
Parfois les dessins sur les kimonos d'enfant étaient semblables à ceux destinés aux adulte pour que les esprit malin ne puissent remarquer les enfant à l'âme plus facilement ravissable que celle des ainés.

Kimono "aux cent vertus" - 197 pièces de cotons différents pour le kimono et sa doublure - H. 73 cm - Époque Meiji

Kimono et Haori - Cotons teints à l'indigo - H. 65 et 57 cm - Époque Shôwa
Les plus curieux, et les plus émouvants sont les kimonos dit aux cents vertus confectionnés en cousant en patchwork des morceaux de tissus que recevaient des morceaux de tissus provenant de vêtements ayant habillés des personnes qui ont vécu longtemps. Si ces kimonos sont le fruit certes d'une symbolique à laquelle s'ajoutaient aussi des contraintes économiques. La culture du coton commença à se répandre dans le sud du Japon à partir du XVIe siècle, mais dans le Tôhoku, région montagneuse aux hivers longs et rigoureux, dont est originaire madame Nakano, les précieux tissus de coton n’arrivaient que sous forme de kimonos d’occasion, aussi gardait-on précieusement chaque petit morceau auquel on s’attachait à donner une seconde vie.
On voit également dans l'exposition de nombreuses pièces de vêtement qui accompagnent les kimonos comme des bavoirs, des bonnets, des sandales, des chaussettes... des jouets comme des balles et des poupées.

Petites bottes en paille de riz des pays de neige - Époque Shôwa
Une belle exposition à ne pas rater, bien présentée, très pédagogique tout en étant accessible grâce en particulier a des cartouches aussi clairs qu'informatif. La visite peut être aussi complétée par le parfait petit catalogue très élégant pour ses vingt euros. Lors de ma visite j'ai eu la chance de tomber sur une conférence itinérante dans l'exposition faite par une dame aussi instruite que sympathique et c'était gratuit...



A une exception près, j'ai vu tous les films de Tim Burton et je les ai aimés presque tous. Mais à la cinémathèque française ce n'est pas principalement le cinéaste qui est exposé mais le dessinateur. Le dessin était le premier mode d'expression de Tim Burton et je pense que ce sera une grande découverte pour bien des visiteurs.
Grâce à de valeureux complices, certaines créatures imaginées par Tim Burton prenent du volume...
Pour un européen les dessins de Tim Burton font beaucoup penser à ceux de Ronald Searle, et ce n'est pas un mince compliment. A quand une grande rétrospective Ronald Seale en France où il a habité une partie de sa longue et talentueuse vie. Autre parenté en particulier pour les êtres inquiétants sortis du crayon de Tim Burton, celle avec Franquin et de ses "idées noires".

Si beaucoup de dessins se suffisent à eux même. On en découvre d'autres tout aussi savoureux qui ont servi à la préparation des films que Tim Burton à mis en scène.





On voit que Tim Burton est un véritable graphomane. Il dessine sur tous les supports comme le démontre ces serviettes de restanrant encadrés.

Paris, juillet 2012