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Sebastian Perinotti

3 Février 2026, 07:35am

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Une visite au Grand Musée des Antiquités égyptiennes du Caire (5)

3 Février 2026, 07:34am

 

 

 

Les images ci-dessous ont été prises dans les salles du trésor de Toutankamon 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Caire, janvier 2025

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L'abbé Mugnier de Ghislain de Diesbach

3 Février 2026, 07:33am

  

Ghislain de Diesbach est le dernier écrivain ancien régime que nous ayons. En le lisant nous ne fréquentons que du beau monde, des quartiers de noblesse en vois tu en voilà, aucun risque dans ses pages de croiser un encapuchonné bistre du 9.3., lecture de plage parfaite pour le snob que je suis.

Après avoir écrit les biographies de Madame de Stael, de Chateaubriand, de la princesse Bibesco (impossible de trouver ce livre, s'il s'ennuie dans votre bibliothèque pensez à moi!), de Proust (un régal), de Philippe Jullian  sans oublier son Histoire de l'émigration 1789-1814, que j'ai rangé dans ma bibliothèque à coté des aventures du Mouron rouge de la baronne d'Orczy, il s'est attaqué à un personnage moins prestigieux mais dont le nom revient dans presque toutes les biographies des acteurs du monde littéraire (et pas seulement) des quarante premières années du XX ème siècle, l'abbé Mugnier. C'est d'ailleurs plus pour avoir un éclairage particulier sur des figures célèbres tel Huysmans ou Proust qu'outre par le nom de Mugnier et surtout par celui de Ghislain de Diesbach que, j'ai été attiré par cet ouvrage. J'y ai trouvé bien d'autres choses. Je précise tout de suite que je n'ai pas (encore) lu le célèbre journal de l'abbé Mugnier, sinon les nombreux extraits que l'on découvre dans les livres qui traitent de la vie mondaine et littéraire de la fin du XIX ème siècle et de la première moitié du XX ème. Mais le livre a bien d'autres intérêts tout d'abord il fait par le biais des menus faits d'une vie, revivre toute une société où la religion à une place prépondérante. On découvre par exemple les effroyables conditions de vie dans les petits et grands séminaires de cette cohorte de jeunes gens qui entre en religion non qu'ils aient reçu une illumination derrière le pilier d'une église mais parce que c'est pour eux, rejetons de familles pauvres, le plus souvent, la seule voie d'une relative élévation sociale. C'est le cas de notre abbé qui est poussé à la prêtrise par une mère pieuse qui croyait lui procurer « la paix » tout en lui ayant fait découvrir Chateaubriand et Georges Sand, qui seront les deux grandes admirations littéraire de toute sa vie.

Mugnier dont la foi ne fait aucun doute tout en maugréant constamment contre la hiérarchie ecclésiastique, le sait bien.

Très intelligemment plutôt que de s'étendre sur la vie mondaine de son abbé, elle est néanmoins présente, Ghislain de Diesbach s'attarde longuement sur les années de formation et la jeunesse de Mugnier. Si l'on excepte Huysmans et quelques autres c'est surtout à partir de la quarantaine que l'abbé Mugnier fréquente les salons littéraire et les diners de la haute aristocratie.

  

Ce qui admirable chez l'abbé Mugnier c'est l'absence totale de sectarisme. Voilà un membre du clergé qui pouvait un soir diner chez des hôtes qui avaient concocté un repas où tout était rouge, étant des admirateurs inconditionnels des guillotineurs de 1793, le lendemain être invité à une soirée par la comtesse de Greffulhe, un des modèles de la duchesse de Guermante de « La recherche de Proust et le surlendemain être à la table du sâr Péladan!

Aucune pudibonderie chez lui non plus, il ne s'offusque ni des propos graveleux de Forain qui lui décrit les bordels d'hommes, ni des amours adultérins de Barres et d'Anna de Noaille, sa grande amie, pas plus des amours de Coteau avec Radiguet , ni qu'un de ses amis prêtres qui vit maritalement avec sa bonne. On se doute que cette largesse d'esprit ne sera pas toujours du goût de ses supérieurs.

D'ailleurs c'est le monde décrit par Proust avec lequel l'abbé entretint une correspondance, dans « La recherche » et celui peint par Jacques Emile Blanche qui connaissait bien l'ecclésiastique pour être souvent invité aux mêmes tables, mais qui l'appréciait guère, qui affleurent dans ces pages.

