Sur la plage de Faro
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Faro, juillet 2024, photo BA
un regard sur les arts et les lettres
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Faro, juillet 2024, photo BA
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Paris, septembre 2024
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Paris, juin 1985, photo B.A.
Comme toujours à la Halle Saint Pierre et particulièrement dans les expositions patronnées par la revue Hey, il y a à boire et à manger mais vous êtes certain d'y trouver des pièces exceptionnelles et jamais vues. Hey le dessin est une fête incomparable pour tout curieux d'un art au delà des conventions et souvent "mauvais genre". Il s'agit de ce que l'on appelle un peu cavalièrement de l'art brut, ce qui n'exclut pas souvent une grande délicatesse d'exécution. L'exposition se déploie sur deux niveaux. Le rez de chaussée dans une athmosphère sombre qui convient bien à la teneur de la plupart des oeuvres exposées tandis qu'à l'étage les dessins sont en pleine lumière. L'accrochage est soigné et les notices sur les artistes semblent souvent des résumés de romans noirs. Seul problème mais seulement pour les photographes les reflets en particulier dans la partie sombre de l'exposition.
Les 4 images immédiatement ci-dessous sont des détails des tableaux de Marcel Storr
Paris, janvier 2022
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Singapour, mars 2025, photo B.A

Tokyo, Japon, avril 2010
Le souvenir n'est pas une déploration, c'est au contraire conforter les plaisirs à venir en les asseyant confortablement sur le socle de la mémoire. C'est ce que réalise, avec légèreté et élégance, Christian Giudicelli dans son dernier ouvrage : Les Passants (éditions Gallimard). « Occupons-nous de ceux qui hantent la mémoire en déchirant le flou de nos rêves. Les passants qui répondent présent à nos appels. Les passants, détachés du passé. » La gravité, inhérente à l'exercice puisque l'auteur (par la force des choses) y parle de personnes presque toutes disparues, est sans cesse bousculée par la cocasserie des portraits de ceux qui le marquèrent ou le frôlèrent tel celui d'Alain Cuny, la notoriété de ce bègue pompeux m'est toujours restée incompréhensible. Giudicelli peut être rosse, mais c'est surtout une grande tendresse qui se dégage de ces pages dans lesquelles il ne fait pas mystère de son amour des garçons.
Christian Giudicelli se faisant maquiller pour l'interview que j'ai réalisée de lui
J'ai eu la chance de pouvoir vérifier combien l'esprit et la générosité de Christian Giudicelli n'étaient pas réservés à ses livres mais irradiaient aussi de sa personne. J'étais très ému lorsque je le rencontrai à l'occasion du tournage de son interview qui devait être un des bonus du DVD Le Garçon d'orage, DVD malheureusement jamais édité, d'après le roman de Roger Vrigny (éditions Gallimard). Ci dessus une photo de la séance de maquillage de Christian Giudicelli. Je voulais qu'il me parle de ce dernier, avec qui, pendant de nombreuses années, il avait partagé l'antenne de France Culture pour leur émission littéraire hebdomadaire qui enchanta tantôt mes matinées, tantôt mes après-midi et qui n'avait rien à voir avec sa remplaçante où une péronnelle trouve régulièrement du génie à des plumitifs abscons pourvus qu'ils soient exotiques. Ce fut pour moi une après-midi inoubliable dont il ne me reste comme seule trace physique la photo que je pris, où mon assistant d'alors, Benoît Delière, maquille l'écrivain. Durant une heure, Christian Giudicelli traça un portrait émouvant de Vrigny, qui fut à la fois son mentor et son ami.
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Alors que la programmation des expositions à Paris ne brille pas par son audace, on ne remerciera jamais assez le musée d’Orsay pour nous avoir fait découvrir tant de peintres de grands talents. Au moment où son directeur Serge Lemoine quitte son poste. Je ne suis pas trop inquiet puisqu'il est remplacé par Guy Cogeval qui fut commissaire des belles expositions consacrées à Hitchcock et à Walt Disney.
J’ose le pluriel car je ne crois pas être le seul à qui le musée d’Orsay a étendu grandement son horizon artistique. Lovis Corinth que nous découvrons aujourd’hui est certainement l’un des plus remarquables. Pour ma part j’ignorait jusqu’au nom de cet artiste qui pourtant joui, à juste raison, d’une grande notoriété chez ses compatriotes allemands. Par cet exemple, on voit combien on est très loin d’une culture européenne. Mes lecteurs habituels on sans doute remarqué mon très modeste effort pour que la peinture anglaise ne soit plus complètement ignorée de ce coté ci de la Manche. Avec cette exposition je m’aperçoit que l’on est également complètement ignorant de la peinture allemande. Le titre de la rétrospective, Lovis Corinth (1858-1925) entre impressionnisme et expressionniste est réducteur et un peu trompeur comme si l’artiste était entre les deux manières sans avoir réussi à en choisir une. C’est tout le contraire Lovis Corinth a été impressionniste évoluant vers un expressionniste pour le dépasser. Il a été bien d’autres choses encore à commencer par pompier il fut l’élève de Bouguereau mais aussi caricaturiste, réaliste et presque abstrait dans certains paysages à la fin de sa vie... Mais ce qui est remarquable chez cet artiste dont l’énorme personnalité et la gourmandise envers la vie transparaît dans chaque toile, c’est qu’il n’a jamais été prisonnier d’une école, n’hésitant pas pour donner plus de force à son propos à mélanger plusieurs manières en un seul tableau.