Alors que je m'attendais à lire le parcours mondain d'un prélat opportuniste, émaillé de savoureuses anecdotes, heureusement pour l'amusement du lecteur, il n'en manque tout de même pas, alors que c'est l'étonnant chemin de vie d'un homme de peu que le hasard et surtout son extraordinaire curiosité alliée à une inextinguible faculté d'admiration que nous fait découvrir cette biographie. On y voit comment Arthur Mugnier fils du factotum d'un hobereau qui permettra financièrement au garçon, tôt orphelin de suivre des études au petit puis au grand séminaire, devient à la fin de sa vie une sorte d'oracle spirituel (dans tous les sens de ce mot) pour la gentry française et une partie de l'intelligentsia. A sa mort en 1944, alors que la France n'est pas encore libérée, il réunira autour de son cercueil une foule éplorée parmi laquelle on dénombre des porteurs de quasiment tous les grands noms de la noblesse française et bien des beaux esprits du temps, Louise de Vilmorin, Jean Tharaud, Jean-Jacques Gautier, Paul Valéry, Ramon Fernandez... (mais apparemment pas Jean Cocteau qui ne mentionne pas une seul fois l'abbé dans son journal 1942-1945, paru aux éditions Gallimard, alors qu'il était naguère l'intime de l'abbé mugnier qui est fasciné par le jeune Cocteau, lorsqu'il le rencontre en 1912 chez la princesse Bibesco, en qui il voyait un des hommes qu'il aurait aimé être et qu'il avait baptisé avec comme parrain et marraine le couple Maritain!).

J'ai ressenti beaucoup de sympathie pour cet abbé qui n'était pas un grand esprit mais qui avait une une curiosité et une liberté et une clairevoyance presque incroyable pour cette époque et même pour aujourd'hui. Tel ce qu'il écrivait le 29 juin 1919: << En songeant à ces grands allemands, je souffrais de certaines mufleries dans un peuple qui se dit chevaleresque doit s'abstenir, Il y a eut en effet dans notre attitude envers l'ennemi à la veille de signer ou signant, des détails qui m'ont choqué. On ne refuse pas le verre d'eau froide. Comme elle doit s'abîmer encore dans les rêveries tristes la Melancholia d'Albrecht Durer! Si jamais dans l'avenir, nous tombions dans les griffes d'Outre-Rhin, comment serions nous traité?>>.

Il n'apprécie pas beaucoup les récents convertis, les trouvant un peu trop exaltés: << Ils aiment les grands pécheurs, pour le plaisir de les repêcher de l'abîme, et non les petits, qui pataugent dans les mares de la médiocrité. Grâce à cela, en ne recevant que des gens célèbres, ou en voie de l'être, ils sont connus à leur tour...>>.

Et puis l'abbé Mugnier a des phrase que j'aurais pu écrire, comme celle-ci: << Si j'étais riche je voyagerais perpétuellement, me reposant quand il faudrait. Voyager, c'est oublier... Prendre le train et se retrouver le lendemain loin du pays où j'étais la veille, c'est une sorte de féérie qui me grise. Détail qui fera frémir: J'aime les chambres d'hôtel; je suis heureux quand j'ai pratiqué le closo ostio et que je m'appartiens.>>.

Ghislain de Diesbach a une élégance à propos du train de vie de son modèle que Paul Léautaud, pourtant son ami, dans son journal n'a pas. Le 18 septembre 1940 (page 653 de son Journal littéraire, dans l'édition de 1998 au Mercure de France) ce dernier écrit: << L'abbé Mugnier n'a jamais eu comme prêtre ou chanoine que des appointements dérisoires, presque la misère. Il n'a pourtant jamais manqué de rien. Il a toujours trouvé une femme riche pour lui assurer une vie confortable: un bon appartement, une bonne, des vacances, jusqu'à ces derniers temps une auto pour le transporter dans ses visites, aux déjeuners ou diners où il avait à aller...>>.

Voilà un homme qui s'est saoulé de connaissances, celles des plus grands esprits, Proust, Barres, Céline, Gide, Cocteau, Léon Daudet (dans l'art du portrait Ghislain de Diesbach égale le gros Léon dans celui par exemple de Léon Bloy), Morand, Montherlant, Paul Valéry... auquel il aura sans doute manqué la reconnaissance littéraire. Il l'espérait sans doute l'obtenir avec la publication posthume de son journal, mais ce ne sera pas complétement le cas. Le22 septembre 1916 il confie son drame à son journal : Mon genre de tristesse, au sortir du séminaire et même pendant, n’était pas le même [celui du René de Chateaubriand]. Je n’étais pas dégoûté de la vie. Je souffrais plutôt de ne pas la connaître, de ne pas avoir été mis sur la vraie voie, d’être déjà dispersé, envolé, sans but qui accapare toutes mes facultés. De grands désirs de vie intellectuelle, littéraire, et tous combattus plus ou moins : 1° par les scrupules qui m’empêchaient de penser, de lire, 2° par une instruction insuffisante, sous tous les rapports. Ajoutez à cela le cœur qui voulait s’attacher, aimer ; un certain goût du succès, un besoin d’être distingué par mes maîtres, mes confrères.>>.

Quel curieux personnage que cet abbé qui malgré la partie extraordinaire qu'il aura mené toute sa vie, avec en main, au départ un jeu plus que médiocre, semble être mort insatisfait de son existence. Cet homme qui ne manquait pas de sagesse et de lucidité, pour les autres, aura été dépité de n'avoir pas eu l'existence auquel il aspirait sans s'apercevoir qu'il n'en avait aucun moyen...

Tout en regardant vers le passé, Ghislain de Diesbach n'oublie pas qu'il écrit aujourd'hui comme le prouve cette pique envers les fonctionnaires de la gueuse: << Il est curieux de voir l'ingratitude de tant d'écrivains, casés par protection dans des ministères où ils augmentent la masse des fainéants, mordre ainsi la main nourricière et se plaindre d'y avoir eu leur génie étouffé alors que sans leur traitement ils n'auraient pu vivre avec leurs seuls droits d'auteur.>>.

Ghislain de Diesbach ne s'est pas contenté de puiser dans le journal de l'abbé, il a eut accès également à ses "paperolles" (les notes qu'il prenait plus ou moins sur le vif pour la rédaction, le soir venu de son journal ), à sa correspondance et il a aussi finement regardé dans les livres des écrivains contemporains du prélat qui l'on souvent croqué (je recommande particulièrement d'aller voir dans « Les Mémorables » de Maurice Martin du Gard, une bible pour tous ceux qui s'intéressent à la vie intellectuelle en France dans l'entre deux guerres).

Pour ma part, je suis allé voir chez un de mes diaristes préférés, Matthieu Galey s'il parlait de son prédécesseur dans son exercice et j'ai trouvé ce portrait cursif: << Avec une candeur délicieuse, il côtoie le gotha des lettres ( et le vrai, celui du noble Faubourg), en observateur qui voit tout et ne voit rien. Pour lui aucune différence entre Cocteau et la comtesse de Noailles, entre Barres et Cocteau: ce sont des « écrivains », indiscutables comme les saints auréolés, quelles que soient leurs oeuvres. Avec Proust par exemple, il « cause aubépine », mais il n'a pas lu Swann. Il contemple ces animaux rares, sans recul, le nez dessus, comme s'ils étaient réellement, fascinante découverte, et fréquente les modèles de la Recherche au naturel, inconscient bien sûr du destin littéraire qui les attendait (…) C'est saint Jean Plume d'or errant à Sodome.>>. Bien vu, comme presque toujours chez Galey.

A propos des lectures de Mugnier, Ghislain de Diesbach reste un peu flou, c'est le seul reproche que je ferais à cet ouvrage écrit avec beaucoup allégresse. Si l'on voit bien que l'abbé rencontre une foule d'écrivains et pas des moindres, en revanche on ne sait pas s'il les lit beaucoup.

Comme presque toutes les biographies, celle-ci est quelque peu hagiographique, ce qui est bien normal car comment imaginer un biographe qui va vivre plusieurs mois et quelques fois plusieurs années avec son sujet qui ne l'aimerait pas. Je terminerais par une ce portrait qu'en trace son talentueux biographe: << On sentait que sa bonté, son intelligence suprême étaient un effet irrésistible de sa nature, hors de tout commandement sacré, une chose aisée comme un instinct.>>.

 

Commentaires lors de la première parution de ce billet

 

Merci pour ce beau billet. J'ai "La Princesse Bibesco, la dernière orchidée", volume qui ne doit pas être rare.
La figure de l'abbé Mugnier est en effet très curieuse et Diesbach la présente de façon bien intelligente.
Pour votre dernier trait sur l'empathie nécessaire au biographe, je vous "déconseille" donc le volume que Bellos consacra naguère à l'immense Perec en hissant à chaque ligne son sujet et en ne comprenant rien, strictement rien, à l'oeuvre...
Merci pour tous vos billets
COMMENTAIRE N°1 POSTÉ PAR BRUNO LE 05/08/2013 À 12H41

Merci de l'information à propos de Pérec, jadis j'étais tombé à la Hune sur un album qui était un peu un making off de La vie mode d'emploi, je ne l'avais acheté alors je devais être fauché ou encombré et peut être les deux... Je ne parviens pas à retrouver ni le titre ni l'éditeur. peut être pourriez vous me renseigner. 