L'artiste n'est pas seulement un grand peintre c'est aussi un remarquable dessinateur et graveur comme en témoigne ces études d'expression entre Ingre et Daumier...

Quand à la liberté de regard sur les sujets, à la crudité du propos, Il faut attendre la deuxième moitié du XXème siècle pour trouver des artistes aussi peu inhibé, je pense à Gilbert et George, que Lovis Corinth. Sa relecture de la passion du Christ n’est pas faite pour les gentils catéchumènes bêlants. Dans “Le grand martyre” on voit jésus nu comme au premier jour, le sexe rabougri tordu dans un dernier spasme de douleur arc bouté à ses bois de souffrance pendant que quatre zigs s’affèrent pour le clouer au mieux. Dans une descente de croix, un malabar à la mine patibulaire tente, à l’aide d’une pince monstrueuse, qui m’a évoqué celle que manient les métallurgistes pour saisir le feuillard à la sortie des laminoirs, d’arracher les clous comac qui rivent le crucifié à son arbre de souffrance comme l’épingle fixe le papillon sur son velours de présentation.

Lovis Corinth a beaucoup produit (malheureusement quelques une de ses toiles ont été détruites durant la dernière guerre) mais c'est sans doute dans ses nus de tous les âges et des deux sexes que son ode à la vie est le plus présent comme dans son Diogène de 1892.
L’érotisme n’est jamais loin chez ce passionné de la chair, sans oublier parfois une pointe d’humour comme dans ce qui est mon tableau préféré, “Les armes de Mars” où il parvient à subvertir en un détail ce thème classique. On y voit trois charmants enfançons nus qui portent les armes du terrible dieu pendant que Vénus qui, tout en se coiffant, se mire dans le bouclier de Mars. Mais si l’on suit son regard, ce n’est pas son image qui la captive en fait , et je la comprend, elle reluque le beau jeune homme nu qui maintient le bouclier miroir devant elle.

Son véritable maître, et l’une de ses grandes sources d’inspiration c’est Rembrandt. Comme lui toute sa vie Corinth s’est pris pour modèle se regardant en face, sans jamais se flatter, se ridiculisant même parfois, jusqu’à cet ultime toile deux ans avant de disparaître où la mort déjà s’invite dans les yeux du peintre.

Il a su tirer toute la substantifique moelle de l’enseignement du génie hollandais en regardant ses toiles. On voit bien dans le portrait d’une vieille femme dans lequel le visage est rendu par une succession de petites touches finissant par faire une pâte épaisse où se lisent les rides de l’ aïeule qui contraste avec la matière lisse du fond et de la vêture, combien il a parfaitement assimiler la technique de Rembrandt.
Ce n’est plus Rembrandt qu’évoque ce nu féminin couché de 1907, c’est du Lucian Freud soixante ans avant!
Quand aux paysages de son cher lac de Walchen dans lesquels la nature se convulse c’est du meilleur Soutine.

On voit bien que Corinth a beaucoup scruté non seulement Rembrandt mais aussi Hals, Manet, Cezanne, Murillo... Mais face à la toile il a toujours su rester lui même. Il n’a jamais oublié non plus de regarder par la fenêtre, ou dans la chambre, sa femme se lever de son lit ou prendre son bain. Parfois il nous offre aussi de savoureuses extravagances comme Persée et Andromède (ci-dessous).

Lorsqu’il est atteint, à la fin de 1911, d’une attaque cérébrale qui le laisse momentanément paralysé du coté gauche, ce boulimique de peinture travaille encore plus comme s’ il avait compris qu’il n’avait plus guère d’années pour mettre sur la toile ce qu’il avait en lui. Sa palette s’éclaircit, sa touche se fait plus large. Elle devient un élément d’équilibre du tableau, entrant dans la composition du cadre.
Peu après son accident de santé il peint une de ses toiles les plus magistrales Ecce Homo où pour ma part j'y voit un médecin conduisant un malade au tombeau autant qu'un soldat le Christ à son calvaire.
On ne s’etonnera pas que tant de liberté dans les sujets le ton et la manière lui ait valu de figurer dans le panthéon de l’art dégénéré des nazis. Ces derniers c'est certain ne pouvaient pas voir en cette Salomé, (voir ci-dessous) sadique et aguicheuse une Lorelei génitrice.

Le catalogue de l'expositon est fort bien fait, outre qu'il nous donne à voir les quelques toiles exposées seulement à Leipzig et Ratisbonne il nous renseigne sur la vie artistique en Allemagne à la fin du XIX ème siècle et au début du siècle dernier.
Il y a peu dans mon compte rendu de la visite de la rétrospective Louise Bourgeois j’exprimais combien il était difficile de communier avec une oeuvre, surtout quand elle est autobiographique, mais elles le sont toutes un peu, lorsque l’on éprouve pas de sympathie ou au minimum d’empathie pour le créateur, comme c’était mon cas pour l’artiste américaine. Il en va tout autrement avec Lovis Corinth dont il me semble qu’il est difficile de ne pas aimer non seulement l’art mais aussi l’homme tant toute son oeuvre crie l’amour de la vie et l’ouverture d’esprit d’un peintre qui a su si bien magnifier à la fois l’érotisme et la vie de famille et dont toute l’oeuvre est aussi bien une ode à la culture qu’à la nature.