Si le volume de Bellos est à éviter en ce qui me concerne je vous conseille Je me souviens de Jeme souviens sous titré note sur Je me souviens de Roland Brasseur. A quand Perec dans la Pléiade! 

Tous les livres de Ghislain de Diesbach avec lequel j'ai diné quelques fois à la table de Jean-Claude Farjas sont intéressant mais sa biographie de Proust est à mon avis son chef-d'oeuvre. 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 05/08/2013 À 13H34
Je présume que vous faîtes allusion à :

"Cahier des charges de La Vie Mode d'Emploi" paru chez ZULMA en 2001

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Je dois avoir, aussi, au fond d'une bibliothèque...
Les fac similés des brouillons de Perec y sont bien reproduits et très curieux, très intéressants pour ceux qui s'intéressent à la genèse d'une oeuvre.
Je ne suis pas très sûr que disposer de tous les échafaudages de "La Vie..." en permette une meilleure compréhension, mais peut être que si, finalement...

Le "Je me souviens de je me souviens..." fut suivi de "Je me souviens "encore mieux" de Je me souviens"... ;-)
COMMENTAIRE N°2 POSTÉ PAR BRUNO LE 05/08/2013 À 15

 

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Kernstock Karoly‎

3 Février 2026, 07:33am

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Yann Faucher

2 Février 2026, 07:33am

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Coiffure , 2021

Hugo par Yann faucher

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Pietro Pérugin, vers 1493-4.

2 Février 2026, 07:32am

 

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Adolf von Hildebrand (allemand 1847-1921)

2 Février 2026, 07:31am

 

 

Adolf von Hildebrand
 
 
Adolf von Hildebrand
 
 
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LOWELL NESBITT

2 Février 2026, 07:30am

 

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Sascha Schneider,

1 Février 2026, 08:34am

 

Buste de jeune Egyptien, 1911

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Zeus et Ganymède

 

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Pour continuer dans le « relativement célèbre chez eux » et le « tout à fait inconnu chez nous », voilà le cas de Sascha Schneider dont de ce coté-çi du Rhin seuls quelques maniaques de la littérature populaire ont peut-être entendu parler, pour avoir été l’illustrateur de Karl May le célèbrissime et immortel créateur de Winnetou, le farouche et preux guerrier indien. Karl May (1842-1912) a été l'un des écrivains les plus populaires en Allemagne. Le romancier a vendu jusqu'à 100 millions d'exemplaires. Albert Einstein et Adolf Hitler ont fait partie de ses nombreux amateurs. Les premières éditions des aventures de Winnetou étaient agrémentées (et ô combien) par les illustrations de Schneider. Les travaux de ce dernier dénotaient considérablement par rapport aux autres illustrateurs de l'époque. Il y avait dans ses images une curieuse qualité qui semble être davantage inspirée de la peinture symboliste que des canons de l'illustration de livres pour adolescents. Mais surtout, ses planches transpirait un homo érotisme patent, à une époque où l'homosexualité était considérée avec suspicion ou carrément avec hostilité (le fameux paragraphe 175). On peut ajouter que ces dessins n’avaient que peu de rapports avec les aventures qui se trouvaient en regard de ceux-ci. Ils en appelaient à tous les fantasmes orientalistes, épicés d’un soupçon de métaphysique. Des images plus proches de celles de Kubin que de Joubert qui ont du donner quelques cauchemars aux jolies têtes blondes teutonnes. L’éditeur, peu satisfait des illustrations de Schneider, les a remplacées dans les éditions suivantes. Un livre les regroupant a été publié récemment en Allemagne.
 
  

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Mais ce Sascha Schneider n’a pas été que l’illustrateur de westerns choucroutes, dont la lecture à un âge tendre ne m’a pas laissé de grands souvenirs (il faudra néanmoins que je retourne voir du côté de Karl May, qu'il est sans doute bien réducteur de limiter à Winnetou), cela ne vaut pas les westerns cassoulets de Boussenard. L’artiste allemand a été bien autres choses.
 
 

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Il est né à Saint Petersbourg où son père est imprimeur. La famille Schneider ne tarde pas à déménager à Zurich, puis à la mort du père à Dresde où le jeune Sascha fait ses études. En 1889 après le baccalauréat, il entre à l'Académie des Beaux-Arts de Dresde dont il sortira diplômé quatre ans plus tard.
 
 

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Mais il sera déçu par l’Académie. Si elle offre un solide apprentissage  des techniques artistiques, Sascha Schneider lui doit son remarquable “métier”, elle est totalement dépassée quant à l’esprit. Les jeunes étudiants de ces années quatre-vingt-dix ne se réclament pas d’une fin de siècle et de sa délectation morose de la décadence (ce qui est amusant, c’est aujourd’hui que Schneider est considéré comme l’artiste type fin de siècle en Allemagne, assez à tort à mon avis). Ils espèrent en un nouveau départ avec le 20e siècle. Ils veulent se libérer des contraintes artistiques découlant des conventions. En outre, ils sont à l’écoute des problèmes sociaux causés par les structures de la société.
 
 

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Toutefois, Schneider ne prend pas le chemin d’une dénonciation directe de ces inégalités par une peinture naturaliste narrative. Il espère faire passer ses idées d’une manière plus intellectuelle dans ses tableaux. Néanmoins les titres de ceux-ci à cette époque ne laissent aucun doute sur son orientation politique d’alors, "Son destin" (1894), "L'anarchiste" (1894), "Sur la lutte" (1903), "Le despote" (1903)...
 

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Il s’installe en 1893 dans son premier atelier à Dresde qu’il partage avec le peintre Richard Müller. Il a assez rapidement du succès, ses images sont largement diffusées, et il entame une brillante carrière de peintre dans la mouvance du cercle de Dresde formé autour de Max Klingerqui influence considérablement le jeune artiste. Il a parmi ses nombreux admirateurs Hermann Hess ; il n’est guère surprenant que l’auteur de Narcisse et Goldmund trouve son bonheur dans l’érotisme panthéiste de Schneider.
 
 

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Le grand succès arrive sous forme de commandes pour de grandes peintures murales dans des bâtiments publics et privés à Florence, Leipzig, Jena, Weimar, Cologne, Dresde, Meissen...
En 1904, lorsqu’il fait la connaissance de Karl May, l’écrivain (homosexuel comme Schneider) est alors âgé de 62 ans et est menacé par un scandale sexuel. May demande à Schneider d’illustrer ses récits de voyages, Le Kurdistan sauvage, Le Rio de la Plata... Schneider pendant ce temps ne fait pas mystère de son homosexualité, ce qui aurait peut-être été difficile au vu de ses dessins... Il collabore dès le début à Der Eigene, la première revue gay, fondée par Adolf Brand en 1896. Il est à ce propos très surprenant que les gays studies ne se soient pas penchés sur le cas de  Sascha Schneider. À ma connaissance, il a été complètement négligé. Chers lecteurs, si vous en savez plus n’hésitez pas à compléter mon article, qui malheureusement a bien des béances... On peut peut-être avancer que cet évitement a en partie pour cause le fumet nietzschéen et élitiste (sous l’influence d’Adolf Brand ?) qui se dégage, dans la deuxième moitié de sa carrière, de certaines de ses compositions et des petits textes qui les accompagnent.
 
 

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En 1904, Schneider rejoint en tant que professeur l'école d'art de Weimar. Dans cette ville, il se fait construire un grand atelier où, dans les années suivantes, il réalise de nombreuses sculptures monumentales d'hommes et plusieurs grandes toiles.
La mort de May en 1912 signifie la fin d'une époque pour Schneider.
 

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En 1908 son homosexualité le contraint à fuir en Italie, où l'homosexualité à l'époque était vécue en toute impunité. À Florence, il rencontre le futurisme radical et Theodor Däubler dont il se sent proche par les idées. Mais il ne peut que constater que son style pictural est très éloigné de ceux avec qui il partage certaines idées. Il fait également la connaissance du peintre Robert Spies avec lequel il voyage dans le Caucase. En 1914, il revient à Dresde où il habitera jusqu'à sa mort en 1927. Associé à un général et à un colonel, il y fonde “La force de l'art”, un institut de formation pour le corps et l'éducation dans la droite ligne des préceptes d’Adolf Brand.
 
 

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La fin de la guerre déclenche chez Schneider une forte impulsion créatrice. Il en résulte un grand nombre de nouvelles œuvres. Mais dorénavant, il se tourne vers les maîtres anciens. Cette inclinaison surprend chez un artiste considéré jusque là comme moderniste et progressiste. La scène artistique officielle de la République de Weimar ne fait guère de place à Schneider, dont l'art symboliste parait obsolète. Entouré d'un cercle d'amis dévoués, il continue pourtant à travailler.

Après la fin du conflit, il fait de nombreux voyages. C’est d’ailleurs sur un navire qu’il décède à quelques encablures du port de Swinoujscie. A-t-il succombé à son diabète chronique ? A-t-il été empoisonné accidentellement par de l’eau polluée ? S’est-il suicidé pour échapper à la cécité, causée par le diabète, qui le menaçait ? On l’ignore. Sa tombe est au cimetière Loschwitz à Dresde.
 

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La tombe de Sascha Schneider
 

Après un long purgatoire, l’oeuvre de Sascha Schneider a commencée à être redécouverte à partir de 1982 à l’occasion d’une exposition à Dresde du trio d'amis qu’étaient Sascha Schneider, Oscar Zwintscher et Hans Unger. Il faut malheureusement ajouter que de nombreuses œuvres de Schneider ont été détruites lors de l’anéantissement de Dresde, mais on peut cependant voir deux de ses sculptures dans le jardin du château de Dresde qui a miraculeusement échappé à la destruction. D’autres œuvres furent mal conservées à l’époque de la RDA...
 

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Les dessins et la peinture de Schneider restent pour moi en partie mystérieux. Comment interpréter ses juxtapositions étranges d’éphèbes plus ou moins musculeux et de monstres dont certains sont plus près des entités extraterrestres que l’on voyaient sur les couvertures d'un pulps comme Astounding que des créatures sataniques de Dante. D’autant que bien peu se réfèrent à des mythes bibliques ou grecques. Ses mélanges d’anges, de démons et de muscles évoquent parfois l’art de William Blake. Je ne vois aujourd’hui que Fuchs pour endosser ce pan ésotérique de l’héritage de Schneider. Quant à ses illustrations de Winnetou, qui devraient dépeindre des Amérindiens, elles seraient plus aptes à orner le mur d'un salon de coiffure à Paris fin de siècle que les histoires de l'Ouest sauvage. Il n’en reste pas moins que son œuvre peinte possède une grande puissance et un charme maléfique et bizarre qui l’apparente aux visions d’un Fuseli ou d’un Bocklin.
L’artiste a accouché surtout de nombreux dessins d’un modelé généreux ; à n’en pas douter, Sascha Schneider était un grand connaisseur de l’anatomie... Cette partie de son œuvre s'est trouvée récemment un continuateur en la personne de Sacrevoir, et ce n'est pas un hasard si c'est à Berlin...
 
 

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Il y a aussi une énigme quant au style des dessins de Schneider : certains pourraient presque être sortis de la main de Michel-Ange, alors que d’autres sont plus proches de la ligne claire de la bande dessinée réaliste franco-belge ou de certains travaux, peints à la même époque en France, par Boutet de Monvel.
Sa sculpture s’inscrit dans la tradition néoclassique et a la sensualité de celle d’un Paul Dubois et parfois préfigure la statuaire héroïque d’Arno Brecker.
Vous trouverez ici une extraordinaire galerie, presque exhaustive, des œuvres de Sascha Schneider mais les titres sont en russe.
Et là, un large choix des illustrations que Schneider a réalisées pour Karl May.
 

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Karl May avec Sascha Schneider, 1904
 

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Sascha Schneider son atelier devant son tableau «Um die Warheit» (La vérité), vers 1902

 

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Sascha SchneiderJüngling im blauen Mantel

 

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Sascha Schneider_560

 

Sascha Schneider- Mondnacht

 
 
Mondnacht

 

Sascha Schneider (1872-1927)_

 

Sascha Schneider (1872-1927





 
 

Sascha Schneider - Horned Skul




 
 
Horned Skul

 

Morgend Sascha Schneider - 1905

 
 
Morgend, 1905

 

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Un livre de Karl May avec une couverture de Schneider
 

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autoportrait 1927


 

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Werdende Kraft 1904. 



 

sascha2Gymnasion, 1912

Gymnasion, 1912
 
 

Emotion of Dependency

Emotion of Dependency 1893

 

 

 

Hypnosis


 

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Schneider-Sascha

 

 

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Temple du Bouddha d'or à Bangkok

1 Février 2026, 08:33am

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Bangkok, Thailande, février 2023

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